‹ Histoire de la nation suisse (volume 3)Chapitre 5 sur 7 · HT · texte numérisé non relu

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CetI pour cela que disparut du sein du peuple cet amour sacré qui offire ayeo {oie à la patrie le sacrifice des plus chères affections ; la place laissée yide dans les cœurs fut remplie par l'égoïsme. L'obéissance régnait; mais c'était Pobéissance de l'esdaye et non de l'homme libre; la crainte et non la conyiction en était le prîn« cipe. Plein de défiance contre les seigneurs et les yilles^ le peuple .s'opposait opiniâtrement i toutes les innova* lions salutaires. Car l'homme du peuple était éieré daos les ténèbres de l'ignorance et de la stupidité^ et la jeur nesse dans des écoles souyent plus pernicieuses pour l'intelligence que la liberté absolue d'un enfant aban-» donné aux seules impulsions de la nature. On arait adopté pour maxime ^ qu'un peuple aveugle est plue fiicile à conduire qu'un peuple clairvojant. Mais l'aveugle frappe aussi plus facilement son guide ^ quand .un conseiller perfide lui met l'épée à la m^in et lui .-dit de frapper. C'est à quoi ne songeait pas l'imprudente^ politique.

Les gouvernemens se contentaient de remplir leurs fonctions en économes fidèles. Les premiers magistrats comme les derniers recevaient des traitemens modiques, aouvent même mesquins ; ils faisaient leur fortune au service étranger ou dans les bailliages. L'ordi*e régnait dans l'administration publique , et, malgré l'imperfection des lois^ l'amour de la justice régnait dans les tribu^ nàux; le pouvoir respectait sagement les droits du dernier des citojens. Grâce à l'économie publique , les impôts f toujours rares ^ n'étaient jamais onéreux. Dans les villes principales, surtout chez les réformés 5 à c6té de l'aisance on vojrait fleurir les sciences et les beaux arts. Zurich et Genève se distinguèrent par Tillustration de leurs savans et de leurs artistes. Mais l'esprit étroit et mercantile de Bàle fit tomber son antique et célèbre

nnirenité; elle finit par ayoir plos de profeêseiirs que de disciples 9 et derint une maison de retraite ponr les premiers au lieu d*étre un fojrer de lumières pour les tecohds.

Dans les capitales catholiques de la Saisse , le clergé^ toujours opposé au libre examen de la raison ^ empéofaa la science de s'éicTcr à toute sa dignité. Ce besoin de lumière qui agrandit et honore l'ame devint , sous Tin-»' fluence de Fesprit monacal , une curiosité sans but^ et la pensée fut étouffée sous le poids d*un savoir inutile.

Dans les contrées peuplées de bergers, on nes^inqnié-^ lait ni descienee, ni d'éducation; la liberté j tenait Iîe6 de tout Là le pajsan, habitant sa propre cabane, nourri par Me» troupeaux , élisant lui-même ses magistrats , soumis à la seule loi qu'il avait consentie, était Phomme le plus libre de la terre. Grossier, il est vrai, et supersti*tieux, il se laissait guider par des prêtres et par deê familles opulentes; mais s'il avait des guides, il n'avait point de maîtres.

Dans plusieurs cantons les gouvememens méritaient bien de la chose publique. Berne bâtissait' des palais, construisait de grandes routes, amassait des tré^ sors par son économie. Zurich encourageait le covn^. merce , les sciences et Tagriculture. Lucerue luttait glo*tieusement contre le nonce et la cour de Rome (de 1725 à 1748), qui prétendaient soumettre à l'autorité ecclésiastique les droits temporels du gouvernement.

La Suisse entière présentait aux jeux de rétraofger l'aspect d'un paradis terrestre habité par des mortels heureux et paisibles; mais on voyait la belle verdnre des plaines, et non les rochers inhospitaliers, la mar jesté des Alpes, et non les ravages dos avalanches. On admirait la pompe des dictes sans apercevoir lear discorde; les images de Guillaume Tcli, sans découvrir U

ftemta4e dans les qhaaixiiéres ; rinstruction répandoe dao6 le» villes > sans observer la barbarie qui régnait dans les campagnes. Partout de beaux noms et de. grands mots ; partout des vues étroites et des actions mesquines.

On appelait la lâcheté amour de la paix^ et mode-* ration la conscience de cette faiblesse que l'idée d'un^ entrepose courageuse fait trembler. On allait briguer dans les cours dts pensions ^ des titres, des chaînes d'or, des ordres, et l'on vantait l'indépendance de ht patrie. On bénissait le bonheur et la tranquillité de la Suisse, lorsque aux siècles des guerres civiles et religieuses eut succédé le siècle des conspirations et des révoltes.

Une politique animée de l'esprit des petites villes, n^ pouvant s'entourer de l'éclat de la vertu, crojait se donner de la dignité en s'entouraut de l'obscurité du mjstére* Xa liberté de la presse semblait une abomi<^ nation;, et la publicité des jugemens , la ruine des états. hes journaux étaient condamnés au silence suc toutes les affaires du pays. On savait ce que faisaient le grand Turc et le grand Mogol, on ignorait ce que faisaient Zurich, Berne et Schaff bouse. Ainsi fut anéanti l'esprit public et avec lui le seul lien de la Confédération.

De peur que cet esprit ne pût renaître, on nourrisft9jit çntre les petites peuplades de la Suisse la haine qui leui: avait été léguée avec le souvenir de leujcs ancieivies guerres et de leurs dissensions. Fribourg^ célé^ brait la journée de Villmerguen comme une fête sainte. An sein des mêmes montagnes, l'indifférence et les soupçons séparaient les vallées voisines. On ne se combattait plus avec le fer, parcequ'on craignait les armées étrangères, mais avec la langue et avec la plume. On sUnterdisait réciproquement l'importation des denrées les plus nécessaires. Des soldats et des gendarmes étaient

•plaeiê ani frontières pour empêcher qu'on n'infrodiiMit &un coin de terre dans un autre des fruits^ des légoniesy des œufs^ de la volaille , du poisson.

^Nul canton ne formera alliance ayec une pnissanee étrangère sans le conseil et la permission des autres cantons.'' Telle était la défense exprimé» dans l'ancien acte d'alliance de la Confédération. Toutefois les canetons s'alliaient ouvertement avec la France^ avec l'Au*^ triclie, ayec l'Espagne, avec Venise, sans demanda ni conseils ni permission. — ^ Nul ne peut être reconnu comme magistrat s'il achète son emploi." Tel était un autre article de l'alliance perpétuelle. Toutefois la vente des emplois se faisait publiquement dans les cantons forestiers comme dans les autres.

Voilà l'état dans lequel se trouvait la Confédération, état de dissolution plus ou moins apparente. Ici, quelques villages, quelques petites villes, se targuaient de leurs droits insigniûans et opposaient avec roideur à da meilleures lois leurs privilèges mal interprétés ^ là, des villes ambitionnaient une plus grande autorité sur les campagnes 5 les anciennes familles prétendaient avoir le pas sur les familles plus nouvelles 5 celles qui siégeaient dans le gouvernement demandaient qu'une loi perpétuât leur autorité. Ce n'était partout que disputes pour de» riens, que vanité fondée sur des choses de néant, que prétentions et calcals de l'égoïsme. On voyait les Suisses moins unis enti^eux qu'avec les autres nations, et il leur était plus facile de choisir à leur gré une demeara dans les quatre parties du monde que de transporter leur domicile d'un village ou même d'un canton dans un autre. Un Suisse qui avait passé les frontières du coin de terre où le fixait son droit de bourgeoisie n'était pas moins étranger au milieu de la Suisse qu'an Russe9 ou un indien, on un Persan.

Tandb qtie les monarchies perfectionnaient leur orgamisation et accroissaient leurs forces y la Suisse ne faisaient rien pour améliorer ses constitutions et pour fbrtiiier le lien social. Tandis que la France et l'Au* triche s'éleraient à une puissance colossale et amélioraient leur sjstéme militaire , les Suisses laissaient leurs armes se rouiller. Fiers des victoires de leurs ancêtres ^ ils n'apprenaient pas à en remporter de nouvelles au jour du danger. Les seuls mojens de défense qui restaient encore dataient de la guerre de trente ans^ rien nWait été changé dans le système militaire depuis prê| d'un siècle. On ne songeait point aux provisions de guerre nécessaires pour mettre une armée sur pied; il n'j avait d'unifounité ni dans les armes ^ ni dans leur maniement. Berne , Zurich^ Lucerne, avaient des instifcitions supérieures à celles des autres cantons, quoique bien imparfaites^ mais ce que ces villes possédaient de forces militaires semblait calculé plutôt pour dompter des sujets rebelles que pour repousser des ennemis étrangers.

Cet état de leur patrie affligeait profondément fous les citoyens d'un sens et d'un cœur droit. Quelques-uns des plus généreux se réunirent aux bains de Schinznacht sur FAar, tels que l'ami des hommes Iselin de Bâle^ le sage Hirzei de Zurich , Urs Balthasar de Lucerne^ homme d'un caractère indépendant, le vigoureux Zell- ^éguer d'Appenzçll et plusieurs autres. Ils formèrent sous le nom de Société helvétique (1761) une association fraternelle de Suisses dévoués à la commune patrie, pour la propagation des lumières, de l'esprit public, de l'union cordiale de tous les Confédérés. Ils s'assemblaient une fois par an, et chaque année leur nombre s'accroissait de nouveaux membres de tous les eaatons et des pajs alliés. lÀ, les plus dignes personnages

Si

à$ la patrit apprenaient a t'aimer; là^ ib formûanC de» liens d*amitié an profit du bien public. Dans la sanctuaire de ces réunions se ranima encore une foia la flamme noble et pure de l'antique patriotisme* — • Mais les gourememens jetaient des regards soupçonneux sur ces réunions et ne les toléraient qu'à regret.

Si.

G^nërositë de Prëdëric le Grand envers ses

sujets de Neuchâtel.

(Da Tan 176a k Tan 1770»)

Les cbefs et les conseils des cantons craignaient que ces réunions patriotiques ne critiquassent la cou"duite des gouvernemens ^ ne diminuassent leur considération > ne répandissent les lumières parmi le peuple et arec les lumières l'amour d'une plus grande liberté.

Le roi dé Prusse 9 seigneur et prince de Neucbâtel et Yalangin^ rojait d'un œil plus tranquille l'essor que prenait son peuple. Il étendit même les droits de ses sujets f au lieu de les diminuer ou de les restreindre.

Neucbâtel et Valangin» dont les yallées fertiles s'étendent le long du lac de Neucbàtel et entre les différentes chaînes du Jura, firent autrefois partie du royaume de Bourgogne et passèrent ensuite à l'empire germanique. Les comtes de NeucbAtel résidaient dans le château situé au bord du lac. Ils accordaient da grandes libertés à tons ceux qui s'établissaient dans leurs âpres montagnes et en déracinaient leB forêts. Ainsi se peupla cette contrée et se forma autour da cbàUau la ville de Neuchâtel, à laquelle furent octrd/és

eh 1211 des droits égaux à eaux de Besiaifon^ pre-* aiiére ville de la Hante-Bourgogne.

Rolin> seigneur de Neuchâlel, ajrant ensuite remi^ sa seigneurie et ses droits à rempereur Rodolphe de Habsbourg (1288); ' ce pajrs passa successirement de main en main. D^abord Rodolphe de Habsbourg le céda à la maison de Ghàlons^ Pune des plus puissantes de la Bourgogne; environ trois siècles plus tard^ la maison de Longuevilld en fut investie (1505), et lorsque cette maison se fut éteinte avec Marie , duchesse de Méœours (170^, il se présenta prés de vingt héritiers qui tous aspiraient à ce bel héritage; mais les états du pajs, composés de douze juges de la principauté de Neuchàtei et de douze juges du comté de Yalanginy examinèrent les droits des aspiraus et reconnurent le roi de Prusse ^ Frédéric I, pour le plus proche héritier de la maison de Ghâlons.

Le roi de Prusse, devenu ainsi prince de Neuchàtei et de Valangin, sanctionna la constitution et les libertés de ses nouveaux su^ets>, et j fit exercer ses droits par un gouverneur rojal et par un conseil d'état choisi entre les citojrens du pajs. Dès ce jour il fut aussi considéré comme allié de la Confédération, parcequo sa principauté était comptée parmi les pajrs alliés de la Suisse; car les seigneurs de Neuchàtei, ainsi que les villes et plusieurs communes libres de leur pajs, avaient, dans le cours de plusieurs siècles, conclu des â'aités d'alliance défensive perpétuelle , tour^à^tour avec }es cantons de Berne, de Spleure, de Lucerne et de Fribourg, et obtenu par ce mojen la protection de la Confédération entière.

Les Neuchàtelois , très-jaloux de leurs privilèges, ne souffraient pas même que le roi de Prusse tentât de les restreindre. £n 1748, il afferma les revenus qu'il reti-

nul- de lA priaolpàiité) le peuple murmura de cette hinoTation. En 1766 le bail de la ferme fut renonrelèl le peuple i^ameuta* Le roi fit porter plainte par son «barge d'affaires Gandot auprès du canton de Berae^ «ibitre déterminé par Pacte d'alliance ; la décision do Berne fut presque dans tous ïtu points à l'avantage du voi* Le peuple de Neucbàtel en fut tellement irrité qn'il povrsuiyit Gandot lorsqu'il revint ^ et assaillit même sa maîsoii (25 avril 1768}. £n vain le gouvernement en^ toja des troupes pour appaiser le tumulte. Gaudot et 0on neveu y vojant le péril qu'ils couraient et voulant e^ firajer le* peuple y commirent PimprudencjB de tirer sur la muUttnde. Un cbarpentier fut tué* Sur-le* champ la fraie furieuse pénétra dans la maison et Gaudot fut tué / de trois coups de feu.

' Après de longues délibérations^ Berne ^ Lncerne, Soleure et Fribourg? sollicités par les envoyés du roi et par le conseil municipal de Neuchâtel, j envoyèrent une garnison , dans l'intérêt de la sûreté publique. Alors leommencèrent de longues enquêtes et des pourparlers interminables. Les plénipotentiaires du roi crurent avoir . trouvé l'occasion de s'arroger un pouvoir arbitraire pour tenir & l'avenir ce pajs en respect et sous le joug de la terreur; mais les Confédérés ne se prêtèrent pas à servir d'instrumens a une ambition étrangère. Le banneret Osterwald parla avec force et courage contre les pré*tentions des courtisans étrangers et en faveur des lois et des droits de sa patrie. £nfin le différend fut terminé et le jugement prononcé : la ville de Neucbâtel dut livrer êes armes y supporter seule les frais ^ dédommager la famille du malheureux Gaudot et faire faire amende honorable par le conseil municipal devant les plénipotentiaires du roi. Les plus coupables d'entre les se** ditieux, presque tous en fuite ^ forent punis par i'eatiiy

M |>drla prisota^ cni pendus en ei&gie; pnif la gatni*' iùn tetMraa dans éei foyers.

Le roi de Prusse^ après tous ces ^vénemensy at lieu de restreindre on de diminuer les Hbertés des Mèacbâtelois > comme le canton d'Uri avait fait dans la rallée dé Liyino , les consolida cl j en ajouta de notti» reaux. Par là il reconquit les coeurs de tout le peuple. Hon seulement ce prince rendit bientôt aux Neuchàte»^ lois leurs armes 9 mais il s'engagea même à ne plut affermer ou administrer à son gré les impôts > à ne plus destituer arbitraireihent les personnes en charge. H accorda en outre aux communes réunies le privilégie de nommer un conseil général indépendant, dont le «on«> sentement serait nécessaire au prince même pour appoirr ter des changemens dans l'administration de l'état. I»es parties obscures et embarrassées des anciennes lois furent corrigées et tpujours à l'avantage du peuple. Ainsi nû monarque donna un exemple qu'aucun des gouvecneimens républicains de la Suisse n'eût jamais été capable de donner. Une conduite si généreuse était digue ét9 l'un des meilleurs et des plus sages princes de ce siècla^ était digne en tous points du grand Frédéric «

Histoire de Souter, landamman des rhodes iniërieurs d'Appenzell. «

(De Tan 1770 à Tan 1784.)

Dans le même temps les rbodes intérieurs d^Appen*^ «ell se montrèrent' bien moins généreux envers leur propre concitoyen Joseph Antoine Souter^ aubei^fiste i

iConCan* Criait im homme de pea dHiufnietioD f maU 'de beaucoup d'etprit et d'enjouement , charitable enTeit lei paurresy bienreiliant enrers tout le monde. Ge$ qualités rayaient fait nommer bailli du Rheinthal, même 4 Texclution du landamman Jean Jaques Gueiguer. Celui«« ci arait ambitionné cette charge lucratire parcequ'eile lui offrait Toccasion de se dédommager de tous les sacrifices qu'il arait fait jusqu'alors à son ambition. Deux ans après ^ les neuf rhodes réunis élerèrent l'aimable Souter k la dignité de landamman en chaige, et lui donnèrent ainsi une seconde fois la préférence sur son ^rai Gueiguer.

Celte nomination irrita l'enyie de Gueiguer et de plusieurs autres qui crojaient être des hommes marqnans. Us formèrent une ligne secrète contre Souter. Plusieurs riches deyînrent aussi ses ennemis^ parcequ'il s'était élevé ayec force contre une loi injuste qui, dans les faillites^ donnait aux créanciers du pays la préférence sur les créanciers du dehors. ^ Cette loi"y disait Souter^ ^^est injuste et nous enlève la confiance des pajs étrangers qui n'enverront plus d'argent dans le nôtre. ** — Mais les riches répondaient en accusant Souter de favoriser les étrangers aux dépens de sa patrie.

Sans s'inquiéter de ces propos , Souter travaillait de tous »ti mojens au bonheur de son pajs. U acquit à son canton^ de la commune d'Oberried dans le Rheinthal^ le droit retenu sur l'un des plus beaux pâturages du haut Sentis^ au cas qu'il fût à vendre. Les Appenzellois^ pressés par un besoin d'argent^ avaient vendu ce pâturage à la commune d'Oberried. Le bruit s'étant répandu que des portions considérables de cette montagne avaient été hypothéquées à des étrangers ^ le landamman Souter persuada sur le champ au conseil du

paj» de fnre estimer la montagne, d'assigner Pargenf nécessaire et de prendre possession de ces pâturages. £n cela son zèle l'emporta trop loin. La commune d-Oberried adressa ayec raison à la diète des plaintes contre les rhodes intérieurs ; le conseil de ce pays , se repentant de sa dèmarcbe précipitée 9 setétracta* Gepen^' dantSouter, opiniâtre et deyenu fier dans les honneurs^ ne Toulut pas céder y mais soutenir le procès à ses fraisa De retour chez lui, après avoir perdu sa cause deyant la diète (1775), il eut honte d'avouer la vérité. Maii lors^e le bruit se répandit que le canton d'AppenzeJl avait été condamné aux frais et que les fonds de terre des Appenzellois dans le Rheinthal serviraient d'hjpothèque jusqu'à l'entier payement, malgré la déclaration de Souter que tous les frais restaient à sa charge, lee ennemis du landamman jetèrent les hauts cris. Soa collègue Gueiguer et le conseil du pajs accusèrent Souter d'avoir trompé le gouvernement par des men** songes, déshonoré et couvert de honte les rhodes in« térieurs aux yeux de toute la Confédération! Sans l'entendre, le conseil enleva au chef du canton le sceau de l'état, le priva de ses honneurs et de ses charges et le déclara à jamais indigne d'exercer un emploi.

Mais Souter ne se soumit pas à cette sentence: y Mes ennemis", dit-il, «n'ont pas le droit de me condamner; que l'assemblée générale soit juge entre eux et moi."

Avant que l'assemblée générale put être convoquée, on répandit parmi le peuple toutes sortes de bruits sur le compte de Souter* Les capucins , soulevés contre lui, allaient de maison en maison, parlant de ses péchés .secrets, de ses crimes, et préchant la haine. Le jour de l'assemblée venu, il s'éleva parmi le peuple des cris pour et contre l'accusé. On Tarracha de forée du siégé

do landamman, malgré une fotte opposition qai pro* clamait son innocence*

Pendant que cet homme abattn et abandonné faisait nn pèlerinage rers Timage jinirée de Notre-Dame-* des-ErmiteSy le conseil Fexila pour tonjonrs du sol de la Confédération ^ comme ennemi de la religion , de la liberté et de la paix; son nom fut attaché à la potence( ses propriétés forent rendues à yi! prix poor payer les irais du procès et tontes ses dettes; ses amis^ expolsés do conseil ; sa femme , condamnée à ne plus le con«« dérer comme son mari^ soos peine de perdre tous seà droits civils. Personne n'apprit les raisons d'une pom^ tion si séf ère* La sentence do tribnnal ne fot même pas motÎTée; elle ne nommait que des faotes légères » mais parlait mjstérieosement de crimes que l'on ne Toolait pas désigner» afin d^ériter le scandale. Il resta incertain si le yoile du secret cachait une teansgression du con* damné ou l'iniquité des juges.

Le vieillard eniéy objet d'une rire commisération» se retira dans la ville de Constance. Quelques années frétant éeoolées» il demanda la révision impartiale do Sa condaipnation et nn s«nf*conduit Soixante-dix Ap« penzellois se rénnircnt de leur chef pour l'accompagner et lui servir de sauve-^arde. La demande de Souter fut rejetée; quatre des plus résolus des soixaute-dix hommes fuient condamnés à mort et conduits au lieu do supplice; on leur accorda la vie, après qu'ils eurent été fustigés par le bourreau.

Alors commença on règne de silence et de terreor. L'exilé resta dans Constance. De temps en temps il allait dans les rhodes extérieurs, visiter d'anciens amis. Après one année révolue, l'on àes adhérens de Souter^ Baptiste Rœs, qui avait été dégradé par la justice, rentra dans sa patrie. Saisi et interrogé, il déclara que k ntHx

Sauter enrôlait des soldats dans les rhodes extéiienrs, pour surprendre le bourg d*Appenzell et soulever I0 peuple 9 au nom. delà liberté^ contre* le parti de Gueiguer. Il invoqua même le témoignage d'bommes respectables; mais ceux-ci Taccusèrent de mensonge.

îïéahmoins on ajoutait , foi à ses inculpations. Lf peuple fut irrité contre le malheureux par les calom*nies les plus odieuses ; puis on tâcha de se saisir de la personne du prétendu coupable. On j parvint par un# ruse barbare. Sa propre fille ^ mariée dans Appeazell, servit d'instrument pour le perdre. Trompant sa piét^ iilialcy sous le masque de Pamitié^ on lui persuada d^écrire à son père qu'il se rendit à l'auberge de la couronne à Wald^ commune des rbodes ex^érieurs^ ojt il apprendrait des nouvelles agréables et importantes.

îïe pouvant soupçonner un piège , le vieillard suivi.1 la voix de sa fille trompée. On l'attira^ spus difierens prétextes^ à Oberegg^ village des rhodes intérieurs. Là il fut saisi 9 lié 9 conduit à Appenzell sur un traîneau découvert (9 février 1784). L'biver déplojait toute sa rigueur. Tandis que les gardiens se restauraient danç l'auberge d'Altstœtten , le vieillard était en prières sur le traîneau; le vent du nord agitait ses cheveux blancc et en faisait tomber la neige dont ils était couverts*

Il renouvela devant le tribunal criminel le serment de son innocence. Mis à la torture trois fois d'un seul jour, il ne put avouer aucun crime. Néanmoins sa mort fut prononcée. Vingt juges refusèrent d'adhérer à ce jugement et protestèrent solennellement contre la sentence, dans le protocole du tribunal. Cependant la sentence reçut son exécution le même jour (9 mars 1784). Le vieux Souter apprit sa condamnation avec le calme de l'innocence » et c^est avec le calme de l'innocence qu'il flu^rcha an lieu du supplice. Là, sa tète tomba*

Agitations et troubles populaîros dans le canton

de Fribourg.

(De Tan 1781 k Tan 1790.)

Tandis qae la haine des partis causait des fermentations dans le pajs d'Appenzell , des fermentations plus dan^reuses se manifestaient dans le canton de Fribourg. Depuis longtemps déjà le mécontentement j régnait dans les Tilles et dans les campagnes.

Anciennement les avojers et quelques autres magistrats avaient administré les affaires de la ville et de la campagne enyironnante qui en dépendait et qu*on nomme encore aujourd'hui Pancien district. Les affaires importantes étaient décidées par le peuple. Celui-ci s'étant considérablement accru, le pouvoir souverain fut confié à un choix d'hommes sages réunis sous le nom de grand-conseil. Ce conseil fut d*abord composé de citoyens de la ville et de la campagne , représentans d'un peuple libre ; puis uniquement de nc^bles et djB patriciens ; à la fin , des seuls fils de certaines familles.

Il s'était formé entre le grand et le petit-conseil , ou le pouvoir législatif 'et le pouvoir exécutif, une autorité intermédiaire, le conseil des soixante. De celui-ci sor-* til (1553) une nouvelle autorité, investie d'^an trcsgrand pouvoir, la chambre secrète , qui avait le droit de nommer aux emplois et d'en exclure. Longtemps on choisit dans les quatre sections ou bannières de la ville un nombre égal de citojens pour le conseil des soixante^ ou le grand-conseil ; mais ensuite on ne prit plus que les fils d'un petit nombre de familles qu'on 'appelait les familles secrètes; enfin (1684) on exclut tous les antres

cltojens du droit de jamais faire partie des familles secrètes.

Cette mesure fit naître et entretint chez les bourgeois de la ville la haine des familles secrètes > recon* nues seules capables de gouverner ^ et qui par ,conséqnant occupaient tous les emplois. Il se forma aussi une scission entre ces familles mêmes \ les maisons nobles prétendaient avoir le pas sur celles qui ne Pétaient pas. Avec la liberté du peuple , l'industrie perdit sa force eX sa vie. Avant Tinslitution de la chambre secrèt^^ uj:^ fijombre iaimense de métiers de tisserand répandaient Taisance dans tout le canton f chaque année on vendaijt plus de vingt mille pièces de toile blanche pour la seule place de Véni&e. Les tanaeries et les mégisseries occupaient dans l'une des quatre sections de la ville plus de deux mille ouvriers. . Rien de cela n'existait plus. Les habitans des campagnes aussi regrettaient leur ancienne liberté^ car ils se trouvaient presque assimilés à des sujets sans droits.

Malgré la sévérité avec laquelle le gouvernement avait déjà plusieurs fois réprimé comme des innovations cou-* pables les plaintes respectueuses de simples particuliers et de communes entières, quelques cltojens crurent devoir renouveler ces plaintes, parceque le mécontentement du peuple durait toujours.

Dans une terre considérable du beau village de La- Tour-de-Trème vivait un homme versé dans les scjences et dans rhistoire de sa patrie, Pierre Nicolas Chenaux. Son caractère droit et ferme Pavait fait chérir du peuple. JfiUi et ses amis, Jean-Pienc Raccaud et Pavocat Gastellaz de Gruyères, trouvaient qu'à moins d'ctre soutenue par un mouvement vigoureux du peuple, toule demande présentée au gouvernement serait inutile. Ils

etkTOjèrent des émisiaircs de confiance dant toutes les rallées; elles se montrèrent disposées à les soutenir.

Chenaux se hasarda donc de se rendre à Frihouig (3 mai 1781), pour exposer au conseil tous les griefe du peuple. Cinquante ou soixante hommes armés lui serraient d'escorte. Mais le conseil déjà instruit de cea roouremens populaires, arait fermé les portes de la Tille> renforcé la garnison , armé la bourgeoisie. Cependant de» cris de rérolte retentissaient de village en village; tontes les cloches sonnaient l'alarme. Le château de Grujères fut occupé par le» paysans sans effusion de sang, et le bailli j fut gardé comme 6tage.

Vojant que le mouvement devenait si général. Chenaux devint plus hardi; il organisa les hordes des pajsans en bataillons, leur donna des chefs et leur inspira da courage. Castellaz adressa encore une fois une pétition un conseil de Fribourg, pour qu'il voulût bien écouter le$ plaintes du peuple ou soumettre la décision de ce différend à des cantons arbitres. Cette démarche n'ajant obtenu aucun résultat. Chenaux se porta sur Fribourg vers la chapelle de Saint-Jaques (4 mai) avec plus de 2500 paysans, la plupart mal armés. Il s'avança près de la ville & la tète d'un corps de 600 à 800 hommes; les autres marchaient vers la porte de Bourgiilon; 500 étaient campés dans le bois de Seninberg sur la rive droite de la Saane. Beaucoup d'autres troupes arrivaient des parties les plus éloignées du canton.

La garnison de la ville eu sortit aTCc une grande pompe militaire. A côté des drapeaux de Fribourg flot' tait la bannière de Berne. Car cette ville, sur la demandé de Fribourg, lui avait envoyé sur-le-champ uu secours dé 300 dragons qui se trouvaient dans Berne à l'école militaire. Le colonel Froideville, guerrier prudent et humain était i la tête de ces troupes.

Froidenlle parla aox rebelles arec humanilé, exigea, qu'ils posassent les armes ^ promit l'oubli du passé et assura que tons les griefs seraient examinés par le gour- Ternement et par les cantons médiateurs. C'était tout ee que les paysans demandaient. Us étaient prêts à poser les armes ^ après àyoir reçu la parole d'honneut de Froideville ; mais lorsqu'il exigea qu'on lui lirrâC !••- Aeh de la sédition ^ les paysans s'y refusèrent

Pendant les négociations^ leuTs bataillons furent cernés et les pièces d'artillerie ayancées. A cet aspect^ les rebelles effrayés posèrent les armes. Tous ceux qui le purent^ prirent la fuite et répandirent ainsi la terreur dans les derniers bataillons^ qui tous se dispersèrent en hâte.

Parmi les fuyards était Chenaux. L*un de ses gens, Henri Rossier^ soit irrité par le maura^ succès de l'entreprise, soit pour gagner la faveur du parti triomphant, l'assassina en traître. Le cadayre de Chenaux^ liyré à l'exécuteur de la haute justice, fut coupe en pièces, et sa tête, plantée au bout d'une pique, fut exposée sur la tour de la porte de Romont. Castellat et Raccaud, condamnés à être écartelés, parvinrent à s'échapper. D'autres chefs farent punis dans leur honneur, dans leurs corps et dans leurs biens.

Cependant Berne, Soleure et Lucerne avaient fait partir pour Fribourg de nouvelles troupes et des députés médiateurs. Mais le gouvernement de Fribourg fit publier que, par un effet de cette bonté qui lui. était naturelle, il daignerait écouter tous les griefs des communes; cependant il n'accorda à tout le canton qu^ trois jours pour exposer par écrit et présenter ses griefs. Malgré un terme si court et malgré la multi* tude des troupes dont la ville fourmillait, un graud

nombre de députai des commaiief voitines et éloignées arrivèrent en hâte à la ville.

L'examen des griiefii traina de mois en mois san» qu'on arrivât à une conclusion* Se vojrant trompé dan9 son attente^ le peuple des campagnes pleura Thomme généreux^ mort victime de son patriotisme. Chaque \onv la tombe de Chenaux était entourée de gens eu prières* Des troupes de pèlerins s'jr rendaient avec dea chants religieux^ des croix et des drapeaux. £n vaia le gouvernement j f}t placer des sentinelles avec des fusils chargés; en vain l'évéque condamna les pèlerinages vers les cendres de Chenaux. Bien ne put arrêter la dévotion reconnaissante du peuple.

La bourgeoisie de la ville ainsi que les vingt-quatre paroisses de l'ancien distiict avaient espéré faire valoir avec plus de succès ^ au milieu de ces circonstances^ leurs droits contre les familles dominantes. La bour*^ geoisie demandait seulement que Taccès aux archives de l'état lui fut ouvert; mais le gouvernement lui répondit : ,>Les ordonnances de vos corps de métier et de vos confréries suffisent pour vous faire connaître vos droits." Ainsi repousses^ les bourgeois de la ville et le peuple des campagnes n'attendirent de justice que des cantons médiateurs. Après de longs efforts pour concilier les partis 9 parut lout-à-coup cette déclaration de Berne ^ de Lucerne et de Solèure : ^Nous protégerons de toute notre puissance la constitution actneUe de Fribourg; les prétentions de la bourgeoisie sont dénuées de fondement et contraires à la constitution : cependant nous recommandons au gouvernement de n'accorder . parmi les familles secrètes au cime, prérogative à la nO" blesse sur les patriciens , de diminuer bientôt les chairge$ du peuple de Ja campagne, et de restreindre les abus qui it sont introduits. ^

Quelle lot la consternation de la bourgeoisie lors* qn^elle entendit proclamer cette déclaration du haut de ]a chaire (28 juillet 1782)1 Le soir du même jour les quatre bannières de la ville se rassemblèrent derant U maison de Payojer Gadj. Rey^ ayocat^ Guisolan^ notaire^ Ignace Girard ^ négociant^ parlèrent au nom de la bourgeoisie. L'avojer écouta leurs discours avec uild approbation apparente et ayec calme.

Peu de jours après Rej fut exilé ayec sa famille pour <]uarante ans, Guisolan pour yingt, Girard pour dix. Le fils même de Pune des familles régnantes, Emanuel de Maillardoz, fut condamné à un bannissement de sit ans -pont ayoir dit dans une assemblée de bannière : ^ qu'il était juste que l'on rendit aux bourgeois leurs anciens droits.'^ Beaucoup d'autres subirent le même sort

Cependant le gouyernement eut la sagesse d'alléger les charges les plus onéreuses' du peuple des campagnes , d^augmenter de seize le nombre des familles secrètes, et il promit de remplacer à Tayenir par trois nouvelles chacune de ces familles qui s'éteindrait.

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