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prince, renfermant un legs de 360,000 couronnes en faveur de heine et de Fribourc. Sans examiner autrement Tauthenticité de cet acte, ces deux États exigèrent le payement de la somme et ne se contentèrent qu'à grand'peine de 125,000 couronnes que leur offrit le duc. Ce premier faux ayant réufisi, et ie faussaire se voyant honoré «t récompeosé pour sm crime, prit goût è la chose et fabriqua un second titre, duquel il résultait que le feu duc de Savoie avait légué 800,000 couroones aux autres Étals confédérés. Le 4us ré* gnant eut beau se récrier et faire intervenir le pape, Tsaw pereor et le roi de France; les vigoureux gars des ^cantons
Ê rirent les armes, et le pauvre duc de Savoie dut s^estimer eureux d'en être quitte pour la somme de $50,000 couronnes qu*il paya « à ceux des ligues. » L'imposteur finit tranquillement sa vie à Friboui i^, où il avait été reçu boor* geois, dans l'abondance et tout l'extérieur de la dévotion.
Peu de temps après, les Suisses se brouillèrent de nouveau avec le roi Louis XIL Ce monarque ayant tiré d'eux ce qu'il voulait, les traitait avec mépris et refusait d'acquitter les pensions annuelles. Les ennemis de la France saisirent roccasion favorable pour s'attacher les Suisses. Maximilien obtint à sa ^rande satisfaction le renouvellement de Vunion héréditaire (Evb-\eve\n). Le pape Jules 11 négocia une levée de 6,000 hommes pour chasser les Français de la Lombardie (4510). Conduits par l'évêque de Sion, Matthieu Schiner, et Tamman Imhof, d'Uri, chargé du coramandeinent en chef, ces 6,000 guerriers entrèreot dans le Milanais. Mais è leur arrivée à Ghiazzo, le manque de vivres, causé par la trahison du seigneur valaisan Supersax et de quelques autres cbefe vendus à la France, fit échouer Texpédltion.
La colère du pape se déchargea par un brçf humiliant pour les Suisses. Plus terrible, celle de Schiner et des partisans de Rome éclata par l'excommunication de Supersax etlesupplice de l'avoyer fribourgeois d*Arsent, convaincu d'avoir favorisé l'évasion de ce chef valaisan , délenu à Fribourg (18 mars loi I). Une seconde expédition plus nombreuse eutlien vers le mois de novembre de la même année et donna lieu à d'horribles excès et à quelques beaux faits d'armes (*),
(4) Les Fribourgeois Schneuwly, Heid et Lanper iraversèrenl la Tresa à la nase à la vue de l'armée française. A Lodi , Uaoz Heid entra, bride
Sii BHfOIftl
mais sans résultats sérieux. Sur ces eotrefaites, une ligue, appelée la Sainte-Ligue, s'étant formée contre la France, entre le pape, l'empereur, l'Espagne, l'Angleterre, Venise et les Suisses, une troisième expédition s'accomplit et amena de lout autres conséquences. 20,000 Confédérés s'emparèrent en sept semaines de toute la Lombardie, rétablirent sur le trône ducal, Maximilien, fils du prince trahi a Novarre, et méritèrent le beau titre de libérateurs de l llalie et de cté/m- $eun de la Uèirié dt i^E^Uie, que leur accorda avec de magnifiques récompenses le pape Jules II
ToaCes les principales villes de la péoinsule, Venise, Pavie, lome et Milan voulurent fêler par des ovations brillantesi les invincibles guerriers des Âtpes. Les prédicateurs, du haut des chaires, les comparent < au peuple de Dieu. » Dans ren* cbantement de la victoire, le duc de Milan abandonne ans Suisses la possession de Bellinsona, Lugano, Locarno et des autres bailliages qui forment aujourd'hui le canton du Tessin et la Suisse italienne. Les Grisons obtinrent la restitution de la Valteline el de Chiavenne qu'ils avaient perdus en 4353. Schiner ne fut pas oublié. II devint évéque de Novarre en Lombardie et de Catlaro en Sicile.
L'année suivante, les Français joints aux Vénitiens qui s'étaient détachés de la Sainte-Ligue, ayant voulu reconquérir la Lombardie, les Suisses prirent encore les armes, et la grande bataille de Novarre, où La-Trémouille perdit 8,000 hommes et les Suisses seulement 4,500, brisa une seconde
•battue, dans la ville avec 19 caTaliers seulement, et mit en ftilte la gar* nison française. Haimoz, doFribourg, gravit le premier le rempart de Pavie et y arbora le drapeau de la ville. Lors do l'expédilion de <5ia, les Fribourgeois rappurlùruul une belle bannière neuve conquise à Pavie. Olutz-Blotziiefro , p. 253.
(I) La bulle expédiée à ce ai^et et datée de Rome, le %% juillet, porta la remarquable suscriplion quo voici : « A nos chers fils des 12 cantons » de la vieille et grande ligue de la lltiutc-Allemagne, protecteurs de la » liberté de l'Église et nos alliés. > Les présents du pontife conslslaieut en une bannière, un chapeau ducal et une épée d'or. Un écrivain Iranê çals, M. Jubinal, a fait une description intéressante de ces précieux joyaux, conservés â Zurich, lo Vororl helvetiquo, L'epee de Jules II, objet d'art admirable, a la poignée d argent et lu lame d acier dore, de plus de cinq pieds, portant le nom du pape. La bannière est ornée de pierres fines et de perles sous lesquelles brillent de riches broderies en soie, en ni d'or et d'argent représentant le couronnement de la Vierge» (Rapport au ministre de l'inttruciion publique, 48SM. Page M).
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fois la puissance française dans la péninsule (6 juin 1513). <n C'est ainsi, » s'écrie en racontant cet événement, rbistorien el homme d*État contemporain Guiciardini; « c'est ainsi qu'à » la grande boole de tous les autres peuples , tout rboDoeiir » de cette campagne devait revenir, non aux Français, non » aux fantassins allemands, non adx armes espagnoles eo vé- » Dîtiennes, mais aniqtiemenl aux soldats aoisses, cpii eurent 9 à soutenir tout le poids des armes françaises. »
Le rôle européen des Suisses avait oommenoé avec les guerres de Bourgogne. La bataille de Novarre marque le point culminant de ce rôle et de la grandeur militaire des Confédérés en Europe. Dans cette période de nos annales, un homme occupe la place principale et domine la scène ; cet homme est un prélat valaisan, le célèbre Matthieu Schiner.
Ridiculement loué par les uns, qui l'ont comparé à Nicolas de Fiue , à saint Bernard, à Winckelried, Schiner a été rabaissé par d'autres, qui en ont voulu faire un intrigant vulgaire (*). En dépit de ces exagérations, le cardinal de Sion reste Tune des plus spirituelles et des plus grandes figures de noire histoire.
Il était né de parents pauvres au village de MUhlibach (*) dans le dixain de Concbes. Étudiant, il se vit réduit à chanter pour vivre sur les places publiques de Sion, de Zurich et de Berne. Curé à Miiblibach , son mérite et la protection de Sopersax, qu'il devait combattre avec tant de violence, le firent désigner pour remplacer celui-ci sur le mégd épiscopal dans la première année du XVr* siècle. L'évéque de Sion, comte du Valais, était alors un personnage important en Europe par la facilité qu'il avait de fermer et d'ouvrir à vo<lonté cette porte de Tltalie. L'avant-demier évéque, Jost de Silinen , avait usé de cet avantage en faveur de la France. Un instant indécis entre Louis XII et Jules II, Schiner se dé* cida pour ce dernier , et deux pensées remplirent dès lors sa vie d'homme politique et de priocc de TEglise : « Arracher
(I) U. Boccard (BisMr9du Valais, page 166) appelle Scbiner «le plus rare génie que la Suisse ait produit; » M. de Bons, autre écrivain valaisan, « le Suisse qui a exercé le plus (l'innuence sur les deslinoes de l'Europe.» Zschokkc, en échange , et beaucoup d'écrivains, n'ont saisi que le côté odieux de celte grande vie. *
(t) Par uae distraetloD étonnante , M. Mlcbelet fait naître SoUiner à la Bodielle. {fiUlafrê dê Franeê, V» St.)
Je Valais à l'influence de la France, du sire de Supersax et des autres seigneurs dévoués à cette puissance ; en même temps, seconder les eli'orts que faisait Jules II pour chasser les Français de la péninsule et y établir la suprématie tem* porelle du Saioi-Siége. » A ces deux pensées, Scbiner sacrifie toul, et comme l'aigle des Alpes, dont il a le re.^ârd perçant, ii guette sans cesse de son chàteaa de Majorie Toccasion favorable où il poarra se prédpUer sur son ennemi et accomplir les projets qu'il médite pour lui-même pour TÉglise. JLIustaaft venu, il s'élance, tantôt la pique en main, tantôt revêtu de ses ornements sacerdotaux , selon les circonstances. Aux foudres rel^[ie<ttes et guerrières, il sait aussi joindre celle de son éloquence acérée et entraînante, c Ce soldat tondu, disait un roi de France, m'a donné plus de besogne avec sa langue que les longues piques de ses compatriotes. » .Iules II, qui avait deviné tout le parti que l'on pourrait tirer du c^énie et de l'ascendant de cet homme , lui avait donné le chapeau de cardinal, le premier et le seul qui ait couvert un front suisse (*).
Il faut le dire à la louange de Schiner; au milieu de ses préoccupations ambitieuses, entouré des nations diverses et rivales qui formaient l'armée de la Sainte-Ligue, il ne perd pas de vue l'honneur national; dans les camps et les cérémonies publiques, il veut que ses compatriotes aient le pas sur tous les autres peuples. Ce sentiment national qui ani* mait le cardinal de Sion a été reconnu par un écrivain bernois, d'ailleurs très-peu favorable à la politique et è la personnalité du prélat, qu'il place tout uniment en enfer; par le rigide et loyal cfaroniqueur Ânsbelm.
Aux côtés du cardinal valaisan et partageant sa gloire et son héroïsme, se montrent deux capitaines intrépides et énergiques , le général grison Hohensax et le banneret fribourgeois Falk ou Faucon. Hohensax, commandant des Confédérés à Frastenz, après le trépas glorieux de Wolleb, avait combattu avec éclat à Dorncck, et dirigé en chefrexpédition victorieuse de 15i 2. A Novarre, arrivé trop tard sur le champ de bataille, ce le chef suisse, raconte Paul Giove, horrible à
(4) Le cardinal Duperroo, né à Orbe, n'est Suisse qne de naissance. l\ appartient à la Franco par son origine et par toute sa carrière dliomme d'église et de diplomate.
DM LA lUXIOll SmSSB. Si?
voir avec sa barbe hérissée et la peau de loup dont il est couvert, trépigne de colère et s'arrache les poils de désespoir. » La conquête de Crémone , Brescia et fiergame pot seule adoucir les. regrets du terrible capitaine*
Pierre Faucon ou Falk est un tribun populaire, éloqQeDl eleriiel. Simple notaire à ses débots, il a vu grandir son nom dans les batailles et dans les lottes politiques. C'est loi lors de Févasion de Sopersax, oet enoemi juré de Schioer et du parti roœaiOi a lait arracber Tavoyer d'Arsent de l'asile de Saint-Nioolas où il s'était réfogié , et Pa fait eondamoer à mort pair les Deux-CSeots ou plutôt par la bourgeoisie ameotée sous les fenêtres de THôtel-de- Ville. Pois cachant Téchafaod sous la gloire , il a fait fuir LapaUce è Lodi et Bayard à Gravelone (4519) (*). Jules II lui a donné Téperoa dV , le duc de Milan une maison el des terres à Pavie, et la diète Ta nommé un des douze curateurs qui gouvernèrent TÉtat de Milan au nom de la ligue.
Mais le temps n'est pas loin où Faucon et Hohensax mettront aux pieds du roi de France, l'un son épée de général, l'autre sa toque d'avoyer fribourgeois et de magistral fédéral.
De toutes les illustrations personnelles de cette époque, très-peu sont uniquement glorieuses. Touffes ou presque toutes sont sooiJlées.par la corruption, la perfidie et le défaut de convietions sérieoses.
xxxm.
Soulèvement populaire. — Invasion en France. — Bataille de Marignan et paix perpétuelle avec la France. — Apjpenzell forme le treizième État de la Gonfédératioo suisse.
(Dê Van 4S49 à 4SM0.)
E sang de 1,500 Confédérés fumait encore dans les champs de Novarre, que déjà le parti français recommençait à s'agiter en Suisse. Parmi les partisans de Louis XII figurait le banneret bernois Hetzel. Son fils, Jean-Rodolphe, sans écouter ni les ordres de la diète, ni les sopplicaUons de son
(1) Bayard, lo chevalier saru peur et earis reproche, eiLapalice, général de Louis XII, célèbre dans les chansons populaires, comme Marlborough.
HUTOIU
père , lève un corps de plusieurs cents hommes et les conduit au roi. Le départ de ce reislaufer fut le signal d'un soulèvement populaire très-dangereux et qui éclata dans plusieurs cantons à la fois. On en voulait surtout aux distributeurs de Targent de France, que dans son crû langage le peuple appelait des mangeurs déçus (Kronen-Fresser). Deux gouver» neoeots, ceux de Zoricb ei Soleure, en farent quittes pour la deslîtution de quelques-uns de leurs membres.^ Mais à Berne ei à Luceme, le sang de plusieurs oonseillers coula sur réetolaad. A Lncerne, Tavoyer Fehr ne fut pas épargné. H eipia dans de croelles torlures le torl d'appartenir au parti lirançais. Le bannerei Heliel, qui avait échappé aux mains des campagnards bernais, fùi arrêté à Olleo par ceux de Soleore, et mis à mort, après avoir subi les traitements les pins afifreux. Les masses irritées ne rentrèrent dans le devoir qne. lorsque les gouvernants eurent pris rengagement de renoncer aux pensions particulières, de partager avec les communes l'argent des alliances et de maintenir les anciennes franchises.
L'esprit moqueur qui respire dans les chroniques populaires a baptisé cette émeute saniilanle du nom comique de guerre des oignons (Zwiebeln-Krieg). Ce nom vint de ce que les campagnards ameutés autour de Lucerne, au nombre de 7,000, s'amusèrent à dévaster les jardins et à manger les oignons des bourgeois de la capitale.
Mais la haine contre la France n'était pas assouvie. Un plan d'invasion de ce royaume par Temperear, TAngleterre, {'Aragon et les Suisses réunis, fut accueilli avec transport. 30,000 Suisses et impériaux marchèrent sur Dijon, les Suisses portant sur leors'habits des croix avec des clés blanches, en signe de ralliemenL Le Valais et Rotwyl , ville impériale et alliée des Suisses, qui était restée neutre dans la guerre de Souabe, avaient fourni leurs contingents à cette expéditioD. Mais arrivés devant Dijon , Jacques de Wattewyl, avoyer de Berne , et d'autres chefs suisses se laissèrent corrompre par La-Trémouille , qui y commandait pour le roi. Ils se retirèrent sur la promesse de 400,000 écus que leur fit ce général et en garantie de laquelle il livra quatre ôtages. Mais La- Trémouille abusait de la bonne foi des Suisses. De ces quatre ôlages, un seul avait quelque fortune et paya 40,000 écus pour sa rançon, au lieu des 400,000 qu on attendait.
I» LA RAflOII 8018BI» iS9
La mystifîcalion de Dijon irrita tellement Tarroée et le peuple, qu'on ne put les apaiser qu'en immolant quelquesuns des pariisans de la France. Les ambassadeurs de Louis XII furent arrêtés et jetés eu prison. Les eiioyens bernois forent insultés dans les canlons où ils 'voyageaieol pour leurs affaires. La diôte eut grand'peine à empêcher une se* conde iovasioo. liais, oomme après Novarre, les ftrands coupables restérenl impunis, et l'influence française frU asseï forte pour empêcher raliiance que sollicita à plusieurs reprises Henri Vill, roi d'Angleterre. Schiner s'était cependant rendu en personne è Londres pour y plaider en plein parlement la cause de Talliance des deux pays.
L*ambas8ade de Sebiner è Londres et Tenvol è Zurich des ambassadeurs de Henri VIII, sir Richard et te D' Rink, sont assurément les premières traces de relations diplomatiques entre la Suisse et la Grande-Bretagne. Mais de nombreux rapports religieux, scientifiques et militaires avaient déjà eu lieu entre ces deux peuples, si éloignés Tuo de l'autre, dès les premiers siècles de Vère chrélieime (*).
Le crédit de Schiner et du parti romain baissait visiblement en Suisse et en Valais, où Sn[)ersa\' venait de reparaître en vainqueur, lorsque Louis XU mourut et laissa le trône à François T (ibio).
Les prétentions hautement avouées de ce prince sur le duché de Milan ravivèrent toutes les haines contre la France et fournirent au cardinal le moyen de lever une armera de 30|000 hommes destinée à défendre la Lombardie. Schiner,
(I) Nous ne rappelons qne let nombreàz moines bratons (scotes et anglo-saxons) de Saint-Gall, Einsiedlen, etc. ; les archers anglais do Pierre de Savoie, et les séjours du Pelil-Charlemagne à Londres; ios Gallois d'Enguerrand de Coucy; les Anglais de Charles-le-Teniéraire. Dans les sièoles soifsnts, les rapports se multiplient. Viennent les réfngiés jmm* cause dt religion, nombreux ù Zurich et à Genève, où ils formonl une église. Le9. réfnpios politiquos onl leur lour au Wlle siècle, où Croiiiwell aussi, le grand protecteur, eulrelienl de fréquentes relations avec les protestants île Suisse. Après le régicide Ludiow, le préienilaot Stuart. Gibbon lui succède A la fln du XVIlIe siècle. Les sectaires religieux (raéthodislos et darbysles marquent ritifluence anglaise au XIXe. Genève, avec ses J<thtu, ses Willianu, ses traductions de Walter-Scolt, deBeutham, de la philosophie d'Édimbourg, a été de nos Joure presque une ville an-> glaise. La Suisse, à son tour, a influé sur la Grande-Bretagne, à laquelle elle a donné Knox et prêté HoUbein, Fttstii (le grand peintre) et PianU| de l'académie royale. v
HlfTOUI
casque en léte et lance au poing, alla prendre position avec cette armée au pied des Alpes, que devait traverser François 1" pour se rendre en Lombardie. Mais tandis que le cardinal de Sion, le bourgmestre Marc Roust, de Zurich, et la plupart des chefs des Waldslaetlen se préparaient à combattre, Wattewyl, Stein, Diesbach, de Berne, Gaspard Gôldli, de Zurich, et Uug, de Lucarne, s'y refusèrent absolumeai. Schiner et Zwiogli alors grand ami du cardioai et qui sui«v«i( l'année en qualité d'autnônier des iroapes glaronnaises, exhortèrent inutilement les Suisses aa combat* lis eurent la douleur de voir François i*' pénétrer en Piémont sans coup férir et les généraoi suisses traiter avec lui à Galérate (8 septembre). La paix conclue, déjà 42,000 Suisses quittaient Monta en deçà de Milan pour rentrer dans leurs foyers « lorsque, par les ordres secrets du oardinal, Arnold Winckel-> ried, capitaine d*Underwald et Tun des descendants du héros de Sempach, court avec quelques compagnies attaquer Tarroée française. Aussitôt Talanne est donnée, et les <7uerriet*8 qui partaient, ne voulant pas abandonner leurs frères, obligent leurs chefs à les raniener au quartier-général. Ce hardi stratagème du cardinal fil rompre la paix de Galérate et donna lieu à la fameuse bataille de Mari.^nan, bataille de deux jours, livrée les 14 et 15 septembre 1515.
Le 1 4, au soir, les quatre canons du capitaine Ponleli , de Fribourg, donnèrent le signal de la bataille. C'était, avec quatre autres pièces, toute Tartillerie des Suisses. Ceux-ci i^avanoent en trois corps, présentant une forêt de piques longues de 48 pieds; trente fois le pesant corps de la gendarmerie française s'élance contre cette masse irrésistik)le , et trente fois il se brise. Gascons, Basques, lansquenets allemands (^), à la solde de la France, tout est renversé par les Confédérés. Les plus vaillants gentilshommes tombent per- ' cés de lances ; Bayard, le ehieoalier sam peur, est jeté bas de son coursier et s'enfuit sans casque ni cuirasse. François l**, dont les coups de lance ont faussé Parmure, combat en roi et se portant aux endroits les plus périlleux , ranime le courage de ses troupes. Mais il ne peut empêcher qu'un corps
(4) Lansquenets, Landsknecht, littéralement «lomeiKQiiM ii»jM|f<t, était le nom qu'on donnait à l'infanterie allemande fonnée l'empereur Ma— Xlmillen et armée de piques comme les Suisses.
DB LA RAfflOll 8UIS8B,
de volontaires suisses n'enlôve une des batteries françaises et ne la tourne à l'instant contre ses troupes. Ce corps était celui des Enfants perdus^ Iroape d'élite choisie parmi les plus vaillaDls gars des divers cantons; Ils recevaient double solde et portaient, pour se distinguer, une plume blanche à leurs chapeaux. Une nuit profonde vint, à propos pour Tarmée française, séparer les combattants et couvrir le champ de bataille, éclairé un instant auparavant par une hine resplendissante et les sinistres lueurs de cent bouchesr à feu. Les deux armées demeurèrent en présence. Chacun coucha à la place qu'il avait occupée pendant la bataille; François I** dormit sur un affât. Réunis autour d'un grand feu , les chefe suisses tinrent conseil ; Schiner, estimant qu'on en avait asses fait pour Phonneur, ouvrit l'avis très-sage de se replier sur Milan. D'autres chefs (Wattewyl et Stein sans doute) s'y opposèrent. Au milieu de la discussion, quelques coups de canon tirés par les Français dispersèrent le conseil.
A la pointe du jour, les cornemuses d'Uri et d'Underwald annoncèrent le second acte du drame sanglant. L'amman de * • Zoug ('), qui avait fait ses premières armes à côté de son grand-père à Grandson et commandé à Dorneck, Tamman Werner Steiner range les hommes de l'avant-garde en bataille, et prenant trois mottes de terre, les brise sur leurs têtes en disant : « Au nom du Père, et du Fils, et du SaintvÈsprit, nous trouverons ici notre cimetière aujourd'hui. » Mais, Confédérés, soyez' hommes, et loin que cette pensée » trouble-vôtre courage, n*ayex devant les yemc que llion- » neur et le devoir. » Blentét les deus armées se trouvent dO: nouveau en présence, à leur tôte marchent François et Scfainer; François 1** couvert d*un manteau d*azur parsemé de lys d'or; Schiner, la pique au poing et un manteau pourpre sur l'épaule.
Comme la veille, les Suisses commencèrent le combat avec • un cliquetis d'armes et des cris formidables. Animés par la présence et l'exemple de leur roi, les chevaliers français soutinrent vaillamment le choc. La mêlée devint terrible. Des deux côtés touibèreot une foulç de grands personnages et
(4) Le premier magistrat de Zoug portait le nom d'ommon, les chroniqueurs du temps emploient souvent d'ailleurs en synonyme de celui de kmdamman.
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d'hommes intrépides, le comle de Guise, le prince de Talmont, Tamman Katzi, de Schwylz; un Tschoudi, de Claris; Tamman Plinliner et les deux Imhof, d'Uri. Ayant plusieurs flèches dans la poilrine, Kiitzi ne cessa de combattre et d'animer son peuple qu'après avoir perdu tout son sang par ses blessures. Le Léonidas de Marignan, Werner Steiner, plus heureux que celui des Therniopyles, vil mourir ses deux fils et survécut à celto terrible journée.
EnfiD, malgré leurs pertes, « les Suisses luttaient comme des lions, » et la victoire était encore disputée, lorsque tout à coup, sur les derrières de Tarmée fédérale, retentit le cri de guerre de l'armée vénitienne : Marco! Marco I Saint-llarol Saint-Marc 1 Se voyant pris entre deux feux, les chefs suisses donnèrent le signal de la retraite. Elle s'exécuta en bon ordre. Les Confédérés formèrent un grand carré au milieu duquel ils placèrent leurs blessés, les bannières conquises, Tartille* rie, puis ils se mirent en marche d^un pas lent et en fière contenance. Plusieurs blessés cependant furent abandonnés sur le champ de bataille ou se perdirent dans la marche à travers un terrain marécageux et coupé de ruisseaux et de fossés. On vit se renouveler alors les traits d héroïsnie qui ont immortalisé la journée de Sainl-Jacques : Bar, de Bâie, qui avait eu les jambes euiporlées par un boulet, tenter des efforts inouïs pour sauver son drapeau; Gerber, d'Appenzell, cacher le sien dans sa poilrine où on le trouva en dépouillant son corps. Aloins heureux ou plus lâche. que les précédents, celui qui portait le tawrcau ifi/ri, ce cornet d'argent massif dont les merveilleux sons avaient si fort épouvanté Gbarles-le-Uardi à Grandson, le perdit sur le champ de balaille. Cet instrument célèbre, auquel s'attachait un respect superstitieux qui en faisait comme le talisman de la vieille Suisse, devint la proie d'un soldat de Lindau qui le revendit pour quelques pièces de monnaie.
Les guerriers des ligues rentrèrent à Milan, leurs bannières déchirées, siraillé^ de sang, de sueur et de poussière, accablés de faim, de soif et de fatigue, mais sans avoir été poursuivis par l'ennemi, qui témoignait ainsi de son respect poAjr leur héroïsme. Le même soir, François 1" manda sa victoire à sa mère dans les termes les plus élogieux pour les Suisses. Le vieux général Trivulce disait : « J'ai assisté à
ni LA MAIIOll ms8g.
vingt batailles, ce n^étaient que jeux d'enfants à côté de celle-ci ; cette bataille est une bataille de géants. »
La perte des Suisses, évaluée à 45,000 par les bistoriens français, n'est portée qu'à 6,000 par nos chroniqaears La perte des Français égala celle des Suisses.
L'issue de la bataiJle de Marignao jeta le deuil et la stapeor dans la Confédération. Dans plusieurs cantons la douleur fil bientôt place à la vengeance, et l'on courut aux armes pour venger rbonneur national. Dans d'autres, au contraire,' ce n'étaient qu'éloges de la puissance et de la magnanimité de François T'; que regret d'avoir pris les armes contre un si grand prince. Ce langage était celui des magistrats de Berne et de Fribourg où les agents de François I*' venaient d'arriver avec des sacs d'écus qu'ils faisaient à dessein crever dans les rues pour se ren(Jre la multitude favorable. Une division plus grande que jamais se mit parmi les Suisses, les uns voulant se réconcilier avec la France, les autres se joindre à l'empereur et venger leurs frères tués à Marignan.
La diète elle-même se sépara en deux conseils ennemis, dont l'un siégeait a Baden, l'autre à Lucerne. Mais l'or de la France et l'ascendant de la victoire réunissent enûn tous les cantons. Un traité de paix perpétuelle avec François est signé à Fribourg. L'ancien eonemi de la France, Faik, devenu avoyer en 1514, va porter le traité au roi; qui le ratifia ^ans l'église Notre-Dame de Paris {%9 novembre 1516).
Par ce traité, le roi s'engageait à payer aux Suisses 400,000 écos pour l'expédition Dijon; de plus, 300,000 pour Fezpédttfon dlialie dans le cas où on lui restituerait une partie des bailliages italiens cédés par Maximilien Sforza. Françoisl'' assurait en outre à chaque canton un subside annuel de S,000 francs, qui fut porté à 3,000 par le traité subséquent de 1521. Les privilèges commerciaux des Suisses établis à Lyon étaient garantis. Les Suisses, en revanche, s'engageaient à fournir au roi des levées, qui ne devaient pas être moindres de 6,000 ni dépasser 16,000 hommes en temps de guerre. Les Grisons, le Vidais., Saint-Gall et les autres pays • alliés des Suisses étaient admis à participer au bénéfice de ralliance eo proportion de leur étendue et de leur importance.
(4)Llilitorieiillali«iiÛiitoi«rdinip«rledea,OOOmorlsdacMdet8iiiMss.
Tel est ce trailé de Fribourg, base de tous les traités conclus depuis avec les successeurs de François 1" et qui, selon l'expression de Ghâieaubriand, « ne laissait aux Suisses que l'honneur de verser leur sang pour la France. » Dès ce moment, incor[)orés aux armées françaises, les Suisses sont réduits au rang de simples mercemires et n'interviennent plus comme nation dans les guerres étrangères. Au rôle d'arbitres de l'Italie et de la politique européenne que leur avaient valu leurs viotoires et les grands desseins du cardi* nal de Sion , succède celui de ehan^nom et de promoteun de la grandeur e( du despotisme des rois de France. Pendant trois siècles, tons les champs de bataille de ces princes sont arrosés du sang de nos compatriotes; et la libre et glo> rieuse terre des Winckislried et des Nicolas de Flue semble parfois s'être transformée en une colonie et en une pépi* nière de soldats de la France.
La prépondérance de François V 6t aussi tomber Mathieu Schiner. Frappé de la mazze et proscrit par six dixains du Haut- Valais, le cardinal de Sion avait lancé l'anathènie contre Supersax et les patriotes soulevés contre lui. Le dixain de Loëclie, qui lui était reste fulèle, et les Bas-Valaisans, qui regardaient ceux du Haut comme des rebelles, avaient pris fait et cause pour le cardinal. Tenant lôte à forage et la menace à la bouche, « Brigue, s'était écrié Schiner, est le siège de la révolte; je le ferai démolir et raser. » Mais Porage est plus fort que lui ; ses partisans sont battus ou se soumettent; , Schiner, réduit à fuir, déguisé en léflreux , se réfugie è Zurich. Ce canton seul se montrait hostile à la France et suivait les inspirations de son nouveau curé, Téloquent Zwingli, toujours ami du cardinal et le plus ardent champion de la politique romaine (154 8) (^). Secondé par cet homme influent et les magistrats zuricois, Schiner obtient le renouvellement de ralliance autrichienne et un vote formel de la diète en faveur de Charles d'Autriche, compétiteur, pour la couronne impériale, de François I", le vainqueur de Marignan et Taillé perpétuel des Suisses (4519). Il se rendit lui-même à Worms pour appuyer de ses talents et de son crédit la candidature de Charles d'Autriche.
(t] Zurich signa cependant lo trailé de paicc perpétuelle (ISIS), mais non le traité d'alliance offensive et défensive qui suivit (4681).