VUI
PRÉFACE
vous a pénétrés quand vous avez mi les dévouements sublimes des Winkelried et des Wengi Sans doute, les faits eussent parlé d'eux-mêmes ; mais l'impression qu'ils ont produite sur vos cœurs^ et qu'ils ooDtiiiuentâe produire sur tous ceux qui les lisent dans Zscbokke, tient pour beaucoup à la manière dramatique et généreuse fi la fois dont Tanteur les a présentés.
Une partie de cet éloge revient de droit à M. le professeur Monnard, l'habile et savant traducteur de Thistorien national, et c'est à loi que nous voulons emprunter quelques belles paroles sur la nécessité et l'importance de l'enseignement historique.
« Héritiers de la gloire des anciens Suisses, mais déshérités « de leurs vertus, il importe, et peut-être aujourd'iiui plus que € jamais, qu'on &sse revivre dans nos âmes des souvenirs aussi c salutaires qu'ils sont glorieux. Sans doute, la mémoire fidèle € a conservé les traditions qui nous honorent, mais ces souve- « uirs n'avaient pas toujoiu's le siège dans le cœur. Espèce de « mythologie de valeur et de vertu, l'histoire de nos aïeux ne « servait plus qu'à nourrir notre vanité natiouale aux dépens « du vrai patriotisme, et nous avions converti nos titres de lî* « berté en titres de noblesse. Il est temps enfin que notre « histoire devienne poui' nous une seconde vie , et que, jeu- € nés et vieux, nous allions puiser à cette source des senti* « ments patriotiques et des pensées généreuses. Quand l'époque « des vertus d'instinct est passée et qu'on a fait la triste expé- « riciice de la corruption, Ton ne revient au ])ien que parla force « de la pensée et par l'araoui' et l'étude des principes qui ho- « norent la nature humaine. L'histoire atteste qu'il y a dans les « peuples, comme dans l'homme individuel^ un germe primitif du € bien qui se manifeste avec éclat dans une époque favorable, « puis se perd et ne peut se reproduire que p:u' la médiuuon des
< beaux souvenirs de l'histoire nationale. C'est là ce qui tait une « loi aux nations helvétiques, aux magistrats comme aux peuples, € d'étudier leurs devoirs dans leurs annales.
c A la lecture de ses fastes, la nation entière apprendra que « dans les rapports internes d'un peuple comme dans ses rela-
< tions extorieuresi la morale est ia plus hautepolitique^ la seuiti
PRÉFACE
* qui aok mîe, iiimiable et to^jonn aasurée àê son triomphe « définitif ; que, dans le pays où les ▼ertne naturelles sont hono-
« rées, les droits naturels despcuiihîs liiiissent toniDuis par IVm- « porter sui* le despotisme ; que les crimes des uatious, couime
< ceux des iodividos, retombent sur iatête de leurs auteurs ; que « les peiqples trourent leur sûreté, moins dans l'étendue de leur « territoire et dans le nombre de leurs troupes, que danslenr « force morale et dans leur union.
« Cette union deviendra une loi suprême pour tous les canc tons de notre patrie^ dès qu'ils demanderont à l'histoire des € rè|^ de sagesse et de prudenee. Ffls d'ùQe patrie commune, « unis par les mêmes souvenirs, par les mêmes espéranees et par
< une solidaiité de sentiments et d'intérêts, les libres habiUints c de l'Helvétie tout entière repousseront de leur sciu cet esprit « trop cantonal, toi^urs opp(Mié au patriotisme hebétique, enc nemi dudéTonementetdes sacrifices, principe destructeur de « toute vertu.
« Instniites pai- lu récit de nos nuillieurs. los diverse s classes « de la société, celles surtout qui se distinguent par leurs lu-
< mières, renonceront àces contentions continnelte, espèce de « guerre civile non moins funeste que la lutte des intérêts can- « tonaux, puisqu'elle consume, au profit de la liaiue, des forces ^ que Tamour de la patrie a le droit de revendiquer.
€ Les gouveruemeuts sentiront combien il leur importe de mô*
< riter et d'obtenir la confiance des peuples en leur accordant « eux-mêmes de la confiance; en polHique c'est la foi qui sauve. « Reconnaissant la lé^,ntimité de la liberté et de la justice, ilsue
< verront jamais une révolte dans le patriotisme, une conspira- « tion dans les progrès des lumières.
€ L'on ne découvrira plus panni nous des pères de la patrie « semblables à ces pères dénaturés qui vendent au riche oorrup- « teurThonneur de leurs enfants.
< Les magistrats, plus occupés du bonheur du peuple que de
< l'intérêt de leurs familles et de leurs personnes, ne prendront t jamais pour devise : Ibuf «a dten, cor nous aommM bwtL »
Les citoyens d'un camon ne seront plus étrangers dans uu
PRéPACB.
autre canton; l'esprit de clocher, étroit et Btesquiiiy n'entravera plus le bien général; les discussions au sujet d'intérêts matérids revêtiront pliis de ealme et de dignité, et l'honneur de la Confédération ne sera plus compronuà par des misérables querelles, de canton à canton ou même d'une localité à une autre.
Les Suisses, instruits à aimer la liberté, rougiront de vendre leur sang aux despotes étrangers; on ne lesvma plus, pour un vil salaire, faire le métier de bourreaux et exécuter sur des peu* pies malheureux les atroces vengeances des souverains4e Borne ou de Naples.
€ Enfin, l'histoire de tous les maux qui ont affligé le sol de < l'Helvétie nous avertira de nous tenir en garde contre l'ascen» « dantet les artifices antant que contre les vices des autres peu-
« pies. Tant que nous demeurerons vraiment Suisses, nous serons « respectes et forts; nous pourrons attendre sans crainte les « armées de Fennemi et les jugements de la postérité. »
Et maintenant que nous avons rappelé l'importance de l'œuvre de Zschokke comme histoire nationale destinée au peuple et à la jeunesse, qu'il nous soit permis de dii'e quelques mots de la présente édition.
Jusqu'en 1848, l'histoire de la Suisse n'a pas été vue avec une grande faveur par le gouvernement de NeuchÀtel, et il en de- \i\ît être ainsi : le principe monarchique s'accommode fort mal des idées répulilicaines; l'autorité du prince, si linutee qu'elle soit, est incompatible avec Fautonté du peuple. Ce n'est pas à dire que cette glorieuse histoire f&t inconnue aux NeuchÂtelois, ils ne pouvaient pas l'ignorer, car alors déjà c'était aussi la leur, et de nombreux cxeniplaii'cs de la traduction Monuard s'étaient répandus dans le pays.
On comprenait si bien que les Neuchàtelois devaient posséder l'histoire suisse, qu'un concours fut ouvert à Neuchàtel pour pro* voqner la composition d'un manuel à l'usage des écoles du pays, livre qui devait renfermer aussi un abrège de i iiibLuire paiticulière du canton-principauté.
M. Petitpierrede Wesdelilen écrivit alors son Abrégé deVBuh taire 4f9 Smss^^ un bon livre «ne fois le point de vue admis, et
SI allait te ttirrer im Jury quand anirsle p r mmt mùirê etU ^ro*
clamation <le la république.
Le calme rétabli, Fauteur reprit son projet, en renonçant toutefois aa concouT8| et son manuel vit le jour en 1849. C'était trop tard, et le fivre ne ponnît plos 6tre qcfxai anachronisme ; e^est ce qnHl est resté, malgré ses solidesmérites.
Si donc a%'ant 1848 ou songeait déjà à introduire Thistoire suisse dans les écoles du pays, si le gouvernemeut d'alors ou son entourage apprédaitla conrenance de cet enseignement; anjourd^ni qae Kenchàtel est entièrement et irrévocablement rattaché an fidseean helvétiqufN combien plus ne doit-on pas s'efforcer de répandre parmi la jeunesse neuchiiteioise ces fécondrs leçons, ces sublimes exemples que présentent les fastes de la commune patrie. Ce qui n'était, il y a douze ans, qu'une afiSsûre de conTenance, est devenu aigourdliui un impérieux devoir ; et, dans les différents dejsrés de l'enseignement, il est à désirer qu'une larî^e place soît dounee à l'histoire snisso. Vp^î ainsi que le canton acquerra cette homogénéité qui fait b force des Etats, et que les opinions politiques qui le divisent disparaîtront pour ne laisser subsister que d'insignifiantes nuances, asses tranchéespour ne pas laisser tomber le pays dans l'apathie politique, mais pas assez pour le troubler et le contrarier dans son évolution vers les idées grandes et g^éreuses.
Dans les circonstances actnelles, et pour les écoles primaires, on ne pouvait songer qu'au livre de Zschokke, sur les mérites duquel nous ne revendrons pas. Seulement, cet ouvrage ét<ant fort incomplet au regard de Neuchàtel, nous avons cru devoir y introduire les principaux événements de l'histoire du canton. C'était de toute justice: Baillod du pont de Thielle, que Zsdiokke n'a pas connu, devait avoir sa place à côté de Wala de Gfuris; Dtoz rejetant dans le Doubs les maraudeurs bourgiu'gnons, Wildermuth et ses braves se battant à Gingins pour la liberté de Genève, devaient avoir leur nom dans les annales de la nation. De plus, la dernière édition n'arrivant que jusqu'à 1651, nous avons repris les événements à cette date et nous les avons pour* suivis jusqu'en 18G0.
Noos n^wùHA pas craint d^aborder riogaiTectioik de fleptembre
1856, mais nous nous estimerons bien heureux, si, malgré nos vives sympathies pour la cause de la liberté, nous avons su demeurer dans les limites qui conviennent à la gravité de Thistoire. Si toutefois nos senfeimeate se sont trahis par foelques vivaeités de style, les ennemis de la jeune république ne doivent y vdr que l'indignation frandie et insurmontable que nous a in^iré leur incroyable équipée.
Voici maintenant le livre. Àous avons fait ce qui nous a été possible pour le eon^léter etpourraméliorer. surtout au point de vue des &it8, dimt quelques»uns sont assez imparfaitement racontés par Zschokke; cependant nous ne nous sommes jamais éloigné du cadre que s'était tracé l'auteur, et le présent volume ne renterme guère plus de matière que ceux qui Font précédé. 11 va sans dire que le caractère général de l'œuvre originale a été religieusement respecté, et si parfois il a été nécessaire de s'en écai'ter, ce n'est que sur des points de détail et sur la foi d'autorités compétentes. Les auteurs qui ont été consultés pour les événemeuts de l'histoire de Nciichàtelsont essentiellement MM. Daguet, de Cbambiier» de ïribolet ^ PetilpieEre de Weaddilen» Les mémoires du cbaneelier de MontmoUm et les annales de Boyve ont aussi été compulsés avec iniit.
Allez à votre but, pages qui renfermez la le^on des vieux âges, l'expérience des siècles. Allez, et i^aiseà Dieu que le trésor d'expériences que yousrecélez produise quelque bien et serve à awh cer le développement politique et moral de la commune patrie, à augmenter son bonbeur et sa pi osp( i ité, à la rendre de plus en plus piûssante et honorée parmi les nst^km, et àla faire fcandir
ftn oocr agao a£ au vnrtiUL
Juin Um.
DR
me* prattlers tonpa*
On a souvent chanté, plus souvc ht écrit les actions héroïques et morveillciipcs do nos père^, leurs succès, dn m{^me que leurs revers. Je veux rajeunir les anciennes traditions dans l'esprit de la nation entière. Je vais les raconter aux hommes libres des montagnes et des vallées, afiû que leurs cœurs s'eoflamment d^un nouvel amour pour leur noble patrie.
Prêtez Toreille à mes discours» vieUlards et jeunes gens; Thisloire des lemps passéf est la science du bien et du mal.
Aux lieux où le Rhône, ne sous les glaciers du Valais, se précipite daiis la mer Méditerranée, commence une vaste chaîne de montagnes. Peu considérable d'abord, elle grandit insensiblement, sort de France, s'étend vers l'orient le long des limites soplenlrionales de Hlalie, et, toujours plus i olossale, portant vers le ciel ses mille sommets couverts de glace, de neige et de nuages, s'avance jusque dans l'intérieur de la Hongrie. Là, cette chaîne de montagnes énormes s'abaisse et se termine en petites collines. Ces montagnes sont les Alpes, et Ton a donné le nom d'Helvétie au pays qu'elles enferment dans la région où leurs cimes blanctiies, leurs arêtes déchirées et leurs aiguilles inaccessibles s'élèvent menaçantes au-dessus des habitations des hommes et des nues du ciel.
Depuis les hautes Alpes, coupées par d étroits vallons et couvertes de glaciers, sources d'innombrables rivières, le p^ïvs sYlend vers lo nord, en vallées qui s'élargissent progressivement jusqu'au pied des montagnes calcaires du Jura. Cellesrci forment une immense demi* lane entre le lac Léman etle lac de Constance. De Schaffbonse à Bâle, le Rhin roule ses flots le long du Jura, semblable à un fossé creusé au pied d^un rempart Ainsi, par la bonté du Créateur, notre patrie, citadelle immense, est défendue de tous les côtés par desmonlagiies escarpées et par des eauxprof(»Mdes: mais unn ciladelle n'est lorte qu'autant que ses (h'fenseurs restent forts.
Six cents ans avant Jésus-Clirist, les vallées au-dessus desquelles le Rhin prend sa source élaient encore inhabiiée&; alors, selon la tradition, des Italiens fugitifs y cherchèrent les premiers un asile. Un peuple belliqueux et puissant, les Gaulois^ avaient pénétré en Italie, et, victorieux des habitants, les avaient tués ou chassés de leurs demeures héréditaires. Tremblant à rapproche du fer des ennemis, les vaincus s'étaient enfuis des pays maritimes où fleurissent de nos jours les villes de Gènes • et de Florence. Ils se retirèrent avec leurs femmes, leurs enfants et leurs dieux domestiques dans les gorges sauvages des hautes Alpes. C'est là qu'ils lixèrent leur demeure dans des vallées séparées du reste du monde par des forêts épaisses et par des montagnes colossales; on les appela les Rliétiens, du nom de leur dieu ou de leur héros BhéiuB. De nos jours encore on nomme Rhélie le pays qui environne les sources du Rhin et de Tlnn, la patrie des Grisons, si fiers de leur liberté.
Vers la même époque, les Helvètes ou Helvétiens, trihus celtiques, hahilaieiil le plateau qui s'étend du lac Léman au lac de Constance, et des Alpes au Jura. La vallée du Rhône, du col de la Furca 0!i Lémau, fut occupée par de petits peuples probahhMiif ut distincts des Helvétiens. Genève, sur le Rhône, appartenait à la na~ tion gauloise des Allobroges. Les Rauraques, tribu à demi germanique» occupaient les défilés du Jura^ du côté de Bâle.
M LA MMtum smsatt.
Premiers exploite des ■elvétleast les CImIbres se
Joi^sent À eu*
(Ont m «vaal léns*Chrift.)
Entourés de Imms, de rocben et de fleuves^ les Heivé^ liMs tiraaat du produit de la chasse, de la coltore des
lerres el de reniretlen des troupeaux. La jeunesse ardénie el courageuse poursuivait le '^lïner à travers les forêl> sombres, ou combattait contre des serpents daos les cavernes et les marais, et contre s quadi upèdes féroces dans les montagnes ; de leiiii - en tempà les jeunes Helvéliens faisaient des incursions iiostiies dans les couUrées vaiskieâ et s'ea refeuaieut chargés de dépooilies. Une pean de bète sauvage leur servait de vêtement; la lance, la massue. Tare el les flèches élaienl lens armes i^rîndnales. Peu à peu cependafit one sorte de civilisation pénétra ches enx, ce qne semblent pronver les nombreux objels trouvés dans leur^ tombeaux .
Ce peuple était i]i\i<é en une foule de peuplades. Autant de vallées, auîanl de conimunaiitrs mdrpendantes. Piii-ieurs i-euplades réunies formaient une Inbu.Deces tribus aucune n'e^t bien connue. Jules-César, qui en iiomme quatre, parle surtout des Tigurins, qui bahi* talent sur les rives du Rhin et de la Tbour.
Ainsi vécnreut les Uelvé liens jnsqu'à la grande émî* fration des Gîmbres et des Tentons. Ces peuples chassés, dit-on. do nord de la Gmnanie par des mondations, s avancèrent en armes jusque sur les bords du Rhin, ils comptaieïjt 300,000 guerriers. Bientôt ils se jetèrent ^ur la Gaule, appelant à eux tous les hnnuuecî vaillants qui partageaient leur soif de butin el d■a^ entures. Des Hel- Tf'-tiens eu grand noailue répondiriMjt à cet aj^pel. Les Tigurios surtout accourureïit, commandés par Diviko, j^ne guerrier plein de ûerté et d'audace. Les peuples de la uaole poussèrent des cris d'eflroi et imptorèrent le seeoors de Berne.
filSTûIH£
Les Romains envoyèrent une armée qui traversa les neiges des Alpes et descendit vers le lac Léman. A celte nouvelle, les Helvétiens, qui combattaient avec les Cimbres, volèrent au secours de leur patrie menacée. Une grande bataille se livra sur les bords du Léman. Les Helvétiens eurent la victoire et firent on horrible carnage. Parmi les morts se trouvait le consul Gassius, chef de Tannée romaine. Les vaincus échappés an massacre obtinrent grâce, mais ils durent se résigner à passer sons le joug, coutume humiliante et barbare que les Romains appliquaieiit aussi à leurs ennemis. Diviko fit dresser deux poteaux, y plaça une poutre transversale et contraignit les ennemis à driiler désarmes sous cette espèce de gibet, la tête servilement inclinée; après quoi ils dureTit repasser les Alpes et reprendre le chemin de l(3ur patrie. Pour lui, animé par cette victoire, il retourna ▼ers les Cimbres, et, de concert avec eax, ravagea le pays des Gaulois. Mais lltalie souriait davantage encore aux conquérants. Gimbres et Helvétiens se jetèrent sur cette riche contrée et menacèrent Rome. Les Romains se levt^rent, des batailles terribles furent livrées; mais eiiliii la fortune abandonna les Cimbres; la plupart d'entre eux périrent par r< pée du consul Marins.
Ceux qui échappèrent cherchèrent, dit-on, leur sûreté, sous la couduiie de Diviko, dans les montagnes de THelvétie.
Ce dernier fait, s'il était avéré, expliquerait la tradition qui dit que des hommes chassés du iNord par la fa- . mine et par Tinondation vinrent s'établir dans ce pays. La renommée a conservé le souvenir de cet événement dans un chant populaire de la Frise occidentale, lequel est encore chanté par les montagnards du Hasli. Extirpant les forêts, ils s'établirent sur les bords du lac des Quatre-Cantons, au pied du Hacken et du M>ilien. Deux frères. Swiiler etSwen, passent pour avoir iondé Schwytz. On entend encore aujourd'hui dans ces vallées des noms de famille communs en Suède.
La population étant devenue trop nombreuse, une partie des habitants se répandit dans les vallées intiabi^
DE Là MAtUm
lée». aa bord du lac. daii> le \ n i-iri la (rraude forH do Kerovvald, du cùié des^omures luciit is du Brnûig*: pais \h passèrent celle montagne, el. ^'a^a(lçarli à mYers le Ha<!t. ils peuplèreiil ^iicccâiivefliefii om fraiMÎe partie de à'Obolaad bernois.
ïoîtt ce que bous appreoMOt des traditîoos aoUqMs d wce f t a me a*
Loftglemps eoeore après les exploits de IMfiko et des Ombres, od Yaotail la fei^iiité et la richesse da solde laGMie. Li, disail*oii, cioisaeot sous mi cid dou b ii|Be el rolivîer, K les rigvens de lliim T sool i peloe f— ff Ce soneair, confirmé par les récifs des voya- Irors et parles Toisins dau delà Ja Khiu, avec lesquels Où erjtrél4?riail des relations de commerce el d'amiiié^ excita l eavie des habitants de la sauvage llelvélie.
Alors rivait din> ce pay^ un homme riche et pois>^fJ. ivmmé Hordrich. Les Romains ont prononcé son nom Orgetorix. et il n'est connu parmi aons qne ^oos ce nom akéfé. Dot jaille esclares cultivaient ses cbaiDps H iaiaieot paître ses troopeanx ; il jouissait d*iioe anode csMidnalîoD chez les Gaulois da voisinage et fireouiH lait lesn petite sonrefaliis. Cet homme était anbitien; i pdria d'abord an chels de son canton, puis aux autres chefs, enlin au peuple môme. Il leur deu.aiida poiir- •fooi 'Ai ^ tourmentiiit à cultiver un ^ol ingrat, à [>♦ i:iC Rifl^saiit poor nourrir les hommes et les iiuuptdux, tandis que le peuple pouvait aller s'établir, sans peine, ^aas les champs fertiles de la Gaule. Ces discours enâaminèreot les esprits, et bientôt chacon ne songea plos ffÊ'i se mettre eo roate. Les commimaalés véimirs eo
« flÉr ka caaiM te faasms de Ima «t dl3MrwaUm»
assemblées décidèrcat unanimement de faire les préparatifs d'une émigration générale. Pendant trois ans on devait cultiver les terres et faire une provision de blé
f)our le voyaire. el, dans cet intervalle, former des aliances et se procurer de nouveaux secours, pour donoer à Taudacieuse entreprise toute la sûreté possible*
Orgétorix, réjoui du premier succès de son plan» forma de nouveaux desseins pour lui assurer une réussite complète; il déployait une grande activité, parcourait constamment les divers cantons et passait le Rhin pour cunimuniquer avec les peuples riverains et avec leurs chefs. Il demanda un libre passage pour sa nation, fit de grandes promesses, et parla peut-^tre avec plus d'orgneU que de prudence En outre, il donna sa fille en mariage à Fun des princes voisins ; on eût dit qu'il était lui-même prince, et le souverain de son pays.
Cette conduite inspira des inquiétudes à ses compatriotes; ils commeiâsrent à soupçonner qu'Oi^élorix voulait trahir leur antique liberté et se rendre maître absolu de sa patrie. Or, une loi des peuplades helvétiennes condamnait à périr par le feu quiconque attentait aux droits et à la liberté du peuple. Orgétorix fut cité à comparaître devant une assemblée et à répondre à ses accusateurs. Il s'y refusa et voulut armer des gens ponr sa défense. Alors les communautés s¥levèrent contre lui. Vojaot qu'il n'y avait plus d'espoir, il se donna la mort.
Les trois années destinées aux préparatifs étant écoulées, le peuple se disposa au départ. Les hommes en état de porter les armes ouvrirent la marche. Le vieux
Diviko, vainqueur des Romains cinquante ans auparavant, sur les bords du Léman, se mil à la téte de ces guerriers, que suivait une longue file de femmes, d'enfants, de charioU cliargés de provisions et d'objets précieux. Ils brûlèrent, avant de partir, toutes leurs habitations, au nombre de douze villes et de quatre cents villages, afin que personne n'eût le désir de retourner dans ses foyers« On dit que Noïdenolex, situé non loin du lieu qu'occupe aujourd'hui Meuchfltel, fut Tune des douze
DB LA NATION 8UI88B
fUies brûlées par les Helvétiens. Prêts à marcher avec eux, des miltiers d'alliés vinrent des rives du lac de Constance; les Rauraques, des bords du Rhin, contrée
qui forme aujourd'hui le Frickthal et le canton de
Bâie.
Une troupe immense d'émigrants belliqueux traversa les montagnes et les vallées, en tout 360,000 âmes. Elle se dirigea sur Genève, ville des courageux AUobroges et alliée de Rome.
Dans ce temps-là, environ soixante ans avant Jésus- Christ, Rome était la ville la plus puissante du monde Ses armes et ses lois régnaient sur Tltalia, et depuis la Gaule jusqu'à la Judée. Le plus grand de ses généraux, Jules César, arriva à Genève pour la défense des Allo* broges.
Lorsqu'il npprit l'approche des Helvétiens et leur intention de i)a>ser le Rliûne à Genève, il lit construire en hâte devant la ville et le long du fleuve une muraille longue de dix-neuf mille pas, haute de sei/.e i)ieds, flan-
Îaée de beaucoup de tours; puis il refusa le passage aux elvétiens. Ceux-ci Firent. un détour et marchèrent vers la gorge du Jura à travers laquelle le Rhône précipite ses flols dans le pays des Gaulois* Ils marchèrent le long des rochers escarpés, par des sentiers étroits, ayant sous leurs pieds des abîmes et le fleuve mugissant.
A peine arrivés au delà de la montagne, dans les plaines gauloises, ils furent atteints par César. Il battit les Tiguriiis qui fermaient la marche et se trouvaient en retard. Le vieux Diviko s'approcha de César et lui dit : • Qu'ai-je de commun avec toi et tes Romains? Laissemoi marcher en paix ou rappelle -toi les souvenirs du Léman, et tremble que je ne donne à ce pays-ci la même célébrité par un nouveau carnage des Romains. » César répondit : t Les dieux t^ont accordé une victoire au bord (lu lac Léman pour rendre aujourd'hui ta défaite doublement araère. Cependant jc Le laisserai conlinuer ta roule en paix, si tu respectes mes alliés, si tu restitues ce que les soldais leur ont enlevé, et si tu me donnes des otages, i — « lioû, iiomaiû, reprit Divil^o, nous
avons appris de nos ancôtres à recevoir des otages an lieu d'en donner. Les Romains devraient le savoir. »
LàHlessus les Helvétiens reprirent leur marche, que leur nombre et leurs bagages rendaient lente et difficile. Les Romains les suivirent de près pendant quinze jours. Tout à coup les Helvétiens, irrités, firent volte-face. Il se livra une bataille générale dans les plaines de la ville de Bibracte (Autuii), le cainage dura depuis le malin jusqu'au coucher du soleil. Les Helvétiens combattirent avec courage, mais sans art; les Romains avec tout autant de courage, mais avec plus d'haMU le . leur tactique leur donna la victoire. Les Helvétiens se rétugièrent en désordre vers la colline où se trouvaient, derrière un rempart de chariots, leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors. L'ennemi les suivit de près, pénétra dans ce rempart et éprgea tous eeux qu^il rencontra. Vieillards, hommes, femmes, enfantî^, sa fureur n'épargna personne; un faraud nombre d'entre eux se donnèrent la mort pour ne pas survivre à I bonneur et à la liberté ; d'autres s'enfuirent en poussant des cris, cherchèrent de côté et d'autre un asile, et furent livrés par les Gaulois à César. Celui-ci dit aux vaincus, prosternés •\ ses pieds pour implorer sa clémence : « Déposez vos armes; retournez dans votre patrie ; rebâtissez vos demeures ; contentez- vous de vivre comme auparavant dans vos montagnes et selon vos lois. Tout pays convient à Tbomme, quand Thomme convient au pays. Vous ne serez point les esclaves de Rome, mais vous aurez part à son alliance et à sa protection. »
Pleins de honte et de douleur, réduits au nombre d'à peine cent dix millCj ils reluuinèrent dans les vallées qu'ils avaient quittées, et bâtirent de nouvelles bal m rations sur les cendres des anciennes. Mais César foijda. non loin de Genève et sur les bords du lac, la colonie militaire de Noviodunum, aujourd'hui Nyon; car il nejagea pas à propos d'abandonner à lui-même un peuple si entreprenant et si brave. En même temps, u envoya de rinfanterie romaine en garnison au pied des Alpes du Pas-Yalais, à Oclodurum (peut-être Martigny), afm de
garder la route qui conduisait par-dessus les A1|m s en Italie. Les habitants de cette longue vallée, qae le Rhôoe traverse avant de se jeter dans le lac Léman, menaient une vie libre et sauvage ; ils soumettaient à un droit de péage les marchandises qui passaient par les Âlpes, et exerçaient le brigandage. Voyant des soldats étrangers s'étanlir et se retrancher sur leur len iioire, ils fureiil eiilîaiiinirs de fureur. Les habilaul.> du pajs descendirent des nioidaiir!e> et sortirent des vallées, attaquèrent les Romains dnns leurs relranclieuients et les harcelèrent jusqu'à ce qu'ils les eurent chassés de la contrée. Hais les Romains revinrent bientôt avec des forces plus considérables, et tonte résistance devint inutile. Près de dix mille citoyens armés ponr la liberté de leur patrie né* rirent en combattant; de tons côtés on vo>aitdes villages en flammes Dès cette époque, le Valais fut soumis à la domination romaine.
Les Rhétiensse crurent seuls invincibles derrière leurs glaciers et leurs lac>. Ils avaientdes alliés, placés comme des avant-postes le long de Tlnn, dans les vallées du Tyrol et dans les plaines vindéliciennes (la Souabe). Ils vivaient en sauvages, pillaient les voyageurs» ou, sortantà rimproviste des gorges de leurs montagnes, ils surprenaient et ravageaient les villes d'Italie voisines de leur pay3. Ils choississaient parmi leurs prisonniers des victimes pour les immoler surlesauteb de leurs dieux.
Irrité de cette conduite, Tempercur Auguste, sous lequel naquit le Sauveur du monde, envoya deux armées à la fois contre les sauvages habitants de> Alpes rhétiennes. L'une passa les Alpes et desrendit vers Tlnn, l'autre traversa le lac vindéhcien ou lac de Constance. Tout fut soumis après des combatssanglanls. On raconte que les femmes des Rhétiens se précipitèrent dans les rangs des combattants et écrasèrent leurs enfants contre le visage de leurs ennemis, comme si, dans leurs montagnes^ toute vie devait expirer avec la liberté.
He 1a domination romaine dans i'Ilelvélle* (80 ans «yaiit J.-C. à dOO ant après l.*C.)
Quand les Romains eurent achevé la conquête de PHelvétie, ils y envoyèrent des préfets, des gouverneurs
et (les soldats; ils y firent bâtir des forteresses ou tracer des camps retranchés, non pas tant pour maintenir le peuple dans l'obéissance, que pour surveiller les ennemis (lu deiiors» et garder les importants passages des Alpes.
L'emperenr Auguste traita les Helvéliens avec humanité, leur laissant leurs mœurs et leurs usages, afin qu'ils s'accoutumassent plus facilement à sa domination. Il leur permit même de vivre sous Tempire de leurs lois héréditaires et gouvernés par des magistrats de leur choix. Fal1ait*il délibérer fmr les intérêts d^un canton ? des hommes choisis dans chaque communauté se réunissaient à cet elVet. Mais l'empereur se réserva le droit de faire les lois générales, de décréterles impôts et les coutributions, de faire la paix ou la guen e.
Ces événements se passèrent à l'époque de la naissance de Jésus-Christ. Les successeurs de l'empereur Auguste se montrèrent encore longtemps favorables aux Helvétiens. Ils bâtirent un grand nombre de villes coloniales et les unirent entre elles par de grandes routes. Les préfets, les gouverneurs, les militaires romains, accoutumés à une tout autre vie que les Helvétiens pauvres et grossiers, établirent parioat des habitations magnifiques et des lieux consacrés aux plaisirs : ils transplantèrent dans le sol lielvétique les arbres fruitiers de ritalie; instruisirent le peupledanstoutesorte de métiers, de trafics, de négoces, d'arts et de sciences; THelvétie apprit à connaître des richesses nouvelles et des jouissa n ces ignorées.
Un grand nombre de bourgs et de villages se peuplèrent considérablement et se changèrent en villes magni*
De la nation suisse.
fiqaes. ornées de palais, de temples, de haiuset de lin dtres. Av< riticnra, entre autres, ^'tait nlorsviîiçïi fois plus étendu que IVst nnjourd'hui Aveiu h«»<. t^fiti,^ la niJ^me place. Les harqiKs du lacdeMonUabordaient au pied des murs de cette ville. A rendroitoù, de nos jours, on ne Toit plus que )es deux petits villages d'Augst, rtin dans le cantOD de Bâte, Tantre dans ceini d'Argovie, s'élevait nne cilé florissante, Angnsta Raoracorum (Augusta des Rauraqnes). Les raines de cette ville attestent encore aujourd'hui son ancienne mai^niticence. Mais la plus grande 1 1 la plus brillante de ces cités était Vindonissa (Wiiidisch en Argovie). Dnns le vaste espace que couvraient st's palais, SCS ohàleaux et ses faulnjurgs, on voit aujourd'hui trois villages et la ville de Brougg.
Eblouis'par tara de magniticence, les Helvétiens eurent bientôt oublié leur anticpie liberté; Us imitèrent la vie molle et raflinëe de leurs vainqueurs, et allèrent même jusqu'à changer leurs anciens noms contre des noms romains. Mais ils ne devaient pas tarder à payer bien cher les avantages trompeurs des mœurs qu'ils avaient adoptées.
Environ soixante et dix nus ri[)rès Jp<us-Christ, on avait assassiné à Rome un eniperenr noniuK' Galba, et mis à sa place Viiollius, qu'une [lartie des Romains ne voulait pas reconnaître. Les Helvétiens ignoraient la mort du premier^ mais les chefs des garnisons romaines rayant apprise de bonne heure, se liguèrent en faveur de Vitellins, expédiant et recevant de nombren]t courïiers. Les Helvétiens étonnés crurent quMl s^agissait d'une révolte contre Temperenr Galba. Les soldats romains étaient d'ailleurs insolents et indisciplinés. Ceux de Vindonissa enlevèrent la solde envoyée à la garnison dp Rade, toute composée dé jeunes Ilolvi'tiens. AussiUH cette dernière intercepta les mess;ig{»set les lettresU'Aulus Cécina, gouverneur i^cim ral (k» Vindonissa.
La nouvelle de cet atïront alluma la colère de Cécina; il sortit avec sa troupe qui portait et méritait le nom de terrible. U attaqua de vive force et ruina la forteresse et Ja ville de Bade, devenue florissante à
UiSTOlUE
cause de ses sources salutaires d^eau chaude sur les
bords de la Limmat ; il ravagea toute la contrée et vainquit, dans un combat .^anglant, les Helvéliens qui s'étaient mis en devoir de se défendre. Il poursuivit les • fuyards au delà du Bœizberg, montagne de la chaîne du Jura (non loin de Brongorl Dans leur fuite, ceux-ci rencontrèrent sur la grande route, en descendant la montagne, une troupe nombreuse de cavalerie thrace. Des milliers de fuyards périrent dans cette rencontre, ou fu* reni obligés de se dbperser dans les bois et dans les cavernes ; d'autres furent çris et vendus comme esclaves.
Cette sanglante expédition n'éteignit point la rage de Cccina; il parcourut, pour le ravager, tout le pays des Helvéticns jusqu'à la ville d'Aventicum. Là vivait un humme riche et considéré, Julius Alpinus. Le cruel Romain ordonna de le saisir, comme auteur de la révolte, et le lit charger de fers el conduire au supplice. En vain une foule de témoins attestèrent l'innocence du vieillard; en vain, sa fille JuliaÂlpinula, revêtue de Tauguste caractère de prétresse, se jeta aux pieds de Cécina. Sa beauté, sa jeunesse, ses larmes, rien ne put toucher le cœur du farouche guerrier. Le vieillard fut mis à mort.
Toute THelvétie retentit de plaintes et de gémissements. On apprit, mais trop lard, que l'empereur auquel on avait voulu rester fidèle, avait été assassiné, et
JueVitellius occupait le trône du monde. Des ambassaeursse rendirent en hâte auprès du nouvel empereur pour implorer sa miséricorde. lisse prosternèrent avec la dernière humilité au pied de son trône^ et demandèrent grâce pour leur malheureuse patrie. Le pardon qu'ils sollicitaient en sujets tremblants, leur fut accordé avec mépris, comme à de vils esclaves. Une honteuse servitude est le partage de tous les peuples qui préfèrent à leur indépendance les plaisirs et les molles délices.
\ Ni le carnage du Bœlzberg, ni la désolation d'Aventicum, ni la honte essuyée à la cour de Rome, ne rendirent aux Helvétiens leur ancienne vigueur. £Ue s'était
DE LA NATION SiJiSâK.
éteinte dans une loiipfue mollesse. On ouhlia les maux passées et Ton se livra avec la ménfie inîpniflonco qn'auparavaiii aux plaisirs corrupteurs. L'ninour des richesses, le goût d'une vie sensuelle, le raliineinenl des |>laisirs, elTacèrent jusqu'à la deroièrô traça de rhéroûuoe et de la fierté nationale.
Les oppresseurs romains forent charmés de voir que le peuple, oubliant sa doire et sa liberté, restait efféminé et tributaire ; quMl désapprenait Tart des combats, et
Îu'il attendait en silence son bonheur ou son infortune e la main de ses maîtres.
Mais Rome et Tempire immense qu'elle avait fondé parrhf^roismeet Thabilelf^ poliiuiue, devaient périr par la mollesse et ÎVeroïsme ; d'ailleurs, deux événements extraordinaires, rétablissement du christianisme et les invasions des peuples du Nord et de l'Orient, allaient fonder, au milieu de la corruption romaine, un monde tout uouYeau qu'on a appelé le moyen âge.
li'IIelvMe eniière deHemt la proie des peuple*
élr«ii|^ei««
(De ran SOO à ran 880.)
Rome, depuis tant de siècles reine du monde, en perdant ses vertus avaient perdu les seuls appuis de sa puissance. Le paganisme méprisé n'avait plus d'empire; les hommes abandonnaient les autels des faux dieux et
cherchaient le dieu inconnu. Du sein de l'Orient, la lumière du christianisme brillait comme un soleil nouveau dont les rayous réchauffaient déjà une multitude de cœurs dans les trois parties du mondealors connu.
Il semblait qu'une voix du ciel eût dit: ^< Je mêlerai ensemble tous les |)f aples du monde, comme l'ouragan mêle la poussière^ alin que de leur choc les étincelles de la foi chrétienne jaillissent sur toutes les parties du
{lobe pour les enilammer d'une salutaire ardeur* Les lux dieux deviendront cendre et poussière, les choses
anciennes seront abolies, et toutes choses seront faites
nouvelles. •
Et voici, du for.d de contrrr< ificonnues sorlont aussitôt peuples sur {m'ii|»1( s. clia.^sant A la pointe del¥pée lout ce qu'il^i rencontrent devant eux On les vit arriver des lieux où le soleil se lève et des conlrt^es indomptées du jNord. D'abord vinrent les Âllemanni, guerriers farouches de race germanique. Pendant deux siècles el demi de guerres continaelles, ils avaient pénétré toujours plus avant dans le territoire soumis à la domination romaine, et sMlaient approchés insensiblement des montagnes helvétiques; enfin ils entrèrent comme un torrent dévastateur par les p^orges du Jura et se répandirent sur toiile i iielvétie. De|)uis la Forôt-Notre jusqu'au pied des Alpes, l'œil ne put plus découvrir qirnn pays dévasté, qu une scène de désolation. La magniticence d'Aventicum et de Vindonissa fut changée en décombres. Le Romain comme THelvétien, si le fer ennemi répargnait, devenait esclave. Les Âllemanni partagèrent entre eux, avec ses biens et ses habitants, tout le pays qui s'étend depuis le Rhin et le lac de Constance jusqu^au lac des Quatre-Cantons et à TAar. Ils aimaient la guerre, la liberté, les troupeaux, el regardaient les villes comme des pri>ons indignes d'hommes libres. Les souvenirs de Rome et de l'ancienne iielvétie furent entièrement etlacés.
Bientôt après sortirent des déserts de l'Asie les hordes innombrables des Huns : ils semblaient avoir pris à tâche de piller le monde. Leur figure était si hideuse qu'on avait peine à les prendre pour des hotnmes; leurs actions étaient encore moins humaines. Ces exterminateurs traversèrent l'Allemagne, la Gaule et l'Italie. Quelques-unes de leurs hordes seulement passèrent sur le territoire helvétique, pénétrèrent dans la Rhétie, dans les pays situés >\u\ bords de l'Aaar, et se ré|ian(iirent dans les campagnes d'Augiista, capilale des Ranraques, et de Basilia illileV antreiois ville romaine. Ils ne s'arrêtaient nulle part; mais partout le feu, le sang et les larmes marquaient leur passage.
DE LA NATION 8UI8SE. 1S
. Vinrent ensuite les Bourguignons, nice viîroiireuser Ils s\Hab1irent dans la Gaule, aux deux côtés du Jura, dnns la Savoie, sur lo> bords du lac Léman, dans le Bas- Valais et jasqu'à l'Aar, parties de THclvétie où de nos jours encore la langue française est en usage. Ils bâtirent là de grandes forteresses, firent sortir 6enë?e de ses décombres, fondèrent peat-étre Avencbes aa milieu des cendres d^Aventicnm. 8ur les hauteurs qui dominent le lac Léman et la rive où avait été autrefois la ville romaine de Lansonium, ils fondèrent Lausanne et beaucoup d'autres villes et vilLiires.
Après cela, les Goths, ix iiplc imissant. originaire du nord de l'Europe, pntrèrefil daris l'Helvétie du c6té du midi, en traversant les plus hautes Alpes. Lltalie était déjà devenue leur proie ; la Bhétie avec ses vallées et ses montagnes couvertes de pâturages eut le même sort. La puissance des Ooths s'étendit bien au delà du lac de Waflenstadt jusqu'aux Sitter, petites rivières de TAppenzell, et par-dessus le Saint-Gothard, dans les vallées d'Uri et dans le pays de Claris.
Ces invasions successives effacèrrnl toutes les traces de l'antiquité, les arts et l'indu-trie, les lois et les usages, les mœurs et les iaîiL^nes iiarlées jusqu'alors. Le. nom même de THelvétie se perdit. Il n'était plus question que des Etats des Allemanni, des Goths et des Bourguignons.
Dans tous les pa^s où ils arrivaient, les Allemanni ruî* naientles villes. Libres et tranquilles, ils habitaient des
métairies et des fermes. Leurs esclaves, hommes, femmes et enfants, leur servaient de bergers, de laboureurs et d'artisans. Quand ils voulaient du bien à l'un de leui*s serfs, ils lui donnaient des terres inaliénables, soumises seulement an cens et aux cnrvées. Lours troupeaux Ipiir fournissaient la nourriture dont ils avaient besoin : de la viande, du lait et du fromage. Tout le pays consistait en terres et en pâturages communs. Le sol autrefois labouré fut laissé en friche; des broussailles et des forêts couvrirent les liefix quVait sillonnés la charrue romaine. Autour du lac de Constance se multiplièrent d'immenses bois, repaires des loups et des ours.
HiST01R£
Dans la haute Rhétie, les Goths conservèrent leur esprit belliqueux, Miais leurs mœurs étaient pins douces ; ils rendirent le j)eu[)le esclave, il est vrai, uiais ils lui laissèrent ses anciens usages. Au lieu de raser les forteresses qu'ils trouvèrent, ils en constmisirent encore de nouvelles. Retirés dans leurs châteaux forts, les comtes et les seigneurs gouvernaient les vallées tributaires au nom de leur roi, qui avait son trône en Italie*
De tous ces peuples étrangers, les plus humains furent les Boui guignons. Ils ne s'emparèrent que du tiers des terres et des esclaves, et n'exterminèrent pas les anciens habitants, devenus leurs >iijets et, en quelque sorte, leur propriété; au contraire, ils s'établirent à côté d'eux, mêlèrent leurs usages et leur langue aux langues et aux usages des vaincus, et finirent par se confondre entièrement avec eux. Aujourd'hui encore ce
E eu pie se distingue du reste des Confédérés par Tidiome éréditatre, mais altéré, que parle le peuple dans les cantons de Vaud, de Fribourg et de Neuchâtel, et qui s'est formé de la laiigue romane usitée chez les Bourguignons.
Mais le règne de ces peuples étrangers ne fut pas de longue durée. Il en survint un nouveau, plus fort, plus audacieux, plus rusé que les premiers : c'étaient les Francs. Ils arrivaient de contrées éloignées à travers les Pays-Bas. Conduits par leur roi Clovis, ils se rendirent maîtres du pavs des Gaulois, qu^ils mirent à feu et à sang. Ils se fixèrent dans les villes conquises et donné-* rent leur nom à la Gaule, dès lors appelée France. Lorsqu'ils rencontrèrent les Allemanni établis sur les bords du Rhin, il s'engagea entre les deux peuples une longue lutte. Après maints combats sanglants, les Allemanni lurent coniplétemenl vaincus et effacés du rang des nations ; ceux d'entre eux qui habitaient les rives du Rhin, la Souabe et le pays des anciens Helvéliens, tombèrent sous la domination des vainqueurs.
Peu de temps après , les Bourguignons aussi périrent par la discorde et les vices de leurs princes* Les Goths s'emparèrent des Alpes bourguignonnes et de Genève,
H les Francs de toot le reste da roymme de Bowgogne.
Les derniers seuls sarent conserver lears conquêtes. Quant anx Goths, lorsque leur domination finit en llalie, ils perdirent touU ^ leurs possessions en dec;» des Alpes. Prompt el résolu, le roi des Francs, Théorh Ix rl, se mil en marche à la téte de ses troupes el soumit la Aliélie el le reste du pays.
Aiosi, après pins de cinq siècles de vicissitudes et de changements politiques, toute l'Uelvélie se trouva réunie de noaveau sous un seul sceptre, comme elle Pavait été sons la domination romaine.
yi
lioiiwiiiion de^ Francs en Helwéile et lew
(De Tan 550 a Vnn 900.)
Les nouveaux maîtres divisèrent toute l'Helvélie en deux parties, soit parce qu'ils ne la soumirent pas toute à la fois, soit parce que les habitants ne parlaient pas tous la même langue. On réunit à la Sonabe la partie occupée précédemment par les Allemanni et où Ton parlait la langue allemande, c'est-à-dire la RhtHie et le Thourgau. Ce dernier nom comprenait alors la contrée renfermée entre le lac de Constance et le Rhin d'un côté, FAar et le wSaint-Goihard de l'autre. Les autres parties prises sur les Bourguignons et dans lesquelles on parlait le roman, Genève, le Valais, Neuchàtel et ce qui forme aujourd'hui les cantons de Berne, de Soleure, de Fri* bourg et de Vaud, furent réunies à la Savoie et appelées la Petite-Bourgogne.
Les rois des Francs chefs d'un peuple guerrier, orga- Disaienl Tadministration d^on pays comme celle d'une année. Ils plaçaient à la tète d'un grand canton un général en chef ou duc ; des coniniandants ou comtes administraient des districts de ce cartluii, et les dislricls étaient divisés en grands domaines qu'ils donnaient en récompense à de vaillants capitaines, à litre de dons ou
de tie&. Daus les pays conquis^ les habitations, les homr
fllSTOlRE
mes et le bétail faisaient partie de ces domaines ; l«i habitants réduits en esclavage ne pouvaient posséder aucune propriété, mais devaient payer à leurs maîtres les
iiilcrOts de tout ce qu'ils possédaient. Le Thourgau cl la Rhétie étaient soumis au duc de Souabc et d'Allemannie ; le reste du pays au duc de la PetiLe-Bourgogne.
Ainsi fut partagée rilelvétio avec ses habitants et ses troupeaux ; ce que le roi n'avait pas donné ou affermé à ses comtes, a ses nobles ou à ses officiers, resta sa propriété particulière, qu'il faisait administrer en son nom et pour son compte. Les Francs libres^ quelque petit que fût leur nombre, formaient seuls la nation : les habitants subjugués n^étaient comptés pour rien, malgré leur mulliiude ; ils ne jouissaient d'aucun droit civil ; ils étaient esclaves, sans honneur, sans défense. Le sort de ces serfs était si misérable dans les premiers temps, que leurs maîtres pouvaient les punir arbitrairement, les donner, les vendre et même les mettre à mort sans sujet. On les considérait à peine comme des hommes, maisplutôt comme une sorte de bétail ; aussi s'unissaient-ils entre eux sans bénédiction nuptiale, et les enfants qu'ils mettaient au monde devenaient la propriété du maître de la mère, quand il arrivait que le père appartint à un autre seigneur.
Telle était la barbarie et la dégradation de ces temps.
YH
Ia MlIgloB éhréilaue pénètre àmam i'Hdvétle*
Au milieu des ténèbres de ces siècles barbares, des messagers de Dieu, des hommes pieux entrèrent dans ce pays esclave pour prêcher aux païens le royaume des
cieux et leur annoncer Jésus-Christ crucifié. C/étaient des soldats qui avaient entendu Ja bonne nouvelle du salut dans d'autres contrées, des hommes d'un rang élevé, souvent des fils de rois qui renonçaient aux plaisirs et aux pompes du îiiomle pour suivre re\( laple des saints
apôtres et confesser Jésus au milieu d^ païens*
DE LA MATION SUIS^. 19
On assure que déjà sous la dominalion romaine, à peine deux siècles après la naissance du Sauveur, un
Siincr nommé Lucinsavait répandu ia semence de la loi nns la l\liétif% en ilépit des plus grands dangers. Plus lard, d'autres prédicateurs vinrent vers les Bourgui-
Rons, et d'aaires encore vers les Aliemanni dans le lonrgau. Ils rassemblaient autour d'eux des familles pieuses, baptisaient jeunes et vieux ao nom de Dieu, établissaient de petites communautés chrétiennes, élevaient des églises et des chapelles. Ils fondaient aussi des couvents pour la jiropagalion de la loi et do la prière, et instituaient des évoques, c'est-à-dire des inspecteurs chargés de surveiller les prédicateurs et les communautés chrétiennes. Déjà avant la dominalion des Francs on trouve un évôque à Coire, ville de la Rliétie, dont le nom ne commença d'être connu que vers la fin de la domination romame ; il y en eut aussi à Âugusta des RauraqueSt à Vindonissa, à Aventicum, à Genève et à Octodurnm dans le Valais.
Mais dès que les Francs, déjà chrétiens, furent maîtres du pays, l'œuvre de la prodicalion et de la conversion fut poussée avec zèle; les prêtres furent protégés, les évi ques vénérés, les couvents et l'Eglise enrichis. On imposa une dîme sur les produits de la terre pour i'en- Iretien des ecclésiastiques; des dons volofitaires augmentèrent la magnificence du culte. Comme Targeiit était rare, on aimait mieux payer en produits du sol et en fonds de terre. Les biens que Ton consacrait à des iostitations pieuses, on croyait les placer entre les mains de Dieu, afin d^en recueillir après la mort une moisson . de joies célestes et immortelles. Par là un grand nom- , bre d'églises et de couveiUs devinrent insensiblement , * très-riches en fonds de terre et en redevances de toutes sortes.
Il vint des pays étrangers un nombre toujours croissant de prédicateurs de la croix, pour extirper les derniers restes de la religion païenne; car, dans les forêts épaisses qui ceignaient le lac de Zurich et dans les vallées les plus reculées, vécurent encore longtemps des
hommes à demi sauvages, sans ancane coonaissance da vrai Uen. Ils sacrifiaieDt à leurs idoles, sur le haut des
collines et dans le fond des bois, des chevaux et d'autres victimes choisies parmi leurs troupeaux; au cooimencement d'une nouvelle année, ils faisaient un bruit terrible, poussant des cris, des clameurs, frappant de grands coups, entre-choquant des instruments bruyants, pour chasser les mauvais esprits, les sorciers et les sorcières; à rentrée du printemps ils allumaient de grands feux de joie sur toutes les montagnes eu Tbonneur des dieux propices. La superstition et la crainte des sortilèges tourmentaient constamment ces pauvres païens aveugles : ils croyaient à toutes sortes de présages et de prédictioiis, à l'influence de bons et de mauvais jours, et se laissaient prendre à toutes les impostures nées de la plus grossière ignorance.
Les hommes pieux qui apportèrent aux païens la doctrine du salut méritèrent donc la plus haute considération. Sigebert vint du pays des Francs et prêcha dans les déserts de la Rhétie. Il avait construit sa petite chapelle dans Tendroit sauvage où est aujourd'hui le couvent deDissentîs. Colomban etMangold enseignèrent longtemps la doctrine chrétienne sur les bords de l*Aar, de la Reuss et du lac de Zurich, de même queGallus, zélateur ardent. Celui-ci établit à la lin son ermitage dans une solitude de la vallée que baigne le lac de Constance, là où Ton bâtit plus tard à sa mémoire le couvent de Saint- Gall, qui a perpétué son nom. Dans les montagnes qui bordent le lac des Quatre-Cantons, la parole de Dieu fut annoncée par le pieux Meinrad; il construisit sa cellule dans la forêt obscure (Finsterwald), près de ia Sihl, à Tendroit où brille aujourd'hui le couvent de Notre Damedes-Ermites (Einsiedeln). Un duc fonda un collège de chanoines sur la colline voisine de Zurich et lui assigna beaucoup de terres au pied de l'Albis ; son frère établit un autre monastère près du lac des Quatre-Cantons, dans un lieu où autrefois, peut-être du temps des Romains, il n'y avait qu'un fanal pour servir de sip^nal aux
navires pendant la nuit ; c'est là qu on voit aujourd'hui
hr Ville de Lucerne. Peu de temps apr^s, le riche comte liéro 01 constriiii p pr6s du m<^m(^ (Midroil un nouveau monastère, appelé encore ai^ourd'hui Bérumunster (mo* nasière de Béro).
Les disciples de ces pieux missioimaires firent faire de nouveaux progrès aa chrisUanisme : Donal prêcha dans la Grayère; Imterp Ursanne et Germain ont laissé des noms connus dans le Jara^
Dans les commencements, il est vrai, le christianisme ne produisit que peu d'effet ; les conversions élaienl trop fréquentes et trop précipitées ; les prédicateurs souvent aus-i grossieis et au>si ignorant^ (pie leurs auditeurs. On donnait le nom de chrétKui à lout homme baptisé qui avait appris par cœur une prière, qui fréqaentait le service divin et savait faire le signe de la eroix, bien qu'il n'eût renoncé ni aux superstitions, ni aux mœnrs aa paganisme. Trës-soovent on se bornait à sabstitner les saints aux idoles et à donner des noma chrétiens aux fêtes païennes que Ton continuait à célélirer. La crainte du diable exerçait plus d'empife que Tamour do Dieu. Le pécheur croyait racheter facilement le sa'ut de son à me et se soustraire à la puissance de l'enfer au moyen de céréraouies reli^nenses célébrées avec régularité et de riches dans offerts aux églises et aux couvents.
Néanmoins la nouvelle religion ne demeura pas inefftcace. Dans la marche de Tesprit humain, comme dans rordre de la nature, le crépuscule précède la clarté du jour On vit se répandre plus généralement parmi le peuple ridée dMn seul Dieu, Tidée des récompenses et des peines de la vie future, l'idée que tous les hommes sont les enfanl> du même Père céleste. Beaucoii}) de prêtres et (i^Wêque.^ avec leurs femmes et leurs enlaiiis offraient le modèle de hôiis ménages; car dans ce temps le mariage ne leur" et'iit point interdit. Beaucoup de seigneurs chrétiens adoucuent le sort de leurs sujets et accordèrent à leurs esclaves des droits qui procurèrent à ces mfortuoés une existence plus douce. On établit des écoles dans plualears couvents, où Ton rassemblait aussi et où
ron copiait les écrits des anciens sages ; car Fart de rim'*
primerie ne date que de quelques siècles plus tard. Le peuple fut instruit dans l agriculture et réconomie rurale par des moines et des ermites qui, dans leurs solitudes, exlirjièreut les forêts et délriciièrent le sol ; les terres communes furent divisf^es. Le peuple apprit à brûler la chaux et à bâtir en pierres : jusqu'alors on n'avait eu que de misérables cabanes en bois ; il apprit à tisser la laine et à faire des vêtements de drap, au liea de la toile et des peaux dont on s^était vêtu précédemment. On commença de planter la vigne sur les coteaux du Léman et du lac de Zurich.
Tout cela ne lut pas l'ouvrage des moines seuls, mais plus encore celui des Francs. Kn prenant possession du pays ils y importèrent Téconomie domestique, la charrue et Tusage d'y atteler le bœuf, parce que le roi leur avait donné ou alTermé des terres avec des esclaves des deux sexes pour les travailler.
M/BMiréa» M* pwde de l'MplM d*A11eiMfM|
on hàM des vUlee*
(De l'an 900 à laa liOO.)
Deux siècles après la conquête de Tilelvétie par les Francs, les descendants de Clovis furent détrônés a cause de leur fainéantise, et remplacés par des princes de la race de Charlemagne. Ce dernier, le plus puissant monarque des FrancS) proclamé empereur d'Occident par le pape, mourut en 814. La discorde divisa constamment ses fus et ses petits-fils, qui furent presque tous des hommes d*un esprit faible. Chacun a>ux voulut avoir une pûiLion de la souveraineté, et, pour cet effet, ils morcelèrent ce vaste empire. L'un prit la France; un autre TltaUe; un troisième rAlleniagne; ils se firent entre eux des guerres terribles et sans iin. En suite de ce partage, les contrées de THelvétie qui avaient appartenu jusqu'à ce moment au duché de Souah^
furciU incorporées à l'empire d'Allemagne appelé Ein^ pire germanique.
Ces nouveaux rois et leurs guerres continuelles répandirent partout le désordre et la confusion. Les gou-> verneurs établis par les rois, c'est-à-dire les ducs et les comtes, s'en réjouirent. Hors de la surreillance de leurs souverains absorbés par de plus grands intérêts, ils ffou«* vemaient leurs cantons et leurs districts selon leur lM>n plaisir, sans crainte de châtiment. A leur mort ils transmettaient à leurs fils les charges dont ils avaient été revêtus, considérant les duchés et les comtés comme des fiefs héréditaires ou même comme des propriétés. Le duc de Souabe ne voulut plus recoiin;iître de souverain; le duc de THelvélie romane prit de son chef le tilre de roi de Bourgogne transjurane. De même que les ducs se soulevaient contre les monarques, les comtes se soulevaient anssi contre les ducs, soldaient des troupes et agis* saient en maîtres absolus. Les évêques eux-mêmes imi* tèrent les comtes et les ducs, se rendirent indépendants du pouvoir séculier, se couvrirent du casque et de la cuirasse, et se montrèrent à la tête de leurs armées. A Rome, le pape sut se soustraire à toute autorité, se placer au-dessus des empereurs et des rois, régner sur eux, sur les évéques de Leurs pays, et sur les peuples en général.
Au milieu de ce désordre, l'invasion d'un nouveau peuple barbare désola l'Allemagne et l'Italie : lorsque l'empereur Henri, surnommé l'Oiseleur, eut pris les ré"* oes ae TEmpire germanique, on vit venir de la mer Noire et monter le long du Danube un peuple de cavaliers belliqueux et sauvages, nombreux comme le sable de la mer; c'étaient les IIor%rois. Us parcoururent aussi notre patrie, portant partout le fer et le feu : rien ne les arrêtait, ni fleuves, ni montagnes. Les forteresses et les châteaux étaient seuls à Pabri de leurs attaques, parce qu'ils n'entendaient rien à fart des sièges. Cette invasion eut lien neaf cents ans après Jésus-Christ.
L'empereur ordonna que toutes les grandes réunions d'habitations fassent entourées de murs et de fosaési
HtStOIRË
caiilre les incursions de ces terribles ennemis. Ainsi, Saint-Gall et R.IIp furent défcndii;^ par de furies murailles, parce qu'ils étaient à la frontière; Zurich, situé sur la rive du lac, le fut de raônne. Ce furent en quelque sorte des forteresses où le peuple pouvait se retirer avec ses biens en cas d^invasion. La neuvième partie des hommes libres des campagnes dut se rendre dans ces forteresses nationales, pour les défendre en temps de guerre et pour les administrer en temps de paix. Ainsi se formèrent les villes et leurs conseils.
L'exemple une fois donné, on vit s'élever beaucoup de places fortes et de villes, comme Liicerne et Soleure; plus tard. Schalïliou.«>c remplaça les maisons de pAcheurs et de hal('li(^rs près de la chute du Rhin, à Teiidroit où Ton débarque les voyageurs et les marchandises. Ce qui avait eu lieu dans l'Uelvétie allemande arriva aussi dans THelvétie bourguignonne lorsque les empereurs la réunirent à TEmpire germanique et v envoyèrent comme baillis impériaux les ducs de Z»hriii^en* Dans cette partie de THelvétiese trouvaient déjà les antiqnesvilles de Genève et de Lausanne. Le bailli impérial Berthold y joignit la ville de Fribourg, fondée en 1178, dont il fit un rempart contre la puissance des coiiiles vX des seigneurs lie la contrée. A son exemple, son lils liàtit la ville de Berne dans une presqu'île formée par une sinuosité de l Aar (vers Tan 1200).
C'est vers cette époque qu'il commence à être fait mention de Neuchâtel et des seigneurs du même nom.
Ces villes et toutes celles qui s'élevèrent çà et là, narce que de tous côtés on entourait de murailles et de fortifications des bourgs privés jusqu'alors de moyens de dé« feijse, reçurent Torganisation politique et les privilèges dont jouissaient en AllemaL^ne des villes plus anciennes. Le ):ît>oureur et l'artisan ([ni s (''ial)!i>saient dnns une ville recevaient le droit de bourgeuisi(3, mais ils étaient obligi's de tenir prêtes pour la défense de la patrie une hallebarde et une épce; de payer des impots et des contributions, et d'avoir chez eux un seau pour les incendies : car alors dans les villes, comme dans les villageai
0E LA NATION SUiSAI
les maisons étaient bâties en bois. Les grands intérêts se traitaient dans rassemblée générale de la bourgeoisie, mais les affaires d'administration étaient couOées à m coafteii choisi par les bourgeois et présidé par un avoyer ou bourgmestre. Le conseil jugeait le& petits différends : les causes capitales étaient portées deTaut le l)ailli impérial, ou devaut le vicaire de rabbé, ou le lieutenant du comte, en un mot, deraut le gouvemeur de la ville, quel que fût son litre.
La sûreté qu'on trouvaii derrière les remparts engagea une grande partie du peuple à se retirer dans les Tilles : cette affluence de population fit fleurir les métiers, le commerce et tous les arts mécaniques. On établit des marchés où le laboureur apportait le superflu des produits de ses terres et de see troupeaux, et le citadin lui donnait en écliange des marcfaaudisesy fruits de son iDdustrie. L'aisauce des citoyeu augmenta «rec leur acti?ité, el ces deux causes adoucirent et épurèrent les mœurs; Tunion, et par conscqueut la force des bourgeois les fit respecter davaolage des seigneurs et des nobles retirés dans des châteaux el des forts isolés. Pendant les voyages qu'ils laisaient, les ducs, les rois, les empereurs, aimaient à s'arrêter dans les villes pour jouir de leurs agréments, et par reconnaissance Us leur iccordaient des privilèges et des franchises.
VaccFoissement des villes inspira de la jalousie aux comt^ aux chevaliers et aux autres seigneurs, qui vou-* Inrent, de leur edté, augmenter leur puissance et leurs revenus. Pour obtenir de nouveaux fiefs et de nouvelles terres, ils servirent avec une ardeur redoublée les rois, les ducs et les couvents, ou bien ils firent la guerre à de petits voisins pour s'eunchir de leurs dépouilles. iUusieurs d'entre eux, connaissant mieux leurs intérêts, allégèrent le joug de la servitude qui pesait sur tours sujets, et virent avec plaisir la population augmenter dans leurs terres. Comme, par droit de conijuéte, tout le pays avec ce que le sol portait et produisait était devenu pour eux des flefs ou des propriétés, ils divisèrent les terres ea friche el les pâturages ealre les lamilles des
habitanls, qui, en échange, étaient assujettis à des corvées et paydieni des cen$ et des dîmes. Ainsi â6 multH plîèrafil les villages, les fermes et les métairies. Toute nuisoi nouvellement construite sur une terre seigneuriale payait un,tribut de poules et d'ooufs* Après la mort d'un père de famille sen, ses enfants donnaient à leur seigneur, ou au couvent auquel ils appartenaient, le meilleur habit du défunt, le meilleur meuble de la maison, la meilleure béte de l'étable. Quand ils avaient satisfait par ce moyeu au droit de weilleur cat€l\ les enfants gardaient le reste à litre d'héritage et de propriété.
Les corvées et les redevances des serfs augmentaient ainsi les revenus du seigneur. Les fonds de terre non divisés (c'étaient ordinairement de grands bois) demeuraient sa propriété. Il fournissait à ses vassaux et à ses sujets tout le bois dont ils avaient besoin» et, selon son bon. plaisir, il leur accordait, contre une redevance ou comme un don gratuit, la permission de recueillir le gland pour engraisser leurs porcs, ainsi que le pacage jusqu'aux imutes du premier hameau ou de la première métairie.
Mais sans la permission du seigneur personne n'avait te droit de couper, de brûler, de défricher en tout ou en partie ces bois de haute fulaie, pour les convertir en *
Î raines ou en champs. Cependant les seigneurs aimaient voir se multiplier les ménages et sMlever de nouvelles métairies. Pour favoriser les progrès de la population et de Taibauce, ils faisaient couper et déraciner uua partie de leurs bois, et les paysans qui en profilaient leur payaient aunueliement le cens et un droit de défrichement. C'est ainsi que se formèrent une quantité de villages dont les noms, dans la langue de la Suisse allemande, rappellent encore aujourd'hui cette origine. Mais ces détricheurs, s'ils n'étaient pas déjà libres auparavant, devenaient serfs, comme Pavaient été leurs pères, et toutes leurs possessions étaient considérées comme la propriété de leur seigneur. Celui-ci leur prô-
t C<Uel^ vieux mot qui sigiûfile eff^t molfilier.
DE LA NATION SUISSE. i?
lait non-seulement le sol, mais encore le bois pour bAtir une maison et une étable ; la charrue, un chariot, les graines pour les travaux delà campagne; une hache et une échelle pour les travaux de la maison ; il fournissait pour rétable les premières vaches» les premiers pores avec leurs petits , et pour la basse-cour le coq et les poules. Yoilà pourquoi ils étaient chargés de redevances pour tout, et devaient à leur seigneur des cui vées poar labourer ses chomps, dos cliarriagespour conduire 4 ses récoltes à son château, la dîme et les cens de leurs propres récoltes, des fromages, de ia toile, des poules el des œufs.
Telle fat 1 origine des villes et des nombreux villages dans le pays des aneiens Helvétieos.
Plus Paisance des paysans augmentait, plus les comtes, l68 nobles, les évéques, les abbés et les autres seigneurs s^oirichi^^saient de leurs revenus qui allaient en croissant. Mais leur indépendance et leur pouvoir gagnèrent surtout lorsque la famille des ducs de Zashringen s'é* leignit. ApW^ la mort du dernier de ces ducs, la dignité do bailli impérial ne fut plus héréditaire, mais Tempereur la conférait Laiitôl à un comte, tantôt à un autre. Dès ce moment les grands seigneurs n'eurent plus àcraindreque l'un do leurs pairs devînt trop puissant ! chacun s'efforçait d être le premier et pouvait espérer de le devenir.
Dans ce temps fiorissaient beaucoup de familles no* bles, qui, depuis, se sont éteintes. Les comtes de Savoie avaient des domaines étendus , des fiefs et des droits dans le Valais, dans le pays de Vaud, où Tévôque de Lausanne régnait en petit souverain. Les comtes de Nenchâtel, que nous avons déjà nommés et qui accordèrent ea 1214 de grands droits à la ville de ce nom;
ils gonvernaienides pays français et des pays allemands, baignés par tes lacs du pied du Jara, par TAar et la Thiile. Les comtes de Kïbourffy maîtres de tout le i>ays sitaë entre Zurich et le lac de Constance^ et qui avaient
bâti sur leur territoire les villes de Diessenliofen sur le Rhin, et de Winterthur, près de Zurich, ils ne reconnaissaient pas, da[is toute THelvétie, de seigneurs plus puissants qu eux. Cependant on vit s'établir à côté d'eux, dans l'Argovie, les comtes de iiabsbouror, possesseurs depuis longtemps d'un domaine considérable et entière* ment indépendant, situé à Tendroit où avait brillé Tautique Vindonnissa. Ensuite ils étaient devenus patrons de la riche abbaye de Seckingen, de laquelle dépendaient beaucoup de domaines dans le pays de Glaris. Outre cela, on leur donna en fief un comté bourguignon très-ancien, le comté deRore, dans PArgovie; il s'étendait jusqu'à Monri, où, deux siècles auparavant, la femme de l'un de^ comtes de Habsbourg, alors appelés comtes d'AltenbouFL^^ avait fondé une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit. La famille des comtes de Rore s'étant éteinte, leurs domaines avaient passé aux comtes de Lenzbourg, de qui descendaient les comte» de Baden ; ce furent les grandes richesses des premiers qui augmentèrent si fort Féclat et la puiss^ance de la maison
de Habsbourg.
Les comtes de Rapperschwyl, fondateurs de la ville de ce nom au bord du lac de Zurich, furent aussi puissants et considérés dans le pays qui touclie à la Rhétie ; mais les riches comtes de Toggenbourg les surpassireiit encore. La résidence primitive de leur famille était sur un rocher non loin du couventde Fischingen. Une foule d'autres seigneurs dominaient encore^ '«oit dans l'Helvé-tie romane^ soit dans THelvétie allemande.
Plusieurs de ces familles anciennes et nobles s^éteignirent déjà dans les temps dont nous parlons. Cela arriva siirloul assez fréquemment dans les guerres appelées croisades, nées de ropinion qui se répandit dans toute l'Europe que la religion et l'honneur imposaient aux c^44^ 1^ devoir de s'«rmer et d'aller à J^n^alçia
Sur arracher le saint sépulcre des maiûsdes infidèles, spèlerins guerriers, de toutes les natioDs chrétiennes, se réunissaient en armées innombrables, et partaient pour la Palestine* On les reconnaissait à une croix cousue rar leurs vêtements. Tout le monde se croisa, jeunes gens, vieillards, enfants, princes, rois, empereurs, princesses, religieuses. De laiiL de milliers de pèlerins, un petit nombre seulement revinrent dans leur patrie; la plupart moururent en roule ou périrent en Asie et en Afrique, par la faim, la maladie. IVpée, la peste, la lèpre ou en captivité Mainte noble dame perdit son époux ; mainte mère ses fils.
Si les Croisades menèrent beaucoupdecomtes et de cheniiers à leur perte« elles améliorèrent lesort desserfs dans lesTillaffeset dans les métairies, et même celui delà bour« geoisiedans les villes. On traita les serfs avec plus d'humanité, afin qu'ils restassent chez eux et ne cherchassent pas rindépendancesousieséteijdardsdela croix. Ofili ur accorda plus de liberté, plus de droits, alin de pouvoir ies employer comme soldats dans des i^uerres intérieures. Les bourgeois des villes s'enrichirent par toutes sortes de métiers et de trafics pour l'armement, Téqui^ pement et Tapprovisionnement des armées qui partaient sans cesse pour la Terre-Sainte. On fit un commerce de marchandises fort étendu par la Hongrie jusqu'en Grèce , et par les ports d^Italie jusqu'en Egypte et dans TOrient. Bâle, en particuli( i;, deviiitflorissant par ce commerce et Ton y apportait rlf^jn du vin de Chypre ; il en fat de même de Zurich , où Ton commençait à travailler la soie, alors si rare et si précieuse.
k mesure que Faisance et les richesses s^accroissaient dans les villes nouvelles, la bourgeoisie étendait ses droite avec plus d'àrdeur et agrandissait sou territoire par des achats. Les villes se soustrayaient successivement aux droits souverains des évêques, des abbés, et des monastères , à la domination desquels elles «ivaient été longtemps soumises, préférant se mettre immédiatement sous la protection de Tempire germanique.
afin de n'avoir d'autre maître que l'empereur ou, en son nom. un gouverneur ou bailli. Les Soleurois se rendirent indépendants du couvent de Saint-Ours, qui, en vertu de ses droits, exerçait une grande iûQuence sur leurs affaires municipales, parce qu'il avait contribué puissamment à la fonoatiou de cette cité* L'abbé du riche couvent de Tous-les-Saints (AUerheîligen) avait des droits seigneuriaux sur le bourg de SchafThouse, et il les laisaii exercer par son bailli. Kiisuile les bourgeois ne lui permirent plus de nommer que la moitié des membres du conseil municipal, voulant en nommer euxmêmes l'autre moitié. Plus tard ils exclurent le couvent de Tadministration de toutes les atfau^es civiles et se placèrent, comme d'autres villes, sous la protection de Fempereur. LesBâlois tinrent à peu près la même con* duite à l'égard de leur évêque, en sorte qu'ils devinrent indépendants sous la sauvegarde de Tempire, comme Berne et Fribourg l'étaient depuis longtemps par la faveur impériale.
Plusieurs petites villes suivirent l'exemple des grandes, à mesure qu'elles en trouvèrent l'occasion. Elles profitèrent habilement des trouliles de l'empire. Quand les rois ou les seigneurs dont elles dépendaient avaient besoin d'argent, elles leur ouvraient le trésor munici* pal ; dans les dangers communs leurs bras étaient tou* jours armés pour la cause commune. Chaque citoyen était économe dans sa famille , libéral pour le bien pu* blic. Les maisons particulières offraient peu d'apparence ; mais les édifices publics, les maisons communales et les églises avaient un air de grandeur et de majesté. Les artisans rivalisaient pour faire de bon ouvrage et pour perfectionner leurs métiers à force de peine, d'industrie et de réflexion. Les corps de métiers veillaient à ce qu'aucun ouvrier ^e travaillât avec négligence. Les professions mécaniques devinrent honorables et lucratives; personne ne cherchait à paraître plus habile qu^ii ne Tétait. Dans les maisons régnaient la piété, la loyauté, Tamour du travail; dans le conseil, la justice, la prudence, le désintcresseinenl. Nul ne isoa-
geût i nfro au éiçens de biea de TEtat; m troavatt toujours des citoyens prêts i subvenir aux besoins publics et à doter des établissements utiles, ou, du moins, à les favoriser selon leurs moyens, Par ces vertus les villes s'agrandirent , deviiiient * puissantes, acquirent des franchises précieuses, des foDds de terre, le droit d'impôt et d'autres avantages. Toutes tâchaient donc de se placer sous la protection immédiate de Tempire, pour n'avoir plus d'autres Hialtrès, afin qu'elles pussent elles-mêmes choisir leur ^u- Tememeot, leurs juges et administrer les biens muoicîpaox. Elles achetaient volontiers cet atantage en payant uii tribut à l'empire. L'empereur confiait ses droits à UD bailli impérial, chargé de .juger les causes capitales (levant l asseiiiblée générale du peuple, parce qu'élant étranger il pouvait conserver plus dlm partialité qu uu citoyen dans la cause d'un citoyen. En cas de guerre, 1^ villes prenaient pour général un seigneur ou comte
Iraissant et d'une valeur reconnue. Pour plus de sAreté^ es villes formaient des alliances entre elles et avec les Tilles impériales de la Souabe et des bords du Rhin.
Ainsi oonc, après une longue servitude, la liberté re<comment;;! à promener son étendard entre les couvents elles châteaux, et à l'arborer surtout dans les villes. Il semble qu'aucune espèce de tyrannie, qu'elle vienne du dedans ou du dehors, ne puisse jeter de profondes racines dans le sol helvétique. La liberté aime à établir sa demeure sur ce sol, commel aigiBà bâtir sou nid sur les rochers sauvages des Alpes.
Ues peuplades dans les montafçncj»* de l^ehwytx* d'i^pjpeiisell, de la HliéUe et du W^hiâ#«
(De Faa 1200 à ran 1390.)
Cependant les petits peuples qui habitaient derrière 1 s lacs, au pied des Alpes, vivaient séparés du reste du iBonde, et faisaient paître leurs troupeaux sur des montagnes iiieoiitims. Oo ne voyait ni cnAteau sur leurs ro-
8t HISTOIRE
^ers, ni i^lle dans teorsyallées. Pendant longtemps ils j
n'eurent qu'une seule église, dans la vallée de la Muotla; ' le peuple de Schwytz, d'Unterwalden et d'Uri s'y rendait. Les habitants de ces trois vallées riaient de la môme | race, et tout comme ils avaient iine église commune, ils vivaient sous un gouvernement commun, formé d'hommes de leur choix, respectables par leur expérience et par lenr loyauté.
Mais qnand la population se fut trop accme, chagae vallée eut son église, son landanunann (préâdent dn gonyernment), son conseil, son tribunal. Ainsi Schwytz, Uri et Unterwalden rompirent leur communautr. mais continuèrent d'agir, dans les affaires importantes, comme un seul et même petit Etat. Plus tard, les habitants d Untens^alden se partagèrent en deux communautés sépa- . rées par la fortt dn Kernwald: chacune eut son conseil 1 et son tribunal car ceux du Haut-Unterwalden avaient été obligés de payerles deux tiers des dépenses commu* nés, diaprés an nsa^e ancien, fondé peut*étre snr ce que, pnmitiyement, ils étaient pins nombreux que cenx ! dn Bas^Unterwalden; une telle charge leur était devenue onéreuse, dans le temps que leurs concitoyens les égalaient en richesses et en puissance. Quoique séparés, ils se réunissaient pour les alTaires importantes et ne comptèrent jamais que pour un seul Etat jaujourd hui encore ils ne forment qu'un seul canton.
Personne, hormis Tempereur, ne prétendait avoir un droit de souveraineté sur ces montagues. et le peuple aimait à se trouver sous la protection de ce puissant monarque. Fier d'appartenir i Temphre, il se souciait assez peu des seigneurs ou des abbayes auxquelles il payait le cens, en appelait à la justice impériale des qu'il se croyait lésé par les possesseurs de Uefs ou de redevances, et tendait de toutes ses forces à l'immédiateté, c'est-à-dire à ne relever que de Tempereur. Celui-ci, qui
Souvait compter sur la fidélité et le courage intrépide e ces bons et braves montagnards, était bien loin de leur être défavorable. Une fois pourtant il les traita avec sévérité, mais lenr bon sens et leur énergie triomphé^
m hk HàllON suiasB*
rent des circonstances, et Pempereur fut liientAt tout heureux de les rallier sous sa bannière et de les opposer i\ ses eafiemis. Voici ce qui était arrivé : Les pâtres de Sobvyts fuisaient paUre leurs troupeaux depuis de loogaes années sur les pâturages des montaraes enfiTomuuites. Hais les * alibés d'Ëinsiedebi (Notre-Daine^deS'Eniiites) prétendaient A la possession exclusive de ces pacages qui leur avaiciit été octroyés par les empereurs d'Allemagne. Il s'ensuivit une grave contestation qui fut enlin soumise à l'empereur Gonrail llî. Les pâtres lurent condamnés comme n'ayant pas de droits écrits. Les gens de Sch\vytz, étonnés d'une telle sentence, s'écrièrent : « Puisque la j^tectioD de l'empereur et de l'empire nous est inutile, sachons noua en passer, i Leurs frères d'Uri et d'Unter-» walden les approa?èreni, se joignirent à eux, et cessèrent d'obéir a remperear. Ce monarque en fut irrité ; il les mit an ban de Fempire et somma Téréque de Constance de prononcer une sentence d'excommunicalion contre tout le pays, et de défendre par là qu'on y soijnât aucune cloche, et qu'on donnât les saints sacrements aux vivants et aux mourants, jusqn'A ce que les rebelles se fussent soumis à la sentence impériale. Les paysaiis de Schwytz ne se laissèrent point intimider; ils forcèrent leurs prêtres à célébrer le service ditin comme aupara^ Tant, et chassër^t de leurs Ysllées ceux qui s'y refusé^ rent. Malgré Tanathème de Téyéque, le bétail multipliait, les pâturages restaient fertiles, et les paysans envoyaient aox marchés publics de Zurich et de Luceriie les produits de leurs troupenux. Plus tard, l'empereur Frédéric I**", surnommé Barljerousse, eut besoin de troupes vaillantes pour ses guerres; il envoya vers eux, avec des paroles amicales, le comte de Lenzbourg : « L'em-pereur aime les hommes vaillants, leur dit ce seigneur; faites la gume comme vos pères et ne tou^ inquiétez pas des discours des prêtres. » — Environ six cents jeu-* fies gens suivirent aussitôt ses étendards.
Depuis des siècles il y avait ausH dans les Alpes toU sioes du lac de Constance une nombreuse population d'hommes libres, protégés par 1 empire. De tout temps
Pabbé de Saint-Gall y avait eu des domaines considérables et des serfs pour cultiver ses terres ; on appelait ceux-ci les gens de la Maison de Dieu. L'abbé avait une maison et une cellule au bord de la Sitter et au pied d'une montagne élevée; comme il s'y rendait souvent pour Texercice de ses droits, beaucoup de gens y bâtirent des habitations ; de là se forma le bourg d'AppenzellS dont le nom devint bientôt celui de toute la con^ trée. L'abbé établit nn bailli sur les gens de la Maison de Dieu ; mais les hommes libres protégés par Tempereur à Appenzell, Hundwyl, Umaesch et Teuffen, à l'exemple des peuples libres d'Uri, de Schwytz et d'Unter^alden, choisirent dans leur sein, sous la protection de l'empire, leur landammann, leur conseil et leur tribunal ; ils eurent aussi un baitîi impérial.
Cependant les abbés de Saint-Gall acquirent progressivement de plus grands droits sur tout ce pays par des achats et par des donations; enfin ils obtinrent même de l'empereur la cession dn tribnt dû à l'empire, de là joridietion criminelle et de la suzeraineté sur ces quatre petits Etats libres et impériaux. Cette translation de droits ne portant point préjudice aux antiques libertés de ces peuples, il leur paraissait indifférent de payer le , tribut annuel à un bailli impérial ou à un abbé puissant. De son côté, le couvent de Saint-Gai), content de ses , riches revenus, ne cherchait point à restreindre les droits héréditaires du peuple pasteur ; et pour aue les gens de la Maison de Dieu ne fussent nas trop inférieurs aux autres habitants du pays, l'abbé leur accorda plu-* sieurs firanchises, entre antres le droit de se choisir an landammann. Ce fut une récompense pour la fldAité et le courage avec lesquels ils avaient souvent servi , dans les combats, leurs belliqueux abbés.
Les malheureux habitants des Alpes rhétiennes ne pouvaient pas se féliciter d'un bonheur semblable. Cent et cpnf chfïteaux de comtes et de seigneurs, b.1lis sur d'âpres rochers, dominaient fièrement toutes les vallées,
* Be Abt prononcé dans la Suisse allemande Apt^ abbé et ZeUet cellule. ^
et formaient en quelque sorte une chaîne d'esclavagn antour de leur patrie. Là régnaieiit en maîtres absolus révéque de Coire et une foule de comtes, de barons et de petits seigneurs. La ville de Coire seule possédait des droits considérables, sous Tempire de son évôqae ; ci et là encore quelques YsUées écartées, eonune la Yallee de PrsBgell S sur les confins de ritalie, jouissaient d^anciens privilèges. Tout le reste du peuple, surtout dans les lieux où l'on parlait la langue romane, était et fut* encore longtemps serf ou tributaire et assujetti à des corvées. Les seuls Walsois restèrent libres dans îeiirs terres et dans leurs villages, tels que les Francs les avaient trouvés à Tépoque de leur invasion. On dit que t ces habitants, originaires de race allemande, cherchèrent un asile dans ce pays an temps de la domination des Goths, et qu'ils défrichèrent les vallées hautes et re« culées d^Avers, du PrsBttigan et du- Rheinwald an pied du glacier du Rhin. Ces mêmes colons défrichèrent et habitèrent* les premiers les solitudes effrayantes de Davos, <fue le baron de Vatz leur donna en flef (vers 1250). • Le Valais était de môme soumis à un grand nombre de comtes et d'autres seigneurs ; la ville de Sion ne conservait qu'avec beaucoup de peine ses droits municinaux sous un bourgmestre et un conseil. Le comte de Savoie avait longtemps maintenu sa domination dans le Bas-Valais; Tévéqne de Sion, dans leHant-Yais; les habitants de cette partie, où Ton parle la langue allemande, gens de cœur, surent constamment défendre l'antique liberté héritée de leurs pères. Ils avaient divisé leur pays en sept dixains*. Des députés de chaque dixain composaient le conseil du pays, présidé par un capitaine général également de leur choix. Sons la protection de leurs propres lois, ils faisaient paitre leurs trou-
' «Le ynl Bregaglia.
«Le mot aUmasd ett ZekfUmtmÊà$ cette manière de récrire, conforme à l'usage, no Pest point à Tétymologie. La division du ITaut- YalaÎB est par centaines (c^nf«), comme chez les anciens Germains*
BISTOnS
peaux sur les flaires de la vallée du Rhône, jusqa^aux glaces étemelles où ce fleuve piend sa souj^ce,
Bo4ol^he êm MwlMhvmr^f empereur r ntehanta deMctae de »om 0Êm Albert*
(De l'an 1290 a l'an 13Û7.j
A répoque oùdous sommes parvlBous, aucun seigneur dans toute ITHelvétie n'était aussi respecté pour son bu*
manitc, pour sa prudence et pour son courage, que le comte Rodolphe de Habsbourg. Son château était situé dans TArgovie, non loin de Broiigg. Il était bailli des villes d'Aarau, de Baden, deMelliiigen, de Diessenhoten et d'autres encore. Les habitants de Schwytz le prièrent aussi d'être leur bailli, à cause des troubles nés de la dissension de l'empereur et du pape. Déjà en 1251^ Uri, Schwytz et Zurich avaient fôrmé ensemble une alliance défensive contre les usurpations des seigneiirs retranchés dans leurs châteaux ; outre cela, Zurich ava{t Choisi le comte Rodolphe pour son général d'armée.
Rodolphe était moins aimé des citoyens de Bâle, bien
Îu'ils le préférassent encore à ses amis et à ses frères 'armes de la noblesse. Un jour de carnaval, ceux-ci avaient gravement manqué d'égards aux belles dames et aux demeîseUes de Bàle ; de là naquirent des rixes sanglantes : un grand nombre de ces nobles audacieux exphrèrent sous le bras vigoureux des vaillants Bftlois. Dé* plorant Taffiront de ses amis et voulant les venger, le comte de Habsbourg marcha contre la ville avec des
troupes nombreuses.
Mais cette guerre se termina promptement et heureusement. Les ducs et les princes d'Allemagne, après de longues disputes au sujet de la succession au trône impérial, que la mort venait de laisser vacant, avaient réuni leurs suffrages en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg. Ce qui motiva ce choix, c'est que Rodolphe était, comme le dit l'électeur de Cologne, sage, juste, aimé de Dieu et des hômmes.
A la nouvelle de ravéoement de leur ennenii sh trdoe impérial, les Bàlois sortirent de la ville avec tontes sortes de marques de respect, et rinvitërent à y entrer avec
ses troupes. On se jura de part et d'autre une conslanlo amitié; toute THelvétie fut remplie de joi/^ cl d'étoiinement. Les magistrats des villes et des Ctimpagnes accoururent S Brougg, dans TArgovie, pour féliciter le nouvel empereur, ainsi que la comtesse, sa femino.
Quoique placé sur le premier trône de la chrétienté et dans un pays éloigné, l'empereur Rodolphe resta jusqu'à là fin de ses jours affectionné aux peuples de sa
SatriiL II accorda de nouveaux honneurs à leur noblesse, e nouvelles prérogatives à leurs villes, et conflnna par sa parole impériale tous les avantages que ses compatriotes possédaient déjà. Zurich, Schaffhouse, Soleure reçurent le privilège de n'avoir que des jucres pris dans leur sein et d'être gouvernées par leurs propres lois ; Lucerne obtint de grandes franchises et ne releva plus que de Fempire; Bienne eut les mêmes droits municipaux que Bàle; Aarau n'eut à reconnaître d'autre juge oue son avoyer; d'autres villes encore acquirent des droits semblables. L'empereur confirma aux trois peuplades desWaldstaetten (Uri, Schwytz et tfnterwalden) le droit perpétuel de relever immédiatement de l'empire. Il conféra la dignité de priiici s impciiaux à l'évêque de Lausanne et à l'abbé de ISotre-Dame-des-Ermites. — Dans rilelvétie romane (la ci-devant Petite-Bourgo^me), où les cointes de Savoie exerçaient une grande puissauce, il rétablit la dignité royale par la force des armes, protégea Lausanne et Fribourg contre les usurpations de la Savoie, et fit revivre, sous la protection de Pempire, toutes les anciennes libertés. Les villes et les eampagnes lui témoignèrent constanunent leur reconnaissaiice par des secours abondants en argent et en hommes. Berne cependant eut à lutter contre l'empereur pour son indépendance. Celte ville avait irrité Rodolphe en prélérantle protectorat des comtes de Savoie à celui de ce prince. D'ailleurs les Bernois s'étaient montrés peu disposés à l'assister dans ses guerres. Ëofiu,
les Juifs avant été expulsés de la ville, au mépris de rautorilé impériale dont les hommes de cette nation relevaient dans toute rAllemagne, Rodolphe s'avança avec 30,U0U hommes, et Berne eut h soutenir un siège terrible ; mais, comme dit la chronique, ses murailles de bois renfermaieût des citoyens d'or, et deux fois elle força Fempereur à lever le siège (1288). C'est pendant ce siège quele jeune Raoul on RoUin de Neuchâtei remit son comté entre les mains de I^emperenr, qui en investit ensuite Jean de Bourgogne-^Châlons, lequel le rendit au jeune coiiUe à tilre de fief. Ainsi le comté de Neuchâtei releva dès lors de la maison de Chàlons et ne fut plus un fief immédiat. Cet événement explique la sentence par laquelle, six cent dix-neuf ans plus tard, la souveraineté du pays fut adjugée à la maison de Brandebourg (héritière des Châlons).
Au printemps de l'année suivante, le duc Rodolphe, fils de l'empereur, attaqua de nouveau Berne. Les vaillants bourgeois de cette ville firent des prodiges de valeur, et Pempereur, honorant tant de courage, ou craignanL le désespoir d'un peuple intrépide, lui accorda la paix avec l'indépendance. C'est ainsi que Berne demeura ville libre et impériale.
L'empereur Rodolphe mourut peu après ces événements. Son fils Albert lui ayant succédé, on sut bientôt que toutes les vues de ce dernier tendaient à agrandir ses domaines, en y ajoutant des propriétés étrangères, et qu'il était toujours prêt à fouler aux pieds les droits solennellement accordés aux villes et aux campagnes. Prévoyant des jours de malheur et des circonstances périlleuses, les peuples d'Uri, de Schwvtz et d'Unterwalden s'assemblèrent (1291), conclurent une alliance perpétuelle, et s'engagèrent par serment à défendre mutuellement, envers et contre tous, leurs personnes, leurs familles, leurs biens, et à s'aider les uns les autres par les conseils et par les armes. Cette alliance leur ût donner le nom de Confédérés (Eidsgenossen, alliés par serment). D'un autre côté, Tévéque de Constance, le comte de SaToie et d^autres seigneurs encore, Tabbé de SainW
Gall et la ville de Zurich, formèrent (également une alliance pour s'opposer aux desseins du nouveau roi. Les princes allemands, ne le haïssant pas moins, choisireDt un autre souverain, Adolphe, comte de Nassau.
Cette scission politique fit naître partout la division et des gaerres; les pays, les villes, tout prit parti dans cette qnerelle; on s'arma pour et contre Albert. Berne embrassa le parti do comte de Savoie et fit alliance avec Friboarg et Soleure. — Albert, à la téte d*iine armée . d'Anlrichiens, envahit et ravagea le pays de révëque de CûiisLance. Dans une bataille sanglante il arracha au roi Adolphe la victoire, la vie et la couronne impériale. Les Confédérés des Waklstaetten lui députèrent à Strasbourg pour le prier de garantir leurs anciennes franchises, à l'exemple ilo son glorieux père, il répondit qu'il songeait à leur proposer incessamment un changement dans leur situation. Cette réponse jeta Tépouvanle parmi les Confédérés.
Des cris de guerre et le bmit des armes retentirent depnis les murs de Solenre jusqu'aux rives du Léman. Les comtes et les seigneurs de cette contrée, alliés de l'empereur et ennemis de la puissance croissante des villes, marchèrent contre Berne; mais les courageux Bernois, souteiius par des troupes auxiliaires de Soleure et d'autres contrées, commandés d'ailleurs par un guerrier expérimenté, Uiricti d'Eriach, battirent les forces supérieures de Tennemi dans la bataille du Donnerbiihl ' (1298), prirent d'assaut et rasèrent un grand nombre de forteresses et de châteaux appartenant à la noblesse, en sorte que la gloire de cette cité brilla du plus vif éclat dans les contrées de PHelvétie.
L'annéedelabalailleduDonnerbûhl, l'empereur Albert entra lui-même dans un pays qu'il li allait de rebelle et mit le siège devant Zurich; il campa au sommet d'une colline d'où il plongeait sur les rues de la ville. Les Zuricois ne fermèrent pas leurs portes, bien qu'ils eussent fait les préparatifs nécessaires pour une vigoureuse résistance; mais ils lui firent annoncer qu'ils étaient prêts
^ Le Datmerbiihl, éminence près de Berne.
HISTOHUB
à le recoonaltrc pour leur roi, si, de son c6té,^il reconnaissait leurs droits et leurs franchises. Comme il n V Tait que peu de machines de siège et qu^il voyait la ville remplie de gens armés (les femmes et les filles avaient
aussi pris les armes), il montra des dispositions pacifiques et confiraui l;i liberté de la ville
Quant aux ContV di rrs Jos Waldstœtten, il leur fit dire qu'il voulait les adoi»ter comme les cliers eiilaiits de sa famille royale, et qu'ils feraient bien de se soumettre en fidèles sujets à la maison d'Autriche; qu^illeur donnerait des fiefs et les enrichirait ; qu'il relèverait leur gloire en créant parmi eux des chevalier^. Mais, sur la réponse des fiers montagnards qu'ils préféraient à ces brillants avantages les anciens droits de leurs pères et la protection immédiate de l'empire, il leur envoya des baillis autrichiens durs et méchants, chargés de les opprimer et de les vexer, pour qu'ils désirassent de leur chef de se détacher de l'empire et de se soumettre à la domination d'Autriche. Son clioix tomba sur Herman ' Gessler de Bruneg^ et sur le chevalier Beringer de Landenberg. Ces baillis s'établirent dans les pays des Confédérés, ce que n'avaient jamais fait les baillis impériaux. Landenberg prit possession du château royal de Sarnen.dans le Haut-Unterwalden, et Gessler fit construire pour lui une forteresse dans le pays d'Uri. Les péages furent augmentés; les plus petites fautes punies de fortes amendes et de la prison : les habitants Lraiiés avec hauteur et mépris. Gessler passant à cheval devant la maison que Staufacher venait de faire bâtir dans le village de Steinen, dit avec l'accent de l'insulte : t Peut-on souffrir que de vils paysans bâtissent de si belles maisons? » Dans le pays d'Unterwalden, Arnold
* C'est à cette époque (129" — 1301) qu'eut lieu entre RoUîn de Neuchàtel et les coseignears Jean et Thierry de \ alangiu, une lutte acharnée qui finit par la prise et la destruction de Neuvevilîe (au Val-de-Uuzj dont les habitants se dispersèrent. Bon nombre d'entre eux se retirèrent sur les terres de révoque de Bàle, au bord du lac de Bienne» ce prélat leur aida à fonder nne nouvene ville. La paix se fit en laoS^ La même année, Jean Droi« de Corcélles, fit lea premieta défrieliements aa Iiocle (anlieii dit ai^onr^jlMd I0 Verger).
DE LA KAJION SUISSE
de MTelchtlial ayant été condamné pour une légère faute à perdre un bel altolaçîe de bœufs, un valet de Landenherg les détela de la cliarrue en disant : « Les paysans peuve&t traioer la charrue eux-mêmes. » Irrité de cette offense, le jeune Arnold frappa le Talet, lui cassa deux doigts et s'eofuit dans les moDlagnes. Par yengesDce, Landenbeii^ fit crever les yeux aa père d^Amokl.
Les pATtisans des baillis, toujours soumis à leur vo-loDté, étaient traités au contraire avec beaucoup d'indulgence et obtenaient gain de cause dans tous leurs différends avec leurs compalrioles. Mais la faveur des baillis devenait funeste à ceux qui, fiers de la posséder, 86 croyaient tout permis. Le gouverneur du château de 111e de Schwaoau, daos le lac de Lowerz, ayaai attenté à rhonneur d'une jeuue fille d'Ârtb, qui appartenait à uoe famille considérée, fut assommé par tes frères de cette jeune fille. Une autre fois^, le jeune seigneur de Wolfenschiess, dans le pays d^nterwalden, ami de Landenberg, vil à Alzellen la belle fenune de Conrad de Baumgarten; apprenant que son mari n'était pas à la maison, il exigea qu'elle lui préparât un bain, et lui fit des propositions offensantes. Lorsqu'il fut au bain, elle rappela son mari des champs. Au r^^cil d'une pareille audace, le mari courroucé assomma l'imprudent gentilhomme dans son bain. — Conune il n'y avait plus ni justice, m recours à un tribunal, chacun se faisait justice à soi-mâme ; de là résultèrent les plus grands désordres. Hais les baillis, riant des murmures du peuple, persis^ tèrent dans leur tyrannie : ils foulaient aux pieds nonseulement les droits reconnus par des titres authentiques et sanctionnés par des empereurs et des rois, mais encore le droit éternel que Dieu a donné à tout homme, 6t dont il a placé le titre daos son cc&ur.
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Ciiifllaaine Tell, serment du GrlktU.
(yan 1307.)
Tandis que les oppresseurs riaient et que les opprim^f
gémissaient dans les vallées des Waldstaetten, la femme de Werner StaufTacher. dans le village de Steinen, dit un jour à son mari : « Gomijïen de temps encore verrat-on Torgueil rire et Thumilité pleurer? Des étrangers seront-ils les maîtres de ce pays et les héritiers de nos biens? A quoi sert il que nos montagnes soient liabitées par des h<»Dmes? Mères, devons-noos nourrir des âls mendiants et éleTer nos filles pour servir d'esciaYes aux étrangers? Loin de nous tant de lâcheté I >
Sans répondre, Werner Stauffacher descendit à Brunnen, traversa le lac et se rendit dans le pavs d'Uri. vers AVallher Fiirst. à Attinghansen. Il y trouva Arnold de Melchthal, qui avait passé lamonlagne pour venir chercher nn refuge contre le ressentiment de Landenberg.
Ils s'entretinrent ensemble de la misère de leur pays, de la cruauté des baillis étrangers que le roi leur avait envoyés, au mépris de leurs droits et de leurs libertés héréditaires. Ils dirent aussi quHls avaient inutilement adressé des plaintes à ce monarque, qui les avait mena** cés de les contraindre, en dépit de leurs titres, à se sé-
garer de Tempire pour se soumettre à TAutriche; que ieu n'ayant donné à aucun roi le droit de fouler aux
Kieds la justice, ils pouvaient toutespt rer du secours de ieu et de leur courage ; que d'ailleurs la mort était plus facile à supporter qu'un joug aussi avilissant Ils résolurent donc que chacun d'eux parlerait dans son pays à des hommes de cœur et de confiance, et sonderait les dispositions du peuple, afin de savoir ce qu'il serait prêt à raire pour la cause de la liberté.
Dans la suite, comme ils en étaient convenus, ils se réunirent souvent, pendant la nuit, dans un lieu secret au bord du lac des Waldst;elten, situé à peu près au centre d'Uri, de Schwytz etd'Unterwalden, formant une prairie étroite, entourée de buissons, nu pied des rocs du Seelisberg, vis-à-vis du villagede Brunnen ; cet endroit porte le nom de Griitli ou Riitli (de ruten, défricher) ; là ils se trouvaient éloignés de toute habitation. Bientôt ils apportèrent Theureuse nouvelle que le peu-- MtiâT pratoSt Id mort i Tesclavage.
DC LA UkllM SUISSS
it
La nuit du 17 novemliro de l'an 1307*, chacun \['om amena avec lui, dans la prairie du Griitli, dix hommes hODorâl^les, pour qui la liberté de la pairie était tout, et la vie n'était rien ; les trois premiers, levant leurs mains Ters le ciel étoilé» jurèrent à Dieu, devant qui les rois et les peuples sont égaux, de vivre et de mourir pour les droits du peuple opprimé ; d'entreprendre et de supportL'r tout en commun ; de ne pas souffrir, mais aussi de ne pas coaimetlrc d'injustice; de respecter les droits et les propriétés du comte de Habsbourg : de ne faire aucuii mal hux baillis impériaux, mais de meltre des bornes aux actes arbitraires de leur tyrannie. Les trente autres levèrent aussi la main et hrent de même serment i Dieu età tous les saints de rétablir la liberté en hom- Bies de coeur. Us choisirent, pour Teiéoution de ce des^ sein, la nuit du 1^ janvier 1308. Puis ib se séparèrent; chacun d'en retourna dans sa vallée et dans sa cabane; ils contiuuèreal à donner tous leurs soins à leurs troupeaux.
Cependant le bailli Hermaiiu Gessler n'était point tranquille; sa conscience ne lui laissail aucun repus. 11 lui semblait que le peuple commençait à relever la tele et à montrer plus de Aerté. Pour l'éprouver et pour nianûlier,il fit placer un chapeau au haut d'une perche^ dais le pays d'Uri, et ordonna que tous les passants s'it* dînassent respectueusement devant ce symbole de Tautorité autrichienne. Il recoimattrait par là, disait-il, les ennemis de l'Autriche.
Guillaume TelK de Biirglen, habile arbalétrier, l'un des hoDunes du Grutli, passa devant le chapeau mais ne s'inclina point. Aussitôt on le saisit pour le conduire devant le bailli. Cebiî-ci l'apostropha, plein de colère : c Arbalétrier téméraire,-je veux que ton art te serve de suppUoe : mets une pomme sur la téte de ton jeune fils, vises-y et garde^toi de )a manquer. *— On lié Tentant, on met une pomme sur sa téte et Ton conduit le pàre à une distance considérable* Il vise, le trait part, la
t LeB chrouiqaeurs aotéri^an au XV|b« nèch parlent da ier* ment sans précuer le jour.
HISTÛIEfi
pomme tombe; le peuple ponsse des cris de joie. Mais Gessler dit à Tell : « Pourquoi portes-tu sur toi une seconde llèche? )> Tell répondit : î Si Tune avait manqué la pomme, Tautre n'aurait pas manqué ton cœur. »
Le tyran effrayé ordonna de charger de fers cet homme courageux, de le garrotter au fond d^une barque pour le conduire sous ses yeux à Kussnacht : il ne iugea pas prudent de l'enfermer dans une prison du pays d'Uri, à cause des disposilions du peuple; d'un autre côté, les droits de la nation s'opposaient à ce qu'il l'envoyât hors du pays dans une prison étrangère. Craignant le concours de la multitude, le bailli donna en hâte le signal du départ, malgré un vent contraire qui soufflait avec impétuosité. Taiitôt la barque semblait descendre dans rablme, tantôt des vagues écumantes la remplissaient d'eau ; les bateliers désespéraient de se sauver. Plus on avançait, plus le danger augmentait au milieu des immenses rochers à pic qui forment les bords du lac, et s'élèvent vers le ciel comme des murailles colossales. Au comble du désespoir, Gessler fit ôter les fers à Tell, afin qu'il sauvai la barque par son habileté. Celui-ci la dirigea vers le liane nu de l Axenberg, où un roc en forme de plateau s'avance dans le lac. Il s'élance, repousse la barque, Tell est à l'abri du danger; Gessler, à la merci des flots.
Echappé au péril, il gravit la montagne et se sauve à travers le pays de Schwytz. Triste et pensif, il se disait à lui-même: f Ob fuir la colère du tyran? Si je lui échappe, ma femme et mon enfant lui serviront d'otages. Que ne se permettra-t-il pas contre les miens, si, pour deux doigts cassés à un valet, Landenberg a fait crever les yeuxau vieux Melchthal?Devaïit quel tribunal puis- je citer Gessler? le roi lui-même irn oute plus les cris du peuple. Eh bien I puisque la justice n'a plus d'autorité, puisqu'il n'y a plus de juge entre l'oppresseur et ropprimé, uessler, nous sommes tous les deux hors la loi ; notre seule loi c'est la nécessité de se défendre. S'il faut que ma femme, mou fils et ma patrie périssent
M LA tusm» smttft.
inoocents» oa que tu tombes chargé de forfiito, meurs,
^ran, et que la liberté revive î »
Toat plein de ces pensées, Tell, armé de son arbalète et d'une flèche Tole yers Kiissnacht, se cache dans un
chemin creux. Le gouverneur vient à passer; la corde stfde ; la flèche d'un homme Ubre atteinl le cœur d'un oppresseur.
^ A celte nouvelle, se répandirent subitement parmi le peuple Teffroi et la joie. L'action de Tell raninia les courages; mais la nuit du 1^' janvier n'était pas encore venue.
XIU
lie pmmIw jMvIer 4» Vmm itM, ^ Ëm tatellle Hors^v^M* Iincanie se Joint mx ComîéêéiféB»
(De Vm 1307 à Tan 1334.)
La nuit du 1" janvier venue, l'un des jeunes gens qui avaient prêté serment sur le Grutli se transporta au pied du château de Rossber^, dans le Haut-Unterwalden; il y aimait une jeune fille. Celle-ci, au moven d'une corde, le tira du fossé dans sa chambre. Mais vingt autres jeunes gens attendaient encore sous la fenêtre ; le premier les lU enlier de la même manière. Dès qu'ils furent tous ri^unis, ils se rendirent maîtres du bailli, de ses gens et de tout le château.
Le jour venu, Landenberg sortit du chdleau royal de Sarnen pour aller à la messe. Vingt hommes d'Unterwalden vinrent au-devant deini, apportant, conune présents d'usage, des poules, des chèvres, des agneaux et d'autres dons encore. Le gouverneur leur dit d'entrer au château. Arrivés sur la porte, Tun d'eux donna un signal avec son cornet; tous tirèrent de dessous leurs habits des fers bien aiguisés, les mireaL au bout de leurs bâtons et s'emparèrent du château, pendant que trente autres, cachés dans nu bois, accoururent à leur secours. Landenberg s'enluit d'épouvante à Alpnach; mais ils le saiftireut et lui firent jurer, ainsi qu'à tous ses geus, de
46 imoML
quitter à jamais les WaMstaetten. Après ce serment, ils lui permirent de se retirer à Luceroe. On ne fit de mal
à personne.
Stauiïacher se rendit avec les hommes de Schwytz an ^ lac de Lowerz et démolit le château de Schwanaa. — Walther Furst et son gendre Gnillaiime Tell se mirent
à la tête des hommes d'Uri : la forteresse de Gessler fut prise de force.
Des feux de joie brillèrent sur toutes les Alpes.
Ce fut là le nouvel an de la liberté. Le dimanche suivant, des députés des trois cantons se r(^unirent et renouvelèrent Talliance antique et perpétuelle par un serment solennel. Ils avaient reconquis leurs anciens droits sans verser une goutte de sang et sans porter la moindre atteinte aux propriétés du roi ou de la maiâon de Habsbourg.
En apprenant ces événements, le roi Albert fut hors de lui : il rassembla des troupes, et, accompagné de * beaucoup de seigneurs et de nobles, il se rendit dans TArgovie. Il avait aussi avec lui un neveu et pupille, le duc Jean de Souabe, auquel il refusait depuis longtemps son patrimoine. Le roi, après être parti de Bade le mai 1308, passa la Reuss près de Windisch ; le duc Jean s^écria : « Voici le salaire de l'injustice i » et il traversa de sa lance la gorge du monarque. D'autres seigneurs, conjurés avec te duc, suivirent son exemple: le chevalier Rodolphe de Balm enfonça son arme dans la poitrine du roi ; Wallher d'Eschcnbachlui fendit la tête. Les autres restèrent immobiles à la vue de ce forfait. Bientôt ils se dispersèrent tous. Le chef de Tempire germanique expira dans les bras d'une pauvre iemme qui se trouvait par hasard sur le chemin.
Ce crime répandit Tépouvante partout. Les assassins restèrent errants dans le monde et moururent maudits des hommes. Zurich leur ferma ses portes ; les Wald** stœtten n^accord^rent point d'asile tm meurtriers de leur ennemi. Mais les enfants de cette victime royale, le duc Léopold d'Autriche et Agnès, reine de Hongrie, aâusi que la reine liiju>abeth, veuve d Albert, confoiidi-
DB LA NâTIOlf suisse:
reot, dans leur vengeance sanguindire, coupables et innocents; Agnès sariooi se signalapar sa cruauté. Sur de simples soupçons de complicité, elle réduisit en cmdres un grand nombre de châ teaux^Yoyant coûter à ses pieds le sang de soixadte-trois chevaliers innocents, elle sMcria: 1 Je me baigne dans la rosée du mois de mai. » En vain l'épouse du chevalier Roduiplie de Wart embrassa ses genoux et les arrosa de larmes pour ol)l<Miir la grAce de son époux: il lut kmk' vii et exposé, encore en vie, à la voracité des oiseaux de proie. Du haut de la roue, il consola jusqu'à son dernier soupir sa fidèle compagne, qui resta seule auprès de lui, agenouillée, priant, versant des larmes, jusqu^à ce que cette âme si chère se fftt ext* Tolée vers les cieux* — Mais à Tendroit où Tassassinat avait été commis, Agdës et sa mère fondèrent le riche couvent de Kœnigsfelden (le champ du roi). Elle-même s'y retira, résolue de finir ses jours dans la dévolion. Comme elle invitait les passants à se rendre dans sou église, frère Berthold Strebel, d'Oftringen, lui dit avec l'accent de l'horreur : t Madame, c'est une mauvaise dévotion que de répandre le sang innocent et de fonder des couvents avec des richesses injustement ravies. »
Le ducLéopold ne pardonna pas non plus au Wald«stsetteo d'avoir secoué le joug de son père, surtout lorsqu'il les vit moins dévoués à son frère Frédéric d'Autriche qu'à l'empereur Louis de Bavière. Il se mit en campagne contre eux avec beaucoup de chevaliers et de seigneurs, à la tête d'une grande armée D'après ses ordres, le comte Othon deNeuchAtel, comte de Strasber^, passa le Briinig avec 4(JU0 hommes; iUiKJ guerriers de Willisau, de Lucerueet de l'Entlibuch devaient surprendre le pays d'Unterwalden du c6lé du lac. Le duc luimême, avec l'élite de ses troupes, s'avança d'iËgeri vera les montagnes de Schwytz, en passant près du Morgarten. U^amenait avec lui des chariots chargés de cordes pour faire pendre les chefs du peuple qu'il appelait rebelle.
Pour s'opposer à cette armée, les Confédérés se plame^l, au uombre de 1300, sur le penchant de 1^
i8 BlftTOniB
montagne du Sattel ; 400 hommes d'Uri, 300 d'Unterwalden, s'étaient joints à ceux de Scbwytz; 50 bannis de Schwy tz vinrent danander qu'on leur permit de se rendre d lignes de leur patrie par des aotes de courage. Le 16 novembre 4315, plusieurs millim de chevaliers cuirassés montèrent la montagne, éclairés par Taurorc, les Coiilédérés fondirent sur eux près d'un petit plateau de la Haselmatt, où la montagne s'avance en saillie verdoyante ; ils poussèrent en môme temps de grands cris. Les 50 bannis roulèrent des hauteurs d'énormes quartiers de roc, puis se précipitèrent du milieu des brouillards du matin sur l'ennemi déconcerté : ils portèrent dans les rangs des Autrichiens la mort, le désordre et répouvante. A la téte des héros de Schwytz, les exhortant et leur donnant l'exemple, se signalèrent Henri d'Ospenthal et les lîls du vieillard Rcding de Biberegg, auteur du plan de la bataille. L'ennenu fut resserré dans le défilé entre le pied de la luontagne etlelaciEgeri. La (leur de la noblesse tomba à Morgarten sous les hallebardes des bergers et sous leurs morgenslern ou massues armées de pointes de fer. Léopold ne put se soustraire
Îu'avec peine aux ennemis qui le poursuivirent. Le len-* emain les vainqueurs traversèrent en hâte le lac pour se rendre dans PUnterwalden ; là ils défirent encore les Lucernois, dont un grand nombre se noyèrent dans le lac. Témoin de ce carnage, le comte de Strassberg s'enfuit épouvante.
Après cette grande victoire, les Confédérés renouvelèrent leur alliance, jurant de mourir un pour tous, tous pour un; de ne prei^dre aucun engagement envers une puissance étrangère sans le consentement général, et de respecter comme leur propre bien, les biens que des étrangers possédaient dans leur pays (9 décembre 1315).
C'est ainsi que le nom des hommes de Schwyts devint
célèbre dans le monde entier, et que, dès ce jour, les Confédérés furent appelés Suisses [Schwyzer; en haut allemand Schuoeizer). Dans les guerres de Tempire on rechercha bientôt le secours de leurs armes redoi4ées«
ff
DB Là Mktifm «Jisas*
Lenr inlorcessioT) sauva la liberté de Zurich et deSaint- Gall lorsque l'empereur, pressé par un besoin d'ar^eot, voulut hypolbéqaer ces villes impériales aux docs d'Ao» tficbe. Luceme avait apjpris, par Boe triste expérienee, condrien lé joug d'un pnnœ étranger eit pesaoL Dépeft« danls da PAntriche, les citoyens de cette vule avaient été engagés, à leur grand détriment, dans la guerre contre les Waldstsetlen, et dans toutes les guerres étrangères pendant une longue suite d'aïuiées. Outre cela, les ducs, usant de leur pouvoir, avaient augmenté les impôts. Les Lucernois ne purent supporter plus longtemps un joug si onéreux : ils tirent d'abord, de leur propre autorité, • une trêve de vingt ans avec les Waldstaetten ; mais voyant
Îae les nobles et les seigneurs, irrités de cette trêve et évoués à la cause des ducs» machinaient des projets ftmestes contre leur ville, ils conclurent avecles Confédérés une alliance perpétuelle, jurant de combattre un pour tous, tous pour un, mais de ne porter atteinte à aucun droit antérieur. .
La noblesse de l'Argovie entreprit à ce sujet, au nom de TAutriche, une guerre contre Lucerne. Les citoyens de cette ville défendirent vaillamment leur bon droit ; les Confédérés combattirent avec eux contre Tannée des geritilshommes. Mais dans Lucerne même les premières &milles prenaient parti çour la noblesse étrangère. Les nobles de Lacerne conspirèrent pour fàire un massacre nocturne et livrer la ville aux ducs, après avoir égorgé dans leurs lits tous les partisans de la Confédération. Déjà la nuit ('tait avancée, et ils se trouvaient rassemblés en armes dans un souterrain au bord du lac, sous la salle de la tribu des Tailleurs. Un jeune garçon avait entendu par hasard ce qu'ils projetaient; ils se saisirent de lui et voulurent le faire mourir ; mais ils le relâcltèrent après lai avoir fait prêter serment de ne dire à aueon homme ce fa'il avait entendu. Le jeune garçon alla dans la salle de la corporation des Bouchers, où des bourgeois buvaient et jouaient encore, et là il raconta à haute voix, non aux houuncs, mais au poOle muet^, les projets qu'il avait ent^udu^ et la sermout qu'il avait
pvHé. Lef^ nssistf^nl«;lVronièrpnt avec^^tonnemortt, sor^. tirent en hâte et r( voilièreiit toute la ville. Ils s'emparè* rent des conjurés, appelèrent du secours d'Unlerwalden , et baonirent les nobles. On forma un conseil de trois cents citoyens. La communauté administra dès lors les biens de la ville, et décréta les imp6ts, la guerré et les attiances.
Ainsi la prudence et le patriotisme d'un enfant saui/é»
rent la liberté de Lucerne. Les ducs, épuisés ou acca*^ blés par d'autres guerres, furent contraints à la paix, et Lucerne put maintenir son alliance avec les Coiilédérés.
Beroe remporte une victoire sur la noblesse près de Laupeni le chevalier Brouu cliaji^e la conslltatlou de Zurich*
(Ue 1 an 133^ à Tan 1340.)
Tandis que la liberté se consolidait ainsi sur les rives du lac des Quatre-Cantons, Berne s'accroissait en achetant le Hasli, Laupen e 1 1 lioune, en détruisant les châteaux n utour d'elle, et en poussant ses conquêtes jusqu'au cœur de l'Oberland, si bien que, de toutes parts, nobles et seigneurs recherchèrent son alliance. Déià en 1307, Tannée même dn Gr&tli, le comte RoUin de KenchAtel avait conclu avec elle un traité de combourgeoisie. Mais les comtes et les seigneurs voyaient avéd peine s*élever an milieu d'eux une ville florissante par ses armes, par son industrie, par son agriculture ; puissante par l'esprit public de ses citoyens: considérée de plus en plus dans tout le pays. Comme Ber ne ne voulait pas recevoir la monnaie queiecomteEljerhardde Ky bourg frappait avec privilège impérial, ni reconnaître même l'empereur Louis de' Bavière, parce que le pape Tavait excommunié, les sei-^ gneurs saisirent avec joie ce prétexte pour châtier lesre-' belles. Aussitôt le comte Rodolphe de la maison de Neucbfltel, qni avait accordé les droits de ville à Gerlier et à Nidau, ses propriétés, et les avait entourées de murailles^ rassembla tous les ennemis de Berne daiib son châ-
DE LÀ NATIOK iClSSE.
tu
leau de Nidau. Ils décidèrent entre eux de détruire de fond en coml)le la ville de Berne ; puis ils rassemblèrent défi troll jx's de l'Argovie, de la Savoie, de la Haute- Bourgogne, de rUechtland • et de TAlsace. I! vint 700 Sdigaeurs ornés de casques^ couronnés, 1200 du valiers cuirassés, plos de 45,000 bommesà pied et 3000 cba- Taux.
Les Bernois ne forent point effifayés à la nouvelle de ces graiMds préparatifs, mais ils ne se livrtoent p^nt
non plus à une orgueilleuse sécurité : ils rés(xlurent au-
contraire de satisfaire à toutes les prétentions justes, mais de repousser la lorce par la lorce. Toutes les négociations pacifiques a>aût été inutiles, ils prirent les armes.
L'ancien avoyer Jean de Bubenberg jura de sacrifier ses biens et sa vie pour la c^ense de la ville de Lanpm, sons les murs de laquelle se rassemblaient les troupes des ennemis. Il s'y rendit avee 600 bomnies pour ren«« forcer la garnison. Tandis que l^on délibérait dans l^hd* tel de ville de Berne sur le choix du général à qui l'on confierait cette guerre impurtanle, on vit entrer dans la ville, monté sur son cheval, Rodolphe d'Erlach, chevalier, fils de cet Ulrich d'Erlach qui, qnnrante et un ans auparavant, avait hatln la noblesse sur le Donnerbiihl. Il fut nommé général par acclamation : c'était un militaire expérimenté qni avait aidé à remporter six grandes vîoloires dans des pays étrangers, A la demande des Bernois, Uri, Schwytz et Unterwalden ienr envoyèrent unseeonrs de 900 hommes, qui passèrent le Brunig ; le Hasli et le Siebenthal • en donnèrent 600; Soleure envoya 80 cuirassiers, se soiivenant reconnaissance du jour où Berne l'avait secourue pendant que le duc Léopold d'Autriche l'assiégeait avec une armée nombreuse, trois ans après la bataille du Morgarlen. Mais cette fois Léopold avait été vaincu moins par les armes que par le débordement furieux de TAar et par la ma-^ gnanimité des assiégés. Les flots enflés de TAar avaient
' Pays compris entre TÂar et les lacs qui baigaeut le j^ipd du Jura. * Ou Simmmthalf vaUée de la Simmen. *
rompu tes pODts de bateaux des Autrichiens, et lés gé-**' nâreox dtoyens^de Soieure s'étaient jetés à la nage p<Hir saii?er leurs ennemis prêts à périr.
Avec ces renforts et avec quatre mille bourgeois et
habitants de la ville de Bcnic, Rodolphe d'Erlach se posta en face de Tennemi, non loin de Laupen, sur une hauteur d'où il embrassait d'un coup d'œil Farm^e de la noblesse. Aussitôt le combat s'engage; les bataillons eunemis montent contre Tarmée bernoise. D'Erlach donne ie signal ; les frondeurs commencent Tattaque, les chariols de guerre armés descendent la colline ayec fedoaSy rompent les rangs des ennemis ; ensuite liran^t les bannières, les ImUebardes, les massues garnies de pointes de fer. En ce moment, trompés par la manœn^ vro des frondeurs, les derniers ran^^^s des Bernois lâchent pied. Voyant les fuyards. d'Erlach s'écrie avec présence d'esprit : « Bon î les braves triompheront seuls, les lâches nous ont quittés. »
Les Bernois vainquirent. Le comte Rodolphe de Nidau fut trouvé au premier rang des morts; autour de lui 1500 des siens (4339). Gepeodant il y eut encore pendant quatre ans des escarmouches et d^ rencontres de dWers côtés. Le feu et le çilta^e ravagèrent beaucoup de lieux. Fribourg, qui avait fait cause commune avec la noblesse, souffrit de grands dommages. Ensuite on fit la paix: elle fut glorieuse pour les Bernois. Leur patrie, menacée d'abord d'être effacée du rang des villes, victorieuse, fit trembler tous ses ennemis. Des forces dix fois supérieures en nombre avaient été vaincues par ses citoyens animés du même esprit, du même courage» dont toutes les pensées étaient pour leur patrie, et aucune n'était pour leurs personnes. C'est amsi quH)n fait des miracles.
La paix conclue, les Bernois suspendirent leurs armes
et retournèrent à leurs occupations. Rodolphe d'Erlach reprit tranquillement la culture de ses chamj)s. Parvenu à une vieillesse avancée, le vainqueur de Laupen vivait heureux et paisible, quand il fut lâchement assassiné par son genare, Jost Rudeaz d'UûterwaldeUj ensuite
d une querelle au sujet de la dot de sa fille. JostsVnfoit
poursuivi par les chiens de soq beau-père. On ne le revit plus.
L avoyer Jean deBubenberg, qui avait rendu de grands services à sa patrie dans les circonstances les pins difficiles, éprouva un sort aussi triste. Ses manières hautaines ravalent rendu odieux à la bourgeoisie. 11 fut aoeasé de ne pas gouverner avec la simplicilé d'au eiloyen, mais de régner avec Torgaeil d'nn prince, et de nea^nh tëresser à une affiiire que gagné par un présent On le bannit de la ville afec tous ses amis pour cent ans et un jour; mais on eut pitié de lui au bout de quatorze ans, quand on le sut aiîaibli par l'âge, et il fut de liouveau reçu dans la ville. Dans un Etat libre, la vertu d'un citoyen peut effacer le souvenir de ses fautes précédentes, mais jamais ses services passés ne font p^urdooner ses torts sobségnents.
A peu pi^s dans le*mdme temps, la destinée des DonaeiUers de Zurich fnt encore plus dépUwable. De quatre en quatre mois, quatre nobles et huit bourgeois nota* Mes gouvernaient la liUe, puis se choisissaient des suc* cesseurs. Le gouvernement se trouvait donc entre les mains d'un petit nombre de familles nobles et militaires, appelées les gentilshommes. Les autres citoyens et les artisans distingués par leurs richesses, leurs lumières et leur courage, ne soullraient qu'avec peine d\Mre les sujets de ces familles, dont l'administration était l'objet ^es murmures pubHcs. Les magistrats, disait-on, nesdngeaient qu'à leur intérêt et à celui de leurs fàmilles, ne rendaient aucun compte des revenus de la ville, rece* valent les simples citoyens avec hauteur, et ne prenaient pour règle que leur caprice. Les murmures continuèrent jusqu'au moment où Tun des membres du conseil embrassa le parti du peuple. Ce fut Rodolphe Broun, homme de talent, mais ambitieux. Excités par lui, les citoyens sommèrent le conseil de rendre compte de l'argent de }a ville. Rodolphe Broun, Auediger Manesse et quelques autres membres du gouvernement appuyèrent
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tendirent que celte effervescence momentanée de la bourgeoisie se calmerait insensiblement d'elle-même* et ils employèrent mille petites ruses pour gagner du temps. Ils connaissaient bien la salle du conseil, mais non l'esprit du peuple.
Au bout de six semaines, Broun fit répandre le bruit que le conseil se jouait des citoyens. Irrité de tant de tergiversations, le peuple s'attroupa sur le pont inférieur, près de Thôtel de ville, où le conseil était assemblé. L'attroupement et le bruit augmentant sans cesse, les conseillers furent saisis de crainte : quelques-uns se déclarèrent en faveur de la bourgeoisie; d'autres, inquiets pour leurs personnes, s'esquivèrent et sortirent en hâte de la ville. On d^wffa CTlrte blanche au chevalier Broun, et l'on résolutlf^unir les oppresseurs dans leur honneur, dans leurs personnes et dans leurs biens. Ils furent condamnés à l'exil avec leurs adhérents. -,
Alors le chevalier Broun, aidé du conseil de ses amis, donna une nouvelle constitution à la ville. Il divisa tous les artisans en treize tribus, dont les chefs siégeraient dans le conseil ; il réunit les gentilshommes en une société particulière, afin de leur ôter toute influence sur les tribus. Le conseil, composé moitié de bourgeois, .moitié de nobles, devait être renouvelé tous les six mois. Broun se fit nommer bourgmestre à vie, et se réserva un grand pouvoir. Le peuple jura cette constitution avec joie l'an 1336.
Cependant les conseillers exilés et leurs amis songeaient à la vengeance.