‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 28 sur 34 · BI9T01BB · texte numérisé non relu

BI9T01BB

9lic^t unfrcr îljjnen []cih[, niât fûnftfidiC'^ (Mca^cfir, Î5ic dintracÊt fc^lug bcu gcinb, ^ic ibicn %m bclcbie. €e^t, 9rfibcr, eure Wlad^U fie lieot (n eum îren, CI ipiîrbe fie no<^ jej^t M jebemiBeffr neu.

Dans son poème des Alpes (n32), œuvre grave et hardie qui attend encore un traducteur digne d'elle, le grand Haller avait jeté les fondemmits de Técole de poésie nationale classique, doni les chants de guerre de la Confédération primitive ne peuvent être considérés que comme des essais sans art, bien qu'étîncdants de beautés sauvages. L'écolb soissb se forma définitivement è Zurich, où deux critiques de talent, Bodmer et Breitinger Topposèrent à I'écolb baxonhb dominante alors en Allemagne. Et plus heureux que leur compatriote Zwingli , dans sa lutte contre le saxon Luther , au seizième siècle, les réformateurs zuricois du dix-huitième siècle l'emportèrent après une polémique de plusieurs années et renversèrent le tout-puissant chef de Pécôle de Leipzig , le vieux Gottsched , sur ses lauriers décrépits , (1740-1755).

Autour d'Albert de llaller, comme autour du chef de notre , panthéon national , viennent se ranger, à titre d'amis ou de disciples, presque toutes les grandes individualités de l'histoire littéraire contemporaine, Zimmerraann, Iselin, Muiler, Lavaler, Salomon Gesner, Hirzel, Bonnet, Tissot, Sulzer. Zim- MBRMANN, deBrougg(^), médecin de Frédéric-le-Grand, génie amer et mélancolique, mais dont le patriotisme indépendant se révèle dans plus d'une page de ses traités Je philosophie morale sur la solitude et l'orgueil national ; Iselln, le chancelier de Bâle, caractère plein de douceur et de noblesse, dont le titre d'omi des hommet que lui décernèrent ses contemporains couronna dignement les belles actions et le remarquable essai sur VHùUnre de Fkumanité, Salomon Gbsnbr, peintre et poète pastoral également admiré ; le touchant tableau qu*il trace de la bataille de Naefels prouve de quel charme naYf et délicat son pinceau délicieux eût su revêtir les scènes de notre histoire, si au lieu de célébrer les bergers imaginaires de FÂr-

(4) Celle ville a reçu du peuple te nom de ville des prophètes à cause des grands hommes qu'elle a produits ; le théologien Hummel , au XVUme sii>cie, Zimmermann, Rengger au tiède aulvant, et dans le nâlre le poète

FroiUich.

DB LA ICAnON SUISSE. St27

cadie, il eût consenti à chanler les vaillants pâlres de la Suisse héroïque. La gloire de buriner sur Pairain ces scènes immortelles était réservée à Jean di Mullbr, de Schaffhouse, philosophe, publiciste et littérateur émiueot. Jean de Muller est encore aujourd'hui le plus grand historien qu'aient eu les. Suisses et les Allemands. Le célèbre pasteur Gaspabd Lava- TKR, de Zurich, se rattache à l'école natiènale de poésie par ses chants suisses (Schweizerlieder), et il s'est élevé, par ses Etudes sur Dieu et ses Essais physionomiqucs ^ au premier rang des théologiens et des anlhropologistes. Sulzer, de Winterthour, membre de l'académie de Berlin, auteur d'un dictionnaire et d'une théorie universelle des beaux-arts , a beaucoup contribué à fonder une science nouvelle, la science du beau ou Vesthétique,

Ses cures merveilleuses et ses écrits, trésor de savoir et de lucidité , ont placé à la tète des médecins suisses si éminents de cette époque ( *) , le noble docteur Tissot , de Lausanne. Émule et ami du précédent , dont il traduisit « VAvis au peuple sur la saniéj » le médecin et littérateur zuricois Jban-Gaspard Hirzel a donné à ses contemporains les plus beaux exemples de vertu, de science et de patriotisme. Son livre populaire, intitulé ^KkifirJogg (Petit-Jacques) ou le Sacrale des IchampSf » a été traduit dans tontes les principales langues de TEurope. Fameux prédicateur, Zolukopba, de Saint^Gali, passe encore aujourd'hui pour le plus grand orateur sacré qu'ait entendu l'ÂlIemagne protestante. Homme religieux et moralista comme Haller, Charles Bonnet, de Genève, s'éleva par la contemplation de la nature à la contemplation de son auteur, et brava par la piété de sa vie et de ses écrits les sarcasmes des incrédules dont il était environné. Son neveu et disciple Horace-Bénédict de Saussure fut le premier géologue de son siècle ; il parcourut à pied une grande partie de l'Europe, le marteau du mineur à la main, traversa quatorze fois les Alpes, pénétra seize fois jusqu'à leur centre

(4) Haller, doué d une sensibilité excessive, pratiquait peu. Les autres médecins suisses marquanis da siècle sont Herrenschwand, de Moral , LanglianSy Paul Ustori, Podéré, Odior, Tronrhin . le propagateur do la vaccine; Venel, l'inventeur de Torlhopédie; Mesmor, qui a découvert le inagoélisnae animal, et le trop fameux Marat, originaire de Neucliâtel et dont GcDUie admire les profondes observations sur la lumière dans sa tliéorie des couleurs.

et a posa son pied victorieux sur le roi des montagnes, le Mont-Blanc.» (4787) (»)

L'enthousiasme de tous ces grands hommes poar le bien public , et le désir d'unir et de régénérer moratement leurs concitoyens donnèrent naissance aux premières sadUés qui aîcot été fondées sur le sol suisse pour la culture du cœur, de l'esprit, du bîen-élre et du patriotisme. La plus célèbre de toutes est la Société helvétique. La première idée de cette institution n])partient à Isaac Iselin, dans la maison duquel se trouvaient réunis, en 1770,-è Toocasion du jubilé de l'université de Eàle, le philosophe Ztmmermann, le poète Salomon Gesner et d^autres amis du chancelier. hommes illustres, Télite de la Suisse protestante , convinrent de se revoir en plus grand noinijrc Tannée suivante aux bains deScbinznacl), et s'y réunirent en ellet sous la présidence du médecin llirzel. On traça le j)ian d'une espèce d'académie nationale, qui devait avoir des représentants dans tous les cantons {% Par une déférence })Ieine de délicatesse pour ses confédérés d'une autre croyance, la docle assemblée, (rune voix unanime, désigna comme j)résident honoraire le magnanime Ours Baltliasar, de Lucerne, dont le digne fils, Félix baithasar , était présent à la réunion. Un savant ecclésiastique soleurois, connu par ses travaux littéraires, le professeur llermann, était avec les deux Balthasar le principal représentant de la Suisse catholique. Sous de tels auspices, la société helvétique ne pouvait manquer de prendre de Texlehsion et d'exer^ cer la plus bienfaisante influence sur Tesprit. national. Les rapports des deux confessions restés hostiles et agressifs depuis la funesie guerre de 4743, où les protestants avaient dicté aux catholiques la lai du plus fort , commençaient à devenir plus agréables et plus affectueux. Des idées plus larges, plus libérales se faisaient jour aussi dans les otatières de politique et de gouvernement. AUQigé de la décadence

(1) Ce no sont là que quelques noms; nous tomberions dans la nomenclature en citanl tous les hommes hors de llgoe de la Suisse lotellectaelle

dans ce siècle glorieux. Pour s'en faire une idée, il faut lire les tableaux des hommes xUusitreif do la Suisse, par Meistor, en olicmand et en français, et le beau chapitre que M. MonnarU a consacre à la vie iutellecluoUe de la Suisse en téte du XVe volume de VBittairê tfe la Confédération.

(2 Po;ir Fri bourg furent choisis le conseUler R»my et le commisseiregénéral MuUer.

ht LA RAnOll SUISSE.

progressive du patriotisme, Ours Balthasar léguait en mourant à la société un projet «tir les moyens de ratnver la Canh fédéraiion vieiilie. Les moyens qu'il proposait étaient ceux d'une éducation nationale et d*une organisation plus habile e( plus forte du lien fédéral. « Les fondateurs de la Confédération, disait le généreux magistrat, guerriers héroïques mais point hommes d*État ou lé^lateurs, ne donnèrent à la Suisse ni eonsistance ni harmonie politique. Ils surent défendre leur patrie, non Forganiser. Il appartient à notre siècle, témoin des efforts de tant de patriotes éelairés et respectables, de donner au pays les institutions que réclament les besoins des temps et de ranimer la vieille Confédération par l'esprit de liberté, de concorde et d amour. »

Mais ce patriotique langage et les idées d'innovation des associés de Schinznach élira véronL le cicroé et les couvernements timorés de la Suisse. La société helvétique, décrié^e comme un foyer d'hérésie et de réhollion, ne put pas faire tout le bien qu'elle se proposait d'accomplir, ni exécuter les plans de réforme qui, suivis et réalisés à temps, eussent peut-être épargné au pays bien des calamités et des révolutions désastreuses. Les ouvrages même dans lesquels les membres les plus illustres de cette société patriotique cherchaient à éveiller ou à fortiûer le sentiment national furent proscrits ou mutilés par la censure. Jean de Muiler ne put faire paraître à Berne le premier vôlume de son Histoire de la Suisse^ qu'en substituant sur la première pa^e du livre le nom de « Boston » à celui de Berne comme lieu d'impression. Le titre des ouvrages défendus ou brûlés en Suisse, pendant ce siècle, formerait une liste considérable. Néanmoins Tamour des lumières et du bien public qui avait fait naître la société helvétique subsista et se répandit dans tous les cantons. Le sol suisse se couvrit d'une foule d'associations ayant pour but la science, l'utilité, la bienfaisance, le progrès moral, agricole ou industriel. C est ii une de ces associations utiles , la société économique de Berne, instituée par le vaillant Tchifleli, que les paysans bernois doivent en parlie les richesses et la prospérité qui les ont fait appeler par les voyageurs et les économistes « les rois des paysans de l'Europe. » Des sociétés du môme genre s'organisèrent dans les cantons voisins de Lucerne, Soleure, Fribourg (1763) et dans la province ber-

Oigitized

HlgTOim

noise de Vaud. L'éducation publique, négligée ou retenue captive <]nns les liens de la routine, reçut partout une organisation plus conforme aux besoins de la science et de la vie pratique Une école supérieure fondée sur des bases à la fois chrétiennes, rationnelles et républicaines s'ouvrit dans*ies Grisons , sous la direction du pasteur Planta et devint une pépinière d'hommes d'Ëtat, de généraux, d'hommes de lettres (les Laharpe, le poète Salis, le bourgmestre Beiohard). Des soins particuliers sont donnés aux bibliothèques des couvents et des villes, converties en temples du goût et de la science.

La presse aussi, ce grand levier de culture et qui était alors à l'apogée de son crédit et de sa puissance sur l'opinion, déployait une activité prodigieuse et multipliait les revues littéraires, scientifiques et poIili(|ues. Mais aux meilleures tendances et aux plus légitimes aspirations du siècle, la fièvre du progrès qui dévorait les esprits unissait les idées les plus hasardées et les maximes les plus dangereuses. VEncyclopédie, immense recueil où Voltaire, d'Alemhert et beaucoup d'autres esprits forts avaient dépose toutes les connaissances du jour, mais aussi tous ses préjugés et tousses sophismes irréligieux, paraissait abrégée à Yverdon. Dans ses ouvrages sur la politique et l'éducation , composés avec tout le feu de Timagination et de l'éloquence la plus entraînante, le grand écrivain genevois Uoussbau décriait la science, exaltait la vie de nature, attaquait la société sans considérer que la société n'est autre chèse que l'homme lui-même, et tour à tour ûattait les passions et prénait la vertu. » Voltaire, a dit l'un des plus profonds penseurs de notre siècle et de la Suisse française. Voltaire avait rendu Tincrédulité agréable aux esprits légers ; Rousseau la rendit spécieuse aux esprits plus solides, il trompa le besoin religieux par un déisme affectueux et sentimental. 11 dénatura la morale en substituant des sentiments vagues à l'idée positive du devoir. Il opéra dans l'éducation

(I) Bàle avait déjà commencé en 1725 la réforme de ses écoles de la campagne. Lausanne organise des écoles de charitô, en 4736, et Genève SOS écoles de chant et de dessin, en 1730. Pribourg ajoute des cours supérieurs à son collège en 1760, et bâtit, pour les recevoir, l'édiflce appelé encore aujourd'hui i Académie. Soieure (par les soUts du professeur Zimmermann , dramaturge distingué et l'un des ornements de la Suisse ca* tholique' réforme tout son système d'instruction publique, en 1766; Zurich fait de même, en 4773, à la voix du noble Léonard Usteri.

quelques réformes désirables , mais moins profondes qu^on ne Va eni; car la pensée chrétienne va seale au fond de l'homme, de Tenfani et de la vie. Il accrédita en politiqae des idées dont notre époque n*a accepté que le principe ^néral etqa'elle ne réalisequ'en les spiritualisant. L'éloquence désaccoutumée de la ehairej encore incertaine au barreau, trouva une irUnme dans ses écrits. U est le véritable orateur du dix-» iHiitième s^ele. » (')

n est pourtant un cété de Tinfluence exercée par Rousseau, Voltaire et les autres encyclopédistes qui rachète bien (les écarts et leur assui e la reconnaissance de la postérité. C'est l'amour pour l'humanité dont ils firent preuve dans leurs écrits et dans plusieurs circonstances tle leur vie; c'est Tindignation généreuse et le courage avec IcMjucI ils s'élevèrent (Voltaire en particulier) contre les erreurs et les atrocités • de la justice pénale demeurée cruelle au milieu du progrès des idées et de l'adoucissement général des mœurs. «L'humanité est le piédestal de la religion, » écrivait un pape illustre, contemporain de ces philosophes. L'humanité de Voltaire et de ses disciples a arraché plus d'une victime à Téchafaud; elle a éteint les bûchers de la sorcellerie , aboli , en France, rhorrible supplice de la roue, préparé rabolition de la torture, la réforme des prisons, et rappelé à tous les esprits les prin-* cipes de la tolérance religieuse trop méconnue par les théologiens. Genève , il est vrai , lew avait donné Texemple. Précédant tous les pays dans la voie des réformes judiciaires, cette cité, Pécole de la civilisation et de la politique européennes, avait aboli la roue et Tusage de la torture dès le commencement du siècle, et proclamé les principes du droit naturel dans les solides écrits de Burlamaqui, émule et contemporain de Montesquieu (1728-47).

La bienfaisance ou la philanthropie^ comme on commence alors a 1 appeler d'un nom un^peu fastueux, devait être le principal titre de gloire d'une terre aussi éclairée que l'était la Suisse au dix-huitième siècle. Deux noms surtout brillent en lettres d'or dans les annales de la bienfaisance helvétique ; ceux du Zuricois UKi«iAi Pestàlozzi et du Neuchàtelois David Pur¥.

BISTOIRI

lîHève de Bodmer et de Breilin2;er, ami de Lavater cl enthousiasle comme lui des idées de Kousseau, Henri PesLalozzi venait d'inaugurer l'œuvre de dévouement qui devait remplir sa vie. Mauvais économe autant que grand homme de talent cl de cœur, il consumait sa fortune et celle de sa femme à fonder un établissement en faveur des enfants pauvres, à Neuhof, en Àrgovie. (4 775-80). Négociant enridii par le commerce des bijoux, en Portugal, Pury donnait un million de son vivant déjà et quatre millions par testament, à sa ville natale, pour être employés en œuvres d^utilité publique et de bienfaisance. Ces dons extraordinaires servirent à la construction de roules, d'écoles, d*un magnifique hôpital et d'un Hdtel-de- Yille, orné par la reconnaissance publique du portrait do noble bienfaiteur de son pnys. Aussi généreux que Pury, mais • moins favorisé des dons de la forlune, un magistrat fri bourgeois, le conseiller lirunisholz, après avoir consacré ses soins au relèvement de l'instruction (b\ns son canton, léguait en mourant !2,000 louis à cette œuvre de moralisation el de progrès (1765).

Age d'or des sciences et des leltres, ardent foyer de patriotisme et de pfiilantliropie, le dix-huitième siècle devait être encore illustré par les plus grands progrès des arts. Peintres, sculpteurs, architectes, musiciens afQuent sur le sol suisse, devenu le rival du sol italien pour la fécondité artistique. De ces artistes, le plus grand nombre, il est vrai, sont réduils à s'expatrier et vont chercher sur la terre étrangère les encourageroeitls et les largesses que leur refusait une patrie économe et pauvr0 en Mécènes. Florence voit briller le doux pinceau d'Angelica Kaufmann, de Goire, Pamie de Gœthe et de WInckelmann ; Londres, les toiles hardies de Henri Fossli, de Zurich, Tinlerprète sombre et grandiose des œuvres d'Homère , du Dante , de Milton et de Shakespeare ; Rome, les statues d'Apollon el de Diane, dues à rélcgant ciseau d'Alexandre Tri ppel, de Schailhouse. Toutes les capitales deTEurope se disputent le fameux graveur Hedlinger, de Scbwytz, dont le poinçon incomparable gravait sur Tor, l'argent et le bronze les traits des principaux souverains de l'Europe avec le goût délicat et la Pnesse exquise qui distinguaient les artistes grecs au siècle de Périclès. Fils plus dévoués ou plus favorisés de la patrie, d'autres artistes dotaient la Suisse de

chefs-d'œuvres de peinture, d'architecture ou de plastique nationale. Salomon Gesneret Louis liess créaient l'école suisse de paysage ; le Tessinois Pizzoni ornait Soleurc d'une collépiale admirable; cl, de ses mains qui avaient ^aij;né des batailles, le général lucernois I^fylfer moulait en cire, avec uoe fidélité extraordinaire, le relief des vingt-deux cantons

Un phénomène curieux dans notre histoire littéraire et artistique , du seizième au dix-huiiième siècle , c'est Thérédilé de savoir et de talents qui honore un certain nombre de familles, et qui leur constitue comme un patrimoine de gloire bien supérieur aux héritages vulgaires du rang et de la fortune. Quatre villes surtout, Bâle, Zcuich, Genève et Berne se distinguent comme le siège de ces générations savantes, véritable aristocratie de rintelUgenee. Ainsi, Zurich a produH les Uottinger, les Breitinger, les Orelli, les FUssU, les Schins, les Rahn, les Gesner,.les Usléri; Bâle, les Plater, les Boxtorf, les Bernouilli, les Zwinger, les Ëuler, les Iselin; Berne, les Haller, les Sinner; Genève, les Pictct, les Diodati, les Troacbin, les Mallet, les Trembley.

Les Arts utiles suis li ent comme toujours le progrès des recherches de la science. La société économi(|ue de Berne naturalisa dans ce canton la culture du trèfle, de la luzerne, de l'esparcette, des pommes de terre; introduisit l'irrigation artificielle des prairies, la transformation des jachères, de nouveaux moyens d'engrais , la culture perfectionnée du chanvre et de la vigne. Les campagnes de Zurich et de Lucerne furent témoins d'essais remarquables en agriculture. Un. curé expérimenté prêchait d'exemple aux cultivateurs lucernois; un économe pratique et savant, Jean Gaspard Egg, syndic de la commune zuricoise d'Ëliikon , fil de ce village une grande ferme-modèle pour toute la contrée environnante. Par ses soins actifs et persévérants, les terres communales furent partagées, les terres incultes mises en friche, le bois remplacé par de la tourbe ; il établit des paratonnerres et fonda un grenier d'approvisionnement et une assurance mutuelle du bétail.

Ml Nous ne citons égalomenl que quelques noms, en en passant beaucoup el lies meilleurs. Celui qui veul coonallre plus en délait les illustraUoiis artistiques de la Suisse à celte époque, doit consulter l'Jfltloirt des peintres suisnes , de Ftissii . son ^'rand dictionnaire, e| IH Hst* 4es tr* tisie» tessinois dans 1» staïUti^ue de FriiQsciQi.

HISTOIBB

L'industrie et le commerce firent également des progrès extraordinaires. Berne seule exportait pour quatre millions de marchandises. La broderie occupait de tr^te à quarante .mille personnes dans les cantons d'Appenzell et de Saint-Gall. L'horlogerie était exercée à Genève par 6,000 ou;vriers et commençait à rendre très- prospères les contrées sauvages naguères du Locle et de la Chaui-de-Foods. Dans ces deux villages, où Jean Ric hard avait confectionné la première montré en 4679, on fabriquait, un siècle après, quarante mille montres en or et ea argent. Bàle, de ville littér0ire «kvenue une ville commerçante et Fentrepôt d^un commerce irès-étendu entre ITtalie, la France et rAilemagne, ajoutiMt la fabrication des rubans à ses branches d'industrie. LlntroductioD en Europe et l'usage croissant du thé, du chocolat et du tabac à fumer et à priser donnèrent aussi au commeroe un nouvel aliment, en même temps qu'ils modifiaient conadérablement les habitudes de société et les conditions de la vie matérielle du peuple suisse.

Les gouvernements éclairés secondaient et encourageaient de leur mieux le développement des arts utiles et de l'industrie. Ils construisaient des routes, des ponts, des canaux; ils accordaient des subsides et d'autres avantages aux artisans indigènes ou aux habiles ouvriers étrangers qui venaient se fixer dans le pays. A la tète de ces gouvernements éclairés se trouvait celui de Berne, qui, s'il ne donnait pas à ses sujets la liberté politique, ne négligeait rien pour faire régner parmi eux le bien-être et l'abondance, pour soulager Tinfortune, la misère et bannir la fainéantise et la mendicité de ses États. Un air de grandeur romaine présidait h tous les actes de l'administration bernoise et se réûétait jusque dans les édifices publics dont la capitale de cette puissante république se vit embdiirdans ce siècle; « bâtiments nobles plutôt que magnifiques, dit un pubiiciste contemporain, et décorés par leur destination encore mieux que par le talent de Tarchileete. » ( ^ Les grandes dépenses du gouvernement bernois ne Fempéchaient pas d'accumuler les richesses et d'ajouter sans cesse à

(1) Ifallet do Pan. — Ces édifleeg sont le Stift ou Ghan^ellerte, mdlel de muslquo, l'Hôtel des monnaies , celui de l'Étal extérieur, le Grenier, la Bibliothèque, la Maison des orpbelins, rUdpilal df> l'Ile, rUdpiUil extérieur et 1 église du Sainl-ËsprU.

os LA NAnON SUISSE.

rimmense trésor dont il avait dépouillé deux siècles auparavant la cathédrale de Lausanne. On évalue à cinquante millions la fortune totale en numéraire que possédait cet État à Tépoque de Tinvasion française. Une grande partie de cet argent était placé dans les caveaux du trésor, à Berne ; Fauire, dans les fonds publics de Londres ou dans les cours de l'Europe. Les capitalistes et les gouvernements de la Suisse étaient les banquiers des rois et comme les Rotscbild du dixhuitième siècle (']. ' '

Sous rinfluence du nouvel esprit économique et commercial (|ui s^était emparé des Suisses , les services militaires avaient beaucoup perdu de leur faveur et de leur intensité. Dans plusieurs cantons, la nation jadis si belliqueuse des Suisses semblait s'être convertie en un peuple d'ouvriers et de marchands. L'ambassadeur de France se plaignait amèrement de cette transformation et ne trouvait plus la même facilité à faire des recrues pour les armées du roi. Louis XV cependant avait encore à sa solde 22,000 Suisses et Grisons, dont la valeur et la fidélité n'avaient pas peu contribué à soutenir et à réparer l'honneur des armes françaises gravement compromis par Timprévoyance de généraux incapables, pendant la guerre de sept ans (1757).

La bataille de Rosbach est le fait d'armes de cette guerre le plus honorable au nom suisse. Frédéri&-le-Grand , roi de Prusse, battu à Jâgemdorf et repoussé entre Colin et Prague, 86 cachait à Rosbach. Les Français marchent à lui sous le duo de Soubise (5 nov. 1757). L'armée prussienne, cachée sous des tentes, semblait ne pas songer au combat. Tout-àooup les tontes s'abaissent et les Prussiens, en colonnes de bataille, s'avancent entre deux collines bordées de canons. Cette manœuvre singulière déconcerte l'armée fîrançaîse ; elle fuit en pleine déroute. Mais, au milieu de la débandade générale, quel est ce mur de briques rouges qui résiste au feu de l'infanterie prussienne et brave les éclats de la mitraille? Ce sont les Suisses, les Suisses de Diesbach et de Planta. « Bruder, weicht nit. » — « Frères, tenez ferme. » Ce mot de Tantique valeur a circulé dans les rangs de cette garde in-

(4) Les capiialistes genevois avalent 100,000 francs dans les fends do

France ; Frihoiir;.', dos créances sur la France pour plus de 700,000 livres, sur la $axe pour 400,000} sur Vienae pour d,tiUO.

230 aiSTOia£

trépide. Ils vont affronter la mort p'utot que de prendre part au déshonneur. Saisis (l'adiniraLion , les soldats de Frédéric suspendent leur allaque. Kii ce moment, Soubise ordonne la retrailc; les Suisses 1 exécutent, mais ea bon ordre et ea protégeant celle de Tarmée vaincue.

Il V avait îles Suisses aussi dans Tarmée victorieuse. Le colonel bernois Lentulus, donl la bravoure avait beaucoup contribué au succès de la journée, fut créé général^ms^or sur le champ de bataille.

L'aifaiblissementderesprit militaire n'empêchait pas qu'on ne trouvât des Suisses au service de toutes les puissance^ et jusque dans les Indes anglaises et portugaises. Les plus hautes faveurs de la fortune étaient assez fréquemment le partage de ces enfants perdus de la gloire helvétique. Uhistoîre d'un seul canton, de celui de Fribourg, nous montre dix officiers promus dans ce siècle au grade de lieutenant-général, en France, et six. autres parvenant aux dignités d'ambassadeur, de ministre d'État , de vice-roi et do prince , dans les cours de Vienne, de Dresde, de Modène et de Lisbonne (*). C'est ce mélange des gloires militaires avec les grandeurs intellectuelles ({ui a lait dire au poète en parlant de la Sui:>se au dix-neuvième siècle :

Héroïque Uelvelie, ô pays de la gloire 1 Le glaive des combats n'est pas ton seul fleuron ; Les lauriers du génie et ceux de la victoire, D'one double couronne ornent ion mâle liront.

Les rapports de la Confédération avec la France et les autres grands pays de PEurope avaient beaucoup changé depuis la mort de Louis XIV (4745). Louis XV chercha en vain pendant tout son règne à renouveler le traité d'alliance oflënsive et défensive qui unissait les Suisses à son prédécesseur. Catholiques et protestants refusaient d'y souscrire; les catholiques jus(|u'à ce (jue le roi ciU tenu la main au traité secret de 4715 et leur eût fait restituer les terres conquises sur eux par les réformés ; les j)rotostants ijuidés par le vieil esprit d opposition religieuse et Dationalc à la France, et dans lequel les voix élo(juentes et palrioti(}ues de Haller de Berne et de Lavater de Zurich les avaient engagés à persévérer. Louis XVI n'eût probablement pas été plus heureux que Louis XV,

i) Des Diusbach, un d'Affry, uu^GrisclUe Forel, un Laoderset, etc.| Ole.

Wt LA IIATIOII SUISSE. 237

si un événement inattendu, le pr.rtnge de la Pologne par les trois cabinets de Berlin, VieoDeeiSaiDt-Pétersbourg, n'eût jeté l'eiorroi an sein des cantons suisses, menacés, disait-on,- d'un sort analogue par certain compromis secret des cours de Vienne et de Versailles. La crainte fit alors ce que Tor et les promesses de Louis XV n'avaient pu accomplir. La diète réunie à Soleure s'empressa de renouveler Funion })eri)éluelle et se soumit avec joie à itiumiKaot cérémonial introduit par Bassomplerre, et qui consistait à se rendre en corps è l'bAtel de Fambassadeur et à lui Taire cortège de son hôtel à l'église, et de là au lieu des délibérations (1777).

La ville de Mulhouse , ancienne alliée des cantons, avait envoyé ses députés à la diète do Soleure et parvint à se faire comprendre nominativement dans le traité. Trois autres États alliés des Suisses, l'évéque-prince du Porrentruy et les villes de Genève el deNeuchàlel sollicitaient la même garantie. Mais la France, qui haïssait Genève, convoitait Neucliàtol et trouvait le prince-évéque trop dépendant de l'empire (rAIleinagne, fit rejeter leur demande. Plus tard ce[)endant, Ncuchàtel et Genève, ce dernier État par l'organe du syndic Pierre Higaud , parvinrent égalenlent à se faire comprendre dans la neutralité helvétique.

Tel était Tétat de la Confédération lorsque éclata en France la grande révolution. ^

XXUI.

Première révolution française. — Progrès de l'espril révolutionnaire en

Suisse. Insurrections dans plusieurs cantons. — Incorporation successive de plusieurs contrées à Ja France. Invasion de ia Suisse.

(De Van 4790 à 4798.)

A révolution française est fille de trois rovolulions mères qui Font précédée en Europe : la révolution anglaise (1688), la révolution américaine (1774) et la révolution genevoise. Mais chez ces trois peuples la révolution s'attaquant à Tordre purement politique, avait respecté les priucipes et

BBTOIBB

les institutions du christianisme. Il n'en fut pas de même en France, où (oui Tordre religieux, politique et social s'écroula à la fois.

Louis XVI, sous le règne duquel s'accomplit jcette grande calastropho, était cependant «on prince bon, sage et honnête, et un sincère ami du bien public et de son peuple. Mais il eut à expier les fautes de ses prédécesseurs le superbe Louis XIV et le dissolu Louis XV, dont les excès avaient mis le beau royaume de France dans un triste état. Le premier avait épuisé le trésor par ses prodigalités et ses guerres, en même temps que son despotisme enlevait à la nation toutes ses libertés publiques jusqu^à Fanciemie représentation nationale des éta^-prooineUnix el des Hois- généraux é» la monarchie. Le second, prince elfêminé et de mœurs Infâmes, avait achevé de ruiner les finances de l'État, exilé le pariemenl, seul contrepoids subsistant de l'autorité royale, el multiplié les lettres de cachet au moyen desquelles un personnage puissant pouvait se débarrasser d'une personne quelconque et la faire enfermer pour des années dans les cachots de la Bastille (M. Louis. XVI eût voulu réformer tous ces abus; et aidé de deux safjes ministres, Turgot et Necker, de Genève, il parvint à en abolir (|uel(îues-uns. Mais les nobles d epée et de robe contrarièrent les vues du monarque au lieu de les seconder, et bien <{uc ces privilégiés possédassent à eux seuls les deux-tiers des terres de toute la France et fussent en possession de presque toutes les dignités civiles, ecclésiastiques et militaires du royaume, on ne put jamais les fiiire consentir à payer leur part de l'impôt qui pesait ainsi de tout son poids sur la bourgeoisie des villes et le pauvriB. peuple desleampagnes. Hors oétat de faire face aux dépenses de TÉtat avec les ressources de ces classes obérées, Louis XVI se vit obligé de convocjuer les états-généraux ou députés de la noblesse, du clergé et du tiers^tal on bourgeoisie, pour tirer le pays du gouffre béant de la banqueroute.

Les états-généraux', assemblés è Versailles le 4 mai 4789, ne se bornèrent pas à voter des subsides. Ils se transfor-

(I) Tel fut le sort d'un Jeune Fribourgeois, veleMle-ehainlHre de Loilfs XV , et qui, pour avoir eu le malheur d'être léiuoin d'une scène étrange et inexplicable . pémit pendant 47 ans dans l'hntnide donjon de la Bastille. Ce Latude fribourgeois était ua Ttiorin, de YiUars-sotts^Uont.

DB LA RATIOll 8UI88B.

mèrent en assemblée nationale constituante, proclamèrent les grands principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de tolérance religieuse; abolirent les privilèges et beaucoup d'abus. Mais irrités par les entraves de tous genres que les courtisans mettaient à des réformes nécessaires , et excités d*un autre côté par des ambitieux, les députés de la nation se divisèrent entre eux , itèrent aux nobles leurs titres et aux prêtres leurs biens, et finirent p^ attaquer la royauté elle-même. L'émigration d'un grand nombre de prêtres et de nobles ne fit qu'envenimer la querelle. La populace de Paris s'en mêla et commit d'horribles videnGes. Une tentative de fuite de la part du roi la rendit plus furieuse encore. Elle se rua à plusieurs reprises contre les Tuileries, et sans la courageuse fidélité de la garde suisse, Louis XVI et toute sa famille eussent été massacrés (10 août 1792). Mais ce prince, toujours bon et faible, ayant ordonné aux Suisses de cesser le feu, la fureur des assaillants se tourna contre ces valeureux guerriers qu'on égorgeti par centaines avec leurs chefs, des Salis, des Reding, des Erlach, des Diesbach, des Heynold, des Maillardoz , des Castella. Quelques officiers, échappés cômme par miracle à la mort, tombèrent sous le fer des assassins dans les horribles journées de sep* * tembre, où 7,000 personnes perdirent la vie.

Le massacre du \ 0 août remplit la Suisse de deuil et de consternation. La diète se réunit à Âarau, et. comme après . la bataille de Biarignan, on ne pariait que de prendre les armes et de venger dans le sang français les atrocités corn* mises contre des frères à Paris. Mais cet élan se calma bientôt en présence des dangers que courait la Confédération elle-même, menacée à la fois par des troubles intérieurs et par l'approche des armées françaises.

Le Bas-Valais avait pris Tinitiative des insurrections. Tra^ vaillé par les agents français, ce pays antipathique à ses maîtres dont il ne partageait ni les mœurs ni la langue, se souleva en 4790. Mais le landsturm du Haut-Valais, armé (le fourches et de fusils, lit tout rentrer dans le calme. Deux tentatives analogues de la part des habitants du Porrentruy contre leur prince-évôque n'eurent pas d'abord une issue plus favorable. Des troupes autrichiennes occupèrent le pays d'Ajoie et prêtèrent main-forle au prélat. Les in-

nSTOlM

surgés furent dispersés et les chefs obligés de chercher asile 5ur le sol français. Mais un traité conclu en 1780 autorisaii la France , en cas (^e guerre avec Tcmpire , à occuper les terres de Févéobé. Les proscrits , à leur tôle le syndic des Etals Uengger, invoquèrent cette danse. Le clttb muse élabii à Paris prit chaudement leur parli. Ce club, coin* posé en partie de fugitifs et de proscrits de divers cantons de la Suisse française (Rey, Gasteiia, Duroveray, Domont, Glavière}, cherchait par tous les moyens à faire pénétrer dans leur patrie les principes de la révolution française. Il réussit à faire décréter lintervention armée. Le général Gustine occupa le pays de Porrentruy. Rengger e« son onde le chanoine Gobel, rentrés au pays en triomphe, plantèrent un arbre de liberté et fondèrent la république rauractenne, qui n'eut (|u'uii mois de durée; car dès le mois de janvier 179.'>, elle fut suspendue et incorporée à la France. L'Erguel aussi, malî?ré son peu d'étendue, songeait à former une républicjuo indépendante. Mais In France s'en empara comme elle avait fait du l^MTenlruy proprement dit, et mil ainsi fin à révéché (ie Bàlo, après quinze siècles d'oxistence.

Le même sort faillit atteindre en la république ge-

nevoise. Retombée dix ans auparavant au pouvoir des Négatifs, cette ville avait vu le sang couler dans ses murs à propos d^une légère hausse dans le prix du pain (4789). Ré- • condliés au son des cloches et pacifiés [)ar rétablissement . d'une constitution démocratique qui abolissait la garnison, rouvrait le pays aux l)annis et conférait des droits plus étendus au conseil général , les Genevois étaient tro[) près de la France pour goûter longtemps les douceurs du repos. En guerre avec tous les souverains de TËurope, la Commiion nationale, qui avait remplacé VAssembUe légitUUive» fit occûper la Savoie par 30,000 hommes. Le général Montesquieu qui les commandait avait ordre de s^emparer de Genève. Mais rattachement des Genevois à Tindépendance nationale el l^rrivée de 4,600 hommes de Zurich et de Berne, sauvèrent la république. Montesquieu, qui avait montré trop de bienveillance aux Genevois, n'échappa (\ue par la fuite au supplice des traîtres que voulait lui faire subir le proscrit genevois Glavière, ministre imposé à Louis XVI par la convention nationale. Ce malheureux monarque voyait s'empi-

DB U NAnON SOISSB,

rer tous les jours sa position et celle de la France. Enfermé au Temple avec sa famille, il n'en sortit que pour monter sur l'échafaud (21 janvier 1793). La loi des suspects entassa plus de H, 000 personnes dans les prisons de Paris seulemenu Des tribunaux révolutionnaire$^ établis dans toutes les villes, condamnèrent à mort non-seulement les royalistes, mais tous ceux qui montraient des sentiments modérés. Ce temps affreux dura quatorze moiS| et a été appelé à juste Utre le régime de la terreur.

Genève aussi connut les douceurs de ce régime. Des dui$ violents, fondés dans cette ville, reproduisirent le langage et les allures des clubs et jusqu'au costume des MarseiikSe et des Montagnards de Paris. Goififês du bonnet rouge, la tenue débraillée, ils chantaient le ça ira, et marchaient demi-nus^ un grand sabre et des pistolets à la ceinture. Limitation ne se borna pas à ces façons singulières et repoussantes ; on guillotinait à Paris, on voulut guillotiner à Genève. Un tribunal révolutionnaire s'installa a rilôtel-de-VilIe et condamna à mort trois citoyens honorables. Toute condanmation politique devant, d'après la loi, être ratifiée par le conseil général, les citoyens furent réunis. Trois mille votants prononcèrent en raajoriLc l'acquittenient des condamnés. Exaspérés de ce résultat inattendu, les Montagnards se jettent sur les prisonniers (un Prévôt, un Gayla entre autres) et les fusillent aux flambeaux. Quatre autres citoyens (un Naville, un Fatio) périrent les jours suivants. Un impôt énorme frappa les riches , dont .le refus imprudent et injuste de payer l'impôt dans un temps de géne avait beaucoup contribué à Pirritation des esprits. Quel que fût Fengouement des Genevois pour les idées et les habitudes de la France révolutionnaire, il niellait pas jusqu'à leur faire désirer Pannexion de leur patrie à la France. L'amour de l'indépendance était gravé dans le cœur de la population g^evoise. Mais deux mauvais citoyens, Glavière et Jacques Grenus, réussirent à foire goûter Fidée de cette annexion au comité de 'Salut public et à la Convention nationale. Le Directoire firançais essaya d'abord de prendre Genève par la famine. Ce moyen n'ayant pas réussi O recourut à la force brutale. Le 15 avril <798, trois corps de troupes françaises entrent par trois portes à la fois dans Genève et s'emparent de rUôtel-de- Ville. Le conseil général,

UISTOia£

convo(jaô il la hAte par le résident français Desportes et entouré de baïonnettes, prononce l'annexion à la majorité des suffrages. Principal acteur dans cet ignoble drame, Desportes ajoute le mensonge à la violence et annonce au Directoire que la réunion de Genève à la France fait le bonheur el comble les vœux de tous les citoyens.

La chute de Genève coïncide avec celle de la Confédération helvéti(|uo dont le Directoire français trancha Texistence cinq fois séculaire, avec la même astuce tyrannique,en mars 1798. Mais pendant les troubles de Genève, d'autres événements avaient eu lieu, dont nous avons encore à tracer Fesquiase, avant de raconter la chute de la vieille Suisse.

Un soulèvement éclata sur les bords du lac de Zurich en 4795. Le gouvernement de ce canton n'avait cependant à se reprocher ni despotisme ni injostice. Depnis que deux citoyens courageux et dévoués au bien public, Gaspard Lavater et Henri FOssIi avaient traduit devant les tribunaux, en 4762, un bailli prévaricateur, Félix*Grebel, et provoqué contre lui un arrêt de bannissement , personne n*avait plus osé marcher sur les traces de cet odieux magistrat. .

Mais un fléau insupportable pour la population qui habitait les rives du lac, c'était la tyrannie des corps de métiers et le monopolo commercial de la capitale. A l'excepticJn des arts de première nécessité, les habitants de la campagne ne pouvaient exercer presque aucune industrie manufacturière ; ils ne pouvaient faire d'autre commerce que celui de leurs denrées. La fabrication des cotonnades était, à la vérité, tolérée dans tout le canton, mais le fabricant de la campagne était obligé de venir acheter le coton brut dans le chef-lieu, et ne pouvait vendre ses tissus que dans le chef-lieu. Les toiles môme qu'il fabriquait pour l'usage de sa famille devaient être d'abord vendues à un bourgeois de Zurich, de qui il les rachetait ensuite blanchies et imprimées. L'habitant de la campagne était exclu de tous les emplois civils et ecclésiastiques réservés aux seuls fils des citadins.

Le triomphe de l'égalité en France et le succès d'une révolution qui avait aboli les privilèges de lieu et de naissance, firent une profonde impression sur les habitants des bords du lac de Zurich. Ceux de SUIfa surtout se distinguaient par leur exaltation ets*exprimaient avec véhémence dans le cercle de leo-

ht LA NATION 5CISSB,

iure qu^ils avaient formé dans leur village. Tls rédigèrent un mémoire contenant les griefs des campagnards et le colportèrent dans toutes les communes dans le but d'y recueillir des signatares.MaisoD ne pouvait faire droit aux vœux exprimés dans ce mémoire sans renverser de9 institutions établies depuis des siècles, et sans bouleverser un ordre de choses qui remontait au temps où Zurich était une ville impériale et que les chefs de rÉtat avaient juré de maintenir. Depuis le temps de Waldmann, d'ailleurs, les bourgeois de Zurich#vaient pour maxime que leur ville devait être le siège exclusif de Tindustrie et du comment. Le gouvernement nommé par eux partageait en majorité leurs vues étroites ; il décida de ne faire aucune concession et d'agir avec sévérité contre les chefe du mouvement dont un grand nombre furent punis de Pexil , de Famende et de la prison (13 janvier 1795).

Cette sévérité né termina rien et ne fit qu'accroître le mécontentement. Au mois de mai suivant, la commune de Stiifa réclama la communication de chartes qui devaient se trouver aux archives communales. L'opposition du. bailli et du greffier du bailliage n'empôcha pas les recherches. Les paysans trouvèrent dans un moulin du village l'original de la convention conclue entre la ville et la campagne en 1489, le jour môme de l'exécution du bourgmestre Waldmann. Cette convention, garantie par les cantons médiateurs, assurait aux campagnes la liberté d'industrie et de commerce. Ils trouvèrent en outre des lettres patentes délivrées en 1532, après la désastreuse guerre de Cappel, aux habitants des campagnes par le bourgmestre et les deux conseils de Zurich, par lesquelles non-seulement on leur confirmait toutes les anciennes franchises, mais encore on les déclarait admissibles 4 toutes les charges de l'État.

Munies de ces pièces, les communes de Stafa, de Horgen et d^autres encore députèrent auprès des magistrats pour leur demander dans les termes les plus respectueux si ces actes avaient été annulés par des ordonnances postérieures, 00 ^ils conservaient encore force de loi?

Âo lieu de répondre, le gouvernement trouva plus aisé de traiter les réclamations des campagnards de menées séditieuses et de citer à sa barre les chefe des communes. Ceux* ci refusèrent de comparaître , déclarant que leur cause était celle des communes.

■isTonn

Cette résistance blessa aa TÎf Porgueil des Zaricoîs. Le 5 juillet, pendant qae tonte la commune de Stâfa assistait tranquillement au service divin, des troupes zuricoises pénétrèrent dans le village, désarmèrent les habitanls et les contraignirent à prêter serment de fidélité au gouvernement. Une proclamation fît connaître au peuple « que le compromis de Waldmann, octroyé dans un moment de troable et pour prévenir de plus grands maux, avait été annulé; que lacté de Cappel avait cessé d*fexister avec^les circonstances exceptionnelles qui l'avaient fait naître; que depuis trois siècles qu'il en était ainsi, aucune réclamation n'était parvenue au gouvernement. » Les communes zuricoises eurent beau invoquer Tappu! des sept cantons garants du compromis de Waldmann. Un seul État, celui de Glaris, intervint en leur faveur et exhorta le gouvernement de Zurich à mettre plus de douceur et de justice dans sa conduite. Sans tenir compte de cet avis, les gouvernants zuricois frappèrent de peines rigoureuses les préposés des communes qui avaient réclamé, et chargèrent les communes elles-mômes de contributions extraordinaires. Stfifa , considéré comme le berceau et le principal siège de la révolte, fut taxé à 78,000 florins. Un des magistrats de la commune, le vieux ei respectable trésorier Bodmer, dont le crime était d*avoir donné Pidée de compulser les archives, n*échappa an supplice que par Tinterventiontlu généreux La-' vater. Il fut conduit sons le gibet oùi le bourreau brandit son glaive sur sa téte blanchie, comme pour marquer qu'A avait mérité la mort , puis reconduit dans son cadbot oii une sentence barbare le condamnait à finir ses jours.

Le peuple de la campagne saint-galloise était plus à plaindre encore que celui du canton de Zurich. La servitude de la glèbe s'était conservée dans plusieurs localités. Les autres étaient soumises à des impôts et à des contributions de tous genres qui servaient en partie à entretenir le luxe , la large hospitalité et les d^^enses excessives de la cour abbatiale, en partie à augmenter les biens-fonds du monastère, déjà très- • considérables et dont les terres étaient franches d'impôts comme celle du clergé etdela noblesse de France avant la révolution. Cet état de choses devint insupportable aux communes. Les plus hardies, au nombre de cinq, s'abouchèrent | à Gossau, bourg florissant à deux lieues de Saint-Gali, où

DË U SrATtON 8t*lSSt.

Ton rédigea un mémoire que douze délégués, le boucher KUnzIi en tète, se obargèreut de présenter au prince*abbé (1794).

Prince bon et éclairé, Béda Anghern, qui occupait alors le siège abbatial, promit le redressement des griefs populaires. Mais ses moines, repoussant toute idée de conoessiçn, voulaient qu'on employât les moyens de rigueur et qu'on fît rentrer les sujets dans Tobéissance, comme l'avait fait le gouvernement de Zurich. Sourd aux conseils et aux injures de ses confrères qui taxaient sa bonté de faiblesse et de trahison, Béda accorda au peuple les droits importants de choisir ses aulorilés civiles et militaires , abolit la servitude de la glèbe, soumit les ecclésiastiques et les employés aux charges publiques et interdit à l'abbaye l'acquisition ele nouveaux immeubles (novembre 1795). Ces concessions répandirent l'allégresse dans tout le pays. Les moines seuls s'en irritèrent et causèrent tant de chagrin au bon Béda, qu'il en mourut le 4 9 mai 1796. Mais son successeur, le vif et entreprenant Forster de Wyl, tenta en vain d'annuler ce qu'avait lait Béda Anghern. Il ne trouva d'appui ni auprès des quatre cantons protecteurs de l'abbaye, ni auprès de Tcmpereur d'Allemagne, auquel il en appela comme à l'ancien suzerain de l'abbaye, et se vit obligé de tolérer les réformes consenties par le généreux Béda. Le boucher KUnzli , homme de tôte et doué d'une certaine éloquence, fut appelé à présider le nouveau £amfrar^» dont les membres, convaincus de la nécessité d'un peu de décorum, adoptèrent Thabit noir des ofiiciers du princes.

L'esprit d'indépendance gagna aussi les si^^ts grisons de ia Valteline. Napoléon Bonaparte, alors au début de ses brillantes conquêtes, et placé à la tête de l'armée française d'Italie par le Directoire, venait de détruire la puissance des Âutrichlens dans la Péninsule et fondait la république cisalpine, dont Milan fut déclarée la capitale. Les trois provinces de la Valteline, Chiavenna, Bormio et Sondrio, toujours pressurées par les employés grisons, demandèrent leur annexion à cette république. Les Grisons, de leur coté, protestèrent contre ranaexion et invoquèrent la médiation du général Bonaparte. Le jeune conquérant, usant d'une bonne foi dont il ne donna pas toujours l'exemple plus tard, écrivit aux Grisons :

HISTOIIIB

« Gardez la Yalteline, mais faites-en an État libre; que les trois provinces deviennent la ciuatrième Ligue de votre réimblique (4797). » Mais les aneiens mattres de la Yalleline ne poavaient se foire à Tidée de traiter en égaax lears ci-devaot sujets. Ils perdirent en vaines discassions on temps précieux, et Napoléon n^ayant pas reçu de réponse au jour fixé (le octobre), incorpora, par une simple proclamation, la Valtelîne à la république cisalpine (%% octobre). Dépouillés ainsi d'une partie de leur territoire, les Grisons se virent encore enlever toutes les propriétés qu*ils avaient dans les trois provinces et dont la valeur se montait h 8 millions de livres. La colère du peuple grison, impuissante contre ses oppresseurs, se tourna contre les magistrats qui étaient à la tête des atîaires. La famille de Salis fut exclue tout-à-fait des emplois et remplacée par celle des Tscharner, plus populaire dans ce moment.

Pendant que la Yalleline échappait aux Grisons, le Paysde-Vaud, coiTiplèlement réveillé de la léthargie où Tavait trouvé la tentative de Davel, en 17^23, se préparait à secouer le joug de Berne. Quelle cpie fût la triste situation de cette belle contrée, exploitée par les Bernois qui en tiraient annuellement près de deux millions de revenus, et où, arts, commerce et manufactures languissaient, faute de vie et d'encouragement, une grande partie de la population était encore très-dévouée à son souverain, et il eût été facile à une administration généreuse et prévoyante de se rattacher complètement. Mais, au lieu d'aller le joug à mesure que les circonstanoeë devenaient plus difficiles, Berne sembla prendre à tâ(^e de Talourdir davantage. « Les Bernois, dit un historien vaudois, voulurent avoir des sujets , non des citoyens ; ils firent des révoltés. » [*)

Un homme marque surtout dans la révolution vaudoise; c*est le colonel de Laharpe. Doué de beaucoup de talent ec de

connaissances, âme de feu, caractère inébranlable, César de

Laharpe, né à Rolle en 1758, avait débuté comme avocat et brillé par ses plaidoiries devant les tribunaux vaudois et le tribunal suprême a Berne. Mais froissé dans son amour-propre d'homme et de citoyen par la position humiliante que le patri*

(1) MoQuard. XV, p. 534.

DS LA NATION StISSB. 247

cial bernois faisait à tous ceuic qui n'étaient pas membres de la caste privilégiée, Laharpe se décida à quitter la Suisse et accepta les fonctions 4'iûstitQteur du grand-duc héritier de Russie, Alexandre et de son frère Constantin. Républicain à la cour de Saint-Pétersbourg comme il Pavait été à Lausanne et à Berne, Laharpe inspira à Tainé de ses élèves des sentiments de libéralisme auxquels ce noble prince demeura fidèle pendant tout le cours de son règne. L'éloignement ne fit pas perdre de vue à Laharpe le Pays-de-Vaud ni ses griefe contre les Bernois. De nombreux écrits composés par lui et répandus par ses amis instruisirent le peuple de ses qnciens droits et de la manière dont Berne avait anéanti les États de Vaud après la conciuéte. Ces écrits en firent naître d'autres. Excites déjà par les scènes de la révolution française, les esprits s'échautrèrent de plus en plus. Des manifestations populaires eurent lieu à Vevey, Oiicliy, Kolle où l'anniversaire de la prise de la Bastille fut ceiehré par le déploiement du drapeau tricolore, du bonnet rouge et de nombreuxloastsà laf/rarî(/«fia^/ori.i]ernevitdansces fêtes un commencement de rébellion qu'il fallait comprimer par la terreur. Le Pays-de-Vaud fut occupé militairement; une haute commission instituée pour juger les chefs du mouvement, dont quelques-uns furent proscrits , d autres jetés dans les prisons de Ôbillon et d'Aarbourg. Parmi les proscrits Gguraient César de Laharpe et son cousin Âmédée, seigneur des Uttins, dont la guerre d'Italie illustra le nom comme celui d^un des plus braves généraux de la république française (1792). Berne ne s'en tint pas la et fut assez impoiitique pour humilier les députés des villes vaudoises qui, réunis sur le champ de Belair près de Lausanne, au nombre de vingt-sept, durent entendre, tète nue -et au milieu d\in carré formé par la troupe, les plus dures remon^ançes de la bouche des commissaires. Aussi les espérances des Vaudois se tournèrent de plus en plus versTétranger, et quand, peu d'années après, le général Bonaparte traversa rapidement la Suisse pour se rendre au congrès de Rastadt (novembre 1 797), la présence du vainqueur de ritalie et du libérateur de la Valleline fut accueillie par des ovations magnifiques et les cris de joie des populations vaudoises. Partout on avait érigé des arcs de verdure avec ces paroles, chères aux Vaudois que Bonaparte avait prononcées

tttSlOtRS

lui-même en réunissant les Valtelinsà la republique cisalpine : et Un peuple ne peut être sujet d'un autre peuple sans violer les principes du droit public et naturel. » A Bâle, où les idées de liberté et d'égalité coniinençaientà avoir beaucoup de partisans, Bonaparte s'entretint longuement avec le grand tribun Pierre Ochs, savant publiciste et historien de sa ville natale , naais homme vain et ambitieux que le général berça de Tespoîr de réunir le Frickthal au territoire bàlois. Mandé à Paris pour y négocier celte affaire, Ochs, tout-à-fait gagné aux idées françaises e( d^accord avec Laharpe, Gasiella de Fribourg et les autres eziléSfpressa le Directoire d'occuper la Suisse et d'y établir lar^pifbUque unitaire sur le modèle de la république française. Deux mois avant l'arrivée d'Ochs à Paris , un coup d'État venait justement d'expulser du Directoire deux grands amis et protecteurs de l'indépendance helvétique, le noble Carnot et le sage et prudent Barthélémy, ambassadeur en Suisse pendant les premières années de la révolution. Le directeur Reubell, qui leur succédait dans la direction des affaires étrangères, était plein de ressentiment contre Berne oîi il avait autrefois perdu une cause comme avocat du barreau deColnijar. C'était d'ailleurs un homme avide, le trésor mystérieux de cette republique tentait sa convoitise. Le Directoire, craignant que l'invasion subite de la Suisse ne rencontrât une trop forte résistance, commença par Jeter sur ce pays divisé par les factions un réseau d'intrigues et de perfidies. Des; agents firançais, en grand nombre, parcoururent ses vallées, semant l'or, les belles promesses, et faisant la plus brillante peinture du bonheur dont jouissait la grande natûm à l'abri de ses nouvelles et libres institutions. En ce moment encore, si les gouvernements eussent su le vouloir, la Svdase ràt pu être préservée de l'invasion. « Si Berne, dit un des prindpaux historiens de notre. patrie; si 3eme avait été asses magnanime pour émanciper le Pays-de-Vaud, et Zurich assez sage pour accorder à temps une amnistie et consentir à une constitution libérale ; si l'on avait écouté les vœux légitimes des bailliages communs et recherché leur ai^on ; en un mot, si les chefs du pays s'étaient inspirés d'une foi généreuse dans leurs peuples, au lieu de recourir aux artifices d'une diplomatie méticuleuse, ils auraient commandé le respect au

héros du siècle et sauvé la Confédéralion dans son existence, consacrée par cinq siècles. » (^)

Il y avait au sein des gouvernements un parti modéré qai comprenait la situation et eût fait volontiers les concessions nécessaires pour éviter les malheurs d'une invasion étrangère. Ce parti était représenté à Zurich par Conrad Escher, si justement célèbre depuis lors, sous le nom d'Ëscher de la Lintb. A Berne, il avait pour chef le trésorier Frisching^, magistrat recommandable par Pintelligence, Pélévation des sentiments et une rare éloquence. Mais il avait pour adversaire un homme non moins éminent que lui par les talents et le caractère, et qui unissait à ces qualités un amour des anciennes mœurs, une force d'àme que les infirmités de l'âge, ni les revers ne pouvaient abattre. L'avoyer Steiger (c'est le nom de ce ,qrand homme) semblait destiné, par son héroïsme, à être le Philopémen de la vieille Suisse, dont César de Laharpe aspirait à être le régénérateur (^). Dès le début de la • révolution , il avait cherché en vain à former contre elle une coalition puissante avec la Sardaigne et l'Angleterre. Il ne réussit p9S davantage à se taire donner à Berne les pleins pouvoirs qu'il demandait pour combattre avec succès les progrès de la révolution. Dictateur, Steiger eût peut-être sauvé l'a- ^ ristocratie et l'indépendance nationale. Investi de la mèmeautorilé, Frisching fût parvenu probablement à trouver un passage à la démocratie, sans secousse et sans intervention d'une puissance étrangère* Mais aux prises l'un avec Tautre dans le grand-conseil de Berne, le parti de la paix et celui de la guerre se paralysèrent mutuellemenl el ôtîàrent tout ensemble et toute énergie aux conseils de la répoblicfUe. ' Les gouvernements crurent conjurer Forage qui menaçait la patrie en convoquant une £ète générale à Aarau. La f haute assemblée siégea du 37 décembre 4797 au 4* février suivant. Mais circonvenus par les mielleuses paroles du ministre de France, le perfide Mengaud, les députés ne prirent

(4 ) Le vénérable Hottioger, de Zinidi. Omn mt Aiflotm ito la eftufe dê ta Confédération. P. 340.

(2) Steiger, né à Beme en 1729, avait Ûguré dans les diètes et comme médiateur dans les Uoubles de Genève (1784 et 83). Avoyer en 4787, U brUiait par lea vertua de rhommé privé et du magistrat, plein d'égarda et aoceaaible ft cbacuD , malgré wou attacliement aux privilégea ariatoergp* tioiea.

HtSTOIRB

aucune mesure efficace pour la défense du pays et se bof-» nèreni à renouveler «in oc ponipc l'antique serment de vivre et de mourir pour la liberté belvélique. Pendant que la diète délibérait , la révolution faisait des progrès extraordinaires dans les cantons de BAIe, de Scbaffhouse, du Valais et de Berne , dans les pays sujets de Vaud , d^Ârgovie, de Thurgovie où les agents de Mengaud soulevaient le peuple et la milice contre les gouvernants. Les paysans de la petite ville de Liestal, surnommée la «patriote» par Bonaparte, plantaient, le 47 janvier, le premier aii>re de liberté qui eut paru sur le sol de la Suisse allemande. La ville de Bâie où, sur la proposition d'Ochs , Végalité des droits avait été proclamée, le 20, suivait cet exemple et élevait deux jours après sur la terrasse de la cathédrale un arbre de Iîl)erté inauguré par un sermon an.ilogue à la circonstance. Le gouvernement I aristocratitiue abdicjuait à liàle, a Lucerne et à Soleure. Celui ! de Zurich décrétait une tfmnistie tardive sur la proposition I d'Escher et ouvrait les F^f^t's de leur prison au vieux Bodmer ! et aux autres prisonnici^^ Stiifa. Suivant de l'œil tous ces : mouvements, le général français Ménard, à la tête de 12,000 j hommes, longeait la rive méridionale du Léman, n'attendant qu'un prétexte pour passer le lac et déployer le drapeau *tricolore dans cette province de Berne. Le gou^^PHineDt croyait cependant avoir pris ses précautions pour mettre le Pays-de-Vaud à l'abri d'unxïoup de main. Il avait réuni les^ 1 milices de la contrée et, sur trente Jbataillons dont elles sef! composaient, vingt-quatre avaient répondu à Tappel et prétéi , serment de Bdélilé au souverain. Mais au lieu de leur don^i ner un général capaUe et résolu, en état de tirer parti dai ses bonnes dispositions, le parti de la paix avait fait nommerf^ è ce commandement important un ami des Français et : Robespierre, le colonel Weiss , qui s'amusait à Énrire aSs ) brochures et des ^*oclamations pendant que Feiméttfaiiiilt:^ aux firontières. Aussi^ sans s'embarrasser de sa présence, lèi^ ^ I principaux patriotes du Pays-de-Vaud se réunissent à Laii4^ sanne , proclament avec transport la République lémanniqle, fl dont César do Laharpe leur avait envoyé le modèle de Paris, ^ arborent la cocarde verte et se constituent en assemblée représentative (24 janvier 1798]. D'intelligence avec les représentants , le générai Meuard envoie le lendemain un parle-

DE LA MATIOM SL'iSSB. 25 1

mentaire, escorté de deux hussards, signifier au colonel Weiss qu'il ait à quitter immédiatement Je ternloire vaudois, que sinon, il a l*ordre de Toccuper avec son armée. Arrivés près du village de Thierrens, à 1 0 heures du soir, le parlementaire et ses hussards tombent dans une patrouille vaur doise et veulent forcer le passage à grands coups de sabre. La patrouille fait feu, tue Pun des hussards et blessQ mortellement Fautre, Le général français feint de voir dans cet accident imprévu un atterUai adieux des tyrans de Berne contre la grande nation , pénètre dans le Pays-de- Vaud avec ses troupes, le 28 janvier, et force à la retraite les troupes bernoises. Quatre mille Vaudois, pleins dontliousiasïne pour l'émancipation de leur patrie, prennent rang dans l'aruiée française, pendant que raille de leurs compatriotes, animés de sentiments contraires, couraient se ranger sous les drapeaux bernois et formaient la légion fidèle aux ordres du. colonel Rovéréaz, de Vevey.

L'intention secrète de la France^ en occupant le Pays-de- Vaud, n'était pas seulement de libérer ce coin de pays, mais de renverser la fédération helvéti(iue et d'y substituer la Constitution unitaire^ rédigée par Ochs à Paris. Berne, coraprenaïki^ danger que couraient la république çt la Coafédérati^im^ entière, avait senti enfin la nécessité de s'appuyer sur son peuple et venait d'ouvrir à ses représentants l'accès an grand-conseil et à tous les emplois de l'État. Ces concessions, faites de bonne foi, eussent rallié tous les partis. Mais accordées avec mauvaise grâce par les uns qui les trouvaient excessives, elles parurent à d*autres tout-à-fait insuffisantes. La discorde soigneusement entretenue par les émissaires de la France qui se làufilaient partout, ^lait livrer sans combat Berne et la Suisse à leurs ennemis, lorsque la voix insoléhte du général français Brune, qui avait remplacé Ménard, vint réveiller Pesprit national , assoupi paMes dissensions et une servitude de (rois siècles. Brune exigeait l'abdication pure et simple du gouvernement de Berne et la nomination d'une commission provisoire dont seraient exclus tous les anciens gouvernants. La haine de Tétrangcr viv.iit au fond de Tàme de ce pçuple bernois si (legmaticiue à la fois et si fier. Un enthousiasme extraordinaire s'empare de toutes les classes. Bientôt Berne voit sous ses drapeaux vingt-

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tiisTOIEE

cinq mille hommes , dont un grand nombre de volontaires. Le général Charles-Louis d'Erlach fut désigné pour les commander. C'était un choix excellent à bien des égards. Charles- Louis d'Erlach, âgé alors de cinquante-deux ans^ était un officier d^une taille imposante, d'une grande bravoure et dont le patriotisme le rendait digne de porter le nom des héros du Donnerbuhl et de Laupen. Il partagea son armée en trois divisions, de six à sept mille hommes chacune, et qui occupaient toute la ligne de Morat à Soleure. Il fixa son quartiergénéral à Aarberg, au centre des trois divisions. Toutes les forces de Brune, en ce moment, ne se composaient que de 16,000 hommes. « Si l'armée bernoise eût attaqué sur le champ les Français , il est probable qu'elle les eût accablés, dit le général Jomini, dans son histoire militaire de Tépoque. Une première victoire eût rallié au gouvernement tous les esprits flottants, et entraîné la majorité des cantons qui, dans IHmpossibilité de reculer, eussent fait de plus grands efforts pour conserver l'indépendance. » Mais, au lieu d'agir, le parti de la paix, dominant dans les conseils bernois, se mit à négocier et donna ainsi à Brune le temps de faire arriver le général Schauenbourg des bords du Rhin, avec une seconde armée de 16,000 hommes. Impatient de ces lenteurs qui perdaient le pays et démoralisaient l'armée, le général d'Erlach se présente au grand-conseil de Berne avec soixante et douze officiers, comme lui membres de cette assemblée, et expose la triste situation où les tergiversations du gouver nement mettent la patrie ; il termine en demandant ou sa démission et le licenciement des troupes, ou les pleins-pouvoirs nécessaires pour battre l'ennemi. Les nobles paroles du général, l'accent de vérité qui les accompagne et le patriotisme qu'elles respirent, passent dans l'àme de tous ceux qui l'écoutent. Patriciens et députés de la campagne, tous d'une voix unanime votent les pleins-pouvoirs. « Ce moment, dit le colonel Rovéréa, témoin et acteur de cette scène, fut digne du nom suisse et du sénat romain. » Mais à peine d'Erlach et ses compagnons ontrils quitté l'Hôtel-de- Ville, pour rentrer dans leurs cantonnements, qu'un message de Brune faik changer d'avis au grand-conseil; H décide de renouer les négociations et d'accorder un nouvel armistice, qui devait expirer le premier mars à 10 heures du soir. Mais avant

M iiA irAtioîr «DltôË. ~ Î&S

FexpiraUon de ce terme, te général Schaoenbourg^ qd étail arrivé des bords da Rhin à llranne avec ses 4 6,000 homme^i surprend les avant-postes solenrols, rousse un corps bernois à Langaaa et se fait ouvrir les portes de Soteure par ies parents qui! avait dans cette viUe, au moment même où frinsieurs milliers de Bernois se rai^^ient en bataille devant ses murs pour la défendre (2 mars). Le même jour, Fribourg capitulait entre les mains du général Pigeon. Le gouvernement de ce canton , recueillant les fruits de ses rigueurs en * 4782, avait vu une partie de son peuple roman et de la bourgeoisie se tourner contre lui et fraterniser avec les Vaudois et les Français. Les paysans allemands, seuls demeurés fidèles, formaient avec 1,000 Bernois et 400 Gouggisberger, la garnison de Fribourg. La capitulation rendit ces soldats furieux ; ils enfoncèrent les portes de l'arsenal, s^emparèrent des canons qui s'y trouvaient et tirèrent plusieurs coups de feu sur leurs officiers dont aucon cependant ne fut tué ni grièvement blessé.

MaKte de Fribourg, Brune dirige son armée sur Berne et fait attaquer sur trois points à la fois, Guminen, Laupen et la Singine. Une division de 7j000 hommes, aux ordres des colonels Graflënried et Wattenwyl , défendait cette ligne située è trois lieues au midi de la capitale. Dignes de leurs ancêtres, les miliciens bernois luttent avec un courage héroïque contre une armée aguerrie et supérieure en nombre de moitié. Le combat engagé dans la nuit du 4, se renouvelle dans la matinée du 5. Des femmes armées de faux, des vieillards, des enfants s'étaient joints à la troupe. On se battit corps à corps, à la baïonnette, à coups de crosse. Vaincus par les miliciens et le landsturm bernois , les vainqueurs d'Ilalie durent repasser la Singine, laissant dix-huit canons et deux mille hommes sur le champ de bataille. Quatre cents blessés furent ramenés è Fribourg dans des chars. Exaltée par la victoire , la division Graflenried se disposait à poursuivre ses avantages du côté de Fribourg , lorsqu'arrive au camp la fatale nouvelle de la défaite du Grauholz et de la ^pitulatioD de Berne.

Le général d'Ëriach , qui commandait au 6rauholi| avait été attaqué le même jour , à dnq heures du matin , par Schauenbourg et ses 46,000 guerriers de l'armée du Rhin."

HISTOIRB

Ken qa'il n'eut n leur opposer que 6,000 hommes, ei q\ïi\ n'eut ni cavalerie ni artillerie volante, le valeureux général * soatini pendant deiiAeures et demie le terrible choc de Tarmée française. Forcé ensuite à la retraite, quatre fois et en quatre endroits diflR§rents il avait recommencé le combat, encouragé par la présence du vieil avoyer Steiger. N'ayant pu sauver la république, ce magnanime cbef voulait au moins périr avec elle et contemplait la bateille, assis sur un vieux chêne, iiu bord d'une forêt. Des femme», des enfants et des vieillards combattaient aussi, comme à la Singine, dans les rangs de Tarmée bernoise. Au combat de Fraubrunnen, cent (juatre-vingt femines tonihcivnt la faux: à lu main. L'une (Telles, une héroïne, avait a ses côtés ses deux filles et trois petites liiles. Beaucoup de canonniersse firent Iiàcher sur leurs pièces. « C'est nue chose étonnante, écrivait Schauenbourg au Directoire, (pje des gens (|ui n'ont pas fait la guerre depuis deux cents ans , aient pu livrer ainsi cinq combats consécutifs. A peine etaient-ils repoussés d'un poste qu'ils se ralliaient aussitôt sur un nuire. » <( Ces braves gens, liton dans le i\foniUu)\ le journal olliciel du Directoire français ; ces braves gens dispersés et sans autres armes (|ue des faux et des bâtons, venaient se placer à la bouche des canons et se faisaient écraser par ta mitraille. Lors même que par humanité, les soldats français voulaient les épargner et leur criaient de se rendre, ils se jetaieut sur les canons pour empêcher qu^oD les avançât sur leur patrie. » « D'Erlach et Steiger quittèrent des derniers le champ de bataille, entraînés par la déroute générale et faillirent tomber plusieurs fois entre les mains de l'ennemi (^). Ils n'avaient perdu ni Tun ni Tautre le désir et Tespoir de résister à rtsr nemi, et s'étalent dirigés vers TOberland, comptant organiser dans ce pays alpestre et adossé aux petits cantons un nouveau foyer de résistance. Mais les tergiversations du gouvernement de Berne et la capitulation honteuse qui Pavait suivie, (Buvre du parti de la paix, avaient porté au comble l'irrita- Uon du peuple et des troupes. Des bruits de trahison habilement exploités par les émissaires et les partisans de la

(I) « Nous avons tu un vieillard suisse, ont raconté depuis des hussards

français, assis sur le bord de la forêt ; son costume était militaire, mais sou air véiiôrai>le nous a euipôcliés de le saisir. » Rovêrôa.

DB LA f(ATIO:<C SUISSE. 255

France avaient -déjà occasioiiné d'affreux désordres dans le camp de la Siogine , où quatre officiers supérieurs avaient été horriblement massacrés ( D*£riach aussi, le noble d'£r^ lach, devait périr victime des égarements populaires, et fut

assassiné par des soldats et des femmes à trois lieues de Berne dans le village de Wichtrach. Escorté et soiUcim sur les bras des deu\ sous-oirieiers Dîibi et Dinkel, dont le nom mérite d'être associé au sien , le vénérable Steigcr faillit subir le même sort à Miiiisini^en, etiV;u riva dans rUnderwald qu'après a soir couru les plus grands dangers. I.a mort d'Erlach et les dispositions hostiles du peuple tle TOberland ne laissaient plus aucun espoir de résistance et de salut. Steiger dit adieu à sa patrie et se retira à Constance, Tancieune alliée des Suisses.

Le 5 mars, à une heure, l'armée française fit son entrée dans les rues désertes de Berne, avec un ordre et un silence qui étaient comme un dernier hommage rendu à la grandeur de fieme et à Théroïsme de ses défenseurs. Le même jour, un arbre de liberté fut planté par ordre du général Brune, aux sons de la musique militaire. Le trésorier Frisching, l'ancien chef du parti modéré, devenu président du gouvernement provisoire, présidait à cette cérémonie. « Voila, dit-il pour toute harangue au général français; voilà votre arbre de liberté ; puisse-t-il porter d'heureux fruits 1 »

Les Bernois seuls avaient combattu avec héroïsme pour l'indépendance nationale. La plupart des autres cantons, séduits par les belles paroles des Français , qui apportaient aux peuples, disaient-ils, la Uberté, VégalUé et la fraiemité^ ne prirent aucune part è la lutte. Zurich , Lucerne et les Waidstœtten parurent vouloir faire exception et envoyèrent des troupes à leurs confédérés, Zurich J,500 hommes, Lucerne et les W aldstaîtten 2,000. Mais ces singuliers auxiliaires avaient ordre ou de se borner à la défensive, ou de se rapprocher de leur canton, au cas qu'une lutte sérieuse s'engageât entre les Bernois et les Français. Les troupes de Schwytz, d'Uri et de Glaris abandonnèrent même l'armée bernoise au nioiuent du combat, tout en protestant de leur dévouement et de leur lidéliié aux alliances. Les petits cantons se berçaient

(t) SlctUer^ Ryhioer, Goumoôos et Crousai.

de l'espoir que leur pauvreté, leurs montagnes et la forme démocratique de leur gouvernement les préserveraient de la destruction qui menaçait leurs voisins et confédérés. Ils ne devaient pas tarder à se repentir de leur égoïsme cantonal et à payer bien cher l'abandon de la maxime qui avait fait la force et la gloire de leurs ancêtres, à Morgarten, à Laupen, à Morat : tous pour un, un pour tous. Un nœud sacré unit les Etats libres ; il suffit de la chute d'un seul pour ébranler tous les autres (*).

Temps de la République helvélique. — OecupatioD française. — Guerre désastreuse des petits cantons. — La Suisse, théâtre de la guerre étrangère et ilo la guerre civile. — Lutte des partis au sein du gouverncmeol helvétique. — Intervention de Napoléon.

(DtVan 4798 à 180S.)

Bs Français s'étaient annoncés comme les libérateurs du peuple suisse, comme les soldats de la liberté et les protecteurs des chaumières. Une fois maîtres de rHelvétie,iis se souillèrent par le meurtre, le pillage, le viol et l'incendie, et firent peser sur elle un joug plus odieux et plus humiliant que ne l'avait été celui de Gessler et des autres baillis autrichiens au quatorzième siècle. Le Pays-de-Vaud lui-même, où l'arrivée des Français avait été saluée par des transports d'allégresse, ne fut pas à l'abri de leurs exactions, et dut payer une somme de 700,000 livres, prix de son émancipation, déguisé sous le nom d'un emprunt forcé. Dans les cantons de Fribourg, Soleure, Berne, Lucerne, le pillage commença par les caisses publiques et les arsenaux. De Berne seulement, 300 pièces d'artillerie et 60,000 fusils furent transportés à Toulon pour servir à l'expédition d'Égypte ; puis on frappa les gouvernants etleurs familles d'une

(4) Nos principales sources pour cette époque si Importante de l'histoire helvétique sont le 47e volume de M. Monnard ; la révolution helvétique de Zschokke, dont l'écrivain français, Raoul Rochette, a fait grand usage pour son histoire des mêmes événements ; les belles leçons de Hottinger; l'histoire de Berne de l'impartial M. de Tillier, et les mémoires du colonel (l« Rovéréa, homme de parti, mais plelo de cœur et de noblesse.

DB LA NATtOlf 6lfl8SS. 157

conlribution de qoinse miitions. Le clergé d'£iosiedlen et du canton de Lucarne eut à payer en sus pour sa part un million. Le trésor de Berne surtout allumait la cupidité des généraux français; dans leur impatience d'en jouir, ils n'attendirent pas les clés, et en firent sauter les portes à coups de hache. Ajoutant l'insulte aux extorsioos, et sans respect pour rhérottme malheureux, Tun d'eux s'avisa d'envoyer à Paris, . avec les drapeaux bernois, au nombre de dix-neuf, les deux ours du fossé, ornés des noms vénérés de Steiger et d'Erlach.

Les excès commis par les Français après la prise de Berne révoltèrent les plus chauds promoteurs de la révolution helvétique. César de Laharpe, dont Tesprit de parti n'^^ait point altéré les sentiments d'humanité ni le patriotisnie, écrivit en termes indignés au gouverneiucnt français et terminait sa lettre par ces paroles menaçantes : « Si vous n'adoptez pas d'autres mesures, comptez sur une Vendée qui dévorera votre population et nos ressources en dévorant nos propres forces. »

Mais les piilai^es oliiciels et autres ne finirent point. Un beau-frère du directeur français Keubell, le fameux Rapinat, commissaire de la république française prèsl'ar/nee d'Helvétie^ était l'ordonnateur en chef de la spoliation. II fut dignement secondé par ses agents Roubière, Forfait, Grugeon, dont les noms aussi expre^ife que celui de leur maitre, n'eurent pas le privilège d'inspirer comme le sien la verve satirique de la nation spoliée l

La Suisse qu'on pille ot qu'on ruioe Voudrait bien quo l'on décidât.

Si Rapinat vient de rapine, Oo rapine de Rapinat (4).

La Suisse reçut de la France la constitution unitaire avec le nom de république helvétique une et indivisible. Dans cette organisation, imitée de celle de la grande nation, les cantons souverains disparaissaient et devenaient de simples départements ou préfectures. L'Helvétie avait un gouvernement . central, composé d'un sénat , d'un grand-conseil et d'un directoire. Les sénateurs et les représentants, les premiers au nombre de quatre et les derniers au nombre de huit, par canton étaient chargés de la confection des lois ; le directoire, formé de dnq membres, en procurait l'exécution avec

(1) Ces vers aoni du pasteur Bridel, l'auteur du Comwvattur «umic.

BISTOIRB

Paide de six ministres préposés aux principales branches de radministralioD , rinlérieur, la justice et police, les ariâ et sciences, ta guerre , les finances, les afTaires étrangères. Un préfet national, aidé d'une chambre administrative, gouvernait chaque canton. Aux treize Étals indépendants, aux pays alliés et sujets de la vieille Confédération, la constitution unitaire substituait dix-neuf cantons égaux en droits et soumis à un ré^me intérieur uniforme. Parmi les nouveaux cantons figuraient l^ai^^et les bailliages libres; VArgamêf Vaud et ïOb&'landt détachés de Berne ; Lugano , BdUnzana et le Valais, Glaris, réuni à une partie de la principauté de Saint-Gall, formait le canton de la LifUh. Le reste de la principauté , y compris la ville de Saint-Gall et le Rheinthal, avait été réuni à TAppenzell , sous le noin de canton du Sentis. Fribourg, agrandi par Fannexion d'Avenches et de Payerne , était devenu le canton de Sarine-et-Broye. Knlin , les quatre petits cantons, Uri , Schwylz, Uaderwald et Zoug, privés coiiiiuo Appenzell de leurs antiques landsgerneinden, avaient été englobés eu une seule préfecture , appelée canton des Waldstœtten.

Cette constituliun sans aucun rapport avec le développciuent historiipie (le la nation, blessait tous les usages et brisait les traditions les plus sacrées de liberté et d'indépendance. Uri , Scbwytz et Underwald , ce faisceau primitif de ralliance, refusèrent de s'y soumettre et résistèrent à toutes les injonctions des généraux et des commissaires français. Leur exemple fut suivi par Glaris, Zoug et les petits pays sujets d'Uznacb, Toggenboarg, Gaster, Sargans et la Marche, que la constitution unitaire aàrancbissait pourtant de tout lien de sujétion envers leurs anciens maîtres. Une diète de c^ États, réunie à Schwylz, le premier avril, repoussa Vinfemal livret d'Ochs (c'est le nom que les montagnards donnaient à la nouvelle constitution). Le mémé esprit de résistance se manifestait dans les démocraties des Grisons et d^Appenzell, où Ton disait publiquement : « Le taureau (Uri) nous a donné la liberté; le bœuf (Ochs) veut nous la ravir. » La plupart des grands cantons, au contraire , gagnés à la centralisation et aux idées françaises, se réunirent à Aarau en assemblée législative de la république helvétique une et i?idivisible, Bodmer, de Stafa, véuérable pur sou ^rand âge et les souiTrancei

DB LA KATI02I SCISSB.

quil avait endarées pour la Mberié du peuple snricois, ouvrit la séance. Le fameux Ocbs fut élu, à runaniinîté, président du sénat Kouhn^ jurisconsulte et officier bernois, qui s'était battu avec courage contre les Français, à Laupen, fut appelé à la présidence du grand-conseil. Quelques jours après , on <k procéda au choix du directoire. On éleva à ce poste difficile les citoyens Xegrand, deBftIe; Olayre, de Vaud; Oberiin, de Soleure, et Pfytfer, de Lucerne. Ochs, dont on commençait à se défier comme d'un partisan trop servile de la France, ne réunit pas le nombre de voix nécessaires.

A peine élu , le directoire helvétique adressa une nouvelle sommation au peuple des petits cantons, pour Tinviler h se joindre à ses co-États qui avaient reconnu et juré la constitution. Mais les valeureux patres de Scliwytz, du Nidwald et de Glaris, assemblés en landsgemeinde, se déclarèrent prêts à mourir pour les anciennes institutions de leur patrie. Zoug, rObwald et Uri se décidèrent, mais non sans beaucoup de peine et d'hésitation, à faire cause comn^une avec leurs confédérés.

Dix mille montagnards prirent les armes et arborèrent les anciennes couleurs suisses , la croix blanche sur on champ rûuge^ que la république helvétique avait remplacées par des couleurs noaveUes, le jaune^ le vert et le rouge, sans précédents réels dans notre histoire (^). Ces \ 0,000 hommes churageux, attaquant en masse et sur un seul point Tennemi, eussent pu opérer une action décbive. Mais , au lieu de cela, ils se divisèrent en trais corps, dont l*un s'empara de Lucerne pendant qu'un autre occupait le Hasii et le troisième prenait Rapper** schwyl et faisait ime pointe sur TArgovie dans Tintention de soulever ce canton et celui de Zurich contre le nouvel ordre de choses. Cette dispersion des forces des petits cantons donna au général Schauenbourg, qui commandait une armée de 25,000 hommes, la facilité de les battre sur plusieurs points, d'occuper Zoug et de reprendre Lucerne tombée un moment au pouvoir des insurgés [du 2G au 30 a\nl]. Le

(I) L idée dos trois couleurs parait avoir olô ouipruntt:'e d'aneions tableaux ou Guillaume Tell esl représente avec un pourpoint rouge , vert et jaune. Voir VUisloire de la lutte et de la deetniction d«i cantwe forntiw^ par Zscbokke, témoin oculaire et acteur dans tes événements du tomps« P. t45.

BtSTOlRB

combat de Wollerau, ou deux habiles comniandants glaronnais, Hauser et Paravicini, perdirent plusieurs braves et lombèreot eux-mômes grièvement blessés, décida les troupes de leur cantoa à se retirer dans leurs foyers. Uesserrant alors le cercle de ses opérations, le général français cerna d*un ' réseau de fer et de feu le canton de Schwylc, principal oenlre de la résistance.

Dans ce moment critique, les intrépides Schwytzois ne perdent point coura^ et disposent tout pour une lutte à outrance contre l'ennemi de leur indépendance. Le capitaine du paysj AioysR'eding, premier chef militaire du canton fLonitohmptmann), était à leur tôte. CTétait un officier expérimenté, brave , loyal , éloquent et populaire avec dignité ; partisan d^une liberté sage, il avait rêvé le perfectionnement des anciennes institutions de la patrie. Mais le despotisme de la France avait révolté son orgueil national et rempli son cœur généreux d'indignation contre les oppresseurs de la Confédération.

Le premier mai, passant en revue les 4,000 guerriers avec lesquels il avait à défendre vingt lieues de pays, contre un ennemi trois ou quatre fois supérieur en nombre, Reding leur tint ce simple et màle discours , digne des beaux temps de la vieille Suisse : « Braves camarades et concitoyens ! nous voici arrivés au moment décisif. Entourés d'ennemis, délaissés de nos amis, il s*agit de savoir si nous tiendrons ensemble jusqu'à la fin, comme firent autrefois nos pères à Morgarten. Une mort certaine nous attend; si quelqu'un la redoute, qu'il se retire; il ne recevra aucun reproche de notre part* Nous ne devons pas nous abuser dans cette heure solennelle. Je préière n'avoir autour de moi que cent hommes détermhiés et en qui je puisse avoir pleine et entière confiance, que cinq cents qui lécheraient pied au moment du danger, jetteraient par leur fuite la confusion dans nos rangs , et feraient tuer inutilementjes braves qui continueront à se-battre. Quant à moi, je promets de ne pas vous abandonner, à quelque extrémité que nous soyons réduits. La mort plutôt que la m- . TRAITE ! Si vous partagez ma résolution , que deux hommes sortent des rangs et viennent jurer entre mes mains de vaincre ou mourir avec moi. » La petite armée électrisée répondit par des cris et des larmes d'enthousiasme aux paroles de son

Dfi U ITATIO!! 80ISSB.

chef. Deux bomiues sortirent des rangs et promirent ce qu'avait demandé Reding. Le lendemain, les Schwytzois et leurs auxiliaires d'Uri et d'Undenvald furent attaqués de toutes parts par les Français, à Schindellegi , à Saint-Jost et sur r£toel, bpulevard de Schwytz du côté du lac de Zurich. Dans les deux premiers endroits ils furent vainqueurs et repoussèrent les brigades françaises à coups de carabines, de crosses et de baïonnettes. Les tirailleurs embusqués derrière les rochers et les taillis, tiraiènt deux à deux, afin que leur feu ne îdi pas interrompu , indifférents à la mort de leurs compagnons et à leurs propres blessures. Les femmes , les filles s'étaient armées de massues et faisaient la chasse aux poltrons et aux fuyards dans tout le pays. IVfais pendant que Reding, nouveau Léonidas, défendait si vaillamment les Thermopyles du Morgarten , Marianus Herzog abandonnait en lâche et en traître le poste de i'Etzel qu'il s'était oflert de défendre avec 600 hommes de la contrée. Marianus llerzog, curé d'EinsiedIen , était l'un de ces démagogues ecclésiastiques , dont riiistoire des petits cantons n'offre , 5 cette époque, que trop d'exemples, et dont l'orgueil, l'ambition et la violence n'étaient surpassés que par l'hypocrisie avec laquelle ils cachaient leurs vices et se faisaient passer pour des saints aux yeux de la multitude. Ce curé Herzog exerçait un tel ascendant sur les paysans d'ËinsiedIen , qu'aucun officier n'eût osé contredire ses ordres, de crainte d'être fusillé surle-champ par ces fanatiques. Le sabre au côté et couvert d'armes de toute espèce, Herzog s'était fait admettre au con-^ seil de guerre, réuni à Ro'henthourm, dans la nuit du premier mai, et s'était élevé avec force contre l'idée d'établir «ne seconde ligne de défense : « Délibération inutile et qui trahit une crainte misérable, s'était écrié le curé-capitaine. Défeudez les autres postes comme moi je défendrai l'Étzel et je vous promete la victoire. » Le lendemain matin , à huit heures, Herzog rejoignit sur I'Etzel les 600 hommes qu'il y avait laissés la veille; mais ce fût pour leur dire de poser leç armes et de rentrer chez eux, « attendu, disait-il, qu'il y aurait de la folie et de l'imprudence à vouloir résister sur un seul point, quand on n'était pas résolu à le faire avec la môme vigueur dans les autres postes. »

Maîtres du passage de I'Etzel, que la trahison de Herzog

' iG2 ' HISTOIRE

leur avait livré, 8,000 Français, avec du canon et de la cavalerie, occupent tout le pays jusqu'au Morgarten et près de Rothentbourm. Ueding, sans calculer la disproportion de ses forces et la distance de huit cents pas qui le sépare de Tennemi, marche droit à lui avec ses deux bataillons, le charge à la baïonnette et le met en déroute, après une môlée d'un quart d'heure. Deux fois les Français essaient de se rallier, deux fois les Suisses les culbutent et restent maîtres du champ de bataille, de ce Morgarten témoin cinq siècles auparavant de la, valeur et des exploits d'autres Schwytzois et d'un autre Reding, Tancètre de lear général actuel.

Le 3 mai, la lutte recommença du cdté d^Arth. Les Français furent repdùssés deux fois avec une perte considérable. Mais depuis quatre fois vingt-quatre heures, les corps postés à Scbomo, Ârth, Rothenthourm étaient sous les armes, souffrant des fotigues et des privations extraordinaires. Chaque jour leur coûtant cent hommes tués et beaucoup de blessés, il n'était pas difficile de calculer le terme de leur victoire avec une armée rédulle à 3,000 combattants. Sdiauenbourg, d'ailleurs, de son quartier-général d'EinsiedIen, consentait à garantir ,par un traité la liberté religieuse des habitants de Schwylz. Reding conclut avec lui un armistice de vingt-quatre heures, pour consulter le peuple, qui assista en armes à la landsgemeinde de llothcnlhourm, le 4 mai, à onze heures du matin. Après une courte prière, récitée à genoux par tous les assistants, Reding rend compte de la situation désespérée où se trouve le pays et propose de reconnaître la constitution helvétiiiue pour éviter de plus grands maux. Des magistrats, des prêtres respectables unisssent leurs voix à la sienne et engagent le peuple à se soumettre. Plusieurs fois un tumulte affreux interronjpt les orateurs; beaucoup d'hommes exaltés ou héroïques veulent se défendre à outrance et s'ensevelir sous les ruines de leur patrie. Mais enfin les conseils de la prudence l'emportent, et une paix honorable met fin à une lutte inégale et terrible. Dans ces deux jours de combat, les Français avaient perdu plus'de 2,000 hommes; les Schwytzois â06 (^). Schauenbourg honora de ses éloges publics,

(4; Parmi les mor\> pour la pairie figurent les noms historiques de Rychmouth, ScUoroo, Uetschart, Uoidener, Abegg, Schuler, Schiller, FaMbiDd, KamoTi Eiohom , Wigget, Bellmooly ScbnUrriger, Steioer.

D£ LA KAnOK SUISSE.

duns le 3/om7ewr français, la hra\ourc opiniâlre des montagnards et recherchn ramiLié d'AIoyse Reding.

Au moment où la résistance cessait dans les petits cantons, elle éclatait avec furie dans le Haut- Valais, où 4,000 hommes prirent les armes et marchèrent sur Sion. Cette levée de boucliers, exécutée quelques jours plus tôt et combinée avec celle des petits cantons, eût pu devenir fatale à la domiaation française. Mais des tentatives isolées ne pouvaient aboutir qu'à des massacres inutiles et à d'affreux désastres. Après des combats sanglants sur les bords du Rhône et de la Morge, les Français prirent d'assaut la capitale du Valais et y commirent tons les excès d'une soldatesque effrénée. 7 à 800 personnes furent massacrées dans le sac de cette ville. La vengeance des Français n^était point encore assouvie ; soixante des principaux citoyens furent traînés en otages dans .les prisons de Chilien, de Berne, et les sept dixains frappés , d*une contribution de plus d*un millipn de livres.

La guerre injuste des Français contre les petits cantons et leurs cruautés en Valais excitèrent llndignation du peuple suisse et d'une partie du gouvernement helvétique lui-même. Des voix éloquentes et courageuses s'élevèrent au sein des conseils pour llolrir la conduite de l'élranger qiu , sous prétexte d'implanter la liberté sur le sol suisse, y faisait peser une aflVeuse tyrannie. Blessé de cet esprit crindépendance, Rapinat, qui agissait en véritable proconsul, exigea la démission immédiate de deux membres du directoire, Bay et Pfyffer. Ils furent remplacés par Ochs et Laharpe, plus dévoués à la France (18 juin 1798).

L'entrée de César de Laharpe au directoire marque le moment delà plus grande activité législative et de la plus grande puissance du régime unitaire^ L'abolition de la torture, de la traite foraine, de l'impôt sur les juifs; la publicité des débats judiciaires; la conversion des postes en domaines de l'État; le rachat des droits féodaux moyennant indemnité aux propriétaires, sont au nombre des principales lois et des bienfaits de cette époque. Le ministre de l'intérieur, le célèbre docleur Rengger, de Brugg, dirigeait son dicastère avec la hauteur de vues et la fermeté de volonté qui dénotent Thomme supérieur et Fadministrateur accompli. Le ministre des arts et sciences, Albert Stapfer, de Berne, n'apportait pas moins

de talent et de xele à l'œuvre de l'éducation nationale et dans la direction du mouvement intellectuel. Les écoles de la campagne, négligées jusque-là dans beaucoup de cantons, étaient Tobjet de sa sollicitude spéciale. La création de conseils d'éducation et d'une école normale, la première qui ait existé en Suisse; la première idée de l'établissement d'archives et d'une bibliothèque nationale; celle de la créatian d'une école centrale, pépinière d'hommes d'État, de prêtres, de légistes, de savants pour tout le pays appartiennent au noble et profbnd génie de Stapfer. On lui doit la publication d'une feuille populaire destinée à instruire le peuple et à servir de centre et d'érgane aux littérateurs de l'Helvétie. Beaucoup d*homnies illustres, Zschokke, Pestalozsi, le père Girard, alors à son début dans la carrière 4>édagogique, reçurent les encouragements de ce ministre éminent et forent employés le premier à la censure des ouvrages, le second à la rédaction de la feuille populaire, le troisième aux arddves de la république helvétique. Les premières expositions des beaux-arts et des arts utiles sont une des heureuses innovations de ce ministère mémorable marqué encore par le décret qui exemptait d'impôts et les fonds d'école et ceux qui étaient affectés à la création de la bibliothèque nationale.

Malgré ses bonmîS lois et la sagesse d'une partie de ses employés, le régime unitaire ne devint réellement populaire que dans les nouveaux cantons de Vaud , de Thurgovie et d'Argovie, et dans certaines parties de c«ux de Zurich et de Bàle. Partout ailleurs on lui reprochait son origine étrangère, sa dépendance absolue à l'égard de la France et les traitements excessifs qu'il faisait à ses fonctionnairos dans un temps de pénurie générale

Divers décrets relatifs aux personnes et aux choses ecclésiastiques (la suppression de Ja dime, la défense aux couvents de recevoir des novices, le séquestre mis sur les biens du clergé et Texclusion des fonctions publiques prononcée k régard des ecclésiastiques des deux confessions) occasionnèrent une fermentation très-vive dans plusieurs cantons. L'obligation imposée à toutes les populations de P^lvétie de

(1) Ce4 traitements étaient de 800 louis pour les direoteurs , do iùQ pour les miaistrcs, de 373 pour les membres des doux conseils, de S50 pour les préfets, de 450 pour les administrateurs cantonaux.

DE Ul IIATION SUISSE.

prêter le serment civique, acheva d'irriter les esprits et poussaà la révolte les cantons de Schwytz et d'Underwald (août, septembre). Excités par trois prêtres fanatiques, Lussy, vi-> caire de Stanz ; Kiisli , curé de Beggenried , et Je fameux capucin schwylzois Paul Styger, le peuple de ces contrées chassa les autorités helvétiques. Ces sommations du directoire, appuyées des remontrances de tout cé que le pays renfermait d'hommes éclairés et raisonnables dans le clergé et la magistrature, firent rentrer le canton de Schwytz dans l'obéissance. Le Nidwald, au contraire, persista dans Tin- ^ surrection et laissa passer tous les délais qui lui furent accordés pour se soumettre. Enfin le 4" septembre, il fut attaqué de trois côtés à la fois par une armée de ( 2 à 4 6,000 hommes. A ces forces imposantes, ce petit pays n'avait à opposer que 2,000 hommes renforcés par 200 volontaires de Schwytz et 20 d'Uri. Les niuiilagdai ds n'en lultèrent pas moins avec une énergie extraordinaire. Le sang IVançais rougit la baie d'Alpnach , la forêt de Kerns et lés rochers du Rolzberg. Avec quelques cents iioinn)es de plus et des chefs expérinienlés . le petit peuple du Nidwald triomphait de Tarinée de Schaueidjourg. Mais ie nian(|ue de plan, les forces trop supérieures de l'ennemi et sa formidable artillerie rendirent , après dix heures de combat, toute résistance inutile. Les vainqueurs se souillèrent par des cruautés et des abominations inouïes, lis percèrent de leurs baïonnettes des filles et des femmes après les avoir outragées; ils égorgèrent des enfants à la mamelle et en jetèrent d'autres dans le brasier de Tincendie qui dévorait maisons et villages; 444 personnes, parmi lesquelles 130 femmes, filles et enfants, périrent dans ces horribles journées. L'aspect de ce malheureux pays,, couvert de sang et de décombres, arracha des pleurs de pitié* à Schauenbourg lui-même. Il partagea le pain des soldats ^vec les survivants de ces scènes cruelles. Le directoire helvétique, ne pensant, au premier abord , qu*à constater sa victoire, avait donné Tordre bizarre et odieux de planter un artre de liberté sur les cendres du Nidwald. Mais les sentiments d'humanité ayant repris le dessus, le directoire fonda à Stanz une maison d'orphelins. Le noble Feslalozzi, qui fut ap[>cie a

f66 nisTOfus

ia diriger, se montra noii-seuleinent l'éducateur, mais le père, la mère, le domestique et la bonne de ces pauvres eofoots délaissés. L'historien Zschokkc, commissaire da gottvemement helvétique dans le Nidwald^ et le chanoine Bousinger, unireot leurs eflbrts à ceux du sublime pédagogue e( contribuèrent à adoucir les plaies saignantes (de cette terre désolée.

Le sort du Nidwald toucha toutes les âmes généreuses en Europe. 11 n*y eut qu^une voix pour flétrir les horreurs qui s*y étaient commises. L'envoyé suisse à Paris, ZeUner, de Soleure , osa faire retentir aux oreilles même des directeurs les accents du désespoir de ses concitoyens. Du fond de son exil, Tancien directeur Carnot, un des plus beaux caractères de la révolulron française, lança les foudres de son éloquence républicaine contre les oppresseurs do la race de Guillaume- Tell. La réprobation universelle qui s'attachiiit aux cruautés et aux exactions de la France en llolvétie n'empêcha pas Hapinat de continuer son œuvre spoliatrice, et de vider les caisses publi(|ues qui avaient été épargnées jusque-là. Rivalisant de despotisme avec ses agents, le directoire français, non content de laisser à la charge de THelvétie renlrelien d'une armée de 30.000 hommes , lui imposa encore l'obligation de fournir un corps de 48,000 auxiliaires à la grande nation. Les excès des soldats français , qui en pleine paix et au sein des populations ainîes pillaient, tuaient et incendiaient, achevèrent d'exaspérer les esprits. Des troubles, des séditions éclatèrent dans les cantons même les plus dévoués à la révolution. Il fallut les comprimer par la force. Menacé de toutes parts dans son existence, le gouvernement helvétique, qui venait de se transporter d'Aarau à Lucerne (octobre), créa pour sa défense une légion helvétienne de 4 ,500 hommes. Une guerre de plume très-vive dirigée contre le gouvernement par les partisans de Taneien ordre de choses et les mécontents du nouveau, entretenait FagitatioB.

A tous ces maux , THelvélie dut joindre celui de deveffir le thétUre de la guerre européenne. Pendant plus d'une année (depuis le mois de mars 1 79S jusqu'au mois de mai 1799), ' les plus fatneux capitaines du siècle, français, autrichiens et russes, se liront une e;uerre à la fois savante et terrible autour du Gothard et dans les hautes Alpes grisonnes et glaron-

Baises, s^en di^utant les passages, les cols et les pics comme sic'eùlé(é autant de fortercssies. Masséna, rarchiduc Charles, Souwarow et Korsakow, le premier à la téte de 75,U00 Français^ second à la téte d'un nombre égal d'Autrichiens, et les deux autres suivis ehacun de 40,000 Busses, foulèrent presque en même temps le sol de THelvétie , saisie de surprise à la vue de la longue tunique rouge ou bleue, de la lance et du bonnet de pelisse du Gosaquo monté sur un cheval de chétive apparence, mais rapide comme le vent.

Pendant ces luttes colossales, les Grisons, toujours en proie ' à deux factions acharnées, dont Tune voulait la réunion des trois ligues à la république helvétique, et dont l'autre réclamait la protection de l'Autriche , furent un moment occupés par Masséna. La faction autrichienne des Salis avait donné Texeniple des proscriptions, rétabli les tribunaux criminels et banni GOO de ses adversaires, à leur téte des Bavier, des Planta et le poète Salis, qui ne partageait pas les opinions aristocratiques de sa famille. Masséna usa de représailles et déporta à Aarbourg et à Siilins un grand nombre de magistrats grisons du parti auti ichien. Mais, à son tour, Masséna fut délogé des Grisons par les généraux autrichiens Jellachich et liotze. Ge dernier, suisse d'origine et né à Winlerlbour, était un guerrier humain et généreux autant que brave. Son avant-garde était formée par un corps d'émigrés suisses aux ordres du colonel vaudois Rovéréaz , qui à la téte de sa /é- ^tofi fidèle avait combattu avec héroïsme et posé le dernier les. armes dans la lutte de Berne contre la France. Le vieil avoyer Steiger, dont les années ne pouvaient glacer le pa** triotisme aristocratique , se trouvait aussi parmi les émigrés, dont il était l'âme et la téte politique. Son but et celui de rarchiduc Gharles, son protecteur et général en chef des forces autrichi^nes en Helvétie, était de restaurA* la vidNe Suisse. Favorable d'abord aux idées de la révolution, le grand historien Jean de Muller avait fini par se rattacher h ce plan, qui répondait mieux à son idéal de nationalité et qui devait, dans la pensée de l'écrivain schaflhousois, affranchir le peuple suisse des violences et des extorsions dont il était victime. Vainqueur des Français ot des troupes helvétiques dans trois journées sa n glantes, à Diessenhofen, Frauenfeld, Winterthour (mai), i'arehiduc Charles battit encore Masséna ^ Zurich le

atstom

4 juin, (H(Hiil)!it dans ce caalOD et dans ceux Do ScliaiTlious^ et de Glaris, des gouvernements provisoires. Une proclamation du prince appelait les Suisses à se reconstituer sur les anciennes bases. Des comités occultes s'organisèrent dans ce sens dans plusieurs cantons. L'insurrection devint presque générale. A Schw yi/, le sage Reding fut pris à la gorge par les insurges parce ({u'il refusait de se mettre à leur tête. A Lugano, le peuple des campagnes fit irruption dans la ville, attacha à un arbre et fîijiilla sans autre forme de procès un journaliste du parti pq^riote, Tabbé Vanelli ! A Uri , le soulovemont commença par le massacre des soldats français. «*l.e (iriilli tle la révolte, dit M. Moniiiiid, était au Sattel d.ins le canton de Scliwylz. » Elle se répantiil de là dans tous li^s petits cantons. Un colporteur d'iimadou connu du peuple S' MIS le solji-i'juet d'Ignace IWllumeur (Znndel-Nazi), souleva ri iulerwald : c'était la troisième insurrection de ce peuple depuis un an. Les trou|)es françaises domptèrent celleci comme les précédentes. Le général Soult, le même qui ligura depuis sous le roi Louis-Philippe, comme maréchal de France et ministre de la guerre, pénétra dans les petits cantons et les soumit par la force, ainsi que la Léveutine. Un autre général, le cruel Xaîntraille, réduisit le Valais, et surpassant en cruauté tous les officiers français, commit toutes sortes cKhorreurs et fit pendre par les pieds une femme à Brigue.

Entouré de périls, le directoire helvétique, que dominait César de Labarpe, se fit investir de pouvoirs dictatoriaux par les deux conseils et eut recours aux mesures les plus violentes. 11 expulsa du soi suisse les sujets sardes, autrichiens et anglais, viola le secret des postes, bâillonna la presse, décréta la peine de mort pour tout déserteur, réfractaire, auteur et fauteur d'insurrection, et déporta à Chilien et à HuAingue beaucoup d'anciens magistrats de Zurich, Berne, Fribourg et Soleure. Le courageux et bienfaisant Lavalcr dont deux écrits iiosliles au nouvel ordre de choses a\aienl irrité le directoire, se trouvait au nond)re des déportés. Ces mesures extrêmes, loin de sauver le régime helvétique, n'auraient fait que d'en précipiter la chute, sans la victoire de Zurich remportée par Masséna sur les Russes, et (pli ol)lii:e<i ces derniers et leurs alliés autrichiens de quitter le sol de i'deivétie et de se replier sur TAIlemagae. La se-

M LA XATION SCISSB. 369

«onde l3ataille de Zurich, un des plus beaux faits d'armes de rhistoire militaire des Français, sauva Ja république hehétîque. Mais ces étrangers lui firent chèrement payer leur protection en logements militaires, charrois, réquisitions de lous genres et en contributions exlraordinaîres que Blasséna fit payer aux principales villes suisses. Le passage continuel des troupes françaises était un fardeau écrasant pour le peuple. On en jugera par Texemple du village d*Urseren situé sur ia route très-fréquentée du Gotbard et qui eut 700,000 hommes à loger en une année. jT

Délivré des Russes et des Autrichiens^ le gouvernement helvétique se déchira lui-même. Déjà au fort de la guerre, Labarpe avait été obligé de sacrifier Ochs, coupable d'avoir livré au directoire français les secrets du directoire helvétique (31 mai). La lutte s'engagea ensuite entre le parti exalté ou patriote comme il s'appelait lui-même, et Je parti modéré ou républicain. Le premier, dont le noyau se composait des députés du Léman, avait pour chef le houillanl directeur Laharpe; le second complait parmi ses membres les plus actifs et les plus iniluents les nn"nistres Stapfer. HeiiL'ger, le représentant Kscher, (Je la Linth, et les sénateurs Koulm, de Berne, et Paul Ustéri, de Zurich, orateurs et publicistes distingués. Le parti ré()ublicain se renforça par Fentree au directoire du ZuricoisDolder et du Fribourgeois Savary. Doldcr, négociant ruiné, était un rusé diplomate dont la politique consistait principalement à se conserver sous tous les régimes; Savary, un médecin plein de probité et de talent, beau-frère de l'illustre père Girard. Laharpe résolut de se débarrasser de ses adversaires, de dissoudre le sénat et le grand-conseil, 4Somptant sur l'aide de la France pour faire ce coup d'État. Ses ennemis Je prévinrent et l'accusèrent de conspirer contre la représentation nationale, dans la séance du 7 janvier K 800. Laharpe s'étant ofifert en vain de se justifier, chercha ensuite à se- maintenir par la force armée. Mais abandonné par la France et mal soutenu par ses. collègues du directoire, Oberlin et Secrétan, (jui craignaient reffusion du sang, il dut céder à Torage qui ne respecta pas plus la constitution que la personne des gouvernants, car le directoire Ml dissous et remplacé par une cominis.^ion executive de sept membres, dans laquelle furent appelés à siéger les directeurs Dolder, Savary

HIgTOni

et Glayre (de Vaud). Glayre, ancien secrétaire du derDÎer roi de Pologne (Stanislas Poniatowski), était regardé comme le premier homme d'État de la Suisse française par les députés allemands (^).

César de Labarpe disparaît alors pour quelques années de la scène politique sur laquelle ses talents, sa grandeur d^àme et son amour du pays natal le firent remonter plus tard avec édat et corrigé de ses torts, dont les plus saillants étaient le despotisme de son caractère et un trop grand -attachement à la France. Mais c*était, certes, on homme d^un noble corar et d'une intelligence fort élevée au-dessus des mesquines jalousies de partis, que celui dont Id plume traçait le portrait suivant de son c;rrtnd ennemi politique, et de Tallié des Autricliiens, le faraud avoycr Steiger, mort à Augsbourg le 3 décembre de la mémo année : « Honneur à la mémoire de » ces hommes <|ui, l)ien qu'ils fussent dans l'erreur, ont ra- » jeuni la ré[)ulalion (riieruisme (jue s'était fiiite notre nation, » à Neueneizg, a Huivn et au Schindellei^i î honte éternelle 9 aussi à ces i^ouvei-nants qui ont mis en jeu notre honneur » national! Tu couvris du moins la faute par ton dévouement » héroïque, vieillard vénérable, noble ennemi dont l'adver- » sité développa tant le caractère dans Tclge qui glace les 9 cœurs. Repose en paix sur la terre étrangère. Les amis de » l'indépendance helvétique savent que tu n'étais point en- » lâché des vices repoussants de Toligarchie; ils savent que » tu désirais le rapprochement des partis et l'ouhli des in- » jures (^). 9 Que les historiens, les publicistes et les hommes de p^irti de Tépoque actuelle n'apprennent-ils, à Técole de Laharpe, ù mettre un peu de bonne foi et de justice dans les jugements souvent empoisonnés qu'ils portent sur leurs contemporains qui professent une autre opinion que la leuri

Le parti républicain profita de son avènement au pouvoir pour abolir toutes les lois de terreur et d'exception, amnistier les déportés et les autres condamnés politiques. Le clerpé, mallrailé jusque-là et laissé dans un .état voisin de rindigence, commença à éveiller la sollicitude du gouver-

m; Los autres inp^^res étaient Friscbing, de Berne ; Finsler. deZuricli; 1 ancien avoyer Duiier. de Lucerne, et Gscinvend, de Sainl-Gall. {%) Mémoire justificatif présente au corps legislalif par le citoyen Labarpe.

DB LA h'ATlOM SUISSB.

nement. Mais le parti patriote, vaincu au pouvoir exécutif, s'agitait encore dans les conseils. La commission executive, (l'accord avec la France et une partie des représentants, compléta par un second coup d'État celui du 7 janvier , décréta l'établissement d'une nouvelle constitution , et remplaça le sénat et le grand-cooseil par un corps législatif de 43 membres qu'elle nomma elle-même (*). Celte révolution, comme la précédente, s'accomplit à Taide de la violence, les troupes françaises stationnant dans les rues et sur les places publiques de Berne (7 et 8 août 4800). Le nouveau corps législatif dont on avait eu soin d'exchire les patriotes, flétris dés lors du nom de jacobins , supprima la publicité des séances et plaça les sociétés et cercles politiques sous la surveillance de la policç. La constitution du 8 août n'était toutefois que provisoire. On nomma une cdtnmission ' .pour élaborer une constitution.

Ce travail mit en présence deux nouveaux partis non moins ardents que les précédents. Le parti unitaire, qui comptait parmi ses membres les plus intluents Kouhn, Hengger et Stapfer, voulait le maintien du (jouveniement central dans toute sa plénitude, tandis que le parti fédéraliste, composé entre autres des (]é[)iilés des petits ciuilons, à leur téte Aloyse Reding, désirait le rétablissement dos anciens cantons avec leurs droits territoriaux, et souverains. Lt; projet de la commission, rédigé dans le sens unitaire par Ustéri et ses collègues de la commission, fut envoyé au premier consul sans l'assentiment duquel aucun changement ne pouvait plus se faire en Helvétie. Bonaparte désapprouva ce projet comme favorisant trop l'unité, et lui en substitua un autre qui, tout en prenant l'unité pour base, se rapprochait sensiblement du fédéralisme sous le rapport de l'organisation des cantons (4"" mai 4801). Ce projet, connu dans notre droit public sous fe nom de projet de là Malmaison (du nom du château od ii avait été rédigé), fut adopté par le corps législatif, le 29 mai. Le projet de la Malmaison instituait dix-neuf cantons (Valais et Grisons compris), des diètes cantonales, une diète génér ralê, uà sénat de 25 membres et un petit-conséil de 4 mem-

{{) BadouK et Carminlran furent Ue»igQ03 comme membres du corps législalif puur Fribourg.

HtSTOlRS

l)res seulement, prosiilé par (Jeux loncîainmans de la Suisse, et des éleclions à ilcux degrés. Los inunieipalilés nommaient des électeurs ; ceux-ci les mendjres de la diète générale. L'ancien minisiie Slapfer eût aimé à voir établir un corps éJectoral central pour toute i'Helvétie, dans le but- de paralyser les influences locales et d'empêcher l'élection des médiocrités ou des nullités de clochers. Cette opinion fut trouvée peu démocratique et resta en minorité.

La diète générale se réunit le 7 septembre à Berne. Mais cette assemblée, qui comptait dans son sein 55 unitaires et seulement 26 fédéralistes, choisit pour président et vioe* président Kouhn et Ustéri, et décida que le pr ojet de la Malmaison, adopté le 29 mai , serait révisé dans le sens tnitïaîire. Aussitôt les députés des petits cantons, dont cette décision menaçait^e nouveau Tancienne ieitilofiomte, se retirèrent et furent suivis dans leur retraite par treize représentants de divers cantons (Lucerne, Soleure, Grisous, Tessin, Appeuzell et Fri bourg (*).

A peine ces événements furent-ils connus dans les cantons, quMIs y occasiunncrcnt dos troubles sérieux. L'Appenzell et les poliLs cantons refusèrent le serinent et rétal)lirent leurs chères lanils^nomeinden. Dos [)etiLions circulèrent dans l'Argo- \ le el dans le Pays-de-Vand pour demander la réunion au canton de Herne, dont la cluunbro administrative, de son côté, réclamait la restitution de Vaud et d'Argovie. Le gouvernement helvétique eut recours à la force, fit occuper militairement les petits cantons par les troupes helvétiques et songeait à faire arrêter Reding et les autres chefs de la résistance, lorsqu^un coup d^Ëtat, le troisième depuis la révolution de 98, frappe les unitaires, dont les chefs (Ustéri, Rengger, Zimmermann) sonl^ enfumés à l'Hétel-de- Ville et forcés d'abdiquer. Dolder, Savary et Jenner, patricien bernois plein d*habileté et de finjesse, avaient mené le coup de concert avec le général français Monlchoisy et le ministre de France Veminac (27 octobre). La diète helvétique est dissoute, la constitution du 29 mai rétablie en plein, et Aloyse Reding nommé premier landamman de la Suisse. Mats Reding était

(I) Dos quatre députés fribourgeois à la diMe helvétique. Barras, Pellolaz, Degiise et Jeaa de Moiuenacii (dit le Turo, ce deruier seul était fédéraliste et donna sa démisaion. Il tût remplacé par Duc, â*Estavayer. Pettolas, unitaire prononcé et plein de talent, fat nommé aénateur.

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trop loyal et pas assez Rn diplomate pour savoir se maintenir longtemps dans ce poste élevé et diflicile. Attaqué vivement par les unitaires, il se vil encore en bulle aux accusations des partisans de l'ancien régime, parce qu'il refusait de concourir avec eux aux rétablissement des privilèges. Son refus persévérant et patriotique de livrer le Valais à la France lui donna un ennemi plus puissant encore dans la personne du premier consul lui-même, qui encouragea sous main les unitaires à culbuter les ocioàrùtes, c'est ainsi qu'on nommait les partisans de la révolution d'octobre. En effet, pendant que Reding et ses collègues des petits cantons faisaient dévotement leurs pâques dans leurs foyers où ils s'étaient rendus pour quelques jours, Kouhn et Verninac opéraient une nouvelle révolution à Berne, et nommaient un gouvernement provisoire (du 16 au 19 avril 1802). Reding, revenu en toute hAte au siège du gouvernement, eut beau protester et invoquer Tappui du premier consul. Le coup d litat fut maintenu, Rengger, nommé landamman président du sénat, et Dolder, qui en homme de liège surnageait à tous les naufrages, chef du nouveau pouvoir exécutif, ou Usteri jet d'autres cbefs du parti unitaire furent appelés à siéger.

L'assemblée des notables, convoquée à Berne le 30 avril, approuva ces changements et accepta la constitution révisée qu'on lui offrait (^). £lie décida jcependant que la constitution serait soumise au peuple. Des registres civiques furent ouverts dans les communes et chaque citoyen invité à écrire ou à iaire écrire son vote. 7^,000 citoyens votèrent l'acceptation, 92,000 le rejet . La constitution aurait donc dù être rejetée. Mais comme on avait eu soin de décider en même temps que les absents seraient comptés pour acceptants, conformément sans doute à l'axionie de droit « qui taed «on^ itnUfJi vidHwr, • la constltutton se trouva être acceptée par une majorité qui n'existait que sur le papier. Bien loin d'Àre populaire, la nouvelle constitution Pétait si peu, que la guerre civile éclata immédiatement dans presque tous les cantons.

Le départ des troupes françaises que le premier consul rappelait tout à coup après quatre années d^occupation , fut le signal de Tinsurrection. Pendant que les patriciens bernois

(I) Pribourg étâlt rapréMDté par Déglii^, préfet national , otFégelf, jioclen ciwimlUnK.

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HISTOIRlt

appelaient aux armes le landaturm bernois et argovien; sous le commandement en chef do Rodolphe d'Erlach , militaire habile autant qu'écrivain distingué, ranclen premier landamman de la Suisse, Âloyse Reding, ouvrait à Schwytz une diète nationale à laquelle accédaient successivement douze cantons, Zurich en tête (aoiH-septembre). Le bombardement de cette ville par le général Andermalt, qui n'épargna pas môme i'hôpital , ne fit que rendre plus odieux le gouvernement helvétique, dont ce chef cxéculuit les ordres sévères {\0 et 13 sepleml>re). D'Erlach, avec les insurgés bernois et argoviens, s'empara de Brugg, de Haden, de Soleure et vint canonner Berne où le gouvernement helvétique épouvanté capitula et s'enfuit à Lausanne (17 sej)lemhre). C'était le quatrième séjour du gouvernement helvétique, qui avait successivement habité Aarau, Lucerne, Berne et qui n'avait maintenant plus d'autre ressource que le canton du Léman et son énergiijue préfet Henri Monod. L'envoyé suisse «i Paris essaya vainement d'obtenir l'intervention du premier consul ou la rentrée des troupes françaises. Bonaparte s'y refusa absolument. Il voulait laisser les Suisses s'entr'égorger et les obliger à se jeter dans ses bras. N'ayant rien à craindre de la Ftance, les insurgés bernois et argoviens, renforcés par ceux de Schwytz, aux ordres d*Auf-der-Maur, et par les Glaronnais commandés par la générai Rachmann, poursuivirent le gouvernement central dans sa fuite et rencontrèrent les troupes helvétiques entre Âvenches et Iforat (3 eUé octobre). Un combat eut lieu à Salavaux et un autre à Faoug. Bachmann, auquel la diète de Schwytz avait donné le commandement en chef des insurgés, au nombre de 8,000, battit le général helvétique Andermatt qui n'avait que 2,000 hommes à lui opposer et qui se montra d'ailleurs chef peu capable. Il fut remplacé par Vonderweid, de Fribourg, excellent officier, qui se disposa à doft^ndre Lausanne contre les troupes de Bachmann. Ce dernier marcha sur cette ville le 4, pendant qu'Auf-der-Maur allait s'emparer de Fribourg avec ses volontaires aux chapeaux retroussés (tzapi à rablié). Déjà le gouvernement helvétique, craignant d'être enlevé, faisait ses préparatifs de départ pour la Savoie, lorsque tout à coup parait à Lausanne le général français Aapp, porteur d'un message du premier consul qui ordonne an insurgés

de poser les armes, et aa gouvernenîent helvétique de retourner à Berne. En même temps Napoléon, s'établissant en médiateur de la Suisse, convoquait auprès de lui à Paris, pour le 4 0 décembre, des notables de tous les cantons pour conférer avec lui sur les moyens de pacifier l'Helvétte.

Tout se fit comme le voulait le premier consul. D^ailleurs, pour assurer l'excculion de ses volontés, il eut soin de faire occuper de nouveau le pays par des troupes françaises (21 octobre). Le général Ney qui faisait les doubles fonctions de général et d'ambassadeur du premier consul, exigea le désarmement de rHelvétie, établit un impôt pour Tentretien de ses troupes et jeta dans la forteresse d'Aarl)ourg Aloyse Reding, Auf-der-Maur, Ilirzel, de Zurich, et d'autres citoyens influents regardés comme les auteurs du dernier soulèvement.

Le 1 0 décembre , quarante-cinq députés de la nation suisse se trouvèrent réunis à Paris, devenu le siège des autorités suprêmes de THelvétie. Cette assemblée, qui reçut le nom de Consulta hehéêique à l'imitation de la Comulta italienne réunie à Lyon , se composait des hommes politiques les plus distingués de la nation et comptait dans son sein 15 fédéralistes et 30 unitaires. Sans s'arrêter à cette différence de nombre, le premier consul choisit cinq commissaires dans chacun des deux partis et délibéra avec eux à plusieurs reprises, aux Tuileries. C'étaient, pour les unitaires, Ustéri, de Zurich; Monod, du Léman ;Stdpfer, de Berne; Sprecher, des Grisons; et Von^ltte, d'Underwald, le seul ami prononcé qu'eût Tunité dans les petits cantons. Les fédéralistes étaient d'Affry, de Fribourg; Reinhard, de Zurich; Wattewille, de Berne; Gloutz, de Soleure, et Jauch, d'Uri. Kouhn, le principal auteur du i 7 avril, avait refusé son élection. Le 29 janvier ^803, une dernière conférence eut lieu aux Tuileries où Napoléon déploya la plus rare connaissance des affaires suisses, des besoins divers des cantons, et chercha à convaincre les unitaires de la nécessité du maintien des institutions cantonales sanctionnées par les siècles comme les landsgemetn' dm ( ' j et les fédéralistes de l'impossibilité du réiabimemeiU de$

(4) « Sans ces démocraUes, la Suisse ne présentoralt (fue ce que l'oti trouve aHlean, eUe ii*amu pas de couleur parttcuUëre. Songes bien à llmporlaiioe des traite caract^rtoUques} c'est eux qui éloignant l*i4ée de

Hisioiui:

privilèges. Udisccita sepi heures durant et avec une éloquence admirable toutes les grandes questions relatives au nouveau

pacte qu'il se proposait de donner à la Suisse, et, le 49 février suivant, réunissant tous les députés dans une séance solennelle aux Tuileries, ii remit Y Acte de médiation au député de Iribourg, Louis d'AlFry, désigné par le premier consul pour occuper le poste éminent de LaNdammam de la Suisse, créé par la nouvelle consiitution.

— — «Oo—

Temps lie l Aclc de modialion. — Insurroclion sur les bords du lac de Zurich. — Les Suisses dans les armées de Napoléon. — Incorporalioii du Valais * la France et occupation du Tessin. Passage des alliés en Suisse. —Rétabliasementdu pairiclat etorigine du pacte fédéral de 4845.

'A( ii: de médiation donné par Ronaj)arte tenait le milieu entre Tancienne organisation do la Suisse cl runilarisme helvétique. Reprenant son ancien nom, la Confédération était composée de dix-neuf cantons, presque égaux en droits, ayant chacun leur gouvernement et leurs ioslitulions propres La diète était rétablie et chaque canton devait y être représenté, non en raison exacte de sa population (comme Poussent voulu les unitaires pour annuler Tiniluance des petits can-

ressemblance avec les autres Ktats, écartent aussi la pensée de vous confondre avec eux. Jo sais bien que le régime de ces démocraties est accompagné de nombreux inconvénients et qu'il ne soutient pas un examen rationnel; mais enfin il est (^tnbH depuis dos siècles ; il a son origine dans le climat, la nature, les besoins et les habitudes primitives des liabitantsj il est conforme au génie des lieux.... Les peuples libres n'ont jamais souffert qu'on les privât de rexerclœ Immédiat de la souveraineté ; ils ne connaissent ni ne goAtent les inventions modernes d*aii système représentatif qui détruit, à leurs yeux, les aUriliuls essentiels d'une république, t Discours de Napoléon à la Consulta.

(I) Ces cantons étalent Appenzell, Argovie, Bâie, Berne, Pribourg, Claris, Grisons, Lucerne, Saint-Gall, SchafThouse, Schwytz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Underwald, Uri, Vaud, Zoug et Zurich. Le Valais formait une république séparée sous ia domination de la France ; Genève avait été iaceiyeréàoe pays en 4797; Neaehfttel, principauté pruasleniie , avait aussi vu 4)easer son alliance avec les cantona.

DB LA lIAnON SUISSE

tons), mais. avec un avantage de deux voix en faveur des cantons qui avaient plus de cent mille âmes de population. La diète se réunissait an mois de juin de civique année. Dans Tintervalle des sessions, le pouvoir central était confié an canton-directeur, présidé par le landamman de la Sutese. Six cantons exerçaient tour à tour pour une année ce pouvoir central; c'éteient Berne, Soleure, Fribourg, Bâle, Zurich et Locerne. L^avoyer ou bourgmestre du canton-directeur devenait alors landamman de la Suisse et joignait ce titre à celui d avoyer ou de bourgmestre de son canton. Le landamman (]e la Suisse avait des attrihulions très-importantes. 11 pouvait lever des ^troupes, accréditer des envoyés auprès des puissances étrangères, nommer des arbitres et convoquer à Textraordinaire les .grands-conseils et les landsgemeinden des cantons. II dL'j)cndait aussi do lui d'instituer des inspecteurs de ponts-et-chaussées et d'ordonner les travaux publics les plus urgents. L'étendue de ce pouvoir eût été de nature à inquiéter les amis ombrageux de la liberté républicaine, si sa courte durée n'eût été un correctif suffisant è ces attributions consulaires.

^intention du premier consul, en octroyant à la Suisse cette constitution, n'était pas complètement désintéressée. Il voulait fonder sans doute la tranquillité et le bien-être de oe pays, mais dans les limites de son intérêt et de celui de la France f dont ia Suisse devait être la très-humble alliée- et auxiliaire. .Uépoque de l*Âcte de médiation fut pour la Suisse une ère de repos, d*ordre, d'unité, d*égalité, de progrès, mais aussi un temps de dépendance humiliante et d'appréhensions oontinuelles. C'est à alléger autent que possible le fordeau de cette dépendance et t dissiper les appréhensions, en conjurant les fréquents orages qui se formaient au ciel impérial, que consista en grande partie le réie des premiers magistrats de la Suisse pendant l'époque décennale delà médiation. Ce rôle délicat et patriotique fut rempli d'abord avec une noble fermeté et une sagesse admirable par le premier landamman de la Suisse. Louis d'Affry, fils du comte d'AfTry, lieutenant-général des armées de Louis XVI et ambassadeur de France en Hollande, avait fait sous ce père distingué son apprentissage des ^rmes et de la diplomatie. A Turbanité et a 1 élégance d'un i^mme de cour^ Louis d'Affry unissait la loyauté du mili-

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taire et une intelligenoe des affaires, à laquelle sa taillé élevée, la dignité de son maintien, sa belle figure et ses cheveux blancs prêtaient un charme et une autorité remarqua* bles. Étant encore à Paris , d'Affry avait été investi pa^ le premier consul de pouvoirs extraordinaires et dictatoriaux pour s'en servir contre tout gouvernement ou individu qui voudrait mettre obstacle à I etablissoment de la nouvelle constitution. Mais ennemi de toute violence et partisan d'an ^^ystènie de modération persuasive, d'Aliry ne lit aucun usage de ces pouvoirs extraordinaires, et la Suisse étonnée n'apprit leur existence qu'à l'ouverture de la diète solennelle qui se tint à Fribourg pour inaugurer le règne de TActe de médiation, le 4 juillet 1803.

Celle ouverture se fit avec une pompe solennelle dans l'église des Cordeliers. Ap4 heures du soir, les députés des 19 cantons, parmi lesquels Aloyse Heding, Ustéri et Reinhard attiraient principalement les regards, se réunirent dans la demeure du landamman, voisine du couvent, et s'acheminèrent deux à deux vers Téglise , accompagnés de leurs huissiers revêtus de manteaux aux couleurs cantonales. A la suite de la diète marchaiént les autorités fribourgeoises. Le cortège était précédé d'une troupe de guerriers en cuirasses, dont le capitaine, Joseph de Dies^ bach ( couvert d'un casque doré, portait l'Acte de médiation magnifiquement relié en velours bleu et brodé en or. Le chef de la Confédération prit place sur Testrade qui avait été ménagée dans la nef; le général Ney, ambassadeur de France, les ministres d'Espagne et de la république cisalpine prirent place auprès de lui; les députés des cantons formèrent le demi-cercle autour de l'estrade. D'Alîiiy fit ressortir dans un discours étendu les avantages et le sens de la médiation. « La médiation, ainsi parla le noble landamman, n'im- » prime son sceau à aucun parti; aussi, elle n'est point le » triomphe d'un parti sur un autre, surtout elle ne veut point » de victimes. Être toujours et partout modéré, juste et im- >» partial, suivre une ligne également éloignée des deux ex- » trèmes; apprécier chei les hommes la loyauté, le mérite, » les talents et les services et non pas seulement les opinions; » voilà notre première règle politique. » Cette règle, d'Affiry

(4) Avoyer de 48 ta à et de nouveau de 4830 à 4836.

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Tobserva constamment pendant les deux périodes de sa ma^ gistrature fédérale (1803 et 4809). C'est ainsi que, poaf ûé parler que de son canton , il protégea contre leurs détrac-* teurs rhabile chancelier Charles Schaller, suspect de jacobinisme aux yeux des partisans secrets que les jésuites et rarisiocratie conservaient à Fribourg, et Tôminent cordelier Girard, accusé à Rome de donner dans les erreurs de la pliilosophie allemande et d enseigner les idées de Kant.

D'AlIry dévia cependant une fois de son système de modéralion ; c'est le jour où il ôta l'ambassade de Paris au savant philosophe et unitaire Stapfer, pour la donner à son compatriote et parent, le marquis Constantin de Maillardoz, dont le système politique et les connaissances étaient loin d'offrir au pays les mômes garanties (jue le patriotisme élevé et les vastes lumières de l'ancien ministre des sciences et des arts. Une preuve que le laudamman d'Affry savait pourtant apprécier et reconnaître le mérite littéraire et les talents nationaux, o'est les soins empressés et la sollicitude éclairée dont il en* toura à plusieurs reprises le noble éducateur Pestalozzi et le grand historien Jean de Mulier.

L*Âcte de médiation devait néanmoins avoir aussi ses victimes* Le landammannai de Wattewille, successeur de d'Âffry, et avoyer de la république bernoise (4804), fut marqué par la révolte de la campagne zuricoise. Les paysans des bords du lac (Se(Hfubm)t mécontents de voir qu*ao lieu d'abolir les cens et dîmes , on en eût fixé le rachat à un taux élevé, refusèrent de prêter serment d^obéissance et de fidélité à l'Acte de médiation. Les magistrats que le gouvernement leur envoya pour les engager à rentrer dans le devoir, furent reçus à coups de pierres et de pelotes de neige. Ustéri lui-même , le démocrate Ustéri qui était au nombre des députés, se vit obligé de fuir devant les insurgés, qui l'accusaient d'avoir trahi la cause populaire. Les exhortations du landamman de la Suisse n'eurent aucun effet sur les rebelles , dont le principal chef, le cordonnier Willi, déclara ne vouloir poser les armes que sur l'ordre de l'ambassadeur de France. De Zurich , l'esprit de révolte se répandait déjà dans les cantons voisins. Le landamman Wat- • tewiile crut une prompte répression nécessaire; il mit sur pied plusieurs mille hommes de divers cantons (Berne ^ Âr-

fitSTOIMt

go vie et Fribourg], qui livrèrent plusieurs combats contre les rebelles, réduisirent les communes les unes après les autres, et s*emparèrent des meneurs, dont quatre, le cordonnier Willi en téte, furent enfermés au Wellenberg et mis à mort par sentence du conseil de guerre qu'avait institué le landamman. L'ambassadeur de France , .dont le rôle dans cette aCRiire n*est pas très-dair, chercha en vain à obtenir la grâce des coupables. Les soldats qui avaient fait la campagne de Zurich avec distinction reçurent des médailles d'argent Mais on ne sévit pas avec la sévérité nécessaire contre ceux qui souillèrent cette campagne par leurs atroces vengeances et tuèrent entre autres un malaiie et une femme enceinte dans leurs lits à Horgen.

Le rétablissement des dimes et cens avait été le signal d'une insurrection non moins dangereuse deux années auparavant dans le canton de Vaud. Portant un drapeau sur lequel on lisait ces mots : « Paix aux hommes et guerre aux papiers, » des bandes d'insurgés parcoururent les campagnes, ravageant les châteaux et incendiant les archives qui étaient censées contenir des titres féodaux. La rébellion des brûleurs de papiers (bourkhpapei) put c^iradant être éteinte sans effusion de sang, et une amnistie provoquée par. le préfet Monod passa Téponge sur les condamnations rendues par le conseil de guerre qu^avait institué le gouvernement helvétique. Le rachat des redevances féodales fut réglé dans ce cantoQ sur le pied de vingt fois le produit net de Tannée. A Zurich , le taux était plus élevé; il était de vingt-cinq fois le produit net annuel/

La querelle des dîmes et cens troubla également le canton de Fribourg. Une commune de la Broyé, calle d^Aumont, Ait occupée militairement ei la sédition étouffée dans son germe.

Les événements dont le canton de Zurich venait d'être le théâtre firent sentir la nécessité d'activer l'organisation des milices nationales portées à 15,000 hommes seulemen par l'Acte de médiation. Une commission établie par le iandamman WattewiJle proposait la création d'une école militaire, d'un état-major et d'un fonds de guerre pour toute la Confédération. Ces belles institutions échouèrent en partie conijpe ie mauvais- vouloir des cantons de Vaud et du Tessin, qui

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montrèrent en cette circonstance un canlonalisnie exagéré et prétendirent que l'organisation militaire ne regardait pas le pouvoir central. Napoléon s^opposa aussi formellement aux , ' iDSlitulions projetées. 11 craignait que le dévehoppement des forces militaires ne rendit la Suisse trop forte chez elle, et {larlant, moins dépendante de sa volonté.

Le titre et le pouvoir de premier consul ne sufiisaient plus à rambition de Bonaparte. Il voulut être empereur et se fit sacrer par le pape dans la cathédrale de Notre-Dame , le S décembre 4 804. Sept députés suisses, d'Affry en téte, étaient présents à la céréquonie. lis étaient chargés, par la diète, de traiter avec le nouvel empereur de la restitution des propriétés grisonnes saisies dans la Lombardie et d'autres objets importants. IMIais Napoléon, tout occupé de Tagrandissement de son empire, n'eut pas le loisir de s'occuper des réclamations de la diète. Peu de temps après, l'incorporation à l empire franrais des rèpul)li(iues italiennes et hollandaise causa aux Suisses les plus vives alarmes. On craignait une réunion analogue. Napoléon prit soin de rassurer les esprits par l'organe de son aniljnssailour Vial (jui avait succède à Ney. Pour montrer son bon vouloir, il parut disposé à restituer à la Confédération la vallée des Dappes qui en avait été détachée qtiehpies aimées au[)aravant. Mais une iiuiiscrétion du conseiller zuricois Usteri, qui donna ;i la chose une publicité prématurée dans un journal d'Allemagne, irrita Napoléon et lit manquer la négociation.

Les envahissements de Napoléon ppovoquèrenl une coalition formidable de TAutriche^de l'Angleterre et de la Russie* La diète, convoquée à Soleure par Tavoyer Gloutz, landamman de la Suisse pour Tannée 1805, ordonna une première levée de 5,000 hommes pour la défense des frontières et désigna l'ancien landainman Wattewille pour en prendre le commandement. Celui-ci porta aussitôt à douze le nombre des colonels fédéraux, qui n'était que de quatre auparavant, mit sur pied 26 bataillons, et mérita une épée d'honneur pour la manière décidée dont il préserva les limites de la Suisse menacées par les armées, dvyi^/ol et du Vorariberg. Au début de cette guerre, rareffiTuc Jean d'Autriche, prince bienveillant aux Suisses et ann* de leur historien national Jean de Muller , a\ail promis de respecter la neutralité

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