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do ces malheureux fut le signal de nouveaux, désordres. Le banneret Jutz ne dut son salut (ju'à !a protection des robes brunes des capucins de Schwytz, et le landanunan Reding (François-Antoine) fut laissé pour mort sur la place. Tous les prêtres cependaDl étaient loin d'intervenir en médiateurs dans la tourmente populaire, et plusieurs Texcitaient môme par leurs discours dans lo confessionnal et du haut de ia chaire. Le gouvernement dut en écrire plusieurs fois au vicaire général du diocèse et à révéque de Constance.
Les Schwytxois commençaient à être las de divisions. L'insurrection de leurs sujets d'ËinsiedIen, qu'ils durent compri* mer par la force, acheva de les dégoûter de la lutte. Ils réhabilitèrent les proscrits, rendirent aux lois leur pouvoir et rétablirent les conseils dans leurs précé<1entes attributions.
Les troubles des Rhodes-Extérieures d'AppemselloffreDile même caractère de démagogie brutale et de fiscalité arbitraire cpie les troubles de Scliwylz. Ils eurent pour occasion le traité de Uorschach conclu en 1715 par les magistrats appenzellois, avec le prince-abbé deSaint-Gall. Ce traité portait que les contestations qui s'élèveraient à l'avenir entre les ressortissants des deux pays seraient jugées par des arbitres fédéraux et non plus vidées par la violence comme auparavant. Ce traité avait reçu l'approbation de tous les préposés de communes. Mais quand le peuple d'Appenzell vit qu'il ne pouvait plus vider les dilférends selon Tusage traditionnel, à coups de poing et de b<1ton , il s'emporta contre son gouvernement, à la tôte duquel figuraient depuis des siècles les Zellwègçr, de Trogen, famille enrichie par le commerce et illustrée par les services rendus. Les Wetter, d'Hérisau , hommes nouveaux , ambitionnaient le pouvoir; ils exploitèrent habilement le mécontentement du peuple , bien qu'ils eussent ratifié eux-mêmes, comme conseillers de commune, le traité de 4745. Les communes situées derrière la Sitter où se trouve Hérisau se rangèrent du côté des mécontents; les communes devant la Sitter, où est Trogen, demeurèrent fidèles au gouvernement. « Des deux partis, dit l liistorien de la Confédération, celui des Wetter ou de derrière la Sitter, s'appelait le grand parti; raulre, le [)etit. En réalité, la proportion numori((ne paraît a\oir été longtemps inverse, mais dans les assemblées populaires et même ailleurs, un homme
qui crie en vaut deux. Les noms de Rudes ou de Doux, Modérés ou Mois, marquaient les différentes dispositions du premier et du second. » (*)
Les Rudes non-seulement criaient, mais frappaient plus fort que les Mois ; ils restèrent les maitres du terrain dans les laudsgemeindén et dans les collisions nombreuses qui ne manquaient jamais d'accompagner ces assemblées. Ni ràge, ni le sexe ne mettaient les familles des Mois à Tabri des mauvais traitements d»s Rudes. Ces derniers pénétraient dans la demeure de leurs adversaires et les rouaient de coups dans leurs lits. Les Doux essayaient bien parfois de lutter contre ces terribles adversaires ; mais ils revenaient , 'meurtris et estropiés au logis , et eussent compté beaucoup de morts, au dire d'un témoin oculaire^ « sans la dureté des têtes et des os des habitants de ce pays. » Loin de prêcher la paix, les pasteurs étaient souvent les premiers à pousser aux voies de fait, et l'un d'eux, Zuber-Biihler, curé à Gaiss, acquit une réputation d'audace et de déloyauté indigne d'un ministre de l'Évangile. La lands^emeinde de llundwyl , présidée par Wetter, comme landamman, consomma la défaite des Doux et donna aux violences un caractère oniciel. Les bastonnades , les amendes et les proscriptions furent prodiguéesaux vaincus. Les cantons de Berne et de Zurich, favorablesauxZellwèger, interposèrent en vain leur médiation. Soutenus par Schaffbouse et Glaris, dont les Wetter avaient su intéresser è leur cause les premiers magistrats , les Rudes repoussèrent tout accommodement et accueillirent avec des menaces les médiateurs. Un nouveau brandon de discorde, la question de Tenrôlement pour le service de France, divisa tout le pays en deux nouvelles factions, les F)rançais et les Autrickims, Les Français, qui avaient pour eux le gouvernement Wetter, Tayanl emporté, voulaient chasser du pays comme mauvais patriotes tous leurs adversaires. Mais le landamman Wetter, (jue l'exercice du jxjuvoii' cL roxpcriencc des affaires avaient rendu à des senlimciUs plus modérés, parvint à ajourner d'une petite année (Jahriein) Texécution du décret rendu dans ce sens par la landsgemeinde. Dans l'intervalle, les esprits se calmèrent et il ne fut plus question
(1) Monnard. XV, 184.
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de cette mesure arbitraire et inique. Le peuple apaisé et repentant voulut même porter à plusieurs reprises aux premières magistratures l'un des cliefs du parti <les Doux, le noble et savant docteur Laurent Zellwèger; mais il refusa oonstam* ■lent ces dangereux honneurs*
Les fihodes-Intérieures ne profitèrent point des .leçon» qa'avtfient reçues kurs voisins des Rhodes-Extérieures. Une rîvelîté semblable à celle qui avait divisé les Zellvirèger et les Wetier, s'établit entre Jacques Geiger, ancien landamman du pays , et Joseph Souter, aubergiste à Gonten. Le peuple, qui s'était épris de belle passion pour l*humeor joviafeetles spirituelles saillies de son cher Se/)p/i(*), Téleva malgré son peu d'instruction au poste lucratif de bailli du Rheinthal et bientôt après à la première magistrature. Mais le landamman Seppli s'était attiré la haine des capucins par ses épil^rammes, et celle des riches par son opposition a la loi qui dans les faillites donnait la préférence aux créanciers du pays à ceux du dehors. « Cette loi , dit Souter à la landsgemeinde , nous enlève la confiance de nos voisins qui ne voudront plus prêter d'argent à nos concitoyens pauvres. » Les riches répondirent en accusant Souter de favoriser les étrangers au détriment des indigènes. Pour ralfermir sa popularité ébranlée, le landamman Seppli entreprit de faire recouvrer è ses* eenciloyens un pâturage du Sentis que le besoin d'argent les avait obligés de vendre autrefois à la commune dXHierried ' dans le Rheinthal, et sur lequel TÉtat d'Appônsell avait ecmservé un droit de retrait. Mais la commune propriétaîre ré^ dama auprès de la diète; un procès s'engagea et le conseil d-Appenzell, dans la crainte de le perdre, refusa de le son* tenir. Souter s'obstina et perdit le procès. U eut beau dire en conseil qu'il prenait tous les frais du procès à sa charge; ses ennemis répandirent le bruit qu'il avait trompé ses collègues et compromis l'honneur des Rhodes-Intérieures. Sans vouloir l'entendre et contrairement aux lois, le conseil cantonal [Landrath] lui enleva les sceaux et les rendit à Geiger. On ne se contenta pas de le priver de sa charge; on le dégrada de tous ses droits civiques. Souter en appela h la landsgemeinde, et une troupe de paysans qui lui étaient dévoués
(i) DimiBuUr de Joaph en allenend.
m LA HATION «DfSSt.
pénétrèrent de vive force dans i'Hôtel-de-Yiile, menaçant les oonseiliers de leajeter par ia feDéire. Mais à la landsgeaieiiidr aaiTante^ le parti Geiger l'emporta sur le ém; Sooler Ait arracbé^dtt siège de landammaiin et traduit en justice smv le poids d'accusations criminelles et mystérieuses. Il espéra encore apaiser 1 -orage par un pèlerinage qu'il fit MBinsiedlen dans ane attitude suppliante. Mais on profita, an contrairev de son absence pour le bannir à pei^étuite du sol suisse, et attacher son nom à la potence comme celui d'un ennemi de la religion et de la liberté. Courbé par le chagrin, Souter se retira a Constance. Il lui restait toutefois des amis dans l'Appenzell, et lorsque le malheureux vieillard demanda la révision de son procès après quelques années d'exil, ils ap-^ puyèrent sa demande et se présentèrent pour lui servir de sauvciiarde, au nombre de soixante et dix. Mais ce tribunal, présidé par Geiger, écarta la pétition et punit d'une fustigatioa cruelie et itifàraante les plus courageux d'entre les pétitionnaires. La fureur de ses ennemis n'était point enoore as^ sonvie. Pour avoir le prétexte de^ouvelles vengeances , on répandifrle bruitque Souter méditaud'envahir les Rbodes-lnté- Heures avec des corps-firancs des Rhodes voisines. En même temps denx membres du censéil, feignant pour le vieillard une amitié p^de, engagèrent sa fille à lui écrire de se trouver à tel jour dans un village des Rhodes-Ezt^ieures pour y traiter d'une affaire importante. Souter donna dans le piège , se laissa attirer sur le territoire des Rhodes-Intérieures, fut saisi, garotlé, jeté sur un traîneau découvert et transporté à Appenzell au mois de février par une neige battante. Appliqué trois fois d'un jour à la torture, il n'avoua aucun crime ; vingt juges refusèrent d'adhérer à la sentence et firent insérer leur protestation au protocole. Il n'en fut pas moins condamné b mort et exécuté le môme jour, un mois après son arrestation (9 mars 1784). L'infortuné Souter mourut avec courage, léguant à ses bourreaux d'affreux remords. L'un d'eux, qui Ise trouvait à la diète de Frauenfeld quehiues années après, ayant entendu prononcer le nom de Seppli , entra dans un accès de frénésie et se précipita d'un second étage. Le senti-» ment de l'injustice de cette condamnation était au fond de toutes les âmes. Un demi siècle cependant s'écoula avant que le procès de Souter/pitt être révisé et son Icmocence recon-
BISTOIU
Bue. O n*est qu'en 4824 que sa mémoire fût rc^habilitée par UD décret du graad-oonseil el ses restes inhumés dans le cnnetière oommun.
Un sort un pea moins cruel avait atteint quelques années auparavant le général Travers d*Ortensteln, chef d'une des nombreuses factions qui déchiraient les Grisons. Les Travers étaient aux Tscharner, ce que les Salis étaient aux Plantas, c'est-à-dire des compétileurs acharnés et infatigables. Le général Travers, retiré du service de France, ayant fait nommer un landaininan do son parti, les Tscharner procédèrent à une élection coiUradictoire. Travers alors les fit condamner connue perlurhatcurs du ro[)os public et dégrader de leurs droits civifjues. xNe se tenant pas pour battus, les Tscharner convoquent une larjdsuenuMude, où Tra\ers se rendit accompagné iTlioinrues armés dans le but de disperser l'assemblée. Une mêlée s'engagea entre les deux partis; celui des Travers fut vaincu et le générai renversé sur le soi d'un coup de pierre fut obligé de prendre la fuite et dé quitter le pays d'où on le bannit à perpétuité 766).
A la vue de ce courroux et de ces'caprioes du peuple souversain, des rapines, des violences et des actes de cruautés dont nous venons de retracer le tableau affligeant, un lecteur superficiel pourrait être tenté de condamner le gouvernement populaire. Mais que sont ces amender, ces condaninations à Vexiï^ ce petit nombre d'hommes morts ou meurtris à côté des massacres ordonnés par les princes et inspirés par la raison d'Etat ou i)ar le fanatisme. « Faisons un calcul, dit rhistorien de la Courédéralion au dix-neuvième siècle , en parlant des troubles (rAp[)enzelI ; deux ou trois hommes morts, un [)elit nombre d'estropiés, quelques coups de couteaux, d'honorables magistrats destitués; voilà jusqu'où s'égare la démocratie en dénieuce pendant vingt et un mois. Que sont ces jeux déniants auprès de ce que sait faire la hache du despotisme dans les mains de Richelieu, auprès d'un seul ordre de Louis XiV fanatisé, auprès d'une matinée de Napoléon sur un champ de bataille (^).
D'ailleurs, si la démocratie suisse avait ses démagogues, ses tyrans et des chefs indignes qui sacrifiaient à leur intérêt •
H) Uoimard. XIV, SI9.
IHE U lUTl(m 80188E
privé les lois éternelles de la justice , elle avait aussi des oratears élevés et des magistrats magnaDÎmes qui savaient conserver leur dignité et rester fidèles aux lois de la raison et de la conscience. « Appenseli-fixtérieur nous ofire le type du magistrat démocrate dans son landamman GebhardZUrcbery qui passa par tous les degrés des honneurs pendant un demi-siècle. Charpentier et sans autre fortone qu*un petit fonds de terre, il le cultivait de ses mains. Un jour qu'il travaillait devant sa porte, un personnage consîdé* rabie vint à cheval auprès de lui et demanda un entretien. Ztircher le conduisit à sa maison. L'arrivant lui exposa une alFaire juriiîicjiio , la tète couverLe, et jouant nonchalamment avec sa cra\iiclie. Ziirclicr lui tlemanda : « A qui parlez-vous, est-ce i\ Gchhard Zurcher le charpentier, ou au landamman? — Au landamman. — En ce cas, laites votre devoir; rendez honneiu', non à ma personne, mais à nion oliice. » L'interlt>cuteur ôtaSv>n chapeau,posa sa cravache et répéta son exposé, L*amabilité du magistrat égala la sévérité de ses premières paroles; celui qu'il rappela aux convenances raconta lui-même ce trait avec respect. — Un- procès divisait les habitants de Uundwyl. Une des parties se rendit à llérisau pour demander Fautorisation de faire à l'autre une intimation juridique. Le landamman Wetter ne voulut l'accorder qu'avec le consentement de son collègue. Les paysans, au nombre d'environ cinq cents, se rendirent à l'habitation de Zttrcher, distante d'une demi-lieue de Teufen. Occupé à réparer le faite de sa maison, ce chef de la république les vit venir et resta tranquillement sur sm toit, attendait que les habitants de son village s'approchassent. Deux dépulés<le la multitude montèrent par l'échelle et lui demandèrent respectueusement audience. Lorsqu'il vit assez de gens de sa paroisse arrivés pour empêcher toute violence, il descendit dans sa maison, et s'adressant aux députés : « Vous avez amené vers moi , dit-il , contre votre serment et votre ihîvoir, celte foule pour m extorquer une autorisation illégale. Je vous ordoinie, au nom du serment ((ue vous avez [)rèté a votre pays, de calmer ces gens et de les ramener dans leurs foyers. » — Un de ses fils encourut une peine grave. Par égard pour un père universellement chéri et vénéré, le grand conseil voulut mitiger la sentence. Ztircher se leva de son siège : « Mon 111s, dit-U, est sous l'em*
Oigitized
4dS Bisîoni
pire de la loi comme tout autre citoyen ; votre bienveillance me touche ; mais en considération des suites , j'exige l'application complète de la loi. » Voilà le magistrat républicain de quelques villages : Tàme et non Je théâtre £BÛt la verta ou le hères. » (*)
Glaris eut son Démosthène dans un pasteur de village, Steinmuller, ministre à Matt. Témoin des mouvements tumul* tueux de la landsgemeinde et des menées de quelques démagogues qui cherchaient à pousser peuple dans les voies ùix s^étaient égarées les démocraties voisines , il composa de verve un discours dans lequel il attaquait ces hommes qui possèdent tout juste assez d'esprit et d'éloquence pour semer le désordre et la désunion ; ces patriotes en paroles, dont le patriotisme se borne à rendis suspects au peuple ceux qui le gouvernent et réclairent. «Vous êtes libres, hommes de Glarffe, s'écriait dans un généreux transport le courageux Steinmuller; mais vous n'êtes pas libres à la façon des bêtes des forêts. Êtres humains, vous obéissez aux lois de la raison, de rhoimeur, de la justice; vous obéissez aux lois que la nécessité, l'utilité, Tordre , la sûreté de la propriété vous ont fait établir. Ces lois, vous les statuez vous-mêmes à la majorité des suffrages. Mais vous violez la liberté, vous l'opprimez, vous qui vous montrez si fiers de ce nom de liberté. Vous voulez effrayer les autres , les contraindre , leur imposer silence, étouffer leur opinion. Si le magistrat décide selon sa conscience et non selon votre fantaisie, votre fureur insulte, menace, bouleverse. £st-ce là la liberté? Non, c'est le renversement de notre libre constitution.... Les citoyens loyaux sont la bénédiction d'un pays. Souvent un seul homme de bien a protégé , conservé un peuple par son conseil et son ^ courage. Mais rarement un peuple entier a su apprécier et conserver un homme de bien. Gicéron sauve Rome, Miltiade Athènes. Mais Rome ne sauve pas Gicéron , ni Athènes Miltiade. Le peuple est comme un prince imbécile : ni Tun ni l'autre ne savent distinguer leurs amis véritables et intelligents des égoïstes qui usurpent le nom d'amis. Traiter vos chefs comme vous le faites est un triste encouragement a former des hommes pour le service de la patrie. » ('] ^
(t) Monnard, Ilhtoire de ta Confédiraticn tuiatt. XIV, 613 à 514. (3) Moimurd, XV, 477.
DB LA XaTION 8CIS8B.
Ce mâle et véridique langage blessa le peuple de Glarâ. L'aateur ne s*étaH pas nommé par modestie et poar faire plus d'impression sur ses concitoyens. Mais apprenant qaVm s*en prenait à des innocents et qu*on pouvait leur faire un mauvais parti, Steinmuller n'hésite pas un instant, il se nomtnej comparait devant la landsgemeinde , et à peine a*-t*il commencé à parier qu'il est absous par des acclamations unani* mes. Celle journée fut, pour la démocratie glaronnaise, plus glorieuse que celle de Nœfels; à Niefels, elle avait vaincu les Auti'icliiens ; en ce jour elle se vainquit eiie-niéme.
La virile éUxiuence ilu j)asl(îur glaronnais n'eût pas trouvé grâce devant les aristocraties de Fri bourg et de Lucerne, trop mesquines et Irop ombrageuses pour supporter la moindre critique. Elles virent cependant s'élever dans leur sein des f.iclions dangereuses. A Frihourg, un patricicMi ruiué et de mauvaises mœurs, (Jottrau-Treyfayé, seigueur de Villariaz ei ex-colonel au service d'Autriche, forma une société de bourgeois et de jeunes patriciens, dans le but d'accroiire son pouvoir et de se f.iire nommer avoyer par la bourgeoisie. Ce Catilina fribourgeois (c'est le nom que lui donne une chronique) fut banni à perpétuité du sol helvétique et (comme madame Perregaux-Wattewyl à Berne) n'échappa à la mort que grâce aux supph'catlons de ses parents qui au nombre de vingCr-huit, siégeaient dans les conseil^ (4 763).
L'aristocratie frilKHirgeoise se distinguait au moins, en général, par une sévère probité. 11 n'en était pas ainsi à Lucerne, cil le péctdai ou vol des deniers publics était la maladie héréditaire des familles régnantes. Dés 4799, un trésorier du nom de Meyer avait laissé un déficit de 44,000 llorins dans les caisses de Tl^^tat. Son âge avancé, et la circonstance qu'il avait manque par négligence plus que par infidélité, adoucirent la sévérité de la sentence. On se borna «i le déposer et à exiiior la reslilulion totale de la somme. Mais Ningt ans après, lorsqu'un i)arent de ce niagistral et lui-même un des premiers emj)loycs de la république, LeoJegar Meyer, eût détourné des fonds considéra!)les pour couvrir les dépenses d'un Ju\e eiïréné, on ne l'ut pas si indulgent, et la sentence d'un exil perpétuel fut prononcée contre lui. Aucun des magistrats lucernois ne s^était montré plus acharné à la perle de Meyer que Jost Schoumacher, chef d'une des premières famiiics
194 mnoiw
de la république. Cela ne Tempécha pas de suivre ma eaœmple, et de dissiper en prodigalités et en débauches une somme de 4 9,000 florins , qu'il feignit lui avoir été enlevée par des inconnus qui avaient pénétré de nuit dans sa demeure. Les amis de Schoumacher cherchèrent à pallier le arime et voulaient k tout prix le maintenir aux affaires. L'un d'euXf nommé Heidegger, plus tard avoyer, alla jusqu'à soutenir la thèse que le trésor publie était le bien commun des patriciens, et qu'on ne devait pas punir un magistrat du premier rang comme un homme du commun. Mais si Sdioumacber avait des amis dévoués jusqu'à la connivence, il avait un ennemi redoutable dans un membre du grand-conseil, Valentin Meyer, fils de ce Lcodegar Moyer, que ses malversations avaient fait exiler ù perpétuité (juelques années auparavant. Cet lioinine, tout jeune encore, avait acquis Ja réputation d'un homme d'Etat et d'un savant distingué, et brillait surtout par son éloquence. Il mit une passion extraordinaire à la poursuite de cette airairc et parvint , par l'examen des comptes, à administrer la preuve matérielle que Schoumacher avait volé l'Etat. Le 29 mars 1762, un jugement rendu contre le trésorier infidèle le condamna à la restitution des sommes enlevées et à la même peine d'exil perpétuel qui avait atteint^ treize ans auparavant, le père de Valentin Meyer. Le crédit de la famille Schoumacher^ ébranlé par cette oondamnation, était destiné à recevoir un nouvel écheo, deux années après. Lefite du condamné, Placide Schoumacher, après avoir dissipé' sa fortune, avait administré, en préfet infidèle, le bailliage de Heidegg. Entré ensuite au service d'Autriche, il l'avait quitté en déserteur. Rentré à Luceme, il s'attacha à tous les mécontents, dont il devintTidole par son esprit remuant et les grâces de sa personne. 11 entra aussi en relation avec des hommes influents de tous les petits cantons et avec le banni fribourgeoîs Gottrau, alors réfugié à Rheinfelden. Son but et celui de ses compagnons était, si l'on en croit un homme d'État contemporain , « de culbuter les gouvernements aristocratiques de la Suisse, o (^) Tout son crime, au contraire, si l'on en croit les historiens lucernois , était d'avoir rédigé un exposé des griefs des mécontents suivant un mode légal et en usage
(I) L'iiistorien, avoyer d'jUt, daiie ses mémolm on hon â'muMPê.
DB LA «Ane» 8UIS8B. 1 95
depuis longtemps dans le canton. Quoi qu'il en soit, l'aristo^ cratie lucernoise prit peur et fit arrêter Schoumacher. Sur un rapport de Meyer, le grand ennemi -de sa famille et de son nom, le jeune homme fut condamné à mort et décapité à Lucerae, le ^ juin 4764, au milieu de là stupeur génénile; car on était convaincu de Tinjustice de la sentence et de la précipitation* passionnée des juges. Plusieurs des compagnons de plmsir de Schoumacher furent traités comme ses complices et punis de Tamende et de la prison.
Valentin Meyer, devenu le membre le plus influent du petite conseil, trônait dans la république comme autrefois Louis Pfyffer, le roi des Suisses, Ce pouvoir excessif, joint à quelques réformes qu'il introduisit, lui firent des envieux et des ennemis. Abattue pendant quelque temps, la faction Schoumacher releva la téte. Un homme distingué, le général Pfyffer, chef du parti français, auquel Meyer faisait la guerre, se joignit à eux, n'attendant qu'une occasion pour éclater contre le dictateur. Elle se présenta bientôt. Il avait paru à Zurich, mais sans nom de lieu ni d'auteur, un opuscule où Ton invitait les cantons catholiques à supprimer ou à restreindre les or* ikes monastiques. Cette brochure fut attribuée à Meyer, que ses relations avec les savants et les hommes d'État de la Suisse protestante avaient rendu suspect. Déjà alors quelques* prêtres l'attaquèrent du haut delà chaire, lui et les /Àrai peBimn qui favorisaient la circulation de tels écrits. Ce fut ïàstk pas lorsqu'iHi second mémoire ai^onyme, sous prétexte de réfuter le premier, demanda, dans un style mordant, non la suppression, mais la réforme des ordres religieux. La tempête éclata alors tout de bon. Les ennemis en profitèrent habilement pour demander, an nombre de vingt-trois, une convocation extraordinaire du grand-conseil. Prenant la parole au sein de l'assemblée, le conseiller Antoine Schoumacher s'écria : « Le peuple lucernois veut savoir s'il obéit à des magistrats catholiques ou luthériens. » Un autre membre du grand-conseil, l'un des juges mêmes qui avaient voté la mort de Placide Schoumacher, se leva pour accuser Valentin Meyer de la condamnation précipitée de ce jeune homme. On décida de visiter les papiers de Meyer et de décacheter toutes les lettres qui arrivaient de Zurich, dans le but de s'assurer s'il était ou non l'auteur de ces deux.brochures. Ces perqui*
msToiu
silions n^aynnt abouti à aucun résultat, la faction des Schoamâcher ot Pfylfer obtînt qu^on procédât contre ces écrits el les fit brûler sur la fflace publique par la main du bourreau, au milieu d^un immense concours. Cette faction prit tout à fait le dessus dans PÉtat. Des scènes violentes eurent lieu dans le sein des conseils ; Valentin M eyer fut arrêté dans sa maison de campagne et traîné dans les prisons. Il courait risque de la vie , malgré Topposîtion du sage avoyer Keller et du courageux et patriote Félix Daltbasar, lorsqu^un ami deMeyer et de Taristocratie, le conseiller Krouss , parvint à conclure une pacification agréée, après quelque résistance, par le prisonnier lui-mc^me. Par ce singulier Irailé, Valentin Meyer s'engapoait «n quitter pour (juinze ans le sol de sa patrie, mais à la condition de conserver sa ])lace de conseiller. Il se relira en elVet dans un château sur le Rhin, (roù il î^evint, au bout de quinze années , reprendre sa place de membre du petit-eonseil qu'il oeeupa juscpj a la révolution (I 785-1 798). l.e départ de Meyer rendit la paix à l'aristocratie lucernoise; mais ce fut une paix honteuse, marquée du sceau de l'injustice et de la tyrannie ; car dans une ordonnance secrète, décorée du beau nom de constitution, et qui est un monument de cupidité inouïe, Messeigneurs décrétèrent que a les employés dont les comptes présenteraient un déficit, seraient tenus h restitution , mais sanS' que leur honneur en souffrit, ni quils pussent être recherchés pour ce fait. » Telle était la corruption d'un gouvernement qui comptait pourtant dans son sein des hommes éclairés et vertueux. L'histoire lucernoise et suisse place avec raison à leur tête ce noble avoyer Ours Balthaser , dans lequel la prudence de Thomme d'Etat et rérudition du savant s'unissaient au cœur brûlant du patriote et dont la bouche d'or dictait à son fils ces instructions touchantes :
«Aime Dieu par dessus tout. Mais, après Dieu, que rien ne ' te soii plus clier que ta patrie. Ne raiine point comme tant d'autres par intérêt, mais par un nohie orgueil et un filial attachement. Celui (jue fait agir raiid)ilion ne connaît pas la véritable grandeur de Tàme, de la droiture et du patriotisme. Repousse les dons de Tétranger; ils engendrent le dédain et la mollesse. Mets ton bonheur dans les joies de la famille et dans le&ercice de la bienfaisance. » Enlevé à ses conci-
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toyens, en 1761 , l'avoyer Balthasar ne fut pas témoin des scènes qui jetèrent un voile de honte et de deuil sur les annales de sa patrie. Héritier de ses talents et de ses vertus, son Bis Félix Balthasar, alors membre des Deux-Cents et depuis trésorier de la république, lutta en vain pour les empêcher et se montra toute sa vie le champion de la vérité de la justice ('j.
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