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sieurs gonTernemens cantonaux décrétèrent des impâts et .des contributions. Le conseil de Berne établit un împ6t iPun pour mille sur tous les biens (1641}^ mais sani déterminer pour combien de temps il l'établissait : au8si«- I6t le peuple des campagnes crut que c'était pour toujours ^ et cette crainte commença de l'agiter. Dans l'AargOTie^ dans PËmmentbàl on s'éleya hautement contro cette mesure 9 et rien ne fut capable de dissiper la dé«« £ance du peuple. Le gouyernement de Berne crut donc devoir recourir à des mesures sévères ^ et fit saisir quel« ques-uns des principaux adversaires du nouvel impôt. Une telle sévérité causa un si grand soulèvement parmi le peuple de TËmmenthal^ que le gouvernemeut plaça des garnisons à Berne , à Thoune , a Berthoud et à Lenzbourg. Mais les mécontens tinrent publiquement conseil à Langnau. Cependant le repos fut rétabli par des députés de la diète y et Fimpôt pajé par le peuple. Benie se montra magnanime et promit l'abolition de tous les abus dont le peuple s'était plaint dans ce soulèvement. Peu de temps après (1645)9 de semblables scènes se renouvelèrent dans le canton de Zurich au sujet d'un nouvel impôt foncier. A force de prudence^ de douceur et de sages leçons ^ le gouvernement calma si bien les rebelles 9 quHls se jetèrent à ses pieds pour obtenir le pardon de leur désobéissance. Deux seules communes, Knonau et Wacdenscbwjl , résistèrent opiniâtrement, menacèrent de prendre les armes , et manquèrent de respect à leur magistrats. £lles furent occupées militairement et désarmées. Hommes, femmes, enfans, cernés par des soldats, furent contraints à demànder^râce à genoux. Sept auteurs de la révolte eurent la tête tranchée. AVsedenscbwjl paya une amende de 26,163 couronnes , Knonau de 12,170. Tel fut le résultat de cette révolte.
La Suiiit était inondée de vagabonds étrangers; c^était une suite des guerres qui désolaient l'Italie et rjUlén>agne« Des déserteurs et des maraudeurs soulevaient le peuple contre les gouvernemens^ soit pour se rendre agréables aux gens des campagnes ^ soit pour tirer profit des troubles révolutionnaires. Le nombre de cet gens sans aveu était si considérable que Ton en vit d'un seul jour (1639) 100 dans le bourg de Scbyfrjz et 6370 dans le comté de Bade. Ils compromirent la sûreté publique jusqu'à ce qu'on déploja contre eux une grande rigueur. A Bremgarten 236 malfaiteurs subirent la peine de mort dans le cours d'une seule année. Cette sévérité eflraja et fit dispfiraitre les vagabonds.
Cependant la paix conclue entre les grandes puissances de FËurope après la guerre de trente ans^ fat plus salutaire encore à la Suisse que la rigueur des lois. Lorsqu'on traita de cette paix à Munster et à Osnabruck en Westpbaiiey les Confédérés j envoyèrent aussi un ambassadeur^ le bourguemestre de Bàle^ Jean Rodolphe Wettstein. Celui-ci- défendit les intérêts de la Confédération en homme ferme autant qu'habile. £n Allemagne on s'obstinait toujours à considérer les Suisses comme appartenant à l'empire germanique i et la chambra impériale avait même prononcé des jugemens contre des Suisses ^ an lieu de les citer devant les tribunaux de leur pajs. Mais le bourguemestre Wettstein déclara au nom des Confédérés qu'ils étaient fermement résolus de maintenir leur indépendance absolue de l'empire germanique.
D*après cette déclaration , l'empereur ^ les rois et les princes souverains reconnurent solennellement dans le traité de paix de Westphalie (14 octobre 1648) l'indépendance de la Confédération helvétique ^ et le droit qu'elle avait de se gouverner à son gré«
ReTolte des paysans dans les cantons de Lucerne,
de Berne , .de Soleure et de Bâle.
(De Fan 1648 à Pan i655.)
Les gouTernemens des villes et des campagnes de la Suisse ne vojaient p^*«sans plaisir que Tempereur dans ses lettres ne les appelât plus ^amés et féaux alliés de notre personne et de notre empire *% mais qu'il leur donnât les titres plus honorables de yséyéres^ respectables 9 honorés et particulièrement chers*'. Les Suisses auraient pu se dire un peuple heureux^ Si^ils n'avaient pas vécu entr'eux dans une discorde continuelle; Mais les feux de la haine religieuse ne s'éteignaient point f et à ce fléau vint s'en joindre un autre.
\ 11 régnait alors , dans plusieurs cantons de la Suissej, un grand mécontentement parmi le peuple de la campagne ^ qui, dans plus d*une vallée^ était encore ser^ ou .portait du moins toutes les charges de la servitude. £n vojant la liberté et la souveraineté du peuple de SchwjZy d'Uri et d'Unterwalden^ de ce peuple so]amis. aux seules lois qu'il s'était données ^ aux seuls impôts qu'il avait votés ^ les sujets des villes déplorèrent leur esclavage ; regardant comme une injustice qu'ils fussent, obligés de pajer des contributions et des impôts qu'ils n'avaient point consentis , et de porter le joug de lois souvent peu assorties à leurs besoins. Mais d'autres causes encore irritaient leur douleur; souvent ils se voyaient contraints d'obéir en tout à des baillis impérieux , à des gouverneurs avides ; les fautes les plus légères étaient punies par la prison^ par des coups ^ par de mauvais trailemens ; les amendes arbitraires et
les sçrgens Iti réduisaient à la mendicité. Au lieu, de eoulager leur misère^ les plaintes contre les nobles gou- Teméars aggravaient leur sort, parceqne ces petits tjrans ' avaient des parens dans les conseils et dans les tribunaux. Les sous-bailiis, les greffiers et jusqu'aux buis*siers, tons crojraient qu*en qualité de bourgeois de la ville ils ayaieat le droit de vexer impunément le pajrsan rebelle à leurs fantaisies. Cependant comme le mai n'était pas le même en tons lieux, et qu'il j avait aussi des baillis (ustes et humains, tout resta longtemps tran* quille.
Mais lorsqu'au mois d'août 1652 le gouvernement de Berne, pour mettre de l'ordre dans le monnajage, défendit dans son cadton la petite monnaie des autres cantons et réduisit de moitié la valeur de son propre billon, cette mesure produisit un mécontentement général parmi le peuple: car celui qui crojait posséder dix batz n'en possédait que cinq; le pauvre soufirit le plus de cette diminution; le riphe le moins. Les pajsans s'attroupèrent dans les villages, et chacun joignait à la plainte générale quelque plainte particulière, l'un contre le bailli, l'autre contre Fhuissier, celui-ci contre le prix du sel, celui-là contre le prix de la poudre; ici l'on se plaignait de l'impôt mis sur l'exportation du blé , de la tyrannie des corps de métiers , là, des corvées, de la servitude, de l'atteinte portée à d'anciens droits. Plus on parlait, plus les têtes s'échauffaient.
A Luceme le gouvernement diminua de même la valeur de son billon. Les communes de l'£ntlibouch envoyèrent aussitôt à la ville des députés pour demander qu'on laissât à la monnaie son ancienne valeur ou qu'on reçut en payement, au lieu d'argent, les produits da pays. Mais ils furent si mal reçus qu'ils s'en retournèrent ehez eux pleins de tristesse. Le peuple en fut tellement
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irrité qu'il chassa ignominieusemelit tous Us sergêni qni lui furent envoyés par l'autorité ou par des créan«ciers. Là-dessus l'avojer Doulliker^ accompagné de personnages marquans dans le gourernement ou dana réglise, se rendit dans rEntlibouch (février 1653) , pour faire entendre raison aux anciens des communes* Mah de tous les villages sortirent des paysans armés de lances et de massues; à la tête un drapeau blanc ^ puis trois jeunes gens avec le cor des Alpes; derrière eux trois chefs ; et derrière ceux*ci trois hommes dans Fancien costume suisse^ représentant les trois héros du Grutlif enfîn le corps d'armée fort de 1400 hommes* La troupe arriva dans cet ordre au village où se broirvaient leli députés de la ville. Alors s'élevèrent un tumslte et des cris contre la diminution de la valeur du billon^ contre le péage près de Wollhausen» contre l'intérêt exorb^ tant de l'argent^ contre les amendes imposées par les baillis 9 contre l'arbitraire de Tafforagei etc.; ni les injures ni les menaces ne furent épargnées* Ne pouvant rien obtenir de la foule révoltée , les députés retournèrent à la ville. Cependant les paysans formaient des rassemblemens ^ plaçaici^t des vedettes ^ visitaient les voyageursy^ exhortaient leurs voisins> les sujets de Berne, à faire cause commune avec eux, et les dix bailliages de cette contrée formèrent à Wollhausen une alliance qu'elles sanctionnèrent par un serment.
Voyant que cette affaire prenait une tournure si sérieuse, les six cantons catholiques envoyèrent des députés comme médiateurs. Geux*ci s'étant réunis à Willisau avec les députes des dix communes, qui leur présentèrent par écrit vingt-sept griefs contre leur gouvernement, les paysans renouvelèrent leur scène tumultueuse, se saisirent des députés médiateurs^ les gardèrent à vue, occupèrent les principaux passages qui coadui-
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«aient à U tîUc, et menacèrent Lucerne. Maïs sur le okamp 400 hommes des petits cantons j rinreut en gar* nison ponr défendre la ville; Zurich et Berne mirent anssi des tronpes sur pied. A la nouvelle de ces armemensi les* pajsans de r£ntlibouch perdirent courage , rendirent la liberté aux députés prisonniers et implorèrent leur médiation. Ceux-ci y consentirent et prononcèrent une sentence arbitrale pleine d'équité (19 mars): «Le gouvernement conservera la souveraine té^ ** dirent-ils , « et les sujets leurs droits ; TafTorage sera établi sur le même pied dans tout le pajrS| l'avojer -de Willisan choisi parmi les bourgeois de cette ville; FEntlibucfa n*en appellera aux tribunaux de Lucerne que pour des affaires de plus de cent florins ; rallianoe des dix bailliages conclue à Wollbausen sera annuUée; toute alliance semblable sera défendue sous des peines sévères, mais aucun dédommagement ne pourra être exigé pour les frais occasionnés par la présente querelle. " . ,
Gomme on crojait que tout était fini, Torage éclata dans -le canton de Berne et s'étendit depuis Thoune jusqu'à Brougg. Car lorsqu'on voulut faire marcher les pajrsans de cette contrée contre les pi^ysans du canton de Lucerne 9 ils s^écrièrent d'un commun accord: «Non, nous ne marcherons pas contre nos frères , nous avons autant de sujets de plainte qu'eux." Le bruit 9 les cris, le désordre, passaient tonte mesure dans les villages. Personne ne voulait obéir, chacun voulait commander. Les villes de Thoune^ d'Arbourg, de Zoiinguen , d'Aarau, de Brougg et de Lenzbourg demeurèrent seules tran^» quilles; dans les campagnes aussi, les ecclésiastiques restèrent fidèles au gouvernement.
Berne implora le secours de la Confédération po«r àppaiser cette révolte. Schaffhouse, Bàle et Mulhouse lui envoyèrent des troupes sans tarder. Zurich et Lucerne
conseillèrent de tenter un accommodemenit; le gouierr nement de Berne ft*j montra dispose; n^ais avant q^e les dengc partis pussent tomber d'accord > les troupes schafThousoises entrèrent dans le canton de Berne près de Brouggy les troupes de Bâle et de Mulhouse près d'Aarau. Ces dispositions aigrirent les habitans de PAargoyie; le signal d'une levée en masse fut donné dan^ tout le comté de Lenzbourg. Sur cfela^ les Schaffhour sois retournèrent chez eux ^ les Bàlois et les Mulhousois sortirent d'Aarau et se retirèrent sur la rive gauche de FAar.^ dans les bailliages de Biberstein et de Schenken*berg. Mais ici le peuple se souleva aussi ^ et ce mou* vement se propagea dans une grande partie du canton de Spleure^ ensorte que les troupes de Bàle et de Mul^ house furent forcées aussi de regagner leurs fojrers. A Aerlisbach elles passèrent entre deux haies de pajsans soleuroîs et aargoviens qui avaient pris les armes.
Alors le tumulte augmenta d'une manière efTrajranteé Lt& pajsans tinrent des assemblées générales à Languenthal ; ils assiégèrent les châteaux des baillis , envoyèrent des députés au gouvernement de Berne ^ et, désirant obtenir des secours étrangers ^ ils s'adressèrent mémo en secret à l'ambassadeur français , La Barde. Cette démarche fut la cause de leur perte; l'ambassadeur français révéla leur dessein, et la plupart des gens de bien abandonnèrent une cause en faveur de laquelle on avait demandé des secours étrangers contre la patrie.
Sur ces entrefaites, six cantons protestans envoyèrent des députés à Berne pour terminer à l'amiable par leur intervention la querelle entre le gouvernement et les sujets. Les communes j envoyèrent aussi leurs députés, et il fut décidé : que le commercé du sel continuerait d'appartenir au gouvernement, mais que les citoyens auraient le droit de l'acheter où bon leur semblerait;
qaé' ilmpAt mii tnr Fexportation da blé el Tobligation d'entrer dans une triba cesseraient; qne le bîllon res«* ferait au tanx ^xé dernièrement , mais que les capitaux et les intérêts seraient pajrés an taux de Pargent tel qu'il était en 1613; que les capitaux bien hypothéqués et placés i de bons intérêts ne pourraient être réclamés «Tant six ans; que le salaire des huissiers de la justice serait diminué. — Toutes les difficultés étant applanies par cet arbitrage si équitable , les députés des communes demandèrent pardon â genoux au conseil de Berne ^ et tout parut terminé.
Dans le canton de Luceme cependant ^ les habitans de la campagne firent entendre de nouyelles plaintes; ils prétendirent qu'ils ne pouvaient pas roir un crime dans leur alliance de Wollhausen, comme le disait la sentence des arbitres. Ils envojèrent des députés aux sujets des autres cantons : » Cessons ** dirent-ils ^ ,, d'être les esclares des yilles; sojons libres comme nos frères
< des petits cantons." Le peuple de l'Aargoyie et de l'Emmenthal les approura et se répandit en invectives contre ses propres députés qui s'étaient couverts de honte en s'agenouillant devant le conseil de Berne et en acceptant le traité proposé. Beaucoup de pajsans des cantons de Soienre et de Bàle se soulevèrent également pour faire cause commune avec les Lucernois 9 les Aargoviens et les habitans de TEmmenthal. Ils tinrent une
^ assemblée générale a Soumbwald (13 avril 1653) , et nommèrent un pajsan de Schœnholz, Nicolas Leuenberguer^ premier magistrat et chef des Confédérés des quatre cantons de Lucerne^ de Berne ^ de Soleure et de BMe. Ils firent des lois et statuèrent que le. peuple devait respecter les droits du gouvernement et le gouvernement les droits du peuple; que les sujets ne devaient point prendre les armes contre leurs magistrats y
mais que, si les magistrats eoTOjaient des troapts çoQti'eux, on les repousserait par la force^ Ils ^nvojèrent aux sujets de tons les cantons des invitations par écrit pour qu'ils se rendissent à une assemblée générale & Hontfvjl, où Ton traiterait des droits et de la liberté de tous^ afin qne tous les Suisses devinssent libres. Ces prêtent lions déplurent aux grands des villes. Un moment dé« oisif semblait se préparer.
Gomme anciennement les comtes et les seigneurs s'étaient affranchis de la puissance impériale et avaient acquis sur leur territoire une domination héréditaire; comme y plus tard| les grandes villes de la Suisse^ favorisées parla fortune et par les circonstances i s'étaient affranchies de la puissance des comtes et des seigneurs soit par leur or, soit par leurs armes; ainsi les habitans des campagnes^ jusqu'à ce jour sujets des villes ^ voulurent marcher à c6té de leurs maîtres^ libres et leurs égaux. — IVtais ils calculèrent mal leur entreprise.
£n effets ces hordes soulevées et tumultueuses n'en* treprirent la grande œuvre de leur affranchissement ni avec la lojauté pieuse et l'union ' ferme des anciens libérateurs des Waldstactten » ni avec la prudence et la force réfléchie qu'avaient autrefois employées les villes* Cétaient ées gens grossiers^ ignorans^ sans expérience dans les affaires civiles^ mal élevés dans de mauvaises écoles y se défiant les uns des autres^ de feu pour leurs intérêts personnels ^ de glace pour les intérêts de la pa* trie* Ils prêtaient l'oreille plutôt aux cris des perturbateurs qu'aux conseils des sages; tous voulaient commander ^ tous refusaient d'obéir. Aussi les vit-on en peu de temps en proie à la discorde et prêts à tous les excès. Traitant en ennemis et avec barbarie les adversaires de leurs opinions ^ ils mutilaient les uns et menaçaient les autres du fer et de la flamme»
Cependant les yilles mettaient des trouptt sur pied pour dompter les rebelles , tandis qu'elles négociaient arec eux pour gagner du temps. Berne et la diète de Bade usèrent de plus de franchise. On fixait des entrerues, on arait, des conférences avec les reprësentans des révoltés; mais le tumulte, la discorde , les contradictions pei^étuelles de ces bordes sans volonté ferme et sans raison, ne permirent point d'arriver à un résultat.
Après beaucoup de tentatives inutiles, Zuricb, chef*lieu de la Confédération, ordonna une levée générale (il Mars 1653). Berne rassembla les troupes du Pajs* de-Yaud, restées étrangères^ par la différence de leur langue, à la cause des sujets allemands; le commandement en chef de ces troupes fut confié à Sigismond d'£rlach. Il eut sous ses ordres près de 10,00tf hommes. Environ 5000 vinrent des cantons catholiques sous les ordres du colonel Zwejer; le général zuricois Wertmuller commandait le reste des troupes de la Confédération, au nombre de 8000 hommes. Les habitans des petits cantons prirent parti pour les villes, et quoique jaloux de leur liberté, ils aidèrent à combattre des sujets qui demandaient à être libres ; c'est qu'ils avaient eux-mêmes des sujets. Les soldats qu'ils envoyèrent formèrent la garnison de Lucerne.
Mais les rebelles ne furent pas moins prompts à prendre les armes. Ils occupèrent le défilé de Gumminen du côté du Pajs-de-Vaud et ceux de Windisch et de Mellinguen du côté de Zurich. Us donnèrent l'assaut aux villes d'Arbourg, d'Aarau, de Zofinguen et de Lcnzbourg, mais sans succès; ils n'avaient ni artillerie, ni assez d'autres armes, ni discipline, ni chefs expérimentés, parceque jusqu'alors les places d'officiers avaient toujours été données à des citadins.
Vojant qu'on leur .opposait une sérieuse, résistance Leuenberguer, premier magistrat des paysans révoltés, et d'^autres chefs, tels que Schjbi et Ulrich Galli, cherchèrent à sauver leur périlleuse entreprise soit en payant d'audace, soit par de nouvelles négociations. Leuenber* guer, campé à une lieue de Berne prés d'Oslermoundiguen, où ses soldats se livraient au vol et au brigandage, écrivit encore une fois à Berne pour offrir un accommodement. Désirant éviter topte effusion de sang, le conseil de Berne envoja en effet des députés dans le camp des rebelles; il consentit à beaucoup de concessions, même à payer au peuple de la campagne 50,000 livres*), non pour les frais de la guerre, mais à titre de soulagement accordé à la misère du peuple. XiCs représentans des révoltés signèrent la convention qu'ils avaient rejelée précédemment et promirent dé nouveau soutnission et fidélité; mais tout fut rompu a leur rétour dans le camp. Gomme les troupes des Confédérés approchaient, les rebelles ne voulurent pas se séparer avant que ces troupes fussent retournées daniî leurs cantons respectifs.
Wertmnller et Zweyer ayant réuni leurs corps d'armée passèrent le mont Heitersberg et s'approchèrent de Melliuguen. A la demande de Leuenbergiler, ils lui accordèrent une nouvelle entrevue. Leuenberguer avait écrit de nouveau au conseil de Berne pour se plaindre de l'approche des troupes de la Confédération, quoique pourtant ses hordes assiégeasseï]it les villes de l'Aargovie. Mais lorsque des cris de guerre eurent rassemblé sous ses drapeaux une armée de 20,000 hommes, croyant n'avoir plus rien à craindre, il s'écria : ^Que l'épée décide notre querelle!"
*) La livre vaut aa^i ^ova de France.
Cependant les attaques des réroUés contre Mellinguen et Zofinguen n'avaient eu aucun succès^ ensorte qu'ils perdirent encore courage. Us envoyèrent des dë^ pûtes au conseil de guerre fédéral assemblé à Mellîn^ guen pour obtenir des conditions favorables. Mais cette fois le conseil répondit : «Il n'appartient pas aux paj«sans de prescrire des conditions. Livrez-nous l'acte de TOtre alliance; retirez-vous dans vos fojers^ et que vos chefs attendent la sentence de vos supérieurs. Voilà le moyen qui vous reste d'obtenir la paix."
Dans leur épouvante ^ les envoyés des révoltés bernois^ bâlois et soleurois prêtèrent le serment qu'on exigea d'eux. Il n'en fut pas de même des Lucernois^ qui s'excusèrent sur le manque de pouvoirs nécessaires. Les bandes rebelles se trouvèrent dohc par là divisées entr'elles. Wertmuller iit avancer ses troupes. Le générai d'£rlach s'avança d'un autre côté par Berne et par Wanguen sur Languentbal. Chemin faisant il dispersa une horde de 2000 paysans. Il trouva (28 mai) devant Herzoguenbouchsée un poste de six hommes armés de halle^ bardes; ils lui assurèrent que les rebelles étaient entièrement dispersés. Mais lorsqu'il approcha du village avec sa suite ^ on lui tira plusieurs coups. Découvrant devant lui les bandes des rebelles^ maîtresses dn bois voisin, il les fit attaquer de trois c6tès.
Là commença un combat désespéré; les révoltés^ bientôt vaincus ^ se retirèrent vers le village en défendant le terrain pied à pied. Tandis qu^une partie des maisons étaient déjà la proie des flammes^ ils se défendirent dans les. autres ^ se retranchèrent enfin derrière les murailles de l'église^ et de là se dispersèrent dans les bois.
hts armées de d*£rlach et de Wertmuller se réunivent près de Languenthal , et la révolte se trouva appaisée
dans toutf cettt contrée. Wertmaller^ fidèle à la paix assurée aux révoltés par le conseil de guerre de Mel-* liiigueiiy blâma le général bernois du massacre de Herzoguenbouchsée 5 n^ais lorsque d*£rl)Eich lui eut raconté la cause de ce malheur^ il fut convenu que la Basse* Aargoyie seule jouirait de la faveur du traité de Mellinguen ; mais qtie fierne traiterait d'après les droits de la guerre les communes sises au-dessus d'Arbourg.
Soudain^ dans tous les villages coupables ^ succédèrent aux cris de la révolte et aux bravades de l'audace le silence de la mort et le repentir de la terreur. Les rebelles furent désarmés y leur^ chefs mis dans les fers. Le conseil de guerre fédéral s'élablit à Zofinguen pour juger les coupables. Schjrbi j fut conduit du fond da r£ntlibouch et eut la tête tranchée. Leuenbergiier^ caché dans sa propre maison , fut trahi par un voisin, son complice^ et conduit dans les prisons de Berne. Il fut décapité / et sa tête , ainsi que Pacte d'alliance des rebelles ; attachée à la potence. Son secrétaire Brœsmer mourut du même supplice. Ulrich Galli fut pendu. A Bâie on fît mourir^ comme complices de la révolte, sept vieillards qui tous avaient de longues barbes blanches. Beaucoup d'autres encore furent condamnés à la mort, à l'exil, à des amendes, hes bailliages libres furent condamnés à pajer 10,000 florins, les gens du comté de Lenzbourg 20,000, les Soleurois 30,000, et d'autres des sommes plus ou moins fortes. Quelques chefs des rebelles prirent la fuite; l'empereur Ferdinand m les mit au ban dans toute l'étendue de l'empire romain.
Les révoltés du canton de Lucerne , vojant leurs intérêts séparés de ceux des autres cantons, s'étaient décidés à faire une convention avec leur gouvernement. Uri, Schwjz, Unterwalden et Zloug se réunirent à Stanc,
(7 juin} iconiin« arbitres et mëdiateurs entre le gouieme* ment et les sujets. Les rebelles de PËiitliboach refusèrent seuls de se soumettre à la sentence arbitrale , se sentant soutenus en secret par plusieurs citoyens de Lucerne que leur ambition flattait d'un changement dans le gouver- Xiement. .Mais ces citojens furent trahis et emprisonnés , et FEntlibouch fut réduit à l'obéissance p«r la supériorité des troupes que l'autorité j envoya.
Telle fut l'issue de cette révolte. Celui qui s'élève contre Ja loi , périt par la loi. Longtemps après ces trou-^ blés les cantons se querellèrent entr'eux au sujet des frais de la guerre 5 Berne parliculièrement avec Zurich , Soleure avec Berne 9 jusqu'à ce qu'on s'arrangea dans une diète gé- Bérale (1654) où l'on statua qu'à l'avenir chaque eanton supporterait les frais des secours qu'il donnerait aux autres*
Guerre de religion. Bataille de Villmerguen.
' La peste.
(De l'an i656 à Tan i668.)
A peine la querelle pour les frais de la guerre futelle terminée^ qu'il s'en éleva une autre plus funeste que la première.
£lle naquit de la haine anti-chrétienne des catholiques et des réformés. Au lieu d'éteindre ce feu qui semblait allumé par l'enfer, les ecclésiastiques des deux partis ne cessaient de l'attiser par leurs discours. Les gouvememens n'avaient déjà que trop de sujets de disputes , dans les bailliages communs surtout, où chacun prétendait au premier rôle et à la souveraineté. Chacun
jugeant des aiitces d'après $ts propres intentions y tout» confiance se trouyait anéantie. )y Voyez,*' disaient le» catholiques, )»les Bernois et les Zuricois fortifient leur» Tilles et s'attachent la Hollande et l'Angleterre ; tontes ces démarches. sont dirigées contre nous." — Les réfor-" mes disaient de leur côté : ^ Voyez, les catholiques confirment l'alliance de Charles Boromée, renouvellent leurs traités avec la Savoie et avec Tévêque de Bâle et flattent le roi d'£spagne. Tout cela n'est pas sans hut; ils en veulent à notre religion."
Six familles d'Arth, dans le canton de Schwyz, attachées au culte évangélique, furent obligées de s'enfuir. A peine leur vie était-elle en sûreté dans Arth. Elles se présentèrent avec larmes et prières devant le codseil dé Zurich (1655) le suppliant d'intercéder auprès de leur gouvernement pour obtenir la libre sortie de leurs biens. Le conseil de Zurich, ému de compassion, écrivit à Schwyz selon le désir des supplians. Le gouvernement de Schwyz refusa la demande et exigea qu'on lui livrât les fugitifs^ Les cantons réformés en appelèrent au droit fédéral 5 mais le gouvernement de Schwyz répondît: ^Nous n'avons à rendre compte de Tadministration de notre pays qu'à Dieu et à notre conscience." Les biens des fugitifs furent confisqués, leurs parens, aussi évangéliques, jetés dans les fers, appliqués à la torture, quelques-uns même coùdamnés à mort.
Conseils , prières , médiations , tout fut mis en œuvre dans les diètes par les cantons neutres, mais tout fut infructueux. Alors Zurich prit les armes. Schwyz et les autres cantons ne furent pas moins prompts à s'armer. Les Zuricois, soutenus par Bâle, Mulhouse et Scha£fhouse, se mirent en campagne avec 10,000 hommes, s'approchèrent du l^in, soumirent la Thurgovie et assiégèrent Rapperswyl. Les troupes des catho-
liqnef araienl d^a occupé ce dernier endroit et PAlbif>. ainsi qae Bremgarten, Meliingnen, Baden^ et sur les^ confine des cantons d'Unterwalden et de Berne la mon-* tagne du Branig. Les Bernois firent garder leurs fron-^ tières du c6U de Fribourg^ de Soleure et d'Unterwalden; le reste de leurs troupes marcha sous quarante* bannières au secours des Znricois.
Aucun ordre ^ aucune discipline ne régnait parmi les troupes des réformés. Rayageant^ incendiant tout sur leur passage^ elles déyastèrent le couyent de Rbei-^ nau^ pillèrent des yiilages et des yiiles^ emmenèrent des troupeaux entiers. Lts Bernois entr'autres étaient* ii peu soumis à la discipline , qu'ils établirent leurcamp dans les environs de Villmergnen, sans s'inquiéter de rennemi, sans envoyer des explorateur» , sans avoir, même assez de munition pour leur artillerie. Bien qne. quelques Aargoviens eussent reconnu l'ennemi prés du village de Wohlen^ et jetassent^des cris d'alarmes dans le camp^ on n'j fit pas attention ^ parceque plusieurs {eunes seigneurs bernois assurèrent ^ au retpur d'une promenade à cheval^ qu'il n'jr avait nul danger à craindre.
Cependant plus de 4000 Lucernois étaient réellement cachés derrière un bois sur la hauteur de Wohien. Leur, colonel PfjffcT les fit avancer sans retard. Du haut d'un chemin creux qui les cachait jusqu'à mi-corps , ils dirigèrent leur feu contre les Bernois. C'était à deux heures ajprès midi^ le 14 de janvier 1656. Le trouble et l'effroi des Bernois furent si grands qu'on put à peine former les rangs. Comme les munitions de guerre leur m an*? quaient^ ils ne firent que deux déchaînes d'artilUrie. Toute leur armée prit la fuite. Dix nouvelles bannières. qui vinrent à leur secours furent entraînées par lesfujards.. Pendant le combat le c(^onei Pfjffer reçut une lettre de son gouvernement qui lui ordonnait de ne pas coiui^
mencer Vaitaqne, parcequ*on cherchait à s'a««order saos^ effusion de sang. Mais deirinant le contenu de la lettre, il la mit dans sa poche sans la décacheter, et pour* suivit les Bernois dont ses soldats firent un grand cax^ nage. Ils perdirent plus de 800 hommes et onze pièces d'artillerie. Plusieurs hataillons hernois occupaient les coteaux des deux c6tés de la route 5 ils virent la fuite des /leurs qui se dirigeaient sur Lenzhourg, mais ils set tinrent immobiles, parcequ'ils n'avaient pas reçu d'ordre pour agir.
y "^Jjes hataillons aargoviens, au contraire, furent transportés de JPureur à la vue du massacre des Bernois; ils voulurent marcher en avant, renouveler le combat, et le' -conseil de guerre bernois ne put arrêter qu'avec peine leur impétuosité. Telle fi^t la bataille de Yiilmerguen. Le^ vainqueurs restèrent trois jours entiers sur le champ de bataille à célébrer leur triomphe; après quoi ibsereti-^ rèrent chargés de butin. Leur victoire fut suivie d'un armis«« tice et, peu après, de la paix (26 février 1656). Gomme on ne permettait pas l'importation des denrées dans les petits cantons , et que le gouvernement de Lucerne n'osait pas se fier plus que celui de Berne au peuple de la campagne, toujours mécontent, la paix était généralement désirée. Quoique celte guerre n'eût duré que neuf semaines, elle avait déjà coûté aux Zuricois plus de 414,000 florins. Le traité de paix remit tout à peu prèv sur l'ancien pied. On laissa aux gouvernemens cantonaux pleine liberté de statuer ce que bon leur semblerait relativement aux affaires religieuses et à rémigration d'un canton dans un autre.
La mauvaise administration militaire des cantons réformés aurait permis aux catholiques d'obtenir de plus grands avantages , si l'organisation de leurs propres troupes avait été meilleure. Fâchés de n'avoir pas tiré
un plas grand parti de lear Mtaation, ils en rejetèrent toute la faute sur le colonel Zirejer d'£yenbach, ch^ des troupes d^Uri; ils Taccusérent d'être d'intelligenee arec les Zuricois et le& Bernois, et d'aroir empécbé près de TEtzel qu'on ponrsuÎTit les ennemis déjà mis en luite, et qu'on fit lever le siège de Rapperswjl. Un moine de Notre*dame-des-£rmites prétendit m^me que les Zuricois araient enrojé i cq chef 1400 ducats dans un chapon. Cet incident fit naitre de nourelles disputes et des procès interminables deyant les diètes.
La paix était rétablie, mais les esprits consenraient les disposlions les plus hostiles. Elles se manifestaient en tous lieux, surtout dans les bailliages commune. Là les peines des uns faisaient la joie des autres; le fanatisme du peuple imitait le fanatisme des grands; tous insultaient au christianisme aU nom du christianisme. Peu s'en fallut que la guerre n'éclatât de noureau à chaque moment.
Un Lucernois, enrôleur pour le serrice d'Espagne; traversa la Thurgovie par des chemins détournés avec quarante-trois recrues, leTour de la pentecôte C1664}, An village de Lipperswyl ils entrèrent dans l'église réformée, les sabres nus, j firent du bruit et j causèrent du désordre. Une femme saisie d'effroi se sauva en jetant de grands cris dans le village de Wigoldinguen, appelant au secours. Les habitans de ce village se mirent aussitôt en route, se jetèrent sur les recrues, en assom-* mèrent cinq, en blessèrent d'aatres et firent quelques prisonniers* Cet événement remit les armes à la main aux défenseurs de l'un et de l'autre culte. Cinq can-» tons catholiques prirent aussitôt, possession de Kaîserstouhl, Mellinguen et Bremgarten. On assembla des diètes; on négocia. Les catholiques ne pouvaient être appaisés que par du sang. Les cantons souverains de la
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ThargOTi« condamnèrent à mort à I9 pluralité des Toix deux paysans de Wig oldiiigaen (5 septembre 1665) ^ malgré ^intercession et les supplications, touchantes do gouvernement de Zurich. Ce mémo gouremement fit faire une collecte dans toutes les églises de son cantoti pour aider la commune de Wigoldinguen k pajer les frais- de ce long procès.
De pareilles qu erelles étaient fréquentes à cette époque^ et les haines religieuses se montraient impitoyables dans leurs persécutions. £lles répandirent le deuil et la désolation dans les familles. A ce fléau se joignit une conta*^ glon pestilencielle^ 'qui enleva beaucoup de monde suivtout à Bâle et dans rAargovie (1667). £lle se manifestait par des bubons au bas ventre. La température était mal* saine; l'hiver précédent avait été chaud. Les arbres^ lés fruits^ toutes les plantes étaient couverts de vert venimeux et de chenilles; on n'avait jamais vu autant de souris des champs et des montagnes. Un hiver rigoureux yint^ au bout d'une année, mettre fin à tous ces fléaux.
L'abbc de Saint-Gall enlève aux Togguenbourgeois leurs anciennes libertés; suites de cet évënement.
(De l'an 1700 à Pan 171a.)
Les anciens Suisses s'aiTranchirent de la domination de toute puissance étrangère, et conservèrent cette noble indépendance, tant que l'intérêt et la vanité ne leur firent pas rechercher les puissances étrangères, et que U désunion et la faiblesse ne les leur firent pas craindre*
Us Jouirent da respect de tous les peuples tant qufils préférèrent l'éternelle justice à cette yie d'un moment. Mais quand ia cupidité et la lâcheté placèrent la prudence au-dessus du droit; quand on rendit son corps tt son Sang à Tambition des étrangers; quand les chefs dé la patrie laissèrent enchaîner leur indépendance par les chaînes d'or et par les cordons des souverains ^ la tûine fondit sur ce malheureux pajs. On s'avilissait ^vânt les étrangers pQur s'enorgueillir devant ses cohcitojrens ; on préférait son canton à la Suisse, sa famille à son canton; on était petit dans les grandes choses, et dans les petites on affectait de la grandeur ; on rechercBait les emplois par intérêt, on les mettait à l'enchère, on les donnait en dot; les Suisses s'appelaient un peuple libre, mais la plupart étaient des sujets misérables f dont- la condition ne valait pas celle des sujets des rois ; les seigneurs ne dédaignèrent ni la violence m Pastuce pour éteindre peu à peu les faibles droits qui restaient encore au peuple, et pour reculer les limites de leur propre domination.
Les habitans du Togguenbourg en particulier en firent la triste expérience. Les communes de ce pays avaient obtenu de la faveur des comtes de Togguenbourg de grandes prérogatives; ell^s nommaient des jugée aux tribunaux supérieurs et inférieurs ; elles avaient leur part des amendes et de certains revenus; elles participaient, dans des assemblées générales ou particulières, à l'administration des biens publics et à l'autorité militaire. Leur bailli devait nécessairement élre choisi dans leur sein.
L'abbé de Saint-Gali ayant acheté en 146S du seigneur de Raron, pour la somme de 14,500 florins d'Allemagne ^), les droits que celui-ci avait hérités des
*) Euviron 3i,636 francs de Frsncf.
anciens comtes de Togguenbourg, il eut aussi enyio des droits que non seulement il n*ayait pas achetés ^ mais qu'il avait même confirmés ^an peuple. Le peupl^ du Togguenbourg avait formé en 1436 une alliance avee Glaris et Scfawjz, pour mettre ses droits sous leur pro« tection; mais l'abbé^ de son côté, avait donné en 146^ à ses propres droits l'appui de ces mêmes cantons ^ par ^ne alliance particulière. Gomme sou abbaje était alliée a la confédération et que lui-même était prince du saint* empire^ il sut tirer avantage de cette double circonsr tance pour étendre de jour en jour ses droits* Suivant que son intérêt l'exigeait ^ il s'élevait contre l'empereur comme membre de la Confédération , ou contre le| Confédérés comme prii^ce d^empire et vassal du trône impérial. Cette politique lui réussit.
Il commença par révoquer en doute la liberté des Togguenboui^eois et par les appeler ses serfs (I5i0), afin de les accoutumer insensiblement à cette idée* A la fin il attaqua sans détour leurs libertés, ce qui amena de fréquentes contestations débattues devant les deux cantons protecteurs. Ceux-ci lui étaient favorables. 11 obtint d'abord (1539) qu'on en appelât à lui des jugemens de tous les tribunaux du paj^s; puis (1540) il s'arrogea le droit exclusif d'élire les juges et de garder les biens confisqués aux criminels ; celui de faire choix d'un bailli étranger et d'administrer sans restriction les biens des églises et des cures ; la propriété de la chasse et de la pêche; la prérogative de nommer les pasteurs de toutes les églises (1543), ]es greffiers et les huissiers (1555); le privilège d'accorder le droit de bourgeoisie (1596). Enfin on interdit au peuple et les assemblées générales et toutes les autres ; radmiuislration militaire même passa tuute entière dans les mains de Tabbé (1654). Alors il put gouverner au gré de son caprice;
il consentait à des recrntemens forcés pour le sei^ rice étranger, il donnait tons les emplois à ses créatures^ TOjrait arec indifférence qae les magistrats et les coarens attirassent à eux^ à force de ruses et d'intrigues^ les meilleurs fonds de terre , ou que les amendes publiques s'élevassent à des sommes énormes.
A la un, Fun de ces abbés^ Léodegar Burguis&er^ se crut maître absolu du Togguenbourg. U ordonna au! peuple de construire et d'entretenir à ses frais une nou- Telle route à travers la forêt de Hummelwald. Une députation du peuple lui représenta que cette charge était plus forte que ne l'étaient autrefois les corvées dont ils t'étaient déjà rachetés deux fois; pour toute réponse, l'abbé condamna les députés à une amende de 1540 ëcus d'empire 9 à une rétractation à huis ouverts, et prononça contr'eux l'interdiction civile.
Les Toggenbourgeois opprimés portèrent plainte auprès des cantons de Schwyz et de Glaris (1701). Les Glaronnais furent touchés de la misère de ce peuple écrasé, ainsi que les citojens de Schwjz, quoique les Togguenbourgeois fussent réformés. » Fussent-ils Turcs et pajrens," s'écrièrent-ils dans leur assemblée générale, y ce sont nos alliés et nous devons leur faire rendre justice.*' L'abbé, irrité de cette opposition, porta plainte a son tour auprès de tous les cantons confédérés et en appela à ses droits de membre de la Confédération. — De nouvelles diètes s'assemblèrent d'année en année. Zurich et Lucerne, qui avaient aussi fait une alliance défensive avec l'abbé, prirent part à cette querelle funeste. Leur religion en butte à tant d'attaques avait fait beaucoup d*amis aux Togguenbourgeois , et Tabbé s'était fait beaucoup d'ennemis parcequ'il venait de former une alliance défensive avec rAutriche , et qu'il considérait le comté de Toggenbourg comme un fief do
l^emperear et de Fempire. Plas la querelle durait , plus elle s'embrouillait; c'est l'ordinaire. A la fin, rancienne haine religieuse y mêla encore ses poisons.
Voyant que Zurich et Berne soutenaient les Togguen* bourgeois, par esprit de secte, et les encourageaient à persévérer dans leurs réclamations, Schwjz inclina pour Tabbé.de Saint-Gall (1703): )>Les nouveaux droits d« l'abbé", dirent les députés de ce canton, y ses actes et ses seings passent ayant les droits surannés du peuple^ et aucun nouveau culte ne doit s'établir dans le Tog-* Ifuenbourg, sans'le consentement préalable de Schvrjt et de Glaris. ". Ces prétentions n'intimidèrent point Zurich ni Berne, et les Togguenbourgeois maintinrent leurs anciens droits. L'ambassadeur impérial apporta une lettre de la part de son maître, qui s'arrogeait le droit de connaître de ce différend, yû que le comté de Togguenbourg était incontestablement un ancien fief de l'empire. Mais Zurich rCt Berne répondirent : » Le Togguenbourg est renfermé dans les limites de la Confédération, et l'abbé de Saint-Gall nous a reconnus pour arbitres depuis plusieurs années." — Les ambassadeurs de Hollande , de Prusse et d'Angleterre encourageaient les Bernois et les Zuricois à résister à l'empereur.
Gomme cette querelle s'étendait de plus en plus et que la discorde et les assassinats troublaient le Toggueiibourg, vu que Tabbé de Saint-Gall y semait à dessein la division entre les réformés et les catholiques, un Zuricois respectable par sa sagesse (son nom était Nabholz) essaya par ses conseils de rétablir l'ordre et la paix. Ses efforts furent infructueux. L'abbé défendit opiniâtrement tous les titres de sa puissance menacée. Mais les Togguenbourgeois méprisèrent cette puissance et, au Heu d'obéir à l'abbé, chassèrent de tous les châteaux ses gouverneurs, ses subdcJégués, ses soldats. L'abbé fit
vccuptt par des troupes les ponts ^ les routes ^ les ^u^ tiers du ci-deraot territoire de Saint-Gali, Les Toggueubourgeôis prirent les armes. L'ayojerDurler deLucerne, «mi zélé de Fabbé, invita les cantons catholiques à réprimer ces rebelles. L'avojer Willading de Berne invita^ les cantons réformes à courir aux armes sans délai pour défendre^ contre les catholiques, les droits du peuple togguenbourgeois et la sûreté de Téglise réfor* mée. yLa querelle'* dit-il, )>dure déjà depuis douze ans et s*enflamûié de jour en Jour.''
Voyant que Zurich et Berne étaient^ pour eux et que 3000 Zuricois, commandés par un magistrat nommé Bodmer^ Tenaient à leur secours, les Togguenbourgeois déclarèrent la guerre à Pabbé pour la défense de leurs droits^ (12 ayril 1T12), Nabholz, jusqu'à ce jour leur ami et leur conseiller, devint leur chef, fit sonner le tocsin et les défendit aussi vigoureusement avec Tépée qu'il l'avait fait avec la plume. Les couvens et les châteaux de l'abbé furent occupés $ mais celui-ci fil entrer dans les murs de Wji seize bataillons d'infanterie. Pendant ce temps les troupes zuricoises pillèrent et saccagèrent sans retenue le pajs de Sainl-6all.
Lu cerne, Uri, Schwjz, Unterwalden et Zoug prirent les armes, couvrirent leurs frontières, marchèrent contre le Togguenbourg et s'emparèrent du comté de Bade. Le nonce du pape leur donna 26,000 écus du trésor papal ^ et dans les églises de Rome on adressa pour eux des prières à tous les saints. Les prêtres distribuèrent aux soldats des balles bénites ei des amulettes.
Le& Bernois tirèrent 10,000 couronnes de leur trésor pour mettre 15,000 hommes en campagne. Ils placèrent des troupes sur toutes leurs frontières, dans le comté de Lenzbourg près d'Othmarsiiiguen du coté de Bade et dans les bailliages libres. Un corps d*armée bernois^
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protégé par douze bouches k fea ^ passa l'Aar dans Pendroit appelé Stilli (eau tranquille) et Joignit Tannée zuricoîse prés de Wurelinguen. Celle-ci , pendant ce temps 5 8*était rendue maîtresse de tonte la Thurgotie. Ainsi partout il n^^ eut que guerre et cris de guerre. Les Valaisans mêmes étaient déjà en marche pour ee« courir les cantons catholiques.
Claris , Soleure et Téréque de Constance gardèrent la neutralité au milieu de la confusion générale. Bàlo et Fribonrg gémirent de cette guerre cinle et- exhortèrent encore une fois les deus^ partis & se réconcilier; il n'était plus temps. L'abbé de Saint-Gall mit tous ses (ojaux en sûreté à Lindan^); lui-même se rendit à Rorschach^^) et demanda du secours à la yiHe de Saint- Gall et aux cantons d^Appenzell et de Claris ^ mais il n'en reçut d'autre assurance que celle de leur neutralité* L'empereur^ qui se trouvait alors à Presbourg en Hem" grie^ ordonna au cercle de Souabe de soutenir l'abbé de Saint-Gall.
Guerre du Togguenboui^. Seconde bataille de
Villmerguen. Paix d'Aarau.
(De Tan 171a à Tan 17 iB.)
Un corps de iO^OOO Bernois et Zuricois s'était avancé sous les murs de Wjl pour j assiéger les troupes de Fabbé. Nabholz les joignit avec 2000 Togguenbourgeois
*) ViUe de Sonabe sur une He du lac de Constance. *♦) Boarç du canton de Saint -Call au bord du lac de Cons* tance j on l'appelle aussi Roschach»
ara
et aprè» loi un autre corps d'armée de la Thorgorie. La ¥il1e fî\t bombardée; les campagnes et les yiUagesy Tarages. Cependant la garnison de l'abbé se défiindit * Taillamment sous le major Felber et fit plus d'une sortie qui coûta du sang à l'ennemi. Mais lorsque les Tbnrgoyiens se firent séparés des autres assiégeans qui leur témoignaient du mépris ^ Felber étendit ses ravages Jusqu'à Braunau et Soummen. Ses gens exerçaient de telles cruautés qu'ils assommèrent deux hommes sans défense et mutilèrent «une femme des pieds et des mains. De telles horreurs firent pousser des cris de rengeance dans toute la Thurgoyie. Des hordes levées en masse et poussées par la rage s'avancèrent depuis Weinfelden. On y vojait des femmes et des jeunes -gens de douze ans. Elles usèrent de représailles contre les catholiques.
Nabholz dit aux généraux bernois et zuricois : 9 Faisons une incursion dans les anciens états de l'abbé^ patrie d'un grand nombre des défenseurs de Wjl> quand ils verront de loin leurs cabanes et leurs villages en proie aux flammes ^ ils se sépareront des autres et la ville se trouvera affaiblie." 11 entra donc avec 1000 hommes près d'Oberglatt dans les anciens états de l'abbé. A l'aspect de ce grand embrasement ^ ceux -des assiégés dont les demeures étaient en feu sortirent promptement de la ville pour aller les défendre. Agi^e par la discorde et par la terreur 9 la ville se rendit le 22 de mai. Lts soldats de l'abbé se dispersèrent ^ vomissant des imprécations contre leur chef Felber. Gelui-ci^^ en danger de perdre la vie, fut réduit à implorer la protection des ' vainqueurs pour pouvoir s'enfuir jusqu'à Bemhardszell. Mais le peuple furieux le poursuivit aussi dans cet endroit, l'arracha de la demeure du pasteur, le mit sur un mauvais cheval et le conduisit au milieu des cris et des outrages jusqu'au pont de la Sitter. Là il fut tué
par quatre coups de fasil ; le peuple coupa sou cadaTre en pièces arec des couteaux et le jeta dans les eaux da la rîriére (24 mai).
Sur ces entrefaites le raillant Nabholz arait pénétra plus ayant dans les anciens états de l'abbé de St. Gall. Les habitans de Gossau se rendirent à lui après ayoir assas« sine dans leur fureur le général des troupes de leur con-« tréf. Deux jours auparavant ils avaient chassé mille Tog^ guenbourgeois enyojés contr'eux pour mettre tout à feu et à sang^ ceux-ci^ dans leur fuite , étranglèrent dans une étable le prêtre catholique de Nièderglatt. Les bannières de Zurich et de Berne traversèrent victorieuses toute la Thurgovie jusqu'à Saint-Gall, et laissèrent une garnison dans Fabbaje de cette ville et à Rorschach; L'abbé y plein d'effroi, s'était enfui auparavant à Augsbourg avec tous ses effets précieux.
Fiers dé leurs succès^ les Togguenbourgeois condamnèrent à mort ceux des sujets de l'abbé qui leê avaient trahis; ils rejetèrent entièrement la domination de leur prince ecclésiastique, annullèrent leur alliance avec Schwjz et Glarîs, et proposèrent aux habitans de Gaster, d'Uznach, de Gams et d'autres lieux de former avec eux une république semblable à celle des libres cantons de la Suisse. lis tracèrent le plan d'une' consti* tution qu'ils soumirent à la diète helvétique assemblée dans Aarau^ mais leur projet déplut aux seigneurs de Zurich et de Berne, qui aimaient mieux avoir dans le Togguenbourg des sujets que des Confédérés. Nabholz même, ce défenseur zélé des intérêts des Togguenbourgeois, refusa d'appujer leur demande, quoiqu'ils^ lui offrissent des sommes considérables pour qu'il embrassât leur cause.
Cependant 2000 Bernois avaient passé PAar près do U Stilli et s'étaient joints à 3000 Zuricois commandés
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par le colonel Jean Gaspard Wertmullen Riunis, U9 pasfèrent le mont Haienberg pour soametlre entièrement le comté de Bade^ chassèrent les bandes éparseï des cantons cadioliqnes et s'ayancèrent jasqn'auprès de la Tille de Mellinguen. Du côté opposé il arriva.^ da comté de Lenzbourg, 7000 Bernois, qui trarersèrent la Bunz. Les garnisons catholiques s'enfairent à Bade* Mellinguen fut pris sans coup férir. Tous les lieux habités du comté de Bade rendirent hommage aux yainqueurs ; de même que. la TÎlle de Bremgarten. Ruis Parrnée TÎctorieuse se dirigea sur Bade pour en assiéger la forteresse. Wertmuller établit son camp à côté des yignes du Laeguerberg et attendit rarrirée des Bernois qui avaient pris un détour depuis Mellinguen jusqu'à Fahrwindiscby le long de la Reuss^ pour attaquer Bade du côté opposé. Les assiégés faisaient un feu continuel contre le camp de .Wertmuller depuis la* terrasse de l'église des capucins et du haut du château. Une batterie zuricoise de quarante bouches à feu et mortiers ' j répondait. L'église , la tour, un grand nombre de maisons furent endommagées; le parapet du château tomba avec fracas le long des rochers. Tout-à-coup on vit paraître à l'opposite, près des grands bains , l'armée bernoise qui menait avec elle vingt pièces de campagne , obusiers et mortiers. Les assiégés eu furent si épouvantés qu'ils se rendirent à des conditions dures (31 mai). Le commandant de la forteresse , Crivelli d'Uri, put se retirer avec sa garnison , mais sans son artillerie*
Ces succès et l'hommage que le Rheinthal fut contraint de rendre à Zurich et à Berne firent naitre entre les cantons catholiques la rage, la discorde, le désordre. Les uns voulaient la paix , les autres la guerre. Les ambassadeurs d'Autriche et de France leur promettaient du secours 5 le pape leur envoyait de l'argent, . Fribourg et
Sdleure'; le Valais et tout oe <]ai était caâioHque dans les bailliages cammuns prit les armes. Sfur-*le-eliamp ceux des cantons réformés qui n'avaient pris aucune part à la querelle^ menacèrent de s'armer aussi; tous les réformés de$ bailliages communs s'armaient déjà pour soutenir Zurich et Berne. Prés de 150,000 Suisses se trouvaient sous les armes, prêts à verser le sang les uns des autres; jamais la Confédération n'avait mis sur pied une armée aussi considérable pour repousser un ennemi étranger. Heureusement une ^pée arrêta l'autre» La France et l'Autriche firent marcher des troupes vecs les frontières de la Suisse, mais elles furent tenues en respect par des troupes anglaises , hollandaises et prus^ siennes.
Tandis que les députés de la Gonfédération^Hie^iem* blés dans Aarau, négociaient une paix, lo çhevaliet Ackermann, bailli d'Untenvalden, à la tête de 5000 hommes, s'approcha du pont de Sins ou les Bernois étaient campés. Le curé de Sins, d'intelligence avec Ackermann, donna aux officiers bernois un grand repas pour qu'ils ne s'aperçussent de rien. Ils furent surpris et purent à peine se sauver; un grand nombre de Ber« Bois perdirent la vie. Le colonel Meuhier de Berne, qui se défendit vaillamment, d*abord dans le cimetière, ensuite dans l'église , fut à la fin contraint de se rendre. Ils eussent été massacrés impilojablement. par les soldats d'Unlerwalden , de Schwjz et de Zoug, si Ackermann n'eàt pas résisté à leur rage sanguinaire avec une généreuse intrépidité (20 juillet). D'un autre côté, les troupes de Schwyz s'étaient avancées jusqu'à Hutten et' Bellenschauz non loin du lac de Zuiich (22 juillet}. Mais elles y rencontrèrent le vaillant capitaine Werlmuller. Ils se battirent pendant sept heures, perdirent 200 hommes et durent enfîn céder aux Zuricois. On
troora tor loi morts de» biUefs bémU dans Ictqndb* étaieal^des chiffres ^ des croix , des promesses «Pane, lictoire certaine.
Le chevalier Ackermann appelait de toas c6tës sous $ts bannières des soldats cathoiiqaes. U se trouva bien« t^t à la tête d'une armée de plus de 12^000 hommes ^ et traversa rapidement la contrée par Mouri jusqu'à Woh«len et]yillmergueny où se trouvaient 8000 Bernois. Ce lieu 9 déjà témoin d'une défaite sanglante des Bernois yaincns par les cantons catholiques (l4 janvier 1656) ^ était destiné à être une seconde fois rougi du sang suisse versé par des Suisses. C'était le 25 de juillet 1712. Les Bernois avaient pris position près de Meiengrun. Les tonnerres de l'artillerie donnèrent le signal du carnage; le combat dura six heures. Au bout de ce temps les Bernois répandirent la terreur et le désordre dans les rangs des ennemis^ puisqu'il faut donner ce nom à leurs frères. Us rompirent leurs ligàes et les mirent en fuite. Plus de 2000 catholiques restèrent couchés sur le champ de bataille.
Excités par ce succès^ les Togguenbourgeois conquirent Uznach et Gaster; la ville de Rappersvr^l se rendit aux Zuricois; les vainqueurs pénétrèrent de tous c6tés dans les terres des catholiques. Ceux-ci ëfirajrés demandèrent la paix.
Les cantons de Lucerne et d'Uri avaient déjà signé la paix à la diète d'Aarau (18 juillet); mais les paysans lacemois excités par le nonce du pape^ par les curés et les moines^ ne, voulant pas la paix, avaient niarché d'abord vers Lucerne pour forcer le gouvernement à faire la guerre ; ensuite vers Villmeiguen, pour combattre les Bernois. Là ils avaient trouvé leur perte. Même après cette bataille 2000 hommes de Willisau s'étaient soulevés contre le gouvernement; mais les troupes bemoisea
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lu rangèrent bientôt à lelir deyoir; ils pajèfeat des frab de guerre ootisidërables. ' Les troupes beifinoises étaient deyennes les meilleares de la Confédération ^ pour l'habillement , la discipline y le maniement et la qualité de leurs armes.
.Enfin la paix générale fut conclue à la diète d'Aarau^ an grand ayantage des yainquears; Les cantons catho* llques non seulement cédèrent à Zurich et à Berne leurs droits sur Bade , Rapperswyl et les bailliages libres inférieurs^ mais encore associèrent ces cantons déjà si pnissans à leur autorité sur la Thurgovie et sur le Rheinthaï ; dès ce moment les deux religions allèrent de pair dans ce dernier pajs* Glaris conserya partout %ts droits à côté àe^ droits nouyeaux de Zurich et de Berne.
Mais Pabbé de Saint-Gall ^ Léodegar^ aussi opiniâtre que malheureux ^ ne youlnt pas accepter la paix et resta hors de sa patrie jusqu'à sa mort. Pendant ce temps les Zuricois et les Bernois occupèrent son paj& Mais lorsque le nouyel abbé Joseph (1718) eut accepta et signé la paix à Rorschach, on lui rendit ses états; les Tog^enbourgeois rentrèrent sous sa domination , mais ayec des droits et des franchises plus considérables qu'auparayant et placés sons la protection de Zurich et de Berne. Le pape et son nonce persistèrent seuls à rejeter la paix d'Aarau^ et la déclarèrent nulle et inyalide. hts Suisses réconciliés n'j firent aucune attention , et lorsque le peuple de quelques bailliages lucernois» excité par des ecclésiastiques ^ se sonleya de nouyeau contre le gouyemement^ celui-ci fit yenir une garnison de l*£nllibouch ^ demanda au pape la dotation des cou-^ yens pour qu'ils payassent les frais de la guerre^ et le rappel du nonce Caraccioli^ regardé comme Fauteur de tout le mal. Les cantons catholiques ressentirent longtemps les suites funestes de cette guerre ; qui leur
avait occasionné des dépenses considérables* Le goiH yemement de Scbvvjz leva an impôt de cinq écus sur chaque ménage. Luceme eut besoin de moyens de rigneur ponr faire pajer les frais de cette guerre. Uri , réduit à la même nécessité^ ne put appaiser sts sujets du yal Liyino qu'en leur accordant de grandes franchises (1713)^ et àè% lors elle les appela « chers et fidèles compatriotes. '^
Etat des Suisses au commencement du dix-huitième siècle. Querelle de Thomas Massner.
(De l'an 1701 k Pan i7i4')
Depuis la bataille fratricide de VUlmerguen^ les Confédérés n'eurent aucune guerre ni étrangère ni civile pendant l'espace de quatre-yingt-six ans* Toutefois cette période ne fut marquée ni par le bQuheur^ ni par le repos ^ ni par la gloire; mais elle s'écoula au milieu de débats et de différends des cantons enti^eux et àes gouTernemens avec leurs sujets. A peu près de dix en dix ans se montraient sur la scène politique de nouvelles intrigues^ de nouvelles conspirations, de nouvelles révoltes y jusqu'à ce que l'édifice ruiné de l'ancienne Confédération s'écroula au premier choc qiie lui donna la main hostile de la France.
Les Suisses firent leurs premières guerres pour se défendre contre les oppresseurs de leurs droits et de leur liberté. Une gloire immortelle parmi les nations de la terre fut le prix de leur courage. Ensuite les villes et les cantons devenus libres entreprirent d'autres guerres pour agrandir leur territoire elle nombre de leurs sujets^
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et pour étendre les limites étroites de leur domination^ Une- gloire eqaiyoque et les germes de la discorde furent le prix de leurs rues ambitieuses. L^oubli ou lo mépris sont le terme où aboutissent les actions mémo des plus grands conquérans^ toujours semblables entcd elles f toujours étrangères ait bonbeur de rhnmanité. •*>« Apres cela les dissensions religieuses ^ jointes àrenyie^ à Tambition, à Tesprit de parti , mirent aux Suisses les armes à la main> nou j^lus contre des ennemis communs> mais contre eux-mêmes. Quel fut le prix de tani de haines? Us souillèrent la gloire héritée de leurs ajenx et se poussèrent les uns les autres sur les bords d^un abime* — Enfin ils rendirent leurs enfans pour des guerres qui ne les regardaient pas^ et achetèrent^ au prix du sang de leurs braves^ en fayeur des fils des nobles^ des soldes considérables, des pensions annuelles^ des chaînes d'or, <tes cordons, des titres, récompenses q|ie les monarques donnent à leurs serviteurs. Pour prix de cette démence , un orgueil despotique , un luxe dévastateur envahirent les maisons des grands ; des mœurs étrangères, des vices étrangers envahirent les cabanes du peuple f la Suisse devint le théâtre des intrigues immorales des . ambassadeurs , et les goufverpemens des cantons ambitionnèrent un pouvoir illitimé sur leurs sujets. Alors on vit les Confédérés moins unis entr'eux qu'avec des souverains éloignés; alors ils s'interdirent réciproquement de s'établir les uns chez les autres, et défendirent de canton à canton l'achat et la vente des choses les plus nécessaires à la vie. X4eurs dièles ne furent plus qu'une vaine cérémonie où la pompe remplaçait la cordialité ; leurs actions ténébreuses contredisaient leurs brillans discours.
£n vain de sages amis de la patrie exhortaient k améliorer et à consolider le pacte de la Confédération,
«Tant qu'elle tIdI à se dUsoadre; en yain^ dans one diila même y quelques cantons éyangéiiqaes proposèrent one aoiiTelle constitution fédérale : Tégoïsme de la plupart des autres la fit rejeter. La proposition faite par un Genevois, Sarasin^ de créer une autorité fédérale eupréme^ dont le pouvoir illitimé donnerait à la Confédération plus d'unité et d'ensemble^ fat accueillie avee dérision.
£n reranebe, les habitans âf^ ï, de Scbirjrt et d'Unterwalden s'assemblèrent en grande pompe le 24 de juin 1713 sur le Ratli où quatre cents ans auparavant leara pères avaient fait le serment d'être libres. Us j renouvelèrent par un serment solennel leurs alliances primitives } mais en le jprétant ils n'avaient dans le cœur quo le triste souvenir de Villmerguen et la haine des cantons puissans. Deux ans plus tard (9 mai 1715} les cantons catholiques signèrent à Soleore an traité d'amitié avec la France f dont le roi était alors l'ennemi lo plus acharné des protestans. Cette alliance particulière effraja les cantons évangéliques et leur inspira de la défiance. On soupçonnait que le traité renfermait des articles secrets^ en vertu desquels des puissances étrangères seraient appelées en Suisse; les petits cantons^ rendus plus forts aux dépens des autres; Genève et le Pajs-de-Vaud y rendus au duc de Savoie, et le comté de Kjbonrg, à l'empereur. Pour l'honneur de la Suisse, l'événement ne justifia point ces soupçons, mais les soupçons eux-mêmes attestaient l'animoaité et la défiance réciproque des Confédérés.
On les vojait toujours prêts à combattre, non contre des puissances étrangères, pour protéger la gloire et le bonheur de la Suisse, mais contre leurs propres frères pour défendre les prérogatives d'un canton ou les intérêts d'un souverain. Les uns étaient attachés i l'Autriche ;
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les autres, à la France; un petit nombre seulement, i laSuUfiei Parla les ambassadeurs rusés des cours étrai^ gères obtinrent une influence croissante dans les afâiirtisde la Suisse. La honte fut le partage des Confédérés f le malheur, celui de mainte famille. L'exemple sairanl le prouvera.
Un jeune homme des Grisous, occupé de ses étudeé à Genève, fit une partie de plaisir en Savoie. L'ambas-^ sadeur français le fit saisir par trahison (1710) et enfermer dans une forteresse, parceque son p^re Thomas Maésner, membre du conseil de Coire ^ tenait le parti de l'Au^* triche. Celui-ci ajant appris Tan'estation de son fils innocent et ayant demandé inutilement justice etassis^* tance, poussé à bout, arma des gens, saint le frère de Merveilleux, chargé-d'afiàires à Coire, et le tint en» formé par représailles. On fit un accommodement; le conseiller rendit son prisonnier et demanda pardon i l'ambassadeur français à Soleure. Mais n'obtenant pas laliberté de son fils, il médita une nouvelle vengeances ■ Un jour le vieux Massner tendit des embûches iau àaù de Vendôme, grand prieur de France, qui passait par le pajs de Sargans, le fit prisonnier et le conduisit i Feldkirch vers les Autrichiens. Le gouvernement de la république des Grisons adressa des prières à la France et à l'Autriche pour obtenir la liberté des innocens captifs; mais ce fut sans succès. Les ambassadeurs étrangers envenimèrent au contraire la querelle. Par suite de celte discorde , l'ambassadeur anglais , partisan des Autrichiens, fut assassiné aux bains de Pfefièrs; la ligue des Dix juridictions prit parti pour Thomas Mass^* ner et le nomma bailli de Maienfeld ^ les cantons suisses,
au contraire, mirent ce même homme au.baii et sa
tête à prix; enfin une sentence du tribunal criminel d'Iianz le déclara échu de ses droits de citc^n^ ordonna
la ^a6sca|i<m et $«• inutn f le condamna à itne mort îgnpminioiiae et offrit mUI« ducats de récompense A celai qui le liTrerait
Pour prévenir de plus grands maux, Thomas Mass* ner avait déjà auparavant obtenu la liberté du duc de Vendôme et s'était retiré à Vienne^ pour j vivre sous la protection de Teoiperear. Il resta loBgteo»ps dans cet exil; tandis que son malheureux fils languissait dans une forteresse française ^ et que sa femme gémissait dans une sorte de veuvage au sein des montagnes» Mais la douleur de l'absence et les affections de' son cœur le rappelèrent dans sa patrie. Il s'apercevait d'ailleurs que son crédit aupreè de l'empereur diminuait chaque jour* Car la faveur du peuple et des monarques est comme la vapeur l^ére qu'emporte le moindre vent.
Arrivé dans sa patrie , la sentence d'Ilanz et le ban des Confédérés pesaient encore sur sa tête. Il erra dans les Alpes dupajsde Claris. Mais il jfut trahi et l'ambassadeur, français le fit poursuivre. Un jour qu'il voulait échapper i ses persécuteurs et qu'il se trouvait déjà sur la rive droite du Bhin et sur le territoire de l'Autriche ^ sa voiture rersa^ et Massner mourut des suites de cette chute*
£n 17i4 la paix fut conclue à Bade entre la. France et l'Autriche.. Parmi les plénipotentiaires de ^emi^ereur était un neveu de Thomas Massner. A force de peines il obtint apvés de longs pour-parlers la liberté de son cousin. Celui-ci f en rentrant dans sa patrie après une captivité de plusieurs années^ fut reçu par sta compatriotes comme un martjr triomphant^ avec tontes les marques de l'allégresse pukUque, et dédommagé de ses souffrances par des honneurs et des dignités.
YoilJT comment à cette époque les ambassadeursétrangers se puaient des Suisses dans leur propre pajs^
Apris les avoir diTMfi pur Us intrigues ai<tiffcîeQses usitées dans les coars.
4^ - Troubles à Zurich, à SchafRiouse et dan»^ Fëvéché de Bâle.
(De Tan 1714 ^ Tan >74^-)
On a dit et souvent répété que la guerre est le plus grand des maux. Mais ainsi ne pensèrent point les an-cieiis héros de la Confédération qui honorèrent le nom des Suisses devant Dieu et devant les hommes; ils marchaient au conihatponr la. défense de leurs droits sacrés^ parcequ'ils connaissaient quelque chose de mieux qu'une vie molle et une lâche sécurité ; le plus grand des maux, disaient-ils, c'est Tesclavage sous le sceptre de fer de l'orgueil et de Tinjustice.
Aussi pendant la paix qui dura depuis la dernière hataille de Villmerguen jusqu'à l'arrivée des armées françaises^ la Suisse eut à souiTrir plus de calamités que dans toutes ses guerres contre l'Autriche et la Bourgogne.l Car pendant les quatre-vingt-six années de repos, durant lesquelles se rouillèrent les épies des Winkelried, des Fontana, desWaldmann, des llall^vj], des £rlach, la rouille de l'égoïsme et de l'orgueil rongea aussi les tahles sur lesquelles était gravée la lojale alliance des anciens Suisses , et la Confédération se décomposa comme un cadavre en pourriture. Les fils dégénérés couvrirent le cadavre avec les écus et les armoiries de leurs ajeux, afin que Ton ne vit pas que l'esprit qui l'avait animé n'jr était plus.
On ne iH plus rien de grand. La grandeur consUtmi^ AUX jeux de presque tout le monde ^ dans les richesses et non dans les vertus^ dans la domination sur des sujets et non dans le titre de citojen libre. Les uns achetaient des bailliages à Penchère^ pour y vendre la justice et rinjustice comme une marchandise ordinaire. D'autres mendiaient dans les cours des pensions^ des cordons^ des titres. Ceux-ci ^ au lieu de mériter par des services la reconnaissance de la patrie ^ briguaient la main des filles de conseillers , et avec elle des emplois dans la magistrature. Ceux-là poursuivaient d'autres avantages; un petit nombre^ une gloire pure. Dans les pajs sujets le peuple n'avait guère d'autre droit que celui de partager avec son bétail les travaux de la campagne. Il restait plongé dans l'ignorance^ car les gouvernemens étaient assez aveugles pour craindre que le peuple ne fut trop éclairé. Les villes et les cantons dominateurs tninaient sans relâche les libertés des sujets; et les familles nobles des villes , les libertés des bourgeois. De temps en temps ceux dont les droits étaient attaqués se réveillaient de leur sommeil , s'armaient de courage^ reconquéraient leurs droits ou prévenaient du xnoins par leurs menaces de nouveaux empiétemens. Mais toutes ces petites querelles ne méritent pas l'attention de la postérité ; à peine excitèrent-elles dans le temps la curiosité de ceux des Confédérés qu'elles ne regardaient pas.
A Zurich ^ où la bourgeoisie avait conservé de tout temps un esprit de liberté^ une légère dispute des mé- « tiers fit réformer inopinément plusieurs abus qui s'étaient ^ introduits dans le sjstème du gouvernement. Deux par* cheminiers accusèrent un mégisseur d'empiéter sur les prérogatives de leur communauté (octobre 1712}. Cette dispute individuelle devint bientôt celle des deux corps