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de sa femme, il s'était retiré dans la sauvage grotte de Ranft près de Sachsien , et y vivait tout entier a la prière et à la méditation des choses éternelles, sans oublier toutefois les siens oi la patrie. Tous ceux qui allaient visiter le solitaire dans sa cellule se sentaient émus à l'aspect de cet homme de Dieu et d'amour, à la figure vénorable et méiancoliqoe , «maigrie par les austérités, vétu d'une bure grossiéro, doDt là noarrilure se composait de racines, et la ccaobe» des planches nues de son ermitage.
Le bruit de sa saioteté s*était répaùdo dans tout le pays , et le fieuple y ajoutait des choses extraordinaires sur ses jeCUBies et les visions qui le frappaient dans sa retraite. .* Frère Nicolas avait a()f)ris avec une profonde douleur les progrès croissants de la discorde parmi ses compatriotes. Lorsque le curé de Stanz, Henri Im-Grund, son ami, vint lui raconter ce qui se passait à la diète et lui [)ei^nit avec effroi les suites funestes de la séparation dos Confédérés, le grand ermite n'hésita pas un instant et se hàla de se rendre auprès des chefs des villes et des canipaiines (]u'il avait fait prévenir de son arrivée. Alors se plaçant au milieu d'eux, et usant de l'ascendant que lui donnaient sur ces hommes de parti son caractère élevé et sa mission divine: «Vous éies devenus forts par la puissance de vos bras réunis, s'écria le généreux ermite, et vous allez maintenant vous diviser pour un vil butin? Ah I que le bruit de cette boole ne se répande pas dans les oontrées voisines 1 Vous , villes, renoncez à des droits qui blessent d'anciens Confédérés; vous , campagnes, rappelez-vous les combats que Fribourg et Soleure ont soutemis à vos côtés; recevez-les dans votre allianoe& MaiS) Confédérés, n'étendez pas trop la baie qui vous enferme. Ne vous , mêlez pas des querelles étrangères. Gardez- vous de toute dissension. Loin de chacun de vous la pensée d*ao« oeptef de Tor pour prix de la patrie. »
Telles furent à peu près , selon les historiens , les paroles de rboinine de Dieli aux Confédérés ('J. Elles produisirent
(4l Parce qutt le sous^-cli8ncelier Schilling, dans son trop court récit , no meulionne pas la présence do l'ermito i\ la diMc Stanz, on en a vite couclu qu'il n'y parut pas eu perâonuu et se Ul reprcsealer par son ami InnGniDd, le curé de Staaz. Le contraire semble dtre prouyé par la lettre ûe remerctmeots que l'État de Soleure écrivit â frère Nicolas et qui a été publiée dans les arcbives de la Société suisse pour les études historiques»
DB LA MATKMI flUIBSB.
une impression profonde. Au bout d'une heure, toutes les difficultés furenl aplanies, Fribourg et Soleure admis dans la Confédération , et le son des cloches annonça dans toute la Suisse le rétablissement de la paix et de la concorde entre les Étais de la ligue.
Ce fut iè roeuvfe du religieux pacificateur de la Suisse « œuvre admirée et bénie depuis trois ^ècles par tous les Confédérés, sans distinction d'opinion ni de croyance. 11 n'en est pas de même du pacte conclu dans cette même diète de Stanz et à ce que Ton croit sous Pins pi ration d|nn autre personnage , le fameux Hans Waldmann , de Zûricb. Institué pour mettre un frein au désordre et à la licence des derniers * temps, le pacte de Stanz, ou Stanzer-Verkommss , renferme une foule de dispositions relatives aux rapports des cantons entre eux et à ceux des autorités cantonales {Obrigkeii) aveo leurs ressortissants [Gehorigen). Par ce pacte, a il est défendu
• à chaque État de la ligue d'intervenir dans les aiïaires d'un co-Élal (*); il est, au contraire, enjoint à chaque État d*ar- -rêler el de ()unir ceux de ses ressortissants qui se réuniraient pour envahir le territoire d'un Éiat voisin (*) et y propager la rébellion (^). Tous les États ensemble sont sommés de marcher contre quicoi^que enfreindra ces règles du droit commun des cantons. L'État atlaqué^a également le droit
" d'arrêter et de i^unir lui-mômo ceux qui envahissent son territoire (% » Mais le pacte de Stanz va plus loin encore. Il proscrit les associations , les réunions populaires , et in» terdit le droit de pétition, lorsque son exercice est de nature à faire'craindre des désordres dans le pays. Si une însurreetion éclate dans un canton, les gouvernements des dix fitats se réunissent pour la réprimer de concert.
Ces dernières dispositions ne plurent pas également à tous les cantons et choquèrent surtout le i^ouvernement démocra-
Présent ou non, d'ailleurs, frôre Nicolas est le pacificateiir véritable, non le brave mais obscur lii -Gi uinl. paroles s\ii\anies Recès de la dièU de Sianz ne laisseul aucun doute à cet égard :
« Chaque disputé aura soin , en tout premier lien, de faire connaître la , 9 peine que s'esi donnée le pieux rrôre Nicolas, et la reconnaissance à » laquelle il a droit pour sa conduite dans toute celte affaire. »
(t) Comme l'Ubwald l'avaii fait dans la conjuralion de l'EnUiboucb.
(Sj Comme cela avait eu lieu dans i*escapade de la Bande joyeusê.
(3) Gomme U était arrivé à Zoag en 1404.
(4) Lueenie a mé de ce droit contre les corps-francs en 4845. ^%
BWTOIM
tique de Schwytz. Mais il n'osa s'en plaindre que quelques années plus lard, après la mort de Waldniann. A la diète de juin 1489, il roclama l'abolition de ces articles, attentatoires au pacte et aux principes les plus sacrés de l'alliance. Mais ropinion de Schwytz ne prévalut pas, le pacte de Stanz resta et deviot même avec la loi ecclésiastique de 4370 et la constitulion militaire de 4393, ia principale base du droit public fédéral (*).
Il n'est point fait meutien, dans le Stanzer^Verkomniss, de radmissioQ de Pribourg et Sol^ure. Cette alliance fut l'objet d^QQ traité particulier (Bimdes-Brief) qui accorde à ces deux viUee des conditions plus favorables qu*à Saint-Gall et Api^penselly mais non cependant Tégalité avec Jes huit anciens oantons. Éclairés par Fexpérience, ces derniers défendeni aossi à Soleore et à Pribourg de contracter des alliances sans le consentement de leurs Confédérés.
La diète de Sianz ne mit point fîn aux luttes intérieures de la Suisse. La querelle des campagnes et des villes continua, mais moins intense et luoins ouverte. En 1483, à la requête des Lànder, les huit États exclurent Soleure et Fribourg des délibérations de la dicte qui ne regardaient pas directement ces deux en n tons. Une partie des Étals renouvelèrent aussi leurs prétentions sur les conquêtes faites par Berne et Fribourg dans la dernière guerre. Choisi pour arbitre, Henri Gœidii, bourgmestre de Zurich et chef des Zuricois à la bataille de Grandson, décida la question en faveur de Berne et Fribourg, moyennant le payement de 30,000 florins aux autres États de la ligue. Le même magistrat prononça entre Friboui^ et Soleure, qui se disputaient la préséance aux dIètM, et raccorda à Fribourg, alors tout ooctt|»é à se dépouiller <||e ce qu'il avait d'idées et de mœurs françaises, pour se
(1) Le pacte de Stanz a été l'objet des plus vives critiques de la part do plusieurs écrivains suisses do noire îli^e , qui y ont vu le fondement de 1 oligarchie en Suisse el de l'alliance des gouveinemenls contre le peuple; ainsi Troxier, Henné, Delaharpe. Jean de MulleFf au coDtraire, s'a vu dans ce pacte qu'une mesure de salut public temporaire et dictée par les circonstances. Meyer de Knonau reconnaît In nature gouvernefnentale de I alliance. Quoique ^raiid ami de l'ordre, M. tiluntscbli trouve auaai la suppression du droit de peliiiun contraire au principe de la liberté popuimre. Mais il approuve l'interdiction des assemblées populaires, « inutiles et dangereuses, dit-il, dans des États où le peuple a ses assemblées annuelles et régulières. »
DB LA lUTIQII linSSB. 4 99
rendre de plus en plus semblable et homogène aux œuf aolres Étals tout allemands du corps helvétique (^).
D'autres querellesencore surgirent parmi les Confédérés: la querelle de Constance, ancienne alliée des Suisses, que la mé- ; dielion de Nicolas de Flu^sauva d'une nouvelle guerre ; TafTaire ; des monnaies, heureusement terminée par la sagesse de Waldmann, élu bourgmestre à la place de Gœldli (4 485). On chercha déjà alors, mais en vain, à obtenir une centralisation des mon- [ naies. Les tenialives de centralisation politique ne furent pas ; . plus heureuses. On parvint cependant à s'entendre pour re- ' Bouveler à Berne le êermeni de PaUianoe perpétuelle, ce qui eut lieu avec beaucoup de pompe en présence des bourgmestres et avoyers des villes, et des landammans des États campagnards. Les députés de la campaf^ne bernoise et ceux de la commune indépendante de Gersau furent admis a prêter serment. Dans l'intérieur des cantons, l'union ne régnait pas davantage entre les autorités et leurs ressortissants. A Berne, ; le gouvernement, serviteur trop docile de la France, fut obligé de déposer ses pouvoirs entre les mains de la bour- . geoisie. Celle-ci les lui rendil cependant, satisfaite d'avoir donné une leçon à Guillaume de Diesbach et à ses [)arlisans. Dans l'Underwald, les gens de Tabbaye d'Ëngelberg se révoltèrent contre leur souverain, le prince-abbé Ulric Stadier. Vainqueur de ses sujets avec le secours des troupes des Waldstsetteo , ce prélat usa noblement de sa victoire, a  Dieu ne plaise, dit-il à ceux qui voulaient lui faire signer une sentence de mort contre les chefs des rebelles; à IMeu lia plaise que je ratifie une condamnation capitale , de cette I main qui bénit au nom d'un Dieu de miséricorde. »
Déjà au commencement du XV* siècle , les serfo d'Ëngelberg avaient cherché à se soustraire au joug délesté de leurs seigneurs et y fussent parvenus sans l'opposition du redoutable landamman Reding, qui se prononça en faveur de Tabbaye.
Les rapports entre rÉt:lise et TKtal, améliorés par le code ecclésiastique de 1370^ n'en donoaient pas moins lieu à
(1) Ce fui alors que plusieurs familles de Fribourg irnduisiront leurs noms français ou romans en allemunds; les Veillard devinrent ûeuAU; les Faucon, des Falk; les Gendre, des nehi$rmaiim; les Gugnet, des WtA; les Dupasquier, des Vondmœid; les Monney, des MuUêr,9^i ({uelques braocbes de ces temilles ont coatervé leurs aocieDS noms.
HVTOIU
bien des conflits. Une grande cause de dëaordr» était Tosage qui s'élaii introduit en cour de Rome d'accorder aux nom* breux solliciteurs italiens ou suisses, des bénéfices non vacants et pour être occupés seulement après la mort du titulaire. Cet abus en entraîna un autre. Les papes don* naient quelquefois à ces solliciteurs ou eourHianSp comme les appellent nos chroniques, des bénéfices dont la coUmture (^] appartenait aux chapitres ou aux gouTernemenis siiisses» Une double nomination de-^e genre causa la guerre de Moa* tier^randval , où les corps-francs bernois soutinrent le prévôt de leur canton, nommé par le pape Innocent VIII, contre le prévôt lucernois, élu par le chfipilre. Le traité de Courrendlin, en reslidjant à révêque de Bàle, souverninde ce pays, la propriété du territoire, en donna les lial)ilants aux Bernois Corinne protégés, combourgpois et auxiliaires perpétuels.
Berne profita de son crédit aupiès dn pape Innocent VIII pour obtenir la suppression de l'ortlre teutonique, déi^eneré a la fois au point de vue relii»ieux et au point de vue militaire. Les chevaliers ne savaient plus se battre, ni dire la messe comme il faut.
Mais les gouvernants bernois, si forts quand il s'agissait de dépouiller un ordre religieux et de s'enrichir à ses dépens , ne montrèrent aucune fenneté dans une affaire qui intéressait au plus haut point Thonneur et la dignité- de la république. Adrien de Boubenberg était mort«san9 payer eertame dette qu'on de ses pareiits par alliance avait obntractée envers Titalien Garrilinti, un de ces prêtres sans prébende envoyés par la cour de Rome en Suisse. Garnihiti eut le front d*exiger (]ue le corps de Tillustre avoyer. do .défenseur de Morat et de la' patrie, Tut jeté è la voirie [^) comme eeluî d*un Insolvable. Berne dut dépenser beaucoup d'at^ent et envoyer h Rome le prévôt Kisller, IVère de I ancien nvoyer, pour liquider cette afîaire et obtenir la knée de l'inlerdil. Encore cela ne put -il avoir lieu (jue lorsque Garriliati ertl été pourvu d un canoiiicaL a la cathédrale de Lausanne, du prieuré de Rigf>isberg et de la bourgeoisie de lierne par dessus le inarché (^J.
(4) Droit de collature, droit de confârer 1«8 bénéUces eecléBiasliques. H) k l'Bngl-Halde.
O) Gêiekiehtf^nokmr,
01 Là Râfiûir f uim. S04
C'étaient ces abus et d'autres semblables qu'avaient cherché à faire disparaître le concile tenu à Constance en I iH , et le concile de Bâle, continuation du précédent (144 0). Mais entravé parle pape Eugène IV, le concile de Bàle fut obligé de se dissoudre sans avoir achevé Tœuvre de la réforme catholique commencée à Constance. Four résister à Eugène IV^ les pères de ce concile avaient tenté de nommer un nouveau chef de TÉgiise dans la personne de Tancien duo de Savoie , Amédée VIII, qui prit le nom de Félix V. Ce pape, d*aboird reconnu par une grande partie de TEurope (^j, dut ensuite abdiquer et se contenter du titre de cardinaUévéque de Genève. Cependant, avant de.se séparer, le concile de Bâle, comme celui de Constance, avait décidé que tous les dix ans se tiendrait un concile ou assemblée générale de l'Église chrétienne. Si le pape se refusait à le convoquer, les simples prélats étaient autorisés à le faire. Plus de trente ans s'étaient écoulés depuis la triste issue du concile de Bàle, sans qu'une réunion nouvelle eût eu lieu, et comme les abus allaieiU en aui^nienlant, un prél.it d'AlIema.^ne, dorii^ine slave, Tarchevéque et cardinal André de Crayna, entreprit d'exécuter les décisions des conciles de Constance et de Bàle. 11 se rendit dans cette dernière ville, où arrivèrent également les ambassadeurs du pape Sixte IV, de l'empereur, des Confédérés, delà Bourgogne, de Florence. Cité devant celle assemblée soIennellOf Crayna comparait et soutient avec éloquence son droit d'en appeler à l'Église universelle. Mais l'empereur Frédéric III, l'ancien prolecteur de Crayna, s'étanl prononcé contre lui, il est déclaré coupable du crime de lèse-majesté. L'université et la ville de Bàle, frappées d*excommunicatioQ ' à son sujet, l'abandonnent. Il est arraché du chœur de la cathédrale et jeté dans un cachot du SpaUnihurm, où ({uelques jours après on le trouva mort dans son lit (1484). Pendant la captivité même du malheureux archevêque , naissait en Saxe le fameux réformateur qui- devait séparer TAUemagne de l'Église romaine, Martin Lulber.
(1) Par la Suisse, la Savoie, la Hongrie, TAragon, l'Allemagoo, les ducs de Bavière, d'Autriche. L'univcrsilo de Paris, la France, TAngleterre e| l'Écosse recoonurent le concile ^ non le pape.
Hanz Waldmann, ou essai do centralisation politique et administralive à Z rich. — Occupation de Saiut-Gail par les Confédérés. — Malaise général en Suisse.
(D§ l'flfi 44$4 à 4494.)
i:ri'is la guerre de Bourgogne, Zurich était reilcvcnii le plus important des Èlats de la ligue, el comme le vorort de la Confédération. Cétait au g<Hivernement de cet État que les envoyés de^ jxjissances étrangcicvs s'adi-essaient ordinairement à leur arrivée en Suisse, et remet! aient leurs lettres de créance. Ce retour était dû à la graude inûuence qu'exer* çail sur les affaires fédérales lebourginéstre Hanz Waldm<rDii.
Waldmann est la plus grande figure de Thistoire suisse aa XV* siècle. Gel homme célèbre était originaire de BlickenstorflT au canton de Zoug, et avait acquis en 1 452 le droit de bourgeoisie à Zurich. Il avait débuté assez tristement, et s'était fait enfermer deux fois au Weilenberg pour ses mauvaises mœurs et pour voies de fait contre un individu qui ' ' avait mal parlé de lui. Tanneur de profession , Il abandonna ensuite soq atelier pour se faire eondoiiiere (') et embaucha des mercenaires à la solde des princes d*ÂIIemagne. Ayant fait un mariage qui renrichit et Panoblit à la fois, Waldmann, devenu sire de Dubelsleîn, mit un peu plus de décence dans sa conduile. Par ses talents et son élo(|uence, il gagna la confiance des membres de sa tribu. La guerre de Bourgogne mit le comble à sa gloire el à sa popularité. Le héros de Morat et de Nancy se voit successiveuieiit élevé aux charges d'édile (1 476) , de griind-tribiin el de bourgmestre (1483). Mais il ne parvint a franchir ce dernier échelon qu'en brisant la farnille puissante des Gœldli, dont le chef, l'ancien bourgmestre et chevalier Henri, se \it réduit par Waldmann au rang de simple conseiller; un second membre, Lazare Gœldli, destitué de ses emplois; un troisième, banni du canton.
(4) ReUlnufer dans le langage do nos chroniques. Voir l'expUcation de CM deux lermes, pages 440 et 469 de ce volume.
Élu chef de l'Étal avec Henri Roust, collègue insignifiant du bourgoiestre déchu, VValdmann trône en roi à Zurich, et éteodani sur tous les cantons Tascendant de ses lumières et de son crédit personnel, il devient le directeur suprême des diètes et de la politique extérieure de la Confédération. G*est è lui qu'écrivent les princes; vers lui que se tournent les ambassadeurs des puissances, lorsqu'ils désirent obtenir la paix , une alliance ou une levée de mercenaires. Prineipal auteur du pactç fédéral de Stanz, Waldmann Test aussi de VErb^Verdn ou traité avec FAutricbe, du capitulât de MUan et du renouvellement de ralliance française à Lucerne (1483). Le duc de Lorraine lui devait son rétablissemeol au tr^ne de ses pères et la triste fin de son puissant rival , le duc de Bourgogne.
Choyé par toutes les puissances , le successeur de Broun s'étiiil laissé entraîner, selon la coutume honteuse qui commençait à se répandre pnrnii les mai»istrats suisses, à recevoir des pensions annuelles de chacune d'elles. L'Autriche lui donnait 400 florins, le duc de Lorraine 4 00, la Savoie et Milan une soinuio dont on ne connaît pas exactement le chiffre. La b'rnfjce, à Tanihilion de hujuelle Waldmann avait, dans •son ambassade auf)res de Louis XI, si indignement sacrifié les intérêts de la nation suisse et les droits de ses alliés bourguignons, la France n'était pas restée en arrière et faisait au redoutable bourgmestre un traitement annuel de 600 livres tournois.
Ambitieux et vénal, cet homme d'État n^avait pas moins en administration et en politique des vues remarquables qu'il essaya de réaliser au sein de la république zuriooise. A la léte d*une société composée de douze membres, dont les principaux étaient le chancelier Amman, le conseiller J. Meyss , le curé Helfenberg et le chroniqueur Ëdllbach , il préparait dans cette espèce de cercle ou de club politique , les lois et ordonnances qui devaient changer la face du canton. En matière pénale, les peines corf)or(.'lles et la peine capitale remplacèrent l'ancien droit de compontion d'après lequel on pouvait se racheter d'une peine par de l'argent. Les habitants de Regensber^ perdirent le privilège dont ils étaient le plus jaloux, celui de pouvoir donner un soufflet pour 5 schillings. £o fait de police, des mesure:» fureut prises pour la salubrité
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des rues, la répression du vagabonihige et de la mendicité, et pour assuror la bonne (|ualite des coînestibles. Trouvant le mélanjie des inéliers ot do raiçriculture préjudiciable à ces deux grands arts, Waldinann obligea les arlisans d« la campagne a venir habiter avec les bouri^eois. Les campagnards durent venir vcniire et s^approvisionner au unirché de la villeu L'État de Zurich manquait d'un arsenal et d'autres établissements d'utilité publique. Pour se procurer l'argent nécessaire à la fondation de ces édi6ces, Waldmann établit un impôt foncier considérable , une capitation annuelle de trois schillings, el soumit à un droit, comme à Berne (Ohm§eld), Fimportation des vins étrangers.
D*aotres ordonnances furent diri^^ées contre ie service mercenaire : « Le Reislaufm et les guerres de Bourgogne, dit Waldmann dans Tun de ses édits, ont introduit des mœurs étraniières, Torgneil , la paresse, le mépris des lois.» L'ordonnance privait les Rei^laufer ou coureurs de services njercenaires, de leur droit de bourgeoisie, et les excluait des conseils. Mais ceux qui fiusaicnt ces lois av.iieni eux-nu^ines donné le mauvais exein[)le; les si rs ices nicrcenaires avaient passé dans les nururs de la nation; toutes les défenses detneurèrenl inutiles. D'ailleurs, n'a\ait-»)n pas entendu , en pleine diète, le premier ma^islrnt de Scliwyfz, un lieding, justifier le Reislaufm, en disant : « Les Suisses ont besoin d'une mue. (Die Schweizer mUssen ein Loch babcn.) » A trois siècles et demi de distance, le mot du landamman Rodolphe fteding est encore celui des enrcMeurs.
Les rapports de TÉtat el du clergé attirèrent ratlentioD de Waldmann. 11 fut défendu au clerij^é d'acquérir des immeubles et de recevoir des legs sans le consentement des bériiiers. Un aperça des biens d'iîglise dut être soumis chaque année au gouvernement. On obligea les ordres religieux et les confréries à contribuer à rembellisseinent du Grand- Moùtier. Waldmann saisit habilement Foccasion du renou* vellemeot de Talliance des Confédérés avec le Saint-Siège pour négocier un concordat qui garantissait à Tl^lat de Zurich la position qu'il avait prise à Téi^ard du clerijé.
La constitution cantonale subit aussi quelques clianiienients. Contrairement à l'ordre de choses établi par Broun et u)odifié en 4393, Waldmann chercha à réduire à six les treize places
Dl Ik MATK» SUISn.
occupées par des conslables (*) dans le petit-conseil; en même temps il excluait ces familles nobles des ronctious tribunilienne> el rendait ces dernières inamovibles.
Toutes ces réformes oe pureui s'accomplir sans créer beau* coup d'ennemis à leur adleor au sein du clergé, de la noblesse et même parmi le peuple, dont le botir^tneslre n'avait respecté oi les usages, ni les anciennes franchises. Ébloui |>ar le pouvoir, Waldmann, d'aillMirs, ne gouvernait plus avec la simplicité d'un chef républicain , mais bien avec Torgueil et le faste d'un prince. Il s'entourait de créatures, se montrait dans les rues avec des hommes déconsidérés et des femmes suspectes, et punissait des plus cruels châtiments, de la mort même , les paroles de blâme que faisait naître sa conduite déréglée et tyrannique. Une conjuration se forma contre le bourgmestre , dans les rangs de la noblesse. Aux Gœldli, se joignirent un Schwend , un Escher, un Meyer de Knonau. Ces ennemis de Waiduiann tenaient leurs conciliabules sous la voûte de la chapelle Saint-Nicolas, au cloîlre des Dojninicains. Les conjurés s'engagèrent a orn ployer tous les moyens pour exciter la jalousie des magistrats des autres cantons contre le bourgmestre, et à miner son crédit au dedans en le poussant à des actes impopulaires.
Un événemeni survenu peu après vint servir à souhait les projets des réactionnaires, et prépara la chute et la ûq désastreuse du grand bourgmestre. Cet événement fut le supplice du héros de Giornico , Frischanz Theiiig. A son retour de la campagne dltalie, Theiiig, qui avait sur le cœur la singulière retraite de Waldmann , et qui l'attribuait à des motifs peu honorables pour cet homme d'État, lâcha dans une auberge de Soleure ces paroles imprudentes : « Waldmann est un traître; grâce à lui, la bannière de Zurich n'est plus qu'une besace de mendiant. » Dix ans après, croyant ce propos oublié, ou l'ayapt oublié lui-même, Theiiig se rendit à Zurich pour son commerce de toiles. Aussitôt il y est arrêté et jeté au Wellenberg. Le gouvernement de Lucerne réclame la mise en liberté de son grand citoyen, le vengeur de l'honneur national à Giornico. « Fût-il plus grand qu'une tour, répond aux envoyés iucernois, le cruel et vindicatif bourg-
(4) Voir l'expUcaUon de c« tenne , me 89 cit e« voliuie.
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mestre, il faut qu'il tombe. » Quelques jours après, Theilig -est conduit du Wellenberg sur le marché aux poissons, où 11 a la téte tranchée comme ua maitaiteur et un traître (24 septembre 1487).
Tel était Tascendant de Waldmann sur ies Confédérés, que le gouvernement lucernois ne prit aucune mesure pour venger la mort de son plus noble' citoyen, et se borna à ne pas se faire représenter aux premières diètes qui se tinrent è Zuriob. La veuve de Tbeilig fut moins endurante. Toutes les fois que la diète se réunissait à Luceme, elle poursuivait de ses plaintes et de ses invectives les députés zuricois : i Rendes-moi mon mari, que vous avez assassiné contre toutes les lois de Dieu, de Thonneur et de la justice. »
Ébranlé dans la Confédération par cet acte de cruauté et d'injustice, le crédit de Waldmann se perdit tout à fait dans son propre canton par une nouvelle ordonnance sur un objet qui paraît de peu d'importance au premier abord. Elle concernait les chiens des campagnards, que le gouvernement enjoignit de luer, comme nuisibles a la chasse et à la culture des vignes. Sachant combien les paysans zuricois étaient attachés à leurs chiens de garde, Waldmann avait d'abord refusé son consentement à cette mesure impopulaire. Mais Henri Gœldli et ses partisans dans le conseil surent le lui arracher, en prenant le masque du bien public et en faisant appuyer la proposition par des péiiiions venues de la campagne. Lorsque les agents de Waldmann, le conseiller Meyss à leur téte, se rendirent dans ies campagnes pour présider è cette boucherie , un véritable désespoir s'empara de Tàme des paysans zuricois. Â Mettmenstetten, 550 pères de famille se réunirent en armes dans une prairie, tenant leurs chiens en laisse , prêts à tuer quiconque essaierait de leur enlever les fidèles gardiens de leurs demeures el de leurs propriétés* Une sédition violente éclata sur les bords du lac. Conduits par nn maître tisserand, Rellstab, de Meilen, et par un paysan nommé Muggern, les insurgés cernèrent la ville (4 mars 1 469). Ils se retirèrent cependant, sur l'assurance qu'il serait fait droit à leur réclamation. Celte assurance, donnée par le petitconseil de Zurich , en présence de cinquante députés de la campagne et des députés de la diète fédérale, était solennelle et engageait le gouvernement.
DB LA mnmr umm.
Maïs coDsidéraol oe qui s'éiait passé comme injorwiix pour TËtat, «t mû par un faux senliment de dignité personnelle, Waldoiann se permit de falsifier l'acte qui devait être dressé de cette aflTaîre. il y fit insérer que « les cauipagoards evaîeni 9 reeoDon le mal fondé de leurs griefs et demandé pardon » à genoux devant Messeîgneurs du Conseil. » £n même temps, comme pour braver l'opinion, ou croyant que Talfaîre était finie, ràudacleox bourgmestre allait en partie de plaisir à Baden avec quelques compagnons de débauche.
Un nouveau soulèvement éclate alors plus terrible que le premier. Excitée par les Gœldli et quelques moines, une partie de la bourgeoisie fait cause commune avec les insurgés [31 mars).
Accouru de Baden en toute hâte pour calmer l'effervescence populaire, Waldniann voit massacrer sous ses yeux son fidèle huissier Schneevogel, l'exécuteur de ses ordres secrets et le confident de ses plaisirs. Frappé du triste sort de son serviteur, présage du sien propre, Waldmann se rend néanmoins d'abbaye en abbaye pour haranguer le peuple , et déjà il avait regagné les trois tribus des Vignerons^ des Charpentiers et des Tanneulv, lorsque la cloche du tocsin, mise en branle par ses ennemis, appelle le peuple à rilétel-de« Ville. Waldmann y court aussitôt. Le conseil, réuni aox députés des cantons, arrivés la veille de Schwyts, délibère sur le parti à prendre, dans les conjonctures. Mais une multitude furieuse cerne rii6tel*de-Ville, aux cris répétés de: A bas Waldmam H m éouxe! ÀbatUt HéléraUl Une chose pouvait sauver Waldmann ét ses partisans : Pinterventioa énergique des représentants fédéraui. Les termes du pacte de Stanz faisaient un devoir à ces derniers de menacer les rebelles d*une punition exeuj plaire et d*une occupation immédiate du canton par les troupes fédérales. Mais intimidés par le danger, secrèlement jaloux du bourgmestre, et profondément blessés de sa conduite à 1 égard de Theilig, l'avoyer Seiler, de Lucerne, et Rcding, de Schwytz (le fils de l'ancien landanmiiin), parlèrent mollement au peuple et finirent par lui promettre la punition des gouvernants coupables. Un instant après, au milieu des imprécations de la multitude, Waldmann et ses adhérents furent conduits au Wellenberg; nn goQvernement provisoire de soixante membres installé
ftOS HlilOIlB
le même soir sons la présidence de Lasare GœAdli, le priD<» clpal instigateur et le chef de la révolte.
Mais les insurgés de la campagne, campés an nombre de 6,000 devant les portes de la ville, d'où ils se feisalent ep-* porter do vin et des vivres, demandateni Texécution do bourgmestre.
Le 6 avril ^ GosldK et les soiiante nouveaux gouvernants se réunirent pour porter la sentence. Bien que composé des ennemis de Waldmann, le tribunal n'eût pas été unanime à prononcer la mort, si l'on n'eût fait courir le bruit qu'une arn)ée autrichienne s'avançait pour délivrer le bourgmestre déchu. Sous l'impression de ce bruit menaçant, l'infortuné Waldmann fut appliqué à la torture, condamné à mort et exécuté devant les portes de la ville (6 avril 1489).
Sur lechafaud, Waldmann montra la plus noble contenance et prononça ces mois, touchant adieu d'un grand homme à sa ville natale : « Dieu te protège, ô Zurich ! ma cité bien-aimée , et te préserve de tout mal ! » On croit que si Waldmann eût adressé la parole au peuple au moment où on lui lisait sa sentence, il eût obtenu sa grâce de la multitude. Hais on prétend que son confesseur, qui étaii du parti opposé, exigea qu'il se tût en expiation de ses Hsiutes. Â peine le drame eanglant était-il terminé, que la nouvelle d*une intervention autrichienne fut démentie par ceux même qui l'avaient répandue. Gela n*empéoba point la vengeance pon pntaire de s'exe^oer encore sur plusieurs partisans de Wald* mann, dont les têtes roulôrenl smr Téchafoud comme la sienne ('). D'autres se dérobèrent par la fuite au supplice. Les passions de la mnllftude une fois déchaînées , il est difficile de les contenir. Le nouveau gouvernement , flétri dans Popinion sous le nom de gouvernement cornu (Horn-Rath), a cause de son inhabileté, ne put parvenir à rétablir Tordre. Le sang coula de nouveau sm- l echafaud , et cette fois ce fut le sang des ennemis du bourgmestre. La Confédération dut intervenir pour la troisième fois, et parvint enfin à conclure une convention entre la ville et la campagne , qui assurait à
(4) Le grand tribun octogénaire Wydmer, les tribuns Schurter, OEheim, Ulric Ziegler. Parmi les parUsan.s de WaldmaoD déposés comme conseillers et tribuns, figurent des Keller, un Bluotschli, un Werdmuller, un , WysE. • '
M LA HATimi tOISBB.
la première sa souveraineté sur le pays, et à la seconde It liberté d'industrie, le chois -de ses préposés et la faculté d'à* dresser des repréeentationt à l'autorité. Les campagnards demandéreot vainement le droit de nommer des représen^ lants au grand-conseil , et dont la conoession eAt épai^é par la suite bien des maux à la ville et à la république. Cette convention prit le nom de Cempromiâ de Waidmaim (Waldmannes^Spruoh). Mais la paix ne fui pas encore complèteroeni rétablie. li fallut nommer un autre gouvernement et remettre en vigueur l'ancienne constitution, modifiée dans un sens défavorable à la fois et aux nobles et aux tribuns. Mais, même après ce changement, un nouveau complot fut ounii par Nicolas Hass , l'un des assassins de Schneevogel et l'un des soixante du gouvernement cornu, qui ne pouvait su|)p()rter son exclusion des charges sous le nouveau régime. Hass fut décapité, et celte exécution, la seule juste peut-être qui eût été prononcée, ferma l'abîme des révoiulioos qui . avaient désolé Zurich pendant l'année 4489. . ^ LacbutedeWâldmann fut suivie de près par celle d'un autre ) bourgmestre qui s'était pareillement distingué dans la guerre de Bourgogne^ La vieille querelle des bourgeois de Saint- \ Gall avec leur abbé s'était ravivée avec une nouvelle force. f Las d*une lutte de trente années, labbé Uirîc Aiiscb résolut \ de quitter cette ville remuante. IL fit construire un cloître ^* magnifique à Rorscfaaoh quil avait choisi, pour le lieu de sa l résidence. Les bourgeois de Saint-Gall virent avec jalousie / et colère les travaux et préparatifs qa*on faisait à Rorschacb* j Craignant de perdre la source de leur prospérité et de leurs \ richesses , ils se soulevèrent. Une bande tumultueuse, cora> ; posée de bourgeois de Saint-Gall, de campagnards et d'Ap- > penzellois, démolit en un jour le palais de Rorschach (28 juil- . ' let 1489). Le prince-abbé requit alors le secours des quatre cantons protecteurs de l'abbaye, Zurich, Schwylz, Glaris et Lucerne. Pour résister avec plus d'énergie à leurs ennemis, les Saint-Gallois formèrent une alliance perpétuelle avec Appenzell et vini;t-cinq communes de la campapne. L'auteur de cette alliance et de la révolution était le bourgmestre FarnbUhler, qui se flattait peut-être par là de fonder un État indépendant dans la Suisse orientale. Mais le parti du bourgmestre, ne se trouvant pas assez (brt, eut la mauvaise idée
■nToiu
de oheroher de l'appai aoprès de Tempereur et des villes souabes. Celte teoidaïkce à se rapprocher de l'Aufaricbe irrite les Soisses. Une armée de 16,000 Confédérés marcha ao secours de l'abbé. La ville de Saiot-Gall , abaDdonnée par Appeozell, résiste aveo béroatsme, mais dot enfin ouvrir ses. portes et subir le traité onéreux de Rorscbadi. Ce traité loi laissait ses droite de ville libre, mais Tobligeait à payer 1 3^000 florins, et Csisait du Rbeinthal, enlevé aux Appenzellois, un baiUiage sujei êi commun des Suisses , comme la Tburgevie.
Quant à ParnbOhIer, accusé de trahison, comme il arrive aux chefs de p^rti vaincus ou malheureux, il fut obligé de s*enfuir même avant l'entrée des Confédérés. Il se réfugia à la cour impériale à Vienne , d'où il chercha inutilement à se faire rendre ses biens confisqués par ses compatriotes. La ville de Saint-Gall, comme celle de Zurich après la mort de son bour^^mestre, fut encore agitée pendant plusieurs années par des mouvements révolutionnaires. L'une de ces émeutes se termina par la mort des magistrats qui en avaient été les instii^ateurs, et reçut dans l'histoire de cette petite république le nom de fol jeudi (unsinniger Donnerstag).
Toute la Confédération, du reste, éteit en proie aux mêmes tiraillements et au même malaise.
Pour faire cesser cet état de choses, Schwytz proposa un remède qui était pire que le mal. Il voulait qu'on déelarèt € dissoutes toutes les constitutions cantonales. » Le banneret bernois Zur-Kinden parvint à faire rejeter en diète ce projet dangereux sotis lequel se cachait rinimitîé des Étols-campagnards pour lesÉtets-viiles(U92]. Ces dispositions hostiles se trahirent encore dans les menées séparatistes du Gessenay, qui cherobait, comme TEntliboucfa , à se ratteoher aux vallées forestières. Mais Berne sut, comme Lucerne, déjouer les plans secrets des Waldstœtten. Ces derniers, tourcnentés par un esprit de jalousie et d'agrandissement, cherchaient à se dédommager de l'exiguité de leur territoire par louies sortes d'exf)e(Jitions aventureuses, injustes rnôme et contraires au droit des izens. C'est tantôt la Savoie, tantôt Neuchâtei, tantôt Constance* qui est le point de mire de leurs incursions spoliatrices. La diète lente en vain de s'y opposer. Berne, Zurich et Fribourg parvinrent cependant une fois à soustraire à leur rapacité la Savoie et Goostenoe. Mais cette
Dl LA HATHNl aUISSB. SU «'
derDÏère ville , détachée de la Suisse par ces leotatives ia- \ sensées, se jette dans les bras de l'empire, e( sera l'eniieinie | jurée des Goofédérés deos ia guerre qui va a'ottvrir enlre ) J'Ailemagne el ia Suisse, y ^ j
Guerre do Souabè. — Paix de Bâle et suites de la guerre de Souabe.
— La Suisse est sépar(5e de l'empire d'Allemagne. — Bâle etSchalF» house formeot les Xi*" et XiP États de la Ugue helvétique.
iJh l'on 4494 à
ÉJA SOUS les empereurs de la maison de Luxembourg, le lien qui unissait la Confédération de la Haute-Allemagne à l'euipire était fort lâche. ' Tout en s'iotitulant eux-mêmes dans leurs actes otBciels (( membres fidèles de l'empire, » el eu appelant l'empereur leur maitre (der kUng unser herr), les Suisses bornaient à peu près leur fidélité a fêter ce monarque, lorsqu'il se présentait dans leurs villes ; à solliciter à son avènement au traîne la confirmation de leurs franchises, et à groesir de leurs députés le Romerxug^ c*esl-à-dire le cortège qui aecompagnait Tempereur à Rome, lors de son couronnemenl. Le long et misérable règne de Frédéric 111 (de 4440 à 4493) n*était pas propre à rendre plus étroite l'union de la Suisse avec rAllemagne. Le rétablissement seul de la maison d'Autricbe au tréne impérial devait être un obstacle à ce rapprochement, et Frédéric III fit tout pour rappeler les anciennes haines. II refusa de confirmer les franchises des Confédérés, et après s*ètre allié avec eux contre le duc de Bourgogne, il les abandonna cotnme Louis XL
Peu d'années après ce[)endanl, et sous l'influence d'un prince chevaleresque, Maximilien d'Autriche, (ils de Frédéric lil , un parti impérial se forme à Berne et dans les villes suisses, par opposition au parti français, tout-puissant dans les Waldslaetten. Les chefs du parti in)périal a Berne étaient Pancien avoyer Guillaume de Diesbach et le banneret Zuriiînden. Les landammans schw^zois Bediog et Âuf-der-
iiS Hiaioiu
Mauer, dirigeaient, au contraire, le parti de la France. Comme du temps de la guerre de Bourgoi^ne , ce dernier remporta, grâce aux écus dont Charles Vill ne se montra pas moins prodigue que soo prédécesseur; et lorsque ce roi loarcha à la conquête du royaume de Naples, ii accourut sous ses drapeaux un si grand nombre de mercenaires de tous les cantons, qu^ii se vil obligé d'en renvoyer une partie et de faire garder les passages des Alpes (1494).
Cet abject empressement pour la France blessa au vif Maxi^ millen , qui venait de succéder à soo pére comme chef de Vempire, et qui avait beaucoup de peine d'obtenir quelques milliers de Suisses peur ses armées. Il était alors tout occupé à rendre un peu de repos et d*unité à Tempire, singulièrement affaibli et par la puissance des princes-électeurs et* par le mépris où étaient tombées, principalement sous le dernier règne, les lois el la majoslé du trône. Il crut en avoir trouvé le moyen dans l'établissement de certaines inatituliom centraleSy destinées à relier ensemble tous les Etals d'Alieinaiine, à rétablir la sécurité dans les provinces el sur les roules, et è mettre un certain ordre, une certaine uniforndLe dans Torganisation mililaire, radministralion de la justice el des finances.
Ces institutions consistaient principalement dans la création d'une haute cour dejusUce (Kammergerichl) pour toute rÂllemagne, et la levée d'une contribution {Schutzfenning), dont le produit devait être affecté à combattre à la fois les ennemis du nom chrétien et ceux de Ja nation germanique, e'est-à-dire les Français et les Turcs. Une diète générale s'ouvrit à Worms, en août 4495, et les Suisses, comme membres do saint-empire, reçurent Tinvitation d'y envoyer aussi leurs députés. Mais isolés du reste de Tempire par le développement de leur histoire et de leurs Institutions, les Suisses n^avaient ni les mêmes idées ni lea mêmes besoins que les autres peuples germaniques. Ils n'avaient rien à craindre des Turcs, et n*A valent que trop appris à aimer l'or et les faveurs de la France. Létablissenjeni d'une cour de justice suprême deli uisait l indépendance enranlie par les précédents empereurs à leurs triliunaux indigènes; elle leur parut une chose tout à fait odieuse et attentatoire à la liberté helvétique. Tous les cantons, sauf Berne , refusèrent de se faire représenter à
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la diète de Worms. lis dédinèreot également la propositioo qai leur fut foite d'entrer dans la ligue 8«ttabe (SehuxEbeur èund], ressuscitée par Maximilieo. Les menaces des^raQde dignitaires de l'empire «I UD meoiloire foodroyanl do pape Alezaodre VI, affiché aux portes de Ltndao*, n*eurefit pour effet que de provoquer des réponses énergiques de la pari des magistrats et des Étals de la Kgue helvétique. L*arche* véque de Mayence, grand- chancelier d'Allemagne, ayant montré au secrétaire d'État Amman, de Zurich, la piumt doie qui devait mettre è la raison les rebelles de la Suisse : c Monseigneur) dit Amman, nous n'avons pas eu peur'de vos hallebardes, nous n'aurons pas peur de vos plumes d'oie. » Aux récriminations arnères de l'empereur sur Yailiance française, Zurich répondit par des citations de l'écriture sainte. Il s'élaya de l'exemple d'Abraham, s'alliant avec les Amorrhéens infidèles, et de celui des Macchabée ligués avec les tien (ils de Rome et de la Grèce.
La conduilo des Suisses irrita contre eux non-seulement les princes d'Allemagne, mais les populations de toutes les provinces limitrophes. La haine du nom suisse devint populaire même où elle ne Tavait jamais été jusque-l^i, c'est-àdire sur les bords du Rhin, du Danube et du lac de Constance. On ne sa contenta pas d'excommunier les Confédérés; dans plusieurs villes on alla jusqu'à prêcher la croisade contre ce peuple, qu'on représentait du haut de la chaire eomme un ramas d'hérétiques, souillés des crimes les plus atroces. Le peuple suisse ne resta pas en arrière et rendit outrage pour outrage.
La guerre n'attendait qu'un signal pour éclater; elle s!àl- ^ toma dans les Grisons. L'alliance que deux des ligues ('] ye-* naient de contracter avec sept cantons suisses servit de prétexte à une invasion <ies troupes impériales. Le MUnsterthal fut assailli par 10,000 Souabes, et la ville de Meyenfeld occupée par la trahison d'une partie de ses habitants. Toujours favorable à l'empereur, Berne cherche en vain a conjurer l'orage. Les Grisons unis aux Confédérés pénètrent dans Je Vorariberg, batleol les Impériaux à Treisen, re-
(4) Alliance de la ligue Grise, 4497; alUance de la Uaisoa-IHeii, 44SS. La Ugue des Oix-OroUnreg, où rAulridie avait de grandes propriétés, B'osa pas s'associer aux deux autresr
HI8T0IEB
prennent Meyenfeld et soumettent tout le pays jusqu'à Feldkircb (février 1499). Le âO, se livre la bataille du Hard. 40,000 Suisses, commandés par le baron rhélien de He^ hensax, y batUreoi. 10,000 impériaux , dont plus do quart mordirent la poussière. L'historien souabe Pirkheimer, lémoÎD oculaire el ableor important dans oeHe guerre, rend témoignage du courage béroYqiie avec lequel un corps d'Âppensellois et de Saiot-Gallois , aoiiltalres des Gonfédérét , demeura deux heures entières au milieu des flots gelés da Rhin , ayant de l'eau jusqu'à la ceinture.
Le théâtre de le guerre fut trausporté eosuite dans le Hégau (^), où 10,000 Confédérés de Berne, Fribourg, Soleure et Schaffhouse détruisirent vinst villes et châteaux. Du Hégau, 10,000 Gonféderés , la plupart Soleurois , pénétrèrent dans le Sundgau (*) et défirent un nombre triple d'ennemis sur la collino boisée du Bruderholz (2*2 mars).
L'empereur Maxiinilien, décidé à faire les plus grands efforts pour réduire les Confédérés, réunissait à Constance des troupes nombreuses, composées de guerriers de toutes les nations de TAilemagne, Autrichiens, Westphaliens, Hes- 5ois, Néerlandais. On y voyait aussi des Bohémiens, des Polonais, des Honi^rois et des Danois. De Constance, ces troupes se répandaient dans les contrées environnantes. Un corps
. de 7,000 impériaux surprit, un jour^ un détachement de 250 Suisses. Ces derniers se retranchèrent dans le cimetière da Uallau et eombaUirent avec tant de bravoure, qu*ils donnèrent le temps au landsturm schaffbousois de s'assembler et de chasser Tennemi. A Ermatingen, 45,000 impériaux sur-
L prirent dans leurs lits et égorgèrent la garnison suisse de ce village thurgovien; Us se retiraient victoeieux et en désordre, le 44 avril, lorsqu'ils furent assaillis à leur tour et battus par 4,000 Suisses dans la forêt de Schwaderloch , près de Constance. Ils perdirent dans cette afiaire 1,000 hommes, parmi lesquels 130 citoyens de Constance.
La guerre continuait en mêuie temps dans le Vorarlberg. Le 20 avril, se donna la bataille de Frastenz, près de Feldkircb, où 4 0,000 Suisses, Saint-Gallois et Grisons débus-
(4) Le Hégau comprenait la partie de ia Souabe qui avoisine le Rhin.
(5) Le Sundsau eti cette partie supérieure de l'AlMce où se trouve la «nie de Mulhouse.
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qoèreot d'une position formidable et jetèrent dans TIU (^) une armée de 14,000 Tyroliens el Sooabes. La victoire, od oelte chroonalance, fiit due priocipalement à raciion éeiatanCe do capitaine Henri Wolleb, d'Uri. Ce chef, resié debool an milieu de ses soldais qoll avait feit coueber par terre pour éviter les décharges de rartillerie, fut, nouveau Winokelried, ia victime de son dévouement patriotique
Une victoire du même genre couvrit de gloire les guerriers grisons. 15,000 impériaux étaient campés sur le plateau de Mais (Malser- Haide) dans l'Engadine. 8,000 montagnards de la ligue Grise, conduits par Wilhera Hingi, les attaquent, et après une sanglante mêlée, les délogent et leur tuent 5,000 Hiommes. La grande bannière du ïyrol, restée entre les mains des Confédérés, fut suspendue dans l'église de Goire. Le héros de cette journée fut Bénédict Fontana, qui, s'élançant le premier à l'assaut des retranchements auirichiens , reçut une large blessure qui lui'ouvril le ventre. Tenant ses entrailles d^une main, il ne cessa de combattre de l'autre, et mourut en exhortant ses compatriotes à ioHter son exemple. An nombre des morts se trouva aussi le prévôt de Coire , Conrad de Marmels , prêtre patriotique et digne émule du curé bernois Baseiwind et dn chapelain valaisan Minnichow (*}• Nulle autre guerre ne fut plus féconde en héros. L*un des pins étonnants fut ce Wala , de Claris, qui se défendit longtemps tout seul contre vingt cavaliers el ne se rendit qu'aprés en avoir désarçonné plusieurs* Saisi d^admiration pour ce preux, le chef des cavaliers emiomls le prit en croupe el le ramena sain et sauf dans ses foyers , en lui délivrant un certificat de sa belle conduite. L'action de Wala a été immortalisée par la peinture et la poésie nationales
(4) L'Ill est une rivière qu! traverse le Voraribcrg.
(2) Chose singulière : Biiiisaid Firklieiiner , l'un des généraux souabei» qui a écrii en laUo Phlstoire de cette guerre, attribue à WoUeb une acttoo exactement serabtable à celle qui a rendu si céI^bre le nom de Winc- i kelried. Nous avons suivi le récit du cbrooiqueur JOernois Anshelm et dea autres écrivains contemporains.
(3) Voir pages 86 et 139 de cette histoire.
(4) Il faut voir le beau tableau de M. Lugardon, de Genève, et lire la belle ballride de noire poète national Richard, commençant par ces mots : • Roi des braves, salut t 6 Wala de Glaris I » Le trait de Wala, analogue à «•Itti de Ootl Bottaeb dans la guerre d' Appenzell, eat raconté par lea chre- BiqneiiraiKialeinperalaa, Analielnii, Rlian, GampeU.
SI 6 usTomi
Tous les chefs suisses o étaient pas des Wala et des Fontana. Gagné par Tor des impériaux, le oommandaDt Freuler, de Schwvlz, relarda à dessein la marche de sa colonne à la Malser«tiaide et causa aiosi la mort de Foniann ci des 300 braves qni périrent dans cette circonstance. Freuler, convaincu de irahiiM>n, s'enfuit dans Tasile du couvent de Pfeflbrs et fut banni du territoire suisse.
L*empereur, obligé de 8*éloigner pendant quelque temps dtt théâtre de la guerre et de se rendre dans les Pays-Bas, en était revenu avec un renfort de 6,000 Brabançons. Ayânl vainement cberohé entamer les Grisons du côté de la Valleline, il résolut d'attaquer les Suisses sur trois points à la fois, Peldkircfa, Constance et Dorncck près de DAIe. Mais les succès des Suisses avaient allaibli le courage des impériaux et réveillé d'anciennes synipallïies f)arnH les soldats des villes libres. Le plan projeté ne sVxécula qu'en partie. Pendant que les Suisses, attirés vers Constance par les préparatifs qu'y faisait Tenipereur, réunissaient loutes leurs forces sous les murs de cette ville, le cotnle de FUrslenberfî, à la téte de 15,000 hommes , Souabes, Bourguignons!*) et Brabançons, fondit, en juillet, sur le Jura soleurois. Mais déjà Bénédict Uugi, le valeureux défenseur «lu ehàteau de Dorneck, avait eu le temps de prévenir le gou» vornenient de Soleore. 3,000 SoleorolS, Bernois et Zuricois accoururent sous Tavoyer Kunrad et sous Rodolphe d Eriach| créé chevalier en \ 4>76 sur le obamp de bataille de Grandson. L'enneini| sans défiance, se (rvrait aux plaisirs et à la débaucbe, . lorsque les guerriers suisses se précipitent sur leur camp. Le général ennemi est tué l'un des premiers. Les impériaux, néanmoins, se rallient et combattent avec désespoir. Déjà les Suisses avaient perdu du terrain et beaucoup de vaillants bommes; plusieurs s*et)fuyaient lâchement du cété de Liestall. Tout à coup les sons du cor se font entendre; c'est on corps de 1,200 hommes de Lucerne et de Zou!^, aux ordres de l'avoyer Fehr et du landamman Werner Slemer. Les fuyards qu'ils ont renconirés sur leur roule ont voulu les détourner de prendre pari au combat , en leur peigqaut la
(I) Louis XI avait dû resUtaer à MazimilteB, époux de Marie de Bourgogne, une partie des Étala de aon père, après la bataille de Mnesate (44SS).
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lutte inégale soutenue par leurs frères; ils n'ont réussi qu'à hâter la marche de ces braves. Un prêtre intrépide, le chanoine Schœnbrunner, arrive à obeval et le premier sur le sbamp (ie bataille, bI jetant, pour combaUre, son nianteaa noir orné d'une grande crois blanche : « Tapes dm , braves Qort fédérés, s'éerie-l-il , vos frères de Lncernoeide Zong sont lè. »
Ce secours inopiné déeida de la victoire. Les inipérianXi betlos à plate^eooture, s*enfutenl par le pont de là Birse qu'ils' détrutseni poar empêcher les Confédérés de les poorsoirre, a,000 Impériaux et aOO Suisses perdirent la vie dans cette
mémorable journée. Un grand nombre de munitions et de cuirasses, 21 canons, les trois bannièrwd*Einsisheiai, de Fribourj]; (en Brisgau) et de Strasbourg sont la proie du vainqueur, qui s'assied au banquet préparé pour l'armée impériale. Le lendemain de ia bataille arriver>t processionnellement les nioines de BAIe, demandatit à rendre les honneurs de la sé{)ulture aux corps des nobles qui avaient péri dans la mêlée. Les Suleurois, sur le territoire des(iuels s'était livrée la bataille, s'y refusèrent en disant : « Les corps des nobles demeuréront avec ceux des paysans. » On inhuma en effet amis et ennemis sans distinction sur le champ de bataille, oiii fat élevée une chapelle, à la fois expiatoire et commémorative de l'événement. Un antre monument curieux de la victoire de Dorneck fut pendant longtemps le a poiriar historique, »- aux branches duquel les guerriers da Zoug et de Lucerne avaient précipitamment suspenda leurs havresacs avant de se jeter dans la mêlée. <
Après avoir, selon Tosage, passé trois jours sur Je champ de bataille, les Confédérés allèrent camper devant Bâie. Dévoués aux Suisses, les bourgeois de cette ville leur avaienl fait passer des vivres en abondance et se réjouissaient da leur triomphe. Les chanoines et les nolHes, au contraire, abusés par de fausses nouvelles, avaient célébré la victoira des Autrichiens par un festin donné sur la terrasse de la cathédrale. Le moindre effort de la part des Confédérés eût décidé la bourgeoisie à se prononcer en leur faveur et à ouvrir ses portes. Mais, aflaiblis par la discorde et la conduite équivoque des Bernois qui s'étaient laissé battre par les Souabes à Pierre-Pertuis, dans le val de Moùtier, les Gon-
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fédérés se dispersèrent sans avoir tiré aucuD avantage de ce grand fait d'armes.
Les deux partis étaient las de la guerre. Sans avoir été longue, la lutte avait été acharnée el terrible. Dans l'espace de six muis, plus de 20,000 hommes tfvaieol péri; 2,000 villes et châteaux avaient été réduits en cendres; des con- Irées entières de la Souabe présentaient Tiniage de la misère et de La désolatiop. De tous côtés on voyait errer de pauvres "familles que les malbenrs de la guerre avaient privées de pain et d^asile. Le général Pirkheimer rencontra un jour une troupe de plusieurs oents orphelins qui broutaient l'herl)e d'une forêt sous la conduite d^une vieille femme.
Quoique la Suisse n'eût pas souffiBrt comme la Souabe, le ^ besoin de la paix ne s'y faisait pas moins sentir à Tagrioulteur et à l'artisan, dont Tappel sous les drapeaux avait suspendu les travaux indispensables. Le duc de Milan profila de ces dispositions pour se poser en médiateur, et parvint à conclure la paix de Bàle (22 septembre).
Mais cette paix, conclue corure le vœu d'Uri et de Glaris, ne procura aux Suisses, en échange de tant de sang versé, de Irais el de fatigues, que bien peu d'avantages. Les principaux furent une indemnité de 10,000 florins et la juridiction (Landgericht) de la Thurgovie, qui manquait à leur souveraineté sur ce pays. Soleure obtint un petit accroisse^ ment de territoire, par l'acquisition de Tbierstein et BUren, •I le Valais, allié des Suisses^» la reconnaissance formelle de son indépendance (').
Les nouvelles victoires des Suisses eurent cepiBiidant des suites importantes. De la paix de fiàle date, à propremeni parler, l'indépendance complète de la Suisse, sa séparation de faU de l'empire d'Allemagne. (La séparation de drcii ne fut prononcée qu'un siècle et demi plus tard, au congrès de Westphalie, 4<UB.) Cependant tout lien de parenté ne fol pas rompu par là entre le peuple suisse et rAUemagne sa
(4) Les négociateurs suisses étaient Thuring Frickard, de Berne; le cbancelier Amman, de Zurich; l'amman Steiner, de Zoug, auquel oo adjoignit plus tard, pour accélérer la paix, trois magistrats de l'ordre nobiliaire et plus ou moins favorable à l'empereur, le conseiller Henri Goldli elles avoyers de Berne et deLucerne, GolUanme de Diesbacb et Jean Sonnenberg.
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mère-patrie. Longtemps encore les Suisses demanderont à chaque empereur nouvellement élu la confirmation de leurs franchises, et feront figurer l'aigle impériale sur leurs monnaies et sur leurs é«i8Sons. Pendant plus d*un siècle eDCore, les Suisses continueront à porter le litre de membres oa d'alliég du sain^empire.
Un autre résultai de la guerre de Souabe fut Tenirée de Bâie et de Scbaflfhoose dans la Confédération suisse.
Bâte, ville libre et presque démocratique sous son prince* évéque et avec son conseil formé de nobles et de tribunSi avait été tour à tour Talliée des Suisses, des princes et des villes impériales d'Allemagne. Alliances toutes temporaires et qui n^engageaient nullement son indépendance ni son avenir. Les bourgeois de fiâle penchaient depuis longtemps pour une alliance perpétuelle avec les Suisses, qui avaient défendu et sauvé plusieurs fois leur cité et avec lesquels ils avaient coml)attu contre le duc de liourgogne. La noblesse et le chapitre s étaient opposés à celte union , qui menaçait leurs privilèges. Ils vantaient la puissance de Tempereur et désiraient |)lulol se rapprocher de l'Autriche. L'issue de la guerre de Souabe montra où était le salut et quel serait le plus fort rempart de la liberté bàloise. Pendant que les nobles émigraient en foule pour ne pas payer ïimpôt de guerre , les bourgeois, devenus les maîtres, demandèrent leur annexion à la ligue helvétique. Ils l'obtinrent, malgré les objections de Zoug el de Glaris (8 juin 1501). Le courage des fiâloîs dans leurs guerres et leur fidélité dans leurs alliances, la position et les richesses commerciales de leur ville, le séjour d'ane université, fréquentée par les étudiants suisses depuis sa fondation , les fortes murailles qui défentlaient cette cité el les 5,000 bourgeois qui suivaient sa bannière, tout cela dé* termina les Suisses ; l'annexion de BâIe leur donnait à la fois un entrepôt commercial, un centre intellectuel et on boulevard pour leurs frontières au nord.
L'accession de Schallhouse, ville libre et impériale comme Bàle, et alliée des Suisses depuis 1475, n'offrait pas d'aussi grands avantages. Mais, place de guerre sur le Rhin , elle servait à couvrir les frontières suisses vers l'est. Son admission, quoique combattue par Schwytz et Underwald , qui craignaient ce nouvel accroissement des États-villes, fut pro-
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Doncée à la 6n , aux mêmes conditions que Fribourg et So- Jeure (9 août 1501).
B<)le avait été [>}us favorisée et traitée à l'égal presque des premiers États de la lii^ue. La réception de Bâie et de Schaffhouse faillit uiênie avoir des suites plus graves pour ces deux dernières villes. D'entente avec le savant mais partial député de Berne, le chancelier Frickard, les députés des Waldsiaelten voulurenl ù(er voix et séance à Fribourg et à Soleure, et leê reUguer parmi les simples (UUés, L'opposition énergique des autres cantons fit heureusemeol échouer 08 das&ein. L'aDoexion da BâIe à la Confédération se fit d'une manière solennelle entre les mains d'Henri Roust, bourgmestre de Zurich. Pour montrer la sécurité que lui doonait la protection des Suisses, Bâle substitua une vieille femme armée d'une quenouille à ]a nombreuse garde qui veillait auparavant à ses portes. Pour la première fois, uo simple bourgeois fut élevé à la dignité de bourgmestre.
excès et l'indiscipline des Confédérés dans la dernière guerre empêchèrent seuls un grand nombre de villes du liégau el de la Forél-Noire de sui\re l'exemple de Béle et de S* haffhouse. ('ar il était inouï combien les exploits des Suisses avaient popularisé leur nom en Allemagne. On ne parlait partout que de leur bravoure et de leur héroïsme. Si un guerrier de cette nation venait à se montrer dans une ville de la frontière, il était Tobjet de la curiosité générale et de toutes sortes d'égards et de prévenances. Les plus empressés étaient ceux qui avaient fait la guerre contre eux et qui regrettaient de n'avoir pas combattu dans leurs rangs, t plutôt que de risquer leur peau pour des damerets qw passaient leur temps au lit et n'osaient regarder un Suisse en face. »
DB LA HAIMM 8UISSB.
Nouvelles guerres d'Italie ; elles procurent aux Confédérés les bail- Kages italiens et la Valteline. — Matthieu Schiner, ou rôle européen des Suisses, libérateurs de l'Italie et du Saint-Siège.
(D$ Van 4800 à 4048.)
HAQUB noavelle guerre accroissail le nombre des coureurs de combats et d'aventares. La guerre de Souabe notait pas terminée, que des mercenaires de tous les cantons volaient sous les drapeaux , qui du duc de Milan (*), qui du duc de Roniagne qui du roi de France. Ce dernier, Louis XII, en avait toujours le plus grand nombre, parce qu'il payait bien le soldat et qu'il avait soin de faire des pensions annuelles aux magistrats influents. Ce prince étant entré en guerre avec le duché de Milan qu'il prétendait lui appartenir du côté de sa grand'mère Valentine Visronti. on faillit voir se renouveler le spectacle de Suisses combattant contre Suisses. Mais, coiume à Dôle en 1477, la trahison se chargea d^empécber une lutte fratricide. Les Suisses du duc de Milan, bloqués dans Novarre par rarmée française, livrèrent ce malheureux prince au roi , qui le laissa mourir dans un cachot de son royaume (40 avril 4500).
Poussée par l*indignalion publique, la diète fil semblant de punir les traîtres. On coupa la téte à un soldat obscnri Tnnbann, d*Uri; maïs on laissa vivre les grands coupables, el après quinze ans d'une prétendue enquête, les pères de la nation n'eurent pas honte de décider entre eux, « qu^on tiendrait cachée la trahison de Novarre. » (Recès (^) de la diète du 10 mars 1515.) La trahison, néanmoins, transpira parmi le peuple. Un prêtre courageux, le curé de Kriegstetten, au canton de Soleure, s'écria eu pleine chaire ; « Les Confédérés ont trahi raocieu duc de Milan et vendu le nou* veau. »
(\) Ludovic Sforza^ surnommé le More,
(9) Le funeux Gèsnr Borgla, fils d'Alexandre TL
(S) Bêdi, terme de droit pablic employé ponr prttoeoU. £n iiUemend ,
USTOllB
La France, en faveur de laquelle plusieurs chefe suisses se couvraient d^infamies, se brouilla avec les cantons peu de temps après. Beaucoup de soldats réclamaient les arrérages qui leur étaient dûs depuis le règne de Charles VIII. L'Etat d'Uri, resté maître de la Lévenline, réclaniail de Louis XII la remise du comté de Bellinzona, ancienne propriété de ce canton (*). Tous ces réclamants, fatigués d'attendre et bravant les défenses d'une diète vénale, passèrent les Alpes et s'emparèrent de Locarno et de Bellinzona. Milan, tremblante, ouvrait déjà ses portes. De peur de perdre toute la Lombardie, Louis XII céda Bellinzona à Uri et apaisa les autres réclamants en leur jetant 300,000 couronnes
Effrayée de ses propres faiblesses et des symptômes de démoralisatioD qui se maoifesiaient de tous côtés en Suisse, la diète reotra oq elie-iaéEDe et jura aux pieds des autels d^abMr les penriom et le service mereenaîren La peioe capitale fot prononcée contre les réfractaires. Hais Tor de Louis XII, semé è pleines mains dans les cantons, leur eut bientôt fait oublier leurs sermeols^ Deux prélats intrigants (^j et on magistrat parjure, Conrad Scfaweod, bourgmestre de Zurich (Tttn des auteurs de la mort de Waldmann), livrèrent de nouveau leur patrie à la France. Les guerriers suisses combattent a sous les lys jaunes » (*) à Naples, en Lombardie, à Gènes et à Agnadel, ce tombeau de la puissance vénitienne. La malheureuse république avait cherché en vain à se rendre sa sœur des Alpes f)ropice, par de nouvelles ambassades. Le sénateur Savorgnani séjourna en Suisse pendant un mois. A sa voix, quelques patriotes s'émurent, quelques cents mercenaires partirent; mais le gros de la nation resta attaché à d*autres bannières plus lucratives que celles du Lion de Saint'Marc.
Le caractère vénal des Suisses, à celte époque, se décèle d'une manière honteuse dans la conduite de quelques cantons envers la Savoie. Un imposteur, nommé Furno, secrétaire du feu duc de Savoie, produisit de fausses dispositioos de ce
(4) Voir page 442 de ce volume.
(2j La couronoe, krone, valait i écu-bon de S5 batz (envir. 3 fr. 60 c.)* (8) Aymon de MoDtfaucon, évéqnede Lausanne, et Pierr«»Loiits de
Savoie, évôque de Genève. ^ (4) Les l^immtè étaieM les ooidcnin de la France à oette époque. iiM-
Adula ^