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âe métier > puis^ l'affaire dé toute la bourgeoisie. On examina de nouveau les ordoimances et les prérogatiTes des corps de métier^ on corrigea ce qui paraissait défectueux^ on détermina plus rigoureusement la compétence législative de la bourgeoisie^ on perfectionna^ ^elon les besoins du temps ^ les statuts de l'ancien pacte constitutionnel^ enfin on réunit tous ces cbangemens utiles en une loi fondamentale appelée libelle ^ et tous les citojens la^sanctionnérent par un serment (17 décembre 1713). .
. Ayant ce temps déja^ après de longues altercations^ la bourgeoisie de la yille de Scbaffhouse avait obtenu les mêmes avantages par l'établissement d'une loi fondamentale qu'on appela instrument de réformation (1689). Car à Scbaffbouse le petit-conseil avait insensiblement usurpé un grand pouvoir par une bonté insinuante et |>ar une ruse adroite que favorisait l'insouciance des communautés^ ensuite par des coups d'autorité. Les droits de la bourgeoisie avaient été violés; les biens de l'état^ administrés arbitrairement et à l'avantage des familles dominantes. C'est ce qui arrive toujours quand les dépositaires de la loi^ s'élevant au-dessus de la loi, s'imaginent que leur seule volonté doit en tenir lieu. Mais la réforme des abus et de l'arbitraire au-dedans des murs de Scbaffhouse ne les abolit pas entièrement dans les campagnes où les droits du peuple demeurèrent dans l'oubli. De là vint que lorsque le gouvernement établit à son profit un cabaret à Wilcbinguen , les babitans de ce bourg lui refusèrent obéissance (1717); puis lorsque le gouvernement , reconnaissant son tort, fit fermer le cabaret^ les ' citoyens de Wilcbinguen exposèrent beaucoup d'autres griefs non moins fondés. Des puissances étrangères ne négligèrent pas cette occasion de se mêler d'une dispute domestique ; les prétextes ne
leur manquaient jamais. Le gouTernçiQent de Schaff» Louse ^ut beau enyojer- des troupes et promettre un examen impartial de tous les griefs , les bourgeob de Wilchinguen refusèrent de lui rendre hommage ^ parceque la cour de Vienne ayait flatté leurs députés d'espé* rances séduisantes. Mais plus tard (1726) ils furent renyojés de Vienne parceque TAutriche craignit une guerre ayec la France pour un sujet plus important^ et qu'elle youlait s'assurer de la bienyeillance de la Confédération. Un grand nombre des rebelles eurent leurs' biens confisqués 9 d'autres furent punis par l'exil. Fatigués de se plaindre^ ils consentirent au bout de plusieurs années à rendre an gouremement l'bommage qu'ils lui ayaient refusé (1729).
L'arbitraire produit toujours des désastres y et dans foute guerre d'un gouyernement coutre les citoyens^. la yictoire est funeste> la gloire impure. C'est ce qu'éprouya dans le même temps l'éyéque de Bâle.
La domination de ce seigneur embrassait le beat^ pajrs compris entre le lac de Bienne et la yille de Bâle, ces ricbes yallées du Jura où brillent des châteaux^ des yillages^ des cités magnifiques; dans ses états se trouvaient les yilles de Bienne ^ de Neuyille, de Porentrui, de Délemont et de Moutier dans le Granfelt, l'Erguel ou Val de Saint-Imier, le Freiberg et les seigneuries d'£scb^ de Birseck et de Zwinguen.
Lorsque Jean Conrad de Rheinacb, deyenu piunceéyéque (1705^^ reçut l'hommage de ses sujets^ le ban-^ neret du pajs, Vuisard, fit, au nom du peuple, la réserve de ses droits et du patronat de Berne. L'éyéque ne voulut entendre parler d'aucune réserve", exigea le serment d'une obéissance illimitée et dépouilla le banneret de ses honneurs et de ses emplois, s'ioiaginant
que lé pouvoir tenait lien de tons les droits, les habitans du rai de Montier ne pensaient pas de même. Le banneret s'adressant à la y i lie de Berne lui rappela son ancien patronat et implora son secours. Gomme Pévéque persistait dans ses prétentions au pouvoir absolu et qu'il continuait à faire des innovations et à exercer des vexations de toute espèce contre les rebelles^ les Bernois envojérent quelques mille hommes pour la défense ào leurs protégés , et rétablirent le banneret dans sa dignité et le pajs dans ses droits. L'évéque en fut courroucé f il en appela aux cantons catholiques qui' espérèrent terminer ce diiSërend avec Taide de la France; maitf lés Bernois comptaient sur le secours des cantons réformés et de l'Angleterre. Sentant qu'il ne pouvait pas l'emporter, Pévéqne fit avec les Bernois, a Nidan, un ftoeommodement à l'amiable (30 mars 1706), et reconnut les droits des habitans du val de Moutier; mais ce fut à contre-^œur, car il leur suscita chicane sur chicane, principalement au sujet du culte réformé. Berne reprit ànssitÂt les armes (1711). La menace seule fut une victoire.
L'évèque confirma de nouveau les droits du val de Moutier dans une conférence tenue dans Aarberg; il ÙLt même contraint de souscrire à une condition onérease et humiliante, c'était de payer une amende de 20,000 éctts , si , tfois mois après la seconde et la trot-^^ sième sommation des Bernois, il n'avait pas répondu d'une manière satisfaisante aux griefs que ses sujets lui présenteraient; la prévôté de Moutier servit d'hypothèque pour l'exécution de cette clause. Malgré les foudres que le pape Clément XI lança contre un traité qui, selon ses expressions, donnait tant d'avantage à des héré<*' tiques sur de vrais crojans , la convention fut respectée.
Dans lii snite les éréques de Bâle cherchèrent à phy^ Heurs reprises à étendre leur droit de souveraineté pas des coups d'antorité on par des décidons arbitraùpei ^ mais ils n'enrent pas pins de succès. Le conseil de la ville de Bienne (1711} ayant banni du pays nn citojcte de cette ville , la famille du condamné porta plainte i Vévéque. Gelui-ci prétendit ^ contre toute justice^ forcer le conseil à révoquer sa sentence et à payer les frais du procès* n destitua de sa pleine autorité le bourguexnestre et cinq conseillers, tous opposés à ses prêtent lions despotiques ; il leur infligea des amendes , les mit au ban^ prononça la peine de mort contre le bourgue-^ mestre fugitif C1714}, cassa même à la fin le conseil entier. La ville de Berne, unie depuis longtemps avec 4»elle de Bienne par une alliance défensive, rétablit la paix, et fit rendre i la ville outragée sa liberté et ses droits légitimes.
L'évèque traita avec la même dureté la ville de Po^ rentrui. £lle possédait des privilèges importans et des franchises que lui avaient accordés d^anciens empereurs et des seigneurs y et que de tout temps les èvèque^ avaient reconnus. £n montant sur le siège épiscopal, le seigneur de Ramschwag commença le cours de ses' empiéteiipens sur les ..droits municipaux. Il n'écoatdit aucune plainte et traitait de rebelles les états provinciaux et leurs députés. Appuyés sur la conscience de leur bon droit, les citoyens de Porentrui se soulevèrent. L^évéque appela contr'eux le secours des cantons ca-tholiques^ mais les députés de ces cantons, après un mur examen, répondirent au prince-évêque avec une loyauté exemplaire (1734) : ^Pour que les prérogatives du souverain subsistent, il faut que les droits des sujets soient respectés.'* •— Cette querelle dura sept années entières; les cœurs des sujets se 1 fermèrent à leur
^riace. Celui-ci, irrité contre les Sm$te$p fit venir dans ,$e0 états des trcMipes françaises , remit ses sujets sons le joi^ du despotisme , dkposa an gré de ton caprice d« Jeucs biens , de leurs bonneors f de leur vie s courbée ^us le long 9 les sujets se turent; mais ils attendaient l'heure de la vengeance. A la fin elle sonna.
Soulèvement de Werdenbei^ contre Claris»
(De Tan 1714 k Tan 1740.)
A peu prés àr la même époque ^ le petit district de Werdenberg fut le théâtre de scènes a£9igeantes. Qepuit 1517 que Glaris avait acheté ce comté du seigneur de Heuwen^ il fut gouverné en paix par des baillis qui se renouvelaient tous les trois ans. Les habitans du pajs de Werdenberg avaient d'abord vu de mauvais œil leur incorporation dans la Confédération helvétique ^ parcequ'elle leur était à Jamais l'espoir de racheter ou^^b^ tenir leur liberté. Déjà en 1525 il j avait eu unsHiévement général contre les nouveaux maîtres; mais il fui promptement appaisé et suivi d'une tranquillité que rien ne troubla. Les 4000 habitans des trois paroisses possédaient dans les Alpes du Togguenbourg des pâturages d'un grand rapport ^ et dans la vallée ^ dés champs et des vergers fertiles ; ils avaient d'ailleurs certains droits et certaines franchises. Us conservaient comme un trésor sacré les lettres d'octroi en vertu desquelles leur bailli ne devait ni se mêler de leurs afiaires communales > ni retirer aucun avantage des forêts et des pâturages communs. Les baillis , au lieu de respecter toujours ces franchises, finirent par s'arroger l'admijaiitration
àêè bUai tommttnaaxi det bois et de» pâturages; aôg-' ment^reot la dime des montagnes conrertie en argent; exercèrent une autorité arbitraire au sujet du droit do meilleur catei , de la nomination aux emplois et d^antres droits encore* Le peuple lésé invoquait ses prérojgatiVeS reconnues et sanctionnées*
Un Jour que lés quinze paroisses du pajs de Glaris étaient réunies en assemblée générale en présence des premiers magistrats du canton (1705)^ quelques pei^ sonnes dirent que les lettres d'octroi avaient été accordées par le conseil sans la participation des paroisses^ qu'ainsi elles étaient invalides et désavantageuses & la cbose publique. 'L'assemblée ordonna sur-le-champ qu'on demandât ces lettres pour les examiner.
Werdenberg ne remit qu'à regret au bailli Gaspard Trumpi ce dépôt de ses libertés^ qu'on prétendait exi^ miner et qu'on ne lui rendit jamais. Gomme ce comté faisait des plaintes améres^ mais toutefois respectueuses , contre ce vol politique^ un triple conseil assemblé 4 Glaris promit que l'on réunirait, dans un acte fondamental qui serait remis aux citoyens de Werdenberg, toAs }g» droits dont leur pajs avait été en possession depuis les temps les plus reculés. Mais ceux-ci, pleins de défiance, réclamèrent, comme leur propriété, les, lettres originales. Après quinze ans de plaintes inutiles ils refusèrent au nouveau bailli l'hommage accoutumé (1719). On leur promit de leur restituer lés lettres d'octroi s'ils rendaient hommage à leur nouveau magistrat; le landamman de Glaris dit même au peuple ,assembJé dans l'église de Grabs : y Vieillard, j'ai déjà un pied dans la tombe et je veux que l'autre j descende a cette heure même si l'on ne vous tient pas parole.** Mais la confiance du peuple, souvent déçue, ne fut point rétablie par cette protnmse.
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£lonn« <)« tdDt de risistaDcei U gonremement de Glarîi recourut a Zurich^ chef-lieu de la Gonfédirationy et aux Confédérés assemblés en dicte à Frauenfeld. Le con^té de Werdenberg ût de même; inals on renfojra les députés de ce ^omté sans les entendre ^ arec ordre au peuple de se soumettre à son gouvernement et de rendre Thommage requis. Il obéit (^juillet 1720}^ mais sans se désister de son droit Le gouyernément engagea les députés de Werdenberg à venir k Glaris pour examincir les documens et pour entrer en négociation an sujet des lettres d'octroi ^ leur promettant un sauf-conduit sur son honneur et avec serment. A peine les députés furent-'ils arrivés^ qu'on leur fît de fortes menaces parcequ'ils ne voulaient pas renoncer à leurs prétentions; on les jeta dans un cachot^ où l'un des plus (ermes d'entr'eux mourut de mort subite. Les citojrens de Werdenberg en furent d'autant plus affligés qu*ils virent bien qu'au tribunal des Confédérés les droits des sujets et les droits des gouveruemens n'étaient pas pesés dans la même balance. Quarante hommes des trois paroisses firent ensemble le serment de sacrifier plutôt leurs biens et leur vie que les droits de leur pajs. L'agitation se répandit de proche en proche; le peuple devint fier et menaçant; le bailli dans son château semblait plutôt un prisonnier qu'un maître. Il ^ fit entrer ^ au milieu d'une ntiit obscure^ une garnison de soixante-quinze Glaronnais.
£n apprenant cela^ le peuple sonna les cloches d'alarme» sortit des communes par bandes armées , eourut ça et là en faisant un grand bruit et voulut marcher contre le château; mais ces bandes n'avaient ni ordre^ ni discipline y ni ebefs expérimentés. Dès qu'elles se virent accueillies par le feu de l'artillerie du château^ elles furent épouvantées et prirent la fuite (2i octobre
1721). Oinq Joart «près parut k la téta de 2^0 hommes le général glaronnaia Bartholomée Paravichii. Il fat ittiri de dépatét du canton-directear.
Vojant lean affidres désespérées , persuadés phil6t par l'aspect des forces du gouyemement que par Télo* queuce des députés de Zurich ^ les révoltés^ courerts de ednfbsion^ portèreht leurs armés au château et les j déposèrent Cependant le gouyernement de Glaris, exhortés par les Zuricois et par les Bernois à traiter ayéc douceur un peuple malheureux et égarée retira êm troupes le jour même de la reddition des armes et^ les ^t rétrograder ce jour là jusqu'à Azmoos, malgré la pluie et Pouragan.
Cest f ordinaire d'un peuple ignorant de ne songer ni au passé ni à l'arenir^ et d'être aussi insolent aprés' le danger que lâche en sa présence. Aucun des accusés* ne comparut au château pour rendre compte de sa conduite y comme ils ê'j étaient engagés. Chacun fkt derechef le héros. La peuple tint de noureau une as«aemblée générale où il jura de défendre ses droits ayee* union et constance. On eonstruisit sans retard uni pont sur le Rhin afin d'avoir une retraite dans la der-* niére extrémité.
Les troupes glaronnaises entrèrent pour la seconde fois dans le pajs rérolté; aussitôt les hordes rebeliev mais sans armes s^enfuireut au-delà du Rhin^ se persuadant que l'exil et la pauvreté râlaient mieux qu'une patrie où leurs droits étaient foulés aux pieds. Mais on était en hirer; les yagissemens des enfans à demi^morts de froid et les cris lamentahles des femmes brisèrent le cœur des hommes. Ils enrôlèrent donc au château de Werdenberg demander grâce i et ^ préparés à tout souffrir, ils retournèrent au bout de quelques jours dans leurs cabanes abandonnées. Un petit nombre seulement
préféra un eiil volontaire à la coadiUon de serfs , àla-* quelle les antres se soumirent par serment (31 décembre 1721).
Le gouyemement de Glaris prononça sur le crime des révoltés. Les noms de Léonard Beoscfa de Rafis^ de Jean Beusch^ de Jaques Yorburguer^ de Jean Nauw et de Jean Senn 9 qui avaient potté la parole pour le peuple y furent attachés à la potence. La révolte fui punie par des amendes et des confiscations f dont la vuleur surpassait 70|000 florins } par des dégradations et des bannissemens : mais personne ne fut condamné à' mort Le sang qui dans les troubles civils coule de l^cbafaud sur le sol d*unpajs libre^ devient une semence* de malédiction et de vengeance ^ dont quelquefois 1er ihtits fîxnestes ne sont recueillis que par les fils des* bourreaux et deê victimes.
Glaris anéantit tous les titres de liberté de Werdeirr* berg. Mais quelques années plus tard^ les bergers de 1^ Linthy poussés par une résolution généreuse > dé* livrèrent les sujets de ce canton d'un grand nombre de leurs anciens maux^ en restreignant avec prudence le pouvoir des baillis ^ et rendirent enfin aussi aux habitans de Werdenberg leur droits et leur existence civile. Bs n^eurent jamais lieu de se repentir de lear modé<» raâon. .
Fureur des parus et troublés dans le pays de Zoug. Puissance et infortune du landamman Schoumacher.
(D« Tan 1714 à 1^ 1740.)
Au moment où la paix rentra dans le, pàjs de 61a* lift f les excès des partis la firent fuir, da pajs de Zoug.
Au sein des Alpes, près d'an lap charmant se tronre la petite ville de Zoag, dont la situation sur un terrain peu solide n^est pas sans danger; déjà deux fois (143$ et 1594^ cette rire déchirée avec un fracas horrihle disparut sous les flots avec ses maisons et ses jardins.' Le petit district dépendant de la ville, anciennement acheté; (1350 à 1484) de plusieurs chevaliers et couvens , au mojen des économies du trésor municipal, avait été administré par des baillis. Le seul bailliage de Huoenberg, qui avait acheté lui-même sa liberté (1414), s'était soumis volontairement à la souveraineté de Zoug, aveQ )a réserve de ses droits. Dans la ville ^éme , les droits de tous les citoyens étaient égaux. Cependant quelques familles nobles trés-ancieunes , soit comme héritières d'une grande fortune ou d'un grand nom , soit par leur mérite , soit par l'influence de leur parti , se trouvaient presque toujours en possession des premières charges» Elles causèrent souvent les plus grandes désordres, tantôt semant la division parmi les citoyens, tantôt se persécutant les unes les autres , tantôt vendant aux puissances étrangères et leurs services personnels et les services de leur patrie.
Les communes d'£gueri, de Menzinguen et de Baar, libres sous l'empire de leurs propres constitutions et de
leurs lois, indépendantes de la rille^ formaient a?eo celle-ci tout le can,ton. Le landamman^ chef de la république y était choisi tour-à-tour dans les quatre communautés. Les petites pré^ogatires dont la yill« jouissait et quelquefois abusait, ne serraient qu'à entretenir la haine et la jalousie de la campagne. U nv s'écoulait jamais un siècle sans des querelles tumultueuses, parfois sanglantes. Uner fois même (1702) £gueri, Menzinguen et Baar furent sur le point de rompre leur alliance avec Zong et de former un canton séparé; mais les autres Confédérés les en empêchèrent.
Parmi les familles les plus riches du pajs on distinguait celle des Zouriauben , barons de Thourn et Guestellenbourg. Depuis deux cents ans ils étaient presque toujours en possession des premières dignités de l'état, ainsi que sous la dépendance des rois de France qui leur abandonnaient la distribution des pensions stipulées, des pensions gratuites et le soin de leur acheter 4ies partisans et des suffrages. Us avaient obtenu du conseil de la ville et du conseil communal le privilège lucratif de vendre le sel du gouvernement, dont ils faisaient venir chaque année six cents tonneaux de la Haute-Bourgogne. Les adversaires des Zourlauben pas- «aient pour adversaires de la France et par conséquent pour amis de l'Autriche.
Au nombre de ces derniers était Antoine Schoumacher, homme d'-esprit, mais violent, et faisant le commerce du sel de Hall *). Réuni aux autres antago« nistes du landamman Fidélis Zourlauben , il commença par blâmer la qualité du sel bourguignon ; ensuite il répan- .dit des soupçons sur la fidélité de l'administration de cette
^) Petite ville du Tyrol sur rinn, où se trouvent des miaes de sel.
ffime; enfin il éleva des plaialet eentre la dktrib««tion partiale des pensions et des gratifications accorda par la France. Les oommnnes de Baar et de Mendn^ gnen^ appnjant ses plaintes ^ s'écrièrent: «L'argenté la France doit être distribué par portion» égales ^itrd tons les citojens. Chacon de nous^ le pins petit comme le pins grand , est an allié 4u roi.^ Ce discours ajant été rapporté an landaçiman Fidélis , il fit distribuer parmi le peuple le résultat des pensions et des présens ^ el dresser dans les auberges des tables ourertes , afin de se (aire des amis et des partisans contre les Rudes $ c'est le surnom que l'on donnait i ses ennemis.
Mais peu de temps après (1728), Josias Scbicker de Baar> ennemi des Zourlauben et l'on des Rudes ;» détenu iandamman du canton ^ fit décréter la distribua tion égale des pensions stipulées et gratuites que la France pajait annuellement Comme cette puissance s'j opposa 9 la colère àe$ Rudes alla jusqu'il persécuter tous les favoris du roi de Fratice^ que l'on 8umom«mait les Doux. Us 'furent maltraités ^ leurs places don^ nées à des partisans de l'Autriche* Le Iandamman Fidélis , accusé de malversation dans la distribution des emplois ecclésiastiques et cirils , et d'une usure excessive , fut condamné à restituer le gain mal acquis , et comme il s'était enfui à Lucerne^ on confisqua see biens et on le .bannit pour cent et un ans. Il ne revit plus sa patrie* D'autres personnes du parti des Doux ajant pris la fuite comme lui , furent condamnées à la même peine. Les landammans Weber et CSiristophe Andermatt partagèrent leur sort^ pour avoir signé & Soleure^ au nom du canton de Zoug (1715), un traité d'alliance avec la France que le bruit public accusait ^e renfermer comme condition secrète le partage de la Suisse.
Dsux ans après (1731) l'assemblée générale ayant jconféré la dignité de landamman à Antçine Schoui» jnacher^ Talliance avec le roi de France fut rompue. Un seul homme 9 le conseiller Béat Gaspard Utiguer eut le courage de représenter au peuple les dangers de< cette démarche : mais il fut obligé de quitter le pays à rinstant même pour échapper à la mort.
Le landamman Schoumacher fit nommer par le peuple un nouveau conseil inTCsti des plus grands pouvoirs et composé de neuf de ses partisans tout dévoués à sa volonté. Alors commença une nouvelle persécution contre les partisans de la France. Les prisons furent encombrées; quiconque échappait au fer était pendu en effi-* gie , et son nom ^ afTiché à la potence. Toute pitié accordée aux bannis^ tout bJâme de la conduite despo-* tique des Budes était puni par l'exposition au carcan ou par la contrainte ignominieuse de porter pendant une année entière un bonnet rouge tricoté^ objet de la risée publique. Schoumacher chercha même à détacher de la France Uri, Schwyz et Unterwalden. Le motif de sa conduite fut peut-être Pespoir que la France consentirait à la répartition égale des sommes qu'elle envoyait , et qu'ainsi il consoliderait sa propre puissance par la ruine des Zourlauben.
Les fureurs du landamman et ce règne de terreur duraient déjà depuis deux ans. Cependant un grand nombre d'entre les Budes ^ voyant lents espérances déçues , s'adoucirent , soupirèrent après le repos et regrettèrent leurs vieux amis exilés. Surpris et irrité de cette inconstance^ Schoumacher eut recours à des mesures extraordinaires et terribles pour empêcher toute communication entre les gens du pays et les exilés, et pour prévenir toute révolté* contre son despotisme. Les communes furent forcées de mettre sur pied des troupes |
Bftar et Menzingaen , d'établir des gardes particulières ; dea capitaines forent envoyés dans tous les bailliages. Les portes de la yille de Zoug réparées s'ouvraient tard, ae fermaient de bonne beure. -— Ces mesures excitèrent l'étonnement du peuple , qui ne vojait point d'ennemi^ et Pénormité des frais qu'elles occasionnaient le ût murmurer.
A l'expiration du pouvoir de Schoumacber, aucune de ses promesses ne se trouvant réalisée, le crédit du parti des Doux augmenta considérablement parmi le peuple sous le landamnian suivant Jean Pierre Staub. Ce magistrat lui-même embrassa leur parti. £n peu de temps ils se trouvèrent les plus forts. Séhoumacher en rendant ses comptes plusieurs mois après être sorti d^ ebarge, convaincu d'avoir en main des sommes consi<^ dérables sans l'ordre et à l'insu du conseil , fut rejeté du conseil et mis aux fers avec ses amis et ses créatures.
Dès que le bruit s*en répandit dans le canton, les &udes furent partout destitués ^ de tous côtés s'élevèrent plaintes sur plaintes contre les terreurs de leur donii-<- Hation; les bannis, rappelés de leur triste exil, furent accueillis dans toutes les cabanes avec des larmes de joie. Antoine Schoumacber, l'auteur de troubles si longs et si funestes, fut conduit sous la potence (9 mars 1735) où étaient suspendus les noms et les cfHgies des bannis. Le bourreau les enleva. Le landamman buniilié les porta sur ses épaules jusqu'à l'bôtel de ville; il ne demanda que la vie. A la suite de dix accusations graves, les juges le condamnèrent k un bannissement perpétuel du sol de la Suisse et à trois ans de galères. Mais le peuple demandait son sang. De peur d'un soulèvement, on le conduisit avant le point du jour vers le lac, les mains et les pieds cbargés de fers. Sa fille suspendue à son cOu versait les larmes d*nn éternel
adieu. La foule garda un morne silence. Entouré d'ane garde formidable, il monta sur la barque^ prête à l'emporter pour toujours loin d'une terre où il ne irojait que des larmes, n'entendait que des malédictions. Sept mois après son départ la mort Taffranchity dans les prisons de Turin, du malheur de subir le supplice des gaJéres.
Mais ses vices ne furent pas exilés avec sa personne ; les dissensions et le mécontentement subsistèrent bien des années après lui. Car Zoug renouvela son alliance avec la France, et celle-ci entojra de nouveau des gratifications secrètes à ses adhérens. Dès que le peuple s'en aperçut (1764}, un nouvel orage éclata; ceux qui avaient reçu les gratifications furent condamnés à les verser dans la caisse de l'état, et punis, en outre, par de fortes amendes et par le bannissement. Les Confédérés ne prévinrent qu'avec peine un nouveau soulèvement, en obtenant de la France, par leur médiation, que le peuple recevrait comme précédemment du sel de Bourgogne ou un dédommagement en argent, qui^ ainsi que les pensions stipulées avec la Confédération, serait partagé entre tous les citojrens de la ville et de la campagne.
Querelle des Rudes et des Doux dans les rhodes
extérieures dr'Appenzell.
(De l'an 1714 à Tan 174^.)
Combien un pavs est à plaindre, quand les magistrats, oubliant qu'ils sont les serviteurs de l'étal* veulent que le bien public serve à leurs intérêts, quand
les seuls mobiles de leur administration sont Pégoïsme ^ la rengeance et l'orgueil I Ce principe des mallieurs de 2oug faillit à être la cause d'une guerre civile dans le canton d'Appenzell.
Depuis que les douze rLodes ou districts du pays d'Appeuzell se furent séparés à cause de la différence de religion^ ensorte que les rhodes intérieurs au pied des hautes Alpes suivaient le culte catholique^ et les rhodes extérieurs sur les deux rives de la Sitter , le culte réformé ^ ces deux petits états formaient un seul canton^ quoique séparés par leur mœurs et leurs lois autant que par leur croyance religieuse.
Le bourg d'Appenzell^ anciennement chef-lieu de tout le pajs^ rétait demeuré des rhodes intérieurs. Les rhodes extérieurs divisés en deux parties inégales par la Sitter se disputèrent longtemps soit pour la détermination d'un chef-lieu, soit pour la nomination des autorités. Le peuple devant la Sitter était plus nombreux que le peuple derrière la Sitter, et celui-ci en était d'autant plus jaloux de ses droits. A la fin chacune des deux parties nomma ses propres autorités; Troguen devint le chef-lieu du pays devant la Sitter, Hérisau ^elui de l'autre partie. Mais au lieu de mettre fin à la querelle, cette séparation l'envenima.
La famille des Zellwéguer, enrichie par le commerce , et les fabriques, jouissait d'une grande considération à Trogaen. A Hérisau florissait la famille des Wetter. Un membre de cette dernière maison avait obtenu la dignité de landamman; la même année, la ville de Saint-Gall eut un nouveau démêlé avec les Appenzellois an sujet d'un droit de péage (1732 j. Les Saint-Gallois demandèrent que le différend fut soumis à l'arbitrage dé deux cantons de la Confédération, conformément
byGoOgfe
k rarticltt tl àa traité de paix de Rorschach^ conclu après la guerre de Tog^uenbourg. ^
Le landamman Wetter ne youlat point entendre 4 cet arrangement ^La paix de Bx>r6cliacb'% dit-il f «n'est pas obligatoire pour notre peaple, puisqu'elle n'a été confirmée par aucune de nos communes ^ mais signée^ à leur insu et sans autorisation^ par quelques cfaeft du' pays. Si ceux-ci vivaient encore, il faudrait les punir pour avoir trabi la liberté et la justice , et accordé à la ville de Saint-Gall le pouvoir d'augmenter ses péages à sa guise."
U ne restait d'autres magistrats d'Appenzell j témoins du traité de Rorschacb , que les parens de la fa« mille des Zellweguer à Troguen. Le landamman Wetter les haïssait à cause de leurs richesses et de la considération dont ils jouissaient : il accusa donc les signataires d'avoir agi par intérêt et d'avoir eu des intelligences secrètes avec Saint-Gall au détriment de leur propre pajs.
Les Zellweguer répondirent : ,>Les cbefs du pajs devant et derrière la Sitter n'ont- ils pas été présens à la conclusion du traité de Rorscbacb? Les cbefs et les magistrats de tous les rhodes ne l'ont-ils pas accepté? M'a-t-on pas déjà appliqué et mis à exécution ce même article dans un démêlé semblable avec les Saint-Gai^ lois en 1720? Qui vous le fait rejeter maintenant , si ce n'est votre mauvaise foi?
Mais le peuple de derrière la Sitter n'écouta point ces raisons; il ajouta foi aux discours 4e Wetter, et fil de sanglans reproches aux Zellweguer et à leurs amis« Un jour que les chefs de tous les rhodes se trouvaient réunis à Hérisau, des pajsans ameutés, qu'on appelait aussi les Rudes, assaillirent la maison du conseil et pénétrèrent jusque dans la salle. Grossiers et rudes en
effets ils maltraitèrent les membres du conseil qtii rès-' pectaknt le traité de paix de ftorscbacb , surnommés à cause de cela les Doux , et poussèrent les Zellwéguer ▼ers la fenêtre pour les précipiter dans la rue où les attendaient la rage et la barbarie du peuple. La tranquillité ne se rétablit que lorsque cbacun 9es conseillers eut crié à baute voix par la fenêtre : y,Le gouvernement a manqué en ne soumettant pas aux communes le traité de paix de Rorscbach.**
Les paroisses devant la Sitter ajant appris le mauvais traitement qu'on avait fait éprouver à leurs magistrats^ voulurent se soulever et courir à la vengeance; mais les Zellwéguer et d'autres gens de bien les en détournèrent et les engagèrent à attendre paisiblement l'assemblée générale qui allait avoir lieu.
Lorsque les gens des rbodes devant la Sitter vinrent pour l'assemblée générale a Teufen (20 novembre 1732)^. ils trouvèrent ceux des rbodes derrière la Sitter rassemblés en plus grand nombre qu'à l'ordinaire autour da •iége du landamman , décoré de vieilles épées. Ceux-ci emportèrent tout par leurs cris et par leur majorité; destituèrent les principaux magistrats qui étaient du parti des Doux^ et déclarèrent innocent tous ceux que leurs attaques contre la paix de Rorschacb avaient fait punir.
Dès ce jour on ne vit plus dans tous le pays que baine, qu'exaspération^ que persécutions^ que violences, entre les Rudes et les Doux^ entre les partisans deWetter et ceux des Zellwéguer. Les deux partis portèrent plainte auprès des Confédérés. Tandis que ceux-ci restaient dans l'irrésolution à la diète de Frauenfeld (janvier 1733), la fureur du peuple parvint à un tel excès qu'on en vint aux mains et que les femmes et les enfans s'enfuirent
dans le Rheinthal. Une députaljon de la diète se rendît en hâte à Hérlsau pour rétablir la paix. £scher| goo^ Temeur de Zurich , président de la dëputation^ ajant appaisé le conseil par de sages discours et assuré qua les Confédérés n'avaient jamais eu Tintention d'imposé à des membres de la Confédération des conrentions qui pouvaient leur déplaire^ on annonça des députés de dix paroisses envoyés pour parler à ceux de la diète. Mais leur nombre était tel que la place du marché d'Hé'»rîsau ne pouvait les contenir; il j en avait de quatre a cinq nlille. Ils ne firent entendre que des cris et des menaces. ^Quoi?** dirent-ils aux députés, ^venez-vous pour soutenir la révolte des Doux et pour imposer à un peuple indépendant une convention qu'il n'a pas consentie? Sommes-nous sujets ou sommes-nous encore libres?
Les pour-parlers durèrent jusque fort avant dans la nuit. Les députés de la diète furent obligés de se rendre par une nuit d'hiver fort rude, à la lumière de torches et de lanternes (19 février 1733), dans une plaine près d'Hérisau , et de donner au peuple l'assurance par écrit qu'on ne le ferait jamais adhérer de force au traité d« paix de Rorschach. — Le jour suivant . de nouvelles hordes du peuple débordèrent sur Hérisau et exigèrent des médiateurs qu'ils exhortassent le parti rebelle à se soumettre au décret de l'assemblée générale. Les députés de Zurich et de Berne dirent : )>Nos cantons sont les auteurs et les garaus de l'article qu'on attaque dans Iç tZ-aité de paix, comment pourrions -nous agir contre ceux qui veulent rester fidèles à ce traité? Ce peuple mutiné ne nous forcera jamais à parler contre notre devoir." Mais les autres députes, en proie à la plus grande anxiété, étaient d'avis qu'il fallait appaiser la multitude. La députation témoigna donc par écrit que
les Som: deyaient se sonmettre an décret de l'atsefcn* blée générale*
C'était là tout ce qae les Rudes ataient demandé; après ce triomphe ils se dispersèrent La condaite des Appenzellois^ le traitement qu'ayaient éprouyé les dé^ pntés de la Confédération, indignèrent les cantons mé* diatenrs^ surtout Zurich et Berne; mais les plaies encore récentes de la guerre du Togguenbonrg ne permirent pas de menacer & main armée les coupables. On se contenta d'entrer & ce sujet dans de nouyeaux pourparlers aux diètes de Frauenfeld et d'Aarau; elles res-* tèrent sans résultat ^ parcequ'elles n'étaient pas soutenues par la force ^ et ne seryirent qu'à encourager le parti yaincu dans sa résistance au parti yainqueur.
Enfin l'irritation de l'un et de l'autre éclata dans le bourg de Gaiss; on en yint aux mains; on demanda du secours aux bourgs et aux yillages yoisins. Les armes dont on se seryit furent des massues et des bâtons. Les Rudes triomphèrent encore cette fois et pillèrent les granges et les cayes de leurs adversaires. Les yaincus^ respirant layengeance^ se rassemblèrent en armes ^ le jour suiyant, à Troguen et à Speicher; les bataillons des Rudes étaient réunis sous leufs bannières à Teufen^ soutenus par de l'artiJlerie. Le sang allait couler ; mais le gouvernement d'Appenzell parvint à séparer les fu-^ rîeox et à maintenir la paix par sa fermeté et sa prudence^ appujé d'ailleurs et encouragé par les médiateurs suisses assemblés à Saint-Gall.
Les Doux avaient eu le temps et Foccasion de se convaincre qu'ils étaient de beaucoup plus faibles que leurs ennemis; aussi abaûdonnèrent«ils leur cause de désespoir. L'assemblée générale réunie à Houndwjl confirma ce que l'assemblée générale de l'année précé-< dente avait décidé à Teufen. Les chefs du parti mal-
heureux forent privés de leurs honneurs et de leurs emplois ; et expièrent par des. amendes énormes respé*» rance qu'ils ararent fondée sur Tassistance des cantons et des diètes.
Conjuration de Henzi à Berne.
(D« l'an 1740 à Tan 1749-)
Les Confédérés n'émirent pas leur opinion sur la justice ou Pinjostice des mesures prises dans la querelle débattue sur les deux rires de la Sitter. Au lieu de se mêler d'affaires étrangères, chaque canton ne songea qu'à conserver sa paix intérieure; car chacun d'eux était exposé à plus ou moins de périls; mais le plu4 grand fut celui que courut la ville de Berne»
Anciennement le souverain pouvoir dans la ville do Berne était entre les mains de tous les citoyens ^ en vertu d'une loi fondamentale octrojée par le duc Ber« thold de Zsehringuen (1218}. La commune nommait chaque année ses magistrats, les choisissant d'ordinaire parmi la noblesse qui s'était établie dans la ville, et que la richesse, le loisir et l'instruction rendaient plus capable que la bourgeoisie de gouverner un état avec dignité. Mais comme avec le temps la noblesse était devenue hautaine et -ambitieuse de posséder seule le pouvoir, la bourgeoisie, assemblée dans l'église des prédicateurs (l'église française), mit sa liberté sous la sauve-garde d'une loi constitutionnelle (1384) qui devait la protéger contre tous les abus. On statua qu'A Tavenir seize citoyens et quatre bannerets éliraient annuellement les deux cents membres du grand-conseil parmi les arti«
sans ; on crojrait plas facile de trourer vingt hommes incorruptibles que de soustraire la foule à l'infloence des intrigues et de l'or des familles riches, pependant la commune se résenra le pouvoir législatif dans toutes les affaires importantes et le droit de faire la guerre et la paix.
Mais insensiblement les bannerets tout puissans ne nommèrent plus au grand-conseil que leurs parens et leurs amis; insensiblement ces familles parvinrent à se maintenir perpétuellement dans leurs charges ; le grandconseil ^ de concert avec les bannerets et les seize ^ se renouvela lui-même ; peu-à-peu les . assemblées de la bourgeoisie furent convoquées plus rarement; enfin on ne les convoqua plus du tout. En 1531 on adopta pour la première fois une loi sans le consentement de la bourgeoisie; et en 1536 ^ lorsqu'on résolut de faire la guerre à la Savoie ^ la commune fut consultée pour la dernière fois. La souveraine puissance devint héréditaire dans les familles qui siégeaient au grand-conseil. Tous les bourgeois conservèrent leurs droits à l'autorité suprême; mais le nombre des familles qui la possédaient et qui partageaient entr'elles les magistratures et les places était assez limité. *
Tout pouvoir illégitime^ quelque sagesse qu'il déploie ^ de quelque vertu qu'il s'entoure , ne fait jamais oublier la tache de son origine et tremble toujours en se la rappelant. L'antique privilège accordé par Berthold et la loi constitutionnelle de la bourgeoisie subsistaient encore^ conservées dans des capsules d'or; les familles régnantes n'osaient pas les révoquer^ de peur de rappeler à la commune les libertés perdues ^ dont 1^ souvenir était conservé toutefois dans la devise des armoiries de la ville.
Pl^s d'une fois les citojens murmurèrent contre l'autorité héréditaire de quelques-uns d'enlr'cux. Les
documens et les sceaux encore safasistans servaient de prétexte aux mécontens et iear donnaient l'apparence du bon droit. Mais le pouvoir imposait silence à ces voix trop libres. En 1710^ plusieurs citoyens adressèrent au grand-conseil un mémoire pour demander le rétablissement de l'ancienne constitution; une conjuration était prête : les fers et l'exil répondirent aux mécontens. En 1744, vingt-quatre citoyens de la ville présentèrent une requête respectueuse 5 pour qu'à l'avenir les membres du grand-conseil ne fussent plus nommés arbitrairement et par faveur, mais tirés au sort entre tous Ub citoyens éligibles; les pétitionnaires furent punis comme rebelles 9 les uns par des arrêts domes'^ tiques, les autres par le bannissement.
De ce nombre était le capitaine Samuel lîenii, homme d'un caractère élevé et d'une instruction peu ordinaire. Des lettres de grâce abrégèrent le temps de son exil qu'il avait passé à Neuchâtel. De retour à Berne, trouvant êes affaires ruinées, se voyant lui-même exclu de tous les emplois avantageux, il fut rempli d'amer^ tume et ne put contenir sa douleur dans son ame.
Dans le même temps vivaient à Berne des hommes indépendans par leur fortune, distingués par leur droiture, et qui appartenaient à des familles respectables de la bourgeoisie, tels que les Foncier, les Wemier, les Kùpfer, les Bondely, les Lerber, les Knecht, les Herbort, les Wys^ et d'autres. Ces hommes de bien déploraient en silence la violation des droits de la commune, et gémissaient du despotisme de familles injustement puissantes, dont la tyrannie héréditaire opprimait les libertés légitimes du peuple et condamnait la plainte comme un crime. Henzi se réunit à eux , ainsi que le géomètre Michel Ducrest qui vivait à Berne,
ajaot la ville pour arréls, à cause de la part qu'il ayait prise aux troubles de Genève f sa patrie. Les plaintes communes sur les violences du gouvernement ou sur la dureté et la hauteur de quelques-uns de ses membres » écbaufTërenl les esprits de ces hommes^ et au milieu de conversations où les abus introduits dans la république se retracèrent à leurs âmes avec une force et une i^va« TÎtè nouvelles^ ils conçurent des desseins audacieux. On ignore qui d'entr'eux eut la première idée d'une nou'velle conspiration. Toutefois le capitaine Henzi^ à qui •a disgrâce récente fit embrasser avec chaleur un projet grand et hardi ^ devint bientôt par ses lumières et par son éloquence Pâme de taute l'entreprise.
Les conjurés se visitaient pendant la nuit^ formaient des plans pour le rétablissement de l'ancien ordre de choses conforme aux lettres d'octroi et à la loi constitutionnelle^ et s'engagèrent à la fidélité et au silence par les plus terribles sermens. Henzi voulait qu'on joignit la modération à l'énergie; c'était aussi l'avis de Daniel Foueter, orfèvre. Tous ceux qui se recommandaient par la supériorité de leurs lumières et par la pureté de leurs intentions pensaient de même ; leur unique but était l'abolition des abus existans. La force ne devait être employée qu'à la dernière extrémité pour repousser la force. Mais le cercle des conjurés s'étani agrandi^ il J entra des gens dont les mœurs étaient déréglées; l'ambition fougueuse; la fortune ruinée; dès lors la modération fut plus difficile. C'est ce que prouva un écrit qu'ils composèrent secrètement pour justifier leur entreprise^ et dans lequel la main de la Jusant peignit des couleurs les plus sombres toutes les fautes des familles dominantes. ^11 faut" disaient-ils > «reconquérir le fleuron de la liberté ^ l'épée^ et non la plume I à la main." f
D'après lé plan des conjurés, rexécutioû de leurs desseins avait été fixée au 13 juin 1749; l'arsenal devait être pris d'assaut; la liberté, proclamée; la commune^ assemblée; un nouveau gouvernement, installé; le grand- conseil, dissous, et par là les familles régnaixtes, dépouillées de leur pouvoir.
Le gouvernement, ne soupçonnant rien de ce qui se préparait, continuait à gouverner la république avec sagesse et avec dignité. Ses vues étendues et ses belles institutions le faisaient respecter de toute la Suisse; les pajs étrangers même admiraient l'excellence de son administration. Les vertus des gouvernans avaient fait oublier sans peine à la plupiirt des citoyens de la ville les anciennes prérogatives de leur commune, et les sujets se félicitaient de la douceur et de la justice de leurs maîtres. Mais le jour qui devait les perdre tous approchait.
Déjà le nombre des conjurés s'élevait à soixante. Cependant Henzi qui était dévoué à cette cause avant que les conspirateurs ambitieux et sanguinaires lui eussent révélé leurs desseins impurs, les abhorra après qu'ils l'j eurent initié. Il vit, et avec lui beaucoup d'hommes de bien engagés dans la même entreprise, qu'un grand nombre des conjurés cachaient sous le masque du patriotisme les intentions les plus perverses. Henzi s'éloigna d'eux, prévoyant que leur nombre, leur im« prudence et leur manque d'accord allait les trahir. Il S6 disposa à la fuite. Mais avant qu'il put échapper il fut saisi dans une partie de plaisir et tratné en prison avec le lieutenant Ëmanuel Foueter et un négociant, Samuel Nicolas Wernier. Les autres s'enfuirent p!é«ns d'effroi et apprirent avec horreur, loin de leur patrie^ les projets sanguinaires que leurs complices avaient avotiés^u milieu des terreurs de la prison et de la lorture. L'as-
sarâiat des {Mrsoanaget let pliu eonadéraUeè , rinceudio de lâr villty le pillage du tréâor public furent leQi pro}«U confetsét par les conspirateurs ou du tnoins crus •t répandus parmi le public. Peu d'enti^eux se sentaient capables de pareils forfaits.
Lorsque la conspiration eut été découverte ^ Henzi parut le plus coupable de tous| rA qu'il avait répondu par de l'ingratitude k la grâce que le gouvemement lui «Tait faite d'abréger le temps de son eiil. Ltê trois que nous avons nommés furent condamnés k mort; Foueter et Wemier demandèrent grâce ; Henâ dédaignait trop une vie déshonorée pour désirer d'en reculer le terme*
Le 16 Juin 1749, Hensi, le cœur brisé, mais libre de toute crainte, se sépara de sa femme et de ses enfans ; il vit tomber la tête de ses deux complices sous l'épée du bourreau, puis il loi présenta la sienne avec •ang-firoid* U sut donner à sa mort plus de dignité qu'à sa vie.
Tous les autres conjurés furent bannis de la Suisse. Près de passer le Rhin avec ses deux jeunes iîls, l'épouse de Henxi tourna encore une fois vers sa patrie ses jeux où se peignait le désespoir, et s'écria en s'adressant au peuple assemblé: i^Si je savais que ces enfans ne dussent pas venger un jour le sang de leur père, quelque chers qu'ils me soient, ces flots les engloutiraient i nnstonL*
Mais les fils, parvenus à Page viril, fhrent animés^ de sentimens plus nobles que leur mère. I/uh d'entre eux , gouverneur des pages au service du stathoudrè des Pi^s-Bas> pajra son malheur par des bienfaits, en rendant des services k des citojMifts de sa ville natale.
Ces événtmens ne laissèrent pas d'avoir une heureuse influence sur la ville de Berne. On parla a?ec moins de retenue des vices du gouvernement. Plusieurs mcm-
bres da consdil^ digi^es 4a la gloire de lenrs anoétrç^, pressèrent 1% r^fpri^e des aba&. Plus tard (1780) oa i:^yoqaa n^éqae la senteafifi proaoacée contre: tous 1^, conpablçf^ et iy»D proclama 1^ i:appel des bannis. Tel fat le changement produit dans Ifopînion p^blique^ qia*pQ e^tonra d^e pilié ei de respect ceux qui , ayec des i^tentionfi pui:e^ et dans Ifintérél de l'état^ avaient ontsepass^ les bo^n^s de la modération, et dç la, sag^SQ , et qu'on déversa la mépris su^ le$ lâches quii^ au liisu àe détpmr* ner les méçpnten^ de leuris démarches périJULeuse»^ n'étaient entrées dans la conjuration que: pour la trahir»
Révolte dans la vallée de Lîvino-
(De Fan 1750 à Fan lySS.)
Peu de temps après ces événemeus tipagiqaea se passèrent des événemens plus tragiques encore dans la val<lée de Livino.- Là^ daps des vallées sauvages qui s^étendent sur une longueur de onze lieues^ depuis les sommets du Saint-Gothard couverts de neiges étemelles jusqu'au torrent de l'Abiasca, vivait sur les deux rives du Tessin^ un peuple content du peu que lui produisaient ses troupeaux sur les pâturages ^ ses forêts sur les flancs do la montagne 9 ses chevaux de transport sifr la route du Saint^6oth£^d. Les anciens^ droits avec lesquels la vallée de l^iyii^p ajait passé de la maison des Yis^cQnti spu^ ,1a domination d*Uri subsistaient encore, dans toute leur étendue. Uii ne retirait de ce pays que* des rey^uua médiocres }, produit du péage et d'un léger in^pôt
En revanche^ le gouvernement d'Uri c^ n^. devoir ni solde ni autre paiement aux troupes delà vallée de Livino,
obligées de mardi er soas les bannières de ce canton k la guerre du Toggaenbourg. «Gar''^ disait-il, ,»noiis arons protégé tos droits presque gratuitement depuis deux siècles et demi; comment ose2-^ous demander maintenant une solde à vos maîtres ?" Le peuple de la yallée Léventine répondit: y D'anciennes conventions vous obligent à protéger nos personnes et nos droits; aucune convention ne nous ordonne d'aller à la guerre pour vous, à nos frais." Uri continua de refuser la solde ; le peuple de la vallée de Liviho chassa son bailli \Bt6*empara du.péage« Des députés des cinq autres can-« tons catholiques s'assemblèrent à Altorf (1713) et prononcèrent que la solde était due.
Ainsi la paix fut rétablie et aucune rancune ne resta dans les cœurs. Uri, qui avait reconnu son tort, aimait la justice^
Mais il se trouvait dans la vallée Léventine des hommes injustes envers leurs propres concitojens, surtout envers les orphelins et les veuves dont ils admi'nistraient les biens. Des plaintes furent portées devant le gouvernement d'Uri, qui ordonna que les comptes des tutelles fussent rendus conformément aux anciennes lois. Cet ordre effraja beaucoup d'hommes riches de la vallée. » C'est une innovation!" dirent-ils, ,>Uri essaie de nouveau d'attenter à notre liberté.** Ils parcoururent les villages, où ils avaient beaucoup de débiteurs, et soulevèrent le peuple. )}Sojons unis,'* disaientils, 9 nous serons bien en état de nous mesurer avec Uri. Si vous êtes gens de cœur, nous secouerons le joug de l'impôt et retirerons le péage à notre profit,'* Tels étaient leurs discours. Le crime de tout le peuple devait servir â couvrir leurs propres crimes. On était au commencement de l'année 17555 toute la campagne était encore couverte de neige, et le pajsan inoccupé
ponyait disposer librement de son loisir. On tint dee assemblées dans les villages ; on forma toutes sortes 4l résolations. Chacun ayait Tambition de surpasser les autres en courage. On enferma dans une prison W bailli Gamma et le receveur du péage 9 et Ton chargea le tribunal de la yaliée de juger les crimes graves.
Lorsque le gouvernement d'Uri apprit ces désordres^ il somma le peuple mutiné de rentrer dans l'obéissance. Deux hommes de la yaliée Léventine comparurent devant rassemblée générale, Wéla et Boull, qui parlèrent en maîtres et non en sujets , soutenus qu'ils étaient par 2000 hommes armés qui attendaient au-delà du Saint* Gothard l'issue de leur mission.
Aussitôt le cor d'Uri retentit le long des rives de la Renss. Au milieu de la pluie et de la tempête près do 1000 hommes montèrent les flancs du Saint-Gothard avec six pièces de canon et parurent tont-à-coup an haut de la montajgfne près des sources du Tessjn. Les gardes des rebelles prirent la fuite et jetèrent l'épouvante dans toute la vallée.
Les chefs de la révolte^ le capitaine du pajrs^ Ursy Foumo, banneret de la vallée, Sartori^ membre du conseil 9 et d'autres de leurs confidens se réunirent en conseil de guerre. Us décidèrent qu'il fallait attirer lei troupes d'Uri dans la vallée jusqu'au pied du haut Pla«tifer> où le Tessin précipite ses ondes avec fracas à travers une gorge étroite , et où une poignée de soldats peut arrêter une armée entière à l'entrée du chemin taillé dans le roc; que> l'ennemi une fois arrêté dans cet endroit 9 leurs troupes nombreuses ^ cachées jusqu'à ce moment y sortiraient par toutes les gorges des vallées latérales y cerneraient l'armée d'Uri et l'anéantiraient.
Tanclis que les vallées inférieures commençaient à reverdir^ le mauvais temps augmentait encore les masset
4« neige» éous lesquelles le Saint-Gothard était ense^eli^ Lw troupes d*Uii furent arrêtées par là daas la yallée 4^Urseren, Sar ces entrefaites^ 2urich^ Lucerne^ Schwyz^ Zoug et Uuterwalden^ à qui le gouyeroemeat d'Uri avait demandé du svoours^ firent passer leurs troupes par le lac des Quatre-Cantous. Celles du Valais , de Berne et de Glaris octttpérent les frontières de la yallée de Liyino.
Enfin les bataillons d'Uri, renforcés par &0Q braves d'Untervraldeiiy passèrent le Saint-Goihard le 21 mai 1755. JLes rebelles qui n^attendaient que la faible armée d^ri^ voyant les bannières des autres Confédérés ^ leur pajs entièrement cernéj la yallée de Ronca occupée par les soldats de Lucerne , perdirent tout courage. Us jetèrent leurs armes ^ s^enfuirent dans leurs villages; un bon nombre y dans les forêts. Les signaux allumés sor les hauteurs annoncèrent inutilement le danger imminent et la nécessité d'une levée en masse.
Les bataillons d^Uri et d'Unterwalden avancèrent avec èiiconspection de poste en poste^ jusqu'au dernier vil* lage sur les rives de l'Abiasca ^ laissant sur leurs derrières dé$ gardes à tous les défilés. Tout fut soumis et désarmé ; les Confédérés , avertis de ne pas avancer ; la discipline ; maintenue; les auteurs de la révolte ^ saisis les uns après les autres; Urs^ le commandant général du p^s, traîné hors d'un couvent de capucins^ asile qu'il ayait cru inviolable.
Puis commença le jugement de toute la peapladcy spectacle imposant et terrible > tel que la Suisse n'en avait pas yu depuis longtemps.
Près de Faïdo , où la route du Saint-Gotbard entre dans une petite vallé.e entourée de montagnes brisées ^ est une yaste plaine où le peuple avait coutume de s'assembler pour ses délibérations. Il j fut convoqué de tous les villages. Près de 3000 hommes j compa-
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rurent le ]our du |ugeinent (2 juîn)^ attendaiil arec angoisse leur sentence. Left soldats de la G>nfédération cernèrent les coupables. Dans tonte rassemblée régnait le silence de la mort, rendu plus terrible encore par les tonnerres monotones d'une énorme cascade.
Tout étant prét^ la sentence fut prononcée et reçut son exécution. Le peuple perdit tous les droits bérité« de ses ancêtres , ses bonneurs et ses garanties* lï >fut eondamné en outre à assister, la tête découverte et 4 genoux I au supplice de ses cbefs et à jurer obéissance à Uri.
Entourés d'uQ cercle de bajonnettes plusieurs mill<$ voix prêtèrent le serment terrible qui anéantissait leur$ Hberféà héréditaires, et punissais dans la personne des coitpables leur postérité innocente. Puis^, à un signal donné, la multitude tremblante et pâle se mit àgenouj^i se découvrit^ et vit tomber sous le fer du bourreau les atiteurs de la révolte , le banneret Foumo , le commandant Ux/iy dont les têtes sanglantes firent clouées à la potence, et le conseiller Sartori.
Api^és cette solennité borriblej le peuple entier j» Tame en proie à une terreur profonde, retourna dans ie& cabanes, - et le lendemain Tarinée vengeresse des Gonfédériés repassa le Saint-Gothard. Huit des révoltés , plus coupables que le reste, marchèrent enehainés devant les bannières, et la sentence de mort ne fut exécutée sur eux ql]e:dans la vallée d*Uri«
Causes de la décadence progressive de k Con-
fi^râdcm. La société helvëtiqae«
(D« Pan 1755 à Fan 1761.)
La Suif le possédait à Npoque où noiu sommes par- Tenus plusieurs hommes recommandables par leurs Tertus et leurs lumières , et qu'affligeaient profondément les désordres dont ïi$ entendaient parler et ragitatton dont ils étaient témoins. Ils j voyaient les signes précurseurs de la ruine totale et prochaine de leur patrie. Hab personne n'écoutait leurs arertissemens ; si le bien obtenait encore des hommages , le mal commençait déjà à prendre le dessus.
' Le réritable amour de la patrie n*habite qu'aux lieux ou habite la Téritable liberté. Aussi yojait-on plus de patriotisme dans les yilles capitales que dans les cam^ pagnes; dans les cantons forestiers ^ que dans les bailliages. Les citoyens des rilles souveraines^ jaloux de leurs prérogatives 9 ne permettaient guère qu'un sujet s'élevâC à côté d'eux par ses lumières ou par ses ridiesses. On refusait à dessein au paysan tous les moyens de se distinguer dans la carrière de la politique ^ de la science ^ de la guerre ou de l'église. Dans plus d*un endroit le commerce même et les arts mécaniques lui étaient in*^ tèrdits. Gomme né pour la charrue et pour la serritude> il voyait dans le citadin son seigneur^ son général^ son jbge et son prêtre. Les sujets des rois jouissaient de droits plus étendus que les sujets des Suisses. Les rille^s capitales ne voyaient qu'avec un mécontentement secret de petites Tilles devenir florissantes par leur industrie et par le bon état de leurs écoles.