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du sol suisso si les Français la respectaient de leur côté. Le lundaminan Gloutz envoya son prédécesseur d'Aiïry au premier cot)sul pour demander celte garantie. Mais Napoléon, irrité contre la dièle parce qu'elle avait préféré Wattewille pour commander les troupes fédérales, à d'Aâry qu'il avait désigné pour ce poste, reçut avec colère J'envoyé suisse et refusa la garantie. •
Une autre affaire porta au comble le mécontentement de Bonaparte et eût pu avoir les suites les plus graves pour l'indépendance nationale. Vainqueur de la coalition à Austerlitx, Tempereur des Français avait détaché NeucfaAtel de la Prusse et en avait fait une principauté française en faveur d'un de ses généraux favoris, le maréchal Berthier. Des néf^ciants suisses plus avides de gain que soucieux du sort de leur patrie, jetèrent dans ce pays des masses de marchandises anglaises pour les faire entrer en contrebande en France où Napoléon en avait défendu l'importation sous les peines les plus sévères. Pour calmer l'empereur, le bourgmestre Mérian, de Bàle, qui présidait alors au\ destinées de la Suisse (1806), dut incarcérer les négociants coupables et faire rendre par la diète un décret (jui prohibait l'entrée en Suisse des marchandises anglaises, au grand détriment du commerce indigène.
Les moines de Saint-Gall, jugeant l'occasion favorable pour restaurer leur abbaye-principauté, excitèrent quelques mouvements parmi le peuple de ce canton. Napoléon intervint, maïs en faveur de leurs adversaires. Les moines furent mis en prison et la suppression de rabbayc-princière définitivement prononcée. Elle avait duré 1,200 ans.
Dès le mois de septembre 4803, sous le consulat de d*Affry, la diète suisse avait été contrainte par Napoléon de renouveler la capitulation militaire qui maintenait Tobligation pour les cantons d^entretenir sous les. drapeaux français un corps de 4 6,000 auxiliaires. Mais le peu d'exactitude qae montrait la France à [)a} er les pensions arriérées des anciens militaires et les dispositions hostiles d'une partie des populations rendaient le r€|||[^ment très-difficile dans certains-cantons. Malgré toutes les entraves et toutes les défenses, beaucoup d*officiers et de soldats continuaient à s'enrôler pour i'Espa^iie ou pour i Angleterre. Au commence-
DE LÀ N AnON SUISSE.
ment de l'année 1807, sur 16,000 hommes que la Suisse devait fournir à Napoléon , il en manquait environ 8,000. L'ambassadeur Yial déclara au bourgmestre Reinhard , de Zurich, qui remplissait pour cette année les fonctions de landamman de la Suisse, que Tempereur se verrait obligé d'établir renrélement forcé ou la conscription dans les cantons, si les quatre régiments auxiliaires ne se trouvaient pas au eomplel pour le mois de mai suivant. Il fallut vider les prisons et organiser une pres$e ou enrôlement forcé qui atteignait tous les mauvais sujets et tapageurs d^auberges. On parvint à grand'peine par ces moyens violents à compléter^Ie nombre réduit de i2,0Û0 hommes , qui allèrent rougir de leur sang les plaines de rAlleniagne, les rochers de la Galabre en Italie et les monts Gantabres en Espagne. Prodigues comme toujours du sang des Suisses, les généraux français avaient grand soin de placer leurs bataillons en téte de leurs années où leurs uniformes rouges Ironipaient l'œil des populations elles faisaient prendre pour des Anglais, méprise chèrement payée plus d'une fois par les populations espagnoles et napolitaines.
L'année 1808 commença par de beaux discours a la diète de Lucerne, où Tavoyer Rutlimann, cinquième landamman de la Suisse, et Jean de Montenach , députe de Fribourg, chercbèrent à décorer la servitude présente des images de l'ancien héroïsme. La diète assista en corps à Tanniversairo de la bataille de Sempach, où l'orateur de la féte eut la singulière idée d'associer le nom de Tancien médiateur moral de la Suisse, Nicolas de FiUe, à celui de son médiateur maté- . riel Napoléon.
Napoléon fut moins flatté de ces louanges que de l'attitude belliqueuse que prit la Suisse lorsqu'une armée autrichienne s'approcha de ses frontières (avril 4809). Louis d'Affiry qui, pour la seconde fois, venait de revêtir les fonctions de lan- ' damman de la Suisse , se hâta d'appeler aux armes le contingent des cantons, en confia le commandement à l*avoyer Wattewille et donna des ordres sévères à l'endroit des journaux et des sociétés politiques d'une couleur hostile à la France. Le monastère grison de Sainte-Lucie, dans les caveau^ duquel on avait découvert des tonneaux de poudre à l'adresse des impériaux , fut occupé par les soldats de la Gonfédéra-
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tioii . et révéque de Coire que Ton accusait d'entretenir des inlelii^ences avec le Tvrol autrichien, confiné à Soleuro. Cet armement extraordinaire coûta a la Suisse un million et demi de francs. Napoléon, salisfait du zèle qu^avait déployé Tautorite fédérale, en témoigna sa satisfaction au bourgmestre Reinbard , de Zurich, que d'AiTry avait envoyé le complimenter a Uatislionne. « Si je suis vainqueur, dit-il au député EuricoiSfje joinsleTyroia la Suisse. » « Sire, le Tyrol ne convient pas à ia Suisse ; mieux vaudrait iui donner la ville de Constance et faire du Tyrol un État indépendant à la façon du Valais, o Napoléon ayant laissé entrevoir Tidée qu*il pourrait bien joindre la Suisse à Tempire germanique ou y créer un landamman perpétuel, l'inquiétude s'empara de nouveau des autorités fédérales et ne se calma un peu qu'à la nouvelle que l'indépendance et la neutralité de la Suisse avaient été reconnues au traité de Vienne par l'empereur des Français, lc(juel, à tous ses titres, ajoutait cdui de Médiateur de la Cotifcdaralion .s///.s>c, dans l'acte orii»inal de ce traité.
Celte reconnaisï^ance solennelle de la neutralité helvétique n'empéclia pas les années françaises de la violer peu après à Schairiiouse, comme elle l'avait déjà été au commencement de Tannée par le passai;e d'un ré.^iment français a Hàle. Les plaintes palriotiques du landauiman d'ÂOry deuieurerenl &ans résultat.
Le joug de la France, déguisé en médiation, devenait tous les jours plus écrasant. Le Valais, qui avait été détaché de la répul)li(]ue helvétique en 180i malgré toutes les supplications et les larmes de ses habitants, restés Suisses de cœur, en dépit de toutes les belles promesses et du terrorisme exercé par les généraux français, fut définitivement incorporé à la France au mois de mai iSiO. Le même sort était réservé au Tessin. La douleur du gouvernement et du peuple tessinois, pas plus que les protestations de l'avoyer Wattewille (landamman de la Suisse pour l'année 4 8f 0], ne purent empêcher que ce [)a ys ne fût subitement envahi par les troupes de Napoléon , dans le but d'extorquer à la diôte la cession de ces anciens bailliages italiens. Déjà alors on prit pour prétexte de cette occupation inique le langage de certains journaux et ia propagande des réfugiés lombards dont ce coin de teri c était l'asile. A la tyrannie politique se joignit
bientôt une fyranDie commerdale extraordinaire. Napoléon réclama comme sa propriété toQteç les denrées coloniales ^ qulétaient en Suisse, et par suite de cette mesure inique, SO,vOO familles se trouvèrent sans pain dans les cantons orientaux de la Suisse. Dabs les villes devenues françaises de Genève et de Neucbàtel , on brûla sur la place publique des monceaux de toile, de perça le, de mousseline, de coton filé et de cuirs tannés de provenancë anglaise. La prohibition des denrées coloniales de même provenance obligea les familles suisses à se passer de café et de sucre, ou de substituer à la cojieoinination de ces denrées celle du miel et du cacao. La moindre réclaniatiori dans la presse ou dans la salle des conseils était punie de la suppression du journal ou de l'exclusion du magistrat assez téméraire pour oser élever ' la voix contre l'arbitre des destinées de l'Europe. Mais cette tvrannie, loin d'énerver le caractère de la nation et d'abattre le courage de ses dignes chefs , retrempa tous leurs seotiiDents de patriotisme et de fierté nationale.
Tandis qu'eu France, peuple, armée et magistrature, fascinés par la victoire, baisaient les chaînes d'or que lui imposait le despotisme de ce César d'origine étrangère; pendant qu^un cortège de rois soumis faisait anti-chambre aux Tuileries ou sous la tente impériale, les premiers nés de la liberté se montrèrent dignes d'en être les derniers représentants au milieu de TEurope continentale. « La Suisse, dit un historien, porta sans doute le joug qui pesait sur le continent;
• mais elle resta debout, elle ne rampa point: on la vit asservie,
• jamais servile. x> [^) L'indignation qui remplissait les cœurs fit explosion dans les plaintes éloquentes qu'exhalèrent plusieurs députés à la diète de Soleure (avril 4844], présidée par Pavoyer Grimm, sixième landamman de la Suisse. « Sachons repousser In force par la force, » s*écria le Jeune et chaleureux député Suller, de Zoug. » « Los Suisses, dit le magnanime landamman de Schwytz, Aloyse Heding; les Suisses ne sacrifieront pas pour sauver la vie ce (|ui est le prix de la vie, l'honneur et l'indépendance de la nation. »
Ces paroles et l'attitude de la diète allumèrent la colère de Napoléon. L'audacieux con{iuérant, accoutumé à briser tous les obstacles et qui venait encore récemment de gré- Ci/ Monnard, XVUI.
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cipiter le véoérable pape Pie VH de son trône dans une prison, ne oomprenaU pas la témérité da pelit peuple qui osail loi résister en face. « On me jette le gant, di^il aux députés suisbes qui étaient accourus le félidter sur la naissance de stib fils, le petit roi de Rome. J^enverrai. 50,000 hommes. J*ai écrasé les Russes , je viendrai bien à bout de la Suisse. Un beau jour, à minuit, je signe la réunion de votre pays à la France. » * • .
Mais la fortune, si longtemps favorable à' Napoléon, abandonna tout à coup ses drapeaux. Le géant des combats s'engageaii fatalement dans cette terrible campagne de Russie où, d'une armée de 500,000 hommes, la nioilié fut moissonnée par le froid, le feu et Je fer des Russes. La Suisse, dont les fils se couvrirent de gloire à Poloczk, à Borizoff et au passage de la Bérésina , laissa six mille' braves dans ces plaines neigeuses. La bataille de Leipzig acheva de briser Je colosse en Europe {octobre 1812). Délivrés du joug de Ja France, trois souveiains, Alexandre, empereur de Russie; François I*', empereur d'Autriche, et Frédéric-GuiJIaume II, roi de Prusse, se décident à porter Ja guerre dans ce pays, et leurs généraux se disposent a faire passer une partie de leurs armées par le territoire helvétique. Des députés suisses envoyés aux rois parReinbard (landamman delà Suisse pour la seconde fois invoquent la neutralité. « Il fallait, lui répondent les rois, la faire respecter vis-à-vis delà France; à Theure qu'il esl encore, vos régiments servent sous ses drapeaux. » Toutefois Rèinbard etia diète se flattaient de l'espoir que la neutralité ne serait pas violée. Sur les instances du petit*consetl ide Berne inspiré par le patriotisme de l'avoyer de Mullinen, Reinliard se décide avec peine à lever 43,000 hommes, dont le commandement est confié de nouveac^à l'ancien landamman Wattewille, connu par sa bravoure à Neuenegg, sa résolution pendant les troubles de Zurich en 1 804 et par les commandements fédéraux dont il avait été honoré en 1805 et 1809. Cet officier réclame inutilement des levées plus considérables et Ja remise des pleins-pouvoirs nécessaires dans Ja circonstance. Pendant ce temps, la question de la neutralité suisse s'agitait sous Ja tente des rois alliés. César de Laharpe, Tancien précepteur d'Alexandre, et un autre patriote vaudois, le général Jomioi , de Payerae, plaidaient avec chaleur contre
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la violation du lerriloire helvéii(|ue. Un comité réactionnaire, présidé par le comte Saiis-Soglio et dont faisait partie le fameux écrivain politique Gharles-Louis de Hailer, pressail, au contraire, rentrée des grmées autrichiennes, « attendues, diaaitril, avec impatience par ie peuple et dont Tintervention était pour le moins aussi légitime que celle des Français eu 1798. » Le cemité réactionnaire l'emporte; 160,000 Autrichiens s^approchent de Béle comme autrefois les Armagnacs. Les soldats d^ Wattewille, pleins de courage et de patriotisme, demandent è combattre et à mourir comme leurs ancêtres à Saint- Jacques , ces thermopyles helvétiques. Peut-être n'eussent-ils- pas eu môme besoin de combaltre et le seul aspect de ces 12,000 Suisses décidés à faire le sacrifice de leur vie eût-il sulïi pour commander le respect à des souverains généreux et les éloigner des frontières suisses. Mais Wattewille , trop prudent pour présenter le condjat avec 12,000 hommes contre 160,000, et craignant d'attirer par une défense inutile les malheurs de la guerre sur la ville de Bàle et la Suisse en général, se replie avec son armée et la licencie par une proclamation (lui fait couler les larmes de la colère et du désespoir sur les joues de ces braves. Un grand nombre brisent leurs armes de rage et de douleur. Chargé de défendre le passage du Rhin à Ëglisau, le vaillant colonel vaudois Guiguer de Prangins refuse de se retirer sans avoir reçu un ordre écrit du général en chef.
Le passage des troupes autrichiennes s'effectua alors sans difficulté à travers la Suisse et par les villes de Bâle, Berne, Fribourg, Lausanne et Genève (du SI au 30 décembre). Ces troupes observaient une e^iacte discipline; mais la fièvre jaune et d'autres contagions qu*elles traînaient à leur suite, engendrèrent une grande mortalité et firent beaucoup de victimes. Le passage des Autrichiens eut des suites non moins graves sous le rapport politique. Malgré la bienveillance de l'empereur Alexandre, dont les intentions libérales avaient pour représentant à Zurich le noble et spirituel comte Gapo d'Istria , l'influence des souverains alliés s'exerça en partie dans le sens du comité réaclioimaire de Waldshout.
A Berne, un envoyé du gouvernement autrichien, le comte de Senfl-Pilsach, engagea par ses menaces le gouvernement à se dissoudre , et lit nommer un gouverncuient provisoire