‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 8 sur 34 · HI8T01EI · texte numérisé non relu

HI8T01EI

qui avaient attaqoé dans lenrs écrits la papauté, les indulgences , la confession , et qui refusaient de se rétracter. Le premier fut brûlé le 16 juillel 1445; le second, le 30 mai de Tannée soivanfè. Tous deux subirent leur sort avec un calme héroïque , en invoquant le w^m de Jésus. Lo duc Frédéric d'Autriche encourut aussi rigueurs de rassemblée de CSonstanee. Son crime était d'^ir pris le parti d'un des trois papes déposés par les pères du concile (Jean XXII) et d'avoir refusé è I empereur Thommage qu'il lui devait comme prince d*Allemagne. Pour punir sa désobéissance opiniâtre, le concile prononça contre loi l'excommunication majeure. L'empereur le déclara coupable du crime de lèse-majesté envers sa personne et. envers Tempire, le dépouilla de ses droils de souverain et dq^es fi%fe. Tofis les sujets de Tempire fôrent sonimés de preffffre les armos contre le duc; la mêuje sommation fut iidressée aux Cnnfé<l(TÔs. L'<Mnperenr engagea la ville de Schaflhouse c) se délather du duc, son souverain, et promit de lui rendre la liberté impériale dont elle avait été dépouillée par Louis de Bavière au siècle précédent. Les Schaffhousois saisirent avidement cette offre de liberté. Jaloux d'obtenir le même avantage, Constance, Frauenfeld, Diessenhofen , Winterthour et presque toute la Thurgovie prêtèrent serment d'obéissance à l'empereur.

Mais les Confédérés se faisaient un juste scrupule de violer' une paix qu'ils venaient de conclure avec le duc pour cinquante ans. L^assemblée des pères de TÉglise, il est vrai, les absolvait de lout péché, et l'empereur leur promettait la propriété perpétuelle de tous les pays autrichiens dont ils feraient la conquête. Mais les députes des Waldsiœlien , de Zurich, de Zoug, de Lucerne et de Claris, assembles en diète, le 30 mars, à Bcfigenrioci. répondirent : « Nous ne sourions nous persuader qu'un manque de foi puisse jamais être louable. » Le bourgmestre de Zurich, Henri Meyss, fut même envoyé à l'empereur pour le prier de se désister de ses ordres.

Berne fut d un autre avis. L'occasion lui paraissait favorable pour étendre sa domination et pour affaiblir la puissance de l'Autriche dans ^n voisinage. Cet État chercha eo vain à entraîner Zurich. Malgré les menaces du concile et les messages répétés de l'empereur, les Confédérés hédtaieni encore. «

Digiii^cd by C'

M LA HATIOll SUISSE. 4 33

Berne le premier lève l'éteDdard et marche sur l'Ârgovie avec ses alliés de Soleure, Neoobétel , Bienne et Neuvevîlle. Il est suivi par Zurich , puis par Lucernia et enfin par tons les Gonrédéré^

A la nouvelle de cet armement et de la disgrâce de Frédéric , leur souverain , les villes et la noblesse de l'Argovie setaient assemblées à Sursée. Les députés des villes proposèrent de former une alliance de toutes les parties de l'Argovie pour la défense commune, et de demander alors l'entrée de ce pays dans la Confédération suisse comme État distinct et libre. Mais les seieneurs aimaient mieux avoir un prince pour maître que les bourgeois pour égaux. La conférence se sépara sans avoir pris aucune décision. Alors les villes résolurent de se placer sous la protection de la Confédération. Mais il était trop lard; car à peine les députés des villes s'étaient-ils mis en route « 4|u'iis virent sur toutesie» buteurs se déployer les bannières et les bataillons des Gon- IMérés. Ils retournèrent chez eux pleins de tristesse.

Les troupes bernoises marchèrent sur Zofingue , harcelèrent la ville pendant quelques jours « et la forcèrent enfin à quitter le parti du duc pour prêter serment de fidélité ^ l'empire et à Berne. A droite de Zofingue on voyait sur le soimuet d'un rocher quatre forts appelés les Wyckcn ; les Bernois en prirent trois, les Lucernois forcèrent le quatrième. A gauche se trouvait Aarbourg, petite ville au bord de TAar avec une forteresse; les Bernois sVnjparèrent de l'tine et de l'autre, ainsi que des deux Wartbourg, forts d'observation construits sur les sommets de deux montagnes voisines. De là ils marchèrent sur Aarau. Celte ville se rendit» malgré l'opposition d'une partie de ses citoyens , sous la réserve de ses franchises et en invoquant la protection de l'empire et des villes de Berne et de Soleure. Brougg et Lenzbqurg capitulèrent également, ainsi queTrostbourg qui fut ravagé par le feu, Rooed, Brounegg et d'autres lieux en-* core. Dans Tespace de quelques semaines, les Bernois conquirent dix-sept villes el forteresses avec un vaste et riche territoire. Ils durent ce succès à la rapidité de leurs opéralions. Ils ne perdirent en tout que quatre hommes; ce fut devant le château de Wildegg , où les vaillants seigneurs de Hallwyl firent une vigoureuse résistance.

HISTOni

Sur ces enlrefailes, les bannières de Lucerne s'étaient avancées par Sursée et avaient soumis !es rives supérieures de la Sour, de In Wiggern, de l'Aa et de la Wiona; elles s'arrêtèrent aux dernières limites des coD((liétes des Bernois. Du càié de !*orieDt, elles oenquîrent la contrée fertile où se trouvent Retchensée, Mayenberg et Villmergeo. ^

Les Zuricois, de leur côté, avaient passé TAlbis et forcé le bailliage libre de Knonau.de leur jurer ûdélilé. Une partie de leurs troupes étaient descendues le long de la Liramat, du côté de liatien on Arj^ovie, et jivaionl pris Dietikon.

Dans la contrée où la Limmal et la Reuss se rapprochent de l'Aar, les troupes des se[)l cantons se rencontrèrent et firent en commun la conquête de ce qui restait encore à l'Autriche dans ce pays; c'était Mellinyen , Breniijarten et Baden. Meilingen, fidèle au duc, se défendit pendant quatre 'jours; Baden tint ])li)s longtemps, parce que le château de Stein, qui défend cette ville, renfermait une forte garnison, commandée par le brave seigneur deMannsberg; mais lorsque les machines des Bernois eurent renversé une partie des murs, et que Teau commença à manquer aux assiégés, le château se rendit et fut ruiné. On vit briller au loin la flamme de cet antique manoir.

Pendant le siège de Baden , l'empereur, qui s^étaH laissé fléchir par le duc d'Autriche , se repentit d'avoir provoqué rintervention des Suisses, et leur envova Torilre de remettre Baden et TArgovie a rcinpire. Mais les Suisses refusèrent de se dessaisir du fruit de leur prise d'armes, et grâce a quelques milliers de florins, et au brillant accueil (pie reçut Tenripereur Sigismond dans leurs villes, ils en obtinrent la confirmation de leurs conquêtes et u^éme la renonciation du malheureux Frédéric, abandonné de tous ses sujets, hors des fidèles habitants du Tyrol et de la Forét-Noire.

Les Confédérés ne songèrent plus qu'à organiser les pays conquis ; aucune voix ne s^éleva parmi eux pour demander que TArgovie devînt libre et formât un État de la ligue, comme Zoug et Glaris. Berne , Zurich et Luoeme gardèrent chacun leurs propres conquêtes avec tous les droits que la maison d'Autriche avffil exerces. Les pays soumis par les Confédérés réunis ['] formèrent des bailliages coinmuns a

(I) G'est-è-dire les baiUiagti Ubra (Freyenamt) ayec le Wagenibal.

DB LA MAl'lOM SUiSS£. I 3«'>

tous les États confédérés, sauf Berne et Uri. Berne fut exclu, parce que ses armes avaient (Jéjà trop étendu son territoire. Un refusa nobiemeiU de prend*» part a un pm-larje qu'il envisageait conrïme une injustice. « L'empereur, dirent les gens de cet État, s'est réconcilié avec le duc Frédéric, fieodons plutôt à Tempereur ce que nous venons de prendre, afin qu'il rende au duc ce qui lui appartieni; car c'est pour Tempereur et non pour nous, que cette guerr%a été faite. Hetlous , comme nos* pères la loyauté au-dessus de tout le reste. 9

Les Confédérés rirent de ce scrupule : « Que ceux d^j^ri

sont délicats! 11 faut qu'ils se distinguent toujours par quelque bizarrerie. « Ils décidèrent que,^uisqiie Uri^ refusait sa pari, Zurich, Lucerne, Schwylz, Uoderwald et Giaris fcririent gouverner, tour à tour, peiKinnt deux «uis , les hailliai^es communs, et que ch.KiueNuuiL'e des députés de ces cantons examineraienl iadmioiâtiation et les complét^de ces préfectures. #

L'époque de la conquête de TArgovie ouvre au peuple suisse des destinées nouvelles et glorieuses en apparence. Occupée jusque-là à défendre son territoire et son indépendance contre un ennemi redouté, la Confédération victorieuse tt conquérante va prendre rang parmi les États européens. Mais cette gloire et celte puissance, en éveillant au sein des peuples et des Étals confédérés Torgueil , Tambition, la cupidité, détruisirent la simplicité , l'union et la loyauté du premier âge, et pré[)arerent au pays des calamités sans nombre. « Le nouveau siècle, «lit un historien suisse a comniencé avec les coïKpjélcs et les guerres civiles; il finira pa^ les guerres mercenaires. » « La guerre d'Argovie , dit Jean de Muller, en foulant aux pieds le principe de Tegalité républicaine , souille la robe d'innocence de la Confédération primitive. »

Baden avec Mellingen et Bremgarton furent dévolus on commun nux huit canions. Six cantons seulement curent part au t;ouvernement do Rei-

Îheosée, Mayouberg, Vilimergen. SeDleoce de la diôte de Berne en 4435. [(4) Geiser.

mSTOIEB

xxu.

Lêa sept dixains du Valais alliés des Suisses. — Premières guerres d'Italie. — Conquête de la Léveatine.

(De ian 4448 d 4430.)

ENDANT que la conquête de TArgovie étendait au nord, vers le Rhin et l'Allemagne, les frontières de la ConfédéralioD, une autre conquête, celle de la Léventîoe, reculait ses limites au sud, audelà des Alpes et vers lltalie. La première occu* patioD de la Léveotine remonte à Tannée 1403, où une querelle de marchands de bestiaux, à la foire de Varôse, attire les armes suisses sur cette partie du Milanais. Une autre querelle du même genre donne lieu è l*occupalion de Domod'Ossola en 1410. Le duc de Milan ne pouvant se décider a ^ laisser aux Suisses la possession tranquille de celle vallée, la vendit au duc de Savoie. Celui-ci envoya à Domo-d'Ossola des troupes qui traversèrent le Valais. Guiscard de Raroi>ne, capilaiue eénéral de ce-pays, leur montra le chemin à travers les montagnes; la garnison suisse de Donio, trop faible pour résister avec avantage, fut obligée de se retirer.'

Le sire de Rarogne ne put s'empêcher de dire à cette occasion, que s'il avait fait partie de l'expédition, aucun Suisse ne serail resté en vie. Ces paroles orgueilleuses aigrirent les hommes d*UnderviraId et leurs frères d*Uri. Ayant en vain porté plainte contre le seigneur de Rarogne auprès de la ville de Berne où il avait droit de cité, ils s'adressèrent aux dtxains du Haut- Valais, leurs voisins et alliés ('^. Ceux-ci avaient déjà des griefs contre ce seiiineur; ils lui reprochaient l'alliance qu'il avait faite avec la Savoie, sans leur consentement; ils l'accusaient, ainsi que les grands du pays, de violer

[{) Les sept dixains du Haut-Valais sont : Rarogne, Louche, Viège, Sierre, Sien, Conches, Brigue. Lo Bas-Valais formait une province savoisienne. L'origine du nom de diœairu a été divergement indiquée par les auteurs. G*e8t probablement un reste de la division territoriale introduite

|wr les Francs, en comfcs , districts, dixains. On no connaît pas la date de la première alliance des dixains avec, Uri et Underwald, qui remonte au quatorzième siècle. La première alliance avec Berne remonte k 4!iô9.

les anciens droits et de vouloir réduire le peuple sous le joug de Tesclavage. Les babitaots du dixaiu de Brigue 8*éiiiurent| et TexaspératioD croissant dans le pays , la mo^jce fut levée contre le sire de barogne. La mazze, symbole bizarre et terrible de la vengeance po[)ulaire, était une énorme massue sur laquelle on taillait un visage hmiiain avec l'expression de la tristesse, et que l'on entourait de verges et d'épines. Cette Ionique image, fiiiurant la justice opprimée, était placée eu évidence sur une place pul)!i(iue. Lorsque le peuple, accouru en foule, faisait cercle autour de la statue, un homme hardi s'approchait en qualité de chef de la mazze, et se chargeait de porter la parole pour elle. Beaucoup de gens du peuple, s'adressant à la triste image ^ lui demandaient : ^Mazzt^ pourquoi es-tu si triste? Mazze, pourquoi es-tu venue ici? » On lui disail aussi : « Mazxe, nous voulons te porter secours; mais dis-nous contre qui. Est-ce Tbum, est-ce Âsperling, est-ce Hennegartent » Lorsqu'on venait à désigner le seigneur qui était l'objet do courroux populaire, le chef de la mazx9 inclinait la statue. Alors, chacun de ceux qui prenaient parti pour la justice opprimée, s'approchait de la mazze et y plantait un clou, en signe d'adhésion. Cette fois-ci, lorsqu'on vint a nommer le seigneur de Rarogne, la mazze fit^ un mouvement afrtnnatif et s'inclina pi ofondément. On la porta ainsi de village en village dans tous les dixains du Valais, en disant que la mazze se rendait vers le capitaine général, vers tous ses adhérents et vers son neveu l'évéque de Sion.

Lorsque le seigneur de Harogne vit tout le peuple soulevé, il s^enfuit en Savoie et implora Tassislance d'Amédée VIII, qne Tempereur Sigismood venait d'élever à la dignité ducale. Mais pebdant que celui-ci était occupé à faire ses préparatifs de guerre , les Valaisans réduisirent en cendres le grand château et la tour bâtiif au-dessus de Sierre ('], et la foteresse de Tévéque qui dominait Loëche; ils assiégèrent son château fort de Beauregard , situé sur le haut d*un rocher, voisin de Ghippis; ils ruinèrent toutes ses propriétés. Le duc de Savoie, arrivé trop tard pour défendre son protégé, mais assez tôt pour le veoger, s'empara de la ville de

(4) Bourg Umitrophe entre la partie française et la partie atlamande da Valais.

1 38 BiSTonti

* SioD, qui fut prise une secoodb fois TauDée suivante par Rarogne lui-môme à la iéte d'une Iroupe d'OberlaDdais ,

• voisins et ennemis des Valaisans.

Battu une seconde fois et obligé de s^enfutr de nouveau , le seigneur de Rarogne supplia ses concitoyens de Berne de le soutenir et de le sauver. Les Valaisans, de leur côté, s'adressèrenl à ceux d'Uri et d'IImlerwald , avec la promesse de leur aider à reprendre la vallée d OssoIa qui touche au Valnis. Sur le champ, les troupes d'Uri et d'Utulerwaid passèrent Ivs hautes Alpes; celles de Schvv\lz, de Lurerne et de Zurich les suivirent; les Valaisans fraijchirent les Al[)es sur un autre point, chassèrent le célèbre iîéneral Carmagnole, et toute la vallée d'Ossola fut reconquise (1417).

Berne avait refusé de marcher avec ses Confédérés, et ne 8*en tint pas là. 11 prit en main les intérêts du sire de Rarogne et demanda qu'on lui rendit justice. L'empereur intervint également en sa faveur. De longues négociations s'en suivirent. Les Bernois voulurent marcher contre le Valais et sommèrent les autres Confédérés d'en faire autant; Uri, Underwald et Lucerne sommèrent, au contraire, Berne de marcher avec eux contre Ha rogne. Une f?uerre civile faillit à éclater parmi les cantons. Pour prévenir ee malheur, les Étals neutres convoquèrent une diète à Zurich, où après avoir entendu les amis et les ennemis du seigneur de Rarogne, ils arrêtèrent : « (pi'avant tout, les Valaisans restitue- » raient à leur seigneur tous ses biens; puis, de son côté, qu'il ferait droit a leurs plaintes. »

Les chefs valaisans ne voulurent pas se soumettre à cet arrêt et engagèrent le peuple à une résistance opiniâtre; ils rassemblèrent des gens armés, entrèrent dans i'Oberhasli, d'otr ils emmenèrent des troupeaux de moutons, alléguant qu'aidé par des gens de FOberfand , le seigneur de Barogne avait envahi le isol valaisan, et y avait exercé des ravages. Berne usa de représailles. Schvvytz et Zurich tentèrent encore une fois de terminer celte querelle à Pamiable; mais les Valaisans ne vouhjrent rien entendre, préleraut la guerre à un arranuemenL equilal)le.

Enfin, l(*s Bernois, renforcés par les bannières de Fribourg, de Soleure, de Neucliàtel et d'autres, en tout 13,000 hommes, franchirent les hautes Alpes et entrèrent par le Sauetsch,

DB LA NATIOM lUISSB.

du coté (le Sierre , dans le district valaisan de Gonches. Ils reçurent aussi du secours de Schwytz, tandis qu'Uri et Underwald n*en envoyèrent point aux Valaisans, dont ils blâ- ^ maient l'opiniâtreté. Beaucoup de villa^^es devinrent la proie^ des flammes, La terreur se répandit dans le Valais.

Un simple paysan, Thomas InderbUndt, rendit le. courage/ à ses concitoyens. II se place en embuscade an village cf Ulrichen avec 400 Valaisans courageux , et au moment où les Confédérés passent, il se jette à Tiroproviste avec sa troupe sur leurs nombreux bataillons. SOO Valaisans, commandés par un prêtre palriote, le chapelain Minnichow, fondent d'un autre côté sur rarniée herncise. Inderblindl et Minnichow eomballirent en héros; le pretnier fit mordre la poussière à quarante Bernois; à la fin il tomba lui-môme sur leurs cadavres. Les Bernois commençaient à chanceler. Le secours fie Schwytz arriva à propos pour l'orcer les Valaisans à regagner leur première position. Personne n'osa les y poursuivre (39 septembre 1419). Le lendenfein du combat d'Ulricbeo, les auxiliaires bernois du Gessenay (^) ayant ret)contré Qoe résistance terrible près deSion, les -Suisses abandonnèrent le Valais.

On 6t de nouvelles propositions de paix. Les députés da Valais et des Confédérés traitèrent à Évian sous la médiation d'Amédée YIIT, duc de Savoie ("j. Les Valaisans consentirent eafin, mais avec peine, à resliiuer au seigneur de Rarogne lOQtes SCS seigneuries et à lui payer pour tout dommage, la somme modique de 10.000 florins (^); aux Bernois, la mérae somme pour les frais de ia guerre; au chapitre de Sion, 4,000 florins (1420).

Mais la paix ne fut pas entièrement rétablie à l'intérieur par le traité d'Évian; les hommes du dixain de Gonches,» enhardis par leurs succès et-bravant les foudres de TÉglise, levèrent de nouveau la mazze^ et obligèrent le prince-évéque de reconnaître le pouvoir civil, même sous le rapport spirituel (46 mars 1425)* La constitution démocratique de Naters

(1) Vallée à l'extrémité sud-ouest du canton de Berne

(2) Le cojiite Amé ou Amédée VIII av;iit riMMi la couronne ducale de ^empereur Sigismond, qui éleva à la munie digntlo le seigneur de Milan, Marie VisconU. Ce ttire de duc est resté dès lors dans les deux maisons de Savoie et de Milan

(3) Environ S0,800 francs fédéraux. Boccard.

flUTOIRB

mil le sceau à rabaissement de l^évéque, privé de sa juridio- Uon civile et criminelle (1446).

GepeDdaot, le doc de Milaa ne . pouvait se consoler de la perte de la Léventîne. Son ressentiment fut au comble, lorsqu'il apprit qu*Uri et Obvirald venaient d'acheter, des barons rbétiens de Sax , seigneurs de Bellinzooa, cette seigneurie et tout^ Id contrée qui s'élend de la Léventine au lac Majeur, pour la somme de 2,400 florins (1419). Apres avoir vaioeraenl réclame la résiliation de ce marche, il arma en secret et s'empara par surpri.se d Ossola et de Bellirizona. La Léventine elle-inôme, maliii é son attachement aux Suisses, fut contrainte de jurer ficJélité (1421). Reprise deux fois par Uri et Obwald, elle dut être abandonnée de nouveau, faute de forces sufiSsaotes pour s'y maiateQir contre les Milanais. Ces deux États requirent le secours des Confédérés.

C était la huitième expédition qu'on allait faire en Lombardie. Plusieurs membres de la ligue étaient las de cas guerres d*outre-^mont, conduites tout à fait en dehors du cercle des États confédérés. Le bourgmestre de Zurich| Henri Meyss, déjà opposé à la conquête de TArgovie, s*éleva contre la demande d'Uri et d*Obwald aux diètes de Lucerne et de Schwylz. Cependant, dans une nou\ elle diète, Lucerne s'étant vi veinent prononcé pour la guerre, eutralne tous les autres, sauf Berne.

Mais la concorde avait cessé de régner parnii les Suisses, Dans la marche des troupes fédérales, les Schwytzois, auxquels on ne pouvait pardonner d'avoir fait cause commune avec Berne dans la guerre vaiaisanne, furent 1 objet de railleries amères. L'avoyer lucernois Walker, qui commandait Tarniée, pressa le pas pour les laisser en arrière. Suivi seulement de 3,000 hommes, il engagea la bataille dans les champs d'Arbedo près de Bellinzona, contre une armée milanaise forte de 24,000 hommes et conduite par les deux célèbres emuhUim italiens Garmaguola et Pergola ['} (30 juin 4423). La mêlée fut sanglante et dura une journée eo*tière. Les Confédérés y perdireni près de 400 hommes et

(4 ) Conthttivi , Uttéralemeot eonduetiuri, était le nom dont on se servait au moyen-^ge pour désigner les chefs de bandes mercenaires qui passaient d'un service à l'autre selon Tlniérét, le caprice ou les dreonstaoces politiques. ~

AB LA «AYIOM BUISM.

plomurs capitaines et magistmis tolrépides, le baaoerel PUatiner, d'Uri ; le landamnian Jean RoU, Pierre Kotin , de Zoug, et Jean son fils, morts tous deux en défendant la bannière cantonale , que recueillit de leurs mains mourantes el releva teinte de leur sang et, du sien propre, un autre Zougots héroïque, Jean Landwini;. Pour la première fois on vit alors un chef suisse, Jean Walker, parler de reddition el se laisser prendre par reiuiciui sans avoir reçu de blessures, port.mt un rnarleau a la main en guise de hallebarde.

Mais pendant que Carniai^nola et Pergola discutaient les con<li<.ions a dicter aux Confédérés, un corps de 600 honimes qui b'et.iil séparé de l'armée fiHlcrale [lonr piller, arriva à propos pour sauver cette année d'une défaite lotule ou d'une capilulalion humiliauio. Le lendemain de la bataille arrivé* rent les hommes de Scbwylz, que les Lucernois avaient refusé d'attendre. Mais ces derniers étaient Cruellement -panis de leur conduite. Sur sept barques pleines de guerriers qui étaient parties de Luceme, deux seulement revinrent^ Le gouvernement lucernois, craignant l'accablement de la tristesse, défendit aux parents et au peu pie d'aller recevoir les arrivants sur les bords du lac. Le malheur des Lucernois ne les mit point à Tabri des outràges. Un député de Zurich alla jusqu*à dire à un député de Schwytz, que « les Lucernois avaient nienle la potence à Arbedo, et que Dieu leur enverrait sûrernenl le mal ca(Juc en punition de leur félonie. »

Toutefois, les Waldsttetten songeaient à se venger et surtout a ne pas perdre la Léventine. Aides des autres États (sauf Berne) , d'A()penzeII et de Saint-Gall , ils tentent, au nombre de 4,000, une nouvelle expéditiou contre la Lombardie, qui est paralisée parle mauvais vouloir des Zuricois et la trahison <iu landamman Holt, d'Uri, indigne fila du béros d'Arbedo (1424). Ce nouvel outrage fait à l'honneur national , indigne Tàme généreuse d'un guerrier sohwytsoiSy nommé Pétermann Rysig. Cet homme intrépide et plein d*aadace rassemble autour de lui un corps franc de 600 hommes, passe le Saint-Gotthard, descend avec la rapidité de l'éclair dans la vallée d'Ossola , en chasse la garnison , et s'y établil è la place des troupes milanaises. Toutes les forces du duc de Milan marchent contre lui; Pergola somme les Suisses de se reudre. a Ou ne preud pas les Suisses avec des mots, »

HISTOIU

répond Pétermaoo Rysig, ei, a^ecses 600 héros, ii brave 30,000 hommes et les polences que Pergola élève, pour Teffrayer, soos les remparts de la ville.

L'héroïsme de la petite troape de Schwytz réveilla le courage des Confédérés. S9,000 h<^mes se mettent en route vers la vallée d*Ossola. Oo y comptait des soldats de tous les cantons et des auxiliaires de Soleure, du Valais, du Toggtnbourg, de la Rbétie. Berne enfin s*était rendu aux prières des députés de Schwytz, vieillards à barbe blanche, qui étaient venus lui rappeler Laupen et leur généreux secours; Berne avait armé 5,000 hommes (1426). L'arrivée de ces troupes jeta le duc dans la cons(ern«'Uion. Il était perdu, si la vénalité des chefs suisses et ios finesses de la diplomatie milanaise n'eussent re possible à Tor, ce qui était impossible au fer de ce prince. Un chambellan du duc, Ottolin Zoppo, se rendit dans le canrp des Confédérés. Par ses discours adroits, accompagnés de largesses, il parvint à diviser les intérêts des États, gagna d'abord Zurich, Zoug et Glaris en leur comptant 43,000 florins (4 S juillet), huit jours après, Lucarne , UrI et Obwald avec la somme de 40,000 florins, et conclut des traités séparés à Bellinzona. Pour la somme de 34,000 florins et quelques privilèges commerciaux, le val d'Ossola , Bellinsona et la Adèle Léventine furent abandonnés au duc, et la plus grande armée qu'eussent levée jusqu'alors ks SuLsses, rentra inglorieuse dans ses foyers.

Ainsi fut rendu inutile l'héroïsme de Hysii^; ainsi le sang des nobles Kolins teignit vainement leur i3annière sur le champ de bataille d'Arbedo. Une paix mercantile était le prix de vingt-quatre années d'etiorts et d'expéditions consécutives (*). Dans tous les temps, les Suisses ont eu bien plus à redouter les artifices et l'or des étrangers que leurs armées. Toutefois, la Léventine n'était pas perdue sans retour. Quatorze ans après, Uri, profitant des embarras do due, s'empara de nouveau de ce pays,

(I) Bn UOS, 4440, 4444, 4447, 44SS deux fois, es 44t5, 449S deux fols.

01 LA lUnOH SDU8B. 4 43

* xxm.

. Les trois ligues grisoanes. — Les ligues Grises et de la Maisoa-Dieu

alliées des Suisses.

(De l'an 4400 à 4 4 Se.)

ANDis que les Confédérés, déviant de l'antique honneur et des maies vertus de leurs pères, vendaient à prix d'argent ce que tant de héros avaient acquis au piix de leur sang, un esprit tout différent parcourait les vallées élevées des Alpes rbétiennes : Tesprit de la liberté, de la jaslice el de la concorde.

Depuis la domiDalion des Francs , les habitants germaQiqaes et romansches de la Uabte-Rbétie étaient demeurés sujets tributaires et serfs de Tévéque de Goire, des abbés de Dissemis et de Pfeffers, et d'une foule de comtes, de barons et de gentilsbooimes. Au XIV* siècle, sous la domination du fameux baron de Vaz, les Grisons avaient joui d'une espèce d'unité politique, grâce aux armes reclouUibles do ce petit souverain , allié des Waldslœllen , el aussi ftiVorable aux communes, que terrible à ses ennemis du clergé et de la noblesse. Mais après sa mort, tout retondja dans l'anarchie féodale. Quatre seigneurs principaux, Sax , Rhœzuns, Werdenberg-Srtrgans el Monlfort. dispulaient le pouvoir à l'évéque de Coire, qui ne pouvait oublier les temps où il étaii gouverneur do toute bi Rbétie. Du haut de ses deux châteaux de Marsoil el Spinoil (*), ce prélat tenait en respect les bourgeois de Coire, dotés d'une charte de liberté par l'empereur Charles IV, et toujours prêts à se soulever pour accroître leur franchises. Toutefois, a la fin du XIV* siècle, il permit à .ses sujets, bourgeois et [)Hysans, de former avec Claris, Disseotis et Zurich une alliance de cinquante ans, qui devint la base de la ligue de la Maison-Dieu ou Gotteshausbund [\ la première de$ trak confédérations grisonnes (I396j.

(1] De Mari in oculiB el de Spina in oculis.

(2) Ou ligue Caddec {Casa dei). Le nom de Maisom^Ditu se ûonnail i toutes les éL'Iisos (hiiis les actes. Mais employé d"une manière absolue, line «lôaignait ea Suisse quo l'église de Coire et le paya qui oa depeuUait.

lii BISTOIAB

Dans la première partie du XV* siècle , Thistoire de la Rhétie offre une analogie frappante avec celle des Waldstœtten au commencement du siècle précédent. Les mêmes

. allentats b la pudeur, à la propriété, a la dignité humaine, y ont pour résultnts les mômes actos de lé^iiitime défense, les mèim's corjjuralions et enfin Tétahiissenoent de confédérations identiques pour le maintien des droits de tous et la résistance à la tyrannie. CoiTune la Suisse, dont ils sont l'abrégé, et un siccie après die, les (irisons ont leurs Gessler, leurs Landenberi^', et aussi leur Tell, leur Baumyarlen, leur Griitli el leurs alliances; tout cela cependant avec les traits particuliers qui distinguent ce pays, le plus original et le moins connu de la Suisse actuelle. Peut-être aussi la tyrannie, en raison du noinb/e des nobles et de Tisolemenk des vallées, y fut-elle plus horrible que partout ailleurs.

tt Enfin, quand Torgueil, Tîniquité et la cruauté des dominateurs furent arrivés à leur comble, dit Fbistorien Zschokke les habitants infortunés de ces vjillées et de ces montagnes se rappelèrent qu'ils étaient hommes, et que, enfants de Dieu, ils avaient reçu de leur Père des droits qu'aucun lyran ne doit méconnaître. Le courage de quehiues gens de cœur réveilla le courage de tout le peuple; il se leva bientôt pour défendre ses droits éternels.

» Dans la haute et vordoyanle vallée de TEngadlne, des glaciers de lacpielle l'Iim sort avec fracas du côté du Tyrol, le château de Gardovall, bâti sur un rocher au-dessus du, village de Madoulein, était la terreur de toute la contrée. Un jour, le cruel châtelain de Gardovall fut frappé de la beauté d'une jeune fille du village de Gamogask, situé vis-à-vis de son château. Il y envoya ses gens avec ordre de lui amener celte jeune fille ce jour-là même. Le père, appelé Adam, fut rempli de terreur; la fille, de désespoir. Mais' rassemblant toute sa force, Adam dit aux satellites : « Annoncez à votre maître que je préfère lui amener moi-même mon enfant demain matin.

» Dès qu'ils furent partis, le père courut vers ses voisins

et SCS amis, la rage dans 1 àme, le feu dans les yeux. Il leur raconta tout et s'écria : « Hommes comme ce seigneur, som-

(f) D'après les chroniqueurs grisons du seizième siècle j^GampeU, etc.

m LA NAnoN smssB

mss-nous ses troupeaux? » L'indignation fit bouillonner tous les cœurs. lis jurèrent dans rombre de ia nuit de mettre fin à ia misère de la vallée ou de périr tous enseml)le.

» Dés Taurore, Adam conduisit au château de l'horrible tyraD, sa belte et jeune 611e, parée de ses habits de féie comme une épouse. Quelques conjurés suivaient, comme pour former le cortége^d*honneur; d'autres s'étaient mis en embuscade autour du château, attendant le moment d'agir ; tous étaient armés.

9 A peine le châtelain aperçoit*il l'objet de sa convoitise, qu'il descend en hâte les degrés du château et vetil embrasser la jeune fille sous It\s yeux liij père. Adam lire une épée el la plonge dans le cœur iinpudi<pie (]ujnonslre. L'épée du Guillaume Tell des Grisons a vengé en même temps la patrie, Thumaniie et la fiunille outragées. Lui et les siens prennent de force le château, massacrent ceux (pii s'y trouvent, arborent le signal delà liberté, et la troupe placée en embuscade se hâle de les rejoindre. Gardovall devint la proie des flammes. Toute la contrée au-dessous des sources de rjnu racheta plus fard (1494) loyalement les droits qu'avait sur elle la Maison->Dieu. .

» La vallée de Schams , dont les fertiles pâturages offrent un aspect riant au milieu de rochers élevés , était également asservie à des baillis inhumains, retranchés dans les châ* teaux de Bœren6ourg et de Pardon. Le châtelain de Bœrenboarg, derrière Thousis sur le Rhin , avait obligé des serfs de manger dans l'auge aux pourceaux. Ils se lurent. Mais un homme moins endurant, Jean Cliiaidarar, voyant un jour son chanif) ravagé par deux chevaux <jue le seigneur de Fardun a\ait lâchés dans h's l>lés des cainpagn.irds , assomma les chevaux de son poignet \igeuieu\. Il e\[)ia dans les fers cette action hardie, jusqu'à ce que les siens purent le racheter à force d'argent et de larmes.

9 Rendu è sa famille, il était un jour à table avec les siens, lorsque le seigneur de Fardun entra dans sa cabane. Tous le saluèrent respectueusement; mais le lyran lança sur eux des regards de mépris et cracha dans la bouillie qu'ils mangeaient. La colère de Chialdttrar s'alluma comme la foudre ; Il le saisît à la gorge, le serrant de ses deux mains, comme Taigle des Alpes serre sa proie : « Mange la bouillie que tu as

assaisonnée! » Il dit, enfonça la tête du misérable dans la nourriture brûlante et Tétrangla. Puis il courui hors de sa cabane. Des cris d^alarme retentirent. Les châteaux de Fardun et de Bœrenbourg s*écroulèrent dans le sang ci les flammes. Comme les gens de Gardovall, ceux de ces deux seigneuries rachetèrent plus tard les droits que févéque avait dans les communes, au prix de 3,200 florins (1 458).

» Le prélat de Goire, persistant néanmoins dans ses prétentions h la domination de toute la Rbétie, les comtes et les seigneurs de TOberland grison se réunirent aux peuples des vallées déjà liés enlre eux, et conclurcDl avec leurs voisins les Glaroiinnis, \\\n 1 400, une <'iliiimce défensive perpétuelle contre les prétentions et les attaques de l'évéque de Coire. • » Miiib les vallées exprimaient toujours dans leurs alliances la réserve de tous les droits quelconfjues de leurs seigneurs. Or ces droits donnaient lieu à beaucoup d'abus. Les seigneurs ne connaissaient d'autre loi que leur bon plaisir et leur puissance; il n*y avait ni justice dans les jugements, ni sûreté sur les grandes routes.

» Désirant mettre fin à ces maux, mais sans violence et sans révolte, plusieurs paysans probes, considérés et intrépides formèrent une sorte d*association dans la Haute-Rbétie. Ils se réunissaient chaque nuit entre l'abbaye de Dissentîs et Ilanz, la première ville entourée de murailles qu'où trouve sur le Rhin. Le lieu de leur rendez- vous était un érable du village de Trouns. Sous cet arbre (le GrUtli des Grisons), ils s'entretenaient de leurs intérêts communs, et communiquaient ensuite, en confidence, hairs résolutions aux hommes les plus eslinjables de leurs communes respectives.

» Le ménie joui-, vingt et une comnmnes (tar)t allemandes que romanschcs) et toutes les vallées de la Haute- Hhétie, députèrent les hommes les plus honorables à leurs sei^ineurs, pour demander que la justice et la sûreté fussent garanties à tous par un pacte solennel auquel tous prêteraient serment, sans qu'il fût porté atteinte aux droits réels de personne.

» Les seigneurs furent effrayés de cet appel sorti de la forêt de Trouns; ils se rappelèrent les événements arrivés dans la Confédération fuisse un siècle auparavant. Le noble et pieux abbé de Dissentis, Jean de Pontaninga, flt tout de suite droit aux réclamations de ses sujets. Les comtes de

DB LA fumon smsB. 4 47

Werdenberg, de Sax, les barons de Rbœzuns et d'aatres soivîrent cet exemple^ par oraiote de la violence du peuple, ou pour 86 faire uo rempart contre le paissant évéché de Goire. »

An mois de mai de l'an H%k , ces seigneurs et les dépotés des communes de la Haate-Bhétie , beaux vieillards k longues barbes blanches, vêtus de sarraux gris, s'assemblè* renl en plein air devant le village de Trouns. A l'ombre de l'érable, ils jurèrent devant la très-sainle Trinité une alliance pour le mainlien de la justice et de la sûreté de tous , qui devait durer « aussi longtemps que le soi lui-même et les cimes escarpées (so lang Grund und Grath steht), » Une chapelle ornée d'inscriplions fut élevée dans ce lieu mémorable, * en 1 444. Ainsi so forma la Haute ligue (Oberebund) ou ligue Grise (Grauenbund) ; plus tard, elle fut complétée par l'accessioD des vallées de Misox et de Caianca. Le nom de Grisons s'étendit à tous les Rhétiens, bien que la ligue de la Maison-Dieu* existât déjà séparément, et qu'outre cela oa grand nombre de domaines du côté du Tyrol n'appartinssent ni à la ligue de la Maison-Dieu , ni à la ligue Grise , mais au ricbe comte Frédéric de Toggenbourg , dont la domination s'étendait au loin. #

Peu de temps après, celui-ci monrui sans enfants , et comme Ton craignait avec raison que sa succession ne fit naître des guerres, on tint une assemblée des députés des districts, des bourgs , des villages et des juridictions qui, dans les montagnes de la Rbétie, dépendaient de la maison de Toggenl)ourg. Il en vint de Davos, de Kiosters, de Kaslels, de Schierscb, de Seewis, de la juridiction canoniale de Schiersch, de Malans, deMayenfeld, de Belfort, de Courwâlden, de Schalfik intérieur et de Schalfik extérieur. Ulric Bély, de Davos, fils de landamman et landamman lui-même, présidait l'assemblée, lis dirent : «. Puisque la mort du comte de Toggenbourg nous a rendu notre liberté , faisons dans cette partie des montagnes une ligue semblable â( celle dQ la Maison-Dieu et de la ligue Grise; respectons les droits d'au- ' trai, mais défendons les nétres; unissons-nous è ia vie et à la mort. Nul ne pourra citer un concitoyen devant un tribunal étranger, ni former au dehors une alliance, sans le consentement de tous. Quand on aura reconnu rbéritier du

HISTOIll

comte de Toggenbourg , nous lui romettrons son héritage, * mais nous ne lui permettrons pas de dissoudre notre ligue. » Ayant ainsi parlé, ils scellèrent leur .dliance par un serment Solennel, le vendredi après la Fête-Dieu de Tan 1436. Telle fui Torigioe de la ligue des Dix^JuridicUons ou des IHx-Droi^ iures (Zehogerîchteband).

Les audacieux bourgeois de Goire profitèrent ^ussi des drcoostances pour abaisser le pouvoir de Tévéque, qui fiit même obligé de s*enfuir secrètement de la ville.

La fondation des trois ligues est Ih bascjf de la coHFfiDÉai- TION GRisoNNB. Ces trois ligues étaient encore isolées les unes des autres; mais elles ne deviiient pus larder à s'unir et k former une nouvelle association d États, émule de celle des Suisses.

«Wc

Page 1