‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 25 sur 34 · OB LA RATIOU 8D18SB · texte numérisé non relu

OB LA RATIOU 8D18SB

rinjusUoe, frappa les Salis aussi bien que les Planta. Les premiers furent proscrits une seconde fois et leur chef, Herdile de Salis, destitué des fonctioos de capitaine de la Valteline. Mais une réaetion ne tarda pas à s'opérer en leur faveur. Un quatrième tribunal, oeliii de Tusis, rappelle les Salis et proscrit de nouveau les Planta (1573). La médiation des XUI cantons et une nouvelle ordonnance [ '] procurèrent eoûn quelques années de calme à la malheureuse république (1574 à 4609).

Au comraencement du dix-septième siècle, les troubles recommencèrent. La cause en fut encore Talliance française suivie de lalliance vénitienne conclue à Davos. Tous les magistrats patriotes que renfermaient les ligues avaient dierclié à empêcher ces traités dangereux; mais Hercule de Salis, Jean Gouler et d'autres chefs du parti français remportèrent. Alors ce que les hommes sages avaient prévu arriva. Outré de ces deux alliances, le gouverneur espagnol de Milan, le duc de Fuentès, écrivit aux Grisons : « Neuf fois vous avez refusé notre alliance et maintenant vous avez le front d'ouvrir à la France le chemin du Milanais, qui vous donne le riz, le vin et le blé. » Joignant l'action aux paroles, Fuentès fit élever sur une colline, près du lac de Côme, une dtadelle qui dominait la Valteiine et lui assurait rentrée des ligues. Cette citadelle menaçante reçut le nom du gouverneur lui-même (28 octobre 4 603).

L'entreprise de Fuentès n'avait fait au commencement que d*excller les rires des Grisons. « Qu'il bâtisse seulement sa forteresse, disaient les meneurs, nous saurons bien la démolir. » Mais quand ils virent cette citadelle debout et bien pourvue de moyens de défense, ils furent les premiers à s^enVayer et envoyèrent des députés à Milan pour prier le gouverneur de suspendre les travaux de la forteresse. Fuentès promit de se rendre aux vœux des Grisons, à condition qu'ils accepteraient Talliance espagnole. « Si nous eussions consenti alors à cette alliiince, dit Juvalta, homme d'Etat et chroniqueur contemporain, nous eussions évité tous les malheurs qui fondirent ensuite sur notre pays , et jamais Français, Autrichiens, Espagnols n'eussent franchi les limites

(4) Elle est appelée Dreysiegler-brief, ou loi trois fois scellôo, parce qu'eJle était niuoie dos sceaux des trois ligues.

BISTOIBI

des ligues. Mais , les ministres réformés oommencèreot à prêcher que la religion était en danger; nous crûmes nousmêmes qu'il en était ainsi, et J'alliancc espagnole fîit rejetée pour la dixième fois. » Â cette nouvelie, Fuentès irrité commence' à Montecchio la construcUou d'une seconde citadelle^ voisine de la première. Une agitation extraordinaire s'empare alors des esprits dans les Grisons. Les divers partis s'accusent réciproquement d'avoir plongé le pays dans l'abtme. Un mouvement populaire éclate, provoqué par le parti espagnol. Coîre est envahi par les communes. Une foule d'hommes influents, innocents ou coupables indistinctement, sont arrêtés et jclés dans les fers 1 Mais le rusé Pascal, ambassadeur de France, profite de ce nioaient pour répandre le bruit que les chefs du parti espagnol trahissent les Grisons et que le bailli épiscopal, Georges Béli, veut livrer la Valteline à l'Espagne. Aussitôt les ardentes communes de TEngadine prennent les armes et se portent en tumulte à Coire. Le malheureux Beli est arraché du château épiscopal et décapité avec Gaspanl Daselga, autre officier du princeévéque que Ton accusait également de trahison (1607). Ces exécutions calmèrent pour un certain temps la fureur populaire. Mais onze ans après ^ à Tinstigation des ministres réformés, un nouveau tribunal de sang s'assembla dans une grange à Tusis, proscrivit Pompée et Rodolphe Planta, condamna à mort par contumace l'évéque de Goire, et soumk aux plus cruelles tortures un prêtre et un magistrat catholiques : Rousca, archiprétre de Bédane, et Zambra, landamman de Bregell. a Rousca, dit Zschokke, prêtre respectable par sa piété, mourut dans les férs, et à ce qu'on dit, empoisonné. Mis à la torture, il avait cependant protesté de son innocence et nié toute connivence avec TEspagne. Zambra, homme âgé et accablé d'infirmités, n'avait pu supporter les tourments de la question et s'était laissé arracher Taveu qu'il avait reçu des pensions de la France et de l'Espagne. Il eut la tête tranchée. » (1618) Tant de cruautés indignèrent les gens de bien des deux confessions, sans ouvrir les yeux aux exaltés que renfermaient les divers partis.

Un aOreux malheur frappa encore les Grisons pendant l'automne de la même année. Le mont Conto s'écroula toutà-coup sur le riche bourg de Pleurs et Tensevelit sous les dé-

DB LA NATIOn SUISSE

combres avec tous ses habitants. Plus de 2,000 personnes périrent dans ce désastre.

Mais aveuglés par la haine, les partis ne cessèrent point de s'entre-décbirer. On en vint aux mains dans rËngadioe, où deux frères, Augustin et Antoine Travers, commandaient îes armées opposées. Déjà le canon avait porté la mort dans les deux camps, lorsque les épouses et les sœurs des combattants, conduites par une femme magnanime, Anne Juvalta, se jetèrent au milieu de la mêlée et parvinrent à arrêter Tefif^ion du sang. Goire, capitale du canton et foyer du parti espagnol, était le point de mire de toutes les prises d'armes. Un engagement eut lieu près de cette ville. Des hommes des deux partis tombèrent dans la mêlée. Le parti neutre profita de la consternation générale pour établir un tribunal indépendant qui mitigea les sentences du tribunal de Tusis et rappela les Planta (1619).

« Mais cette modération, dit Zschokke dans son histoire des Grisons, ne servit qu'à aigrir le peuple de l'Engadine, du Munsterthal et de Davos. 11 leva ses bannières contre Coire, et cassa les arrêts du tribunal. Ce fut en vain que Thomas de Schauenstein , seigneur de Haldenstcin, se rendit dans leur camp pour calmer les esprits. Vainement il proposa, comme moyen de pacification, d'exclure de toutes les charges, pendant vingt ou trente ans, les chefs des deux partis des Planta et Salis. Ce moyen ne plut à personne. Ceux qui avaient pris les armes exigèrent Vexpulsion des ambassadeurs étrangers, cause de tous les maux du pays. Us chassèrent de Cîoire les juges neutres, mirent en fuite leurs troupes retranchées près de Reichenau, et instituèrent un nouveau tribunal criminel à Davos. Celui-ci ne se contenta pas de confirmer les sentences prononcées à Tusis, il les aggrava. Les émigrés rentrés dans leur patrie furent proscrits une seconde fois et condamnés à un exil perpétuel. Ici, comme à Tusis, les rigueurs exercées contre le parti espagnol furent en grande partie l'œuvre de ministres réformés.

» Exaspérés par leur condamnation, Rodolphe Planta et son frère Pompée implorèrent alors les armes de l'Autriche contre leur patrie. L'ambassadeur de France, furieux d'avoir été contraint de quitter le territoire des ligues, s'en-

HISTOIBJB

lendit avec eux et le gouverneur de Milan. Les frères Planta enrôlèrent des soldats en congé dans le Tyrol italien, tandis que leur cousin Jacques Roboustelli soulevait le peuple de la Yalteline et réunissait en secret dans le Milanais une foule de gens sans aveu.

Tb Dans la nuit du 19 juillet 4620, Roboustelli descendit avec cette horde de brigands dans la Yalteline. C'était le moment convenu pour le massacre général des réformés. Le bourg de Tirano, chef-lieu de la vallée, est investi; quatre coups de fusil donnent le signal, le tocsin sonne, le massacre commence et s^étend bientÀ de village en village; partout les évangéliques furent assommés, étranglés, tués à coup de feu, à coup de pierres; leurs cadavres furent jetés dans les flots de PÂdda. On ne fit grâce ni aux femmes, ni aux vieillards, ni aux enfants à la mamelle. On coupait aux uns le nez, les joues, les oreilles; on arrachait aux autres les entrailles; à d'autres encore on remplissait le gosier de poudre et Ton y mettait le feu. Un boucher se vanta d'avoir assassiné div-liuit personnes. La tête du pasteur réformé de Tirano fut plantée sur sa chaire au bout d'une pique. Los lieux les plus saints furent profanés. » On porte de 4 à GÛO le nombre des victimes de ces horribles scènes, flétries dans Thistoire sous le nom de la Saint^Bar-thélemy des Grisons,

Après un massacre de plusieurs jours, Jacques Roboustelli prit le commandement de la Yalteline; Bormio se soumit à lui, mais Ghiavenne demeura fidèle aux Grisons. Ces événements eussent dû faire sentir au peuple le besoin de la concorde. 11 n^en fut rien. Les communes catholiques de la ligue Grise^ cédant aux instigations de leurs prêtres et des agents du parti espagnol, refusèrent d'envoyer des troupes contre les rebelles de la Yalteline. La ligue de la Maison- Dieu, et celle des Dix juridictions armèrent 2,000 hommes, sous les ordres de Jean Gouler et d'Ulysse Salis, fils d'Heroole. Tandis quils s'avançaient contre la Yalteline, un corps autrichien, appelé par les Planta, pénétrait du Tyrol dans le Munsterthal, sous les ordres du général Baldiron. En môme temps des troupes milanaises arrivaient par Chiavenne au secours de la Yalteline. Les troupes grisonnes qui venaient de se rendre maîtresses de la moitié de cette vallée insurgée, furent con-

traintes de céder au nombre et d'attendre Tarrivée des Suisses, dont ils avaient imploré le secours.

Mais les Suisses n'étaient pas moins divisés entre eux que leurs alliés. Berne, Taliié particulier des Grisons depuis 4648, ayant envoyé à leur secours le colonel Nicolas de Mulinm, avec SjOOO hommes, les cantons catholiques leur fermèrent le passage près de Meilingen en Argovie. lis arrivèrent par un détour à Zurich, où le colonel Steiner se joignit à eux avec 4,000 hommes. Mais lorsqu'ils voulurent traverser la Marche, on sonna le tocsin dans tout le canton de Schwyti pour les en empêcher. £n6n, par un nouveau circuit, ils parvinrent jusqu'aux vallées rhétiennes. S'étant réunis aux troupes des deux ligues, ils marchèrent sur Bormio et s'avancèrent en vainqueurs jusqu'à Tirano. Un combat sanglant s'engagea devant ce bourg enlie les Grisons et les troupes espagnoles soutenues par les rebelles de la Valteline {i \ septembre 1620). Nicolas de Mulinen, dont le bouillant courage avait trop oal)lié les précautions nécessaires, tomba au pied du rempart en combattant comme un ancien preux. Presque tous les chefs bernois, Wagner, Frisching,Boustelten, Effînger périrent a\ec' lui.

Le colonel grison Sprecher et plusieurs cents hommes, Suisses et Grisons, eurent le môme sort. Une partie des ba* gages et la caisse des Bernois, contenant 40,000 florins, tombèrent au pouvoir des ennemis. Tirano ne fut point emporté. L'armée commençant à manquer de munitions, fut obligée de repasser les montagnes.

L'échec de Tirano amena la défection complète de la ligue Grise, oeuvre de Pompée Planta. Il se fit soutenir par un corps de 4 ,300 hommes envoyés par les cantons catholiques et commandés par le colonel Béroldingen, d'Un. Ces troupes prirent position près de Reichenau, à deux lieues de Goire. On parlait déjà dans les Waldstœtten d^incorporer la ligue Grise à la Confédération helvétique comme quatorzième canton, de lui donner la propriété exclusive de la Valteline et de la séparer des deux autres ligues. Ce projet, parfaitement calculé pour affaiblir les ligues et donner la prépondérance aux catholiques en Suisse, émut tous les Grisons attachés à rintégrité et à l'indépendance de leur patrie. Ils exhortèrent les deux partis à la réconciliation, demandèrent qu'on

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se soomU à la médiation des Confédérés et qu'on réouvrit les ligues aux ambassadeurs étrangers. Idée funeste; cap è peine l'ambassadeur fra lirais fut-ii rentré dans lenr pays, quil recommença ses intrigues et constitua un parti complètement livré à la France ; de son côté, le gouverneur du Milanais répandit l'or pour gagner les grands et les communes au parti espagnol. Le nonce du pape ne resta pas non plus oisif et excita les communes catholiques contre les communes réformées. Enfin, les députés de la Confédération, au liea de travailler è la paix, débattirent avec amertume leurs propres querelles, et retournèrent dans leurs foyers sans avoir rien fait. L'armée bernoise ne tarda pas à les suivre.

Dans ces conjonctures critiques, un parti se forma dans les Grisons, décidé h tout entreprendre pour sauver la patrie du démembrement et de la ruine. Ce parti qui s'était donné à lui-même le beau nom de parti des Bons cœurs (Gutherzigen), avait à sa tête Geort^es Jénatsch, homme belliqueux, vénal, ambitieux, mais plein d'adresse, de courage, d'énergie et d'audace. Pasteur à Samade, peu d'années auparavant, il avait contribué aux cruelles exécutions qui avaient souillé le tribunal de Tusis ; puis , s'étant jeté à corps perda dans la politique, il s'était fait chef de parti, guerrier et colonel (^). Résolu à détruire le parti espagnol par un coup de main, Jénatsch assemble une bande d'affidés, pénètre de nuit dans le diâteau de Kietberg et tue de sa main Pompée Planta, qui, entendant dn bruit, s*était caché dans une cheminée. Puis, à la téte des bauntères de FBngadine et da Hunsterthal, il fond sur l'armée catholique dans les prairies de Prada près de Yallendas, et après sept heures d'un combat acharné, la contraint à repasser les montagnes qui séparent les Grisons du canton d'Uri (41 avril 1621). La ligue Grise, évacuée par ses défenseurs, fut forcée de renoncer à son traité avec Milan.

. (4) Lelandaromanluvaltale dépeint dans sa duronique comme un homme

orgueilleux, prodigue, qui, la religion sur les lèvres, commença par ôtre Irès-sévèro pour les ecclésiastiques qui se mêlaient de politique, puis se mit lui-même au service des Salis, devint ricbe et no se montra plus qu*à Cheval et dans Péqulpage d'un guerrier. Le désir de s'élever davantage le porta à changer de confession et à se faire catholique. Le trait suivant le fait encore mieux connaître. Un offlcier louait devant lui le régiment Stouppa, comme mieux tenu que le sien et tous les autres régiments au service de France : « Gela te coûtera la vie, » dit-il entre ses dents. Quelques Jours après, cet officier ftit trouvé percé de coups dans une cave.

DB LÀ NàTIOBT SCISSB.

Les ligues grisonnes négocièrent alors avec l'Espagne et FAutriche pour la restitution de la Yalteline. Cette restitution 88 faisant attendre, une partie des communes impatientes et poussées par des ambitieux, prirent les armes et marchèrent sur leur ancienne province. Mais cette imprudente levée de boudiers n'eut d'autre résultat qu'une retraite honteuse et provoqua le courroux de Pempereur. « Puisque les Grisons, dit ce prince, veulent la guerre, ils l'auront. » Et Baldiron eut ordre de rentrer dans les Grisons du côté du Tyrol, pendant que 7,000 Espagnols et italiens y pénétreraient deFautre et s^m* pareraient de la Valtelîne.

L'invasion s'accomplit, mais non sans une vive résistance. Irrité par les obstacles, Baldiron se souilla par d'atroces cruautés qui lui valurent le surnom de Nouvel Holophenie. 11 passa au fil de Tépée tous les guerriers qui tombèrent entre ses mains , désarma le peuple des Dix juridictions et le força de lui prêter serment. Corps et biens furent livrés h la merci de ses soldats. Les paysans furent traités comme des bêtes de somme. Un porte-enseigne autrichien eut la barbare fantaisie de se faire porter jusqu'au haut d'une montagne par un honnête campagnard qu'un soldat faisait avancer à grands coups de fouet.

Mettre d'une partie des Grisons, les impériaux en profité* rent pour rétablir partout le catholicisme et installer des oapncins à la place des ministres réformés. Soixante etquinie communes du culte protestant se trouvèrent privées de leurs pasteurs, au grand contentement de Pévéque de Coire qui espérait la restauration complète du catholicisme dans les vallées rhétiennes. Mais les pâtres résolus du Prettigau ne Penlendaient pas de cette oreille. Quand on voulut leur inoK poser les sermons des capucins : « Plutôt mourir 1 » s'écriôrent-ils. Et ils se retirèreni dans les forêts qu'ils convertirent en arsenaux. Ils fabriquèrent des massues armées de doux, changèrent leurs couteaux en poignards, leurs faulx en lances. Tout étant prêt pour leur entreprise, le dimanche des Rameaux, ils sortent tout-à-coup de leurs retraites, tombent à l'improviste sur le camp et les postes autrichiens, tuent près de 400 hommes et mettent en fuite le reste (*). De là ils marchent en colonnes serrées sur Mayenfeld , où les Autrichiens s'étaient retranchés, et sur Coire, occupée par Bal-*

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diron et 1 élite de l'armée austro-espagnole. C'est là le célèbre épisode connu dans l'histoire helvétique sous le nom de (( massues du désespoir. »

L'exemple des Prottigovieos enilamine tout le pays. Le peuple des Dix juridictions se lève en masse et une foule de eorps-francs intrépides se joignent à lui, des deux ligues et des cantons suisses, d'Appenzell surtout. D*autres cantons fournirent des subsides. Les Autrichiens, yaincus partoul, sont obligés de quitter le pays. Mais le triomphe des Grisons ne fut pas de longue durée (453S). Au mois de juillet de la même année, Baldiron reparut ayec 40,000 hommes. Des combate nombreux et adiamés se livrèrent comme au temps de l'invasion romaine. La dernière affaire eut lieu dans la prairie d'Aquasana, près de Raschnal en Prettigau. Après une lutte opiniâtre, les Grisons plièrent; trente hommes du Prettigau, seuls, décidés à vendre chèrement leur vie, se précipitèrent dans les rangs des Autrichiens en brandissant leurs redoutables massues et ne tombèrent que sur un monceau de cadavres. Les troupes de Coire, de la ligue Grise, parties trop tard pour secourir à temps ces héros, n'arrivèrent que pour voir au loin les sinistres iueuns de l'incendie qui dévorait les villages.

Les maux des Grisons furent alors portés à leur comble. Toutes les horreurs imaginables fturent commises par Baldi-^ ron et ses soldats sur les malheureux habitants de ces contrées. Aux atrocités de la guerre se joignirent les maladies contagieuses et la lamine. La conférence de Lindau, où parurent le nonce du pape, les députés des Suisses, des Grisons, de Tempereur, de la France et de TEspagne, n'eut aucun résultat. L'empereur persista dans la prétention de réunir à ses États la l^ue des Dix droitures et d'assurer le passage pour les troupes austro-espagnoles par le territoire des deux àutres ligues. Las de tous ces troubles, les Suisses eux-mêmes, catholiques et protestants, abandonnèrent les Grisons à leur destinée. Mais dans le moment même où tout espoir de salut semblait ravi à ce peuple, la France, soucieuse de voir la Rhétie livrée complètement à la maison d'Autriche, changeait de politique et formait une coaUtion contne cette puissance»

(4) Sur la coiliDe de FIflscb, au-âessos de HarenféM. sur la rive droite du Rliin (4692).

DS LA MàTIOH suisse.

L*enipereur crut pouvoir éviter la guerre en plaçant la Valteline sous la garde du pape, en attendant Tissue des négociations entre les monarques. Mais Louis Xlil, mécontent de cette mesure transitoire, envoya une armée dans la Valteline. A l'avant-garde figuraient les émigrés grisons, conduits par Georges Jénatscb et Rodolphe de Salis, le principal chef des massues du déseupoîr. Des troupes de Berne, Zurich, Glaris el des volontaires du Valais, de Neuchàtel, grossirent Farinée française aux ordres du marquis de Gœuvres, à la fois am» bassadeur et général. A l'approche de ces libérateurs, les Grisons poussèrent des cris de joie et coururent aux armes. Les garnisons autrichiennes fuirent chassées des Dix juridlotions et la Valteline reconquise (4 6S5].

Mais la France avait pris les armes dans son intérêt propre et non dans celui des Grisons. Le traité de Monzone, conclu entre l'Espagne et la France a l'insu des Grisons, ne reconnut aux Valtelins d'autres obligations envers leurs anciens maîtres que c*elle de leur payer un tribut annuel de 25,000 couronnes. Les trois ligues réclamèrent en vain la souveraineté de ce pays. Mais la guerre ayant éclaté de nouveau entre l'Autriche et la France au sujel de la succession de 3fanlouc, les Grisons se virent occupés de nouveau par 40,000 imj>ériaux qui se rendaient en Itahe, et une partie des ligues fut incorporée à l'Autriche. C'en était fait une seconde fois de l'indépendance de la république, si l'inyasion des Suédois en Allemagne et les euocès des Français en Italie n'avaient ccMitraint Tempereur à la paix de Chérasco (4630). Les im* pénaux évacuèrent les Grisons (4634). Les Français revinrent et un seigneur très-brave, qui figurait à la tôte des pro-» testants de France, le duc de Rohan , arriva à Goire comme ambassadeur de Louis XIIL Pleins de confiance dans la loyauté el les talents de ce diplomate-général , les Grisons le mi^ re&t à la téte de leurs troupes et le suivirent avec empressement à la conquête de la Valteline. Après de terribles combats (*), où se signala par son sang-froid intrépide le fameux colonel Jénatsch, Ja Valteline fut délivrée et les Grisons s'attendaient à rentrer enfin dans la possession de ce pays sujet; mais Rohan reçut tout-à-coup i ordre du roi de

(I) A Mazzo près Doriuio, LWlgiio, Morbogno, où le général Serbellonai, de Milan, perdil 1,500 boramet, et Rohan 4S0. {/malta.)

garder la Valteline et de nouveaux chefs français arrivèrent dans les ligues avec la mission secrète de les occuper et de bâtir une forteresse à Mayenfeld. Parmi ces officiers, se distinguait Lanier, homme hautain et irascible. Les soldats grisons levés par Jénatsch pour le compte de la France, menaçant de quitter le service si on ne les payait pas^ Lanier s^écria avec colère : a Je planterai ma lance dans ce nid d'Espagnols qa*on appelle Ck>ire, et je ferai exposer la tôte des rebelles. »

Désabusés et opprimés par leurs prétendus libérateurs, les Grisons sentirent enfin la nécessité de s'aider eux-mêmes, de se rallier sans distinction de parti autour de la bannière nationale. Le 6 février 4 637, une assemblée de notables des trois ligues eut lieu à Goire dans la maison du bourgmestre Georges Meyer, magistrat patriote, dont les efforts, depuis dix ans, tendaient à l'affranchissement et à la pacification de la république. Ces notables, au nombre de trente-et-un ( *), jurèrent à Texemple de leurs ancêtres, à Irons, et comme les trente-trois du Grutli, de tout sacrifler pour délivrer leur pays de la domination étrangère. Chacun d'eux eut la mission de soulever le peuple dans sa vallée et d'y préparer le jour de la délivrance. Le colonel Jénatsch fut chargé de négocier secrètement avec l'Autriche, tandis qu'il amuserait Rohan par de faux semblants de dévouement et de fidélité.

La conjuration réussit à merveille. Au jour fixé, le peuple grison se lève comme un seul homme dans les trois ligues. L'Autriche et Milan, d'accord avec Jénatsch, font marcher des corps d'observation, l'un sur Lindau, l'autre sur les bords du lac de G6me. Pendant que ces mouvements subits frap* pent les Français d'étonnement, Jénatsch, avec six bataillons, cerne le camp fortifié des Français aux bords du Bhin. Pressé de toutes parts par des forces supérieures, Rohan consent à évacuer les Grisons et la Valteline. Il rappelle près de lai le marédial de Leoques et tous ses soldats, au nombre de 5,000, dont le départ s'effectua en effet dans le courant de mai 1 637. Le duc de Rohan et le maréchal de Lecques prirent congé d'une manière très-amicale des chefs de la république. Mais le colonel Jénatsch s'étant trouvé sur leur pas*

(4) Dans le nombre figurent les non» liistoriques des Juvaltai Bavier, Sprecher, TraTera, Buol el ceint de Pierre Gooler.

Dt LA KàTIOR SniSSB. 137

sage au moment des adieux, le maréchal pâle de colère, lui tire à bout portant à la téte un coup de pistolet, en disant : « Voilà comment Ton prend congé d*un traître. » Mais le coup ne partit pas. Jénatsch, le meurtrier de Pompée Planta, n'en était pas moins réservé h une fin tragique. 11 périt deux ans après dans une féte d*officiers à Goire. C'était dans la soirée du 34 janvier 4 639. Tout le monde se livrait aux plaisirs de la danse ou du festin, lorsque Rodolpho, le fils de Pompée Planta, pénètre dans la salle suivi crhommes masqués, parmi lesquels se cachait, dit-on, sa sœur Lucrèce altérée de vengeance. Jénatscli s'avance vers les nouveaux venus, veul leur donner la main, mais au même instant il est frappé d'une balle à la joue; il essaie de se défendre avec un chandelier et tombe sans vie, atteint de six coups de hache. La mort de Jénatsch fut un deuil pour le pays (ju^ii avait sauvé. On l'inhuma dans la cathédrale de Coire avec de grands honneurs militaires. Nul cependant n'osa dénoncer ni poursuivre les coupables. Mais le meurtrier de Jénatsch ne demeura pas plus impuni que celui de Pompée Planta ; il périt à son tour au milieu d'un soulèvement populaire dans l'Engadine (1 G 40). On peut admirer dans Jénatsch le guerrier intrépide et l'un des libérateurs de la Rhélie ; mais on ne saurait trop flétrir en lui l'homme perfide et cruel, auquel tous les moyens étaient bons pour accomplir ses desseins, inspirés tantôt par l'ambition, tantôt par Tamour de la patrie.

Les Grisons étaient rentrés en possession de leur indépendance et de leurs bailliages. Mais cette indépendance et oes conquêtes étaient sans garantie, tant qu'elles n'étaient pas reconnues par l'Autriche et l'Espagne. Des traités furent conclus avec ces deux puissances à Milan (1639] et à Feldkirch (1641).

L'Espagne, d'accord sur ce point avec les communes catholiques des trois ligues, mit pour condition au traité que la religion catholique serait seule dominante dans la Valteline, Bormio, Chiavenna. Tout occupée de la terrible guerre qu'elle soutenait en Allemagne, l'Autriche se contenta de réserver les droits féodaux qu'elle possédait depuis des siècles dans l'Engadine et la ligue des Dix juridictions. Mais ces droits furent rachetés dix ans après par la ligue des Dix juridictions. De toutes ses prétentions sur la Rhétie, TAutii-

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che ne conserva que quelques petits droits seig^neuriaux h Rhœzuns et à Tarasp. « C'est ainsi, dit Zschokke, que la ligue des Dix juridictions devint libre et indépendante, à Pégal des deux autres Jigues de la Rhétie. » Davos demeura le chef-lieu de la ligue des Dix juridictions. Ce ne fut cependant pas sans opposition de la part des neuf autres. Excitées par le colonel Pierre Gouler, ambitieux qui voulait être landamman, elles réclamaient le droit de partager avec Davos ses anciens honneurs, le siège de la diète, la garde des sceaux, des archives et de la bannière, le droit de nommer le landamman, le banneret et le secrétaire de la ligue (landschreiber) . La querelle s'envenima au point que Zurich, Berne, Glaris durent intervenir. Choisi pour son arbitre (Obman), le cliancelier \Vaser, de Zurich, prononça que « Davos continuerait à être la première dos Dix tlroitures et le siège des autorités de la ligue; mais (jue le landamman serait nommé parles Dix juridictions a tour de rôle. Une querelle du même genre s'éleva au siècle suivant entre la ville de Goire et d'autres communes de la Maison-Dieu. Les passions une fois déchaînées au sein d'un peuple, il est bien difficile de les apaiser et de rétablir la paix si nécessaire cependant au bonheur et au bien-être de tous les citoyens.

Troubles de la Suisse pendant la guerre des Grisons cl la guerre de trente ans. — L ludéponflance des Suisses est garaolio au traite de Weslphalie.

(De Vm à 4648,)

OUTB la première période du dix-septième siècle est remplie de dissensions religieuses et politiques, causées par le fanatisme, l'esprit de parti ou par les intrigues de la Fiance. Berne et le prince-évêque de RAIe se disputent pendant des années la possession de Biennequi demeure enfin une ville à la fois épiscopale et indépendante, et conserve son droit de siéger dans les diètes fédérales [\ 598-1 61 0). Berne avait des affaires aussi avec Henri d'Orléans, prince de Neuchâtel, et soutenait

Dfi LA KATtOir SIOSSS.

leè boui^eois de cette ville dans leur oppositioD ao smiverain(*).

Fribourg, excité par Fambassadeur de Louis XIII, GasUlle, demande qu'on aille aux voix pour la religion dans le bailliage mixte d'Éohallens. Mats le plus loin d*étre favorable aux catholiques^ leur enlève deux villages, Peliez et Penthéréaz.

Claris, troublé par une minorité catholique, veut la séparation du pays en deux, comme rAppenzell. Ce canton trouve enfin le repos dans un compromis qui assure aux catholiques In parité complète avec les réformés, c'est-à-dire le droit d'être représenté en diète et de nommer a son tour le landamman (4628).

Appuyés sur les édits de l'empereur d'Allemagne, les prélats de la Suisse élèvent des prétentions de divers genres. Les évéques de Bàle et de Goire, princes du saint-empire, réclament les clefs de leurs cathédrales que leur a enlevées la réforme. L'abbé d'Einsiedlen veut mettre une taxe sur le pays de Schwytz; celui de Fisebingen, élever un autel catholique dans le temple protestant de Loustorf ; Tabbé de Saint^Gall, ôter au consistoire de Zurich le droit de délivrer les dispenses de mariage à ses sujets protestants. Des discussions sans fin el des prises d'armes tumultueuses sont le résultat de ces différends.

L'Underwald , déjà troublé par la querelle du calendrier, se brouille de nouveau pour la formule du serment que devait prêter Je capitaine du pays (landshauptmann). Les cantons voisins interposèrent en vain leur médiation ; ce fut un vénérable moine, animé de l'esprit de Nicolas de Fine, Martin d'Egelshofen, qui réconcilia l'Obwald et le Nidwald ennemis, dans la chapelle d'Ënnetmoos (i618].

(4) L'histoire de celte lutte offre plusieurs épisodes curieux. Henri d*Méaiis, dans sa colère, voulut bâtir une ville rivale de Neuchâtel et qui eût porté son nom (HenripoHs), dans la plaine fertilisée par les eaux limoneuses de la Thièle. Mais le projet échoua, et le premier offlcier du prince, Jean Uory, magi&trat distingué qui avait coopéré à ce plan, fut poursuivi criminellement et sa femme (une Fornachon) décapitée comme •orclère, avec plusieurs de ses parents (1649). L'acteur principal dans cal affreux drame était le célèbre Favarsior qui, de faiseur do calottes, devint procureur-général, conseiller d'État et maire do Neuchâtel. (Cliam» brier. Hittoire de Neuchâtel.)

(f) Manière de parier usitée alors et qui s'est conservée dans plusieurs cantons, pour désigner le vote è la majorité.

HtSTOni

C'est surtout dans les bailliages communs de la Thurgovie, l'Argovie et le Rheinthal que les conflits étaient les plus fréquents. La paix de religion avait accordé aux deux cultes une égale protection dans ces contrées. Mais les bailàis d'une religion cherchaient toujours à empiéter sur l'autre et donnèrent ainsi naissance à toute espèce de désordres el d'hostilités. Plus d'une fois la guerre religieuse faillit se rallumer. La crainte d'une intervention des puissances put seule arrêter la fUreur des deux partis. Le triste état où les invasions étrangères avaient plongé l'AHemagne voisine fit réfléchir les Suisses. La guerre de trente ans, commencée en Bohème en 1018, s'était engagée d'abord seulement entré les impériaux et les calvinistes; mais elle avait successivement attiré sur l'Allemagne les armes danoises, hollandaises, espagnoles, hongroises, suédoises et françaises. De fameux capitaines, dont quelques-uns n'en étaient pas moins de vrais brigands, Tilly, Mansfeld, Wallenstein, (iustave-Adolphe, le duc de Weimar, Wrangel, llorn, Rohan, Turenne, se mesurèrent dans cette lutte gigantesque, dont les suites lamentables furent la destruction de l'agriculture, du commerce, de la civilisation, la ruine de trente mille villes et villages dans les provinces de Tempire. Des milliers de familles furent réduites à se réfugier dans les pays voisins, et la Suisse eut comme toujours sa bonne part d'émigrants et de réfugiés de tous les partis.

Les puissances engagées dans cette terrible guerre cherchèrent plus d'une fois à y entraîner les Suisses. Les impériaux s'adressaient aux cantons catholiques, les Suédois aux cantons évangéliques. « Il s*agit de votre foi, disaient les envoyés de ces princes. Il s'agit de savoir lequel des deux principes religieux qui divisent l'Europe l'emportera dans la lutte. Sera-t-il dit que les Suisses sont restés indifférents à une guerre qui a pour objet la plus sainte des causes, la religion. » Aux considérations religieuses, le chevalier Kache, député par Gustave-Adolphe ù la diète séparée des J'^tats évangéli([nes, joignait des motifs d'un autre genre, tirés de la vieille haine des Suisses contre l'Autriche et de la prétendue parenté de sang et communauté d'origine des Suédois et des Suisses sortis autrefois de la Scandinavie.

Ébranlés un instant par les soUicitations et les beilcâ

DB LA KiTIOlC 8UISSB.

paroles, les CkHifédérés eurent assez de bon sens et de pairiotisme pour les repousser d'une voix unanime. Catholn ques et réformés sentirent que le salut de la Confédération était attaché au maintien de la politique légale, du pacte fédéral et que la seule ligne de conduite à tenir dans les circonstances critiques où Ton se trouvait, c'était une exaeU nmiraUté. Une chose contribua beaucoup à faire prévaloir la politique nationale du ehêx an sur la politique eosmopoKU qui voulait entraîner la Suisse dans les hasards d'une guerre européenne; ce fut la solution amiable donnée à la question religieuse en ce qui concernait Tadministration des bailliages communs. Un tribunal d'arbitres, nommé par Ja diète générale et composé de cinq membres (^), décida que les conflits de ce i;cnre seraient jugés d'après le principe de la parité confessionnelle et non d'après le princij)e de la majorité, qui faisait loi {)our les atfaires politi(|ues. Cette sentence confirmée par tous les cantons et célèbre dans le droit public de la Suisse, sous le nom de CompronUi de Baden, fut signée le 7 septembre 4632.

Les deux partis ne continuèrent pas moins à suivre d*un œik attratif ce qui se passait en Allemagne et à faire des vœux pour le succès des armes de leurs coréligionnaires. La sympaMe ne se borna pas à des souhaits; de p^rt el d'autre on enrôla clandestinement. Quatre officiers supérieurs, le Bernois Weiss, leZuricois Escher, les Vaudois Treytorrens et Gingins conduisirent chacun un régiment sous les drapeaux de Gustave-Adolphe. Les impériaux virent accourir sous les leurs le condottier fribourgeois KOnig, avec plu* sieurs mille hommes de la Suisse catholique. Les haines confessionnelles, fort excitées par ces levées en sens opposés, le furent bien davantage par un événement qui se passa dans le canton de Soleure (1632). Une compagnie de soldats bernois traversait la cluse de Balstal pour aller renforcer la garnison de Mulhouse, menacée par les troupes autrichiennes. Tout-à-coup elle est cernée par une bande do paysans soleurois, conduits par le bailli Koll, lils de l'avoyer de Soleure, qui la dépouille complètement et lui tue quinze hommes. Soleure craignant la colère de Berne, se hâta de désavouer

(1) Daniel de Hootenach, de FriboUrg, clievaUer, Ogurait parmi les awbMrea avec le clianoeUer StaaJ, de Soleure.

Hnroiu

son baiUi; mais comme elle ne se pressait pas de punir les coupables , les Bernois prirent les armes e( la diète dût intervenir plusieurs fois. A la lin, RoU fut condamné à 100 ans de bannissement et à la confiscation de ses biens. Quelquesuns de ses complices (moins coupables que lui probablement), payèrent de leur tète une attaque insensée.

La situation devint plus critique encore, lorsque les années belligérantes se rapprochèrent dans leurs évolutions des frontières de la Suisse. Les Suédois, les premiers, violèrent le territoire helvétique. Leur général Horn, dans le but de surprendre la ville impériale de Constance, passe tout-à-coiip le Rhin et s'empare de Stein , au moment même où la garnison zuricoise qui occupait cette petite ville venait de l'abandonner. Des bruits de trahison circulent aussitôt dans les cantons catholi((ues ; ils prennent une nouvelle consistance par la conduite du capitaine-général de la Thurgovie, Kilian Kesselrini;, (jui,au lieu d'assembler les milices du pays, s'amuse à célébrer une fête de village. Transportés de colère, les cinq cantons arment â,000 hommes et menacent 4e se joindre aux Autrichiens. Un camp catholique se forme à Wyl, pendant que Lucerne, Soleure etFribourg se préparentà assaillir Berne, complice de Zurich dans ses inteliigences avec les Suédois. Zurich lève quelques mille hommes pour les I opposer aux troupes des cantons catholiques. Mais ni les prières des Thurgoviens, ni les menaces de Zurich ne purent enipécher les guerriers des cinq cantons de se jeter sur Kesselring, de le traîner en prison et de l'appliquer à la torture pour savoir de lui qui avait ouvert le pays aux Suédois. Enfin, un conseil de guerre, nommé par la diète, condamna cet officier coupable au moins d'une grande négligence, à une amende de 16,000 florins, à l'exil et à la perle de l'honneur. Malgré leurs intelligences, les Suédois ne purent jwrvenir à s'emparer de Constance. Secourue par le colonel fribourgcois Konig, gouverneur de Lindau, cette ville résista courageusement, et llorn fut obligé de lever le siège.

Quelques jours après, le territoire helvétique fut violé par une armée austro-espagnole qui alla re[)rendre sur les Suédois la ville de iiheinfelden, en traversant les terres de Schaffhouse, de Zurich et de Bâle. Les troupes de ces cantons assistèrent Tarme au bras à cette violation de territoire^ accom-

DE LA HATfON 80I88B.

pagnée d'incendies , de meurtres et de déprédations de toul genre. Les paysans scliaffbousois seuls montrèrent quelque ooorage et fondirent, armés de faulx, sur Pennemî. Mais soatenos trop tard par la troupe régulière, lis perdirent beaaooup de monde et virent leors villages pillés et hrùlés par les impériaux^

Un pays alors deoii-snisse et qui aujourd'hui Test tout-à« fait, l'évéobé de Bâle, est celui qui eut le plus à souflrir des invasions répétées de la guerre de trente ans. Mal protégé par les armées de Fempereur, dont le prince-évôque de Porrentruy était cependant le sujet et Tallié, les malheureux habitants du Jura catholique virent leurs quatre petites villes et les villages environnants horriblement ravagés par des corps d'armée de toutes les nations belligérantes. Porrentruy, assiégé et rançonné par les Suèdes (c'est le nom que leur donnent les chroniques du Jura), puis occupé et rançonné par les Français de l'armée de Kohan, la môme année (1634), fut attaqué de nouveau et pris par les impériaux, pnis attacjué encore une fois, bombardé par 18,000 Français et obligé de capituler le 13 juin 1635. Retombé au pouvoir des impériaux Tannée suivante, il était repris par les Suèdes de Weimar en i 637, après une résistance héroïque. Les maux qui accablaient le peuple du Jura produisirent une insurrection terrible. Les courageux paysans des Franches- Montagnes s'armèrent de faulx, de hoyaux et de pieux, massacrèrent la garnison de Sainte- Ursanne et en eussent fait autant dans d'autres lieux sans l*intervention du prince-évéque et des moines de Bellelai. Véritables démons, les soldats échappés au massacre témoignèrent leur reconnaissance en mettant le feu à la ville de Lauffon. Les plus grandes horreurs furent commises dans les villages autour de Porrentruy , où les Suèdes pendirent des hommes par le milieu du corps ù la créinaillèie, la téte sur le foyer allumé, pour les contraindre à livrer des trésors que peut-être ils ne possédaient pas. Un de ces bourreaux, avide de butin, alla déniclier jusque sur un arbre le riche pécule qu'y avait caché un .villageois de Fahy. Spolié de toute manière, hors d'état de planter et de récolter la moindre semaillo, le peuple de Tévéché dut en beaucoup d'endroits se nourrir de glands et de radties* L'intervention de Soieure

Ué

aistoils

et des cantons catholiques, alliés de i'évôque, mit un terme à ces scènes épouvantables. Berne avertit Weiinar que Tévêché n'était plus tenable pour lui. Ce général, non sans violer encore une fois le sol helvétique, tourna ses armes eontre Rheinfeldeo , dont une bataille le rendit maître. Mais son allié Aobaa, grièvement blessé dans cette journée, aUa mourir au couvent de la reine Agnès, a Kiinigsfelden, et reçut las boniieoi*s.de la sépulture à Genève, où l'on voit encore le iomboau do et héros protestant.

Les GonlécUrés manquaient de 'l'aocord et de la résolatioii nécassaîraapour défendre leur propre territoire. Us ne surent pas mieux défendre leurs alliés allemands et franoccuntois. Suédois et Français ravagèrent impunément la Haute^Bourgogne, dont Falliance héréditaire et un tribut annuel de 400,000 écus payés aux Suisses par cette province leur faisaient un devoir de la protéger. La ville souabe de Rotweil, alliée des Suisses depuis 1 o 1 9, fut é^^aleiiieiil abandonnée sans défense aux Suédois. Un seul canton, Fribourg, montra quelque énergie dans ces circonstances, et en\oya 500 honniies secourir la ville de Dôle, sous les ordres du fameux Konig.

Rien ne peint mieux le déplorable état des gouvernements suisses au XVli** siècle que leur servilisme envers la France et rinûuence croissante de cette puissance dans les affaires cantonales et fédérales. Les ambassadeurs français ne se contentèrent pas d'usurper les fonctions du Vorort et d^assembler des diètes quand bon leur semblait; ils s'arrogèrent le droit d'empêcher la diète de recevoir les ambassadeurs des puissances qui n'étaient pas en bonne harmonie avec leur roi. L'envoyé de Louis XIII, le célèbre courtisan et marédial Bassompîerre, fit refuser une audience aux ambassadeurs de rempire, et tel était son crédit auprès des Suisses que , dans une de ses dépêches, on le voit comparer la déférence avae laquelle les magbtrats suisses se rendaient aux volontés de sa cour, à la docilité des Etats de deux provinces françaises, la Bretagne et le Languedoc. A chaque session de la diète, une députation de ses membres allait complimenter l'ambassadeur de France. On s'y rendait même en corps dans les grantles occasions. Il fallait voir les airs de monarque que prenaient alors ces ambassadeurs à l'égard des magistrats qui m se rendaient pas à leurs insinuations et s'avisaient de

CQOftlrer unTpeu dlndépendance. Eassompierre se vante dans ses mémoires d^avoir un jour gourmandé rudement et en public Tavoyer bernois Graffènried pour n'avoir pas parié avec asseï de respect du roi son mettre. Plus insoient encore, on de ses successeurs, GaumarUn, exigea que l'avoyer de la ville de Mellingen et les employés du pont de cette ville vinssent se mettre à genoux devant lui à Sdeure et lui demandassent pardon d'avoir exigé #b gens de sa suite le paiement du pontonage, çanirairment aux privilèges dont l'usage général desnoHam fmtjinârletnmhaêiadéurs du roi très-chrétien, lit comme cette amende honorable ne lui paraissait point encore une réparation suftisante, la-diète, pour l'apaiser, retint en prison a Baden i avoycr et les employés de Mellingen.

Ainsi humiliée par l'étranger, la Suisse souffrait encore de plus grands maux par la desunion des villes et des cainpas:;nes, par l'oppression et le mécontentement des sujets. Il en résulta des soulèvements partiels , à Thoune et à Zurich. (4645-46), suivis d'une insurrection fornndahie, dont nous raconterons les douloureuses phases dans le chapitre suivant.

Âu milieu de ses misères, la nation éprouva cependant ane vive allégresse, lorsque son indépendance contestée depuis deux siècles par l'empereur d'Allemagne, fut solennellement reconnue et garantie par toutes les puissances au congrès européen de Westphalie (4648).

La reconnaissance de l'indépendance helvétique est i'aete le plus mémorable et le plus méritoire de la politique suisse au XVn* siècle. Elle mit le sceau de la légflité aux droits et libertés conquis par nos ancêtres à la pointe de leurs épées et de leurs hallebardes. Elle assura au earps hévétique^ c'està-dire aux XIII cantons et à leurs alliés, une position nette, franche et honorable parmi tous les Etats européens. Cette reconnaissance fut l'œuvre du bourgmestre de BiUe, Jean- Rodolphe Wettslein, dont elle a immortalisé le nom, à l'égal des capitaines et des hommes d'Élat les plus utiles et les plus glorieux à la nation. Wettstein, parti de H51e le 4 déceii^bre 1646, passa deux années à Osnabrlick et à Munster, où délibl^raient les ambassadeurs des têtes couronnées de l'Europe. La isolé, sans faste, plein de modestie et de dignité en même temps, il enseigna la manière don( le représentant

msToni

d'un petit État peut se faire écouler et respecter des grands. Les princes d'Allemagne ne pouvaient se défaire de ridée que la Suisse et Bàle en particulier étaient une province de l'empire ; ils offrirent h Wettslein de libérer cette ville à prix d'argent : « Bàle, répondit le magistrat républicain, demande non un affranchissement, mais la reconnaissance de son droit souverain. » A la fin, gagnés par l'ascendant de cet h^mme ù la fois si ferme et si respectueux, les ministres de l'empire firent consentir Fempereur aux artî-des 6 et 64 des deux traités de Westphalie, stipulant te pleine autonomie et indépendance de la nation saisse.

Le rôle de Wettstein à Tintérieur ne fut pas moins hono* rable. Membre de cent vingt diètesi choisi pour arbitre dans tous les différends des cantons, il suivit dans la politiqùe lëdèrale les traces d'Égide Tscboudi, défctndit avec énergie et persévérance les principes de la légaUté, de la neutralité et de la parité confessionnelle. Jaloux de ragrandissement pacifique de la Confédération^ il eût voulu resserrer les liens des Suisses catholiques avec l évêché de Bâle et la Franche Comté, et ceux des Suisses protestants avec Neuchâtel et le pays de Montbéliard (*). Il était secondé dans ses vues par le général Zweyer d'Evebach, landamman d'Uri et chef du parti impérial auquel Wettstein inclinait plutôt qu'au parti de la France. Les intrigues de cette dernière puissance et les haines confessionnelles firent avorter ces généreux desseins, mais sans pouvoir lui enlever l'estime et la confiance de la nation, a Pendant l'espace de quinze ans, le Bàlois Wettstein, dit un de ses bidl^raphes, resta l'homme d'État le plus considéré et le plus Influent de la Confédération. » (4651-4666)

(1) <f Noos garderons, dit-il dans on mémoire, la ITauto-BourRopno pour les catholiques j ils garderont pour nous MoiubéiiarU. » Le irailc de UëlémoDt de 465S est un des résutlels de 1« politique de WeUstein et une pierre d'attente pour la réalisation complète de ses plans. Biiifl«r.

BB u lunoa aoisn.

xiy.

Guerre Ae» payMS el veogeanee desgouyenienients. Leuenberg, Schybi

et les trois Tells.

(De l'an 4648 à *

ES meilleures choses eu ce monde sod( sigettes aux abus.

La reconnaissance de la liberté helvétique par les potenlalis de l'Europe eut pour résultat d'accrottre les prétentions déjà excessives des gouvernements aristocratiques de la Suisse (^). Éblouis par le titre pompeux de « hauts, révérés et honorés seigneurs, » que leur donna depuis lors la chancellerie impériale, ils crurent avoir hérité des prérogatives du souverain. Ils s'envisagèrent comme institués par Dieu même et traitèrent leurs stgets avec un redoublement de hauteur et de rigidité. Au lieu dé prendre pour règle de conduite cette maxime fondamentale des États libres que « le gouvernement est pour le peuple, » ils agirent, au contraire, comme si le peuple eût été là pour les gouvernants. De là une tendance à tout réformer, à tout centraliser. De là un déluge de lois et d'ordonnances, somptuaires, fiscales, pénales, souvent fort bonnes en elles-mêmes, mais qui devaient avoir pour effet de froisser le peuple dans ses libertés , ses coutume^, et dans ses franchises le$ plus chères.

Ce peuple, si peu instruit qu^il fût, avait un sentiment profond de ses droits, de sa dignité. Il voyait avec douleur les homipes des petits cantons se réunir en landsgemeinde, élire leurs préposés et voter leurs propres lois, tandis que leurs magistrats à eux leur refusaient le droit de sVnssembler et même celui d'exposer leurs plus justes griefs. « Pour^ quoi, disait ce peuple dans ses plaintes amères, pourquoi devriomklious être moins libres que les hommes des Waldstœtten? Nos pères n*ont-il8 pas combattu comme les leurs à Sempach, è Saint-Jacques et à Grandson?» Dans tous les

(1) Berne, Fribourg, Luceme, Soleurei Bâie etZurlcb. lie patridat proprement dit n'eiisiait pas dans ces deux derniers cantons.^

HisrciRe

cantons, on n^cnleiulait parler que de droits perdus, de IraDchises violées, de chartes tronquées ou soustraites par la supercherie intéressée des gouvernants. Le régime des baillis était un autre sujet de mécontentement. La destitution de quelques-uns do ces tyranneaux n^empôchait pas leurs succesieurs de suivre leur exemple et de s^enricfair rapidement aux dépens de leurs administrés.

. A ces justes sujets de plaintes, le peuple en joignait d'autres moins légitimes. Accoutumé à ne pas payer d*imp6ts, il taxait dMnjustice tous ceux que les circonstances et les nombreuses prises d*armes des derniers temps avaient rendus nécessaires. Le nom môme d'impôt lui paraissait un retour vers la féodalité.

Un évéïuMiiont extérieur et heureux pour les autres nations, la paix générale, vint mellre le comble au malaise et au méconlenlcincnt du peii[)Ie suisse. « Pendant la guerre de trente ans, dit un historien, les Iiabilants des contrées désolées par ce fléau s'étaient réfugiés en grand nombre sur le territoire suisse ; le prix de toutes les choses nécessaires à la vie avait doublé ou triplé ; la valeur des terres et des maisons s'était élevée dans la même proportion; les gens de la campagne usèrent de ces nouvelles sources de prospérité comme si elles n'eussent jamais dû tarir; ils s'adonnèrent au luxe et à la bonne chère; bien des heures furent passées au cabaret , qui naguères Té* taient à la charrue ; les habitants des villes , mieux avisés, leur prêtaient sur hypothèques les sommes qu*ils avaient épargnées. Lorsqu'après la conclusion de la paix.) les réfugiés retournèrent dans leurs foyers, et que les contrées voisines longtemps en friche se trouvèrent rendues à la culture, le paysan suisse se retrouva avec des ressources amoiiH dries, des propriétés obérées et des habitudes dispendieuses qu'il n'avait plus les moyens de satisfaire (*). En même temps, la paix amena le licenciement d'une grande partie des troupes qui servaient en Allemagne et en France; une n^.ultitude d'hommes mécontents de leur sort, habitués à l'oisivelé et au désordre, fureot rendus à leurs foyers. Un malaise général

(I) La baisse des denrées de première nécessité était telle après la gtterre, i\nc \o sac do blé qui s'était venduù40 bals tomba à 40, elqu^uoe créance (te 409 florins D'en valut plus que 90. ^

gagna les populations.» (*) La dépréciation des monnaies vint mettre le comble à la gêne publique. Pour établir de l'ordre dans le numéraire, les gouvernements durent retirer leur billon et réduire la valeur du batz du tiers ou de la moitié. Cette réduction qui frappait surtout le pauvre fit éclater un soulèvement populaire. '

Le signal de la sédition partit de TEntlibouch. Fier de ses franchises et des exploits de ses héros dans les ij:uorres du XIV* et du XV' siècle, le petit peiiple remuant de cette con- . trée pastorale avait déjà montré, par la. tentative malheureuse d'Am-Stalden, quelles étaient ses dispositions à l'égard de la seigneurie de Lucerne. Dès lors ses griefs n'avaient fait qu^augmenter, et lorsque le gouvernement eût diminué la valeur de son numéraire en 4653, les montagnards de rEntUbouch envoyèrent des députés en réclamation k Lacerne. Un riche paysan, le banneret Jean Emmenegger, porta la parole pour ses compatriotes. Mais loin d*avoir le résultat désiré, cette démarche ne valut aux réclamants que des injures et des menaces. Le bailli Krebsinger, vieil officier, qui ne connaissait d'autre droit que la force, se distingua par son langage hautain : « Les paysans, dit-il, feront bien de se tenir cois, à moins qu'ils ne veuillent avoir sur le dos des l>utiiiljons de Welsches qui sauront les mettre à la raison. »

Ces paroles outrageantes, répandues en un instant dans tout le pays, produisirent une irritation evtraordinaire. On crut (jue la seigneurie do Lucerne songeait à s'entourer de ti'oupes italiennes pour opprimer irnpunément ses sujets.

Le 26 janvier 1654, toutes les communes de TEnllibouch, curés en tôle et gonfanons déployés, se rendirent en procession à Heiligan-Kreuz (Sainte-Croix), village situé à 3,780 pieds au-dessus de la mer, et jurèrent à la face du ciel de maintenir leurs franchises et de défendre rentrée du pays contre tout soldat étranger qui serait assez audacieux pour y mettre le pied. ËnhanSs par cet acte solennel, les montagnards refùsôrent d'obéir h Tordre du gouvernement qui les invitait à envoyer une nouvelle députation dans le chef-lien : « Messieurs de Lucerne, répondirent-ils, sont aussi près de nous que nous d'eux, et s'ils ont quelque communication à nous

(I; BUl9kni$ltt Suiêie, par un NeuchAtelois, page 240,

adresser, ils peuvent venir nous la faire ici. » Ces paroles hardies jointes aux dispositions peu favorables des autres bailliages et de la bourgeoisie du chef-lieu intimidèrent la seigneurie. Elle envoya aux mécontents Favoyer Doulliker et d'autres magistrats avec des propositions conciliantes. Le \ 4 février, Doulliker et ses collègues, accompagnés de deux pères capucins, se rendirent 5 Schupfheim, où les communes de l'Entlibouch devaient se réunir pour délibérer sur les propositions des délégués du gouvernement. L^assemblée eut lieu daos i'église çlu village; elle présentait un spectacle étrange et peu rassurant pour la cause de llautorité. \ ,400 hommes armés de massues, de mousquets et de hallebardes déGlèrent au son des cornemuses, fin téte du cortège marchaient les Vtm Tells, c*est-à-dire trois montagnards aos membres robustes, costumés à la façon des anciens Suisses et figurant les trois libérateurs du Grtttli. Hinlenioli, Stadilmann et Untemaher étaient les noms pea harmonieux de ces héros populaires. Lorsque les communes se forent for» mées en cercle autour des délégués, ceux-ci leur promirent au nom de la seigneurie Tabolition des deux impôts établis sur le bétail et le sel. Ces concessions ne satisfirent point les (iers Entliboucher ; ils réclamèrent l'abolition des amendes, celle des poursuites pour dettes et la réduction du tiers des créances. L'avoyer Doulliker essaya de faire voir au peuple combien ces demandes étaient exorbitantes. Ayant terminé son discours par ces paroles du Nouveau-Testament : « Celui qui résiste aux puissances établies, résiste à Dieu môme,» un montagnard d'une taille et d'une Iforce athlétiques, nommé Hanz Krummenacher, se plaça devant lui : «Oui, oui, monsieur l'avoyer, quand les magistrsfts sont justes, ils viennent de Dieu; mais quand ils sont injustes, ils viennent du diable.» (') Doulliker et ses collègues reprirent, consternés, le chemin de Lucerne. Ils n'y étaient pas arrivés que déjà tout le pays était en rumeur, Wâlisau, Sunsée, MunM«r. Une assemblée populaire se réunit à Wdhausen dans rEntlibouch, te S6 février, et prêta serment au pacte d*alliance (Bundêstri^^ rédigé par Ëmmenegger. Des ecclésiastiques présents à la

(I) « la, ia, ihr sil von GoU, wenn iiir gerecht; aber vom Tufel, weun* ihr ungerecbt siL > '

D£ LA 11AII02C SUISSE. 41^1

réunion doQDèreot à cet acte une espèce de sanction religieuse. *

Aussitôt le mouvement £i;agna le canton de Berne. Des assemblées populaires analogues à celle de Wolhausen eurent lieu à Langnau et à Trachselwald (14 et 24 mars). Encouragés par le succès de la rébellion , les campagnards lucernois prirent les armes et bloquèrent la capitale de leur canton, réduite à implorer le secours des Waldstaetten, où les e^HÎte étaient plus favorables aux paysans qu'aux citadins.

Ân premier bruit de la sédition, la diète s'était réunie ^ Baden; un manifeste menaçantraf^laJessiiyets à l'obéissance, qualifiant les meneurs de séducteurs du peuple. Ce manifeste et la réunion de comnûssairos fédéraux à Stanz firent impression sur les insurgés. Les paysans lucemois, les premiers, se soumirent et acceptèrent les propositions de Ja conférence de Stanz (18 mars). Les campagnards bernois suivi- ^rirent leur exemple; moyennant quelques concessions (la diminution des frais de justice et rabolilion dés droits sur le bétail), ils consentirent à faire amende honorable et envoyèrent vingt députés s'agenouiller devant Leurs Excellences, en signe de soumission (4 avril).

Mais au moment où Ton croyait l'insurrection terminée, die se ranimait avec une nouvelle force dans la campagne lucernoise et se propageait avec une rapidité effrayante dans les cantons voisins de Berne, Soleure et liàle. Une grande assemblée populaire avait lieu dans le village bernois de Soumiswald et réunissait des délégués de tous ces cantons, au nombre de mille. L^ambassadeur de France, qui voulait ménager les paysans, s'y faisait représenter par son secrétaire. Nicolas Leuenberg, de SchOnholz, Tun des députés qui avaient demandé pardon à genoux au gouvernement de Berne, présidait la réunion, et fit observer le plus grand ordre. C'était un homme grave, religieux et doué d'une certaine éloquence naturelle. On lut te pacte d'alliance qui de^ ▼ait unir désormais les paysans susses comme le serment du Grtttli avait uni leurs pères. On le jura à mains levées en

LE

ment. Le 14 mai, une nouvelle assemblée tenue à Huttwyl,

sur la frontière de Berne et de Lucerne, confirmait les déci* sions prises par les réunions précédentes. Ces réunions

^99r HiSTOiai

avaient abusé les insurgés sur leurs forces. Us se crurent les mattres et commencèreot k maltraiter ceux de leurs conciloyens qui étaient restés fidèles au gouvernement. On désignait ces derniers sous le nom de modérés (linden), par opposition "aux rudes (hartenj c]ui était celui des partisans de ralliance. Quatre petites villes, devinrent avec FEntlibouch les principaux foyers de Tinsurrection, Liestal, Oltciî, Langnau et Willisau. Des Iioninies énorfiiques diriiîoaiont le mouvement; le tisserand Schad, à IJoslal ; Loiienhorg et Galli, dans l'Einnicnlhal; Gysin à OIten , Kninieneggcr et Schybi étaient les chefs de rinsurrcction lucernoise. Ce dernier, vieux soldiit, déploynit une acli\ilé et une ardeur extraordinaires. Chef suprême de la révolte, il l'eût ])eut-ôtre fait réussir à force d'audace et (riiiijxUuosité. Mais son crédit pâlissait devant celui de Leuenberi^ , dont l'exlérieur imposant et les manières graves et populaires firent le véritable chef et comme le dictateur de Finsurreclion. Quand paré de son grand manteau rouge, le sabre au côté, Leuenberg à cheval parcourait Jes campagnes insurgées , des villages entiers accouraient sur son passage et saluaient, ^téte nué, le rot des paysans. Une escorte de volontaires veillait jour et nuit è la sûreté de l'élu du peuple suisse. Content de ces honneurs, et d'un caractère plus pacifique que belliqueux, le paysan de Schdnholz'perdit un tenips précieux en vaines parades et donna ainsi aux gouvernements le temps de se remettre de leur frayeur et de réunir leurs forces. Berne, qui ne pouvait compter sur ses sujets allemands, appela aux armes ses milices tcelsches du Pays-de-Vaud et ses alliés de Bienne, NeuchAtel et Genève. Zurich, dont le peuple avait été en vain sollicité à la réNollc, réunit 0,000 hoinnies, presque tous \ olDiiUiires. Un moment ébranlées, les tribus de Bàle se rallièrent à la voix vénérée du bourgniesli e Wettstein. Fribourg eut plus de peine a réunir ses troupes et eut à comprimer des séditions qui éclatèrent dans la Gruyère et jusque dans son camp d'observation formé à la Singine. Combinant tous ces préparatifs de défense, la diète désigna trois généraux pour prendre le commandement des troupes iédérales et approuva le plan d'attaque dressé par eux. Zweyer d'Evebacli, d'Uri, à la tôte des trpupeS des Waldstsetten et de Saint-Gall, devaiw-réduire la campagne lucer-

ht LA RAtlOK SUI8SB

noise; Conrad Werdmuller, de Zurich, tomber sur TArgovie inférieure avec les troupes de son canton et des Étals orientaux, pendant que le général bernois Sigismond d'£rlach soumettrait TArgovie supérieure et PEmmenthal. Mais avaiâ que ce projet eût pu recevoir un commencement d'exécution et avant même que d*£rlach eût réuni Tarmée à ses ordres, Schybi conçut un autre plan fait pour déjouer toutes les combinaisons des généraux de la diète. Il consistait' à fondre sur le corps d'arpée zuricois ayec toutes les forces réuiiies des paysans. « Attaquons-les sur trois points è la fois^ dit-il à Leuenberg, par Mellingen; Bublikon et Brugg, el nous les jetterons dans la Reuss. » Mais pendant que les deux chelis concertaient Fattaque dans une chambre d'auberge à Langenthal, un jeune ecclésiastique, prisonnier dans la pièce voisine, entendait leur colloque et en faisait part aux autorités bernoises. Werdniuller, averti à son tour, se hâta d'occuper les hauteurs de Bublikon, où devait se faire l attaque principale. Déçu dans son espoir, Leuenbcrg entama des négociations avec le gouvernement de Berne, et pour donner plus de poids à ses paroles, vint camper aux environs de la capitale avec 20,000 hommes. Chose admirable dans une guerre civile et au sortir des brigandages de la guerre de trente ans, ce général laboureur maintint une exacte discipline. Pendant plusieurs jours même, les portes de la ville restèrent ouvertes et les bourgeois purent vaquer librement aux affaires qu'ils avaient à la campagne. Presse par les paysans et privé de toutecommunication avec ses alliés, le gouvernement de Berne acheta la paix à des conditions qui ruinaient en partie son autorité. Car on accordait aux campagnards, non-seulement une . amnistie, 50,000 écus d'auménes, la- restitution des amendes injustement perçues , mais encore la libre réunion des délégués de la campagne toutes les fois quils auraient des sujets de plainte contrôle gouvernement. Les campagna rds, en échange, promettaient de poser les armes et de rentrer dans leurs fbyers. Le traité fut signé par les deux partis sur le Murifeld. Mais Leuenberg, au lieu de poser les armes comme il en était convenu, se dirigea vers l'Argovie. Les paysans de cette contrée, après avoir pris Mellingen, venaient d'être repoussés par Werdmuller qui leur avait accordé un armistice de deux jours (31 mai]. L'arrivée de Leuenberg et de

454 nsTOiBB

Schybi à la tête de 20,000 hommes changea les dispositions des paysans argoviens. L'armistice expiré, tous ensemble ils se jetèrent avec fureur sur l'armée zuricoise dans Faprès-midi du 3 juin. Bien que Werdmuller n'eut que 9,000 hommes à ses ordres, il ne balança pas à accepter le combat, comptant sur son arUlierie. Les paysans luttèrent avec rage depuis deux heures à sept, dans le village de Woblenschwyl et aux environs. Mais, comme Werdmuller Favait prévu, foudroyés par Partillyrie fédérale et environnés de malsons en flammes, les insurgés forent obligés ' de se retirer et obtinrent un nouvel armistice jusqu'au lendemain. Égaré par le désespoir, l'audacieux Schybi voulait profiter des ténèbres pour fondre sur Parmée suricoise. Leuenberg et les autres chefii rejetèrent cet avis déloyal et renouèrent les négociations avec le général Werdmuller. Le populaire bourgmestre Waser venait d'arriver au carap zuricois, et avec cette éloquence dont il avait fait preuve en mainte occasion, il harangua les délégués des paysans et leur fit voir que le convenant de Stanz, dont ils invoquaient certains articles, loin de leur être favorables, condamnait non-seulement les séditions, mais même toute assemblée populaire. Ces pa rôles Grent impression sur des hommes déjà démoralisés par l'insuccès de leurs tentatives précédentes. Ceux de Soleure, Bàle, Argovie mirent bas les armes et se dispersèrent. Ceux de Berne et Luceme, au contraire, rentrèrent en bon ordre dans leurs cantons et cherchèrent à prolonger une lutte inutile. Schybi ayant tenté une attaque contre le pont de Gistikon, fut repoussé avec perte (4 et 5 juin). Plus malheureux encore, Leuenberg éprouva une défaite totale à lIerBogenbuchsée,où, trois heures durant, les paysans* combattirent contre les soldats d'Erlaoh avec tout Thérolteme du désespoir (8 juin].

MaUres du champ de bataille par leur triple victoire, Werdmuller, Erladi jsi Zweyer opérèrent leur jonction el formèrent deux consélls de guerre pour la punition des rebelles. Les gouvernements cantonaux sévirent de leur cété et se montrèrent d'autant plus cruels dans leur triomphe qu'ils avaient été lâches dans le péril. Tous ceux qui avaient pris une part un peu importante à la sédition furent décapités, écartelés , pendus ou fustigés , mutilés et frappés dans leurs

DB U NATtOK SUISSE.

biens. Uq seul État, Soleure, ne prononça aucune condamnation et ne livra qu'a regret ses accusés aux tribunaux militaires. Le sort d'un de ces infortunés, homme doux el conciliaiit, toucha tout le monde. Adam Zeltner, soos*baiUi, n'avait paru à la réunion de Soumiswald que pour faire Féloge de son gouvernement et prendre ad référendum les décisions de rassemblée. Son gouvernement et l'ambassadeur de France sollicitaient sa gréée. Âu jour du jugement, les vois se partagèrent au sein du conseil de guerre. Sept juges votèrent la grâce et sept aussi la mort^ Werdmuller, comme président, devait trancher la question. Sans se laisser atten* drir par les pleurs d'une femme enceinte et de six enfants qui imploraient à genouK la grâce de leur père, le barbare général se prononça pour la mort. Zeltner fut décapité à Zofîngue, le 2 juillet. Sept jours après, la tète de Schybi roulait sur l'échafaud àSursée. Le vieux soldat avait supporté tous les degrés de la question la plus raftinée et la plus atroce avec tant de courage, que le juge PfylTer le déclara ensorcelé! L'exécution de Leuenberg n'eut lieu qu'en septembre. Loin de cliercher à fuir après sa défaite, il s'était retiré dans sa demeure à Schonholz et vaquait à ses occupations ordinaires, lorsque quatre misérables qui croyaient se racheter par cette trahison s'emparèrent de lui et le livrèrent à la justice. Conduit à Berne dans un accoutrement ridicule et un sabre de bois au cété, Tex-roi des paysans fit son entrée dans cette ville au milieu des outrages de la multitude. Deux mois après, il eut la téte tranchée et son corps écartelé par le bourreau fut exposé sur les quatre grands chemins du canton. «Ainsi finit, dit ua noble historien, un homme qui, tandis qull en avait 40,000 sous ses ordres, n'avait pas fait tomber sous le fer une seule téte. » (

Le drame sanglant n*était pas terminé, il devait s*accom<* pUr Bux lieux od s'était joué le premier acte. L'Ëntlibouch, malgré les rigueurs d'une occupation militaire,* remuait encore. Quatre proscrits, Hanz Rrummenacher et les trois Tells erraient dans le pays et y propageaient la sédition de village en village. L'un d'eux, Stadelman, eut mémo la triste idée de s'adresser à l'ambassade de France pour réclamer l'intervention de cette puissance dans les affaires de la

(1) M. Vainémhi, BUtoin dê la QmfédiraiSm, XIII.

Vù6 HIITOIU ^

Suisse. Lucerne députa vers les montagnards l'avoyer Doulliker et d'autres magistrats pour recevoir leurs serments de fidélité. Non-seulement ils refusèrent, mais Douiliker et ses eoUègues faillirent être massacrés en pleine assemblée. Un nouveau péril les attendait sur la route de Schupfheim à Luœnie. Excités par les propos sanguinaires de Knimme* ' BâCber, les trois Tells s'étaient oaebés avec leurs mousquets derridre un buisson. Au uHMnent oii la députation passait^ trds coups de feu partirent. L'avoyer Douiliker ne fut atteint que légèrement à la cuisse. Mais l'un des conseillers qui Taoeompagnaient tomba mort sur le chemin» Les autres s'enfinrent épouvantés à Lucerne.

L'EntlâKmdi fut occupé une seconde fois et les meurtriers traqués de maison en maison comme des bétes fauves. Un enfant montra aux soldats la grange où se cachaient deux des meurtriers (Hinleruoli et Unternalier) ; se voyant trahis, ces deux hommes intrépides montèrent sur le toit de la grange , et pendant que l'un d'eux faisait rouler sur les soldats les grosses pierres dont le toit était charge selon l'usage de la contrée , l'autre armé d'un grand sabre repoussait les hardis assaillants qui essayaient d'arriver jusqu'à lui. A la fin, désespérant de les prendre vivants, les soldats les tuèl'ent à coups de mousquets. On se vengea sur leurs cadavres qui furent écartdés è Lucerne par la main du bourreau. On fut plus heureux avec Stadelmann, le dernier des Tells; - il tomba en vie entre les mains des soldats et fut décapité avec un de ses complices. Le plus habile de tous fut Uanz Krummenacher. Cet homme, certes, l'un des pins coupables de la rébellion, puisqu'il avait eu la principale part au meurtre^e l'avoyer Douiliker, parvint.à se soustraire à foutes les poursuites, et il obtint même sa grâce par llntercession des capucins de Schupfheim au prix de 3,000 florins.

Après avoir foit acte de rigueur, le gouvernement de Lucerne eut le bon esprit de foiré acte de clémence et de rendre aux communes leurs lettres de franchise, aux termes ife prononcé de Stanz. Cotte mesure de justice et de bonne politique calma subitement toutes les inquiétudes, tous les ressentiments. Les communes de l'Entlibouch prêtèrent serment de la meilleure grâce, et pour s'assurer elles-mêmes contre les séductions de cet esprit remuant auquel ils avaient cédé si

Bl LAHAfflOirSUlSSB.

fioofveiiti elles se lièrent etivers les hauts seigneim de Luceme par imvœu d'obéissance perpétuel le de vant l'image de la Viergd.' qol est dans l'église des pères Franciscains à Wertensteiki* i

ÂsseE d'aooonl tant cpi'il ne s'était agi que de^puaîr^des sujets rebelles, les gouvernements suisses sè brouiUènsoÉ quand il fut question de répartir entre eux les frais de gnenaî JBerne, en particulier, réclamait de Soleure et de L»een»<dHr sommes considérables que cew^-d refusaienfe de payer. ^

Ada fin, tous. les cantons s^ntendirent pour mettre ia plus grande partie de ces frais à la charge de l'Etat de Soleure qu'ils accusaient de lâcheté*et de connivence avec les paysans (1654). Trop faible pour résister à tous les autres réunis, So"* leure se soumit; mais pour se venger des Confédérés, il se sépara d'eux et conclut au mois de juillet de. la même année un traité d'union avec Louis XIV.

Un fait trop réel aux diverses époques de nos annales, c'est la déplorable tendance de tous les hommes et de tous les partis vaincus de faire appel aux puissances étrangères. « Toujours en Suisse, dit un judicieux écrivain, en pariant de Stadelmann et du gouvernement de Soleure, les partis vaincus s'adresseront aux Turcs et aux païens plutôt que de se réconcilier avec leurs concitoyens ds parti dominante» Cette absence de dignité républLoaine et d'honneur national est enoore pour beaucoup dans les maux dont la Suisse souffue aujourdliui.

Guerre reHgieufle de Villmcrgen. — Essais infruciueux pour améliorer les iosUtuttoQS fédérales. — Révolutions k Bâle et k Genève.

(Dê l'ail i 663 à 1660.)

ES plaies faites à la nation suisse par la guerre des paysans saignaient encore, que toutes les torches de la guerre civile se rallumaient dans la GonfédéraLion. La cause en fut la persécution dirigée par le gouvernement de Schwylz contre quelques £aunill^ protestantes du village d'Art. Ces familles,

458 nsTOiu

parmi lesquelles celle d'Ospenthal tenait le premier rang, se réunissaient pour prier dans une maison isolée, appelée le Humelhof j et y recevaient en secret la visite de pasteurs xiiricois déguisés en bouchers ou sous d'autres costumes. Ces conciliabules furent remarqués des voisins, et une proche parente des sectaires se chargea de les dénoncer aux prêtres et aux capucins du pays. Ceux-ci se réunirent à Schwytz en synode, le 4 0 novembre 4 655, et invoquèrent le hrdis sécuUer contce les Nioodémites ( Épouvantés du sort qui les lilendait, une grande partie des sectaires s'eniuirent de nuit par le lac à Zoug et se réfugièrent à 2K^rich, au nombre de 36 y compris les femmes et les enfants (23 novembre). Il était temps , car le jour qui suivit leur fuite, le village d*Ârt fiit occupé militairement et ceux des Nicodémites qui avaient refusé de fuir furent saisis et conduits garottés au bourg de Schwytz. Au nombre des prisonniers se trouvait Barbe d'Ospenthal , veuve âgée, riche, dont la bienfaisance Pavait fait chérir de toute la contrée. Une troupe d'enfants s'étant trouvée sur son chemin lorsqu'on la conduisait en prison, se mit à fondre en sanglots. « Ne me plaignez pas, mes chers enfants, leur dit Barbe avec bonté, le chemin que je suis est celui du ciel. » (^) #

La justice de Schw^ytz se montra cruelle envers les Nicodémites. Une ancienne loi, faite lors de la première guerre religieuse, punissait de mort quiconque chercherait à introduire une religion nouvelle dans les Waldstaetten. Cette loi fut appliquée dans toute sa rigueur à Barbe d'Ospenthal et à trois autres membres de la secte, exécutés sur le Weidhub près de Sohwyts. D'autres moins compromis lurent tqrturéa ou livrés à Tlnquisition de Milan. Les biens de tous furent confisqués. Zurich rédama contre une mesure iiyuste qui ruinait les familles réfogiées sur son territdre. Schwytz maintint sa sentence et demanda l'extradition des fogitîCi. Zurich et les cantons réformés, en ayant appelé au droit fédéral, Sdiwytz le déclina en disant : « L'État de Zurich persécute les anabaptistes et fait ce qui lui plait sur son territoire. Nous ne devons compte qu'à Dieu et à notre conscience de ce que nous faisons sur le nôtre. » On espérait qu'une diète de tous

(i) Ainsi nommés de Nicodème, partisan xecr«| de J.-G. i%) HUtoire de SchnoytM, par le curé Fassbiod.

DB LÀ NAnON SUISSB.

les cantons apaiserait ce différend ; elle se réunit en effet à Baden (oovembre et décembre) f et quelques paroles du bourgmestre Waser, de Zurich, avaient produit le meilleur effot sur rassemblée , lorsqu'on apprit que le gouvernement de ce canton bordait de troupes ses frontières du côté de Cappel.

Cette eonduite équivoque indigna les cantons catholiques; Favoyer lucernois Flecken^tein s*écria en pleine diète : « La paix nationale a été dictée par le fer ; le fer la maintiendra. » c On a déjà trop attendu, o répartit le général Rodolphe Werdmnller, le frère de celui qui avait commandé dans la guerre des paysans. La diète se sépara au milieu de lirritation des esprits. Quelques jours après, Werdmuller marchait sur la Thurgovie avec 10,000 hommes et 50 canons, soumettait tous les bords du Rhin et allait assiéger Rapperschwyl. Cette ville , dépendante de l'abbé de Saint-Gall , fut secourue à la hâte par les troupes des Waldstœtten. Un moment indécis, les Bernois se laissèrent entraîner comme en 1531 , garnirent leurs frontières du côté de Fribourg, Soleure et Underwald, puis jetèrent 12,000 hommes dans l'Argovie, sous les ordres de Sigismond d'Erlach. Mais les plus belles armées ne sont rien sans la vigilance et la discipline. L'une et l'autre manquaient aux deux armées protestantes. -Trompés par leur supériorité numérique et la pensée que les catholiques seraient trop heureux de faire la paix , les Bernois campés dans le village de Villmergen et aux environs se laissèrent aller à la boisson et au hbertinage. Instruits de leurs dispositions et de leur insouciance , les catholiques , qui étaient campés à Mari au nombre de 4,000, s'avancent en tapinois dans les taillis, et après une courte prière, fondent sur les réformés à coups d'arquebuses, de piques, de hallebardes, les culbutent et les dispersent, malgré une vive résistance qui dura d^mls deux heures de l'après-midi jusqu'à la nuit. Plus de 800 Bernois gisaient sur le champ de bataille; 9 dra^ peaux et 14 canons étaient la proie da vainqueur.

Au moment de livrer bataille, le chef des catholiques, Christophe Pfyffer, avoyer de Lucerne, avait reçu de son gouvernement l'ordre de rester sur la défensive. Devinant le contenu de la dépèche, il l'avait mise dans sa poche sans la décacheter.

Les Bernois, dont une partie seulement avaient combattu à Yiiimergen, étaiént à même de prendre leur revanche^ et demandaient à grands cris le combat ; mais d'£rlach contint rardeur de ses soldats, et l'armée de Pfyffer ayant attendti rennemi trois jours sur le champ de bataille, rentra en triom* phe dans ses foyers.

Le jour même où d*£rlach se faisait battre à Villmergen, YTerdmuIler perdait 4,800 hommes sous les murs de Rapperschwyl, assiégé en vain depuis cinq semaines. L'héroYsme de la garnison et l'habileté du commandant Rodolphe Redlng déjouèrent tous les assauts des Zurlcols. Ils levèrent le siège au bruit des huées et des chants des assiégés qui célébraient à leur façon les exploits du Vert meunier^ traduction ironique lin nom do Werdmuller. Bien (jue la guerre n'eût pas duré plus de deux mois, elle avait déjà coûté aux Zuricois plus de 414,000 florins. Deux des cantons belligérants, Berne et Lucerne, ne pouvaient ni Pun ni l'autre se lier à leurs sujets de la campagne. Aussi l'armoe d'Erlach à Villmergen se composait-elle presque entièrement de Vaudois et d'Argoviens. Ces circonstances et la crainte d'une intervention étrangère permirent à l'ambassadeur de France et aux députés des cantons neutres, de faire accepter aux deux parties un traité de paix qui donnait gain de cause à Schwytz, proclamait le principe de la souveraineté cantonale et le droit pour chaque gouvernement de régler à son gré ses afi^res intérieures. (Paix de Bâle, 7 mars.)

Quelques années, après, une querelle de paysans et de soldats dans le village de Wigoldingen en Tbui^ovk faillit amener une nouvelle guerre religieuse. Une troupe de mercenaires des cantons catholiques , passant près d'un temple réformé, insultaient les paysans qui y assistaient au- service divin. Une femme courut sonner le tocsin dans un village voisin. Les mercenaires furent assaillis et seise d'entre eux laissés morts sur le carreau. Protestants et catholiques cou^ rurent aux armes; heureusement que les cantons modérés parvinrent à apaiser cette querelie , mais ce ne fut pas sans livrer au bourreau la tôte de deux pauvres paysans. La chronique populaire qui trouve à rire dans les événements les plus tristes , appelle cette prise d'armes la guerre des grenouilles (Froscbenkrieg).

DB !▲ AàTIOA ^UISSE. 1 6t

Les déchirements religieux et politiques affectaient douloureusement les cœurs patriotes. Au sortir de la guerre des paysans, le noble bourgmestre Waser avait fait à la diète de Bàle (i(6b4) une série«de propositions tendant à réviser et à améliorer le droit public fédéral, et à garantir aussi les droits et libertés des communes et des particuliers, W^ser demandait que l'égalité de droit fût consacrée pour tous leé cantons; qu^aucun ne pût faire la guerre de son chef, comnd^ Zurich venait de le faire; que le butin fût partagé par portion9 égales; que (a Confédération jugeât des différends nou-seu-^ Icnient entre un canton et Fautre , mais entre un État et le$ particuliers, et enfin que .la Confédération se portât protQÇr tnce et garante des droits et franchises des villes et .des campagnes.

généreuses propositions de Waser ne trouvèrent d'édio qu'auprès de la députation de Berne (Daxelhofer et

Erlach) et de celle de Genève, dont le premiei* syndic Sarlasin eût voulu établir une centralisation d'I^Lils connue celle do la Hollande. Non-seulement on ne })arvinl pas a forlKier le lien fédéral, mais on ne réussit pas môme à faire agréer à tous les cantons un règlement militaire destiné a protéger leur indépendance. Le di fensiomial ou plan de défense nationale fut rejeté par Srhwytz et d'autres cantons catholiciues comme une œuvre hérétique. Ils refusèrent cga- , lement de prendre le Pays-de-Vaud sous leur garantie. A l'intérieur de^ cantons, Toligarchie, loin de se tenir pour avertie par les derniers événements, devint de plus en plus oppressive et méprisante. Des distinctions odîeuses s'étabUrent dans plusieurs villes. Le nom de dames fût interdit aux simples bourgeoises et réservé aux femmes des conseillers. Des règlements minutieux fixèrent le costume des différentes classes. Les distinctions s'étendirent jusque dans le sanc- . taaire de la justice. Les tribunaux firent la différence du riche et du pauvre, du patricien et du plébéien. On doit à la diète de 1654 la réforme de quelques abus dans l'administration. Hais cette réforme incomplète n'empêchait pas un bailli de se faire 30,000 écus en sa ans, dans sa préfecture et do rembourser en sus le prix souvent considérable auquel il avait obtenu cet emploi lucratif.

Les gouvernements de Genève et de Bàlc sç distinguaient

BISTOIRB

par leur esprit oligarchique. Quelques £amilles opulentes (les Trembley et les Grenus à Genève, les Bourcard et les Socins à Bâle) se partageaient tous les emplois. Le petit-conseil disputait le peu de pouvoir qui lui restait au grand ou Deux- Cents^ Des mouvements révolutionnaires éclatèrent au sein delà bourgeoisie de ces tieux villes. Mais la division se mit aussi dans les rangs du peuple. Los gouvernements avaient d'ailleurs pour eux Tappui moral et matériel de la Confédération; ils remportèrent sur la bourgeoisie et exercèrent de cruelles vengeances. Le président des délégués bâiois Fatio, membre des Deux-Cents, fut exécuté devant THétel-de- Ville (le 4 8 septembre 4 694 ). Le chef des démocrates geneTois, appelé également Fatio, fut arquebusé en secret dans la cour de la prison, à la considération de sa parenté [le 6 septembre 1707). Un autre chef bâiois, le docteur Pétri et beaucoup de citoyens des deux viUes, furent exécutés en effigie ou punis des galères, de Pexil et de la confiscation des biens. L'empereur d'AUemagne, la Hollande et les Confédérés intercédèrent en vain en faveur de Pétri. Par ces exécutions, les magistrats de Genève crurent avoir consolidé leur pouvoir pour vingt lustres au moins, selon l'expression d'un Trembley. L'exemple de Louis XIV, le roi superbe, dont le despotisme faisait tout plier devant lui en France, semblait bon à suivre aux gouvernements aristocratiques de la Suisse. Ils singèrent le grand roi jusque dans le costume théâtral qu'il s'était donné pour paraître plus imposant aux yeux de sa cour cit s'aflfublèrent d'immenses perruques qui devaient avoir pour résultat de les rendre plus vénérables aux yeux de la nation. Hommes instruits et versés dans les langues anciennes^* les oligarques suisses cherchaient aussi volontiers des leçons d'organisation politique dans les écrits de Gicénm, l'écrivain de Tantiquité le plus favorable au gouvernement du petit nombre^ et citaient avec complaisance ce mot du célèbre orateur romain : « Le pouvoir dans une république ne doit jamds être confié à la muiUtude. » (^) La dureté des gouvernants et les calamités de Tépoque

(1) Dans le procès de Fatio, à Bâle, oeloi~ei ayant allégué pour sa justification le fameux ad.nge : Vox populi, voof Dei (la voix du peuple est la voix de Dieu), l'un do ses juges lui riposta en colère : Voœ populi^ votv diaboH (la toU du peuple a»t la voix du diable).

DB LA. NAIIOIV SUISSB. *

obligèrent beaucoup de pauvres familles à chercher un asile sur la terre étrangère. On vit des milliers d'émigrants aller chercher dans les Pays-Bas, le Palatinat et le Brandebourg, une terre qui payât mieux leurs peines et leurs sueurs, a La Suisse n'était plus pour ses fils ce qu'elle avait été. » {^)

Loiii» XIY, roi Ae Fraocei humilie les Soteses et s'enpare de le Pranclie» iSomlé. — Réaction oentre rinflaence française. — La sowreralneté 4b NeuehAtel est a^Jngée au roi de Prusse par les États du pays. — SeriFices militalros.

Bs piques des Suisses qui placèrent Henri IV sur le trône, avaient aussi protégé le berceau de son petit-fils Louis XIV, contre les factieux de la Fronde. Louis le savait et avait besoin du bras de ces vaillants auxiliaires pour accomplir ses desseins ambitieux en Europe. Dès qu'il eut pris lui-même les rênes de TËtat (1661), il sema Tor et les belles promesses pour obtenir le renouvellement de l'alliance française, expirée dix années auparavanL Le canton de Soleure se montra le plus docile aux vœux du monarque, el conclut) comme nous l'avons dit plus haut, avec Louis XIV une alliance étroite l'année même qui suivitcetteguerre (i 654). Un million d'écus fui le prix de cette défection ignominieuse. L'exemple de Soleure .entraîna Fribourg, Lucerne, les petits cantons et finalement tout le corps helvétique (4663). Quelques hommes d*État prévoyants, Waser, le général d'Erlach et Wettstein qui vivait encore honoré à Bàle , cherchèrent en vain par leurs discours et leurs écrits à retenir leurs compatriotes. Le renouvellement de .Falliance fut fôté à Paris le 24 septembre par des réjouissances extraordinaires. Des députés de tous les cantons et Waser lui-même à leur tète, y prirent part avec une suite de cent chevaux, et revinrent

(4] VuiUémia. Hùtoirt de la ConfëdéraiUm $ui*»e, XIII, 149.

i64 uisxoiuE

parés de chaînes d'or qui faisaient quatre ou six fois le tour

de leurs larges |K)itrincs.

Des milliers et des uiilliers d'hommes eourureiU de nouveau se railler sous les drapeaux français et se faire tuer en Italie, en Flandre, en Catalogne pour établir le despotisme

la France.

Mais les Suisses ne lardèrent pas à se repentir de leur complaisance. Louis XiV ne respecta pas plus leurs droits etieurs privilèges que ceux des autres nations. Il s'empara par trahison de la Franche-Comté et de Strasbourg (I G72-S0 au Wépris des traités qui plaçaient ces anciens alliés des Suisses sous leur protectioD spéciale. Il construisit aux portes de fiàle une forteresse menaçante, la forteresse d'Huningué. En même teinp& il enlevait aux cantons une grande partie des franchises jet des privilèges dont les chartes de ses prédécesseurs leur avaient assuré la jouissance en échange de leurs loyaux services. Au mépris des capitulations, il était aux gouveroeinepts suisses le choix des officiers des régiments capitulés. Il remplissait les conseils des cantons de ses agents secrets et de lies créatures, et prétendait exercer une espèce de suprématie dans toutes les affaires intérieures de la Gonfédéralimi (^). Son ambassadeur Pusieux alla jusiiu'à proposer à Igi diète aabolir les exercices du dimanche qui entretenaient Tesprit militaire de la nation et formaient la sauvegarde la plus sûre (le son indépendance. Cette exigence indigna une grande partie du peuple suisse. Des magistrats jaloux de Thonneur national selevèrent contre le desj)otisme de la France. Ils proposèrent do réclamer les armes à la main la neutralité de la Franche- Comté et la démolition (riluningue. Mais il suffit de la menace de retirer les pensions annuelles et d'une nouvelle distribution d'argent pour dissiper ce premier orage.

, Maître absolu de la vie et des biens de tous ses sujets^ Louis XIV voulut Tôtre aussi de leurs consciences. Il ordonna à tons les protestants français d'abjurer leur religion et de

(4) Les prificipaux agents secrets de Louis XIV étaient ravoyer Besenval, de Solcure ; Tavoyer Diirler, de Lucerne; Latour, premier mlni^

tre (lu priuro-ahho de Saiiit-Gall. Une dame bcrnoi^i' do liant paroge, colèl*re iulrigantc, madaïue de l'erreî^aux, con ospoiidail avec l'uinbassadeur et lui livrait les secrets de la politique bernoise. Cette dame fut arrêtée par ordre <)u Daqneret Oaxelbofer, mise à la question, qu'pHe

D8 Ll KATIOBT SUISSI.

rentrer dans le sein du catholicisme. Les réformés refusanl d'obéir , il leur envoya des missionnaires pour les convertir el bientôt après des dragons pour appuyer les prédicateurs (^)« Une affreuse persécution s'éleva alors contre les malheuireuj^ protestants. Leurs enfants leur fùrent enlevés; beaucoup de ministres et de notables condamnés h la roué; au gibet' ou envoyés aux galères. Un grand nombre de femillto i^ërchërënt leur salut dans la fuite et ém^rèrent dans les payâf voisins. La Suisse recueillit comme de coutume une bonne part de ces réfugiés, dont plusieurs se fixèrent dans les cantons de ViJud, de Genève et de Berne. Pressé par les conseils de Louis XIV, le duc de Savoie avait déployé la même rigueur envers ses sujets protestants des vallées vaudoises du Piémont, dont une partie se réfugièrent égalemeîit sur le territoire suisse. Une première persécution avait déjà été dirigée contre les Vaudois en 1555. Les Suisses prolestants intervinrent alors de concert avec la Hollande et le toutpuis.«^ant Gromwell, protecteur d'Angleterre. Le conseiller Stockar, de SchafHiause, ambassadeur de la Confédération, fut reçu avec les honneurs dûs aux têtes couronnées par le protecteur et le stathouder de Hollande. L'intervention de ces trois États eut le succès désiré. Le duo de Savoie retira ses éditâ.

Des proscrits d'un autre genre trouvèrent également refuge sur le sol helvétique. Les républicains anglais, après avoir détrôné et décapité leur roi, avaient été renversés à leur tour par Gromwell d'abord, qu'ils croyaient leur ami, puis par Charles II, le 61s du roi décapité. Poursuivis et mis à mort par les tribunaux de ce dernier, ils fùrent accueillis dans les Étals de Berne avec faveur et distinction (1663). C'él aient en général des hommes honnêtes, probes, sincèrement dévoués à leur croyance et à la liberlé. On ne pouvait leur reprocher qu'une exaltation politique excessive. Des assassins, soudoyés par la cour de Londres, ayant tué un

supporta avec constance, et condamnée à mort par le grand conseil. Mais au moment où elle filluît monter à l'écliafaud, l'intcrvontion de l'atubassaduct de ses parents les de Wallenw yl , qui menacèrent de quitter Mcrne, la sauvèrent du supplice et do toute punition. Un autre agent trèi»-aclir de la France était le colonel Reynold. « Grâce à Beynold, écrivait on ambassadeur, il n'y a plus à Fribourg que sept à huit familles espagnoles. » (4) De là le Dom de Dragonnadu donné à cette occupation mllilaire.

HISTOIKB

réfugié à Lausanne et cherchant à enlever le général Ludlovv, le gouvernement de Berne prit des mesures pour la sûreté de cet officier, le plus illustre des proscrits. La ville de Vevey, qui avait donné asile à Ludlovv, montra le plus grand zèle et donna au général une demeure fortifiée , qu'il garda jusqu'à sa mort (^).

Les Dragonnades avaienl soulevé contrîo Louis XIV toute rBaro|ie protestante. Son orgueil et son ambition lui donnéreot encore pour ennemis le pape et le dqc de Savoie. Presque toutes les puissances s*arméreni contre lui. De grandes batailles se livrèrent de nouveau sur les bords du Rfain, et le manque d\inion entre les Confédérés amena de nouvelles violations de terrHoire. Enfin, ils parvinrent è s'entendre et 30,000 hommes bordèrent la frontière àe Genève à Bregeni ( f 689-4704). Le parti national ou anti-français prit le dessus à Berne et dans les cantons protestants. Le banneret Daxelhofer à Berne et le bourgmestre Escher à Zurich étaient l'âme de ce parti. Ils conclurent une alliance avec le général vaudois Saint-Saphorin, qui représentait l'Angleterre et les autres puissances hostiles à Louis XIV. Ce triumvirat redoutable conçut le grand projet d'occuper la Savoie envahie par Louis XIV, de reprendre la Franche-Comté, de détruire le fort d'Huningue, d'enlever Neuchâtel aux princes français qui avaient succédé à Longueville et d'en former le quatorzième canton de la ligue helvétique. Aucun de ces plans ne réussit complètement. Mais les efforts du parti national contribuèrent àu moins à briser le despotisme de la France en Europe et è sauver la Hollande, Venise et Genève menacés par Louis XIV. Car Genève aussi faillit subir le sort de Strasbourg et n'échappa que grâce à l'énergie de Berne et des cantons voisins. Neudiâtel ne devint pas un canton suisse, mais il fut enlevé à la<>France et passa au roi d'Angleterre, puis au premier roi de Prusse (4707).

L'histoire de la principauté de NenchAtel dans la dernière moitié du XVn* siècle est un tissu de cabales, de troubles

(1) Sur la porte de cette flemcure on lisait cette inscription latine : Omne solum forti patria. «Tout pays peut devenir la patrie d'ua bomme énergique. » Ludlow aimait cependant bien son pays, et chercha à y rentrer en 4688, lorsque Guillaume III d'Orange monta sur le trône. Mais le vieux proscrit fut contraint d'en sortir au pius lOt etrevini mourir A Vevey

m LA lUTioM suisa.

de tous genres. Treize prétendants se disputaient la souveraineté de ce pays. Mais deux seulement avaient des chances et des partisans dans les communes, le prince français de Gonti et le roi de Prusse. Les États de fierne, Fribourg et Soleure prirent une part active à ces troubles. Tantôt c'est unFribourgeois tantôt c'est un Soleurois qui goaveme la principauté au nom des héritiers de Lon^eville. Le roi Louis ' XIV intervient dans la qiierelle et appuie les prétentions de son siqet le prince de Gontî. 11 feii avancer des troupes pour soutenir ce candidat. Mais Berne et ses voisins arment aussi et le parti anglo-prussien remporte dans la principaute. Les trois ^États (composés de quatre ministraux de la ville, de quatre châtelains et de quatre conseillers) décident la question de la succession en litige en faveur du roi de Prusse.

Le motif qui fit préférer ce monarque aux autres prétendants était que ce prince, a assez puissant pour protéger au besoin l'Etat de Neuchûtel, était trop éloigné pour pouvoir lui nuire.» Le chancelier de Monlmollin, qui nous apprend ce fait dans ses curieux mémoires, était lui-môme le principal chef du parti anglo-prussien, avec le trésorier de Chambrier et le conseiller d'État Hory. Un moment cependant Montmollin avait incliné pour l'opinion bernoise qui voulait faire de Neuchatel un canton suisse. Il y renonça ensuitepar crainte de voir s'établir le gouvernement populaire et par frayeur aussi, dit-iiy « .que les Suisses ne cherchassent à faire de Neuchâtei moins une république qu'un bailliage. »

Malgré leurs dissentiments avec Louis XIV, les Suisses n'avaient pas cessé de fournir à ce prince les levées stipulées par les alliances. Dans les grandes guerres de la succession d*Espagneet d'Angleterre, on comptait jusqu'à 32,000 Suisses sous les drapeaux de la France, en Italie, en Flandre, en Gatelogne. Âu commencement du règne de Louis XIV, un général bernois conquit pour ce prince l'Alsace qu'il eût pu garder pour lui ou la donner à un autre souverain, car Louis d'Erlach fit cette conquête non avec des troupes françaises, mais avec l'armée indépendante , dont -le femeux Saxe- Weyiuar lui avait légué le commandement en mourant. Le

(I) Deux d'Aflfry, le p6re et le Slt, evoyors de Fribourg, occupèrent euoeeMhriîfnent la diacge de gomirnêur dt MmcAdlrl. . ^

UISTOIUE

b(\lon de maréchal de France récompensa ce service d Er^ lach, regardé comme l'un dos meilleurs capitaines du siècle, et presque l'égal de Turenne ( D'autres Erlach, des Slou[)pa, des Zurlauben, des d'Aiïry, des Reynold, des Salis, des Courten, des Ffyner, des Polies, des Surbeck servirent avec éclat Louis XIV dâDS toutes les campagnes de son long règ^e (16GI-1715).

Stouppa, sujet grisou et Yaltelin de naissance, ofire une grande ressemblance de caractère avec son «compatriota Jéaatsoh. il en avait Thabileté, l^audace,' mais aussi Tambi- (ion et la vénalité. Il fit un jour à un ministre de Louis XTV ei en présence de ce monarque lui-même une réponse gteine d*énergie et de fierté nationale. « Sire, disait le ministre Louvois, avec tout For que votre majesté et les rois ses prédécesseurs ont .donné aux Suisses, on paverait d'écus le chemin de Paris à Bâle. » — a Sire, répartit Stouppa, avec tout, le sang versé par les Suisses, on ferait un canal de Bâle à Paris. »

Ces paroles sont belles, mais les actions valent mieux que les paroles. Séduit par l'appiU dos honneurs ut des richesses, Stouppa sacrifia les intérêts de sa patrie à ceux du puissant monarque dont il voulait capter les'bonnes grâces. Il joua un rôle indigne d'un Suisse dans les relations de Louis XIV avec ses cotnpatriotes et conseilla les mesures contre lesquelles il était de son devoir de protester.

Pendant que 32,000 Suisses combattaient pour Louis XIV, vingt-deux mille Confédérés, la plupart prolestants, servaient sous les drapeaux opposés ou indépendants de Venise, de Savoie, de la Hollande et de l'Autnche. L'échec de fiapperschwyl n^avait point ôté au général Werdmuller sa renommée militaire. Honoré du titre de général en chef de Tarmée vénitienne, on le voit commander avec éclat en Candie et en Dalmatie et siéger au sénat de |cetle république à la droite du (jlogo comme les généralissimes (4 666). Le duc de Malborough et le prince Eugène louent dans leurs mémoires comme dans leurs* ordres du jour, la conduite intrépide des régiments suisses pendant toutes les grandes campagnes de 4 701 à 474 0. A la téle d'onze mille Suisses, Cappol, des Gri-

XV, YuHiémiD, XUI, 603.

DB tk RlTiOll SUI88B.

sons, fiirzel de Zurich, Sacconay de Vaud, les Bernois Tsefaamer et May , le Neuchàtelois de Ghambrier rendirent deç services signalés à la cause de la coalitioD an^o-autricUtane. A Malplaquet, le régiment vaudoîs de Métrai eut " tons ses officiers toés sur le champ de bataille et fut rallié par un enfant béroYque, Noé de Grousaz, mort lieutenantgénéral au service de Saxe. On avait vu dans cette journée, une des plus sanglantes de cette guerre, les Suisses des deux armées et du même canton se battre avec fureur les uns contre les autres. Le service d*Autriche illustra le général ïuricois Burkli, seul Suisse qui soit parvenu au premier grade des années impériales, celui de feld-maréchal.

Élève des deux célèbres amiraux Tromp et Joël, Jean-Louis d'Erlach, de Berne, remplaça ce dernier comme vice-amiral des Qottes danoises, et contribua à la conquête de lîle de Rugen. Le Genevois Lefort s'éleva plus haut encore au service des czars de Russie. Pierre-le-Grand, dont il était le conseiller Odèle et le confidenfle plus intimOi le nomma feldmaréchal et amiral, et enfin son premier ministre après la prise d^Azow sur les Turcs. Lefort expira à Moscou dans les bras de son impérial ami, le 12 mars 4699.

A la fin du dix-septième siècle, la renommée des Gonfé-» dérés engagea plusieurs des souverains de PEurope & suivre fexemple des papes et des rois de France et à se donner une garde du corps , composée de cent Suisses. Ainsi firent le duc de Savoie, les Électeurs de Saxe, de Hesse et celui de Brandebourg qui prit le titre de roi de Prusse en 4701.

Celle époque voit de grands changements s'opérer dans Torganisation des régiments capitules, par Tintroduction do Tuniformeelde ia baïonnette au lieu de la pique. Alors aussi paraît Yhabit rouge, costume obligé du soldat suisse au service des rois, symbole de vaillance et de fidélité, et ajoutons, pour être vrai, de servilisme aux yeux des peuples.

C'était l'opinion de l'Europe beaucoup plus que la sienne propre qu'exprimait le philosophe et patriote napolitain Campa nella, lors(pnl adressait aux Suisses du dix-septième siècle ces paroles indignées dont nos montagnes ont si souvent redit l'écho depuis lors : « Si la liberté, don divin, vous rapproche j» du ciel plus que vos sommets élevés, ô rochers alpestres! » pourquoi chaque tyran emploie-t-il les bras de vos fils

HISTOIRB

» pour maintenir les autres nations dans Tesdavage*? Pour » un morceau de pain, 6 Suisses! vous répandez à flols votre • sang, sans penser si c'est à tort ou à raison que vous le » faîtes. C'est pourquoi I*on méprise votre valeur. Ohl rede- » venez libres en vous unissant avec les héros. »

xvu.

RôTolution du Toggenbourg. — Seconde guerre de Vilknergen.

u siècle de la réforme, la Suisse avait eu en Europe la triste initiative des guerres de religion. Il lui était réservé d'en donner, aussi le dernier exemple dans Ja douzième année du dix-huitième

siècle. La i^uerre s'alluma au sujet du Toggenbourg. Le |)riiiee-al)bc de SaiiU-Gall avait acheté ce pays des sires de Karon héritiers des^anciens comtes, pour ia somme de 14,000 llorins. Mais il avait dû prendre rengagement formel de respecter les franchises et la religion des Toggenbourgeois, dont les (|uatre-cin(juièmes suivaient la confession réformée (*). Ces fraiiciiises étaient très-étendues et en faisaient un peuple presque libre et indépendant. Il jouissait du droit de faire des lois, d'élire ses magistrats, de s'assembler en armes et en landsgemeinde. 11 pouvait traiter avec les princes et recevait sa part des pensions que la France faisait au corps hel\ é tique. Une alliance particulière de cornbourgeoisie {Landrecht) unissait cette contrée aux cantons de Scbwytz et de Claris. Mais les princes-abbés s'étaient ménagés un traité analogue avec ces deux Etats. Un de ces princes, Léodegar, cjue son origine plébéienne (il était fils de cordonnier) ne rendait pas plus favorable aux libertés populaires, se prévalut de cette alliance et de sa position de prince du Saint-Empire, pour amoindrir de toute manière les droits de bcs sujets. En mémo temps il leur imposait des corvées et des

(4) Snr 4o,000 Toggenbourgeois en état do'porter les. armes , on no comptait que a,a00 catholiques.

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charges nouvelles (4700). Les sujets eurent beau réclamer, toutes leurs représentations furent inutiles et les réclamants, hommes honorables, punis d'une amende et de la prison. Les Tog^enbourgeois exaspérés se révoltèrent et demandèrent du secours à leuHs combourgeois de Scbwylz et de Claris. Le prince-abbé, de son cAté, invoqua le secours de ces mêmes cantons contre ses sujets insurgés. Simple spectateur du débat en apparence, le gouvernement de Zurich attisait secrètement le feu. Son but était de réaliser Fancien projet de Zwingll et d'amener le Toggenbourg sous sa dépendance religieuse et polili(|ue. Toussé par Zurich, Glaris le premier se déclara en fa\eur iki p{Hi[)le toggcnbourgcois contre le prince-abbé (ITO^). La landsgenicinde de Schwylz so prononça dans le iiiéinc sens à la voix cloijiuMile do .!osej)li Sladlor. CeStadIcr, aulxM-^iste h la Tour-Houm' ciilrc Scliwvlz et Einsiedien, élait un ancien novice du couvent (ie Saint-Gall, d'où il s'éîait fait rcn\oyor pour une aventure [)eu édifiante. Très-animé contre les moines, il n'était guères moins hostile aux « perru<[ues de Schwytz. » C'est ainsi qu'il appelait les magistrats de son canton. Quelques conseillers qui essayèrent de lutter contre lui, furent punis de la destitution et de iexil.

L'appui de Schl^ytz et de Glaris remplit de joie les Toggenboui^eois. Réunis en Inndsgemeinde, protestants et catholiques , au nombre de 5,000, ils agirent comme s*ils eussent formé un cimton souverain, constftuèrent un gouvernement et firent rédiger un code civil par Germann , président du nouveau iandrath ou conseil cantonal (1707). Mais ils ne surent pas jouir longtemps en paix, de leur liberté. Ils se divisèrent [)our la religion et en vinrent aux mains jusque <lr.ns les églises. Le {)euple de Schwytz \oyant (|uo les affaires prenaient une touiMiure religieuse et (jue les prolestants opprimaient les ealIio!i(jnes, se détacha des Toggenbourgeois. L'aubeigislt^ de la Tour-Kouge seul j)(M"sislail a les défendre. « Turcs ou [)aiens, s ecriait-il , ils sont nos cond)ourgeois , nous devons défendre leurs droits contre la tvrannie du prince-abbé. » Des lors Sladier accusé par ses ennemis d'èire un protestant déguisé, perdit toute sa popularité, l es conseillers destitués rentrèrent au pouvoir et excitèrent le peuple contre le tribun jusque-là son Idole. Un grand tumulte s'éleva

HISTOHW

à la Innclsgemeinde suivante. Stadler fut saisi, jeté aux fers ^1 exécuté à Sohwyta sur le Weidhub, le 4 7 septembre i 7<^; Il mourut avec courage et dit au bourreau av«il de recevoir le coup làtal : « Tiensrtoi bieu, tu fxéeutea aujourd'hui im honnéle homme. »

. Le moment était favorable pour le prioce-abbé. Déjà à rottfe de ce qui se passait à Schw^y tz^ les catholiques du Bas- Toggenbourg étaient rentrés dans TobéissaBce. Si Léodegar s'était entendu avec Schwylz et avait montré quelque roodé-

ralion, tout le pays revenait à son prince. Au lieu de cela, il préféra s'adresser à Terapereur, l'ancien suzerain de l'abbaye. 11 continua aussi à persécuter les évangéliques dans ses Etats et donna ainsi à Zurich l'occasion de se montrer ouverlemenl en faveur de ses coreligionnaires. Un aventurier zuricois, d'un esprit lin et délié , nommé Nabholz , fut envoyé pour diriger le mouvement et soutenir par la plunie et l'épce lesgnefs du Toggenbourg. La diète cependant, désirant réconciiierles partis, se réunit plusieurs fois à Badeo ai nomma dos arbitres fédéraux. Mais Zurich et Berne , craignant- qua la sentence ne fût pas favorable aux protestants , rompireni Tarbitrage. Se sentant soutenus par les deux cantons les plus puissants de la Confédération, les Toggenbouiigeois du haut s*emparèreot des châteaux IbrtiBés de leur coMrée et en chassèrent les garnisons schwyizoises. « La guerre seule, s^écrièrent alors les petits cantons, peut nous délivrer de la tyrannie des vororts. »

Toutefois, les cantons catholiques étaient loin d'être una^ nimes à voubir la guerre. Schwytz lui-même avait dans son sein une opposition dangereuse. Les sujets de la Marche extérieure paraissaient disposés à se joindre aux Zuricois. D'autres caillons, comme Fribourg , Lucerne, Soleure et Zoug étaient travaillés en sens ojiposés. Sollicité par les deux partis, l'ambassadeur de France les trompait tous deux et jouait un rôle analogue à celui que son prédécesseur Labarde avait rempli dans la guerre des paysans. Aux catholiques, Duluc promettait tout bas le secours de la France; aux protestants il assurait qu'aucun soldat français ne passerait les frontières.

Les hostilités s'ouvrirent dans le Toggenbourg, où Nabholz, aussi bon oflicier.que rusé procureur, battit les Toggenbourgeois fidèles et les troupes de Tabbé de Saint-Gall. il fat appuyé

Digitizea Ly Gt^j^.w

par un corps de 3,000 Zuricoîs aux ordres de Henri Bodmer. Le bombardement de Wyi Payant rendu maîlrc de celle place forlîBée, k marcha droit sur SamI-Gall et pilla l'abbaye, doni ia belle sonnerie, fut transportée à Zurich avec la riche bi* bliolhèque du monastère.

Les petits cantons avaient aussi pris les armes avec leurs alliés du Valais, Luceme et Zoug , aprèâ beaucoup dtiéslta* tion, se décidèrent à imiter leur exemple. Friboui^et Soleure, au eoBlraire, gardèrent la neutralité, au grand chagrin de Luceme et d'une partie de la population de ces deux cantons qui demandait à graïuJs cris qu'on les menât combattre pour )a religion avec leurs frères des cinq cantons. Le plus puissant des États réformés, Berne, fui sur le point de suivre la politique de ses voisins. Le petit-conseil s'él^it prononcé pour la paix. Le parti de la guerre, à sa téte l'avoyer Willading, dut recourir au grand-conseil pour faire décréter la mise sur pied de toutes les troupes de Ja république. Les forces de Berne et de Zurich réunies formaient un efl'ectif de 64,000 hommes. Â cette grande armée, les cantons catholiques o'a* Vffltnt à opposer que 20,000 guerriers , dont les Lucemois formaient le noyau au nombre de 43,000. Mais Berne et Zurich durent' diviser leurs forces. Berne plaça quelques mille lioanmes aur la limite de Fribourg, où le parti de la guerre continuait à agiter les esprits (') et dWres corps d'observation sur les frontières du Valais, de TUnderwald et de Luceme. L'armée bernoise, destinée aux opérations, se dirigea immédiatement sur PArgovie. £lle était forte de 20,000 hommes et se oomposait en grande partie de soldats vandots. Les principaux chefs même, après Tscharner et Frisching, étaient vaudois. C'étaient le général Sacconay, le colonel Gingins et Monnier, excellents capitaines formés dans la guerre des Pays-Bas. C'était le major Davel, officier intrépide, d'une rare sobriété et qui, au dire des contemporains, n'avait qu'une passion : Dieu et ia patrie.

La première rencontre eut lieu entre Baden et Bremgarten. Quelques compagnies vaudoises du major de Crousaz furent attaquées par un corps d'Underwaldiens et de Lucemois aux

(I) Le bannerel Piwaz étall à la této des belliqiiottx; rtYoyer Fégelf élâii le clier du ^ti modéré.

HISTOIRB

ordres da brave bailli Ackcrmann. et les repoussèrent avec perte (19 niai). Trois jours après, une aclion plus sérieuse s'engagea à lireingarten. La première division de l'armée bernoise, forte de 7,000 hommes, fu'. assaillie h Timproviste et mise en complèle déroute par les mousquetaires lucernois du colonel Sonnenberg, cachés derrière des buissons. De là le nom de Combat des buissons que les chron[<iues donnent à celle affaire. Mais Tarnère-garde comnjandée par Sacconay,Gingîns elFranckauser, deBerlhoud, dont le pelit cheval blanc est resté un souvenir populaire, réiablii le combat. Les catholiques furent battus et Bremgarten obligé de se rendre.

Lès Bernois unis aux Zuricois allèrent ensuite mettre le siège devant la ville fédérale de Baden, dont la bourgeoisie s'était prononcée pour les cniq cantons. Baden était défendue par de bons remparts et une garnison dè mille hommes sous Crivelli et Reding. Dix mille hommes la cernèrent le 30 mai. Cinquante bouches à feu bombardèrent la place et l'eussent anéantie en quelques heures, si Davel, toujours humain, n'eût persuadé aux habitants de se rendre. Moins généreux, les Zuricois abusèrent de leur victoire, rasèrent les fortifications de la ville et parlagèient avec les Bernois les cinquante pièces d'artillerie que renfermait Tarsenal de Baden (2 juin).

Les cantons neutres assemblés en dièteàOlten, puisa Aarau, travaillaient avec zèle au rétablissement de la paix. Mais Berne et Zurich fiisaient des conditions très-dures, exigeant la cession de Baden et des bailliages hbres, et une part à Tadministralion de la Thurgovie , du Rheinthal et de Sargans dont ils avaient été exclus jusque-là. Néanmoins Uri et Luceme acceptèrent ces conditions et signèrent la paix à Aarau le 48 juillet  cette nouvelle, une fermentation ex* traordinaire se répandit dans les cantons catholiques, a Ne voyez-vous pas que vos patriciens vous trahissent et s'entendent avec raristocratie des cantons, » dirent les paysans d*Underwald à ceux de Lucerne; « levons le drapeau franc. » Une landsgeraeinde tumultueuse s'assembla à Rothenbonrg à quelques lieues de Lucerne. En même temps le nonce publiait une lettre du pape qui proclamait « la religion en danger. » Un jésuite et deux capucins prenaient place au conseil de guerre de Stanz. L'image vénérée de Nicolas de Flue était arborée, non comme un symbole de paix, mais

comme une provocation à la guerre. Surexcités par tout ce qu'ils voyaient et entendaient , les paysans pi onnont les armes et forcent Messieurs de Lu('(m ne ol (TUri à rompre le traité d'Aarau, et à marcher sur 1 Ari^oNie avec leurs coreligionnaires. L'avover Schweitzer et le colonel Sonnenhor^ commandaient les Luccrnois. Le colonel l'fyîFer fut choisi pour chef par les WaldstiClten. Mais à peine entres en campagne, les soldats luccrnois se mutinèrent contre leurs ofticiers et saisirent aux cheveux Tavoyer Schweitzer qui n^échappa à la mort que grâce à l'intervention du curé de Laceme.

Impatients d*attaquer, les vaillants gars des petits cantons se jetèrent sur les avant-postes bernois, stationnés à Sins, et prirent d'assaut le cimetière fortifié de ce village. Quelques cents Bernois, retranchés dans le temple et le clocher, périrent dans les flammes. Davel, qui s'y trouvait, parvint à se Crayer un passage avec soixante hommes. Le brave colonel Monnier, au contraire, tomba entre les mains des Uoderwaldiens et allait être immolé, lorsqu'un officier humain autant que valeureux, le bailli Ackermann, Tarracha aux baïonnettes de ses soldais ^21 juillet).

Quatre jours après, les deux armées, de forces presque ^ales, se rencontrèrent de bon matin entre Wohlen et Villmergen, près des eaux débordées de la liunz. Les catlioliques eurent d'abord l'avantage et leur choc impétueux brisa la résistance des troupes de Vaud et de NeucluUel. Mais une fausse manœuvre de Pfytl'er sépare l'aile droite et l'aile gauche des catholiques. Saisissant Toccasion, Davel se précipite ' sur l*une avec ses dragons et lui enlève deux pièces de canon. Sacconay fond sur l'autre et la rejette dans les eaux de la Bunz. Tout vaincus qu'ils sont, les catholiques reprennent TolTensive et engagent jme mêlée terrible, où officiers et soldats confondus luttent corps à corps et renouvellent les traits d'héroïsme de leurs pères. Le drapeau d'Uri, arraché par un Bernois des mains mourantes de Bessier, est repris par Schorno. La bannière de Zoug , tachée du sang de ses défenseurs Brandenberg et Weber, est saiivée comme à Arbedo par un Landwing. Sonnenberg est blessé au bras et a un cheval tué sous lui. Sacconay, l'épaule fracassée, est emporté du champ de bataille. Diesbacb, atteint d'une grave

476 aisToiRE

Mesure, allait recevoir le coup fataY, lorsque won adjudant

(Sturler) reçoit le coup destiné 6 son général et le délivre des uiains de ses ennemis. Enfin, par des prodiges de valeur, Frisching, Diesbach et Davel parviennent à repousser les catholiques et assurent la victoire au parti protestant. « Jésus-Miirie! s'écrie douloureusement l'avoyer Schweitzer en ralliant ses soldats, qui se fût attendu à une pareille résistance? » — « Moi, répond Am-Rhyn , si l'on m'eût écouté plutôt que le nonce, tant de braves gens ne seraient pas morts ici. » H était trois heures de l'après-midi, et depuis einq heures du malin on était en présence. Deux mille ca~ éavres jonchaient le champ de bataille. Selon leur habitude dans cette guerre, les Zuricois arrivèrent après révénement. Le lendemain de la bataille de Villmerfen, Tavoyer Schweitzer écrivit au général Diesbach ces paroles magnanimes : « Nous avons éprouvé la valeur de vos troupes, ot fespèra »que vous n*avez rien à reprocher aux nôtres. Dieu a voidn » nous luimilier par cette défoite ; nous acceptons avec ré^^ » gnalion ce' qui nous vient de sa main. » ' Les catholiques, si belliqueux auparavant, étaient profon* dément découragés de la lutte. La paix fut signée le 7 août à Aarau, b peu prés sur les bases du premier accommodement conclu en juillet avec Uri et Lucerne. Zurich et Berne obtinrent la corégence des bailliages communs, plus celle de Rapperschwyl. Le traité de 4531 fut annulé comme humiliant pour les États réformés, et les cantons catholiques obligés d'en remettre l'acte original à leurs vainqueui^. Ils durent aussi prendre l'engagement de ne plus se mêler des affaires du Toggenbourg, dont les habitants n'obtinrent point l'indépendance promise et restèrent sujets du prince-abbé. L*avoyer Willading, auquel ils s^adressèrent, répondit en ricànant a quMl n*était nulle part de mode de faire des seigneurs avec des paysans. » La conduite de Berne et de Zurich en cette circonstance prouve que la soif de dominer et non la reKgkm était le mobile de la guerre injuste qu'ils avaient faite aux cinq cantons.

La bataillé de Vilhnergen eut au reste les suites déplorables qu'auront toujours les victoires des Suisses sur les Suisses. Les années qui suivirent forent des années de malaise, de méfiance, de tiraillements intérieurs. La discorde troubla

DE LA NATlOrt SUISSE.

d^abord les cinq cantons, où le peuple et les magistrats s'imputaient réciproijuement leur défaite, et ne s'entendaient que pour accuser le clergé de tous les maux de lu dernière guerre. Luceriïe sévit avec rigueur contre les auteurs et fauteurs de la prise d'armes. 11 interdit le c«nnlon au jésuite Dillier; obtint le rappel du nonce Garracioli, et lit trancher la léte aux orateurs qui avaient entraîné le peuple ddns l'assemblée de Rothenbourg. Une défaite s'oublie à la longue, mais non la perte d'ua. territoire et des intérêts matériels qui s'y rattachent. Les cinq tantona firent comme Soleure après ia guerre des paysans ; ils se rapprochèrent de ia France avec i'aide de laquelle Us espéraient recouvrer leurs droits et leur lerritoire. Berne ayant eu l'idée anti-patriotique de conclure une alliance perpétuelle (Sonderbund) avec TAngleterre, les petits cantons en profitèrent pour conclure une alUance analogue avec la France. Un projet de démembrer la Suisse* fut même tramé à Versailles comoie il Tavait été quelques années auparavant à Vienne et à Rome. Les Âutrtcniens se fussent emparés de Zurich et les Français de la Suisse occidentale. Égarés par la vengeance, les cinq cantons donnèrent les mains à ce projet parricide qui eût anéanti leur indépendance avec celle de Zurich et de Berne. Mais la crainte des armes de TAngleterre et d'une nouvelle guerre européenne ai réta le vieux roi Louis XIV. Il se borna à conclure avec tous les cantons catholiques, réunis à Soleure, une alliance étroite par laquelle ce monarque s'engageait «à faire restituer aux cinq cantons les terres conquises sur eux dans la dernière guerre. L'acte de restitution fut tenu secret et enfermé dans une petite boite de fer-blanc, scellée aux armes de la France et des sept cantons contractants. Le mystère dont on dierchait à environner l'alfiance française excita les plus vives ■alarmes parmi les États protestants. Pendant de longues années ils considérèrent le DrudtU-Bund (raliiance de la petite botle) comme une épée de Damoclès suspendue sur leurs têtes, et cette crainte^ loin de les rendre plus tolérants pour les catholiques, ne fit qu'aigrir les esprits et envenimer les hatnés.

L'année même du DrûdUi-Bund expirait à Versailles le fameux monarque dont le règne éclatant avait fondé en Europe la suprématie des armes, de la littérature et des modes de la France.

1 78 uisîoiaE

Coup (Vd'il sur le dix-huitl^mo si^cIo. — Luttes entre KÉiat cl l'Epçliso. — Upposïition contre les jésiiUcs à Fribourg et dans les Sulrcâ cantons.

(ùêVimi74ià47U.)

'niSTORiEN Zschokke ouvre un de ses tableaux du dix-huitième siècle par les paroles suivantes :

« On a souvent dit et on s'est plu à le répéter, que la guerre est le plus grand des maux. li est un mal plus funeste que la guerre, c'est l'avilis* sèment des peuples. Les plaies de la guerre se réparent, la dégradation morale conduit les peuples au iombeau. Pendant la paix qui suit la bataille de Villmergen jusqu'à la révolutioQ frauçaise, la Suisse endura plus de calamité que dans toutes' ses guerres contre la Bourgogne et TAutriclie. €ar pendani les quatre-vingts années de repos où se rouillèrent les épées: des Winckelriâ, des Fontana, des Hallwyl et des Erlac^ la rouille de l'égoïsme et de Porgueîl acheva de ronger les tables sur lesquelles était gravée la loyalealliance desandensSuisses, et la vieille Confédération se décomposa comme un cadavre. En vain les fils dégénérés décorèrent pompeusement le cadavre des armoiries de leurs aïèux afin que Ton ne s'aperçût pas que l'esprit qui l'animait autrefois l'avait abandonné. »

Ces paroles de riiistorien Zschokke ne résument que trop bien la situation morale et politique de la Confédération pendant le dix-huitième siècle , dont l'auteur argovicn a seulement eu le tort de méconnaîtie par trop le ccUé glorieux e les efl'orts pour l'émancipation intellectuelle et môme pour ia régénération morale du pays* Car les plus grands progrès de la civilisation et de la science datent de cette époque mé~ morable. Le dix -huitième siècle est Tége d'or de la littérature helvétique et voit fleurir les plus grands hommes qui aient honoré la patrie et rhumanité au seîn des Alpes.

A côté de cela sans doute, dés intrigues, des troubles de tout genre. Le dix*huitième siècle est pour la Suisse Tèredes révolutions politiques. En revanche, les grancks luttes des deux confessions ont cessé; elles ne s'agitent plus, du mdns, sur les champs de bataille comme dans la période précédente,

mais du haut des chaires et dans les salles des conseils. La lutte aussi est moins entre catholiques et protestants, qu'au sein de ces confessions elies-mémes. Ainsi, révolutions politiques, conflils religieux et progrès intellectuels; ces trois sortes de faits remplissent le dix-huitième siècle et préludent à la grande catastrophe qui, deux années avant sa fin, renversera Fédifice de-rancienne Confédération. . Les luttes religieuses occupent presque toute la prenoière moitié du siècle. Les États protestants se montrent alors fort occupés à réprimer toute dissidence et à extirper les sectes qui naissent ou se renouvellent sur leur territoire. A Bérne, Bâle, Lausanne, Genève, une orthodoxie sèche, étroite et ombrageuse poursuit à )a fois les anabaptistes, les sociniens, les pîélistes, et une secte impure dont la hache du bourreau ne parvient pas à extirper les germes. De pieux ministres et de savants professeurs sont destitués à Lausanne parce qu'ils refusent de jurer le Consensus^ formule de croyance imposée par Leurs Excellences cle Berne. Cette guerre des ministres, comme le peuple l'appelle, est le second acte de la lutte engagée entre l'État et l'Église daas le Pays-de- Vaud ; line sera pas le dernier.

L'épisode le plus saillant de la li|tte des deux autorités dans les cantons catholiques est l'ailaire d'Udiigenschwyl au canton de Lucerne. Le curé de ce village avait défendu la danse un jour de dédicace où le bailli Tavait autorisée / et voulut ensuite soumettre les jeunes gens qui avaient dansé à ttoe peine humiliante (1725). Le gouvernement, informé du fait, cita à sa barre le curé qui refùsa de paraître, alléguant les libertés ecclésiastiques. Ces immunités n'étaient pas reconnues en Suisse. Le gouvernement destitua et bannit le curé réfractaire et en fit nommer un autre par la commune . qui jouissait du droit de eoUaiure, L'évéque de Constance, en sa qualité de chef du diocèse, et le nonce Passionnéi protestèrent inutilement. A la fin, Passionnéi quitta Lucerne, transporta à Altorf le siège de la nonciature et pria le pape de sévir contre un gouvernement qu'il accusait de schisme. Benoît XIII occupait alors le trône pontifical. Il menaça d'interdit le sénat de Lucerne, s'il persistait à méconnaître les droits de CÈglise. Le sénat répondit avec beaucoup de respect, mais aussi avec beaucoup de fermeté au saint-père, que

aiSTOlBI

l'Etat avait aussi ses droits et que ces droits ne lui permettaient pas de revenir de sa décision. Ce langage énergique fut approuvé par le grand conseil, la bourgeoisie de Lucerne et les délégués des campagnes (29 mars 4726). L'anathéme allait être lancé, lorsque les cantons catholiques et le nonce Passioanéi intervinrent. Le pape mieux informé consentit à un accommodement. L^ncien curé demeura banni; mais celui que la commune avait installé sans le concours de f autorité ecclésiastique fut également ^gné et un nouveau coré éki à s» place (4727).

Ainsi finit, après quelques années d'excitation,- un conflit, qui avait mis en émoi, toute la Suisse catholique. Le célèbre écrivain bavarois Gdrres, qui a raconté les phases de cet événement dans un sens très-favorable è FÉglise, ne put s'empêcher de rendre hommage h la fermeté avec laquelle uo petit État sut défendre ses droits souverains, «exemple unique, ajoute-t-il, dans les fastes de rAlleinagne à celte époque.»

Le gouvernement do Lucerne avait fait preuve de courage; il montra de la modération, en accordant ^ la demande du nouveau nonce Barni, prélat doux et équitable, le rappel de Tancion curé d'Udligenschwyl (1734).

Une solution moins pacifique avait été donnée un demisiècle auparavant aux conflits qui s'étaient élevés entre le gouvernement de Fribourg et l'évéque de Lausanne. Après avoir résidé pendaiU un siècle hors de leur diocèse [dont la réforme leur avait enlevé une grande partie) les évéques de Lausanne s'étaient enfin fixés à Fribourg, ville de leur ju- Vidiclion sph'ituelle. Mais pendant Tabsence de ces prélats et les trouble^ de religion, des changements préjudiciables à leur autorité avaient eu lieu. Le gouvernement d*abord s'était accoutumé ^ exercer certains droits épiscopaux ; .ensuite le chapitre des chanoines de Saint-Nicolas, doté par le pape Jules II de grands privilèges et régi par un prévét mitré et cl*ossé, prétendait former un siège à part et comme une Église dans l'Église. Un évêque, d'humeur vive et altière, l'évéqueStrambino, issu des comtes de Strambino, entreprit de rétablir les droits de l'épiscopat et d'exécuter en plein les décrets du concile deTrente, bien qu'ilsn'eussentéléadoptésqu'enpartiedans le canton. Le gouvernement tenait aux droits acquis; l'avoyer Gottrau de Pensier en tétc, il s'opposa avec beaucoup de force

DB LA KATtOn SUISSB. 4 84

aux prétentions du prélat italien. Ce dernier ou quelqu'un de son entourage ayant fait entendre des paroles blessantes pour rhonneur des chefs de TÉtat et des menaces d'excom* munication, le gouvernement n^osanl s'ea prendre h )a personne vénérée de Févéque, sVn prit à son confident et cban* ceiier Dom Rornanens, et le fit arracher des bras du prélat par ses huissiers, ie 9 mai 4779. Bientôt après, révéque lui- «lèmè, dont ce coup d'État avait compromis le caractère, fut \^igé de quitter le diocèse et alla mourir é Turin dans de nobles sentiments de parddn et de charité cbrétienne'(4 78i). JLa mort de Strambino et l'élection d'un prélat Indigène (Monlenach) rendirent ie calme à Févéché de Lausanne et réta- * Mirent les bons rapports entre les deux pbissances. L'exil de Dom Rornanens fut révoqué en 4589 à la prière du nonce Cantelrni.

Les gouvernants fribourgeois avaient un avantage marqué sur ceux de plusieurs autres cantons pour la défense des droits de l Etat. Ils étaient connus en général pour leur attachement à la foi catholique, leur savoir en théologie et se distinguaient par une piété minutieuse qui rassurait le peuple sur la droiture de leurs intentions et la pureté de leurs doc- Irinos. Lesavoyers donnaient l'exemple et n'eussent pas laissé passer un jour sans assister a la messe et aux vêpres; ^ ' ils &'y rendaient en costume, le grand-sautîer devant eux avec le bâton de justice. Un de ces avoyers pieux et popu- • laires, le plus populaire même du régime aristocratique, était Tavoyer d'Alt, Tauteur de VBistoire des Helvétiem ^ dont le consulat detfirente-trols ans (4737 — mù) fut marqué par le renvoi des deux curés de Yaulrqz et de Sales, et par d'antres mesures protectrices des droits de l^tat contre les empiétements de Tesprit ultramontain. Sa mort, en 4770, n'en ftit pas moins déplorée par les jésuites comme celle d'un élève distingué et d*un grand protecteur de l'ordre et des études littéraires (^).

La conduite des jésuites de Fribourg, à celte époque de troubles, est digne de remarque. D'abord ils gardèrent une exacte neutralité dans la lutte de l'évêque Strambino et du gouvernement. Ënsuite pendant les deux guerres de Vilimer-

(1) •Magnut Sooi§laiU rh litterariœ et fautor. » Histoire dtt collése Saint- Midiol, par les recteurs mêmes de cet insUiot.

BiSTOIllE

gen, loin d'exciter le peuple à prendre les armes coniiae Tavaient fait leurs confrères de Lucerne, ils ne cessèrent d*e\hor(or le peuple à la paix et à l'obéissance due au souverain. Celle prudence; exlrrine était dictée aux lioles du collège Saint-Michel par les fré(juonts orages qui s'élevaient contre eux dans la république fribour*geoise et dont l'un ne fut pas conjuré sans peine ôn 1746. Un prêtre instruit et de bonnes mœurs, M. Favre, d'Ëchallens, de retour des missions de la Gochinchine et du Malabar, publia à Neuchàtei une re-* latioD défavorable aux jésuites missionnaires dans ces régions qu^il avait visitées d'office par ordre du Saint-Siège. Gel ouvrage fit sensation à Fribourg, et le siège épiscopal étant venu à vaquer, on parlait de M. Favre comme du sujet le plus propre à l'occuper. Les jésuites effrayés firent condamner À Rome les Lettres édifiantes et eurieitses de M. Favre,- et . (^tinrent du petit-conseil fribourgeois un édit en vertu 4u* quel son livre fut brûlé sur la place publique par la mein éxkbourreau, un jour de foire (16 avril). L'auteur, privé des fonctions ecclésiastiijues , dut se retirer à Saint-Barthélemy, où la protection de Berne le déroba à d'ultérieures poursuites, Mais, sous un des évéques suivants, M. Favre rentra en grâce, et nous le trouvons plus tard curé d'Assens et vivant dans l'iulimité du célèbre médecin Tissot et de plusieurs étrangei^ de disunction qui résidaient à Lausanne vers la fia du dixhuitième siècle.

La manière dont on fermait la boucbe aux. antagonistes des jésuites à Fribourg n'empéclia pas l'opposition de se produire plus d'une fois encore dans les rangs sqU du clergé, régulier, soit du clergé séculier. Cette opposition se mamfestait aussi à Soieure, à Pori^ntruy, dans le Valais et à Laoeme dont les magistrats étaient sans cesse en guerre avec les religieux pour les frais d'entretien et pour la méthode d'ensf^îgnement. le vice-landamman Augustin Reding offrit vainement un écu par votant à la landsgemeînde de Schwyto pour l'engager à autoriser Pétabyssement d'un collège de jésuites. Combattu par les capucins, ces prêtres démoerates' si chers aux montagnards des petits cantons, ce projet échoua. Aussi, la suppression de cet ordre par le noble pape Clément XIV, en 1773, ne fut-elle pas seulement, comme on l'a prétendu, l'œuvre des incrédules et des philosophes matéria-

PB LA NATlOIf SUISSB.

listes du XYIir"" siècle, mais bien celle des nombreux ennemis que l'ordre des jésuites s'était faits dans tous les rangs de la •société par sa tendance à tout dominer, à tout accaparer enlre ses mains, et par la fausse direction donnée aux éiudes dans les collèges de la compagnie.

Factions des Rudes et des Dou.v dans les cantons démocratiques do Zoiig, . dcSchwylz elles deux Appenzell. — Factions aristocratiques àFribourg et à Lucerue.

(De l'an 4742 à 1790.)

ES luttes politiques du dix-hifièine siècle présentent deux caractères bien différents. Les unes sont de véritables insurrections, des insurrections de droits et de liberté] les autres ressemblent plutôt à des factions et sont des luttes d'intérêts et de pouvoir, fomentées par les familles régnantes ou par, quelques ambitieux qui aspirent à la domination.

Parmi ces dernières , les factions des Rudes et des Doux jouent le principal rôle. Ces noms de partis avaient déjà été employés pendant la guerre des paysans; ils continuèrent à désigner dans plusieurs cantons les antagonistes et les partisans des gou vernemenls. Quatre États démocratiques, Zoug, - Schwytz et les deux Appenzell- furent troublés par les que-r relies des Rudes et des Doux. Des factions d'un autre genre mirent en péril à la même époque les deux aristocraties de Fribourg et de Lucerne. De nouveaux troubles agitèrent aussi les Grisons, ce^ terre classique de la démagogie et des riva-* lités de familles.

Le petit État de Zoug avait déjà donné au quinzième siècle le signal des révolutions politiques. En 1702 les trois communes de Baar, Menzingen et ^Egeri se soulevèrent de nouveau et cherchèrent à former un canton indépendant. L'envoi de commissaires fédéraux réprima ces menées séparatistes. Quelques années après, l'omnipotence de la famille Zurlauben causa des complications plus sérieuses. Cette famille, originaire du Valais, occupait depuis cent ans les premières magistra-

164 nsTOiBi

tures. Elle était en même temps à la tôle du parti français, distribuait les pensions et avait i administration du sel que la France fournissait au canton. Tant d'avantages excitèreni Tenvie. Les euBemis des Zurlauben, qu'on appelait le parti des Eudes leur opposèrent l'adiniDislrateur du set d'Âiiemagiie los^h-Antoine Schoumacher, issu d^une famille bourgeoise et magistrat habile et instruit^ mais âtabilieux et violent. Le refus de l'ambassadeur de France de oonsenlir à une égale répartHîoQ des pensions firançaises entre tous les citoyens du eaiiton causa une (elle irritation, queramman fidèle Zurlau**» ben fmt obligé de se réfugier à Luceme. U fut banni à perpétuité et mourut dans Texii (173 1 ] (

Devenu landamroan la même année, Schouroacber régna jyar la terreur^ Les Doux ou partisans des Zurlauben furent incarcérés, pendus en effigie, leurs noms cloués à la potence. Quiconque osait bhliiner un acte du dictateur était exposé au carcan ou livré à la risée publique, un bonnet rouge sur la tête. Pendant quatre ans les Kudes maltraitèrent les Doux et tinrent table ouverte dans les auberges. Un régime aussi violent et aussi injuste ne pouvait durer. Une opposition se forma dans le sein même du couvernement, et l'or de Tarnbassadeur de France répandu è pleines mains par ses agents contribua à opérer une réaction. La landsgemeinde de février 1735 nomma un nouveau conseil, déposa Sehoumacher et je traduisit en justice comme coupable de concussion. Le peuple de Zoug, excité par les agents français, demandait sa téte. L'intervention des capucins et du clergé lui sauva la vie; mais il fut condamné à ramer pendant trois ans sur les gn* lères sardes et. à porter sur ses épaules, de la potence à FUéteMe-Ville, les écriteaux infâmants qu'il y avait fait douer. Accablé de honte et de chagrin, le malheureux Schoitmacher mourut- à Turin quelques semaines après son arrivée dauf la citadelle de cette ville (juillet 1755). - Le peuple zougois espérait recouvrer pour prix de sa do- • cilité tous les avantages de l'alliance française. Il n'en fut pas ainsi et les nouveaux gouvernants, aussi cupides que les

. * (1) HiHùirê di lu Sui««e, par un Neuchâtelois. Béat Znriauben , Uodam* maa (père de c«lul dont il estici questioiO^passait pour le premier orateur de la Suisse et exerçait une grande influence sur la diète. Il avait pris une part active à la conclusion du traité secret de 4745. On on. fl4 un crime à ses descendants.

DI^LA XATIOR ttJISSS,

anciens, se partagèrent secrètement 6,000 francs, prix du sel que l^on distribuait aulrefois au peuple. Ce dernier fînit par \ pénétrer ce honteux mystère. De nouveaux désordres édalèreol et le chef du gonvernement, l'amman Loutîpfcr, fut condamné à l'amende el à la perle de ses droits civiques (476i). Au bout de deux ans, Pambassadear ayant consenti à )a répartition désirée, obtint fadlement le retour et la réin'tégration du magistrat exilé»

Les troubles de Scbwytz offirent une certaine analogie avec ceux de Zoug, et eurent pour oause la nouvdie capitu^ lation oondoe par les cantons avec la France en I76S. Seul de tous les cantons suisses, Schwytz avait refusé de la signer et avait fait suivre son refus de la défense d'enrôler pour celte puissance. La femme du général NazarHeding se permit des enrôlements clandestins pour le compte de son mari. Citée en landsgemeinde, elle essaya de se justifier; le peuple souverain lui ordonna avec menace de se taire , et la condamna à payer 30 balz à chacun de ses juges au nombre de 6,000. Un parti s*étant formé néanmoins en faveur de la capitulation, chaque landsgemeinde devint l'occasion ou le prétexte de nouvelles exactions et de nouvelles violences. Les BudtSf qui rejetaientla capitulation, en vinrent aux mains avec lesDouXj qui Tappuyaient; les magistrats de ce dernier parti .étaient périodiquement insultés, chaâsés, dépouillés de leurs perruqûés par les Rudes. Tous les pouvoirs enlevés successivement aox conseils et aux tribunaux passèrent à la land»> gemeinde. Un aubergiste, Pfeil, et un tailleur, Stadeii, étaient les grands meneurs du parti dominant. Ils organisèrent un système de terreur et d'inquisition comme celui que Schou* maeher avait institué à Zoug, et frappèrent les grandes familles d'amendes exhorbitantes. Le général Nazar Aeding ne fut pas oublié. On l'obligea sous peine de perdre ses biens et son droit de bourgeoisie à revenir en hàle de Versailles pour comparaître devant la landsgemeinde qui commença par le condamner à perdre la tôte et ne consentit à la commutation en bannissement perpétuel que moyennant le paiement d'un écu à chaque membre de la landsgemeinde. A rinstar de Zoug, Schwytz rompit toute relation avec la France; le roi de France, par représailles, ayant renvoyé tous les BchwyUois attachés aux châteaux de la couronne, le retour

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