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par leurs devanciers de l'Acte de médiation. L'école primaire de Fribourg, fréquentée par 400 enfants de toutes les classes de la population, rivalisait en célébrité et surpassait peutêtre en résultats pratiques les établissemeats de Pestalozzi à YverdoD. Le père Girard, âme de lous ces progrès el de toul ce mouvement des esprits, était parvenu à réunir auloord'ane pensée d'utilité publique raristocratie fribourgeoise, et avait fondé une nouvelle société économique doni le général Gady Ait le premier président en 4813. Mais des inspirations moins généreuses, et les progrés de rultramontanlsme firent évanouir ce beau zèle et amenèrent une série d'événements funestes pour le canton de Fribourg et pour la Suisse en général , dont* toute la partie catholique était travaillée alors dans le même sens et par le même esprit
Malgré leur suppression par le pape Clément XIV, les jésuites u^avaienl pas cessé d'exister en Valais et ailleurs sous une forme latente et mystérieuse. A l'époque de leur rétablissement officiel par le pape Pie Vil, en 1814 , les jésuites du Valais demandèrent à être reçus à Soleure et à Fribourg. Le grand-conseil de Soleure eut le bon esprit de rejeter leur demande à perpétuité, elépargna ainsi à son cantonles maux dont souffre aujourd'hui le canton de Fribourg. Le grand-conseil soleiirois ne fit, au reste, que de se rendre aux vœux des professeurs ecclésiaslifjues du canton, qui avaient déclaré ne pas consentir à enseigner a côté des jésuites. L^évéque du diocèse de Constance dont dépendaient alors Soleure et neuf autres cantons suisses, le noble et libéral Wessenberg, approuva la conduite du clergé. Déjà mécontent des réformes que ce prélat avait entreprises dans son diocèse, le nonce Testaferrata Faccusa d'hérésie à Rome, et fit si bien auprès des gouvernements cantonaux, que ceux-ci , séduits par la promesse d'un évécbé national , demandèrent et obtinrent d*étre détachés du diooèse de Constance. Jf aïs la promesse d'un évèché national ne se réalisa point. On forma seulement deux évéchés nouveaux, ceux de Grisons et Saint-Gall (4824), et de BAle (4828) sur les ruines du diooèse de Constance. La mémo accusation d*hérésie portée à Rome contre le père Girard, ami de Wessenberg, écarta le savant cordelier du siège épiscopal en 1815. Levéque Yenni, qui fut élu à sa place, rétablit la fête d'actions de grâce que Ton célébrait autre(ais en mémoire de
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la victoire des catholiques à Villmergen (1817), travailla activemeQtàrintroducliondesjésuites(t818j, elcondainuala Méthode mutuelle dont se servait le père Girard dans soa école (1822). Uo graad nombre de pères de famille, soutenus fUir les hommes les plus éclairés de la magistrature et du sacerdoce (^)i cherchèrent en vaio à éclairer le gouvernement sur les suites incalculables que pouvait avoir Tadoiission des jésuites. La demande d'un sursis adressée parie gouveroemeut de Berne, alors Vorori fédéral^ n*eu( pas plus de succès. Entraîné par Tavoyer régnant Philippe Gottrau de la Riédera^ Thomme le plus dévoué aux jésuites qu'il y eut dans le canton de Fribourg, le grand-oonseil prononça leur admission par 69 voix contre 42, et décidai cinq années après, la suppression de la Méthode, c*est-à-dire de Kécole du père Girard, par une majorité plus forte encore, 79 contre 35. Immédiatement après la première décision , six conseillers d'Etat publièrent une protestation rédigée par Charles Schaller, et qui se terminait par ces paroles prophétiques : « L'union, cette première base de toute pri)S()érilé publique, est détruite à jamais. » La prédiction faillit se réaliser au moment même où ces décisions furent connues du peuple. A deux reprises , les citoyens exaspérés songèrent a s'opposer par les armes à leur exécution. La première fois, le soulèvement ne fut comprimé que par les mesures de précaution que prit l'autorité, informée à temps du plan des conjurés. La seconde fois , la guerre civile fut prévenue par le digne religieux lui-même , qui , pour empêcher de nouveaux conflits, se retira dans un couvent de son ordre à Luceme. Les jésuites, dès lors, eurent le champ libre à Fribourg. Cette ville, devenue leur métropole intellectuelle, vit affluer dans ses murs des prosélytes de tous les cantons, et se mit à bètir des palais pour les jeunes gens qui venaient des diverses parties de TEurope y puiser, avec les éléments des lettres, la haine de la philosophie moderne et de la tolérance religieuse.
Les égarements de Tesprit religieux n*é(alent pas particuliers aux populations catholiques; ils se retrouvaient à un plus haut degré encore chez certains sectaires protestants
(4) L'avoyer Werro, les conseillers d'État Charles Schaller, Jean do Montenacli, Fti« IX^my^ \» ciianoiDe Ponlaine, l'avocat Laaderaei» elc, etcu
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de Berne et de Zurich. A Wildenspuch , village de ce dernier canton, une famille entière donna le hideux spectacle de ses membres se crucifiant les ans les autres pour imiter la passion de notre Sauveur el renouvelant ainsi les scène» déplorables des anabaptistes au seizième siècle.
Pendant que des fanatiques abusaient à ce point de la liberté religieuse, quelques gouvernements en réprimaient sévèrement jusqu'aux roanitotations les plus naturelles et les plus légitimes. Une loi vaudoise du Si mai défendait tout culte et toute réunion de prières en dehors du service ordinaire de TEglise nationale. Un historien dont nous avons eu souvent Foccasion de répéter le nom et les paroles dans ces pages, M. Monnard, alors au début de sa brillante carrière de professeur et de publieisle , fut suspendu de ses fonctions pour avoir inséré un article de son ami M. Alexandre Vinet, professeur à Bàle, sur la libre manifestation des convictions religieuses (182D). Dans les canlons protestants comme dans les cantons calhohqiies, celui qui changeait de religion perdait son droit do bourgeoisie. Tel fut le sort du fameux écrivain politique el conseiller bernois Charles-Louis de Haller, petit-fils d'All)ert de Haller, qui abjura le protestantisme au chAteau de Jetschwyl , entre les mains de révùquo do Lausanne (1818). Une sévérité excessive s'exerçait contre les publicistes assez hardis pour critiquer les arrêts sacrés du pouvoir ou la personne inviolable des gouvernants. Coupables de délits de cette nature, le savant journaliste et statisticien tessiuols Franscini, et le célèbre philosophe lucemois Troxier, expièrent leurs faules, le premier par la suspension de son journal, le second par la prison et Texil (i8U). La feuille libérale que publiait Tinfa* tigable conseiller Ustéri è Zurich, et celle que le spirituel Zschokke faisait paratire à Âarau, fUrent proscrites è Berne et dans plusieurs cantons.
La censure et la police de la presse en Suisse n'étalent point encore assez sévères aux yeux des gouvernements monarchiques. La Sainte^A^ane$qvLe les souverains de FËurope avaient formée entre eux au congrès de Vienne, sous llnspiralion libérale et religieuse de l'empereur Alexandre, avarit tlégénéré en une coalition toute politique et matérielle; elle ne servit qu'à bâillonner leâ peuples que lenthousiaste em^
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pereor s'était proposé de régénérer. Associée par les rois à lear sainte-alliaDce, la diète chercha à s*en rendre digne par ses eonehisum ou décisions sur la presse et sur la poUce dm éêrangerSf nom sons leqœl il faut entendre les réfugiés politiques qui venaient alors comme toujours chercher un asile au pied des Âlpes et du Jura. Les gouvernements cantonaux ne restèrent pas en arrière de la diète et grevèrent les jour^ nanx d'énormes droits de timbre et d'autres mesures fiscales qui n'eurent d'autre effet que d'ôter aux citoyens le droit d'exprimer leur pensée, sans offrir aucune garantie réelle pour la moralité et la capacité des écrivains politiques. Seul, donnant un bel exemple à ses confédérés, le gouvernement de Bâle persista à maintenir le droit d'asile, qu'il envisageait comme une des plus belles prérogatives d'un État libre et comme le devoir d'un peuple républicain placé par la providence entre les grandes puissances monarchiques de l'Europe.
Puissante pour comprimer et créer des entraves, la diète l'était rarement pour faire le bien et pour réaliser les réformes les plus indispensables. Elle ne vint pas à bout de régler le sort des malheureux heimathloses , ces parias de l'âge moderne et dont l'existence était une tache pour la liberté suisse, comme le maintien de l'esdavage est une honte pour l'indépendance américaine. Elle ne parvint pas davantage à introduire un système monétaire uniforme, ni à abolir les péages intérieurs et les prohibitions de denrées de canton à canton , mesures aussi funestes à la prospérité du pays que contraires aux sentiments de fraternité qui doivent animer les fils d'une commune patrie. L'année 4817 est restée gravée dans le souvem'r d'un grand nombre de familles , par la disette sans exemple qui désola des contrées entières et réduisit le tiers de la population glaron» naise à un si affireuT dénuement, qu'on vit des malheureux se nourrir pendant des mois de l'herbe des champs comme de vils animaux. Les barrières cantonales ne tomberont point devant une telle infortune et ne contribuèrent pas peu à * faire du canton de Glaris l'Irlande de la Suisse. Des années pluvieuses qui avaient fait manquer les récoltes, avaient amené cette épouvantable misère, due aussi en partie à l'imprévoyance et aux habitudes de luxe des ouvriers glaronnais. Taut que les circonstauces leur avaient été propices, ils avaient
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dissipé leurs profits à l'achat de comestibles et de vins d'un prix élevé, dédaignant le pain bis et le petit vin des côleaux zuricois qui avaient suffi aux goûts simples et économes de leurs pères. L'impuissance de la diète se trahit encore dans la querelle qui s'éleva entre Berne et Vaud au sujet de l'impôt que le premier de ces cantoos avait établi aur les vins de raiilre* Ëavisagé par Berne comme uq léger droit de coDSommation , cet impôt ou ohmgeld paraissait, au oontraire, aux Vaudois, une violation de l'article M du pacte fédéral, qui garantissait le libre achat des denrées, des produits et des marchandises indigènes. Us invoquèrent le droit fédéral, aux termes de l'article 5 de ce même pacte, qui soumettait à Tarbitrage des cantons toutes les contestations qui s'élevaient entre les États confédérés. Mais Berne déclina la compétence de la d^te; il opposa plus tard la même fin de non recevoir aux justes prétentions que disait valoir TÉtat de Soleure, créancier des anciens évéques de Bàle , dont Berne avait hérité les charges avec le territoire en 18<5.
Contradictions, déchirements, discorde, voilà, selon Zschokke, l'image de la Suisse de 1815 à 1830. Ce tableau est cependant un peu noir et se ressent peut-être des préoccupations de l'auteur, qui ne voit que le côté politique et ne tient pas toujours assez compte des progrès intellectuels et économiques.
Au point de vue même purement politique et national, on doit à la diète de ce temps une amélioration importante. L'organisation militaire, ce palladium de l'indépendance helvétique, reçut les développements dont l'Acte de médiation avait sans doute posé le principe, mais sans pouvoir l'appliquer à son gré ni dans toute son étendue. Le conseil de guerre fédéral, l'école militaire de Thoune, les travaux de triangulation et les divers règlements organiques de Tarmée suisse remontent aux premières années de la Restauration. Le môme temps vit s'élever deux monuments grandioses, le Lion de Luceme et l'Obélisque de Morat, signes oculaires de l'enthousiasme à la fols patriotique et chevaleresque qui s'était emparé des gouvernements et des particuliers pendant la première période du régime aristocratique de 4815 à 4830.
Les monuments et les institutions dont le régime de 4845
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dota la Suisse étaient de nature à flatter le sentiment national. Mais ils ne pouvaient faire oublier au peuple les droits dont il avait joQÎ avaat cette époque e( dont i^avait dépouillé UDC restauration accomplie par la violence et avec l'appui des puissances étrangères. IJ y avait d'ailleurs dans tous les cantpns des mécontents, ardents à lui rappeler ses droits et à nourrir dans son esprit le désir légitime de les recouvrer à la première occasion. Ces idées se disaient jour dans les entretiens journaliers et dans les feuilles publiques, qui toute mutilées qu'elles fussent par la censure, trouvaient encore moyen de faire entendre bien des choses à leurs lecteurs^ Les nomtireuses sociétés politiques, les réunions de savants, de philantropes et de carabiniers cantonaux et fédéraux qui se formèrent, étaient encore autant de centres d'opposition, autant de foyers d'idées libérales et démocratiques contre lesquelles raction des gouvernements était à peu près nulle. Ces derniers, divisés d'ailleurs dès le premier jour, étaient en proie à des luttes intestines (|ui favorisaient singulièrement les progrès du parti contraire. Tandis qu'une partie des gouvernants, dominés par l'esprit du jour et cédant à des considérations de justice ou de bonne politique, voulaient ouvrir leurs rangs aux hommes influents de l'opposition et consentaient aux réformes les plus urgentes, les autres, imbus des préjugés ou jaloux des intérêts aristocratiques, ne voulaient entendre à aucune concession et tenaient mordicus à leur pouvoir et à sa prétendue transmission de droit divin.
Les principes de ces derniers se rapprochaient beaucoup de ceux des légitimistes de France, comme les doctrines des libéraux suisses, dans les cantons français surtout, avaient aussi maints rapports avec les idées des libéraux de ce pays. On a voulu établir une solidarité entre les deux libéralismes et prétendu même que la révolution parisienne de juillet 1830 avait produit les révolutions suisses de 18.30 et 31. C'est une grave erreur. La révolution suisse était le résultat inévitable et la réaction naturelle de la contre-révolution opérée en 481 4. La seconde révolution française n'a point enfanté le mouvement démocratique de la Suisse, puisque ce mouvement s'était produit dans plusieurs cantons bien avant les journées de juillet et antérieurement môme à ranoée 18;i0.
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L^inipulsion démocratique partit surtout du canton de Lu^ oeme. Le courageux docteur et philosophe Troxler, dont les persécutions n^avaient fait qu'eoûammer le zôie démocratique, avait pris occasion de son appel à la présidence de la société helvétique de Schinznach pour réclamer rétablissement de la souveraineté populaire, au nom de la vertu, de la dignité humaine, comme un héritage précieux des ancêtres et une conquête faite par le peuple au prix de son sang. Fortifié par son alliance avec le célèbre écrivain Zschokke, qui rédigeait à Âarau le Ménager suisse, feuille très-répandue et très-accréditée parmi le peuple, Troxier acquit une influence toujours plus grande sur les esprit et en eût exercé une bien plus grande encore s'il n'eût joint aux plus beaux dons de l'intelligence et du cœur une irascibilité de caractère qui le rendait amer, personnel et lui faisait souvent dépasser les bornes.
Provoquée en partie par un écrit qu'il publia à cette époque, une révision partielle de la constitution eut lieu à Lucerne en février 1829. Mais celte révision, faite dans un sens conciliant, sous rinfluence de trois membres du gouvernement, déjà chefs alors du parti libéral lucernois (M. Jacques Kopp et les frères Ëdouard et Casimir PfyfTer] , accordait à la campagne une représentation égale à celle de la ville, et non point une représentation proportionnelle par tète, comme le voulait le démocrate Troxier. U s'éleva avec force contre ce système, sans se demander si ce régime démocratique complet qu'il voulait introduire ne conduisait pas tout droit à la théocratie.
La même année, Âppenzell-Extérieur, troublé par des factieux, rentrait dans Tordre à la voix du sage landamman Sidier, de Zoug, envoyé du Yorort, et révisait sa constitution dans sa landsgemeinde du 26 avril.
La question de la révision agita aussi avant 1830 le can- * ton du Tessin, où les hommes restés dès lors à la tôte des affaires tessinoises , les Luvini , Franscini, Pioda, parlaient et écrivaient en faveur des élections directes, de Tamovibilité des fonctions, et soutenaient l'ancien landamman Maggi dans sa lutte contre le iandainnian Quadri, chef du parti des privilèges. La cause de la révision, vaincue d'abord dans la séance du %0 juin i 829, remporta une année après dans la