‹ Histoire de la nation suisseChapitre 4 sur 14 · AI8T01RE · texte numérisé non relu

AI8T01RE

vorable à la liberté. La ville de Zoug eut me querelle avec les trois communes de Menzingen, de Bar et d'iEgeri, pour le privilrL.'^' de garder la bannière et le sceau du canton : une guerre civile allait s'ensuivre; les Confédérés rétablirent la paix par une intervention armée, et firent trionipher la justice. Glaris racheta les dîmes et les droits de Pabbayê de SeckîDgen, en sorte que tons les citoyens se trouvèrent exempts dImpAts.

Tels furent chez les Suisses les fruits de la paix, après les combats livrés pour la liberté à Sempach et à Nsefelft.

Au commencement du XV™'' siècle, Tesprit de liberté

tout des luttes entre le peuple et les seigneur;^, « La Con-. fédération helvétique, par douce réverbération, épau-* dait la clarté autour d^elle, à mesure qu'elle extermi-^ nait sans relâche que deçà, que delà, les seigneurs féodaux, la plupart alors vrais tyrans et voleurs ^ »

A Neuchâtel, Conrad de Fribourg (en Brisgau) avait succédé à Isabelle, dernière comtesse de la maison dè Neuchâtel. C'était un prince imbu des rudes maximes féodales de rÂllemague ; aussi ne confirma-t-il que de fort mauvaise grâce les libertés des bourgeoisies. Les chanomes de iNeuchâtel, qu'il menaçn it dans leurs biens, se firent recevoir bourgeois de Berne pour échapper à ses empiétements* Bientôt la ville elle-même, jalouse de ses droits, envoya aussi des députés à Berne. Une alliance perpétuelle fut jurée entre les deu3( villes (1406). Mais, en politique habile, Conrad s^empressa d^obtenur aussi l'alliance de Berne ; cette conduite adroite sauva le comte de sa rame. Il déjuua avec le même bonheur la conspiration ourdie par uu parent dcb anciens corn-

Les ioma de gloire de» AppenzeUols*

(j)«raii i4oairaD un.)

ravivé par les victoires des Confédéré

tes, le sire Taulier de Rochefort, lequel eut la lôte tranchée pour avoir fabriqin' une fansf^e charte, octroyant entière indépendance aux luniriieoisde Neuchâtel.

Des événements \^\m importants par leurs résultats avaient lieu dès 1403 dans le petit pays d'Appenzell, encore dépenâaiitde Tabbé de Saint-Gall. Celui-ci ayant fait condamner par Tempereur Tadmission des Appenzelloîs dans la ligue des villes sonabes^ avait redoublé de sévérité et d'exigence. Des impositions exorbitantes étaient levées avec inhumanité. Le bailli de Schwaendi mit un droit de péage considérable sur le fromage, le lait et le beurre, et si quelqu'un essayait de passer à côté du bureau du péage .^aii.> payer . deux énormes chiens dressés exprès sautaient sur lui. Le bailli dV\ppenzell, pour maintenir son droit de nieilleur catel, en vertu duquel le meilleur habit de tout homme qui venait à mourir lui appartenait, fit un jour rouvrir la tombe d'un pauvre pour enlever Fhabit dofft des enfants pieux avaient revêtu le corps de leur père.

Tant d'excès lassèrent la patience des Appenzellois, et ils résolurent de ne plus soufTrir un pareil abus du pouvoir. A un jour fixé, ils surprirent tous les cluilranx et chassèrent tous les baillis. L'ahbé Cuno, qui résidait à Saint-Gall, n'avait ni troupes, ni argent : il s'adressa (luiic à dix villes impériales de la Souabe, dont il était Pallié, et leur demanda du secours. Ces villes envoyèrent aux Appenzellois des messages avec des menaces. Ils répondirent : « Nous sommes prêts à reconnaître tous les droits de Tabbé et à lui obéir, mais nous ne voulons pas supporter l'injustice. Nous prions le seigneur abbé de choisir ses baillis parmi des hommes de bien que nous Ini jiroposcrons. » Les villes impériales tinrent conseil à Ilavensbourg, rejetèrent la proprisUion des sujets de 1 abbé, et rétablirent les mômes baillis, qui ajoutèrent la vengeance à leurs cruautés précédentes.

L'abbé Cuno était aussi en différend avec la ville florissante de Saint-Gall, à laquelle les empereurs avaient accordé des franchises importantes, et qui d'ailleurs était ralBée d'autres villes impériales. I^int-Gall, enri-*

HISTOnUB

chi par UactiTité de son commerce et de ses fabriipieS) désirait se soustraire à la dépendance de Tabbaye* Les mômes droits faisant naître les mêmes craintes et les

mêmes besoins chez les Appenzellois et chez les Saint- Gallois, ils firent alliance pour défendre en coramuu leurs anciennes prérogatives. Cet accord déplut à l abbé : il redoubla de dureté envers les Appenzellois, ferma roreille à leurs plamtes et voulut annuler leur traité d'alliance avec Saint-Gall. Indignés, ils lui demandèrent de s'expliquer, et prirent les armes. Cuno s'enfuit d'épouvante dans sa terre de WjL Les dix villes impériales s'assemblèrent de nouveau, et décidèrent que Pabbé choisirait ses baillis parmi les gens du pa^s, mais sans proposition préalable; que Tempereur fixerait Timpôt impérial ; que l'alliance d'Appenzell avec Saint-Gall serait nulle et non avenue. Les Saint-GaUois se soumirent à cette sentence; mais les montagnards de TAppenzell crièrent à la trahison. Ils voyaient bien que les seigneurs des villes inapérialos. fiers de leur noblesse, préféraient les intérêts d'un prince abbé aux intérêts de simples paysans. Tous les habitants des montagnes se rassemblèrent, et les Rhodes (de BMe, bande, troupe) du pays jurèrent à leurs chefs et toutes les communes jurèrent au landammann, dans le village d'Appenzell,

Abandonnés par Saint-Gall, les Appenzellois demandèrent alliance et secours à tous les cantons, excepté Berne. Cinq rejetèrent leur demaiule; Schwytz fit avec eux une alliance de combourgeoisie, et Glaris lit publier « que tous les courageux amis de la liberté qui voudraient secourir les Appenzellois étaient libres de le faire. »

A cette nouvelle, après avoir réitéré leurs menaces au peuple d^Appenzell, les villes impériales, de concert

avec l'abbé, résolurent de soumettre les paysans par la force. Les villes armèrent donc cavaliers et fantassins, et les envoyèrent à Saint-Gall, où l'abbé les traita magûidquement. Puis celte armée continua sa marche ;

de rester fermement unies droits.

DË U NittON MJtSSE.

en tète la matorie en cairasaes brillanteB, derrière elle 500O hommes dHofaDterie. La yille de Saint-Gall avait dû

fournir aussi son contingent. Ils passèrent de grand matin par-dessus leLinsenbiihl et monlèrent par le chemin creux vers la hauteur ijumiiiée Yœglinseck, où se trouve le village de Speicher. C'était le 15 mai 1403.

Les Appi iiz-elluis, bien instruits de ce qu'ils avaient à faire, étaient soutenus par 200 hommes de Claris et 300 de Schwytz. Lorsque les sentinelles placées sur les montagnes firent connaître par un signal Tarrivée des ennemis, tout se mit en mouvement, chacun se sépara courageusement de sa femme et de ses enfants, résolu i tout risquer pour tout obtenir ; les vieillards trop faibles pour prendre les armes bénirent leurs fils, 2000 hoaunes volèrent au sommet du Va glmseck; 80 Appenzellois se postèrent au haut du chemin creux; ceux de (llaris et de Schwytz se placèrent des deux côtés du chemin, dans le bois.

La cavalerie ennemie monta courageusement le long de la montagne. Les 80 Âppenzellois s'avancèrent contre elle avec des lances et des frondes ; puis les soldats de Claris et de Schwytz sortirent du bois et se jetèrent sur les flancs de la cavalerie. Les cavaliers, resserrés dans un chemin étroit, ne pouvaient faire ni mouvement, ni manœuvre ; ils piquèrent des deux pour atteindre la plaine au haut de la colline; mais là tout Appenzell s'avançait en armes, sous la conduite du capitaine Jacob Hartscii. A cette vue, les chefs ennemis veulent retourner sur leurs pas et attendre les Suisses dans la plaine; ils crient : En arrière ! et dans toute leur armée on entend retentir ces mots : En arrière I en arrière I Les derniers rangs s'imaginent que tout est perdu et qu'on ordonne de fuir. La terreur s'empare d'eux. Alors le» guerriers d'Appenzell, de Claris et de Scbvi^tz fondent de tous côtés sur la cavalerie enfermée dans le chemin creux. Le désordre le plus complet se m.^t dans les rangs des ennemis, qui commencent à fuir en hûte du côté de Saiiit-Call. Trois cent soixante soldats de Tabbé mordent la poussière dans le cUemiu creux ; plusieurs bau-

Diëres, parmi lesqaelles celles de Lindan et de Cens-

lance, tombent entre les mains des Appenzellois, qui rentrent en triomphe dans leurs villages. Saint-Gall avait p(M du vingt lioiiimes et ses deux bourgmestres. Cependant les Saint-Gallois, toujours mécontents de Fabbé, renouvelèrent bientôt leur alliance avec les Appenzellois et leur aidèrent à s'emparer du fort deClanx, voisin du village d'Appeiizell.

L'abbé, hors de lui, implora le secours du duc Frédéric d'Autriche et lui dit : « Si l'on n'y prend garde, Appeozell deviendra une seconde Suisse , et dès lors la noDlesse et TAutriche perdront tout dans les Hautes- Alpes. »

Après de longs pourparlers, le duc Frédéric lui promit du secours et rassembla en effet beaucoup de chevaliers et une armée formidable. Tl s'avança en deux colonnes sur Arbon et Saint-Gall, pour surprendre les ennemis des deux côtés. Avant qu'il arrivât, Rodolphe de Werdenberg se présenta devant l'assemblée générale des Appenzellois et leur dit : « J'ai appris que le duc lève des troupes en Tyrol, et se dispose à vous attaquer. Les mêmes périls doivent nous unir par les mômes sentiments; c*est pourquoi je me présente devant vous. Vous me connaissez. Derrière ces rochers est Werdenberg, c'est rhéritage de mes pères : mes aïeux ont gouverné en souverains le Rheinthal. L'ambition autrichienne m'a tout ravi, elle ne m'a laissé que mon cœur et mon épée ; je vous les offre : permettez-moi de rester auprès de vous, citoyen libre d'Appenzell, de vivre et de combattre avec vous. »

Il dit, se dépouilla de sa belle armure et de ses riches vêtements (il était comte), prit le costume des bergers, et vécut parmi eux. Cette simplicité plut à toute rassemblée : elle confia sur-le-champ à ce vaillant guerrier le commandement en chef.

Le 11 juin 1405, par une pluie battante, le gros de l'armée du duc Frédéric s'avança d'Altstsetten dans le Rheinthal contre les frontières d'Appenzell, en uiontant ia montagne Am-iSloss. Le chemm était glissant, la

D£ JLA UATIW SUISSE.

marche difficile sur un plan incliné couvert (î*un gazon court et mouillé. Qnatre cents Appcnzellois, soutenus par quelques hommes de Giaris et de Schwytz, roulaient en oulre du haut de la montagne des quartiers de roc et des troncs d'arbre. Les cohortes autrichiennes avaient à peioe atteint le milieu de la montagne, que Rodolphe de Werdenbeif douna un signal. Soudain tes Appenzellois fondirent, en poussant de grands cris, sur les rangs déjà rompus des ennemis; Rodolphe à leur téle, nupieds comme tous les Appenzellois; ils marchaient ainsi avec plus de sûreté sur le sol glissaul. Les ennemis ne purent pas se servir de leurs arbalètes, dont les cordes étaient détendues [lar la pluie ; on se battit lance contre lance, éix e contre épée. Les Autrichiens combattirent avec la rage du désespoir; tout à coup ils virent sur les hauteurs une nouvelle troupe d'Appenzellois qui semblaient vouloir leur couper la retraite. EiTrajés, ils descendirent la montagne en grande hftte; les Appenzellois volèrent sur leurs traces, et portèrent le carnage dans leurs rangs. La troupe qu'on avait vue sur la hauteur était composée des femmes et des filles d'Appenzell . louies en sarraux de bergers; elles voulaient mourir pour la liberté avec leurs maris, leurs amants, leurs frères, ou leur aider à vaincre. Des torrents de sang et de pluie coulaient le long de la montagne. Le combat et la fuite durèrent six heures; on tua près de 500 ennemis. Puis les vainqueurs revinrent sur le champ de bataille, tombèrent à genoux, et rendirent grâce de leur victoire au Dieu des combats et de la liberté. .

Sur ces entrefaites, le duc Frédéric, ravageant tout sur son passage, était arrivé d'un auU e côté jusque sous les murs de Saint-GalL Trouvant cette ville trop bien défendue, il retournait déjà du côté d'Arbon, lorsque les Saint-Gallois, ilivisés en petites troupes, assaillirent son année qui marchait en ilcsonlre, et en tuèrent une partie. Le duc lut profondément allligé de cet affront, mais plus encore en apprenant la victoire d'Appenzeil. Il jura de ne pas se retirer sans vengeance. Pour cet çflét, il fit répandre le bruit qu'il retournait d'Arbon

dans le T^toI. et il regagna réellement avec ses troupes les bords du Rhin. Mais, arrivé au villaire île Thaï, il fil faire volte-face, et revint contre les Appenzellois en montant la colline de Wolfshaldeo. Il comptait surprendre et altérer ce peuple de bergers* Mais déjà ils étaient instruits de tout; 400 d'entre eux se jetèrent, en poussant de grands cris, sur Farmée autrichienne, qui marchait sans ordre parce qu^elle était sans défiance. Elle se rangea en hâte, et se posta avantageusement près de Féglise. Le combat lut terrible. Quarante Appenzellois étaient déjà tués sans que les rangs ennemis fussent rompus; mais bientôt les Autrichiens, mis en fuite, redescendirent rapidement la colline. La mort de chaque Appen/ellois fnl expiée par la mort de dix ennemis.

Le duc retourna dans le Tyrol, maudissant cette guerre.

Les Appenzellois, que leur gloire rendit redoutables dans tout le pays, formèrent avec les Saint-Gallois une alliance pour neuf ans, vengèrent, par reconnaissance,

Rodolphe de Werdcnberg, reconquirent sur rAutriche et lui rendirent l'héritage de ses pères, aidèrent à ceux de Schwytz à enlève r aux ducs d'Autriche la vallée de WaegLii et la Marche miérieure*, et pénétrèrent par le Voraiiberg dans le Tyrol, où ils battirent les troupes mercenaires du duc. DéjA les Tyroliens des bords de rinn et de TEtsch * dirent : c Que nous importe le duc ? devenons des Suisses libres, i — Mais les Appenzellois apprirent que le duc soulevait contre eux les forces que Pempire avait sur les bords du lac de Constance. Ils sortirent en hâte du Tyrol pour retourner chez eux, où ils ne trouvèrent toutefois point d'ennemis.

Les ravages de cette guerre durèrent cinq ans. Les Appenzellois victorieux, terribles à tous leur^ ennemis sur les bords du lac de Constance, de la Thour, de llnn, prirent de vive force plus de soixante cb&teaux^ en brû-

* La Marche, au nord-ouest du cantoi] de Scbwytz; La vallée de V^œggi au sud-est de la Marche, daas le même capton. « L'Adige,

D8 LA KATION 8UI68B.

lërent an delà de trente^ et mirent enfin le siège deyant Bregenz, mais sans succès.

On ne sVcnpa de faire la paix qu'après la désolation

de toutes ces contrées. L'empereur d'Allemagne voulut terminer le différend, mais Appenzell Irouva sa sentence

S eu équitable. Par la médiation de Schw^U, on rendit Tabbé Cuno ses revenus; mais i! perdit pour toujours ses droits seigneuriaux sur Appenzell. I/Aulriche conclut une trêve de plusieurs années, et reprit possession du Rheintbai.

Les Âppenzellois, satisfaits d'être libres et indépendants, formèrent un traité d'alliance et de combonrgeoisie avec les Confédérés, à Texception de Berne ; ce rat le jour de la Sainte-Gatberine (25 novembre 1411) : ils promirent de ne plus entrepreiidre de guerre sans le consentement des Suisses, et, quand ceux-ci auraient une guerre, de les soutenir avec toutes leurs forces et à leurs propres frais. Les Suisses réservèrent et f\ la Confédération entière et à chaque canton en particulier le droit d^étendre ou de limiter ce traité, et de ne secourir les Appenzellois, en cas de guerre, qu'aux frais de ce peuple.

Ce traité, bien éloigné d'ofifïrir les mêmes ayant igos aux deux partis, prouve à quel point les Appenzellois, inquiets pour leur nouvelle indépendance, tenaient à

l'amitié des Suisses, puisqu'ils se montraient disposés à l'acheter à tout prix, et combien, d'un autre côté, les Confédérés craignaient d'être entraînés dans des guerres étrangères, par les belliqueux montagnards de TAppen* zelL

Canqiiêie de l'Ar^ovlc par les SniNses ; établissemenl

de liaiUiages eoniiiiuxiN.

(ne im à ran UIS.)

Après la conquête de leur liberté et la conclusion de leur alliance avec les Suisses, les braves Appenzellois,

contents de leur sort^ ne désiraient plus la guerre. Le

duc Frf?déric, de son côté, comprit qu'il était difficile de combattre un peuple fort de son union, fier de ses droits, plus attaclié à son indépendance qu'A la vie. Il voyait d'ailleurs leurs Confédérés si puissants, que leur amitié devenait plus désirable que leur inimitié. C'est pourquoi il proposa aux huit cantons qui alors composaient la Confédération et conclut avec eux ^ le 28 miai 1412, une paix de cinquante ans, reconnaissant leurs droits sur tout ce qu'ils possédaient. Les Suisses reconnurent aussi les hypothèques, les iicfs et lous les droits que le duc possédait dans leur pays. Cette paix fut confirmée par seize villes dépendantes de la maison d'Autriche ; c'étaient Schaffhouse, Waldshut, Laufenbourg, Seckingen, Rheinfelden, Diessenhofen , Baden, Rapperschwyl^ Brougg, Bremgarten, Zofingen, Sursée, 1er) zbourg, Mellingen, Âarau et Frauenfeld.

Mais cette paix ne tint pas au delà de trois ans. Au bout ^e ce temps, Sigismond, empereur d'Allemagne, se rendit à Constance où se tenait un grand concile pour terminer les schismes qui désolaient l'Eglise. Là se trouvaient assemblés les prélats de tous les pay>, ainsi que les ambassadeurs des rois et des princes souverains de ritalie, de TAîlemagne, de la France, de l'Angleterre, de la Pologne, du Danemark, de la Suède, de la Hongrie et de beaucoup d'autres Etats. Ils s'étaient érigés en tribunal, parce qu'un prêtre bohémien, Jean Huss,

Sréchait à Prague une doctrine nouvelle, opposée à la octrine de l'Eglise catholique, et qu'il avait trouvé de nombreux sectateurs. Outre cela, PEglise catholique était divisée dans son sein môme ; car, au lieu d'un

f)ape5 elle en avait trois, qui s'excominuiiiaienL mutuelement. Ces discordes troublaient et scandalisaient la chrétienté.

Pendant que les puissances spirituelles et temporelles étaient assemblées à Constance, le duc Frédéric eut une querelle avec l'empereur Sigismond. Le duc refusait de se rendre à Constance pour recevoir, selon Tusage, ses fiefs de la main de l'empereur. D'ailleurs les pères du concile étaient counoucés contre lui, parce ^u'U proté*

DE LA UA-nom SUISSE.

geait l'un des papes, noiimné Jean, que Ton se proposait de destiUu r. Pour punir sa désulxHssaiice opiuiàtro, le concile piimonça contre lui rrxconiiuuDication majeure. L'empereur le déclara coupable du crime de lèsemajesté envers sa personne et envers Tempire, le dé-

I)Oiiilia de ses droits de souverain et de ses fiefs. Tous es sujets de l'empire furent sommés de prendre les armes contre le âne; la même sommation fat adressée aux Confédérés. L'empereur engagea la ville de Schaflfhouse à se détacher du duc, son souverain, et, pour la récompenser, il la déclara indépendante de toute autorité autre que celle de l'empire. Les Schaffhousois saisirent avidement cetti^ oiïie de la liberté. Jaloux d'obtenir le même avantage, Frauenteld, Diessenhofen et presque toute la Thurgovie^ prêtèrent serment d'obéissance à Tempereur.

Mais les Confédérés se faisaient un juste scrupule de violer une paix qu'ils venaient de conclure avec le due pour cinquante ans. La sainte assemblée de l'Eglise^ il

est vrai, les déclarait exempts de tout péché, et Tempereur leur promettait la propriété perpétuelle de tous les pa^s autrichiens dont ils feraient la conquête. Mais les citoyens des VVaidstnplten, de Zurich, de Zug, de Lucerne et de Glaris répondirent : < Nous ne saurions nous persuader qu'un manque de foi puisse jamais être louable. »

Berne fut d'un autre avis. L'occasion lui paraissait favorable pour étendre sa domination et pour affaiblir la puissance de TAutriche dans son voisinage. Jusqu'alors cette ville avait agrandi son territoire, non par

Tépée, mais par des trait«'s et des achats. C'est pouriîuoi Berne dit à Zurich : s La justice et l'honneur permettent la L^^Lierre, puisque l'empire et l'Eglise la commandent; riieure de la destruction de tous les ennemis de nos aïeux a sonné. » Les Confédérés hésitaient encore. L'empereur leur envoya à plusieurs reprises des messages, et le concile les menaça plus^urs fois de les excommunier s'ils ne marchaient pas contre le duc. Berne se bâta d'armer ses troupes. Son exemple en-r

traîna Zurich. Tous les autres Confédérés se soumirent aux ordres du monarque el de l'Eglise; les Appeozellois seuls demeurèrent inébranlables.

A la nouvelle de cet armement et de la disgrâce de Frédéric leur souverain, les villes et la noblesse de TAr-

fovie assemblèrent une diète à Sarsée^ au printemps de 4i5. Les députés des villes dirent : « Restons neutres entre TAutricne et la Suisse, et bornons-nous à maintenir les droits de la maison d'Autriche avec nos libertés. Il est icmps que toutes les parties de TArgovie fassent entre elles une alliîmce pour leur défense commune. Alors elle pourra entrer dans la Confédération suisse comme Etat distinct et libre, sans craindre la prépondérance d'an autre canton^ sans être assujettie i ses égaux, f

L'orgueil des seigneurs et des nobles ne leur permit pas de (aire cause commune avec les villes. Ils aimaient mieux avoir un prince pour maître que des bourgeois

pour égaux. Ainsi la diète se sépara sans résultat. Cependant, avant de se séparer, les villes résolurent de se placer sous la proteclioa de la Confédération, mais il était trop tard.

A peine les députés des villes s'étaient-ils mis en route quMIs virent de bon matin, sur toutes les hauteurs, les signaux d'attaque, les bannières et les bataillons des Confédérés. Us retournèrent donc chez eux pleins de tristesse.

' Les troupes bernoises marchèrent sur ZoCngen, harcelèrent la ville pendant quelques jours, et la forcèrent enfin à quitter le parti du duc [)0ur prêter serment de lidélité à l'empire et à Berne. A droite de Zofingen, on voyait sur le sommet d'un rocher quatre forts appelés les Wyken; les Bernois en prirent trois, les Lucernois forcèrent le quatrième. A planche se trouvait Aarbourg, petite ville au bord de l'Àar, avec une forteresse; les Bernois s'emparèrent de l'une et de Fautre, ainsi que des deux Wartbourg, forts d'observation construits sur les sommets de deux montagnes voisines. De là ils marchèrent sur Aarau, renforcés par des troupes envoyées

DE hk NATION SUISSE.

de Soleure, de Bienne, de Neuchâtel et de la Neuveville. Aaran, malgré ropiiosition d*une partie do >c.> citoyens, rendit en se mettant sous la protection de l'eiiipire el des ville^^ de Berne et de Soieure ; loiitel'ois. cette cité réserva ses fraûcliises. Brougg et Leûzbourg firent des capitalations semblables , de même que plusieurs châteaux de TArgovie ; Trotsbourg, qui fut ra^ vagé par le feu ; Rued, Brunegg et d'autres encore. Ainsi, dans Pespace de quelques semaines, les Bernois conquirent dix-sept forteresses et villes fortifiées et un pays vaste et riche ; la rapidité de leurs attaques fut la cause de ce succès. Ils ne perdirent en tout que quatre hommes; ce fut devant le château de Wildeizg, où les vaillants seigneurs de Ualwyl firent une vigoureuse résistance.

Dans le même temps, les bannières de Lucerne s'étaient avancées par Sursée et ayaient soumis les rives supérieures de la Sur, de la Wiggern, de TAa et de la Winna ; elles s^arrêtërent aux dernières limites des conquêtes des Bernois. Du côté de l'orient, elles conqui-rent la contrée fertile où se trouveullleichensée, Meyenberg et Villinergen.

Les Zuricois, de leur côté, avaient passé TAlbis et forcé le bailliage libre de Knonau de leur jurer fidélité. Une partie de leurs troupes étaient descendues le long de la Limmath, du côté de Baden en Argovie, et avaient pris Dietikon.

Dans la contrée où la Limmath et la Reuss se rapprochent de TAar; les troupes des sept cantons se rencontrèrent et firent en commun la conquête de ce qui restait encore à FAutriche en ce pays ; c'était Mellingen, Bremgarten et Baden. Mellingen, fidèle au duc, se défendit pendant quatre jours: Baden tint plus longtemps, parce que le château de Stein, qui cU fend cette ville, renfermait une forte garnison commandée par le seigneur Mannsberg ; mais lorsque les machines des Bernois eurent renversé une partie des murs et que Peau commença de manquer aux assiégés, le château se rendit et fat ruiné. On vit briller au loin la flamme de cet antique manoir.

Ces expéditions terminées, les Confédérés organisèrent leurs nouveaux Etats. Berne, Zurich et Luceme

5 ardèrent chacun leurs proi)res conquêtes avec tous les roits que la maison d'Autriche avait exercés. Les pays soumis en commun formèrent des bailliages communs à tous les Etals confédérés, sauf Berne et Uri. Berne lut exclu parce que ses armes avaient déjà Uup étendu son territoire, Uri refusa noblement de prendre part à un partage qu'il regardait comnic une injustice, t L'empereur, dirent les gens de cet Etat, s'est réconcilié avec le duc Frédéric. Rendons plutôt à Tempereur ce que nous venons de prendre, afin qu'il rende au duc ce qui lui appartient : car c'est pour rempereur et non pour nous que cette guerre a été faite. Nous refusons, quant à nous, toute participation au bien d'autrui. Nos pères nous ont appris à mettre la loyauté au-dessus de luul le reste. »

Les autres Confédérés rirent de ce scrupule : « Que ceux d'Un sont délicats! qu'ils sont dévots! il faut qu'ils se distinguent toujours par quelque bizarrerie. > Ils décidèrent que, puisque Uri refusait sa part, Zurich, Lucerne, Schvi^'ïtz, Unterwalden et Glaris feraient gouverner tour à tour pendant deux ans ces bailliages communs, et que chaque année des députés de ces cantons examineraient Tadministratiou et le compte des revenus.

Ainsi les Confédérés gardèrent leurs conquêtes, dont Ja propriété leur lut confirmée par l'empereur. Ils régnèrent donc sur ces nouveaux pays à la ]Ance de TAutriche. Citoyens libres, usurpant le rôle de princes souverains, ils avaient considérablement augmenté le nombre de leurs sujets dans les villes et dans les campagnes.

fik^nlèvemeat dn Valniti contre le fiel|;neiir de Ruron» BaUdlle d'Arbedo et artifice du Neig;aeiir Zoppo*

(De Vtok 14i9 à Tan 1420.)

Un siècle s'était à peine écoulé depuis Faction de Guillaume Tell^, et les villes, les bourgs, les villages de

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la Suisse, autrefois sujets, avaient mainteuaut à leur tour des sujets, et faisaient trembler ceux devant lesquels ils tremblaient auparavant. Les descendants de

ces guerriers, de ces chevaliers qui, du haut de leurs châteaux presque inaccessibles, menaçaieiil jadis l(»s villes, venaient leur demaniiui huinblt ment le droit de ciié, ou leur vendaient Us terres qu jU possédaient et allaient s'établir dans un mitre pays, puur ne pas obéir à des gouvernements roturiers.

Ces changements avaient donné aux Confédérés le sentiment de leur force et leur avait inspiré une fierté militaire que ne blessaient impunément ni leurs amis, ni leurs ennemis. On s^en convainquit dans les querelles que fit naître Guiscard de Raron ou Rarogne, seigneur et capitaine général du Valais.

Dans le temps que les Confédérés aidèrent au caulua d'Uri à faire la conquête de la Levantine, ils s'emparèrent aussi de la vallée de Domo-d'Ossola et y mirent une faible garnison. Le duc de Milan, pour ne pas laisser aux Suisses la possession tranquille de cette vallée, la vendit au duc de Savoie. Celui-ci envoya à Domo-d'Ossola des troupes qui traversèrent le Valais. Le seigneur de Raron leur montra le cbemin à travers les montagnes; la garnison suisse, trop faible pour résister avec avantage, fut obligée de se retirer.

Le seigneur de Raron dit à cette occasion (\uc, s'il avait fait partie de Texpédition . aucun Suisse ne serait resté en vie. Ces jiaroles orgueilleuses aigrirent les Untens'aldois et leurs frères d'Uri. Ayant accusé en vain le seigneur de Raron auprès de la ville de Berne, où il avait droit de cité, ils soulevèrent contre lui les habitants du Valais. Ceux-ci avaient déjà des griefs contre ce seigneur; ils lui reprochaient Talliance quMl avait faite avec la Savoie, sans leur consentement; ils Taccusaient, ainsi que les grands du pays, de violer les anciens droits et de vouloir réduire le peuple sous le joug de l'esclavage.

Suivant une coutume antique du pays, quelques hommes prirent une énorme massue sur làqueUe ils avaient

taillé m visage humain avec Pexpression de la tristesse,

et rentourèrent de verges et d'épines; cette longue image figurait la justice opprimée et les Valaisans rappelaient la Mazze. Ils la mirent en évidence sur une place publique. Le peu|»le accourut en foule. Un homme iiardi • s'approcha de la luassue en qualité de chef de la Mazze; il la tiot debout et se chargea de porter la parole pour elle. Beaucoup de gens du peuple, s'adressant à la triste image, lui demandaient : t Mazze, pourquoi es-tu si triste? Mazze, pourquoi es*tii Tenue ici? » Mais elle ne répondit point. D'autres dirent : « Mazze, nous voulons te porter secours; mais dis-nous contre qui. Est-ce Thurn? est-ce Asperling ou Henngarten V * La Mazze resta immobile et se tut. Mais lorsqu'on vint à nommer le seigneur de Raron, elle fit un mouvement affirmatif, et s'inclina profondément. Alors ils soulevèrent la Mazze, la portèrent de village en village dans tous les districts du Valais, en disant que la Mazze se rendait vers le chef du pays, vers tous ses adhérents et vers son neveu TévëquedeSion.

Lorsque le seigneur de Raron vit tout le peuple soulevé, il s'enfuit en Savoie et implora l'assistance du duc. Mais les Valaisans réduisirent en ceiidres son grand château et sa tour bâtie au-dessus de Sierre (Siders), et la forteresse de l'évéque qui dominait Louëche; ils assiégèrent soîi château fort de Beauregard. situé sur le haut d'un rocher voisin de Chippis; ils ruinèrent toutes ses propriétés. Le duc de Savoie n'osa pas lui porter secours.

Le seipeur de Raron vola vers ses concitoyens de Berne pour les supplier de le soutenir et de le sauver. Les Valaisans, d^un autre cdté, s'adressèrent à Uri et à

Unlerwalden, hommes libres : ils conclurent avec eux une alliance défensive, et promirent d'aider ces deux cantons à reprendre la vallée d'Ossola, qui touche au Valais. Sur-le-champ les troupes d'Uri et d'Unterwalden passèrent les Hautes-Alpes; celles de Schwvtz, de Lucerne et de Zurich les suivirent; les Valaisans franchirent les Alpes sur un autre point, et toute la vallée d'Ossola fat reconquise.

Mais Berne prit les intérôls du seigneur de Raron auprès des Confédérés, et demanda qu'on lui rendît justice. Dr longues négriciations s'ensuivirent. Les Bernois voulurent marcher contre le Valais et sommèrent les autres Confédérés d'en faire autant; mais tiri, Unterwalden et Lucarne s'y refusèrent. Une guerre civile faiiltt éclater parmi les cantons. Pour prévenir un tel malheur, les cantons neutres formèrent une diète à Zurich, et après avoir entendu les amis et les ennemis du seigneur de Raron, ils arrêtèrent : « qu^avant tout les Valaisans restitueraient à leur seigneur tous ses biens ; puis, de son côté, qu'il ferait droit à leurs plaintes. »

Les chefs du parti valaisan ne voulurent pas se soumettre à cet arrôt; ils soulevèrent de nouveau le peuple et l'engagèrent h une résistance opiniAtre. Ils rassemblèrent des gens armés, etitrèrent dans TOberhasli, d'où ils emmenèrent des troupeaux de moutons, prétextant qu'aidé par des gens de rOI>erland, le seigneur de Raron était entré dans le Valais et y avait exercé des ravages. Pour défendre les passages de ses montagnes, Berne envoya une troupe de soldats contre le Valais. Schwytz el Zurich tentèrent encore une fois de terminer celte querelle par leur médiation ; mais les Valaisans n'enteîidirenl rien ; ils préféraient la guerre à un arrangement équitable.

Les Bernois, renforcés par les bannières de Fribourg, de Soleure, de Neuchâtel et d'autres, en tout13,0(X) hommes, franchirent les Alpes et entrèrent par le Sanetsch dans le district valaisan de Couches. Us reçurent aussi du secours de Schwytz. Uri et Unterwalden n^en envoyèrent point aux Valaisans, dont ils blâmaient Popiiiiàtreté. Beaucoup de villages devinrent la proie des flammes. La terreur se répandit dans toute l'étendue du Valais.

Ce[)endant un simple paysan, Thomas Inderbundt, rendit Le courage à ses concitoyens; lorsqu'il vit les ennemis s'avancer vers le village d'Ulrichen, marquant leurs traces par le pillage : «: Hé î s'écria-t-il, que fait le ValaiSj ancienne patrie de héros t Nos pères n'ont-ils

at&TOlBS

f)as autrefois, près d'Ulrichen, fait nager dans le sang es troupes du duc de ZaBhrmgeo ? Eh bien i à cette même place, combatlons encore une fois pour notre patrie et notre vieille liberté, ou mourons dMne mort glorieuse, i

Il dit, sortit d'ane embuscade avec 400 Valaisans cou*

rageux, au moment où les Confédérés passaient, et se jeta à rimproviste sur leurs nombreux bataillons. In-^ derbiindt conibattit en béros : de sa main il fit mordre la poussière à quarante Beniois; à la fin il tomba iuinième sur leurs cadavres. La terreur était dans les rangs des Bernois. Tous chancelaient, quand le secours de Schwytz arriva et força les Valaisans à regagner leur première position. Personne ne les y suivit. Le lendemain, les Suisses abandonnèrent le Valais, parce que les troupes bernoises du Gessenay (Saanen) avaient rencontré une résistance terrible près de Sion.

On lit de nouvelles propositions de paix. Les Valaisans consentirent enfin, mais avec peine, à restituer au seigneur de Raron toutes se.-, seigneuries et à lui payer, pour tout dommage, la somme modique de 10,000 florins; aux Bernois la même somme, pour les frais de la guerre; au chapitre de Sion, 4,000 florins. Cela arriva Tan 1420, quelques mois après Taction héroïque de Thomas Inderbûndt Mais le seigneur de Raron mourut loin de sa patrie ; Téclat de sa famille fut à jamais terni, parce qu'if ne sut pas se concilier Tamonr du peuple.

Cependant le duc de Miban n'avait pas encore pu oublier la perte de la vallée d"Ossola. Sa douleur et sa colère augmentèrent en apprenant que les Suisses venaient d'acheter des barons de Sax, seigneurs de BeiUnzone, cette ville et toute la contrée qui s'étend depuis la Levantine jusqu'au lac Majeur, pour le prix de "2,400 florins. Il arma secrètement et surprit avec des forces considérables Ossola et Bellinzone. Tout, même la Levan* tine, fut contraint de lui jurer fidélité.

Les Confédérés se levèrent trop tard pour la vengeance. Depuis la conquête de FArgovie, l'ancienne concorde ne régnait plus parmi eux. C'est là ce qui les

«▼ait retardés. La discorde ternit aussi l'éclat de la victoire qu'ils achetèrent si chèrement dans les champs d'Arbedo, près de Bellinzono, où, après avoir passé le Saint-Gothard. ils rencontrèrent les troupes milanaises. Là, les Coiilédérés eurent à soutenir, depuis le matin jusqu'au soir, une lutte sanglante contre l'habileté et le désespoir des Italiens. Beaucoup de héros suisses y perdirent la vie : Jean Rott, landamman d'Uri, Henri Puntiner, qui portait ta banuière du même canton, et le vieillard Pierre Kolin, ammann et banoeret de Zug. Ce dernier mourut à la tête de son bataillon, la bannière à la main. L'un de ses fils la retira de dessous le corps de son père, et la fit lloiter sanglante au-dessus du bataillon. Il tomba bientôt, mais la banuière ne devint pas la proie de l'ennemi : Jean Landwing la sauva. Cette bataille eut lieu le 30 juin i i22.

Les Suisses repassèrent le Saint-Gothard, attristés par la perte de tant de braves et par leur victoire sanglante, s'accablant les ans les autres de reproches ; mais ils laissèrent, avant de partir, une garnison dans la Levantine. Pendant plusieurs années ils eurent ensemble des disputes interminables an sujet du parti qu'il • fallait prendre contre le duc de Milan.

Ennuyé de ces longueurs, un homme courageux du canton de Scliwytz, Pétermann Rysig, rassembla autour de lui 500 hommes pleins d'audace, passa avec eux le Saint-Gothard, franchit les montagnes à sa droite, descendit dans la vallée d'Ossola, en chassa la garnison, et s'y établit à la place des troupes milanaises. Toutes les forces du duc de Milan marchèrent contre lui ; Pétermann Rysig leur résista. L'héroïsme de la petite troupe deSchwytz réveilla les Confédérés, qui se mirent aussitôt en route vers la vallée d'Ossola. il vint des troupes auxiliaires de Soleure, du Valais, du Toi^L;cnbûurg, de la Rhétie, ce qui jeta le duc dans le découragement; mais li attendait encore de sa prudence ce qu'il ne pouvait plus attendre de la force des armes.

Il envoya son chambellan Zoppo avec beaucoup d'or

v^rs le& Confédérés, pour traiter avec eui^. Cacbant la

UISTOIRË

ruse du renard sous les dehors de la franchise, Zopi^o

f)arla aux chefs des Suisses avec l'accent de la bienviMlance et de l'affection, accoiiipiignant ses discours de grandes libéralités. Il parvint à diviser leurs intérêts, engagea Uri, le Bas-Unterwalden et Lucenie à faire séparément la paix, puis il gagna les autres au moyen de négociations secrètes. L'an 1426, les Confédérés aban* donnèrent au duc de Milan la vallée d'Ossola, Bellinzone et la Levantine pour la somme de trente et on mille et quelques centaines de florins, et pour certaines prérogatives et franchises en [avcur de leurs négociants et de leurs petits marchands. Les troupes suisses retournèrent dans leurs cantons. Ainsi Taction héroïque de Pétermann Rysig fut rendui^ inutile : en vain le sang des nobles Kolin avait teint leur bannière sur le champ de bataille d'Ârbedo. Dans tous les temps les Suisses ont eu bien plus à redouter les artifices des étrangers que leurs armes. Toutefois la Levantine n'était pas peraae sans retour. Quatorze ans plus tard, Uri, profitant des embarras du duc, s'empara de nouveau de ce pays.

Hmm 1a ■•vte-BhMe la Ilfae Orlset te ligue de la Malma-INev et la ligne de* 0ix-JiiridletioM ee fonnent dans Tlntérét de la liberté.

(De ran 1426 à l'an 143G.)

Tandis que les Confédérés vendaient à prix d'argent ce que tant de héros leur avaient acquis au prix de leur

sang, un esprit tout différent parcourait les vallées élevées des Alpes rliétiennes : Tesprit de la liberté, de la justice et de la concorde.

Depuis la domination des Francs, les baliilants de la Haiito-Rhétie étaient constamment demeurés sujets tributaires et serfs de l'évêque de Goire, des abbés de Dissentis et de Pfeffers, et d'une foule de seigneurs ecclésiastiques^ de comtes, de barons et de gentilshommes. La ville de Coire jouissait^ à la vérité, de plusieurs privilèges^ mais son évéque lui faisait aussi endurer bien

DE LA. NATION SmSSB;

des tourments. Les villageois, plus malheureux encore, avaient à souffrir des guerres continuelles que se fai* salent entre eux les grands et les petits seigneurs, dont le nombre était très-considérable, mais la paix ne leur était pas moins funeste, tant ils obéissaient à des maîtres durs et cruels ! Uri, Schwytz et Unterwalden n'avaient pas gémi sous une tyrannie plus atroce que la Rhétie; mais la Rhétie eut à son tour des libérateurs.

Quand l'orgueil, l'iniquité et la cruauté des dominateurs lurent arrivés à leur comble, les hciltitants infortunés de ces vallées et de ces montagnes se rappelèrent qu'ils étaient hommes, et que, enfants de Dieu, ils avaient reçu de leurs pères des droits qu'aucun tyran ne doit méconnaître. Le courage de quelques gens de cœur ré* veilla le courage de tout le peuple ; u se leva bientôt pour défendre ses droits éternels.

Dans la haute et verdoyante vallée de rEu^^adine, des glaciers de laquelle Tlnn sort avec fracas du côté du Tyrol, le château de Gai dovall, bâti sur un rocher au-dessus du village de Madouiein, était In terreur de toute la contrée. Un jour, le cruel châtelain de Gardovall fut frappé de la beauté d'une jeune fille du village de Gamogask, situé vis-à-vis de son château. Il v envoya ses

I^ens avec ordre de lui amener cette jeune mie ce jourà même. Le père,^ appelé Adam, fut rempli de terreur, la fille de désespoir. Mais, rassemblant toute sa force, Adam dit aux sateUites : « Aiiijoiicez à votre maître que je préfère lui amener moi-même mon enfant demain matin. »

Dès qu'ils furent partis , le père courut vers ses voisins et ses amis, la rage dans Tâme, le feu dans les yeux. Il leur raconta tout et s'écria : i Hommes comme ce seigneur, sommes-nous ses troupeaux ? L'indignation fit bouillonner tous les cœurs. Ils jurèrent dans l'ombre de la nuit de mettre fin à la misère de là vallée on de périr tous ensemble.

Dès l'aurore Adam conduisit au château de rhorrible tyran 6a belle et jeune fille, parée de ses lialjiis de fête comme uue épouse. Quelques conjurés suivaient comme

pour former le cortège d^ionneiir ; d'autres s'étaient mis en embuscade autour du châteafu, attendant le moment

d'agir; tous étaient armës.

A peine le châtelain apenjoit-il robjet de ses désirs qu'il descend en hâte les df^grés du château et vont embrasser la jeune fille sous les yeux du père. Adam tire une ('pée et la plonge dans le cœur impudique du monstre. Lui et les siens prennent de force le château, massacrent ceux qui s'y trouvent, arborent le signal de la liberté , et la troupe placée en embuscade se hâte de les rejoindre. Gardovall devint la proie des flammes. Toute la contrée au-dessous des sources de l'Inn racheta plus tard (1494) loyalement les droits qu'avait sur elle la Maison-Dieu.

La vallée de Schams, dont les fertiles pâturages offrent un aspect riant au milieu des rochers élevés, était également asservie à des monstres inhumains retranchés dans les châteaux de Bœrcnbourg et de Fardun. Ils se permettaient tout contre le peuple , même les humiliations les plus outrageantes ; le peuple souffrait et se taisait. Le vigoureux Jean Ghialdœrar eut aussi à souffrir, mais il ne se tut nas. Deux chevaux du seigneur de Fardun ayant été lâchés dans ses champs de blés , il en fut courroucé et assomma les chevaux. Il expia cette action dans les fers et dans les tourments , jusqu'à ce que les siens purent le racheter à force d'argent et de larmes.

De retour au sein de sa famille , heureux et content, il était un jour à table avec les siens, lorsque le seigneur de Fardun entra dans sa cabane. Tous le saluèrent resectueusement ; mais le tyran lanca sur eux des regards e mépris, et cracha dans la bouillie qu'ils mangeaient. La colère de Ghialdœrar s'alluma comme la foudre ; il le saisit à la gorge, le serrant de ses deux mains, comme raigle des Alpes serre sa proie : « Mange la bouillie que tu as assaisonnée I » Il dit, enfonça la tête du misérable dans la nouirilure brûlante et Tétrangla. Puis il courut hors de sa cabane et assembla le peuple. Des cris d'alarme retentirent. Les châteaux de Fardun et de Bserenbourg s'écroulèrent d^ns le san^ et les Ha^uues* L'évéque fut

m LA iNATlOiN SUISSE

obligé de céder à la vallée (1458) les droits de souverai- Deté contre un dédommagement de 3,200 florins.

Tout comme dans ces vallées rinhunianitéet la tyrannie des seigneurs favorisèrent la cause de la lilu rté , de ra^^me aussi, dans d'autres contrées de la Rliétie , la liberté dut ses succès à leur ambition. L'évèque Hartmann de Coire était perpétuellement en guerre avec la noblesse da pays. Exposé à beaucoup de dommages et ne pouvant pas défendre lui-même tous les domaines de son église, dispersés dans un grand nombre de villages et de vallées, en quelques endroits môme situés au milieu de terres ennemies, il accorda aux sujets do la Maison-Dieu le droit de former entre eux et avec les vallées et les villages voisins des alliances défensives. Déjà en 1396, les sujets de la Mai>oii-Dîeu, dan.s les vallées de Domlesctig, Avers, Oberhalbstein et Bergun firent un traité avec les seigneurs de Werdenberg à Schams, Domleschg et Obervatz. Ce fut le premier fondement de la ligue connue plus tard sous le nom de ligue de la Maison- Dieu ou ligue Caddée.

Les comtes et les seigneurs de la Haute-Rhétie imitèrent cet exemple. Réunis aux peuples des vallées déjà liés entre eux , ils conclurent avec leurs voisins les Glaronnais , Tan liOO, une alliance défensive perpétuelle contre les prétentions et les attaques de révôque de Coire.

Mais les vallées exprimaient toujours dans leurs alliances la réserve de tous les droits quelconques de leurs seigneurs: ces droits donnaient lieu à beaucoup d'abus. Les seigneurs ne connaissaient d'antre loi que leur bon plaisir et leur puissance; il n'y avait ni justice dans les jugements, ni sûreté sur les grandes routes.

bésirant mettre fin à ces maux, mais sans violence et sans révolte, plusieurs paysans loyaux, considérés et intrépides, formèrent une sorte d'associatiofi dans la Hciute- Rhétie. Ils se réunissaient chaque nuit entre rnbhnye de Dissentis etilanz, la première ville entourée de murailles u'on trouve sur le Rhin. Le lieu de leur rendez-vous tait dans une forêt près du village de Truns. Là ils s'en*

fiistoiae

treten aient de leurs intf^rêt'; communs , et communiquaient ensuite en contidence leurs résolutions aux hommes les plus estimables de leurs communes respectives.

Dans un seul et même jour , toutes les communes et toutes les ?allées de la Haute-Rhétie députèrent les hommes tes plus considérables et les plus éclairés à leurs

scigiicurs, pour deinanikT que la jualice el la sûreté fussent garanties à tous par un pacte solennel auquel tous prêteraient serment . sans qu'il fût porté atteinte aux droits réels de personne.

Les seigneurs furent effrayées par cet appel sorti des forets de Truns : ils se rappelèrent les événements arrivés dans la Confédération suisse un siècle auparavant. Le pieux et prudent abbé de Dissentis, Jean de Pontaninga^ fit tout de suite droit aux réclamations de ses smets. Les comtes de Werdenberg , de Saxe , les barons de Rhaszuns et d'autres suivirent cet exemple , par crainte de la violuncc du peuple, ou pour se faire un rempart contre le puissant évôché de Coire.

Au mois de mai de l'an 14-24, ces seigneurs et les députés des communes de la Haute-Rhétie, vêtus de leurs modestes sarraux gris, assemblés en plein air devant le village de Truns, à l'ombre d'un érable, jurèrent devant la très-sainte Trinité une alliance perpétuelle pour le maintien de la justice et de la sûreté de tous, sans blesser les droits réels de personne. Ainsi se forma la Haute ligue ou ligue Grise : plus tard elle fut complétée par Taccession des vallées de Misox et de Calanca. Bientôt le nom de Grisons s'étendit à tous les Rliétiens, bien que la ligue de la Maison-Dieu existât déjà séparément, et que, outre cela, un grand nombre de domaines du côté du Tyrol n'appartinssent ni à la ligue de la Maison-Dieu, ni à la ligue Grise , mais au riche comte Frédéric de Toggenbourg, dont la domination s^étendait au loin.

Peu de temps après, celui-ci mourut sans enfants, et Ton craignit que sa succession ne fit naître une guerre. Alors s^assemblèrent des députés des districts, des

bourgs, desTiltoiesetdes juridiOtonsqui, dansles montagnes delà Rhétie, dépendaient de ia maison de Toggen-

bourg. Ils dirent : «Puisque la mort du cumle de Toggenbourg nous a rendu notre liberté, faisons dans cette partie des montagnes une ligue inblable à celle de la Maison- Dieu et à la ligue Grise : respectons les droits d'autrui, mais défendons les nôtres; unissous-nous à la vie et à la mort. Nul ne pourra citer un concitoyen devant un tribunal étranger , ni former au dehors une alliance sans le consentement de tous. Quand on aura reconnu Théritier du comte de Toggenbourg, nous lui remettrons son héritage, mais nous ne lui permettrons pas de dissoudre notre ligue. » — Ayant ainsi parlé , ils scellèrent leur alliance par un serment solennel le vendredi après la Fête-Dieu de l'an 1436. Telle fut l'origine de la ligue des Dix-Juridictions.

Ainsi se lurma une nouvelle coiilVili raliun entre les trois ligues des Alpes rhétiennes. Dès ce moment les Rbétiens ne portèrent plus que le nom de Grisons (Graubûndner).

XXTTT

^newélËm mm mt^d de Thévltege éu Mmto ém

(Deran i43ii àTan 1443.)

La mort du riche comte de Toggenbourg produisit des eil'ets bien ditïèrcnts chez les Grisons et chez les Suisses : là elle appela un peuple courageux à la liberté et à la concorde : ici elle alluma la cupidité , Tambition et les torches de la guerre civile.

A peine le Comte eut-il fermé les yeux qu'il se i>résenta un grand nombre d'héritiers. Ses domaines étaient considérables: il en avait beaucoup au delà du Rhin; plusieurs autres s'étendaient, entre Zunch et le Tyrol, le long des montagnes de l'Appenzell. De ce nombre étaient le Toggenbourg, la seigneurie d'Uznach, la

Marche supérieure, Windegg dans le Gaster, le Rhein-

thaï , la seigneurie de Sargans et ks Dix-Juridictions dcui^ le pays des Grisons. Outre cela il possédait des propriétés dans la Thurgovie et ailleurs. Elisabeth, veuve du comte, se croyait héritière légitime ; mais des parents éloignas de son mari hii contestt'^rent soii droit et lui opposèrent leurs prétentions. D'un autre côté, Zarïch crojait aussi avoir des titres à cet héritage, parce que le comte, mort sans enfant, était citoyen du canton et bourgeois de la ville ; mais comme il était de même citoyen du canton de Schwyiz, celui-ci réclamait le même avantage.

Pour s'assurer une protection puissante, EHsabeth se lia plus étroitement avec la ville de Zurich et lui fit une donation en boiiiio forme dTznach et de Windegg. Les citoyens de Schwvtz enuatrèrenl les parents du comte à interdire à sa veeve toute aliénation de l'héritage en tout ou en partie. Les sujets du comte qui habitaient Lichtensteig, les vallées du Necker, de la Thour, de Saint-Jean, Uznacb, et au-dessous du lac de Wallenstadt, se présentèrent devant les habitants de Schwytz et leur dirent : « Feu notre seigneur voulait qu^après sa mort nous trouvassions auprès de vous protection et sûreté. Recevez donc autre serment et compteznous à perpétuité au numlnv de vos citoyens. «> Les habitants de la seigneurie de Sargans, qui n'avaient appartenu an cointe de Toggenboiirc^ qu'à titre d'hypothe(iue , prièreni le duc Frédéric d Autriclie de vouloir les racheter comme ses fidèles sujets. Il le lit; mais s'a-

i)ercevâut que leur» intentions n'étaient pas loyales, il es abandonna au comte Henri de Werdenherg.

A la nouvelle de cette alliance d'Uznach et d'autres lieux avec Schvv^ytz, Zurich, enflammé de colère, éclata en menaces, prétendant qu'Uznach lui appartenait. Mais les habitants de Schwytz envoyèrent quelques Uoiipes dans la Marche et du côté d Uznach, i^our soutenir leurs nouveaux concitoyens et repousser la iorce ; ils proposèrent aux Zuncois de i>oumettre leur

m LA RAtmi msBt.

affaire à un arbitrage, et associèrent Claris à leur autorité sur les nouveaux domaines» pour avoir au besoin Pappui de ce canton.

Depuis que lesgauyernements des villes et des cantons de la Suisse avaient conquis TArgovie et constitué des bailliages communs, le pouvoir les avait rendus fiers et hautains : jaloux de leur propre liberté . ils détestaient la liberté chez les autres ; ils aimaient mieux des sujets que des cilu^eiis libres , leurs égaux en droits. Ils n'avaient pas voulu associer l'Argovie coaime Etat libre à leur Conlédi'ration : ils ne songèrent pas à rendre la condition du ïoggenbourg meilleure. Ils voulaient des sujets.

De là des querelles sanglantes. Une grande diète as-* semblée à Lucerne essaya inutilement de rétablir la paix : on se sépara plus aigri qu^auparavant. A la tête

du gouvernement de Zurich se trouvait le bourgmestre Rodolphe Stussi, et à la télé de cehii deSchwytz le landammann Itel Reding. tous les deux hommes ambitieux, eiilrejireiiants, pleins de talent et d'éloquence ; mais ils se ]iaï-saient , ardents pour les prérogatives de leurs cantons, indittérents pour la paix et le salut de la Suisse.

On vit alors pour la première fois quel abime de maux creuse Pégoïsme cantonal quand il préfère ses intérêts à ceux de la Confédération. La disette de Tannée 1439, suite de pluies continuelles qui détruisirent les moissons, avait déjà prouvé que Tancienne et belle union n'existait plus. Chaque canton défendait Texportation de tous les moyens de subsistance, ce qui augmenta les souffrances et Panimosité. Schwytz et Zurich se menacèrent de Tépée.

Pour prévenir de plus grands maux , les Confédérés prononcèrent un arbitrage à Berne. Schwytz s'y soumit; Zurich résista , accusant les Confédérés de partialité, pour avoir laissé Uznach au canton de Schwytz, en dépit de la donation de la comtesse Ëlisabeth ; d'ailleurs il . n'avait pas été fait mention de Gaster et de Windeg^, bien que Schwytz en eût pris possession avant la déCH

sion de ce différend et malgré rinvilatiou contraire des

Confédérés.

Le bourgmestre Stussi dit : i Que le fer décide ! > Cependant il commença par en?oyer aux habitants de Scbwytz une lettre ouTerte , dans laquelle il ne leur donnait pins le titre de Confédérés. Il leur proposa d'en appeler au tribunal de Tempereur. Les citoyens de SchwUz répondirent : « Le droit impérial peut être excellent, mais ce n'est pas celui que nous avons reconnu dans le serment fédéral. »

Zurich et Schwytz mirent donc leurs armées en campagne : elles se rencontrèrent sur le mont Etzel. Les troupes de Schwytz occupaient la hauteur; celles de Zurich, la partie inférieure près de Pfsefiikon. Stiissi lui-même s'avança contre la Marche; mais il la trouva si bien défendue par des fortifications et par les soldats de Schwytz et de Glaris, qu^il se retira sans avoir rien entrepris. Itel Reding reçut sur PEtzel des envoyés d'Uri et d'Unterwalden. Ils le conjurèrent au nom do Dieu et de la patrie de tenter encore de faire la paix^ pour que Ton ne vît pas (ôrime inouï !) le sang des Suisses versé par la main des Suisses. Mais danscet instant le sang coulait déjà. Une troupe de Zuricois s'étaient avancés jusque sur les avant-postes de Schwytz. Il y eut un grand nombre de blessés; onze Zuricois furent tués; les autres s'enfuirent.

Les Confédérés obtinrent un nouvel armistice» et entamèrent de nouvelles négociations. Elles n^eurent aucun résultat, parce que Zurich persistait à recourir à l'arbitrage de renxj}creur et à refuser celui des Confédérés. Ce refus excita le courroux des cantons contre les Zuricois. Zurich arma de nom elles troupes, et Stiissi, à la téle de plus de 6,000 hommes, marcha vers FEtzel, ou les troupes de Schwytz et de Claris, avec un renfort d'Uri et d'Unterwalden, Tattendaient en bon ordre.

Il arriva au milieu d'une nuit, comme par miraclei qu'une terreur subite, dont la cause resta inconnue^ s^empara des Zuricois postés près de Pfœffikon. Saisis

Ds u UAtm «Disse.

d^effroi, ilâ se jetèrent dans leurs bateaux^ an nombre de cinquante-deux, et retoaroëreot en hâte à Zurich. Les troupes qui occupaient les hauteurs de PEtzel en descendirent, rayagèrenl et occupèrent les bords du lac, puis engagèrent tous les Confédérés à marcher contre Zurich.

L'épouvaiile et le désordre se mirent dans celte ville déiiii(5e de tout secours; elle renoua les négociations rompues et se soumità l'arbitrage des CniiriMlcn's. Dans cette situation, Zurich dut non-seulement renoncer à toute prétention sur le Toggenbourg, mais encore céder à Schwytz et à Claris , pour les frais de la guerre, PfseflBkon, Wolirau, Hurden et d'autres lieux, ainsi que certaines propriétés et certains droits (1440). Un canton fit ainsi des conquêtes aux dépens dHin autre. Une paix conclue à de pareilles conditions ne pouvait pas être durable. Les Zuricois, ne trouvant pas la justice du côté des Confédérés, se jetèrent dans les bras deFAutriche et signèrent une alliance sé'p;irée (Sonderbund) avec l'empereur Frédéric III, petit-tilsdu duc Léopold tué à Sempach (1 142). Ce fut une grande faute, mais ils étaient exaspérés de la perte de leur territoire.

Dès que le bruit de cette honteuse alliance se répan^ dit, les Confédérés accusèrent unanimement Zurich d'avoir violé l'alliance perpétuelle. Des diètes s'assemblèrent ; Zurich fut sommé de se séparer de TA^triche. Il y eut un grand nombre de pourparlers inutiles; Zurich n ai)andonna point le parti de Tempcreur. Ce souverain envova vers les Zuricois le capitaine Thuniig de Hatwyll, pour" recevoir solennellement le serment de fidélité à l'empire, le seimont d'une alliance offensive et défensive. A la demande du capitaine, les Zuncois ôtérent leurs croix blanches, marques distinctives des Suisses dans toutes leurs guerres, et prirent les croix rouges, telles que les portaient les Autrichiens. D'autres ornèrent aussi leurs chapeaux de Faigle impérialb etdela phrae de paon.

Les Confédérés furent navrés de cette conduite; tout le peuple, entlanmié de colère. Des injures, de

mauvais traitements, des assassinats, des incendiéâj accompagnèrent cette mésintelligence. Entin . une guerre géoérale des Confédérés éclata contre Zurich.

Guerre de tons les Confédérés eontre Zurich.

Bataille de Saint* Jacques. La paix*

(De ran 1443 à Tan 1450.)

La déclaration de guerre des Confédérés n'inliraida

I)oint Zurich qui comptait sur le secours puissant de 'Autriche. Déjà, en effet, à la sommation de Tempereur, Thiiring de Halwyll^ un grand nombre de chevaliers et de soldats, même le margrave Guillaume de Badeiij avaient volé au secours dé la ville. On y comptait au delà de 5,000 Autrichiens.

Alors commença une guerre de Suisses contre Suisses. Près de Pfaeîrikoîi et de Fre) enbach. sur les rives du lac de Zurich, les soldais de Schwytz combattirent avec succès contre les Zuricois en nombre double ; de même Lucerne, Uri et Unterwaldeii, sur les hauteurs du Hirzel, contre îes Zuricois qui s'y étaient retranchés derrière des remparts. Les remparts furent pris et renversés; beaucoup de sang généreux coula. De nombreux villages furent incendiés au bord du lac, dans le pays de Zug, de Schw;tz et dans les bailliages libres* Chaque jour le sang rougissait la terre, chaque nuit la flamme rougissait le ciel, La ville de Bremgarten se défendit en vaii] avec intiépidilé, pour maintenir la portion de souveraineté que Zurich avait eue sur elle. Le sort de Bremgarten effraya iiaderi, qui aurait voulu rester neutre, mais qui dut ouvrir ses portes aux Confédérés. Ni la tour de Riimlang, ni les forteresses de Grûningen et de Regensberg ne purent résister à la lureur des Suisses.

Enfin, Schwytz, Uri, Uoterwalden, Glaris, Zug, Lucerne, au nombre de 5,000 hommes, passent TAlbis pour marcher sur la ville de Zimch. Itel Reding marche

avec eux. Les Zuricois et les Autrichiens, à pied, à che-

val, volent an-âevant d^enx emportés par la rage ; le bourgmestre Sttlssi dans lenrs rangs. On court, on traverse la Sihl. Avid( s de cai na^T, les deux ai mées se rencontrent dans [ i airies entre le village de Wiedikon et Tantique chapelle de Saint- Jacques, le 22 juillet 14-43. De chaque côté des milliers de combattants ; de toutes parts des cris, des gémissements, le carnage. La terreur se répand dans les rangs des Zuricois, qui combattent sans ordre, parce qu'ils sont sortis en désordre. Ils s'enfuient dans la plus grande confusion et repassent le pont de la SihK Là, le bourgmestre Stfissi, vénérable par ses cheveuic blancs et par son héroïsme, s'arrête au milieu du pont, brandit sa hache d'arme et s'écrie :« Arrêtez, citojens, arrêtez ! » Mais un citoyen de Zurich lui crie d'une voix terrible : « Que la foudre du ciel t'écrase, tout le mal nous vient de toi seul ! ^ et il lui passe sa lance au travers du corps. Le bourgmestre tombe avec fracas dans son armure. Amis, ennemis^ tous passent sur son cadavre et volent au faubourg. Les citoyens barricadent les portes de la ville ; le faubourg est pillé par les vainqueurs. Ceux-ci coupent en pièces le cadavre de Stnssi, déchirent son cœur de leurs dents, enduisent leur chaussure de la graisse de son corps , et jettent ses restes mutilés dausles flots de la Sihl. Des maisons, des villages en flamme servent de flambeaux aux vainqueurs qui, a.-sis sur les cadavres de leurs ennemis, boivent à leur victoire au milieu de la nuit.

Ensuite les Confédéri's assii'gèrent le nouveau Rapperschwyl, occupé par l^s Autrichiens; les Bernois assiégf rentLaufenbourc. Mais ces deux places tinrent bon. La forteresse de Greifensée, au contraire, fut forcée de se rendre. Jean de Breitenlandenberg, surnommé Jean le Sauvage, Pavait défendue vaillamment avec un petit nombre d'hommes pendant vingt-six jours. Ce siège coûta cher à Itel Reding et à ses Confédérés. Ceux-ci en furent tellement exasp^és, qu'ils demandèrent à grands cris la mort de Jean le Sauvage et de ses héros. «Tous,i s'écria la soldatesque farouche, ^ tons mourront, et ceux

de Greifensée aussi.»— Le capitaine lloizacti de Men*

zingen» sur l6 lac de Zag, fit entendre sa.voix: « Confédérés, craignez Dieu, épargnez le ^nng innocent, ne souillez pas Thonneur de la Confédération. » Mais le landammann Itel Reding répondit : • Cet homme a des

sentiments autrichiens, qu'ils meurent tous, à Texcep-

lion des citoyens de Greifensée. » Les hordes sangui- ' naires poussentdes huilementsd'approbalion. Vieillards, hommes, femmes, pères, mères, implorent en vain la pitié. Reding donne le signal : le cercle < si fermé; le bourreau de Berne y entre, le glaive à la main. Jean le Sauvage meurt courageusement. Les tôtes de beaucoup d'antres tombent auprès de la sienne. Le bourreau s'arrête, regarde Itel Reding et semble demander grâce pour les autres. Reding l'apostrophe plein de colère : « Si tu ne remplis pas ton office, un autre le remplira sur ta personne. » Alors tombent les têtes de Félix Ott, de Jean Escher de Zurich et desautres. A la cinquantième, la nuit est déjà venue, Reding fait allumer des torches de paille pour éclairer latin de l'œuvre sanglante. Lorsque la soixante-deuxième est abattue, Reding s'éloigne de la foule saisie d'horreur.

Les Confédérés retournèrent contre Zurich avec 20,000 hommes et mirent le siège devant la ville dans Tété de 1444. Les Zuricois se défendirent avec courage. Seize d'entre eux, surnommés les boucs, avaient formé une société militaire et firent beaucoup de mal aux Confédérés, qu'ils attaquaient en partisans.

La noblesse autrichienne de FArgovie aussi fut active dans l ifiiérêt de Zurich. Le comte Thnnia> de Falk( 11stein, pour nuire aux Bernois, envoya deux de ses gens avec ordre de mettre le feu à la ville d'Aarau pendant la nuit. Ca coup n'ayant pas réussi, il traversa à cheval la Tille de Brougg, accompagné de deux seigneurs de Raldegg, et dit : < Nous venons du camp de Zurich, et nous allons à Râle chercher le seigneur évâque pour nous aider à faire la paix.t La seconde nuit après, il reparaît aux portes de Brougg. « Nous apportons la paix, » dit-il, « voici le seigneur évéque, ouvrez-nous. » A ses côtés se trouvaient deux de ses gens vôtus aux couleurs de

D£ LA NATION SUISS£.

Bâie. Le gardien trompé ayant ouvert la porte de la ville, Falkenstein y entra avec 40() cavaliers, pilla la ville, fit saisir el eiilermer l'avoyer EtTinger, les membres du conseil et les principaux citoyens. Il se proposait de les faire décapiter au point du jour. Hais le bruit de son action s'était déjà répandu dans les environs ; les

i>aysans se levèrent de tons côtés* Falkenstein fil mettre e feu à la ville et emmener les prisonniers. Us devaient être efnécntés dans une forêt oé chênes, non loin de Brougg. A la prière de Tun des complices de Falkenstein, ils furent emmenés à Lauffenbourg et gardés secrètement dans mie tour située sur un rocher au bord du Rhin. L'un d^eux descendit de la tour au moyen 4" V"d'une corde laile avec ses draps et ses couverlures, s'6lança dans les fiots du Rhin, parvint à s'échapper et découvrit tout Les damesde Brougg rachetèrent la liberté de leurs maris à force d^or. Pour venger cette action, les Soleurois démolirent un des châteaux du comte de Falkenstein; ils attaquèrent de même Farnsbourg et d'autres châteaux forts.

Cependant la ville de Zurich était toujours assiégée et vivement pressée. L'empereur, occupé à une guerre lointaine, ne pouvait y envoyer aucun secours. Il pria leroide France de iBciéleiidre contre les Suisses. A cette époque, la France était couverte de troupes indisciplinées, parmi lesquelles se trouvaient des Anglais et d'autres étrangers qui, jusqu'à leur déconfiture, lui avaient fait la

Eaerre sous le commandement du comte d'Armagnac, e roi les réunit^ leur donna des chefs, et les envoya au secours de Zunch sous les ordres de Phéritier de la couronne, le dauphin Louis. Les Armagnacs étaient au nombre de 30,000 ; ils arrivèrent près de lîale pendant que les Soleurois, aidés par des troupes de Berne, de Lucerne et de BâIe, assiégeaient la haute forteresse de Farnsbourg. Ceu,x-ci expiulièrent en hâte des messagers au camp devant Zurich pour demander du secours contre les nombreux Armaenacs. < Ce ne sont que de pauvres Jacques» (armen Jaecken), répondirent les as^ siégeants, et ils se contentèrent d'envoyer à Farnsbpurf;

un renfort de 600 bommes, y compris 50 Nenchâtelois ;

ces derniers sous le commandement d'Albert de Tissot.

A la nouvelle que les Français couvrent déjà les champs de MùMcbenstein, non loin de Bâle,900 do ceux qui assiègent Farnsbourg et les 600 hommes nouvellement arrivés volent à leur rencontre. Chemin faisant, ils rencontrent deux chanoines de Neuchàtel qui revenaient du concile de Bâle, où le chapitre * les avait envoyés au sujet de quelque débat ecclésiastique. Les chanoines essaient de leur représenter que c^est folie de vouloir « avec si petit reconfort » s^opposer à la puissante arnue des Armagnacs, et qu'ils courent à une mort cerlaine. * S'il en est ainsi, » répond un chef bernois, « et que nous ne puissions rompre les dits empêchements, nous baillerons nos fîmes ;\ Dieu et nos corps aux Armagnacs. » Le 26 août 1444, au point du jour, les Suisses trouvent 4,000 Armagnacs devant le village de Pratte* len : ils leur livrent un combat sanglant, les repoussent dans leurs fortifications près de Muttenz, puis les for* cent d'en sortir etde se jeter dans les flots de la Birse^ qui coule près de là.

Du haut des tours de la ville, les habitants de Bâle furent témoins de la valeur avec laquelle la pelile troupe des Suisses s'avançait contre un ennemi si supérieur en nombre. Trois mille Bâlois soilireni de leurs murs pour engager les Suisses à s'y retirer. Ils n'y réussirent pas. Les Confédérés, poursuivant leur avantage, traversent la Birse à la nage et arrivent au rivage opposé, malgré les terribles décharges des ennemis, dont toutes les forces sont ranf^es sur les bords de la rivière. Us pénètrent dans ces hordes innombrables, semblables a des anges destructeurs. Ils sont bientôt séparés, maïs ils ne s'en battent pas moins, 500 dans une plaine, les autres derrière le mur du jardia de lliôpital près de Saint-Jacques. Terribles comme des lions, ceux de la plaine luttent avec acharnement jusqu'à ce qu'ils tombent morts sur les cadavres d'ennemis nombreux ; tués, leurs rangs sont aussi serrés que peu**

dant la bataille. Terrihle^î comme des lioni^, ceux du jardin combattent avec non moins de courage derrière leur mur : trois fois ils repoussent l'assaut; deux fois ils font une sortie; le mur croule; Tbôpital et la chapelle brûlent.

Tons les Confédérés moururent en héros. On en trouva 99 étouffés dans les voûtes des caves. Mais des milliers d'hommes et de chevaux ennemis jonchaieat la terre entre Saint-Jacques et Prattelen.

A la fin de la bataille, qui avait duré dix heures, le chevalier Burkhard Mtinch de Landskroii, ennemi des Confédérés, parcourait à cheval le champ de bataille, accompagné de quelques autres chevaliers; foulant les cadavres des Suisses, il s*écria dans sa joie : « Maintenant je me baigne dans les roses* » Alors, se relevant du milieu des morts et des mourants, le capitaine Arnold Schik, d'Uri, lui cria : « Baise encore cette rose-ci I • et il lança au front de liurkhard nue pierre meurtrière.

Quinze cents CoDtïdérés moururent glorieusement à Saint-Jacques; dix seulement sauvèrent leurs jmirs par la fnite. Ils furent honni? dans toute la Suisse et de toutes parts repoussés, pour n'avoir pas voulu partager en vrais Suisses le courage des héros et la gloire de leur trépas.

Le daupnin s'arrêta sur le champ du carnage et n^osa

!ias aller plus avant. Il venait d'apprendre que les Con* édérés avaient quitté les murs de Zurich pour marcher contre lui avec toutes leurs forces. « Si des centaines nous ont fait nager dans notre sang, » s'écria-t-iK « que ne feront pas des milliers ? »> Plein de respect pour leur bravoure, il conclut avec eux une paix à Einsisheim. Le comte de Neuchâtel et le seigneur de Valangin avaient servi de médiateurs.

Cependant la guerre intérieure contre Zurich, l'Autriche et la noblesse dévouée à cette puissance, continuait toigonrs* Bâle se joignit courageusement et franchement aux Confédérés, partagea avec eux tous les dangers des combats^ chassa de son sein tous les nobles qui avaient

HiSTOlM

aidé les Armagnacs de leur conseil et de leur secours. Ses troupes marchèrent avec celles de Berne et de Soleure sur Rheinfekl< n. Cette ville était dt^^ouL*»' aux Suisses, mais sa forteresse, située sur un roclier dans le Rhin, était occupée par Jean de Falkenstein, par Hallwyl, par beaucoup de gentilshommes et d'Autrichiens. Tous sWuirent de nuit; la forteresse fut ruinée. Rapperschwyl dot aassi endurer un nouveau siège ; c^était une place forte. Jean de Rechberg et lesZuricois la soutenaient vigoureusement. Mais les troupes de Schwytz et de Lucerne les battirent complètement près de Wollrau, dans une belle nuit d'hiver (déceinlin' WV^. ï/année suivante (6 mars 14-46), les Autrichiens éprouvèrent une défaite plus sanglante encore, lorsque, au nombre de 6,000 hommes (Jean de Rechberg était avec eux), ils voulurent pénétrer en Suisse près de Ragaz : 1 1 00 hommes de tous les cantons remportèrent cette victoire déci*sive, dont la paix fut le résultat.

Une guerre si peu glorieuse pour lui déplaisait à Tem* pereur, qui d'ailleurs avait d'autres embarras de cette nature. Stiissi ayant été tué et Itel Reding étant aussi mort, Zurich et les Confédérés se rapprochèrent sans peine. A la vérité, le leu cl le fer firent encore çà et là quelques ravages, mais on négocia avec activité, jusqu'à ce que Tavoyer de Berne, Henri de Bubenberg, prononça, le 13 Juillet 1450, cette sentence arbitrale: « Zurich renoncera à son alliance avec l'Autriche et recouvrera le territoire que les Confédérés lui ont enlevé, à Texception de celui qu'elle avait perdu précédemment sur les bords supérieurs du lac (à l'orient de Pfaeffikon). » — Toutes les parties consentirent à laisser le Toggenbourg à un parent du comU', au seigneur do liaron, qui le vendit plus tard (1400) àTnbbéde Saint-Gall.

La guerre avait coûté aux Zuricois 1,070,000 ilorins.

DX hA lUTION SOISBB.

Frilmiirg tombe mu pomvoir de la Sawoiei la Thurgowie «Cfvteiit u bailliage comiiuB de la CMftdéMtloB.

(De 1 ao 1450 à l'an ii6B.)

Pendant la lutte de Zuricli contre les Confédérés, Fribourg , qui dépendait alors des ducs d'Aud iche, s'était moiUré peu favoiable aux Siii?^ses, et dans la guerre contre les Armaiiiiacs, les Fribourgeois avaient refusé de suivre les drapeaux de Berne. Aussi les Beriiois s'alliéreut au duc de Savoie et prirent même les armes pour faYoriser ses projets, qui leodaieDi à s^emparer de Fri-, bourg. Les Fribourgeois, abandonnés par rAutriche, durent accepter la çaix aux cooditioDs les pins dures (1448). Le duc d'Autriche, irrité, arrive à Fribourg, casse le Conseil, fait jeter en prison lavoyer et les principaux magistrats, crée un nouveau gnnvrrnement et commet de nombreuses vexations. Cette conduite, loin d'arran-

f[er les choses, amène les troubles les plus graves; enfin e duc de Savoie. jiigt\'^nt le moment fnvornble, recommence à i/iguiéter la ville po^r les sommes qu'elle lui devait depuis le traité de paix , et il fait marcher des troupes contre elle. Le gouvernement, réduit aux abois, se décide à accepter ce prince pour i>rotecieur et snzerain du pays. Le 10 juin i452, la croix blanche de Sa<^ voie est arborée sur les tours ; les magistrats et la communauté jurent fidélité à leur nouveau seigneur. Mais FriboLirg ne resta pas longtemps sous la domination de la Savoie, elle renouvela son traité de combuurgeoisie avec Hci ne, et trouva de ce côté un solide appui contre les exigi'nces du duc.

C'est à la môme époque (145â) que les AppenzeUois furent admis dans la Confédération à titre Q^éUié9 per^

Cependant, malgré la paix, on n^était pas tranquille dans lereste de la Sciîsse. Les guerres continnellesavaient

donné aux mœurs de la rudesse et aux esprits des goûts luilitaires. L'iiumme du peuple aimait mmax se battre

et faire du buùa que labourer la terre, condaire des troupeaux ou exercer un métier.

Voyant ces dispositions, le roi de France témoigna beaucoup d*ainilié aux Confédérés, ûl une alliance avec eux, comme avec de boDS Toisins (en 1452), et des cen- i taines de Suisses grossirent ses troupes et lui vendirent leur courage. Le duc de Milan , par le môme principe, coDcéda la Levantine à perpétuité au canton d'Uri , et conclut un traité ou capitulation (en -1467) avec les Suisses, relativement au transit, à la liberté du commerce, aux péages et aux diiïér^nds juridiques. Ce furent là les premiers traités des Suisses avec ces voisins dont ils de-

^ vaient ensuite arroser les champs de bataille datant de

* sang si précieux et si honteusement vendu ! - Cependant ils avaient constanunent chez eux des sujets de querelle ou de guerre. La ville de Stt^asbourg a'était plainte an gouvemment de Zurich le gentilr homme-brigand, comte de Thengen, pillaiMes négociants strasbourgeois ; les Zuricois connireiil venger leurs amis. Ils prirent Eglisau et Rhcinau, et gardèrent, pour les frais de la guerre, Eglisau et le couvent de Rheinau sous la protection de la Suisse (en i457). Pour témoigner sa reconnaissance, Strasbourg invita la vaillante jeunesse de Zurich à une léte consacrée à la victoire et à Tamitié. Les jeunes Zuricois descendirent en bateau la Limmat, TÂar et le Rhin jusqu'à Strasbourg ; ils avaient » pris avec eux de la bouilUe de mil brûlante et des petits pains chauds, le tout bien enveloppé. Le soir ils débar> quèrent à Strasbourg et offrirent dans le joyeux repas leur bouillie et leurs petits pains encore chauds , pour . montrer avec quelle célérité des amis peuventi^e rendie ^ auprès de leurs amis. *

A Neuchâtel, Jean de Friboiirg, successeur de Tom^ * brageux Conrad, avait accordé aux bourgeois de ïiôiTjjfrveaux et importants privilèges, après le terrible incendié-, de 14âO, çtti avait détruit toute la ville. Cette fois encore » les Bernois avaient interposé leurs bons offices» La Goû^ fédératioui bien qu^elle eût, elle aussi, des sujets, conti- . nuatt à f^pandre autour d'elle Tei^it d'Inoi^MMliioe

DE LA NATION 8U188S

et de liberté. Le comte Jean étant mort, son neveu Rodolphe de Hochberg lui succéda ( i 457) malgré les efforts de Louis de Châlons, qui revendiquait Neuchâtel, allégaaot que le fief était vacant et devait retouroer aa suzerain.

L'année suivante , une fête militaire à Constance eut ane issue funeste. Un citoyen de Constance refusa de r^ cevoir d^in I^cemois un plappart bernois (le plappart était la vingt-neuvième partie du florin), et appela avec mépris la monnaie suisse plappart de vache. Piqués de cette injure, tous les Suisses quittèrent la fête. Ils revinrent bientôt au nombre de 4000 hommes de tous les cantons, et ravagèrent les terres que la ville de Constance possédait dans la Thurgovie. Elle ne put acheter la paix qu'à force d'argent* Cette guerre fut nommée guerre des plapparts.

Gomme les Confédérés retournaient dans leurs foyers, 300 hommes d'Uri , de Sehwytz et d'UnterwaMen demandèrrat à la ville de Rapperschwyl le passage et un gîte. On reçut amicalement les Suisses fatigués; car les habitants de Rapperschwyl, quoique toujours fidèles et dévoués aux ducs d'Autriche, avaient eu constamment à supporter de leur part de mauvais procédés. Ils étaient donc lort bien disposés eu faveur des Confédérés ; aussi les reçurent*-ils avec la plus généreuse hospitalité , ei cette inéme nuit on se jura mutuellement amitié éternelle, sans égard pour l'Autriche : Rapperschwyl fit une alliance défensive avec les trois Walostaatten (1458) , ét plus tard aussi avec Claris (1464).

Cette nouvelle alluma le courroux de l'archiduc Sigismond ; mais des embarras bien plus grands le tinrent tout occupé ailleurs et ne lui permirent pas de songer aux Confédérés. Le pape, en querelle avec Tarchiduc, Texxommunia, et somma les Suisses de s'emparer des biens que l'Autriche possédait encore dans leur pays. Ceux-ci, sachant bien que non-aenlement le pape, mais encore Pempereur, étaient opposés à l'archiduc, se trouvèrent bientôt sous les armes, envahirent la Thurgovie, et VMigèrent de prêter senMiit de fidélité aui sept cantons de

liû

UiSTOiAE

la Confédération, souft la réserve de ses droits el de ses insUiulion^ jiKiiciaires. Diesscnhofeu se défendit en vain avec courage, dans rinlcrît de rAulriche. Tout h: peuple des campagnes était pour les Suisses. Dès ce moment les Confédérés, Appenzeli et Berne exceptés, conservèrent les droits que rAutriche a?ait eus sur la TburgoYîe,

Berne et Schaffhonse furent toutefois associés à la juridiction sur Diessenbofen, dont ils eurent aussi le protectorat. L'archiduc voyant que tout éLail perdu pour lui dans ce pays, vendit aux Zuricois la ville de Wmterthur. C'est ainsi que la belle et vaste Thurgovie devint un domaine suisse Tan 1460.

A la même époque , Mullioiiso . ville impériale, dans l'Alsace, eut beaucoup à souDrir du brigandage de la noblesse des environs, et se trouva hors d'état de lui résister plus longtemps. Un maître meuni^ avait retranché six plapçarts du gage d^un de ses domestiques : celui-ci avait imploré Tassistance d^nn i^entilhomme; le gentilhomme en prit occasion de chercher querelle à la ville. De là une guerre. Mulhouse demanda du secours aux Confédérés. Amis de cette ville, es Suisses se montr^rent prêts à la soutenir. La noblesse sut mettre Sigismund, duc d'Autriche, dans ses intérêts. Après de longs pourparlers sans résultats, les torches de la guerre, allumées de nouveau, ravagèrent la contrée qui s'étenddepuis Schaffhouse jusqu^à Waldshut et Mulhouse. Beaucoup de châteaux et de villages furett changés en déserts; beaucoup d'hommes noyés dans leur sang^Yain* queurs sur plusieurs points, les Confédérés mirent à la fin le siège devant Waldshut. Berne était d*avis que Ton * piil la ville d'assaut, pour qu'à l'avenir elle servît de rempart à la Suisse contre rAlleniairne. Les autres cantons avaient des vues moins grandes. Berne se lut à regret en voyant ses Confédm's accepter un traité de paix, moyennant le paiement des frais de la guerre. Enfin on conclut à Waldshut une paix qui mit Schaffhouse et Mulhouse à l'abri des attaques de l'Autriche et de la nobletase. Ce fut eu 1468. JLa même année, le duc Sigia-

DE LA NA.TION SUISSE. iii

mond fit aux Coiifr-dérés une cession soieanelle de toas ses droits sur la ïburgovie.

Uaion des trois ligues de la Rhétie* INseorde 4 Berne* Commencement de la g^ncrre de Bourgogne.

iDel'ao 1469àran U76.)

Les Grisons n'avaieiil pris aucune part ù ces guerres et à ces troubles qui désolaient la Suisse, quelquelois môme pour un phîppnrt. Ils vivaient alors dans Tinnocence do leur premier amour pour la liberté et pour les droits éternels que Dieu a donnés à tous les hommes. Ils ressemblaient à ces premiers Confédérés qui ne demandaient qu^à vivre indépendants de la tyrannie et des caprices de seigneurs puissants ou de princes , et ne désiraient point conquérir par Tor ou par le fer des sujets el des esclaves Ikîaucoup de vallées des trois ligues la- ' chetèrent à grands prix les impositions qu'elles payaient à leurs anciens sei^^neurs : jamais elles n'emiili>>èriMit, pour s'en affranchir, la violence et la sédition. Mais lorsque, malgré le rachat de ces droits, des sei^îj^nenrs sans conscience voulaient de nouveau imposer leur joug à des hommes légitimement libres, le peuple, les armes à la main , se ielait avec la force du lion courroucé sur les ennemis de ses droits et de son bonheur, «t triomphait comme les premiers Confédérés. La vallée de Scnams. renferme les ossements de beaucoup de seigneurs hautains, 4ués (1450) pour avoir formé une - baade noire 9 contre les descendants de Jean Chialda^rar.

Pour se lorl.fier contre toutes les attaques de leurs ennemis et pour maintenir la concorde, des députés de toutes les communes et de toutes les juridictions des trois ligues s'assemblèrent dans le petit village de Yazerol, au centre du jjays Là les trois ligues jurèrent de rester à jamais unies pour le maintien de leurs droits ^ de partager les périls el la mort; de se défendre contre les ennemis étrangers, comme un seul peuple et un seul corps; de délibérer eu comiuuii sur leurs intérêts et de

lis

aiSTOtilB

juger loiirs différends dans une diète annuelle. Il fut convenu que la diète se tiendrait alteroativementà Coire, dans la ligue de la Maison-Dieu, à Ilanz dans la Haute- Ligue, et à Davos dans celle des Dix-Juridictioos. Les députés de la diète De seraient pas investis do luinvoir législatif, mais auraient seulement le droit d'initiative, l'adoption ou le rejet de leurs propositions apparliendrait au peuple assemblé en communes. Au cas qu'il survînt un différend entre deux des ligues , la troisième serait arbitre; ce que deux ligues décideraient serait obligatoire pour la troisième. Telle était celte organisation politique. Chaque commune avait ses lois et sou chef; plusieurs communes réunies étaient gouvernées par un iandammann et avaient leur basse et leur haute juridiction; c'est pourquoi une semblable réunion de eom« munes s'appelait une Haute JuridicHon ; plusieurs hautes juridictions formaient une ligne, les trois ligues composaient la république des Grisons. Le peuple élisait et installait lui-même ses magistrats.

Tandis que 1:^ concorde s'affermissait dans les Alpes rhétiennes, la discorde laillil jeler Berne dans un abîme de maux. Cette ville, bâtie autrefois par le duc de Zœhringen sur un sol libre, peuplée de bourgeois libres et d'artisans laborieux, comptait aussi parmi ses citoyens des seigneurs féodaux dn voisinage ; la ville protégeait les droits que ces seigneurs possédaient sur son territoire; les seigneurs, en échange, prenaient dans toutes les oc^ casions les intérêts de la ville en bons citoyens. Un grand nombre de ces familles nobles siégeaient dans le conseil, et s'étaient de tout temps rendues utiles a la chose publique par leur sagesse, leur couraiie et leurs biens. Elles avaient surtout aidd la ville à augmenter le nonilire de ses sujets par des conquêtes et des achats, et à se mettre par là en grande considération parmi les Confédérés* Toutefois , les simples bourgeois se croyaient les égaux des gentilshommes» tandis que ceux-ci laissaient tomber des regards dédaigneux sur les pelletiers, les bouchers, les boulangers et d'autres artisans honorables, et se targuaient ridiculement de leur noble origine. D'ailleurs,

en devenant bourgeois df Berne, ils avaient g:^r(\é tous lenrs droits sur leurs sujets, et ils prétendaient les conserver, au mépris de Tégalilé répablicaiaô. Une laite était immineote.

Une occasion particulière la fit éclater. L'avoyer Pierre Kistler, de la tnbu des bouchers et boucher de profession lui-même, avait établi dans les bailliages des huissiers d'Etat (Freiweibel) chargés de l'exécution des lois.

Un de ces huissiers ayant porté le zèle jusqu'à li apper un magistrat communal qui refusait de reconnaître le gouvernement de Berne, dans une seigneurie qui appartenait à Nicolas de Diesbach. fut arr^t(^ par le soigneur et jetr en prison. L'huissier en appela au Grand Conseil, de là deux partis : celui des seigneurs ligués pour le maintien de leurs prérogatives, et celui des autres membres du Grand ConseiL Mais on refusa solennelle* ment de reconnaître les prérogatives des seigneurs; c'^est pourquoi tous abandonnèrent la ville avec Irars femmes et leurs enfants, et se retirèrent dans leurs terres seigneuriales. Devenu avoyer de Berne (en 1470), Pierre Kistler se plut à humilier les nobles et à les assimiler en tout aux autres citoyens. Les avoyers, conseils et bourgeois de Berne {lublièrent, en conséquence, une ordonnance sévère contre le luxe des habillements. En apprenant qu'elles devaient renoncer aux longues queues de leurs robes, les femmes et les filles des nobles écla*tërent en lamentations, et engagèrent leurs maris à refuser obéissance, vu que la longue qoeue était la marque distinctive de la noblesse. De nouveaux troubles s'élevèrent ; les Confédérés inquiets offrirent leur médialion. Le conseil de Berne fit d'abord exécuter Tordonnance, et bmnit la noblesse; celle-ci se soumit. Cependant peu de temps après (printemps 1471), on adopta des lois somptuaires moins rigoureuses, mais elles furent mieux observées ; le calme se rétablit.

Jamais la paix n'avait été plus nécessaire; car bientôt après les Suisses eurent besoin de la plus parfaite concorde ponr ne pas devenir'la proie de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ce prince, superbe, ambitieuX|

lli HISTOIRE

avide de gloire, s'enflammait de colère à la moindre ré- j sistance. Sa flominalioii s'étendait depuis les frontières seplentrionaies de la Suisse, le Jura et le Rhin, entre ce fleuve et lâ France jus(]u'à la mer du Nord. 11 avait chassé, les armes à la main, René, duc de Lorraine, et, s^avançaDt jusque sous les murs de Paris, il avait effrayé \ sur son trAue le roi Louis XL Celui-ci haïssait le duc de Bourgogne et lui suscitait sans relâche de nouveaux i . ennemis. A force d'habileté et de flatterie, il parvint à ' mettre dans ses intérêts lus Confédérés, dont il avait appris à connaître la valeur redoutable dans les plaines de Sainl-JacijiH's , lorsqu'il n'était encore que dauphin. Pour obtenir leur secours contre le duc, il n épargna ni les présents, ni les chaînes d'or qu'il envoyait aux i conseillers les plus influents dans les villes de la Suisse. I René de Lorrame, chassé de ses Etats, implora aussi leur assistance» et même Tempereur d'Allemagne les encourageait à marcher contre la Bourgogne. A la vérité, ils n'avaient pas à se plaindre du duc, quoique son bailli, Pierre de Hagenbach, se fût montré négligent à protéger les négociants suisses, quelquefois maltraités en traversant la Bourgogne. Mais ils ne résistèrent pas aux prières et aux présents du roi de France; la jeu- j nesse belliqueuse des villes était surtout avide de nouveaux exploits. L'Autriche, la Lorraine et d'autres puissances de PAllemagne s'étaient coalisées, de leur c6té, contre la Bourgogne.

Ainsi les Confédérés firent un traité avec la France (en 1474) et fondirent avec 10,000 hommes sur la Haute- Bourgogne, pillant et brûlant tout; 8,000 hommes de la ligue des villes du Rhin s'étaient joints à eux. Bâle, Fribourg, Schaffhouse, Saint-Gall, avaient fourni des \ troupes. On exerça les plus affr-m ravages et Ton maltraita cruellement les comtes et les seigneurs du pays de Vaud, dévoués à la Bourgogne , ainsi que le duc de Savoie, qui avait embrassé le parti de Charles le Téméraire. Les Bernois et les Fribourgeois prirent Morat, qu'ils obligèrent à leur jurer obéissance. Les bannières suisses flottaient le long des rives du lac Léman. Un

grand nomtoe de châteaux devinrent la proie des flammes. Les Confédérés mirent une garnison dans la cita-

dolle de Grandson, au bord du lac de Neuchàlel. Les Valaisans se joignirent à eux et leur aidèrent à combattre la grande puissance de la Savoie.

Lorsque les Suisses lurent bien engageas dans celle guerre, qu'ils faisaient pour le roi de Fraiice et pour l'empereur d'Allemagne, ces deux princes les abandonnèrent inopinément par la plus lâche perfidie. L'empereur, le premier, fit la paix avec le duc de Bourgogne, et douze semaines plus tard le roi de France conclut avec lui une trêve de plusieurs années (1415). Il avait cependant promis aux Suisses de joindre ses armes aux U urs : au lieu de cela, il accorda même le libre passage au duc pour marcher contre les Confédérés. C'était h eux que Charles en voulait le plus : il avait résolu de les humilier et d'en tirer vengeance. Charles avait une fille unique, héritière de tous ses Etats : il éblouit le roi et Fempereur en les flattant séparément de l'espérance que le fils de Tun et de Tantre obtiendrait la main de sa fille et toutes ses richesses. Mais, en effet, il ne songeait à rien moins qu'à une pareille union.

S^étant ainsi débarrassé de ces deux puissants ennemis, il leva une armée considérable dans ses Etats, soit en France et en Italie. Les Confédérés trahis furent effrayés de ces préparatifs : ils lui envoyèrent deux ambassadeurs pour lui offrir la paix, une alliance exclusive et toute espèce de sntisfaction; mais il rejeta fièrement leurs offres, traversa le Jura en partant de Besançon à la téte de 50,000 hommes, marcha sur la ville de Grandson, bien résolu d'immoler les Suisses à sa vengeance. C'était au mois de mars 1476.

Imvc de 1a fverre de Bouwgogme» Frlhourg devient

libre*

(De ran U76 à Fan 1477.)

Lorsque le duc de Bourgogne eut passé le Jura^ la

ville d'Yverdon se trouva déjà en puissance de ses soldats, grâce à la trahison de quelques citoyens. Le château seul, défendu par une vaillante troupe de Bernois, tenait encore. Lorsqu'il parut devant Grandson, la petite crarnison de celle ville résista avec intrépidité au courroux du prince, et ne lut point intimidée par les assauts qu'elle avait à soutenir le jour et la miU Irrité d^avoir été arrêté inutilement dix jours entiers devant celte misérable place, il ordonna une attaque générale, menaçant les Suisses de faire pendre, après la prise du château, tous ceux qui résisteraient plus longtemps. Cette menace ébranla le courage d'un grand nombre des as.siégés et surtout de leur capilaine Jeaii Wyler. Dans ce munienl arriva vers eux, du camp ennemi, un gentilhomme bourguignon qui parlait l'allemand : il loua leur courage, dit que le duc le respectait et leur promettait une libre retraite s'ils reDOuçaienl à l'heure même à leur résistance valeureuse, mais insensée. Ce discours les persuada. Pour témoigner leur reconnaissance à leur médiateur, ils lui firent un présent de cent florins, et sortirent sans soupçon du château. Mais le duc les fit saisir, dépouiller dé leurs vêtements et pendre aux arbres par centaines ; d'autres lurenL noyés dans le lac. au pied du château.

Saibis dliorreur, ies Confédérés, forts de 20,000 hommes, marchèrent sans hésiter sur Grandson. Au point du jour du 2 mars 1 i76, les soldats de Lucerne, de Schwytz et de TOberland bernois se montrèrent comme avant-garde dans les vignobles situés entre le lac de Neuchâtel et la chaîne du Jura. Après avoir fait leur prière, ils commencèrent Pattaque. Les Fribourgeois et les Bernois avancèrent d'un pas ferme, conduits par un guerrier expérimenté, Jean de Hallwvl, et par Tavoyer de Berne, Nicolas de Schan achthaî. Cette avant-garde s'était déjà battue vaillamment pendant plusieurs heures et beaucoup de sang avait coulé, lorsque le gros de Tarmée conlédérée parut sur les hauteurs, dans l'éclat du soleil de midi. Du haut des collines retentit le son éclatant da cor d'Uuterwaldea et le sombre mugissement

LA laXION SUISSE.

dn tanreau * d*Uri ; on vil s'approcher les bannières flottantes de Zuricli et de SchaOiiouse. « Quelles soiit cës troupes? demanda le duc. — Ce sont les hommes devant lesquels l'Autriche a fui, répoudit le seigneur de Stein. — Malheur à nous I s'écria le dac, une poigbée de ces hommes nous a fatigués depuis le point du jour jusqu^à cette heure : que devieudrous-Dous maintenant Tis4-?is de leur multitude? » La terreur s'empara de ses troupes lorsque rœnvre sanglante recommença. En vain le duc s'opposa aux fuyards : loin de pouvoir les arrêter, il fut entraîné par eux. Les Suisses, acharnés, les poursuivirent jnscfue fort avant daus la nuit. Mais lorsque les soldats de iieriie et de l^'riboiirg virent devant Grandson leurs malheureux compatriotes pendus aui arbres, ils montèrent au château, animés par la vengeance. Les soldats bourguignons se rendirent; mais ils furent tous pendus sans misériccHrde à la place deà cadavres des Suisses, que leurs amis enlevèrent.

Charles le Téméraire, perdit mille hommes et son camp opulent, dont les richesses valaient au delà d'un million de ilorins. Sa parure ducale, ornée de diamants, de rubis, d'autres pierres précieuses et de perles, tomba aussi au pouvoir des vainqueurs. Un Suisse trouva sur la grand'route un diamant gros comme la moitié d'une noix. Il voulut d'abord jeter cette pierre bridante, dont Une soupçonnait pas la valeur; cependant il la garda et la vendit à un prêtre pour trois francs Apres avoir passé de main eu main, ce diamant fut vendu au pape pour vin^t mille ducats, et il brille encore aujourd'hui sur la triple couronne. Un autre diamant, également . trouvé dans ce camp, parvint, par des ventes ci des achats successifs, jusqu'à la couronne de France. Telle fut la richesse et la magnificence du buttn.

Cependant Charles retourna bientôt en Suisse avec de nouvelles force^^. Il passa son armée en revue près de Lausanne, au mois d'avril; elle était considérable. Puis il se rapprocha des rives du lac de Neucbàtel , et de là

• Espèce de cor.

« 4 fr. 5Û cent.

118' # HtttOtRg

il s'avaûÇâ sur Morat. Adrieu de Bubenberg, avec 600 braves et les habitants de la ville, s'y défendit héroîquemeot. Tandis que le dnc se trouvait arrêté là, les Confédérés et leurs amis rassemblèrent leurs troupes. Déjà Morat était en grand danger, ses murs et ses tours avaient des brèches, le rempart s'ébranlait, mais non le courage de Bubenberg et des héros qu'il commandaiL II tint ferme jusqu'à ce qu'il vit arriver de tous côtés les Conff^dérés et leurs alliés de Bienne, des villes de l'Alsace, de Belle, de Saint-Gall et de Schalîhunse. Ils marchèrent en avant; sur leurs pas, malgré le mauvais temps et les mauvais chemins, des troupes de Zurich, do Thurgovie, d'Argovie, de Sargans, venaient en grande hâte. Jean Waldmann^ général des Zuricois, arrivé à Berne la veille de la bataille, n'accorda à ses troupes harassées que quelques heures de repos : à dix heures du soir, il fit sonner le réveil et se mit en marche. La ville était illuminée; devant toutes les maisons se trouvaient des tables servies pour les braves. Tout partit pour rnioiée de Morat, dans l obscurité de la nuit, au milieu de l'orage et de la pluie.

Le jour de la bataille commençait à poindre. Le ciel était couvert de nuages ; la pluie tombait par torrents. Les Bourguignons déployèrent leurs lignes immenses devant les yeux des Suisses. Ceux-ei comptaient à peine 34,000 combattants. Avant de donner le signal de l'attaque, Jean de Hallwyl se mit à genoux avec son armée. Pendant qu'ils priaient, le soleil perça de ses rayons les nuages. Aussitôt Jean de Hallwyl brandit son épéc en s'écriant : « Levez-vous , levez-vous , Confédérés î Dieu vient éclairer notre victoire. » Il dit. C'était le 22 juin. Aussitôt releiilii le bruit des armes; on se heurte, on se frappe; la bataille s'étend depuis le lac jusque sur les hauteurs. Uallwyl commandait la ganche ; à droite se battait le gros de Tarmée suisse, Jean Waldmann à sa tête ; sous les arbres durivage^ Adrien Bubenberg. Hallyyjl avait à soutenir un combat terrible; fl le soutint jusqu'à ce qu'il vit paraître au haut de la colline, sur les derrières des ennemis, le général de Lucerne, Gas-

0S LK NATIOH BOUM.

f)ardde Hertenstein, guerrier à cheveux blancs. Haliwyl 'avait envoyé là par des cbamins déiouraés. La mort vola dans tous les rangs des Boarguignoos: les derniers, les premiers, tous étaient massacrés. Des milliers d'entre eux oombattaieqt encore , des milliers tombaient , des milliers prenaient la (oite. Le duc, pâle, morne, voyant tout perdu, s'enfuit à bride abattue , accompagné d'une trentaine de chevaliers; il arriva sur les rives du lac de Genève: 45,000 des siens étaient couchés dans la plaine entre le lac de Moral et la ville d'Avenches; un grand nombre, en cherchant à se sauver, périrent dans les eaux du lac et dans les marais qui le teroiinent. Le reste fat dispersé. Les tentes, les provisions, les trésors des ennemis devinrent la proie de Tarmée victorieuse. On jeta ensuite les morts dans des fosses pleines de chaux Ti?e et on les reoouyrit de terre. Quelques années après, les citoyens de Morat érigèrent un ossuaire qu'ils rempUrent des os et des crânes des Bourguigiions, pour avertir les étrangers de redouter les Confédérés quand ils sont unis.

René, duc de Lorraine, que Charles avait chassi' de ses Etats, triompha lorsqu'il apprit les revers de ce prince. Il fit une guerre à outrance à son ennemi humilié, et lui reprit la ville de Nancy. Pour se rendre plus redoutable encore, il demanda aux Suisses un renfort de 6,000 hommes; ils lui en envoyèrent 8,000, sous les ordres de Jean Waldmann, Tun des héros de la journée de Morat. A peine eurent-ils joint l'armée de René, que Charles le Téméraire reparut à la téte de nouvelles forces et attaqua vivement Nancy. René vola au secours de cette ville avec ses troupes et les troupes suis.ses. Aussitôt s'engagea une bataille sous les murs de la ville assiégée, le 5 janvier 1477. Mais Charles commandait une armée découragée^ Le commandant de cette avant-garde, le comte Campobasso, au lieu d'attaquer , passa à Tennemi« L'armée de René remportait sur celle du duc en nomhre, en force et en courage. Celui-ci fut vaincu sans peine: s'enfuyant à cheval, il tomba dans un marais couvert d'une mince couche de glace , et périt par la

main de ceux qui le poursuivaient. Cinq cents seigneurs et chevaliers tombèrent à ses côtés , des milliers de ses soldats jonchaieut de leurs corps le champ de bataille. Ainsi finit Tadversaire redoutable des Confédérés*

Parmi les alliés des Suisses qui se distinguèrent pendant la guerre de Bourgogne, les chroniques font surtout mention des Neuchâtelois et des Valaisans. Les premiers, avec leurs voisins du Seeland et du Vully, aidèrent les Bernois à déconûre les troupes du comte de Romont qui formaient l'avant-garde de l'armée de Charles le Téméraire, saccageaient le pays autour de Morat, voulaient empêcher que cette ville ne fût ravitaillée, et tentaient de pénétrer dans le comté de Meuchâtel par Anet et Gerlier. Un Neuchâtelois , nommé Baillod, défendit seul le pont de Tbielle contre l'armée du comte de Romont; le brave Bellenost, banneret du Landeroji Ui des prodiges de valeur. Les femmes mômes coururent sus à Tennemi qui traversait les marais avec les bestiaux qu'il avait enlevés. Peu après la bataille de Morat, un parti de six à huit cents Bourguignons fut aussi complètement défait , grâce au courage et n la présence d'esprit de JeaoDroz, qui rassembla à la hâte une Uoupe de montagnards, et alla barrer le passage aux Bourguignons qui venaient de saccager les Brenets, le Locle et les lieux voisins. Tout le butin que Tennemi avait fait lui fut replis ; la plupart des Bourguignons périrent dans le combat ; bon nombre se noyèrent dans le Doubs.

Los eunemi^ de Charles, a^anL appris sa iuort, voulurent s'emparer de sou pays. Mais les Etats de la Haute- Bourgogne envoyèrent des ambassadeurs aux Suisses pour demander la paix; ils désiraient être reçus dans le sein de la Confédération. Les Bernois, politiques autant que magnanimes , parlèrent en laveur de leur admission : « Le Jura et les Vosges, » dirent-ils^ c nous serviront de rempart contre la France. »

Les autres cantons, surtout les plus petits, furent d'an avis contraire. Ils craignaient qu'une si grande extension de la Confédération ne les entraînât dans des guerres éUaiigères, ou que réleudue de tant de grands cantons

DE LA NAÏiON SUISSE.

m rendît leur propre petitesse plus sensible. On se contenta donc de faire acheter Li yiaix aux Liuarguignons pour la sonune de cent cirupiaiile uulle florins. L'archiduc Maxinuin'ij d'Autriclio recul sans guerre le sceptre de la Bourgogne avec la niaiii de Marie, fille de Charles le Téméraire. Sous la condilion d'une défense réciproque et dans l'intérêt d'une paix durable , rAulriche fit une dllidDce perpétuelle avec Zurich» Berne, Luceme, Uri et Soleure ; peu après , Unterwalden, Schwvtz, Zug et Glaris s'y joignirent. Par cette «Iliance, rAutriche renonça formellement à toutes prétentions sur ce que les Cuulédérés avaient enlevé à la maison de Habsbourg, et les deux parties cunUactantes se promirent assistance mutuelle en cas de danger.

Les Sui^ es firent aussi nn traité d'alliance avec le roi de France, et lui permirent Tenrôlemenl volontaire dans leur pays. Pour cet efi'et, U répandit en Suisse beaucoup d'argent, de présents, dépensions. Les baillis^ les gentilshommes, les magistrats enrôlaient à Peuvi de vaillaDls soldats pour le service de la France; euxmêmes, comme capitaines et officiers supérieurs , s'en* richissaient des dons et de la solde qu'ils recevaient du roi, et s'empressaient, par conseipienl, de vendre en des pays étrangers le noble sang des Suisses.

Dans ce temps, la Suisse était remplie de fainéants, qui avaient perdu à la guerre le goût de la discipline, du travail, d'une vie réglée et honnête : ils ne voulaient vivre que de vexations et de pillage. Beaucoup d'entre eux s'en allèrent à leurs périls et risques chercher fortune dans les guerres étrangères ; ces émigrations étaient continuelles* Beaucoup d'autres se livraient à une vie désordonnée et au brigandage. D'autres encore commettaient d'autres excès. A Zug, dans le temps du carnaval, il y en eut qui s'entretinrent entre le jeu et le vin de la di>ii ibution inégale du butin l'ait en Bourgogne, et de Pavidilé des grands seigneurs de Berne et de Fribourg, qui eu avaient gard<'' la meilleure partie. Ils se liguèrent, jurèrent d'aller leur en demander compte et s'appelèrent « la bande de joyeuse vie. • S'égayant, s'a-

es

m BtSTOItlE

musant, tous armés^ ils traversèrent les villes et les cao-* tons de la Suisse, pour aller chercher à Genève uoe contribulioD imposée à la suite de la guerre de Bourgogne et qui D^avait pas encore été payée. Partout , sur leur passage, la jeunesse amie de ]ia joie grossissait leurs rangs. Ils ne faisaient de mal à personne et payaient toutes leurs dépenses. Ils arrivèrent à Berne au nombre de 700, à Fribourg au nombre de 2000. Mais ce désordre lit naître des craintes. Les autorités exhortaient les citoyens à ne prendre part à aucun armement illicite. Des diètes s'asseml}lèrent. On apaisa les jeunes gens de la bande joyeuse par des paroles amicales. Mais on ne put les engager à rentrer dans leurs foyers qu'après que Genève et Lausanne eurent payé leurs contributions arriérées. Alors ils se séparèrent.

Vers la même époque, Berne fiL la paix et une alliance avec la Savoie, lui rendit le Pays de Vaud, qu'il avait reçu en hypothèque . et dont il ne garda qu'Aigle. Fribourg put prendre sa revanche contre la Savoie ; il fui stipulé que la duchesse Yolande lui payerait 25,000 florins. Un an après, la Savoie dut renoncer à toute suzeraineté sur cette ville.

XXVUI

IjA Jonrnée glorieuse de Ciiornieo* — Nicolas de Fine» — Fribourg et moteur^'' onfr^^nf daiiH la CoaiÊd^m^ (Ion* Jliort de dean lAf'aldnuuia À Zurieii*

(DeraQl478àranl489.)

Dans les vallées et dans les montagnes, dans les campagnes et dans les villes de la Suisse, tout le peuple était rempli d'une arrogance soldatesque. Depuis que le duc de Bourgogne avait perdu ses trésors dans une bataille, son armée dans la seconde , la vie dans la troisième, le Suisse ne craignait plus personne : de là des guerres sans lin.

Un jour, des sujets du duc de Milan coupèrent du l iois dans une forêt de laLevautine. Sur-le-champ des j<'i;iu»s gens d'Uri, guidés par la veiigeance, pââbereat le Sami-

m LA NATION SUISSE. ISS

'Gothard, pillèrent et maltraitèrent les habitants des

premiers villages du Milanais, Au lieu de punir ces jeunes gens, le canton d'Uri les prit sous sa protection, déclara la guerre aux Milanais, et appela lesConféd(^n^s à Son secours. Ceux-ci virent bien \(' fort du canton d'Uri : lis voulurent tenter un accomniudenient, mais en même temps ne pas abandonner leurs amis. Ils leur en- Tojèreni donc des troupes pour les soutenir en cas de besoin.

yoyant cela, le duc de Milan envoya le comte Borelli avec des forces considérables le long du Tessin. L'avantgarde des Suisses , composée de 600 hommes d'Uri , de Lucerne, de Schwjlz et de Zurich, se trouvait près du village de Giornico; les autres Confédérés, au nombre d'environ IO5UUO, étaient restés bien en arrière. ])()relli voulut marcher sur Giornico avec Felite de ses troupes. On était au milieu de Thiver ^28 décembre 1478). Les Suisses firent couler les eaux du Tessin sur les prairies

£i se couvrirent aussitôt d'une surface de glace , puis attachèrent à iQiars souliers des crampons. Tandis que les Milanais montaient d'un pas mai assuré la pente glacée de la colline, les Suisses se précipitèrent sur eux d'un pas ferme. Leur petit nombre vainquit sans peine la multitude des ennemis chancelants. Frischanz Theilig , chef des Lucernois , se jeta avec sa redouta])le épée au milieu des Milanais , semblable à l'ange de la mort. Ceux-ci s'enluirent pleins de terreur, 15,0U0 hommes devant 600! Leur sang teignit la neige jusqu'à BeUinzone: il en périt au delà de 1500. Cette action

Sresque incroyable rendit le nom des Suisses célèbre ans toute l'Italie. Milan achèta la paix, paya des dédommagements et reconnut que la Levantme, ainsi que la vallée de Brugiasco , appartiendrait à Uri comme fief perpétuel, à la seule condition qu'Uri envo\àt chaque année à l'église cathédrale de Milan un cierge pesant trois livres.

Dans la plupart des guerres , surtout dans celle de Bourgogne, Soleure et Fribourg s'étaient battus vaillamment pour les Confédérés. C'est pourquoi Berne

s'efforça de faire entrer ces deux villes dans la Confédération. Mais les libres habilanLs des vallées et des moiilagncs d'Uri . do Schwylz et d'Unterwalden s'y opposèrent. Ils craiguaient que les villes qui leur étaient si supérieures en luaiières et en civilisation, toujours attentives d'ailleurs à étendre iear domaine et à augmenter le nombre de leurs sujets , ne s'emparassent des réues de toute la Confédération , et ne la conduisissent au gré de leur volonté et de leurs intérêts. Dans cette crainte et par une secrète jalousie, ils ne voulaient pas que le nombre des villes dominatrices s'accrût dans la Confédération. Les villes, en échange, riuiiiiissaient de tout autres soupcorus contre les cantons libres. Immédiatement après les désordres causés par la bande de joyeuse vie, Zurich, Berne et Lucerne, voulant se soutenir mutuel lement, s'étaient liées entre elles et avec Soleure et Friboorg) par un droit de combourgepisie. Ces villes craignaient que les campagnards libres des petits cantons ne voulussent rendre tous les Suisses aussi libres qu'eux , et même exciter les sujets des villes à secouer tôt ou tard le joug des bourgeois, pour introduire un gouvernement tout à fait populaire. Cela était conUaire aux vues des citadins. Ils avaient conquis on acheté leurs sujets, et ne voulaient pas renoncer à leurs droits.

De là naquit une défiance réciproque qui divisa les Coûtcdérés. Un événement coniirma les soupçons des villes. A Escholzmatt dans rËntlibouch, baiùiage du canton de Lucerne, vivait un vaillant guerrier, Pierre Am-Stalden ; souvent ses cousins , Tancieu landammao Burgler, du Haat-Unterwalden , et le beau-frère de ce dernier, Kiihnegger, le visitaient : assis auprès d'un verre devin, ils aiuiaient à s'entretenir do la liberté, xiui- Stalden avait à se plaindre du bailli de rEntlibouch et des seigneurs de Lucerne; ses con-^ms l'exbortèrent à frapper un grand coup dans la ville même, à la f^to de Saint-Léodegard ou Saint-Léger. Des gens du Haut- Unterwalden devaient se rendre à la fête de leur côté ; lesavoyers, le conseil et cent autres être massacrés; les tours et les murs abattus ; Lucerne changé eu beau vil-

lage; rEntlilmuch on Etat indépendant. Tel fut leur complot. Les Lucerndis eu eurent connaissance : Aiii- Stalden trahit par des propos imprudent»; on le saisit; il avoua tout et fut décapité.

Sur ces entrefaites, des députés de toute la Confédération étaient assemblés à Slanz, dans le canton d'Unterwaldeo, avec les envoyés de Saint-Gall, d'Appenzell, de Soleure et de Fribourg. Là , le partage du butin fait en Bourgogne et Tadmission des deux nouvelles villes, ainsi (iuc d'autres motifs encore, excitèrent la pins vive défiance, firent éclater la haine la plus violente. Les trois canli)ii> [inniiiits picilcrèrent des menaces si terribles contre les villes; Lncerne et les autres villes s'abandonnèrent à de telles iiivtclives contre les trois cantons, que les Fribourgeois et les Soleurois renoncèrent de leur chef et modestement à leur vœu ; le bruit courut dans toute la Suisse qu'on était prêt à prendre les armes, et que la Confédération allait se dissoudre.

Cette discorde effraya le pasteur de Stanz, Henri Im-^ Grund. citoyen dévoué au bien de sa patrie. Il courut dans la solitude du liauli, pour annoncer ce malheur au pieux ^ulila^e iSicolas Lœwenbnigger. Cet homme religieux, que son habiialion sur un rocher près de Sachslen, dans le Haul-TJnterwalden, avait fait surnommer de Fine (Floue, rocher), vivait déjà depuis plusieurs années en solitaire dans la prière et dans la contemplation des choses célestes. Sa dévotion le faisait vénérer de tout le pays. On croyait même que depuis un grand nombre d années il n'avait point pris de nourriture; seulement il s'approchait chaque mois de la Sainte- Cène. Il couchait sur des planches dures dans son étroite cellule; une pierre lui servait d^oreiller. Sa femme, dont il avait eu cinq lils et cinq filles , demeurait dans la vallée et cultivait son bien. Il avait fait admirer son courage et son- humanité dans la truerre de Thurgovie.

Dès que lepasteur de Stanz lui eut appris la discorde des Confédérés, il quitta la solitude, se rendit à Stanz, entra dans la salle où la diète était assemblée. Tous se levèrent de leurs sièges i Tapparilion du vénérable vieil-

lard, dont la taille haute et la figure maigre annonçaient encore la vigueur de la jeunesse. Pour lui, il leur parla avec la dignité d'un envovf^ divin, et leur prôcha la paix et la concorde, au nom de ce Dieu qui leur avait donné tant de lois la victoire à eux et à leurs pères. « Vous êtes devenus forts, • dit-il, • par la puissance de vos bras réunis, et maintenant vous voulez les séparer pour un vil butin. Ne permettez pas que le bruit de cette honte se répande dans les pays qui vous environnent. Vous, villes, renoncez à des droits qui blessent les anciens Confédérés ; vous, campagnes, rappelez-vous les coiiil)ats que Fribourg et Solcare ont livrés à vos côtés; recevez -les dans voire alliance. Mais, Confédérés, n'étendez pas trop la haie qui vous enlerme. Ne vous mêlez * pas des querelles élrangères. Gardez-vous de tonte dissension. Lom de chacun de vous la pensée d'accepter de for pour prix de sa patrie t »

Les discours de Tauguste solitaire ébranlèrent et touchèrent si profondément lés cœurs de tous les assistants, que, dans respace d^une heure, toutes les difficultés furent aplanies. Ce môme jour, Soleure et Fribourg furent admis dans Talliance perpétuelle des Confédérés; ce fut le samedi 22 décembre 1481. Le convenant de Slanz, que Ton conclut alors, ratifia toutes les anciennes alliances, en particulier la convention contre Fempiétement des prêtres, de 1 370 (Pfaff en-Brie f)^ et le convenant de Sempach, de 1393; il sanctionna aussi la proposition du pieux Nicolas de Flue, de diviser entre les cantons les terres conquises, et le butin entre les troupes victorieuses. Il fut également décidé que, sans la permission de ses supérieurs, personne ne devait assembler les communes ni faire des propositions dangereuses. Dans . le cas d'un soulèvement contre Fun des gouvernements i cantonaux, tous les autres caniofis devaieut. aider à faire rentrer le- mécontents dans ie devoir.

Le solitaire retourna sur son rocher ; chaque député dans son canton. La joie éclata en tous lieux: du haut de toutes les églises le son religieux des cloches Tannonça depuis les Alpes jusqu'au Jura,

malheureusement la concorde rétablie à Stanz ne ramena parmi les Confédérés ni rancienne .discipline ni les mœurs antiques. La cupidité et la hauteur se répandirent parmi les autorités des villes ; la vénalité parmi

les magistrats; la grossièreté, dans les assemblées des coiuiiuines : la dissipation et le goût du brigand;iL,'e, parmi le peuple. La lui n'était trop souvent qu un filet à travers lequel le riche passait et où le pauvre se prenait. Souvent aussi, quand In jn<tice nvnit trop longtemps sommeillé, son réveil ressemblait à un emportement sanguinaire. En 1480, les tribunaux de la Suisse condamnèrent dans l'espace de trois mois près de quinze cents assassins et bri([ands. Il fut résolu dans la dièle de Baden qu^on pendrait sans rémission quiconque aurait volé la valeur de la corde. L^émigration pour les guerres étrangères continuait sans relâche. Des jeunes gtuis partaient par centaines et par milliers, des musiciens à leur tête, et passaient le Hhin et montagnes pour suivre les étendards des rois et laire du butin ou chercher la mort. Avec de pareilles dispositions, on ne manquait ni de querelles ni de sujets de guerre. La seule année 1487 vit éclater quatre guerres du côté de ritalie; Tune, des Grisons contre Milan ; Tautre^ des Grisons et des Confédérés, près de Rovérédo^ contre Venise ; la troisième, du valais contre Milan ; la quatrième, des Bernois et des autres peuples de la Suisse occidentale, en faveur du duc de Savoie contre les Piéaiontais.

Les dissensions intérieures et les soulèvements se multiplièrent dans la même proportion. Les nobles et les prêtres de Zurich, ennemis mortels du satire et vaillant Waldmann, bourgmestre de cette ville, lequel cherchait à limiter leur pouvoir, animaient contre lui, par leurs discours, le peuple de la ville et celui de la campagne; rappelaient tyran, et l'accusaient de fairajl des lois de sa propre autorité et de fouler aux pieds tous les anciens droits. Jean Waldmann, fils d'un paysan de Blickenstorf, dans le canton deZug, arrivé à Zurich Qpmi4e tanneur, s'y était élevé par ses grands talents et

son grand courage; vainqueur dans les journées de Mo-rat et de Nancy, son crédit égalait sa gloire, et dans Ten* ceinte de la Confédération et à la cour des rois. Mais les

Confédérés lui reprochaient son attachement pour TAutriche et pour le duc de Milan ; les Zuricois, en pariiculier, sa hauteur et l'abus de son ] oiivoir. Ces plaintes n'arrêtaient point le bourgmeslre : malheur à celui qui l'attaquait par ses discours ou par ses actions. Frix hhanz Theiiig de Lucerne, le héros de Giornico, avait souvent blâmé'la partialité de Waldinann en faveur de la maison de Milan. Un jour il vint à Zurich pour y vendre des toiles; sans autre forme de procès, Waldmann le fit saisir et décapiter, malgré les instantes prières de la ville de Lucerne, qui demanda grâce pour son héros.

L'humeur superbe de cet homme si distingué par les dons de la nature souleva contre lui l'indignation publique et hâta sa ruine. Ses ennemis profitèrent, pour le penire, de l'agitation qui commençait à se manifester parmi les habitants des bords du lac de Zurich. Les communes de Meiien et de Herrliberg se soulevèrent les premières ; à leur exemple, plusieurs autres villages, qui se plaignaient de la dureté des lois et de vexations multipliées. Ils arrivèrent en armes devant les murs de la ville et s'écrièrent ; < Souvenez-vous, nos seigneurs, que vous nous promîtes, après la guerre de Zurich, dans la Wasser-Kirche *, de ne nous imposer aucune nouvelle charge. » Il vint aussi des députés de la Confédération pour être médiateurs, fondés sur la déclaration de la dernière diète, que les plaintes des communes seraient examinées et justice rendue à la partie lésée. Waldmann croyant l'honneur de la ville de Zurich compromis par cette déclaration, fit changer la sentence des arbitres par le greffier delà ville. Selon la nouvelle ré- Ij^daction, les {paysans, après avoir fait des plainte mal fondées, auraient demandé humblement pardon de leur injustice et obtenu seulement que lemrs griefs fassent examiuésà la première occasion.

< Ancienne église sur la Limmat; elle renfémie aujonrd'haî la |>ibliothè9iie et des çoUcctiont ■cientifiques.

La falsification de la sentence étnr\t parvenue à la CiUiiiaissance du un nouvel alti uupement se diri-

ger) contre la ville, la trantjiiillilé fut trouhl(''C dans s/s murs laênies, en sorte que le bourgmestre n'osait j)lus sortir sans cuirasse et dormait dans Fliotel du conseil. Mais malheur au gouvernement qui emploie pour sa défense d'autres armes que Tamoar du peuple! Le bourgmestre et chevalier Waldmann fut saisi dans le tumulte avec tous ses adhérents, conduit dans le Wellenberg, appliqué à la torture, et décapité le 6 avril 1489. Il avait commis des fautes et des crimes, mais la fureur de ses ennemis les avait égalés.

Le jour de sa mort , les autorités tle Zurich et les autres citoyens se présentèreiit devant le tribunal des Confédérés. Ceux-ci parvinrent <\ unir les deux parties par une convention qui enjoignait aux citoyens de la campagne de se soumettre loyalement et sincèrement aux bourgmestres, aux conseillers et au Grand Conseil de la ville de Zurich ; mais, en échange, elie leur assurait le droit d'aller vendre leurs marchandises ou bon leur semblerait; de s^établir partout où il leur conviendrait; d'exercer des métiers dansles villages ; de cultiver la vigne; d'administrer leurs terres à leur guise; d'avoir un lieutenant du bailli dans les communes des bords du lac, f'î l)eaucoup d'autres droits encore. Au cas qui* la ville deZunch voulrttexercer un pouvoir injuste sur les communes riveraines, deux ou trois paroisses d'entre cellesci devaient s'assembler, et dix ou vingt députés de chaque paroisse porter leurs griefs devant une diète des Confédérés, assemblée à Zurich, afin d'obtenir justice.

Les sept cantons arbitres des deux parties et garants de leur convention prononcèrent et scellèrent cette décision le 9 mai 1481).

Vers le môme temps, l'empereur Maximilien, mécontent de Philippe de NeuchàteU avait lait prononcer par la Chambre impériale la confiscation de son comté; il offrit aux Bernois de le leur vendre, mais ceux-ci eurent la loyauté de refuser cette ofiCre et envoyèrent môme des

troupes ponr garder le pays. Philippe se montra reconnaissant, réparaiit ainsi le tori qiril avait eu uaguère d'embrasser la cause du duc de Bourgogne.

dacvre de Souabe. Formation de la Confédération

des trelae Cantons*

(De Tan 14dOàraii 1500.)

Lorsque dans un pays Tesprit de parti remporte sur la vérité, le pouvoir sur la justice, adieu la p;iix, adieu la liberté I Tel fut le sort de Zurich après le supplice de Waldmann. La sentence arbitrale des sept cantons enleva à cette ville une grande partie de l'ancienne considération de ses sujets et lut pour elle une source de maux pendant plusieurs siècles. Les ennemis de Waldmann, assis dans le canseil, possesseurs et dissipateurs de ses biens, persécuteurs impitoyables de ses partisans, surpassèrent sa tyrannie et son injustice. Leur gouvernement arbitraire désola leur pays pendant longtemps. On appela ce gouvernement le conseil coniu; sa dureté fit regretter l'administration du bourgmestre despote .

La discorde, active en ions lieux, divisait de nouveau à Saint-Gall la ville et Tabb^'. Celui-ci voulut bâtir un nouveau couvent à Rorschach sur son propre territoire: cela irrita les Saint-Gallois. Les Appenzellois, de tout temps peu amis de l abbé, volèrent à leur secours; les gens delà maison de Dieu eux*mëmes embrassèrent leur parti. Le couvent fut rasé. L'abbé implora le secours des quatres cantons protecteurs du monastère : Zurich, Luccrne, Schwytz et Glaris se rendirent â cet appel et rétablirent le calme parla force des armes (l iOOK Cette querelle conln bennconp d'argent aux Saint-Gallui^, et A{)penzell perdit, pour les frais de la guerre, le Rlieinthal et une partie de la seigneurie de Sax, que les cantons protecteurs gardèrent ; dans la suite ils partagèrent le gouvernement de cette seigneurie avec les cantons d'Uri, d'Unterwalden et de Zug» plus tard avec Âp-

penzell (1501), enfin wami a?ec Beme (1712). Dépareilles conquêtes de Confédérés sur Confédérés aigrissaient

nécessairement les esprits.

Heureusement un danger commun et salutaire vint resserrer les liens de la Confédération.

Maximilien I®' d'Autriche était devenu empereur d'Allemagne. La Frnnce lui avait cédé le com\6 de la Basse-Bourgogne ; pour le conserver plus sûrement» il Tavait incorj^oré, comme un nouveau cercle, à Tempire germanique. Il voulut de même transformer la Suisse eu cercle de Tempire. Les Confédérés s^y refusèrent, préférant leur existence indépendante. Les Etats de la Soaabe avaient formé entre eux une alliance pour étouffer toutes les querelles et les guerres intestines. Cette alliance plut à l'empereur politique : il se mit à la tôte de cette Confédération, en s'y associant, dans rintention de la faire servir à l'affermissement de la puissance autrichienne. Il somma les Suisses d'entrer aussi dans la Confédération de la Souabe : ils s'y refusèrent encore, jaloux de toute leur indépendance.

Irrité de ce refus, l^empereur dit, à Inspruck , aux

députés de la Confédération : f "Vous êtes des membres indociles de l'empire : il faudra sans doute que je vous visite un jour le fer à la main. • Les députés répondirent > « Nous prions humblement Votre Majesté Impériale de se dispenser d'une telle visite: les Suisses sont grossiers et ne respectent pas même les couronnes. >

La hardiesse des Suisses ne blessa pas moins la Confédération de la Souabe : elle donna lieu à beaucoup de provocations et de rixes près des confins des deux pays ; la ville de Constance se fit agréger à la

Corilédération souabe, dans Fintérôl de sa sûreté; car un jour une troupe de vigoureux Thurgoviens, excités par le bailli d'Uri qui gouvernait la Thurgovie, avaient essayé de surprendre cette ville pour la châtier de ses. bravades.

Le voisinage des Grisons etde l'Autricbe ne fut pas non

I8t HI6T0I1IC

pins favorable à la paix entre ces deux peuples. Le Tyrol • et l'ËDgadine étaient cootinuellement en aissension : limites, droits, péages, tout leur fournissait des sujets de contestations. En 1476, les Tyroliens étaient entrés dans

la vallée d'Engadine, les armes à la main ; mais, vaincus et couverte de leur propre sang, ils avaient été repoussés dans leur pajs par la gorge étroite de Finstermdnz.

A ce malheur se joignit une autre cause de troubles. Après le partage de l'héritage du comte de Toggeobourg, les droits que celui-ci avait dans la ligue des Dix-Juridictions étaient échus aux comtes de Hœtsch, de Sax et de Montfort ; plus tard , en 1478 et en 1489, ils avaient , été vendus à la maison d'Autriche. Telle fut la cause des querelles qui agitèrent ces peuples.

Les Grisons et les Suisses ayant à redouter également la puissance et la haine de l'empereur Maximilien , la ligue de la Maison-Dieu et la ligue Grise formèrent en 1497 un traité d'amitié et une alliance défensive avec Zurich, Lucerne, T'ri. Scliwvlz, Unterwalden , Zug et Glaris. La ligue des Dix-Juridictions n'osa pas s'y joindre : elle craignait TAutriche.

Alors Tempereur Maxinailien donna un libre cours à son ressentiment. Quoique déjà engagé dans une guerre « difficile au sein des Pays-Bas, il envoya de nouvelles forces dans le Tyrol; les troupes de la Confédération souabe s'avancèrent et enveloppèrent la Suisse depuis le passage étroit du Luziensteig, entre TAIlemagne et la Rhétie, jusqu'i\ la ville de BAle . en occupant tous les bords du Rhin et du lac de Constance.

Ainsi la Suisse et la Rhétie se virent exposées au plus grand danger. Néanmoins les Grisons se levèrent courageusement pour défendre leur liberté; tous les Confédérés suivirent leur exemple. Les Appenzellois et les guerriers de Sargans volèrent vers le SchoUberg ( près de Sargans, sur la rive gauche du Rhin). Les baunieres du Valais, de Bàle, de Schaflfhouse, flottèrent bientôt à la vue de renneini. Nul homme en état de porter les armes ne resta dans ses fo)ers«

La iQlte commença au mois de février U99 ; boit mille impériaux franchirent les frontières des Grisons et pénétrèrent dans le Mûnslerthal et dans PEngadine. Un i^rnéral de rempereiir, Loui.s de Hi*andis, qni commandait plusieurs mille hommes, se rendit inopinément maUre du passage du Lnziensteii^ e( de la jielite ville de Mayenfeld, grâce à la trahison de quatre citoyens. Mais l(*s Grisons reconquirent ce poste important; 8U0 Souabes y trouvèrent leur tombeau; les autres s'enfuirent jusqu'à Baizers. Alors les Confédérés passèrent le Rhin pr^ d'Azmoos, et, réunis aux Grisons, remportèrent une éclatante victoire près de Treizen.

La noblesse de la Souabe occupait avec i 0,000 hommes Saint-Jean, Ilœchsl, Hard entre Bréiienz et Fussach; 10,000 Confédérés tuèrent dans ces positions presque la moitié de son armée, montèrent jusqu'aux forêts de Brégenz, et imjM (trient des contrit m lions à ce pays.

Un second corps de 10,000 rii niicdérés traversa le Hégau, le fer et la flamme à la main ; dans l'espace de huit jours, vingt villages, hameaux et châteaux furent réduits en cendres. Apres cela , il se livra escarmouche sur escarmouche, bataille sur bataille.

Les ennemis réussirent, il est vrai, en sortant secrètement de Constance, à sur^irendre pendant leur sommeil la garnison suisse d'Ermatingen, et à tner dans liMirs lits soixante-treize hommes sans défense. Mais ils expièrent celte lâche victoire dans le bois de Schwaderloch, d*où 48,000 d'entre eux, vairicus par ^000 Confédérés, s'enfuirent avec tant de précipitation que les portes de la villo de Constance se trouvèrent trop étroites pour les fuyards, et que le nombre de leurs morts surpassa celui des Suisses qu'ils avaient eu à combattre,

Un corps de Confédérés, posté sur les bords du Haut- Rbin, pénétra dans le Vorarlnerg où les ennemis s'étaient retranchés près de Frastenz ; fiers de leur nombre , qui s'élevail à 14,000 hommes, ils étaient loin de redouter le courage des Suisses. Mais Henri Wolleb, héros d'Uri,

iiassa le Langengasterbcrg avec "2000 braves, tourna la orte posiuoii de reunemi, et sa mort héroïque lut pour

ses compagnons d'armes le signal de la victoire. Au milieu du tonnerre des armes à feu, ils se jetèrent dans les lignes autrichiennes ; leurs coups vigoureux portaient de rang en rang Tefifroi et le carnage ; 3000 morts couvrirent le champ de bataille de Frastenz. Ceux des Autrichiens qui purent sauver leur vie s'enfuirent saisis d'épouvante à travers les forôts et les marais; car chaque Suisse se battait comme si la victoire n'eût dépendu que de son bras ; pour son pays et pour la gloire, chacun volait d'un visage joyeux au-devant des périls et de la mort, cherchant les ennemis, ne les comptant pas. Partout où flottait un étendard suisse, se trouvait plus d'un guerrier digne compagnon de ce Jean Wala, de Glaris, qui se mesura seul, près de Gams, dans le Rbeinthal, avec trente cavaliers ennemis.

Les Grisons, de leur côté, ne se battirent pas avec moins de gloire. Témoin Faction de la Malserhaide (ou des bruyères de Mais) dans le Tyrol, où 15,000 hommes, rassemblés sous les bannières de TAulriche, derrière de forts retranchements , furent attaqués par 8000 montagnards de la ligue Grise. Les retranchements furent tournés, les remparts assaillis. Benoit Fontana y monta le premier, il avait frayé le chemin. Retenant de sa main gauche ses entrailles qui sortaient par une large blessure, combattant de sa main droite, il s'écria : « A Touvrage, maintenant, Confédérés! que ma chute ne vous arrête pas; qu'importe un homme de moins! Sauvez aujourd'hui vos ligues indépendantes et la liliprii' de vos montagnes. Si vous tombez vaincus, vous léguez à vos enfants un esclavage éternel. »> Ainsi s'écria Fontana, et il mourut. La bruyère fut couverte d'Autrichiens tués : près de 5000 mordirent la poussière. Les Grisons ne comptèrent que 200 morts et 700 blessés.

Lorsque le bruit de tant de défaites parvint dans les Pays-Bas aux oreilles de l'empereur Maximilien , il retourna dans sa capitale, accabla de reproches ses généraux , et demanda du secours aux princes de l'Empire. Mais les princes hésitaient a envover du secours. Pour comble de disgrâce, l'empereur apprit alors avec effroi

qiio son armée envoyée an del:\ des montagnes de TEngadif p. pourétoufTer la ligne l^rise, avail été di' truite au miîini de Tété et par des avalancties, el par la famine , et par des quartiers de roc que les montagnards préci-

Êitaient du haut de leurs Alpes. Il apprit aussi qu'au ruderholz (colline boisée) près de Bâle, les Suisses avaient battu une autre armée de leurs ennemis; que bientôt après, dans la même contrée, près de Dornach, 4300 Confédérés avaient remporté une victoire éclatante sur 15,000 Autrichiens, en leur tuant lîOOO hommes et leur général Henri de Fiirstenberg. Voyant qu'en huit mois les Suisses avaient été victorieux dans huitbatailles, l'empereur rentra en lui-môme et résolut de renoncer à une a:nerre dans laquelle plus de 20,000 hommes avaient déjà été immolés, et deux mille villages , bourgs, villes et châteaux réduits en cendres.

La paix fut négociée et conclue à Bâle le 22 septembre 1499. L^empereur ratifia les anciens droite des Gonfé* dérés et leurs concfnêtes, et leur accorda de plus la juridiction ordinaire de la Thurgovie, qui avait appartenu ' jusqu'alors a la ville de Constance, ainsi que la juridiction criminelle et d autres droits importants. Dès ce moment lf\s empereurs ne songèrent plus A dissoudre la Confédération ou à l'incorporer h l'Empire. Dt^s ce moment les Suisses n'eurent plus à redouter de joug étranger. C'est dans les champs de Frastenz, de la JÏalserhaide et de Dornach qu'ils achevèrent de se rendre indépendants.

' Les cantons confédérés ne furent point ingrats envers

leurs amis : ils rendirent hommage à l'héroïsme avec

lequel Baie et Schalîhouse avaient toujours combattu pour la Confédération, et au dévouement des Appenzellois, que la doire et la liherté avaient toujours trouvés sous leur éi* inlard. C'est pourquoi BMq fut reçu dans Palliance perpétuelle des Suisses (0 juin 1501) -/Schafîhouse, qui llorissait déjà, y fut également admis (9 août 4501), et quelques années plus tard (1513), Appenzell, uni depuis 1452 par une alliance perpétuelle avec la plupart des cantons.

Ainsi la ConfidiraHM des treize canUms se trouva

formée la deux cent cinquième année après la mort de Guillaume Tell. Le Valais, les Grisons, Saint-Gall, Muliiouse, Ilolbweil en Souaho, et d'autres villes encore furent considérées comme alliées de la Suisse. Os villes et ces pays étaient libres, indépendants de tout prince et unis à ia Suisse par une alliauce défensive.

la g^romléreté des mœurs f des guerres meree* ■aires des Suisses» * qui elles proenrent la Walte* Une et les bailliages italieus.

(DeTan 1500 à Tan 15^5.)

A l'époque dont nous racontons Tlnstoire, les cantons suisses n'étaient pas , ainsi que de nos jours, égaux en droits comme membres de ia Confédération, ni liés immédiatement entre eux par un pacte commun. Les dix antres cantons ne se rattactiaien t proprement qu'aux trois cantons d'Un , de Schwytz et d'Unterwalden, comme à leur centre commun ; mais ils n'étaient unis entre eux que par des traités particuliers. Chaque caiilon, tout occupé de son intérêt et de sa gloire, songeait rarement à l'avantage des .autres on au bien de la ConfnirM'ation. La crainte que leur inspiraient Tambition et la puissance de seigneurs et de princes voisins les avait peu à peu unis plus étroitement. Leur union fnt forte tant que dura cette crainte.

Les gouvernements cantonaux étant à la fois indépendants les uns des autres , sauf les restrictions de leurs alliances particulières , et indépendants de tout prince étranger, les Suisses se vantaient d'être libres ; cependant au sein de leur ]ia\s le peuple jouissait de peu de liberté. Les seuls habitants des cantons forestiers pouvaient se glorilier d'une parfaite égalité de droits, et il en ('lait de uiènie dans les autres cantons pour les seuls bourgeois des villes. Le reste du peuple, dépendant des cités, acheté ou conquis, était sujet ou même serf, et ne

DE LA NATTOfI SUISSE.

jouissait que des droits limités dont il avait joui anciennement sons la domination des seigneurs. Les ean-

tons forestiers eux-méraes avaient des sujets qu'ils faisaient gouverner en souverains par des baillis. Ni les' cantons ni les villes de la Suisse ne permettaient aux snjots de raclieter leur lib^^rtr», ce que pourtant les seigneurs avaient permis an î refois aux Confédérés.

Mais le peuple se souciait peu de la liberté : farouche et grossier par snite de guerres continuelles, il n'aimait

Sae tes querelles et les combats, le vin et la débauche, nand il n^y avait point de gaerre an sein de leur patrie, les jeunes gens, avides de bntin , allaient se ranger sons les bannières de princes étrangers et vendaient à vil prix leur courage, leur sang et leur vie. Les cam[)agnGs manquaient de bonnes écoles et les ecclésiastiques ne son- • geaie^jt point à Tinstruction du peuple. Souvent môme les mœurs du clergé n'étaient pas moins dépravées que celles du peuple des villes et de la campagne ; les couvents, corrompus par leur opulence , devenaient le théâtre des plus grands désordres. Beaucoup de

! urètres étaient plongés dans Tignorance la plus probnde ; beaucoup d^autres , adonnés au vin et an jeu ; la grossièreté de leurs propos égalait celle de leurs mœurs ; un grand nombre vivaient publiquement avec des concubines. Tel était ce siècle de corruption.

Dans les chefs-lieux des cantons, la débauche et la dissipation faisaient souvent la loi. La division régnait entre les citoyens et les magistrats. Les membres <les conseils faisaient tout dans leur intérêt et dans celui de leurs familles, mais ne faisaient rien dans rintérét des citojens; enrichir leurs tils, leurs cousins, leurs neveux en leur procurant des places lucratives 3 tel était le but de leurs constants efforts. Il y avait sans doute partout des âmes généreuses et vraiment patriotiques , plus dé*vouées à la patrie qu'à leur propre intérêt ; maïs on haïssait leurs discours autant qu'on redoutait leur exemple.

La Suisse n'avait plus de guerres h craindre au dehors; les rois ei les princes ^s vgisins étaient cUar-

188 HISTOHUS

més d'avoir à leur service des Suisiles dont la vie et la mort les intéressaient moins qae la vie et la mort de leurs sujets : la noblesse des villes et des campagnes profita de ces dispositions pour s'ouvrir une nouvelle

source de richesses. Le désir des rois de prendre à leur soldt^ de vaillants Suisses ; celui des jeunes gens de s'enrichir 5 la guerre , servirent à Tenvi Favidité des magistrats. Malgré la déieiise expresse des gouvernemeiiLs, des milliers de jeunes gens couraient sous les drapeaux étrangers, où la plupart périssaient misérablement. Les gouvernements jugèrent donc plus convenable de faire des traités avec les souverains pour la formation de régiments suisses, commandés par des officiers nationaux, soumis & leurs propres lois et soldés régulièrement, afin que chaque gouvernement pût veiller au bien de ses sujets en pays étranger. « CoiiiV dérf^s. il vous faut une ouverture par où vous puissiez vdus échapper, » avait déjà dit Rodulptie Reding, de Schwytz , en voyant la joyeuse vie des jeunes gens après la guerre de Bour<gogne.

Les gouvernements des Suisses, des Grisons, des Valaisans. commencèrent donc à louer leurs sujets aux princes étrangers. Le premier traité de cette nature fut conclu entre le roi de France et le gouvernement de

Lucerne dans les années U79 et liSO. En 4499, l'Autriche prit aus!>i des Suisses à sa solde; les princes d'Italie imitèrent cet exemple; d'autres le suivirent plus tard. Le pape lui-nii^me . le belliqueux Jules II, voulut avoir une prde suisse

Maint champ demeurait inciillr , mainte charrue oisive , parce que les cultivateurs avaient pris des armes mercenaires. Revenaient-ils, ils rapportaient des maladies et des vices étrangers, et corrompaient les cœurs simples et vertueux : le service étranger était pour eux récole de tous les vices. Les fils des nobles et des magistrats arrivaient seuls aux ii;r;ii]es de capitaines et d'ofhcicrs supérieurs; ils s'enrichissaient, et, grâce à leur argent, obtenaient ensuite dans ItMir p;ivs une considération et un crédit dont ils ne se servaient que pour op-

primer lenrs compatriotes. L'orgueil et la vanité les

rendaient avides de titres de noblesse et de décorations

donl Us venaient se tariruer dans leur pays, s^iiiKii^inant être plus que les autres eiiianls de la patrie, plus que les autres Suisses.

Les rois faisai'^nt servir à leur avantapfe la cupiditr et la folie des ConiVMic'i és : ils envoyaient des ambassadeurs eu Suisse, s'y faisaient un parti, distribuaient des présents, accordaient des gratifications et des pensions a leurs partisans dans les conseils ; à ce prix, les membres des conseils se faisaient les serviteurs et les créatures des princes étran [:^ers. Les divers cantons étaient Français, Milanais, Vénitiens, Espagnols, rarement Suisses. Comme l'empereur d'Allemagne et le roi de • France briguaient en môme temps la faveur des cantons et rnarchaiidaient f\ Vem'i des troupes, l'ambassadeur fra'irni^ eut l'impudence de faire distribuer ;\ Berne (1516) au son de la trompette les pensions annuelles que le roi payait à certains seigneurs ; àFribourg, il étala des monceaux d'écus, et tandis qu'il les entassait avec une pelle , il demanda aux assistants : « Le son de cet argent ne vaut-il pas mieux que les paroles creuses de l'empereur? » Tant l'amour de l'argent avait avili les Suisses !

On vit les douze cantons (Appenzell doit être excepté) tantôt alliés avec Milan contre la France, tantôt avec la France contre Milan. Ces deux pays lurent appelés avec justice le tombeau des Confédérés. Il n'était pas rare d'y voir Suisses contre Suisses s'entr'égorgerpour de l'argent. Mathieu Schinner, évêque de Sion en Valais, habile et belliqueux comme le pape Jules II, dont il avait pris le parti, poussa plus d'une armée confédérée an delà des Alpes. On le vit même souvent, la pique à la main, marcher à la téte des bataillons suisses ; le saintpère, pour le récompenser, lui donna le chapeau de cardinal.

Les guerres mercenaires des Suisses ne furent faites ni pour la liberté ni pour rhonneur national : néanmoins ces troupes soldées par Tor étranger conservèreut sous

les étendards des rois leur réputation de bravonre. A

l'aide de plusieurs raille Confédérés, le roi de France soumit tout le Milanais daiis l'espace de vingt jours. Mais le duc, chassé de son itays, revint biontoi avec 5U0U Suisses, qu'il avait enroli's contre le gré des gouvernements cantoi^nnx. pour repousser les Français. Le roi de France reçut aussitôt de ses alliés de la Suisse SOtOOÛ hommes, se mnintinten Italie, et donna aux trois cantons Uri, Schwytz et Underwaiden (1502 et 1503) Paienza, Riviera et Belliûzone avec leur territoire. Dès que le roi cmt pouvoir se passer des Suisses, il les paya mal et irrégulièrement. Plein de joie, le cardinal Schinner fit sonner en faveur du pape et de Venise un sac qui renfermait 35,000 ducats. Aussitôt 20,000 Suisses et (irisons passèrent les Alpes et s'unirent aux \('niliens contre les Français. Les Grisons s'eni|)arèrent de la Valteline, de Chiavenne et de Bormio, qu'ils avaient précédemment possédés puis perdus. Les Confédérés des douze cantons soumirent les pays de Lugano, Locaroo et Valmaggia. Les Français furent forcés d'évacuer la Lombardie, et le jeune duc Maximilien Sforza, fils de celui que les Français avaient chassé, fut réintégré dans Théritage de ses pères. Victorieux sous ses bannières, les Suisses battirent les Français près de Novare, le G juin 1513; à la vérité, ils perdirent '2tlOO hommes, mais ils en tuèrent 40,000 à Tennemi. Peu après, joints à linéiques troupes de l'empire, ils envahin nt la France au nomlirede 80,000, el mirent le si('<re devant JDijon ; mais cette ville fut sauvée par le sire de la Trémouille, qui

Eromitaux Suisses, au nom du roi de France, de véritales monceaux d'or (400,000 écus, dont 40,000 seule* ment furent payés).

La ^erre n'était point terminée, François en arrivant au trône reprit les prétentions de sa famille sur le Milanais. A la hataille de Marignan (14- seplenihre 1515), qui dura deux jours entiers et fut des plus meurtrières , à peine 10,000 Suisses se battirent contre 50.(100 Français; ils turent obligés d'abandonner le

champ de bataille, mais ils n'y laissèrent pas rbonueur.

hE LA NATION bUISS£. 141

Ils se retirèrent à Milan, tristes, les pièces de campagne sur leur dos, les blessés im centre de leur armtîe. Les ennemis avaiëiii perdu la Heur de leurs troupes ; ils nommèrent ccUe ?iclion la bataille des géants,

Kpouvanlede celte victoire qui ressenil)l;iiL à uniMlf'faite, le roi de France lit l'année suivante une paix perpétuelle avec les Confédérés, et,à force d'argent etde promesses» il obiiûide quelques cantons qu'ils lui envoyassent des troupes, des autres, qu'ils ne permissent aucun enrôlement a ses ennemis. Ainsi les Confédérés combattirent de nouveau pour lui contre l'empereur, le pape, le duc de Milan; et le roi lit alliance avec eux (i5it) et 1521). Pendant bien des années encore, ûo arrosèrent, pour lui, de leur sang, le sol de l'Italie, sans bonheur, sans avniilai^e. si ce n'estque la Conlédération fut marrairK' de Minliis. Chaque canton envoya à Paris, pour la téte du baptême, un député avec un présent de cinquante ducats. La promptitude avec laquelle les Suisses envoyèrent 16,000 hommes à son secours en Italie fut plus agréable encore au prince que leurs présents. Cependant comme ils perdirent 3000 des leurs au combat de la Bicoque (20 avril 1542); que de 15,000 hommes qui cLaiciil entrés eu Luinbaidie (en 15i4-j il en revint à peine 4000; qu'à la bataille de Pavie iî-i lévrier 15^5), où le roi lui lait prisonnier, ils éprouvèrent une nouvelle perte de 7000 hommes, ces revers lei> dégoûtèrent peu à peu des guerres de Tllalie.

Ën 1512, au fort des guerres d'Italie, les Confédérés avaient pris possession de Neuchâtel, parce que le comte Louis d'Orléans (duc de Longueville) avait embrassé avec un zèle imprudent la cause du roi de France, alors Louis XIL Toutefois, la souveraineté de Neuchâtel fut. rendue plus tard(152Uj à sa veuve, Jeanne de Hochberg.

Oommeneement de Ul mIbsIobi weligtieame «n Suisse*

(UeTau Jîil9u l'au I5i7.)

Les guerres mercenaires en Lombardie^ dans le

HISTûlhK

royaume de Naples, en France, en Piémont et dans

d auUos pays, eurent au moins un côté avantageux, (/élaitun triste résultat sans doute, que le gain d an peu de gloire militaire. Bien loin que la conquête des bailliages italiens donnai à la Confédération plus de sûreté et de force contre les puissances étrangères, ce bien dangereux fut l'origine de toutes sortes de dissensions intestine.% qui rendirent la Suisse aussi faible, que la vénalité des emplois, la mauvaise administration^ la corruption de la justice la rendirent méprisable aux yeux aeTEurope. Les plus grands avantages furent pour des chefs et des baillis avides. Un petit nombre de familles s'euaoiiireat; le peuple s'appauvrit et se démoralisa.

Mais les Confédérés retirèrent aussi de ces campagnes une utilité réelle : après tant de pertes et de sacridcos, ils reconnurent eniin combien il était funeste pour eux de se mêler desquerelles étrangères, d'accorder trop d'influencesur les cantons aux ambassadeurs des autres Etats, et de permettre à des magistrats de recevoir des souverains des pensions et des gratifications. Aussi plusieurs cantons proscrivirent-ils par une loi ces bénéfices publics ou secrets : un membre d un i^uuvernement libre ne doit jamais devenir le valet d un maître étranger. Le peuple même donnait souvent Tessor à sa colère contre ceux qui, gagnés par les couronnes (écus couronnés) des rois, faisaient la traite des blancs, et trahissaient à la fois les rois et leur patrie. La population de Lucerne se révolta en 1513 pour obtenir fa punition de semblables marchands d'hommes. Il y eut à la fin un soulèvement si général et si menaçant, que Lucerne, Berne et Zurich expulsèrent des conseils ces odieux mangeurs de couronnes (Kronenfresser), et leur infligèrent des amendes et des punitions corporelles ou le.^ bannirent. Après que tant de milliers de jeunes insensés eurent été massacrés loin de leur patrie, les désordres causés par cette humeur belliqueuse cessèrent; les gouvernements firent mieux respecter les lois ; la discipline et les mœurs remplacèrent les débordements de tout genre.

DB LA NATION fiUiSSE

Quelques canlons entreprirent cette rciurme avec beaucoup de vigueur.

La Suisse complaît alors beaucoup de savants, surtout parmi les ecclésiastiques. Il y avait aussi de bonnes écoles dans les villes* Mais le peuple de la campagne, plongé dans la plus profonde ignorance, ne savait ni lire ni écrire. Il arrivait de là que la plus grande partie des paysans n^avaient presqne aocune connaissance de la religion, sui LuliL dcUis les lieux où les pasteurs négligeaient de leur donner une instruction vraiment chrétienne. Ce fui la suurci' de beaucouî) do maux. Mais c'était uu plus grand malheur encore quand les ecclésiastiques aimaient mieux s'asservir le peuple par Tigoorance que de Téclairer çour le rendre meilleur ; quand, plus attachés aux plaisirs de la terre qu'aux biens célestes, au lieu de détourner leurs ouailles du vice , ils leur donnaient impudemment l'exemple de la cupidité, de la débauche, de Tivrognerie et de la fureur du jeu.

Malheureusement ce scandale n'était que trop commun, et ce qui provoquait le plus d nidiunalion, c'était l'impunité des ecclésiastiques et Taudace qu ils portaient au sein de la corruption. Ici le nonce du pape renvoyait absous un moiiK' qui avait eu un commerce illicite avec uue religieuse ; là, Tabbé de Cappei, Ulrich Trinkler, faisait d'un couvent de femmes son sérail ; à Berne, les dominicains, recourant à la fraude la plus vile par le plus vil intérêt, se jouaient de la crédulité par des apparitions et des miracles ; un pauvre malheureux, nommé letzer, en perdit presque la raison. Tant d'horreurs et de turpitudes devaient amener un bouleversement religieux.

A cette époque le pape Léon X, ambitieux d'embellir par de magnifiques edilices lionie sa ca[)italc5 et pressé par un grand besoin d'argent, lit vendre des indulgent ces pour un prétendu pardon des péchés. Il afferma en Suisse le commerce des indulgences à un moine francis* cain. Bernardin Samson. Par ce trafic^ beaucoup d'ar* gent sortit du pays, ce qui déplut aux autorités civiles; aussi voj aient-elles avec plaisbr qu'on s'élevât contre

HiSïOiHK

cet aliiis impie. L^évéque de Constaiir > Ini-môme ne désapprouva puint le [ asleur de iSulre-Dauie-des-Eruiiles^ ui prêcha publiqueuieiU contre la prélenlio?) impuenle d'oiïrir le pardon des iiécliés à prix d'argent ; c'élail un ecclésiastique séculier, Ulrich ZwÎjagU, ualif de Wildhaus, daosle Toggenbourg.

Mats Zwiugli ne s'en tint pas là ; il ailaqaa avec chaleur les vices des laïques et des ecclésiastiques. Il rencontra un grand nombre de contradicteurs qui voulaient le réduire au silence. La contradiction augmenta son courage au lieu de Tabattre. Appuy(' sur la Bible, comme sur la propre parole de Dieu, il couimença d'en- * seigner qu'une vie pure et une ame religieuse étaient plus agréables à Dieu que les pùlerinaiios et les macérations; que le pain et le vin dans la bainte-Cène n'étaient que les symboles du corps et du sang de Jésus- Christ. Il rejeta beaucoup de doctrines et de cérémonies admises jusqu'alors, entre autres la messe^ la doc- . trine du purgatoire, Tadoration des saints, le célibat * des prêtres.

Beaucoup d'ecclésiastiques, et dans leur nombre des hommes di^Uugués par leur savoir et par leur piété, pensaient comme Zwingli. Sa doctrine eut beaucoup de partisans à Zurich, à Berne, àBàle, à Schaffhonse, à Saint-Gall, à Bienne, à Coire et généralement dans toutes les villes où de bonnes écoles avaient répandu des connaissances solides. Zwingli, appelé à Zurich en quaUté de pasteur , y prêcha publiquement sa croyance le l""' janvier 1519 : tout le peuple embrassa cette doctrine, et le gouvernement le prit sous sa protection et lui témoigna autant d'affection que d^estime. Un grand nombre d'ecclésiastiques suisses , réguliers et séculiers, suivirent soii exemple et prêchèrent sa doctrine. Le nombre de ses adhcreuts lut partout considérable.

Ces mêmes idées ne régnaient pas seulement en Suis.se, mais encore en Allemagne. Dans le même temps, un savant moine de VVittenberg, Martin Luther, sans avoir entendu parler de Zwingli» prêchait publiquement à peu

0£ LA NATION SUiSS£«

près la même doctrine que lui. Beaucoup de rois et de princeà, ain^i qu'uiic grande partie de leurs peuples en Allemagne, en Suède, en Danemark et en Angleterre, embrassèrent la doctrine de Luther et furent appelés lathériens. Ën Suisso. sans adopter le nom d'aucun homme, la nouvelle Eglise s'appela évangfMique réformée, c'est-à-dire TEglise de Christ rétablie daos sa pureté primitive, d'après la parole de Dieu.

A la vérité, le pape avait avoué dans la diète de Nuremberg ( 1 522 ) qu'il s'était introduit beaucoup d'abus dans l'Eglibe catholique; mais, ajouta-t-il, la guérison doit être lente et successive , de peur qu'on ne perde tout en voulant tout sauver à la l'ois. Ces senlinients étaient partages par les bons catholiques de la Suisse, ennemis des innovations, effrayés par l'idée d'abandonner l'antique et sainte foi de leurs pères. Parmi eux, beaucoup d^hommes pieux et respectables crurent devoir donner des avertissements aux partisans de la ré^ forme, c Prenez garde à ce cpie vous faites, direntrils ; vous nous reprochez Terreur : hommes comme nous, n'y ôtes-vous pas sujets? Prenez-y garde; tandis que vous ne parlez que de l'amour de Dieu, vuus livrez votre patrie à la haine, à la discorde et à la désolation. »

Grands et petits étaient infatigables à parler sur ce sujet; les deux partis entamèrent même des ncgociations, »mais chacun d'eux prétendait être dans la vérité et accusait l'autre d'erreur et d'hérésie. Une nouvelle haine remplit les cœurs de fiel. Les cantons instituèrent des conférences publiques sur la religion entre des hommes savants des deux partis, dans Tespérance de faire cesser toute scission; mais, comme il arrive presque toujuLirs, chacuii r^sta aLluchc à ses idées avec plus d'opiniâtreté qu'auparavauL.

La doctrine du rétablissement de rancienue loi chrétienne se répandit davantage de jour en jour. Zwingli y contribua le plus à Zurich; à Berne, Berthold Halier, Lupulus, Nicolas Manuel ; à Bâle, Œcolampade; dans les Grisons, Henri Spreiter à Saint-Antoine; Jean Comauder à Coire; Jean Biaaius à Malans } sur les bords

HI&TOIRE

du lac de Genève et à NenchâteK Guillaume Far el : à Bienne, Thomas WittenbcH h, sans nommer une loule d'autres. A l'exemple de Zurich el de Berne, Schaffhouse, Bâle, Saint-Gall, adoptèrent la réforme, abolirent la messe, l'adoration des saints, les couvents ; les laïques reçurent dans la Sainte-Gène le vin aussi bien que le pain ; on [permit aux prêtres de se marier. Le nouveau culte fut introduit parmi le peuple des campagnes par des ordonnances souveraines, quelquefois par la force, contre le gré et la conviction d une partie des sujets.

Si les autorités et les pasteurs allèrent trop loin dans leur zèle, le peuple grossier allait souvent plus knw encore; il profanait les images longtemps adorées des .saints, il outrageait les croix, il raiUait les personnes iidèh s à leur ancienne croyance.

Cette conduite aigrit les esprits des catholiques à un tel point quHls en conçurent la haine la plus violente contre les Confédérés reformés. Luceme, Uri, Schwytz, linterwalden, invariablement attachés à Tancienne doctrine, brûlèrent par ordre du pape (i 521 j les écrits de Luther, et défendirent, sous peine de mort, de prêcher la nouvelle doctrine sur leur territoire. Dans les cantons do Glaris et d'Appen/eli ivrrs 1524), le peuple se divisa de telle sorte, que le nombre des caitioliques et celui des réformés y fut à peu près égal. Â Soleure et à Fribourg, les gouvernements défendirent toute innovation.

Enfin, lorsque la réforme pénétra aussi dans les bailliages de la Confédération, aans le Rheinthal, la Thurgovie, le Toggenbourg, les bailliages libres, le comté de Baden el ailleurs, les catholiques en conçurent de la crainte. Les petits cantons surtout craignaient que la réforme des bailliapres communs ne restreignît leurs droKs dr souveraineté et ne rendît les villes trop juîissantes. L'ambiiion des villes, toujours avides d'étendre leur territoire, n'était que trop connue. On voyait d'ailleurs la conduite violente des réformés dans plus d'uo canton» et rhumeur despotique avec laquelle ils défea*

DB U MAflON 8UÎ&SË. 147

daient aux catholiijues f^'tablis parmi eux de suivre le cuUe de U^iiiN pères. L'aiumusité devint extrême lorsque les catholiques s'aperçurent que les docteurs reformés u^étaient pas d'accord entre eux; que, dans les cantons évangéliqaes, des sectaires exaltés donnaient lieu à toutes sortes de désordres et résistaient aax lois et à l'autorité. Les anabaptistes surtout causaient le plus de troubles et de scandale. Précbant dans les bois et dans les champs, ils annonçaient la prochaine venue du Messie tL ralinliiiun de toute sujcUoii spirituelle et temporelle. L'exallaiioii de ces enthousia*?tes devint telle que Zurich, Berne, Saint-Gall, Schaliiiou-e et Bdle durent en -arrêter les suites par les peines les pins sévrres. Ces sectaires avaient introduit parmi eux la communauté des biens et des f( nimes; de jeunes lilles jouaient de bonne foi le rôle de Messie; à Saint-Gali, Thomas Schucker poussa le fanatisme jusqu'à décapiter son propre frère Léonard, à la prière de ce dernier, comme victime expiatoire pour les péchés du monde.

xxxn

Frogvès de Ui discorde dans le« aifoives eeeléstas-

tiques*

(De Van 1827 à Tan 1530.)

La scission de TEglise accrut en Suisse les désordres, les agitations, les inimitiés, d'année en année, de jour en jour. Chacun des deux partis préténdait constaterpar la conduite la moins chrétienne, quMl était seul en

possession du vrai chnsliai^isme. Toulelois il se trouvait parmi les catholiques et les réformes de la Suisse beaucoup de gens .^ages et bien intentionnés qui, désirant prévenir les raaii\ de la discorde disaient : «Si notre loi est la véritable et si elle vient de Dieu, prouvonsle par les œuvres de la charité ; car la charité vient de Dieu, mais la haine Tient de Satan. » — Malgré ces sages avertissements, ce qui arrive toujours arriva cette fois*ci : les cris de TorgueU et de Tégoïsme étouffèrent la voix de la sagesse.

148 mSTOlAË

Des deux côtés s'élevaient des hommes violents qui criaient et qui s'agitaient, non par amour de Dieu, ni par amour du bien et de ia vérité^ mais pour satisfaire, sous un prétexte sacré, des intérêts secondaires. Parmi les tiabitants de la campagne, un grand noml}re attendaient de la réforme plus de libertés et de droits, et quand ils voyaient leur espérance déçue, ils retournaient aussitôt au catholicisme. Lorsque la ville de Berne abolit le couvent dlnterlaken et le remplaça par des prédicateurs réformés, les sujets du couvent en eurent une grande joie: plus de couvent^ dirent-ils, plus de dîmes, plus de corvées ! Mais Berne exigea bientôt dîmes et corvées : sur-le-champ, les paysans, redevenus catholiques par colère, chassèrent les prédicateurs réfor- • més, et s'avancèrent en troupes armées jusqu'à Thoune. Alors Berne somma ses autres sujets de prononcer une sentence arbitrale; cette ville voulait conserver la paix^ parce qu'elle ne pouvait pas espérer tin secours prompt et sûr des cantons voisins , tous catholiques. Les sujets arbitres honorèrent la confiance de leur gouvernement, et prononcèrent avec justice cette sentence : « Les droits temporels du couvent passent à Tautorité temporelle et ne sont point devenus la propriété des paysans. » Les révoltés de Grindelwald se séparèrent en murmurant, quoique la ville de Berne leur eût remis, au profit de leurs pauvres, une partie de leurs anciennes charges.

Toutes ces mesures pour le rétablissement *de la paix •échouaient contre Texaspération des esprits. Les moines dlnterlaken^ mécontents d'avoir perdu leur monastère» rôdaient çà et là et soulevaient en secret le peuple. L'abbé d'Éngelberg, craignant pour ses droits et ses revenus dans rOberland bernois, eut recours aux mêmes moyens, surtout dans l'Oberhasli. De temps immémorial, cette vallée avait joui d une grande liberté : elle avait son sceau particulier, sa bannière, un landammann de son choix, et se trouvait moins sous l'autorité que sous la protection de la ville de Berne. Lors donc que les communes de TOberhasli, excitées par les moines d'Ëngelberg et par leurs voisins d'Unterwalden, ea««

Yor)i de nAin^nn nboli le culte réformé (i528) et fait venir des prolres calholi(]ues d'Uri et d'Unterwalden, les vallées du Grindelwald, d'Âeschi, de FruUgen, d'Obersimmen et d'autres imitèrent cet exemple, et le canton d'Unterwalden lenr envoya même du secours pour les soutenir en cas de besoin. Berne courut promptement aux armes ; ses troupes se mirent en marche pour arrêter les progrès do Tapost^sie. Les mécontents, perdant courage, se dispersèrent en toute hâte; les soldats d'Unterwalden repassèrent le Brunig; Berne punit sévèrement ruberhasli, lui enleva pour lonirtcfnps la bannière et le sceau de la vallée, et pour toujours le droit d'élire son landammann ; les auteurs de la révolte furent mis à mort; leurs complices, contraints de demander pardon à genoux, au milieu d'un grand cercle fcfrmé nar Tannée. Frutigen , le Simmenthal et les autres vallées furent également ramenés par la force au .culte qu'ils venaient d'abandonner.

Les réformes ecclésiastiques que les gouvernements protestants entreprenaient dans leur propre [M ys et ])armi leurs sujets obtenaient le plus souvent un succès facile, car le peuple était ignorant et avait une crainte servile des seigneurs et des autorités de la ville. Souvent il adoptait la nouvelle croyance, moins par conviction que 'par une soumission aveugle. Nais il se présenta plus de difficultés et il y eut des révolutions pins violentes dans les bailliages communs, gouvernés en même temps par des cantons des deux religions. Dans les bailliages libres et dans le comté de Baden, on vit des communes chanirer plusieurs fois de religion dans une même afinée, suivant l'intluence relative des cantons catholiques ou prolestants. Excité par les gouvernements catholiques , le conseil de la ville de Bremirarten chassa de son em- . ploi le pasteur Henri Bullinger, propagateur de la réforme dans les bailliages libres; le peupe, au contraire, ■ encouragé par les villes de Berne et de Zurich , dut à son opiniâtreté le maintien du culte réformé. L'abbaye de Wettingen même adopta ce culte, et le Toggenbourg, malgré ropposition de son souverain , l'abbé de Saint-»

H18T0IRB

Gdll , df^créta Fabolitioa de la messe et de radoratioû

des saints.

La haioe réciproque des cantons catholiques et des cantons réformés [ rcnait de plas en plus un caractère violent. Â Frauenfeld, le landammann Wehrli avait parlé et agi avec an zèle ardent contre le nouveau culte, c^en fut assez pour que les Zuricois le saisissent à son'passage par leur ville, quoiqif il portât un manteau aux couleurs d'Unterwalden , et le tissent exécuter publiquement. De son côté, le goiivfTnement de Sch\\ >t/ s'einfinra du pasteur réfuniir Kaiser d'Uznach, et le fit périr sur un \mcher comine hérétique. A la fin. personne ne put plus entrer dans un canton où régnait une religion différente de la sienne sans craindre d'y perdre Isi vie. Enfin Ton prit les armes de part et d'autre. Les Zuricois envoyèrent une garnison de 800 hommes d'infanterie à Bremgarten et dans Tabbaye de Mûri (1529), et quelques mille faMb* mes dans le pays de Gaster, dans la Tfiurgovie et sur les frontières du canton de Zug. Les Bernois aussi jiiirent sur pied 10,000 hommes, prêts à combattre au moindre danger. Les cantons catholiques ne résil ient na^ oisifs. . Uri, Schwytz, Unterwalden, Zug et Luceni<* rii>^emblèrent leurs forces sur leurs frontières: 1500 Valaisans se joignirent à eux. Ils avaient contracté une alliance avec rempereur romain pour la défense de l'ancienne foi.

Les autres cantons voyant Confédérés contre Confédérés les armes à la main, s^entremirent entre les deux

partis et les exhortèrent à la paix. Il régnait encore en Suisse un esprit général de ma'.^namiinté, reste des beaux temps de la Confédération, et le Suisse des bords de la Limmat ne pouvait pas oublier que le Suisse drs W.ddstsetten était soî) frère. Aussi voyait-on souvent olhciers et soldats des deux armées ennemies preridre ensemble amicalement leurs repas, manger en commun la soupe au lait à côté des bornes de leurs cantons, et guerroyer en plaisantant avec leurs cuillers de bois, quand Tun d'eux se permettait de dépasser ^es limites dans la gamelle pour pôcber un morceau friand. Cette fois encore le *

DE LA NATION 8U1SSB. 151

laiitiammannTEbli de Glaiis et le syndic Sturm de Strasbourg parvinrciil à conclure entre les deux partis une paix de reli|?ion. le i>i\ juin 1529. Les Uoui)eâ relournèreiil daus ieuis iu\ers.

A peine de retour daus leurs cantons respectifs, les deax parlis renouvelèrent leurs anciennes querelles ; les réformés surtout se nionlrèrent ardents à propager leur doctrine. Le zèle des Bernois prépara Tadoptiou de la réforme dans le comté de Neuchâtel , en y faisant protéger GiûlIaiuM Farel , et le savant Berthold HaUer la fit recevoir dans une partie du canton de Soleure. L'activité des Zuricois gai^iia à la nuuvelle croyance un grand nombre de communes dans le pays de Sargans, " dans la Thurgovie et dans l'Argovie. Dien plus, Tabbé de Saint-Gall , Frarn ois Geisberger. étant mort dans le •môme temps, les Zuricois et la partie reiormée des Glaronnats cbîercfa^ent à dissoudre Tabbaye de Saint-Gall et à y séCQlariser tout ce qui appartenait à TEglise. Les citoyens de la ville de Saint-Gall introduisirent en effet le culte évangélique dansFéglise deTabbaye. Une granto partie des riebesses du monastère fut consacrée au sou- UiLicment des pauvres. Les gens de la Maison de Dieu avaient embrassé la réforme : afin de les attacher plus sûrement à la nouvelle doctrine, oii diminua leuis charges et Ion accorda à leurs communautés le droit d'élire leurs pasteurs.

Cette conduite offensa les cantons catholiques; car Lucerne et Schwytz étaient, aussi bien que Zurich et Glaris, cantons protecteurs de l^abbaye de Saint-GalL Quoique ces derniers eussent fait» dans tous les chan* gements quUls introduisirent, la réserve des droits des deux autres cantons protecteurs , ils n'en poursuivirent

6 as moins sans interruption le cours de leurs réfoi ines. ans les bailiiaçes communs, ils établissaient toujours en principe la liberté de couscieuce, mais ils la permettaient rarement daus le lait.

Uri, Unterwalden et Zug, voyant que la dernière paix de religiw n'avait point été faite à l'avantage des catboliquesi se joignirent k Scbwy ta et i Lucerne ; cba-«

cm disait : c Cest là un nœud qne Tépée seule pent

délier. *

% XXXTÏÏ

Moyer de Solewe.

(De l'an i531 à ran 1533.)

Les citoyens de Zarich ne gardèrent plas de mesure. Tous voulaient la guerre , mais tous ne la voulaient pas pour le même motif. Les uns la demandaient par un

zélé mal entendu pour la nouvelle doctrine, persuadés qu'il fallait sacrifier à l'intérêt de la loi ses biens et sa vie, et tout oser pour la propager en Suisse. D'autres, avides de conquêtes, aspiraient à opprimer l'autorité des cantons catholiques dans les bailliages communs, dont ils voulaient s'arroger la domination exclusive. D'autres encore ne la désiraient que pour triompher des catholiques. Car, à Zurich môme, beaucoup de citoyens étaient restés attachés secrètement à la foi de leurs pères , soit

Sar conviction , soit par haine pour l'austérité des préicateurs de la réforme , qui censuraient sans ménagemeiiL la licence des mœurs, et tonnaient contre les pensions étrangères et contre la vénalité des grands.

Les Bernois, au coniraire, ne soii^uraiiMit qu'après la paix, car ils n'étaient pas ;issuns de la tranquillité dans ' leur propre pays, et no jiouvaient attendre aucun avantage de la sécularisation de l'abbaye de Saint-Gall, si éloignée de leur territoire. Ils dirent donc aux Zuricois : t Pourquoi répandre le sang de vos compatriotes? Empêchez toute importation de blé dans les cantons forestiers, jusqu^à ce qu^ils observent tous les points du traité de paix et quMls vous satisfassent. » Mais les Zuricois ré-* pondirent : t Un pareil moyen a tout Fodieux d'une guerre, sans amener une décision aussi progipte que les armes. » On se jjrépara donc à la guerre.

Les cinq cantons catholiques, Lucerne. ÎIri, Schwytz, lînterwaklen etZug, dirent aux cantons de Zurich et de l^^oe ; « Chaque jour, vous propagea vos inoovatîon&

DE LA MATiON SUISSE. 153

par la ruse et par la force; devons-nous souffrir que la sainte foi i]o nos pères soit onlièreoieîU bannie du pays qu'ils uiil Iial»il<''? Vous nous rendez lios sujets intidôles et vous encouragez la rébellion. F,(s révoltés du Uheinthaï (uit surpris le bailli d'Unterwalden , ils le retiennent encore prisonnier dans la maison communale d'Âlslaîtten. et vous le souffrez. Vous dépouillez de ses droits et de ses biens Tabbé de Saint-Gall. Nous deman-< dons îQStice d'après les lois de la Confédération : vous noQs la refusez. Nous voulons une franche réconciliation : vous nous interdisez vos marchés. Que l'épée décide donc entre vous et nous ! Dieu nous jugera.

Ainsi parlèrent les cinq cantons, et sous leurs bannières 8',000 hommes marchèrent vers Zug et dans les bailliages libn^s Un corps de 1,500 Zuricois s'avançait de son côté. Les Bernois, arrêtés près de Lenzbourg, ne savaient quel parti prendre, parce qu'ils n'avaient point reçu d'ordre. Les bannières fies cinq cantons arrivèrent le lll octobre (1531) à Cappel; 300 hommes des plu9 courac^eux se précipitèrent aussitôt dans les rangs des Zuricois; les autres suivirent. Lé combat fut long et terrible. Là se battirent avec un antique héroïsme Suisses contre Suisses Près de 600 Zuricois perdirent la Vie. Zwingli blessé, ayant refusé de se confesser, fut achevé par un capitaine d'Unterwalden. Les autres s'enfuirent, poursuivis jusqu'à la nuit. Les vaiiiqufMirs retournèrent tard sur le clianip de bataille, el remercièrent Dieu, suivant Tusage leurs ancêtres, pour le massacre de leurs frères ; puis ils pillèrent le camp abandonné par les Zuricois.

Cependant le jour suivant les hauteurs de TAIbis fu* rent couvertes de soldats du parti réformé. Les nom*

breuses troupes des Bernois, postées près de Bremgartcn. pillèrent le couvent de Mûri ; d'tin autre côté, les réformés s'avancèrent jusqu'à la montagne de Zug:. PKisieurs corps de leurs troupes devaient aller [nlh r le couvent de Notre-Dame-des-Ermites. Mais iLeii d'/E-

Sen les surprit avec 700 hommes d'élili», avant le point u jour, sur le mont Gubel, près de Menzigen, et les

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mit en fuite après un combat de courte durée (24 octobre).

Ces di'lailes rrpandireni In deuil et roffroi dans la ville de Zurich. Les Grisons rclormcs, déjà en marcho, s'arrêtèrent près d'Uznach. Les Glaronnais évani^éliques déclarèrent qu'ils resteraient neutres. LesToggenbourgeois voulurent traiter de leurs intérêts avec les cantons cntlioliqnes, protecteurs de Pabbaye de Saint- GalL Les Zuricûis se voyant seuls sentirent la nécessité de faire la paix.

Sans être enflés par leurs succès, les cinq cantons leur offrirent la paix à des coiidilions équitables. Elle fut conclue le 16 novembre en plein air, près de la métairie de Dennikon. .lu-dessus du Breilholz (foret large).* Des ni i iii 's d<'vaienl s'occup^T plus tard des frais de la guerre ; dans les bailliages communs, les deux partis devaient avoir les mêmes droits. Ën attendant les conditions de la paix , les Bernois y accédèrent et retournèrent chez eux ; beaucoup d'entre eux étaient encore attachés du fond du cœur à TEglise catholique romaine. Peu d'années après, on vit même le général bernois Sébastien de Diesbach abjurer de nouveau le protestantisme à Frlbourg.

Après que les cinq cantons vicîoi ïîmîx eurent fait la

Îaix avec Zurich et Berne, ils demandèrent satisfaction Soleure, qui avait envoyé aux Ber!»ois des troupes auxiliaires. La plupart des communes du canton de Soleure avaient déjà embrassé la réforme; c'était la raison de leur dévouement aux Bernois. Dans la capitale du canton, au contraire, le conseil et la bourgeoisie étaient divisés, et cette scission religieuse faisait naître fréquemment des querelles et des persécutions. Mais lorsqu(» les cinq cantons victorieux exigèrent ou un dédommagement de mille florins ou leur retour à la croyance de leurs pères, il n'y en eut pins que bien peu qui voulussent payer. La plupart rci rirent le nom de catholiques. A Soleure même, les catholiques s'armèrent contre les réformés pour les contraindre à Tabjuration ; ils arrivèrent avec un canon chargé devant la maison où les

B£ UL MAïXON 8U188£

réformés délibéraient. Déjà Tarme redoutable les menaçaii de la mort. Tout à coup nu homme vénérable s'avance au milieu des furieux, préseute devanl la bouche du canon son cœur que faisait battre un vrai patriotisme, et s'écrie : « Si le saog de vos concitoyens doit couler, que le mien coule premièrement I » Tous furent effrayés à la vue de ce héros chrétien ; c'était ravoy er de Soienre, Wengi. Le sang ne coula point. Les réformés de la ville de Soleure, plus attachés à leur foi qu'à aucune autre chose, sacrifièrent leurs biens, leurs propriétés, quittèrent le canton et fixèrent leur domicile dans d'autres villes. Le culte catholique romain fut rétabli dans toute l'étendue du canton, dont trente-quatre communes avaient déjà embrassé la réforme (1533). . Tels fureut les résultats de cette victoire de Cappel, où des frères avaient été égorgés par leurs frères ; mais elle en eut d'autres encore. L'abbé de Saint-Gall fut réintégré dans tous ses droits; la propagation de la réforme à jamais arrêtée dans les bailliages communs. Les catholiques acquirent même une telle prépondérance, qu'ils rétablirent leur culte par la force dans plusieurs parties de ces bailliages.

CteaéYe ce sépara te la teMle* Berne e'eaipwe da

Paj» de Tmmé»

(De ran 1533 à Taa 1588.)

Des divisions semblables avaient éclaté dans les autres parties des Alpes helvéliuuiies. Dans les vallées des Grisons, une partie des communes conserva Tancienne croyance, les au in s embrassèrent la nouvelle, sans que la contrainte grnàl les consciences. Le culte évangélique avait de nombreux sectateurs à Sion et à Louèche dans le Valais, où Thomas Flatter prêchait la réforme avec zèle. Au Pays de Yaud, le long du lac Léman, Lausanne, les autres villes et la plupart des villages se séparèrent de rSglise romaine. Genève fit de même, mais ce ne fut pas sans troubles ni commotion. La discorde

HTStOmE

religieuse vint se mêler à la discorde civile qoi régnait dans cette cité.

Genëye était déjà à cette époque une ville belle et populeuse, florissan le par les sciences, par les arts, par rindustrie, ^lar l'activité de ses citoyens. Deux fois cette aniique cité des Allobroges avait été détruite du temps des empereurs romains fdeux fois elle s'était relevée do ses ruines. Aujourd'hui encore on y trouve sous ses chaussées des chaussées plus anciennes. Après la domination des Romains, les rois bourguignons en firent soQvent leur résidence, et plus tard, sons les Francs, les Bourguignons y assemblèrent fréquemment leurs diètes. Depuis plusieurs siècles, un évêque y exerçait rautorité ecclésiastique sur une grande étendue de pays. Il portait le titre de prince, possédait d(' grands biens, jouissait de grandes prérogatives, et môme, dans la ville, du droit de régale. Ce droit fnt transmis aux évéques par les rois francs qui en avaient l'té investis. Les autres droits des rois furent longtemps exercés par les comtes de Genevois, leurs délégués. Mais insensiblement les comtes se les étaient arrogés tous et les avaient rendus l^éréditaires dans leurs familles. Non-seulement ils considéraient comme leur héritage Genève et tout son territoire, à Texception des propriétés de révèché, mais ils étaient encore les représentants de Tévéque dans . Padministration de ses biens temporels. De hi des querelles et une rivalité sans tin entre Tévêque de Genève et le comte de Genevois. La bourgeoisie gagna beaucoup à cette dissension. Soutenant tour à tour la cause de l'un et de l'antre, elle avait reçu de nouveaux droits et des franchises de tous les deux". A la fin, trois partis se disputèrent la prééminence dans ce coin de terre : révéque, le comte et la bourgeoisie. Il s'y ]oignirt)ientôt un quatrième : le comte de Savoie, voisin puissant. La bourgeoisie Tavait appelé à son secours contre le comte de Genevois et lui avait donné une grande partie des droits de ce dernier : il voulut les avoir tous. D'abord il tenta de supplanter le comte de Genevois; puis il acheta tous ses biens, lorsque sa famille fut éteiute.

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Par là il acquit la pins grande influence sur Genève.

Devenus de plus en plus puissants jusqu'à s'arroger le titre de ducs, les comtes de Savoie étaient devenus

de plus en plus dangereux pour la bourgeoisie. Car bientôt ils s'eraparèreiit aussi de tout le pouvoir des évôques. en plaçant toujours sur le sic^ire épiscopal un fils de leur maison. Cependant, lorsque, apn*s les cruerres des Suisses avec Charles le Tf'int iairt', Tun de ces évéques eut conclu un traité d alliance di trn^^ive avec Berne et Fribourg, en son nom et au nom de la bourgeoisie (U^^ celle-Hïi acquit dans ces Confédérés voisins des ^Siants de ses droits et des défenseurs contre Tusurpation des ducs et des évéques* Cette alliance eut des suites importantes.

Un jour (<517), un Genevois du peuple coupa, par méchanceté, le jarret à la mule du juge épiscopal Grossi. Le coupable et une troupe de camarades de son espèce, qui en voulaient au juge, firent porter le jarret couju; dans toutes les rues par un idiot, et lui ordonnèrent de crier : < Achetez , achetez un morceau de la grosse bétel » Grossi vit dans ces mots une allusion à son nom et une offense faite à sa personne. Il accusa ses enne-* mis devant le tribunal de révêque. L'évéque leur accorda leur grâce, à l'exception de Pécolat, au'il fit met* tre en prison, et de Berthelier, qui s'enfuit a Fribourg. Là-dessus s'éleva une nouvelle querelle pour savoir à quel tribunal Pécolat ressortissait. La ville de Genève prétendait le faire comparaître devant son tribunal civil. De difficultés en dilïîcultés, cette affaire fut porice successivement devaut le duc, l'évêque, l'archevêque, enlin devant le pape.

Sur ces entrefaites, Berthelier n'avait pas perdu son temps à Friboui^. Revêtu de pleins pouvoirs par ses compatriotes, il avait resserré les liens d'amitié entre Fribourg et Genève. Il retourna dans sa patrie avec un sauf-conduit, et fit ratifier le traité avec Fribourg (1 519)» A côté de Berthelier et pour la même cause, combat^ taient le prudent et énergique Besançon Hugues, surnommé € le père de ia paLne, » et ié prieur de Saint-

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Victor, Bonnivard, qui fut plas tard jeté daus les souterrains de Chillon, où il laniiiiit six ans.

Le duc et l'évéque, irrités de l'alliance avec Fribourg, mirent tout en œuYre pour en amener la rupture, et la

diète suisse eut la faiblesse de la prononcer. Alors le

duc entre à Genève, fait muiuir Berthelier et se livre à crafîreuses vengeances. Mais à peine a-t-il quitté la ville, que les amis de la liberté, les Eidgiienots, comme ou les appelait (de Eidgenossen, Confédérés), renversent le gouvernement des Mamelus (partisans du duc) et s'allient avec Berne et Fribourg (1526). Alors se forme contre Genève la confrérie des chevaliers de la Cuiller, qui unit ses efforts à ceux du duc afin de soumettre Thé* roïque cité. Mais l'arrivée de 15,000 Suisses força la Savoie à signer la paix (4530).

La paix fut rétablie, la bonne intelligence ne le fut

f)as. Le duc, qui avait promis de respecter les droits de avilie, oublia son serment. Les Eidguenots, d'autre oart, haïssaient de plus en plus sa domination. La prémcatioî) la réforme par Farel et Kromenl vint ajouter les haiiies religieuses aux haines politiques. Il y eut quelque temps d'anarchie. L'évéque s'enfuit, mais dans Tes-

Sérance de reconquérir son siège avec l'aide du duc et es partisans du catholicisme. Son projet avorta : Genève proclama la réforme et Tindépendance. Le duc tenta un dernier effort ; de nombreuses troupes s^apprêchèrent, unellotille armée croisa sur le lac. L'imminence du péril arracha à Genève des cris de détresse. Berne, par une conduite inexplicable, ne lit pas marcher un seul hoiiinie; bien plus, elle arrêta Télan généiriix (le Jacques Baillod (ou Wilcjerrauth) et de ses quelques cents hommes de Neuchâtel et des environs, qui avaient volé au secours de Genève et battu 4.000 Italiens et Espagnols près de Gingins, au Pays de Vaud (1535). (renève, au désespoir, allait écouter les propositions de François P% qui voulait en faire une forteresse contre la Savoie, lorsque les Bernois se décidèrent à marcher. Ils envoyèrent, au mois de janvieri536, 7,000 hoiuiues de guerre dans le Pajs de Vaud, et daus i'es-

DE LA KAltaN SUISSE

pace de onze jours, somnireot tout depuis Morat jnsqa^à Genève ; ils délivrèrent cette ville, qui les reçut

avec des cris de joie, chassèrent l*év6que de Lausanuc, s'emparèrent de ses biens et de ses pn\iidges, et devinrent ainsi maîtres de tout le Pays de Vaiid. Celte conquête fut pins facile encore que n'avait été celle de TArgovie, car le dnc de Savoie, engagé dans une gnerre contre le roi de France eIT(Hluit aux abois, ne put opposer aucune résistance aux armes bernoises. La noblesse sa-* voyarde était impuissante. D'ailleurs les villes du Pays de Vaud et les communes des campagnes se soumirent volontiers aux Bernois, fatiguées qu'elles étaient de por* ter le joug de la maison de Savoie, et de voir les assemblées des Etats du pays s'occuper de leurs intérêts piivés et négliger les intérêts du peuple.

Mais le Valais et Fribourg virent de mauvais œil cette nouvelle conquête qu'ils auraient voulu partager avec lès Bernois. T es Valaisans s'emparèrent de tout le pays situé entre leurs frontières et la Dranse ; les l^ribourgeois soumirent les comtés de Rue et de Romont. Pour n'être point troublés clans leur nouvelle possession et pour s'y consolider, les Bernois ne s'opposèrent point à ces conquêtes. Ce fut dans le même but qu'ils introduisirent partout sans délai le culte réformé, firent admi« nistrcr par huit baillis bernois le pays conquis, qu'ils divisèreiît en huit bailliages, et créèrent pour luut le Pays de Vaud un trésorier chargé de maintenir les droits souverains de Berne et de retirer les impôts au protit de cet Etat. Un petit nombre de lieux seulement conservèrent leurs anciennes franchises; mais la ville de Lausanne garda presque en totalité ses importants privilèges, et devint en quelque sorte une ville libre sou* mise au patronage de Berne.

Pendant les événements de Genève, la réforme s'était ra[)idement répandue, grâce à Tactivité infatigable et à l'éloquence des Farel, des Fabry, des Yiret, des Froment et d'autres réformateurs intrépides. Neachâtel fut réformé dès 1530; Valangln et les Montagnes le furent quelques années plus tard. Farel fut le premier pasteur

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réformé de Neuclidlel; Viretfat appelé à Lausanne par les Bernois. En 1536^ Calvin, natif de Noyon en Picardie, arriva à Genëfe et y continua l^œuvre commencée par Farel. Cet homme, puissant par son génie, par sa

profonde science, par Tautorité de sa parole et de ses écrits, lit de Geuève le centre et l'école de la réforme, Ses adhérents reçurent le nom de calvinistes.

Pendant longtemps les riches et puissants comtes de Gruyère refusèrent courageusement de rendre hommage aux villes de Berne et de Fribourg, dont les nouvelles conquêtes enfermaient de toutes parts les terres de ces seigneurs. Mais les deux villes profitèrent adroitement de la pénurie d'argent de ces comtes accablés de dettes, et achetèrent tous les titres de leurs créanciers (1554). Par là Fribourg acquit la seigneurie de Gruyère; Berne eut pour sa part le Gessenay, Rougemout et Chûteaud'Œx.

Berne doubla l'étendue de son territoire par la soumission du Pays de Vaud, et devint la ville la plus puissante de la Confédération par sa polilique adroite, par son habileté à profiter de la laveur du moment, par l'esprit publûî, par la résolution et le courage de ses citoyens.

HaîirRc rellf;îcii«*e dans; les ha îïrîiî'^e** italien.^ . dans 1rs <<Nrî««au»i et ai3!eiir.^i. Dispute uu si^et du caftien* drier* Alliaaee de kfiorromiVc.

(De ran 1558 à ran 1586.)

Genève, entourée do son petit territoire, llorissaît comme état indépendant, et devenait peu à peu Tune des villes les plus célèbres de la Suisse, grâce à son industrie et à son amour pour les sciences. Cependant» à cause de ses troubles continuels, les Confédérés ne voulurent pas l'associer à leur Confédération comme ville alliée. Ces troubles furent causés par le charme encore nouveau de la liherté, et par la sévérité inflexible et le zèle impétueux de Calvin.

La seule viiic de Berne resta fidèlement attachée à

Genève, ainsi que Genève à Berne; aussi ces deux Etats renouvelèrent-ils fi pt^rix tuité (155(S) leur ailiauce défensive. Genève tiouvail tlaus Berne le rempart le plus sur pour sa liberié contre toute attaque étrangère ou interne; Berne, de son côté , voyait dans Genève un avant-poste avantageusement placé pour arrêter les invasions des Savoyards , pour tenir le Pays de Vaud en respect , et

Sonr dompter les Vaudois s'ils s'avisaient de réclamer es franchises que leurs nouveaux maîtres étaient intéressés à ne pas leur accorder,

La discorde religieuse qui divisait les Confédérés et leurs sujets avait aussi pénétré au delà du Saint-Gotliard dans les bailliages italiens, et allumé une haine mutuelle (laus des cœurs auparnvnnl unis. Le nombre des réform* s » lait surtout eon^^idérable dans le bailliage de Locarno : ils comptaient parmi eux la plupart des familles les plus riches et les plus considérées ; Lélius et Faustus Socin avaient répandu dans cette contrée une doctrine beaucoup plus libre encore que celle de Zwingle et de Calvin. Mais ils furent chassés et leurs adhérents punis

Ear Texil ou par la mort. Après eux , Beccaria devint à ocarno le principal docteur des évangéliques. Le bailli, qui était catholique, le lit emprisonner, mais une troupe de réformés assaillirent le château et obtinrent de vive force la liberté de Beccaria. Le bailli, avec l'autorisation des stpi cantons catholiques, ordonna aux réformés d'aller à la messe, et bannit ceux qui ne voulurent pas se soumettre à cet ordre « Cette violence est contraire à notre traité de paix , « s'écrièrent les Ëtats évan^éligues qui participaient à la souveraineté des bailliages italiens. « Non , » répondirent les cantons catholiques, f le traité ne s^étend pas à ces baillia|[es ; c*est la majo* rité des voix qui décide ici. » Ainsi les persécutions continuèrent, encouragées d'ailleurs par le nonce du pape. Eiitin le bannissement général des réfunnés de Locarno fut décidé et eut son exécution au mois de mars 1555. Cent cinquante réformés, assemblés dans l'hôtel de ville de Locarno, durent écouter cet arrêt avec

Que soamissioa sUencieuse. Tout 4 coup 1q nonçe 411

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pape entra dans la salle , et s'écria , transporté de colère: « Ce jugcmcfit est trop indulgent. Il faut enlever aux exilés leurs biens et même leurs enfants. « Jlais il ne fut pas écouté, et le jugement fut maintenu tel quel.

Les exilfV. accompagnés de leurs femmes of de leurs jeunes enfants, passèrent les-montagnes et se réiugièrent chez leurs Confédérés évangéliques. Zorich offrit un asile à plus de cent de ces infortunés. li y avait dans leur nombre des hommes riches et savants, les OreHi, les Murait et d'autres, dont les familles fleurissent encore à Zurich et l'honorent. Ils apportèrent dans cette ville Tart de tisser la soie, y établirent des moulins, des teintureries, et renricliireni par leur industrie à tel point que la prospérité de Zurich devint célèbre en peu de lemps^ même hors des limiifs de la Suisse.

^/ Malgré la dissidence des Eglises, les Suisses seraient probablement revenus à leur ancienne concorde, s'ils n'avaient pas prêté une oreille trop facile aux insinod-* tions d'ambassadeurs étrangers. A la même époque, des guerres de religion désolaient aussi ta France et TAUemagne ; les envoyés des souverains engagés dans ces guerres, recherchaient la faveur et TassiMnce des can* tons auxquels les unissait le lien d'une foi commune, et les animaient contre les cantons attachés à la croyance o[)posée Des deux côtés, les prêtres aigrissaient encoi e davantage les esprits du peuple. Les cantons réformés se gardèrent prudemment de se mêler dans des quei elles étrangères. Il n'en fut pas de même des cantons catholiques : ils se montrèrent dociles à la voix du nonce papal et furent séduiu par l'appât de l'or que l'ambassadeur français répandit pour engager au service de sou roi des soldats mercenaires. En 1553, ils conclurent avec le roi Henri II la première capitulation en forme, au sujet des régiments que la Suisse enverrait au service de France; ils fournirent dans une seule anupc 10,000 hommes, et tirent suivre d année en année des renforts considérables. Les Suisses se battirent vaillamment sur le sol étranger, mais leur gloire ne lut que

celle des mercenaires. Leur sang ne coula point pour

M LA NATION SUISSK

lour patrie, leurs aclions n'appartiennent donc pas h rhistoire de la patrie. Laissons les étrangers vanter les exploits qnMls ont payés.

Le nonce du pape travaillait sans relâche contre les intérêts des cantons réformés* Il songea même à rétablir la domination de la maison de Savoie à Genève et peutôtre aussi dans le Pays de Vand. Jaloux de la prépondérance de lîin'ne. quelques cantons réformés auraient volontiers secondé les vues du nonce: mais ce dessein éctîoua. Car. lorsque le duc de Savoir réclama en vtJot le Pays de Vaud en 150i, les Berîiois pr('vlnnM)( fl(\s pertes plus considérables par le sacrifie^ volontaire du petit pays de Gex et de tout le district qu'ils possédaient an delà du lac de Genève. En échange, le duc Emmanuel-Philibert renonça par le trait ' de Lausanne à toutes ses prétentions sur le Pays de Yand, et le roi de France se rendit garant de ce traité, mais sous la réserve expresse de tous les droits dont le Pays de Vaud avail joui sous la maison de Savoie. Genève, an contraire, resta lonij;lernps encore en lutte aux attaqua s de cette puissance voisine. Mais la néceNsit(î de défendre sans cesse son existence politique cufiti »' la ruse et la force d'un voisin hiMucoup plus puissanl. df'velo|)i)a de nouvelles forces dans cet Etat indépendant, petit en étendue, mais grand par le courage de ses habitants. Dans tous ses dangers, Berne le secourut en allié fidèle. En considération de l'héroïsme de Genève, les Zuricois firent une alliance perpétuelle avec cette ville en 1581.

De tous les défenseurs du saint-siége , jamais aucun n'avait exercé en Suisse un aussi ^^and asc(Mulanl que Tarchevéque de Milan , le cardinal Charles liorroraee ; mais rarement aussi on vit un homme plus capable, par ses talents et par ses vertus, d'exécuter de grandes entreprises que ce jeune prélat, actif, pieux, brûlant de zèle pour sa foi. Arrêter par des barrières éternelles la propagation des nouvelles doctrines, affermir au milieu des orages de son siècle l'antique Eglise ébranlée jusqu'en ses fondements, telle fut la tâche quMl choisit pour lui consacrer sa vie. Dans ce but, il aboUt beau^

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coup d'abMs en Italie, épura les mœurs du clergë et fit un giMiid nombre de voyages. Il vint aussi en Suisse, ninis tout ce qu'il y fit ne tourna pas à l avautage des

Coijiï'd(''rps.

Arrivé dans la Valteline, où les Grisons s'occupaient à établir des écoles protestantes, il travailla secrètement contre leui* projet. Dans les Grisons , il aurait désiré mettre aux catholiques les armes à la main contre les réformés ; mais, à l'exception de révéque de Coire et de sa cour, les libres enfants des Alpes rhétiennes le reçurent froidement. Ils étaient fatigués de ces querelles et de ces haines religieuses auxquelles, dans leur pays comme en Suisse, les faiiiides des grands avaient rattaché les intéi èîs de leur égoïsme polUique. Déjà celle calamité avait fnit périr sur Téchafaud le jeune seigneur Jean Planta de Kiux/uns (157:2). Déjà plus d'un honnête citoyen avait été condamné à perdre ses biens, sa vie, sa patrie, son honneur. De nos jours encore on s'entretient, dans 1rs montagnes des Grisons, des tribunaux redoutables de Thusis et de Coire , des rassemblements armés du peuple, et de la vénalité si commune dans ces temps de corruption, la loi appelée Kmelbrief (1570) vint enfin mettre des bornes à cette ambition coupable qui obtenait les honneurs à force d'argent et d nilngues; une autre loi, Dreisie^elbmf [ Vo'i^], défendit tous les attroupemrnts de gens armés. L'amour de la liberté s*nllinit chez les Grisons à Paiaour de la justice. Un petit nombre seulement de familles nobles et ambitieuses res-

f^ectaient aussi peu la justice qu'elles aimaient pcfu la iberté.

Le cardinal Charles Borromée reçut Taccueil le plus ainical des cantons catholiques» Le mauvais état de leurs écoles lui suggéra Tidée d^établir à Milan un séminaire

de prêtres en faveur des jeunes catholiques de la Suisse. C'est lui qui introduisit l'usage d avoir constamment en Suisse un nonce du pape. Cela déplut aux réformés : ils prévoyaient les désagréments qui naîtraient ]Hjur eux de la présence continuelle d'un représentant du saintsiége. Pend^nt l'hiver (le l'année 1580 un nonce arriva

à Berne, mais le gouvernement lai ordonna de quitter sur-le-champ la ville, et les enfants le poursuivirent dans les rues à coui)s de boules de neige.

La lutte des catholiques et des protestants occupait le monde presque tout entier. L'Espagne, la Savoie, l'empire, étaiefit los plus zélés défenseurs du pape. Malgré cela, les protéslarils (ou huLiurunts) iriomphcrent pres- (|ue en France. Le pape voulut engager tous les catholiques de la terre dans une j^erre à mort contre les pro* testants, et cette guerre, il osait l'appeler sainte 1 Ën Snisse, le cardinal Borromëe prêchait avec zèle la nécessité de former une ligue puissante pour le maintien de l'Eglise romaine. Plus on lutta, plus les esprits s'échauffèrent. L'aiiimusilc alla si loin, que les réformés ne voulurent pas recevoir le nouveau calendrier (1582), parce qu'il avait été perfectionné par l'ordre du pape* Le parti évangélique se défiait leilement de Rome , qu'il rejetait tout ce qui en venait, même les améliorations, et qu'il maintint opiniâtrement l'ancien calendrier, malgré ses défauts. Cet objet faillit causer une guerre civile.

La dispute des partisans des deux calendriers favorisa la ligue projetée par le cardinal en faveur de TEglise ; les sept cantons catholiques se liguèrent en effet selon ses vœux. Des députés de Lucerne, d'Uri, de Schwytz, d'Unterwalden, de Zug, de Soleure et de Fribourg s'assemblèrent à Lucerne le 10 octobre 158(i, et y jurèrent une alliance que Ton nomma la ligiif d'or ou la ligue Borromée. Elle ne servit qu'à creuser davantage l'abîme qui séparait déjà les deux partis de la Confédération.

Pendant ces querelles de religion, la seigneurie de. Valangin, après avoir existé près de quatre siècles comme Ëtat distinct, rentra sous la souveraineté directe des comtes de Neuchfltel (1579).

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BtSTOftiS

Soulèvement ik Mulhouse. Les deux Rhodes d*A|i« penzell se réparent. Le duc de liavoie cherche À «urpreiidre 4«enéwe.

(De l'an tô87 à Van 1603.)

Dès celte époque, les cantons catholiques s'unirent plus voiontiers et j)lu^ intimement avec des étnujgers qu'avec des Suisses évangéiiques. Les étrangers se réjouirent de celle discorde, dont ils surent profiter. L'ambassadeur d'Espague, distribuant l'or à pleines mains,

Earvini à conclure en faveur de son roi un traité arec ucerne» Uri, Sch>\ytz, Unterwalden, Zug et Fribourg (1587). Le nonce du pape prêcha une croisade contre les réformés ou huguenots de France, et pins de 8,000 Suisses catholiques allèrent prendre part à la guerre civile qui désolait ce royaume. Des députés des huguenots sollicitèrenl un armement pour la défense de la foi évangciique, et des milliers de réformés, Suisses et drisons, partirent poup arroser de leur sang ces champs de bataille où avait déjà coulé tant de sang français ; les gouvernements cantonaux feignirent de ne pas s'apercevoir de ces émigrations. Des Suisses quittaient leur pays pour aller égorger leurs frères à prix d'argent. Tel fut Teffet de la haine religieuse I

Cette peste répandit partout son germe corrupteur : les choses les plus insignifiantes devenaient la cause des plus gniiids maiiicurs; c'est ce qu'un vil à Mulhouse, ville d'Alsace.

L'origine de Mulhouse reiuoiite h des temps Irès-anciens. Depuis environ cinq si/ cles elle était, comme la plupart des cités de la Suisse, une ville libre de Tempire germanique; plus tard elle avait fait successivement des traités d'alliance défensive avec Bâle, avec Berne, avec Fribourg et avec Soleure; enfin elle fut associée à la Confédération comme ville alliée (1515), ayant voix et séance dans les diètes. Il arriva que la famille Finninger eut avec d'autres citoyens, au sujet d'une portion d'un

bois, un procès qu'elle perdit. SUe en appela au gonveroe* ment autrichien d'Ëiusislieiin, puis à la diète suisse. Les Confédérés catholiques, à qui Ton montrait dans cet événement une occasion de ramener Mulhouse au sein de

l'Eglise roîiiaine. embrassèrent la cause des Fiiininger et menac( I (MiL le conseil municipal de Mulhouse de rompre leur ai cionne alliance. Le conseil implora les cantons évangéliques, qui jugèrent le procès à son avantage. Sur-le-champ !ps Etats catholiques et Appenzell renvoyèrent aux Muihousois le traité d'alliance, après en avoir arraché les sceaux. Le parti des Finninger profita de cet événement pour soulever le peuple et pour faire casser le conseil municipal comme auteur de la rupture avec les Suisses. Les cantons réformés voulurent rétablir la bonne intelligence par leur médiation, maison ne les écouta pas; ils menacèrent de rétablir par la force Taucien ordre des choses; les Mulhou^uis coururent aussitôt aux armes et appelèrent à leur secours des soldats aulriciiiert^. Les Suisses réformés envoyèrent contre eux des troupes sous les ordns du général d'Erlach; six cents Bâlois focru^nl l'avanl-garde. Mais du côté de la ville retentissait le tonnerre du canon. Au milieu de la nuit les Suisses assaillirent et forcèrent les portes de Mulhouse* Les combats, les massacres remplirent toutes les rues; les citoyens furent vaincus; la garnison autrichienne fut désarmée et renvoyée; le calme rétabli par le supplice des chefs des rebelles. Mais depuis ce moment (1587) Falliance de Mulhouse avec les cantons catholiques fut à jamais rompue, et cette ville ne put plus recouvrer le droit de suffrage à la diète.

Peu de temps après ce triste événement, le canton d'Âppenzeli devint le théâtre de troubles tout aussi graves. Les catholiques et les réformés avaient vécu paisiblement ensemble dans les deux parties du canton ; on comptait dans les Rhodes extérieures plus de réformés, dans les Rhodes intérieures et dans le chef-lieu plus de catholiques. Malheureusement des capucins vinrent travailler secrètement le peuple, et lui per-

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HibTOlHE

soader qail fallait ramener de force leséTdûgéliqoesaa

culte qu'ils avaient abjuré. Le landammann Megt^^elin, fougueux zélateur de l'ancienne foi. voulut coramencer celle œuvre par la conversion de vingt-sept jeunes réformer. Il les (il comparaître devant l'assemblée des deux conseils iionr rendre conn^le de leur croyance, après avoir eu soin irenlourer l'autel du conseil de paysans catholiques : au casque les vingt-sept réformés ne voulussent pas se soumettre, un signal devait être donné de la fenêtre au peuple; le conseil s'éloignerait, et le peuple se jetterait sur les jeunes rebelles. Mais ce projet n'avait pas été bien calculé; car lorsque, pour punir Pobstination des jeunes gens, Meggelin courut à la fenêtre, tandis que les conseillers s'avançaient vers la porte, les vingt-sept réformés tirèrent de dessous leurs msfifruux des armes qu'ils avaient tenues cachées, s'emparèrent de la porte et des fenêtres et inspirèrent au landammann une si grande frayeur, qu'il cria par la fenêtre : € Paixt vous pouvez vous séparer. »Xes paysans se séparèrent, et les eunes gens se retirèrent sans péril. Ce jour (14 mai 4|fp^ fut le commencement de toutes sortes de troubles.

En effet, dès ce moment les deux partis s'acharnèrent Tun contre l'autre et commencèrent le cours des plus violentes persécutions. Les n'forinés furent tourmentés dans les lUiodes intérieures, les catholiques dans les Rhodes extérieures. De part et d'autre on faisait des prisonniers, on sonnait le tocsin, on courait aux armes. Voyant que la concorde ne pouvait être rétablie ni dans les conseils, ni dans les assemblées des communes, ni dans les assemblées générales, des hommes éclairés et amis de leur patrie proposèrent d'invoquer l'intervention des Confédérés. Ce fut en vain : les catholiques soutinrent les catholiques, les réformés soutinrent les réformés. On convint que le repos ne pouvait être rétabli qu'en divisant le canton en deux parties, dont chacune aurait sa croyance, son gouvernement et son tribunal;

sigué le 8 septembre 15d7. On partagea entre les deux

troubles, l'acte de séparation fut

DË lA NATiON SmSStt. 169

Rhodes le pays, les tribunaux, les bannières, les sceaux, môme les armes de Tarsenal. Les réformés s'établirent (îaii.- les lihodcs extérieures, au lioiubre de 6322 âmes; les catlioliques dans les Rhodes intérieures n'en comptèrent que ^782. Mais bien que divisées, comme le Haut et le Bas-Unlerwalden, à Tiiislar de ce canton, les deux Rhodes réunies continuèrent de former on seul canton.

Cette mesure eom'mandée par la nécessité contenta tout le monde, excepté le landammann des Rhodes intérieures, nommé Tanner. Ennemi irréconciliable des Rhodes extérieures, il ne cessa de susciter des querelles et d'entretenir la discorde ; il voulut engager les cantons catholiques à contraindre les Uiiodes extérieures décéder toutes les prérogatives aux six ou sept catholiques restés dans cette partie du canton. Mai^ il échoua dans son entreprise; ses actions et ses discours le rendirent à la fin si odieux à ses propres concitoyens qu'il perdit ses biens et ses dignités, fut réduit à mendier son pain de lieu en lieu, et mourut misérablement en Thurgovie, dans une étable.

Ce fut un bonhear pour la Suisse, foe les rois et les princes voisins^ occupés par des guerres continuelles, ne purent point se mêler des troubles intérieurs de la Confédération. Sans cette circonstance, son indépendance aurait couru plus d'une fois de L;rands dangers. Mais l'Espagne et Milan étaient incessamment en guerre avec la France, et l'empereur avec les Turcs. Chacun de ces souverains désirait avoir des Suisses pour troupes auxiliaires. Mais les Suisses, soit parce qu'ils se dehaient les uns des autres, soit parce qu'ils ne penchaient pas tous pour le môme souverain, n'envoyèrent point de soldats. Ils engagèrent, au contraire, de la manière la plus touchante les rois de France et d'Ëspagne à poser les armes, et Zurich pria l'empereur, Lucerne le pape, de porter les esprits à. la paix, Lairs démarches eurent peu de succès.

Cette circonstance, jointe à Tamour que le roi de France Henri IV sut inspirer par ses vertus et par son courage aux catholiques et aux réformés, la promesse

qu'il fit anx Siîis?^«; de lour payer chatfue ^mèe quatre cent mille couronnes *, pour éteindre les délies accumulées de la France, un million en argent comptant qu'il leur envoya par »m ambassadeufv'^tout cela gagna à ce monarque les cœurs des Confédénte. Ils firent avec VA une nouvelle alliance

Cette alliance déplut ao roi â'Espàgne, au papa et au duc de Savoie, tous trois ennemis du vaillant Henri IV. Le duc de Savoie crut avoir trouvé une excellente occasion de reconquérir Genève. H envoya secrètement sous { \- ordres du colonel llrunaulieu ses troupes et des sol- ;,d3ts n;i[)olilains et espagnols pour surprendre cette v ille.

milieu delà nuitdu^Ji au^ dccenibre 1602, ces troupes s'avancèrent jusqu'au pied des murs, y appliquèrent des échelles, montèrent sur les murailles et se crurent déjà victorieuses. Une sentinelle genevoise, qui entendit le bruit^ tira un coup de fusil. Le gardien de la porte (u soldat vaudois du nom de Mercier) abaissa la sarrasine (sorte de herse) ; les citoyens se réveillèrent^ coururent sur les remparts en criant : t reniiemi I l'ennemi I t tuèrent tous ceux qui avaient déjà pénétré dans la ville, et brisèrent les échelles des assaillanis. Los Savoyards se retirèrent avec une perte considérable et couverts déboute.

Aussitôt Berne et Zurich envoyèrent des troupes au secours de Genève et contraignirent le duc à faire un traité de paix (te H juin 1603), par lequel il prit rengagement de ne jamais laisser ses troupes s^approctaer trop près de Genève, de ne bâtir aucune forteresse & moins de quatre lieues de cette ville, et de ne plus ràttaquer. Depuis 08 temps les Genevois célèbrent chaque année la nuit de VEsmlade par unefôte consacrée à la joie et au souvenir de leur victoire. ^

I La couroQiic vaut 3 fr. 7a cent, de Franoe.

DS Là NATION SUISSS. ill

Tronblcft h Bieime. Conjvratioa eontre CScoèwe* La mort notre. Commeiieciiieiit des guerres elvfles daM les Oriflf»a««

(De Tan 1603 à Pan 1618.)

Tandis que les Genevois défendaient leur f eiii Etat contre les attaques du duc de Savoie, le Valais vit la dermète guerre de religion entre ses enfants divisés. Ici, •

les réformés, inférieurs en nombre, succombèrent. On les avait tolérés perulaiit plus de cinquanle ans, en vertu d'nn traité de paix coijclà^en 1551 ; mais à la (in on ne voulut plus les siuilTrir. l/évripin et le co^ihcil leur ordonnèrent de vendre leurs hieiis el de sortir de h iir patrie. Les cantons évaiigéliquesinlerGédèrent (mi vain pour les malheureuses victimes de cette persécution (1603) : les cantons catholiques insistèrent auprès du gouvernement valaisan sur la nécessité de chasser les réformés et leurs prédicateurs. Us furent exilés en effet ei ne revirent plus le pays de leurs pères.

Ce résultat fut en partie amené par le prélat savoyard François de Sales, U iiuel s'efforçait alors de ramener au caliioiieiMUé le> populations qui, sui' les confins de la Savoie et de la France, avaient embrassé la réforme. '

Les habitants de Bienne eurent aussi une lutte avec leurévcMiue. Bienne est une ancienne ville, agréablement située au bord du lac nommé de son nom. Cette ville fut longtemps soumise aux comtes deNeucbAtel, en conservant des franchises particulières; en 1274, elle passa sous la domination de l'évôque de Bâte qui, jaloux d'obtenir son affection, lui conféra les droits d'une ville libre et impériale. Cette liberté la rendit prompiemeot florissante; ses armes furent heureuses dans plus d'une querelle, et les bal)itanLs de la vallée d'Erguel (val Saint- Imier) suivait'ut sa bannière. Alin de placer ses droits sous une [iroteciion puissante, elle avait Iodik' de bonne heure (l'â^Vi une alliance avec Beiiie, un siècle plus tard avec ISoieure(138i) et le siècle suivant (1496) avec

Fribourg. Elle était en boime intelligence avec tous les membres de la Confédération et honorée par cette raison comme ville alliée. ËUeyouluteQ 1554 acheter tous les droits de révéque sur ses citoyens et sur TErguel, pour devenir la capitale d'un beatt territoire. Mais, ce projet, loin de réussir, fit naître entre révéque de Bâie et la ville de Sienne des querelles accompagnées de beaucoup de calamités. Des arbitres suisses terminèrent enfin ce ditïérend à ramiable(1010);Bienne,contiiiUtiiit à rendre hommage à l'évéque comme prieur du pays, nedpvait former nacune alliance nouvelle sans son consentement et celui des Confédérés; l'évéque conservait tous ses autres droits dans la ville, mais il dut confirmer les franchises de Bienne, et les troupes de TËrguel purent continuer à marcher sous la bannière de cette . ville, ' r i /

Pour faire Thistoire complète de ces temps malheureux, il nous resterait à raconter encore beaucoup

d'autres discordes : nous aurions à parler de la conjuration des deux 1 rançais. Du Terrail et la Basside, qui voulurent surprendre (Genève par trahison riOOO) et livrer celte ville au duc de Savoie, mais qui lurent euxmêmes trahi-^ et punis de mort. La Thurgovie nous offrirait des querelles que fireiit naître (1610) des paysans Tvres. Ils maltraitèrent le seigneur Hector de Beroldingen, démolirent sa chapelle et lapidèrent le lieutenantbaillival; ce qui occasionna une scission si fâcheuse entra les cantons réformés et les cantons catholiques, que les derniers ne voulurent plus se trouver à la Diète avec les Zuricois, et que, sans rinte FvenlÎ Q n d es autres Confédérés et de l'ambassadeurde France, la guerre civile aurait éclaté. Mais des malheurs plus grands el plus terribles réclament toute notre attention.

La peste se manifesta tout à coup. Cette affreuse maladie, à laquelle on donna le nom de mort noire, avait été apportée à Bàle (1610) de pays fort lUoignés ; elle fit périr dans cette ville près de 4000 personnes. L'année suivanteellepénétrajusqu'à Soleure, Berne et Fribourg; &U00 personnes moururent à Zurich; près de âOOO dans

le pays de Claris ; bien plus encore dans le Toggenbourg et le canton d'Appenzell. ASarnen,dansleHaut-Unterwalden, on enterra 280 morts dans la même fosse. En Thargovie, la mort noire dépeupla des villages entiers^ et les champs deraenrèrent incnites, fante de bras pour les cultiver. On compta les morts de la Thur(?ovie, il s'en trouva 33,584. Ce fléau enleva presque partout le quart de la population.

La peste porta ses ravages jusque dans les liautes vallées des Grisons, désolées dans le même temps par d'autres maux, ouvrage des hommes.

Du moment que \ej^ d'Espagne fat devenu maître de Milan et de la Lombardie, il chercha sans rrlûche les moyens de soumettre la Valtâtine, pays sujet d^ Grisons, afin que ses Etats fussent limitrophes des Etats autrichiens par le Tyrol ; car TAutriche, dévouée à l'Espagne, ne pouvait envoyer de secours à Milan que par le territoire de Venise ou par celui des Grisons. C'est pourquoi, fidèle aux uistructions de son roi, le gouverneur de Milan se mêlait de toutes les divisions que l(^s querelles religieuses entretenaient dans la Vaiteline. Depuis que les Grisons eurent permis aux habitants de ce pays le libre exercice du culte évangélique (1552), les habitants d^un grand nombre de communes avaient adopté ce culte : de là naquit la discorde.

Hais le roi de France, ennemi de TAutriche et de TEspagne, révéla aux Grisons les intentions de cette dernière puissance. La république de Venise, qui craignait les forces de l'Espagne et de l'Autriche, leur donna ie même averlissemeni. Venise, la France et l'Espagne envoyèrent aux Grisons des ambassadeurs qui cherchèrent à gagner les chefs et les principales familles par des flatteries et par des présents. Les grands, cédant f\ la séduction, s'intéressèrent, les uns à la France, les autres à TËspagne; la patrie seule fut oubliée. A la téte du parti esiiagnol se trouvait Rodolphe de Planta ; à la tête du parti français, Hercule de JaUs. Le premier eut d'abord pour lui le pouvoir et laplupart des communes catholiques. Mais le gouverneur espagnol de Milan bâtit au haut d'une col^

174 msroiius

line, près du lac de Corne, une citadelle à laquelle il donna le nom de F uentes, qui était le sien (1604)* De là ses regards plongeaient dans les vallées de Gbiavenne et de la Valteline, et il eut ainsi la clef d^un des principaux passages des Grisons.

Le peuple en fut effrayé, et sa terreur produisit une graiiLlc agitation. Les deux partis s'entr'accusèrent et soulevèrent lescomiiiunes. Celles-ci élevèrent leurs bannières et établirent à Coireun tribunal criminel qui devait juger les tiMîlres. Gomme il arrive toujours limis les troubles populaires, innocents coupables furent emprisonnés sans distinction, exilés, dépouillés de leurs biens: le bailli autrichioifi Castete, et le capitaine du prince-évéque à FiirstemSSttiig , eurent la tête tranchée à Goire (1607). Ils avaient servi TEspagne plus fidèlement que leur patrie. Les Confédérés demandèrent inutilement la grâce des deux coupables. Le bailli reconnut ses torts sur réchalaud : « Le citoyen d'un pays libre, » s^écria-t-il , « cesse d'être un homme libre dès r instant quHl attache trop de prix à la faveur des princes. »

Ufi nouveau tribunal criminel institué h Ilanz adoucit, bientôt après , plusieurs des peines prononcées par le tribunal de Coire. Mais la haine des partis ne lui point apaisée : TËspagne et la France prenaient soin de Tali* monter par leur or. L'un cherchait à faire des partisans à Venise et à la France^ loutre à Milan. Chacun songeait à exercer ses vengeances particulières et à s'enrichir par des pensions étrangères et par des présents. On forma de nouveaux tribunaux, on commit de nouvelles injustices, on alluma de nouvelles haines. L alliance avec l'Espagne et celle avec Venise furent rejetées; des communes se levèrent contre des communes, des frères contre leurs frères Dans la vallée de l'Engadine, le peuple divisé prit les armes pour s'entrY'gorger ; les partisans de l'Espagne avaient <\ leur téte un beau-frère de Rodolphe Planta, Augustin Travers; les partisans de Venise étaient commandés par son frère Antoine Travers. Déjà le canon avait porté la mort dans les deux armées; alors les femmes at les sœurs des combattants se jetèrent au

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milieu de leurs maris et de leurs frères avec des cris et des larmes, et parvinrent à séparer et à calmer les furieux.

Mais ceux qui n'avaient pu résister à Tascendant des prières d'un sexe au cœur tendre, forent bient<^t après excités à une nouvelle haine par le lanatisme des prêtres, les ecclésiastiques réformés des Grisons s'assemblèrent (1618) pour les afTairesde l'EgUseàBergiin, vallée sauvage entourée de glaciers. Quelques-uns a^entre eux dirent que le gouverneur de Milan avait envoyé de grandes sommes dans le pays pour faire accepter l'alliance avec l'Espagne, et que, s'il échouait dans ce projet, il était résolu de susciter des troubles dans la Valleliue pour sa baigner dans le sang de tous les réformés.

Ce discours, répandu dans tout le pays, aigrit de nouveau les deux partis, et leur mit les armes A la main. L'Engadine commença la guerre, et Rodolphe Planta fut oMigé de se sauver dans la ïyrol. Un pasteur réformé, George Jénatsch, marcha contre lui de Samaden à la tête d'une troupe armée. Un tribunal criminel, assemblé à Tbusis» futdirigé par quelques pasteurs prcrfiestantsavec la dernière cruauté. Ce tribunal mit à prix la tôte de Rodolphe Planta et celle de son frère Pompée ; ordonna la confiscation de tous les biens de l'évêque de Coire, qui avait pris la iuite, et le condamna à mort par contumace; il Ijaiiait à perpétuité Augustin Travers, proscrivit un grand nombre d'autres citoyens, infligea des punitions de tonte espèce, dont les plus cruelles atteignirent Nicola» Rusoa, archiprêtredeBédano dans la Valtelina» et Jean-Baptiste Prévost, surnommé Zambra, landaJDimann du val Brégaglia ; Rusca, prétrecatboUgae, respectable par sa piété, mourut dans les fers» empoisonné» prétendit-on, quoi*que , mis à la torture, il eût protesté eourageusemeut qiril n'avait point conspiré en faveur de l'Espagne; son cadavre fut ent(;rré par le bourreau. Le landammann Zambra, vieillard âgé de soixante-quatorze ans, affaibli par la maladie, eut la tête tranchée, parce que les douleurs de la torture lui arrachèrent l a\ mu qu'il avait reçu de^ ponsloo et des présents de i'Ks{^gae et de ia h tm^.

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HISTOtRE

Le cri du sang de Zaïnbra el de Rusca monta jusqu'au ciel. Leur mort fut suivie de jours d eilroi et de lameutatiou&.

xxxvin

Rnlue lerrîble «le Plurs. IMassacre dan» la Valtellue.

Clnerre civile des Grisons*

(De raQl618àiaa mU)

Des calamités physiques précédèrent les calamités que les passions allaient attirer sur ce malheureux pays.

Dans la vallée de Chiavenne, iiue les Grisous faisaient gouverner par leurs baillis, ainsi que la Valteline et Rormio. llorissait au pied du moût Conto le bourg opulent de Plurs (Pleurs). Il devait sa richesse à son indastrie : des marchands y faisaient travailler chaque année plus de Yingt mille livres de soie.

Le 44 septembre 1618, après plusieurs jours de pluies abondantes et continuelles , une partie du mont Gonto se détacha et couvrit plusieurs parties du vignoble. Les bergers coururent à Plurs pour avertir les habitants du

Séril qui les menaçait. « La montagne, » dirent-ils, « a epuis plusieurs années des crevasses considérables ; les (Fdupeaux s'en éloicfiicnt souvent avec de grands mugissements. » D'autres dirent que dans les villages voisins les essaims d'abeilles avaient abandonné leurs ruches, et qu'on les avait vues tomber .mortes du haut de l'air. Les habitants de Plurs méprisèrent ces avertissements.

Tout à coup, à rentrée de la nuit, la terre «etentit au loin d'un brmt lugubre, auquel succède le silence de la mort. Le torrent de la Maira reste à sec pendant deux heures. Dès que le jonr paraît, le ciel se montre voilé d'un nuage extraordinaire de poussière et de vapeur. Le village de Cilano et le riche bourg de Plur.- ont disparu sous les décombres. Des débris de rochers s'élèvent à cent

Eieds au-dessus des habitations et forment un vaste tomeau où sont couchées deux mille et cinq cents victimes. L'effroi remplit la Valteline ; toutefois la sédition et la veuf eance qu'on se préparait à tirer de la inort du pieu^

Rosca y firent promptement oublier la mine de Plnrs et

de Cilano. Le même effroi se répandit dans toutes les

vallées rh(Hiennes; mais la haine des partis appela bientôt ratlenlion de tous les esprits sur des [projets sanguinaires. I.es parents des inforlunés coiulaninés par le tribunal de Thusis demandèrent v^Migeance des injustices du parti français; les catholnjnes accusèrejit à grands cris les réformés de vouloir extirper l'ancienne religion de toutes les vallées de leur patrie; les bannis crièrent à riniquité et implorèrent l'assistance des Suisses» de la maisan d'Autricbe, des Milanais, des Espagnols.

Plusieurs communes de la ligue Grise, celle de Lugnetz la première, levèrent de nouveau Tëtendard de la guerre civile, et marchèrent sur Coire pour se faire justice ; les lialntants de rEiigadiiiL!, du PriL'ttigau et d'autres partisans des Français prirent les ai'ines et allèrent à leur rencontre. Quelques-uns étant tnmix's dans la mêlée, d'antres communes s'interposèrent entre les deux partis, et instituèrent A Coire un tribunal neutre qui adoucit (juin 1619) les jugements sévères du tribunal de Thusis, et rappela dere&il les deux frères PlanlU.

Cette modération ne servit qu'à aigrir le peuple de rSngadine, du Miinstertbal et de Davos, Il porta ses bannières contre Coire et cassa les jugements an tribunal. Ce fiit en vain que Thomas de Schauenstein, seigneur de Haldenstein, se rendit dans leur camp pour calmer les esprits et empêcher toute violence. Vaiiiement il proposa, comme moyen de pacification, d'exciure de toutes les cliargos pendant vingt ou trente ans les chefs du parti des Planta et ceux du parti des Salis. Ce moyen ne plut à personne. Ceux qui avaient pris les armes décidèrent qu'il fallait renvoyer les ambassadeurs des puissances étrangères, auteurs de tous les maux. Ils châtrent de Coire les juges neutres, mirent en fuite leurs troupes retranchées près de Reichenau, et instituèrent un nouveau tribunal criminel à Davos* Celui-ci ne se contenta pas de confirmer les mtences prononcées à Thusis, il les aggrava ; les exilés, rentrés dans leur paine, furent de nouveau envoyés en exil. Ici corn-

HISTOlKi::

me â Thnsis, la sérérité peraiciense du tribiioal fat due surtout à rînstigation d'ecclésiastiques réformés.

Les doux exilés, Rodolphe IMaiila et sou frère Pompée, irii[»lnièrpnt les armes (le rAntriche cofitre leur patrie, eurùlrrrnl daii> le p^iys .'iriMs»^ par TAdicrp des soldats sans maître, tandis que leur cousin. J.miucs Flobustelli . soulevait le peuple de la Valteline et réunissait autour de lui dans le Milaoais une troupe de geos sans aveu.

Dans la nuit du 19 juillet 16SO,Jaqae«RobnsteHi descendit avec ses bordes sanguinaires dans la Valteline : la conjuration pour le massacre général des réformés de ce pays était parvenue à sa maturité. Le bourg de Tirano, chef-lieu de la vallée, fut cerné. Quatre coups de fusil donnèrent le signal : le sang commença à couler. On sonna les cloches d'alarme, le massacre use ré|>andit de vilf;ige en village; partout les évaniriHiques furent assommés, étranglés, tués à coups de ft ii. à coups do pierres; leurs cadavres furent jetés dans les (lois de FAdda. On ne lit grâce ni aux femmes, ni aux vieillards, ni aux enfants à la mamelle. On coupait aux uns le nez, les joues , les oreilles; on arrachait aux autres les entrailles; à d'autres encore on remplissait le gosier de poudre et Ton y mettait le feu. Un boucher se vanta dV voir assassiné dix -huit personnes. La tète du pasteur réformé de Tirano fut plantée sur sa chaire au bout d'une [lique. Les lieux les plus saints furent profanés.

Après un massacre de plusieurs jours, Jaques Robustelli prit en main les rênes du gouvernement de la Valteline: Bormio s'unit à lui, mais Ghiavenne demeura fidèle aux Grisons. Ceux-ci, divisés entre eux, le furent encore après les atrocités que nous venons de raconter. Les communes catholiques de la ligue Grise, séduites par leurs prêtres et par les chefs du parti espagnol, refusèrent dWvoyer des troupes contre les rebelles de la yalteliue. La ligue de la Maison-Dieu, au contraire, et la ligue des Dix-lliridictions envoyèrent contre eux près de 2,000 hommes sous les ordres de Jean Guler et d'Ulysse Saiis, Ulo d'Hercule. Taudis qu'ils s'avaa^aieut

DE LA BUTION SmSSB

contre la Valleline, les deux frères Planta eBtrèreai d« Tyrol i$m le Mwstertbal, vallée des Grisons, avec des tnmpes autrichîenDes qae ocHoamandait le général Bal* dirai), et ils menacèrent d'occuper cette vallée ju^^qu'à ce qu'où les rappelât de leur exil. Dans le lacme temps, des troupes milanaises arrivèrent par Chiavenno au secours de la Valteline. Les soldats des Grisous, déjà maîtres de la moitié de cette vallée rebelle, furent contraints de céder au nombre et d'attendre un reofort (to Suisses dont ils avaient imploré le secours.

Gepeadant les Suisses n'étaient pas moins divisés en^ tre eta que leurs alliés. Berne envoya au secours de« <int»0Bi la cotonel Nicdas de Mlillinen^ avec 9,000 hom* m#s ; mais les captoos catholiques leur fennèrent le passage près de Mellingen en Argovie. Ik arrivèrent par un détour a Zurich, où le colonel Jacob Steiner se joignit à eux avec 1,000 hoinmes. Lorsqu'ils voulurent traverser la Marcha, on sonna le tocsin dans tout le canlofi de Schwytz pour les en empêcher. Enfin, par un nouveau circuit, ils parvirirenl jusqu'aux vallées rliétieiiiii'S. De là ils marchèrent sur Bormio avec les troupes des Grisons et arrivèrent victorieux jusque devant Tirano. Les catholiques de la ligue Grise ne i^uivirent point leurs bannièrea. Devant Tirano il y eut un combat sanglant contre les troupes espagnoles et les rebelles de la Yalta* line (1i septembre 4620). U le vaillant Nicolas de Miîllinen mourut en héros, et tous les chefs bemofe, à Texceplion d'un seul, tombèrent à ses côtés au pied des murs de la ville. Fluri Sprecher aussi, Ton des colonels grisons, et beaucoup d'autres avec lui moururent de la mort des braves; mais Tirano tint bon. L'armée, commençant à manquer de pondre, de plomb et de mèclàes* fut obligée de battre en retraite.

Sur ces entrefaites, Pompée Planta avait mis en mou* f ement toute la ligue Grise, au secours de laquelle les centras catholiques avaient envoyé, sous les ordres du colonel leaU'^Coorad Béro(din^en,.4?Uri, l|50O bommea

S ni eamnaient déjà m^ès de ReicbenaU) & deun UMMpea de Qira. On parlait d'incorporer la ligue Grise dans la

Confédération helvétique comme quatorrzième canton ; de Inî donner la propriété exclasive de la Vdlteline et

de la séparer des deux autres ligues. L'idée d'une telle rupture de tous les liens d uue ancienne amitié lit frémir tous les citoyens i)ien pensants. Ils se levèrent, exhorlèrenl les deux partis à la réconciliation, obtinrent le rappel des ambassadeurs étrangers, et voulurent qu'on entendît les Contédérés. A peine l";nnbassadeur français fat-il rentré dans lenr pays , qu'il recommença ses intrigues et forma un parti dévoué à la France; de son côté, le gouverneur espagnol du Milanais envoya des émissaires rusés et chargés d^or, qui gagnèrent les grands et les communes au parti eunemi des Français ; le nonce du pape soulevait les catholiques contre les réformés; enfin les députés de la Confédération , au lieu de rétablir la i>aix, débattirent avec anierlunie leur ancienne querelle, et retonrnèrent tous chez eux sans avoir obtenu le moindre résultat. L'armée bernoise les suivit de près.

La discorde et la haine s'envenimèrent de plus en plus. Georges Jénatsch^ autrefois pasteur réformé, maintenant homme de guerre, surprit avec ses hordes Pompée Planta dans le château de Rietberg et Tassomma ; puis il rassembla les bannières de TEngadine, de Bergfto et du Munsterthal ; vainquit Tannée des cantons catholi* ques, et la força, après un combat de sept heures, à s'enluir à travers*^ les montagnes dans le canton il Uri {H avril 1621). L'abbé de Dissentis, coni|)lice du massacre de la Valteline, s'enfuit avec Coiirad de Béroldingen, chef de l'armée catboliqur vaincue. Surprise et subjuguée, la ligue Grise lut lorcée de renoncer à ses traités avec Milan.

De nouvelles négociations furent entamées avec l'Espagne et l'Autriche au sujet de la restitution de la ValteUne. Mais ces deux puissances songeaient à garder et non à rendre la Vatteline, Chiavenne et Bormio, et même à s^emparer de la basse Engadine, afin d'avoir toujours, en opposition avec les intérêts de la France, une communication ouverte entre le T>rol et le Milanais, enire

DE LA MATKm SUISSE. 18i

I^AUemagne et Tltalie. Impatienté par les longueurs de ces négociations trompeuses, le peuple d'un grand nombre de communes prit les armes en désordre pour con* quérir la Valteline et Bormio. yissue de ce mouvement trompa son attente ; battu parlesIBspagiiols^ il retourna dans ses vallées couvert de honte.

Cette expédition imprudente, que le peuple des Grisons entreprit peiidaiil que ses députés étaient encore en négociation avec l'archiduc d'Autnciie, alluma le courroux de ce prince. «Puisque vous voulez la guerre^ s'écria-t-il, « vous aurez la guerre ! El sur-le-champ ses troupes reçurent Tordre d^entrer dans les vallées rhétiennes. ^

Les C^risoDS suliJiigutV» par les Jlntriclileii». (Ue ran I6il s Vm leSO.)

Un jour d'automne de Tan 462i une armée considérable pénétra de tous côtés dans le pays des Grisons. Par-dessus les montagnes et à travers les vallées du Tyrot arrivèrent plusieurs milliers d'Autrichiens, à qui Rodolphe Planta montra le chemin de sa patrie. Le général impérial Baldiron fit passer au fil de l?épée tous ceux qui lui résistèrent ; armé du feu et du fer, il subjugua la ligue des Dix-Juridictions, désarma le peuple, et le força, entouré de ses soldats, de prêtera gtiioux serment âe fidélité à l'Autriche. Du côte de l'Italie, vint à la téte de plus de 7000 Espagîiols et Italiens, le duc de Féria, qui chassa de Chiavoime la vaillante garnison

Îue les Grisons y avaient mise, et sVmpora du pays. . la vue de ces revers, les troupes zuricoises, qui se trouvaient encore près de Mayenfeld se retirèrent.

Le général Baldiron exerça des cruautés inouïes dans la ligue des Dix-Juridictions ; on le surnomma le nouTOl Holopbeme. Corps et biens étaient à la merci de ses soldats. Les paysans furent traités comme des bêtes. de somme. Un porte-enseigne autrichien gravît une montagne sur le dus d'un respectable campagnard qu'un boi-

HisraiBE

dat £aisail avancer à coups de foueL «C'est ainsi quïl faat apprivoiser ces paysans fiers et saavagest > <lit la porto«* enseigne. Le pays fut inoodé de capucins qui voulurent convertir les habitanta au catMicisme. Les ecclésiastî^ ques réformés furent chassés par les soldats ; soUanta*quinze églises se trouvèrent bientôt sans pasteurs. L'évOquu de Coire en conçut une joie extrême.

Lorsqu'on voulut forcer les viuliants habitants du Prœttigau a se rendre dans les églises des capucins, ils s'écrièrent ; * C'en en est trop ! Mourons, s'il le faut, sans patrie et sans liberté; mais du moins sauvons nos âmes. > Ils se retirèrent dans les forêts qu'ils converti* renten arsenaux. lis se firent des massues, qu'ils ai^ mèrent de pointes au moyen de grands clous; leurs couteaux devinrent des poignards ; leurs faux, des lan* ces. Le dimanche des rameaux 1622 , ils s'élancèrent tous des forêts en poussant de grands cris, surprirent les garnisons et le camp des Autricliiens, tuèrent près de 400 hommes, firent beaucoup deprisoiiniers et chassèrent du pays le reste des enneaiis. Ils s'avancèrent en force jusqu'à la ville de Mnvenfeld, assiégèrent les Autrichiens qui s'y (Haient réiugiés, et mirent le siège devant Coire, où se trouvait Baldiron lui-même avec ses ÂuU ichiens et ses Ëspagools. Eucouragés par le succès des braves du Prsettigau, tous les habitants des Dix-Juridictions se soulevèrent, ayant à leur tète le vaillant Rodolphe de Salis, lelandammann Pierre Guler de Davos etThiiring Enderli de Mayenfeld. D'autres amis de la li- * berté vinrent aussi des deux autres ligues et de la Suisse, surtout du canton d'Appenzell. Quelques cantons envoyèrent de Targenl. Après beaucoup de conihals et de victoires, le pays fut délivré des ennemis. Baldiron se retira couvert de honte. Peu de temps après, les Grisons menacés de nouveau par le même ennemi, demandèrent un nouveau secours à la diète helvutique; mais les Confédérés, absorbés par leur^ querelles intestines, ne portèrent pas secours i leun Toisius.

Le croisl Baldiron revint en effet avec ^ PQnTeUos

DE LA NAtlON SUISSE.

forces, an mois de joillet de la même année (1622). U passa les montagnes avec 10,000 hommes. Vieillards, femmes^ enfants furent égorgés par les ennemis fanenx,

On se battit au fond des vallées et au-dessas des nuages, an sommet des plus hautes Alpes. Mais tout succomba au [] ombre des eiuiemis. Le dernier combat fut livré daii> le Pnp.ltigau, près de RacluiaU. dans la plaine Aquasana (5 soptembre). Après une mêlée longue et sanglante, la petite troupe des Grisons fut ébranlée et céda; mais trente hommes du Priettigau tinrent ferme : ne voulant pas survivre à la liberté de leur patrie, Us se dévouèrent à une mort glorieuse. Us agitèrent leurs terribles massues et se précipitèrent impétueusement et tôte baissée dans les rangs des Autrichiens, se battirent avec fureur au milieu des ennemis serrés, et tombèrent Ynu après Pautre en Ik'tos, entourés d'une multitude de viclimc^ qu'ils avaient immolées. Les troupes de Coire et de la ligue Grise accoururent trop tard à leui secours. Lorsqu'elles virent de loin les (liuimesd'un grand ïiombre de villages et toute la contrée soumise, elles retournèrent tristement sur leurs pas.

Malheur aux vaincus I Alors seulement commença Fexcësde la misère. Le pillage, le brigandage, les assassinats eurent un libre cours. La soldatesque passa an fli de répée les vieillards, outragea les femmes, et a{|rès avoir tout pillé, emmena même les cloches des églises pour les vendre. Les malheureux habitants s^exilaient par centaines, et mouraient par centaines, de faim ou de la peste, hongroise: c'était une maladie iiiurtcUc du cerveau, accomp^iguée de dojileurs excessives.

La ligue de la Maison-Dieu et la ligue Grise envoyèrent î\ l'archiduc d'Autriche, à Lindau, des plénipotentiaires suppliants. Les Confédérés, émus de pitié, intercédèrent pour eux auprès de ce prince. Mais il persista dans sa détermination : la ligue des Dix-Juridictions de* vail rentrer sous la domination de sa famille, et les deux autres ligues accorder toujours un libre passage mx Autrichiens et aux Espagnols. Les Suisses cathoTiques, contents de cette Humiliation de leurs frères proies^

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H18T0IEB

tants, ajoatèrent aa malheur des GrisoDs ramertiime de lears reproches : « Nous vous avions souvent avertis t » s^écnèrent-ils. Le bourgmestre de Zimeb» Jean- Henri Holzhalb, leur dit : « Chers alliés, ne comptez, pas sur noire secours à cette heure ; nous avons assez à faire [nniv nos propres querelles. Nous voyons bien que vous serez obli^^^^s de laire de grands sarri^ fices ; niai.s Dieu vous enverra avec le temps un secours plus puissant que le nôtre. Pour ie moment présent, empêchez comme vous pourrez que votre pays ne souffre de plus grands maux.»

Se voyant abandonnés par les Suisses, les Grisons se résignèrent à boire jusqu'à la lie cette coupe d'amer* tume. Les huit juridictions et la Basse-Engadine, séparées de la ligue Rhétienne, furent entièrement soumises au joug de TAutriche. La misère parvint à son comble; les désordres des soldats, les violences des s^ouverneurs autrichiens, les envahissements de l'évêque de Coire n'eurent plus de frein.

Alors Dieu loucha le cœur du roi de France (î.ouis JJU), Il fit alliance (1623) avec le pape, avec Venise et la Savoie. Il ne put voir sans peine que les Autrichiens toujours libres d'entrer par les Alpes rhétiennes en Italie, se rendissent trop puissants dans ce pays. Lors-

Sue Pempereur d'Autriche et le roi d'Espagne enteniront parler des prépalratifs de la France, ils acceptèrent la proposition du pape , qui offrit d^occuper provisoirement la Valteline, Ghiavenne et Bormio, jusqu à rissue du procès des monaï ques : ce qui fui exécuté.

Non content de cela, le roi de France envova une armée par la Suisse dans les Grisons (10:24). Berne et Zurich lui accordèrent le passage. Tons les Grisous exilés formaient l avant-garde de cette armée; ils étaient commandés par le héros Rodolphe de Salis, par ie vaillant colonel George Jénatsch et par d'autres encore. Zurich aussi joignit aux troupes françaises des troupes qu'elle fit partir sous les ordres du colonel Gaspard Schmid» et Berne eu envoya sous le commandement du vaillant Ni-

DE LA NATION. SmSSB*

Cotas de Diesbacb. Les YalaisansamTèreDi aussi en pin* sieurs eorps d^amée* A leur approche, tous les Grisons poossèreot des cris de joie et couroreDt aux armes. Les garnisons des Autrichiens et leurs gouverneurs barbares furent chassés de la ligue des Dix-Juridicliofis(162r)j; les comtés de Ciiiaveiiiie et de Bormio et la Valteliûe furent reconquis.

La ligue des Dix-Juridictions ayant été de nouveau réunie aux deux autres, les Rhétiens s'attendaient à la restitutioD de tous les pays sujets qui leur avaient appartenu. Mais le général français^ le comte de Cœuvres, leur dit : < Il n^en sera point ainsi 1 La Yalleline, Chiavenue et Bormio vous paieront un tribut annuel de 25,000 couronnes ; mais ces pays auront le droit de se choisir leurs magistrats, et vous n^y enverrez ni gouverneurs, ni garnisons. »

Les Grisons, aflîigcs de cette issue, le furent plus encore en apprenant la paix conclue entre les rois d'Espagne et de France (5 mars 1626), lesquels ralilièrent à peu près tout ce que le comte de Cœuvres avait annoncé. Les troupes étrangères sortirent des Grisons, et, dans l'intérêt de la sArcié et de la paix, les troupes du pape occupèrent provisoirement la Valteline. L'empereur d'Allemagne, bien d'accord avec les Espagnols, garda le silence.

Mais aussitôt que la paix entre TEspagne et la France

fut rompue et suivie d'une nouvelle guerre en Italie, l'empereur envoya subilement dans les Grisons une armée de 40,001) hommes, qui rendit toute résistance impossible (4629). Une partie de cette année passa dans la Lombardie au secours des Espagnols; une autre partie resta en garnison dans la Rhétie. La ligue des Dix- Juridictions redevint pays sujet de TAutricbe; la basse Engadtne eut le même sort. L'épée fut la seule loi des malheureux Grisons.

La misère de ce peuple, parvenue à son comble, lui ravit toute espérance de revoir jamais de meilleurs jours. Les passages et les cantonnements de troupes étrangères augmentèrent de jour eu jour ; plus ile moiià-

mSTOItlE

soQs dans les granges, pins de bélail dans les étables. Le& paysans, esclaves des soldats, cousiruisaient, à leur place, des remparts. Des maladies pestilentielles se répandirent: près de 12,000 personnes en furent les victimes. Pour mettre le comble à tant de maux, IMvéque de Coire exigea que tout ce qui avait été anciennement sujet et tributaire de révèché, devait le redeveoir à perpétuité. La justice et l'humanité avaient fui de cette terre malheureuse.

(Oe ran 163U ài an 1640.)

Tant qu'un peuple n'a perdu ni le courage qu'inspire ramour de la liberté, ni la confiance en lui-même, il n'a

rien perdu : le jour de son salut paraîtra. Il parut pour les braves Pihc liens.

Tandis que toutes les têtes étaient courbées sous le joug du malheur, l'empereur fit tout à coup la paix avec les Français à Cherasco en Italie (inin 1030), et l'une des conditions du traité fut qu'il retirerait ses garnisons des vallées rhétiennes. L'empereur sa trouvait vivement pressé en Allemagne par la guerre, et le grand monarque de la Suède, Gustave -Adolphe, passait la mer avec ses ffuerriars pour mardier contre lui

Dès que les Autrichiens furent sortis du pays des Grisons et qu'on eut fait sauter leurs remparts, tout le peu[»lu renouvela avec joie et avec serment Tancienne alliance faite en faveur de la liberté; 6000 hommes furent mis sur pied pour garder les fronlières do la patrie. Dans ce temps, il vint à Coire un célèbre guei rior, le duc Henri de Rohan, ambassadeur du roi de F rance auprès des Suisses et des Grisons ; ils le nommèrent leur général (1631), et lui donnèrent un grand pouvoir. C'était un seigneur aussi sage et loyal que vaillant, et ami des libres Rhétiens. Il fortifia promptement tous les défilés du côté de l'Allemagne et du Tyrol, fit venir uu reufoit de troupes françaises (1632); et mit tout sur le meilleur

DE ul nation suisse. 187

I)icd. Mais comme la paix entre le roi de France et 'empereur subsislail encore, il ne put pas, au ^ré des couraj^eiix Grisons, entrer à main armée dans la Valteiiue. AiWM s écoulèrent deux ou trois ans.

A la fin pourtant, la France siHant unie à la Surdo contre l'empen^ur, au moment ou une nouvelle guerre éclata, le duc de Rohan reçut de son roi l'ordre de oe pas tarder davantage. Aussitôt le duc négocia secrètement avec les cantons évangéliques de Berne, de Bflle et de Zurich. D^aceord avec eux, il fit passer par leur ter^ ritoire une armée considérable, au grand déplaisir des cantons catholiques, et pénétra, par-dessus les Alpes rhétiennes, dans la Vaîteline (tr)3r)). Le bruit des nrrnes retentit dans tout le pays des Grisons. Six mille honuries de ce peuple vaillant mni clièrent avec les Francai> à la (•onqut^te d'un pays aulrelois sujet des troi> ligues. Les colonels George Jénalsch, Florin et Pierre Guler levèrent trois nouveaux corps soldés par la France.

Alors furent livrés des combats terribles et sanglants contre les Autrichiens et les Espagnols dans la vallée de Chiavenne, dans la vallée sauvage du Freethal, près de Morbegno dans la Yalteline, et près de Mazzo dans le pays de Bormio. Partout Rohan et le téméraire Jénatseh se montraient à la lùtc de leurs soldats, et partout ils étaient victorieux.

La conquête achevée, les Grisoîis espérèrent rentrer à la lia en possession du pays (jui leur avait appartenu ; mais le roi de France lit des diUîcultés. Cette conduite excita Tindignation des Grisons ; mais la France était la plus forte: ils furent contraints de garder le silence. Bien que fatigué du cantonnement des troupes françaises, le peuple dut le supporter. Presque rien de ce que Rohan avait proio^iis ne reçut son exécution» mais ce ne fut pas sa faute : il ne pouvait rien faire (Sontre les ordres de son roi. Ce monarque avait envoyé à Coire, coin nie ambassadeur, Lanier, liouimc hautain et irascible. La plupart des troupes grisonnes à la solde de la France, menaçant de quitter le service parce qu'on ne les payait pas exactement; Laaier s écria avec colère ; t Je plau^

HISTOIBS

tarai ma lance dans Coire et je mettrai sons me$ pieds les tètes des chefs rebelles. >

Les Grisons se consultèrent entre eax et le 6 février 4637, trente et nn des hommes les plus considérés de

toute la république se réunirent dans la maison du bourgmestre George Mejor, à Coire, et jurèrent de risquer leurs biens et leur vie pour délivrer la patrie du joug des étrangers. Puis ils se dispersèrent dans toutes les vallées, et lirent avec le plus grand accoi'd les préparatifs qu'exigeait leur dessein.

Le colonel Jénatsch dut négocier à Inspruck avec TAutricbe pour rétablir les anciennes relations d'amitié, et en même temps tromper le duc de Bohan par les dehors d^un dévouement sans bornes. Les Grisons s*armèrent en secret. Il n'y avait dans leur pays que peu de troupes françaises. Près du défilé de Luziensteig se trouvail encore le colonnel zuricois Gaspard Schmid ; mais, à la prière des Grisons, il avait déjà reçu de son gouvernemenl l'ordre de ne s'opposer à aucune de leurs entreprises.

Le duc de Rohan, s'apercevant de quelque agitation et de ces armements secrets, renforça la garnison retranchée sur les bords du Rhin et de la Landquart. Mais lénalacii, par ses disccmrs rusés, lui ôta toute inquiétude. Tout à coup le peuple se lève en masse. Jénatsch, à la tête de six bataillons de ses concitoyens, cerne les remparts des Français au bord du Rhin. D'intelligence avec lui, un curps d'armée allemand se montre près de Lindau, un corps d'Espagnols sur les bords du lac de Côme. Rohan, surpris de toutes parts, est contraint de consentir à retirer sur-le-champ ses troupes de la Valteline et de toutes les vallées rhétiennes. Il rappelle aussitôt près de lui le niriri (;liaî de Lccques et tous les Français, au nombre de 5000 hommes. Ils quittent le pays et passent le Rhin. Le duc de Rohan se sépara amicalement des chefs de la république (mai 4637) ; le maréchal de Lecques de même» Mais lorsque celui-ci, au moment de partir, aperçut Jénatsch, pâlissant de colère, il voulut lui tirer un coup de pistolet et s'écria ; « C'est aio$i

Dfi LA Nation suissë.

qu'on prend congé d'un traître. » Mais le coup ne partit pas.

Jéuatsch ne perdit la vie que deux ans plus lard, h Coire dans une IVln d'ofTiciers. A rainuit (^i janvier 4639) Rodolf)he Pianla, fils de Pompée, entra dans la salle du bal avec d'autres conjurés. Une balle traversa la joue du colonel; celai-ci se défendit avec un chandelier. Sixcoapsde hache mirent fin à sa vie. Son corps fat oDierré dans Téglise cathédrale avec tous les bon- Deturs militaires. Ainsi finit cet homme, qui, ardent ami de sa patrie, la sauva, mais fit usage de tous les moyens bons ou mauvais. Rodolphe Planta, son assassin, iiiourul uiie année a|)rès d'nne mort violente dans PEngadine an milieu d Un : Diih vtviaenl populaire.

Lil>res de tout joug étranger, maîtres d'un pays qu'ils venaient de reconquérir, les Grisons supplièrent les rois d'Espagne et de France de les laisser paisibles possesseurs de leurs anciens Etats. L'Espagne fit avec eax» à Hilan (3 septembre id39), une paix perpétuelle qui les rétablit dans tous les anciens droits sur Bormio, la Valteline et Chiaveoue, mais sous la réserve que la religion cathottqae resterait seule dominante dans ces bailliages. Telle était aussi la volonté des communes catholiques des trois ligues.

La bonne intelligence avec PAutriche fut rétablie par le renouvellement des anciens traités (pu eut U^mi à Keldkirch le 9 août 1641. L'Autriche, accablée de guerres en Allemagne, se contenta de conserver ses anciens droits dans PEngadine et dans la ligue des Dix-Juridictions. Mais dix ans ne s'écoulèrent pas que cette ligue acheta, à grands prix, il est vrai, les droits de la maison d'Autriche sur son territoire. Les communes de la Basse-Engadine imitèrent cet exemple, en sorte que dès ce moment PAutriche ne conserva plus que quelques petits droits seigneuriaux à Hhaezuns et à Tarasp.

Par ce moyen, la ligue des Dix-Jnridictiuns devint enfin libre et indépendante, à TéL^al des deux autres ligues de la Haute-Rhétie. Davos (ienicura le chef-lieu de la ligue comme il Pavait toujours été , malgré l'opposi-^

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lion des aotm Juridictions, <«)ulevées par le colonel Pierre Guler, opposition si violente qu'il fallut la médiation de Zurich^ de Berne et de Glaris pour pré?enir un grand malheur. En vertu de la sentence arbitrale du greffier de Zurich, Jean Waser (il janvier 1644), Davos conserva ses anciens hoiificurs, les assemblée^ de la diète, le dépôt de la baniiièie cl des archives, le droit de nommer le banueret.

Troubles dan» la Coulédéi-atiou pendant la gnerre de trente ans ; rindépcndance de la Suisse A Tégard de l'empire germanifiue est reeonnoe.

(De l an 1618 à Tan tô48.)

Les querelles et les expéditions des Grisons avaient donné beaucoup d'inquii ludc anx villes et aux campagnes de la Suisse; elles avaient occasionnf'' beaucoup de discussions aux diètes et dans les conseils, beaucoup de dépenses pour des anibassades et des armements; niais elles n'avaient fait faire aux Suisses aucune grande action, digne de leur ancienne gloire, et utile à l'indépendance de leurs alliés. Il laut en chercher la cause dans la discorde des cantons non moins grande, non moins funeste que celle des ligues rhétiennes. Les cantons ca* tholiques s'opposaient aux secours que les cantons protestants oOfiraient à leurs alliés; les protestants paralysaient toute l'activité des catholiques. Ceux-ci tenaient pour l'Espagne et 1 Autriche; ceux-là, pour Venise et la France. Les uns recevaient de l'argent des premières de ces puissances , les autres en recevaient des secondes ; chaque parti cunclnaii i\i'< traités et envoyait des troupes à la puissaîice étrangère dont il embrassait les intérêts.

Les bâiiUages comoiuns, dont la domination se trouvait partagée entre des cantonsdes deux religions, étaient le théâtre de querelles sans cesse renaissantes. Quoique la* paix de religion accordât aux deux cultes une égale liberté dans ces bailliages, les baillis réformés cherchaient à restreindre la liberté des catholiques, les bail-

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DE Là nation suisse. ld|

liseatholiqaei lâ liberté des réfonnéB. Dans h Thurgovie et dans le Rheinthal, les cantons souverains se disputèrent sur la question de savoir si, en matière de religion, la pluralité des voix devait remporter comme en matière civile et politique? Les ecclésiastiques, comme il arrive souvent, ne prirent part à la querelle que pour Fenvenimer. L'évêque de Bûle, soiUenu par Temporcur, tant que ce monarque fut victorieux en Allemagne, exigea des villes de Mulhouse et de Bâle la restitution de tous les biens qiie son évéché avait possédés autrefois. L'abbé de Saint-Gall réclama daos la Thiirgovie et dans le Rheinthaï plus de droits qa^il ne pouvait naturellement en prétendre ; Fabbé d^Einsiedlen tenta de se rendre tribu* taire le canton de Schwytz. Chacun de ces seigneurs ecclésiastiques cul ses partisans et ses adversaires. Plus d'une fois la guerre civile lut sur le point d'éclater, et ruii vit f^onvent les Suisses prêts n tirer l'épée contre des Suisses. La crainte des puissances étrangères put seule les arrêter.

Dans ce temps-là, en effet, une guerre longue et terrible désolait rÂllemagne. Commencée en Bohême de-

imis 1618» elle s'était propagée entre les catholiques et es protestants, dans tout Vempire germanique, et avait enfin entraîné dans la mêlée la Suède, Pltalie, l'Espagne, la Hongrie et la France! Entreprise pour la liberté religieuse, elle fut continuée par esprit de conquête. Tantôt les Vénitiens et les Français, tantôt les Espagnols et les Autrichiens rivalisèrent avec ardeur pour obtenir le passage à travers les Alpes rhétieunes et le secours des armes des Confédérés.

En se poursuivant sur le sol germanique de cliamp de bataille en champ de bataille, les armées des puissances belligérantes approchaient souvent de la Suisse. Mais, dans le sentiment de leur faiblesse et de leur désunion, les Confédérés ne voulurent pas attirer dans leurs vallées déjà trop malheureuses le fléau de la gqerre étrangère. Us défendirent sagement leur neutralité et Tinviolabilité de leur territoire. Mais cependant telle était la discorde entre les membres de la Confédération qu'ils s'eulra-

vaient tes uns les autres dans la juste défense de leard

frontières et de leurs alliés.

La ville de Mulhouse, alliée de la Suisse, se trouvant exposée à des périls à cause dos courses continuelles de corps de troupes suédoises et ini[M riales, Zurich el Berne y envoyèrent des soldiiis pour la détendre (liî^i^). Mais lorsque les Bernois voulurent passer par l'ermitage de Soleore, la garde placée dans ce défilé leur ferma le passage et fit sonner le tocsin. Les baillis soleurois, Philippe RolldeBechbourgetUrsosBrunner de Falkenstein, ainsi que le capitaine Suri, enveloppèrent le bataillon bernois, firent feuf sabrèrent, tuèrent plusieurs hommes, et les désarmèrent tous. Soleure expia gravement ce ■ foiiail: quelques-uns des auteurs du crime furent condamnés à mort, d'autres au bannissement; mais la haine et la défiance subsistèrent.

Le généra! suédois Horn, pour surpreiidr*' la ville autrichienne de Constance, ayant passé de torce 1 1033) par Stein, ville de la Thurgovie, dépendante de Zurich, les Suisses catholiques reprochèrent aux réformés de favoriser la Suède an détriment de Fempereur. Prétendant à un droit semblable, Uri, Schwytz, Ûnterwalden etZug liiirent 3000 hommes sur pied pour les envoyer au secours de Constance. Aussitôt les Zuricois prirent les armes , menaçant de s'unir aux Suédois , si les cantons ■ - catholiques 'faisaient cause commune avec les Auirichiens. La paix ne fut rétablie qu avec beaucoup de peine.

Peu de temps après, les Autrichiens violèrent la neutralité de la Suisse près de Schaffhouse, comme les Suédois l'avaient violée près de Stein. Les Schafîhousois eurent recours aux armes, et quelques bataillons zuricois vinrent de la Thurgovie à leur secours , mais trop tard , et d'ailleurs sans accord et sans énergie. Les vil-* lages de Bargen, d*Altdorf, de Beggingen, de Barzheim et de Schleitheim furent en partie pillés par les Autrichiens, en partie livrés aux flammes Les vigoureux paysans se balluent avec fureur contre les jjiliards et en tuèrent un grand jiombre, tandis que le gouvernement

D£ hk NATION 8m8S£.

timoré de SchalTIiûuse se boraait à échanger des lettres avec le général autrichien.

Des armées autrichiennes et des hordes indisciplinées violèrent de même plus d'une fois le territoire de la ville de Bâie, ravageant, pillant, insultant aux demi-mesures

Sue les Suisses prenaient pour leur défense. Incapables e faire respecter leur propre territoire, ils Tétaient plus encore de protéger celui de leurs alliés. Ils abandonnèrent entièrement Rothweil eu Souabe, vilie impériale et leur alliée» parce qu'elle avait reçu une garni^oii autrichienne , et pris ainsi parti contre la Suède. Lorsque les Français et les Suédois violèrent tour à tour la neutralité reconnue de la Haute-Bourgogne et rompirent par là son alliance héréditaire avec l'Autriche, les Confédérés n'opposèrent aux armes ennemies que des ambas* sadeurs suppliants et des lettres pleines d'une politesse Toisinede la lâcheté; ils ne montrèrent pas plus dMner*

E*e, lorsque le duc Bernard de Weimar se cantonna avec s Suédois dans révêché de Bâie (1637). Il v resta tant qu'il voulut, malgré les représentations des suisses, exténuant le peuple, viclime de la faiblesse du gouvernement.

Dans les diètes on prouva souvent par da beaux discours qu'il fallait maintenir une armée permanente aux frontières pour défendre la neutralité sainte el inviolable du sol helvétique et protéger l'honneur de la commune patrie. Mais les Confédérés du centre de la Suisse disaient : « Que les cantons frontières pourvoient à leur sûreté I » D'autres encore trouvaient les frais d'une armée {permanente trop considérables. Chacun eût voulu recueillir les avantages d'une confédération « sans faire aucun sacrifice : aussi n'obtint-on aucun résultat. Les ambassadeurs des puissances étrangères intervinrent entre les cantoiis par une médiation dangereuse, soit pour leur commander en maîtres, soit pour les diviser par leurs artifices. Môme dans les choses les plus justes ou les moins importantes, les gouvernements n'eurent

2ue rarement le courage de résister aux envoyés des trangers. Un jour (ld4i), l'ambassade français pas*

UISTOIEË

sant en voiture par Mellingen. les gens de sa suite se prirent de paroles avec les bourgeois au sujet du pontonage; les bourgeois coururent aux armes et fermèrent les portos de la ville. Pour apaiser l'ambassadeur, la diète obligea Tavoyer, le greHier et Tinspectenr du pontonage d'aller à Soleure Un demander pardon à genoux et lui rendre les douze batz qu'il avait payés. Hais Tor^eil du Français ne se contenta pas de cette peine. La aiëte fut obligée de Taggraver, et, à la demande de Toffensé, de tenir les coupables dans tes prisons de Baéeti juisqu^ ce que son ressentiment fût calmé. Plongés dans une grande pénurie d'argent par ces » querelles, par ces armements, par ces désordres, plusieurs gouvernements cantonaux décrétèrent des impôts . et des contributions. Le coiiv,eil de lierne établit un irapAt d'un pour mille sur tous les biens (t644), n^is sans d('h riuiniîr pour combion de temps il rétablissait : aussitôt le peuple des campagnes crut que c'était pour toujours, et cette crainte commença de l'agiter. Daiîs TArgovie, dans l'Emmenthal,^ on s'éleva hautemeli^contre celte mesure, eVrien ne put dissiper la défiance du peuple. Le gouvernement de Berne crut donc devoir recourir i des moyens de rigueur, et fit saisir quelques-uns des principaux adversaires du nouvel impôt. Cette sévérité causa un si grand soulèvement parmi le peuple de l'Emmenthal, que le gouvernement plaça des garnisons à Berne, à Thoune, à Berthoud età Lcîizbourg. Mais les méconterits tinrent publiquement conseil à Langnau. Cependant le repos fut rétabli par des commissaires de la diète, et l'impôt payé par le peuple. Berne se montra magnanime et promit l'abolition de tous les abus dont le peuple s'était plaint dans ce soulèvement.

Peu de temps après (1645), de semblables scènes se renouvélèretit dans le canton de Zurich au sujet â\in nouvel impôt foncier. A force de prudence, de douceur cl de sages leçons, le gouvernement calma si bien les rebelles, qu'ils se jetèrent à ses pieds pour obleair le pardon de leur désobéissance. Deux seules communes, Knonau et Wafedenschwyl , résistèrent opiniâtrement,

DE LA NATION SUISâBé

menacèrent de prendre les armes, et manquèrent de respect à leurs magistrats. Elles lurent occupées militairement et désarmées. Honim(3s, femmes, enfants, cernés par des soldats, furent contraints à demander grâce à genoux. Sept auteurs de la révolte eurent la tête tranchée. WsBdeoschwyl paya une amende de 26,163 florins, Knooau de 12,110. Tel fut le résultat de cette révolte.

La Suisse était inondée de vagabonds étraigers : c'était une suite des guerres qui désolaient l^ftelie et PM^

lemagne. Des déserteurs et des maraudeurs soulevaient le peuple contre les gouvernements, soit pour se rendre agréables aux gens des cainpagnes, soit pour tirer proflt des troubles n volutionnaiies. Le nombre de ces gens sans aveu était si considérable, que l'on eu vitd'unseul jour (1639) 100 dans le bourg de Schwytz et 6370 dans le comté de Baden. Ils compromirent la sûreté publique jusqu'à ce qu'on déploya contre eux une grande rigueur. A. Bremgarten , 286 malfaiteurs subirent la peine de mort dans le cours d'une seule année. Cette sévérité effiraya et fit disparaître les vagabonds.

Cependant la paiK conclue entre les grandes puissan* ces de 1 Europe, après la guerre de trente ans, fut plus salutaire encore à la ^msst que la rigueur des lois. Lorsqu'on traila de celte paix à Munster et à Osnabrûck en Westphalie, les Conlédérés y envoyèrent aussi un ambassadeur, !e bourgmestre de BàicJeari-Rodolpbe Wettstein. Gelui-ci détendit les intérêts de la Conlédération eo homme ferme autant gu'babile. En Ailemai^ne, on s'obstinait toujours à considérer les Suisses comme appartenant à l'empire germanifue, et le conseil imi)érial avait mâme prononcé des jugements contre des Suisses, au lieu de les citer devant les tribunaux de leur pays. Mais le bourgmestre Wettstein déclara au nom des Confédérés qu'ils étaient fermement résolus à maintenir leur indépendance absolue de l'empire germanique.

D'après ccde déclaration, l'empereur, les rois et les princes souverains reconnureiit solennellement dans le traité dô paix Westpbalie (14 octobre JMS) Tiadé-

âmtoiRB

pendance de la Confédération helvétique, et le droit qa^eUe avait de se gouverner à son gré.

XLH

Révolte» des paysans dans les cantons de Lneerne» de Pern e» de 9ele«re et de BAle.

(De l'an l(>48 à l'an H^oo.)

Les gûuveriiemeiits des villes et "des campagnes de la Suisse ne voyaient pas sans plaisir que l'empereur, dans ses lettres, ne les appelât plus « amés et féaux alliés de notre personne et de notre empire, » mais qu'il leur donnât les litres plnslionorablesde « sévères, respectables, honorés et particulièrement chers. » Les Suisses auraient pu se dire uo peuple heureux, s'ils n'avaient

Es Yécu entre eux dans une discorde continuelle. Mais I feux de la haine religieuse ne s'éteignaient point, et à ce fléau vint s^en joindre un antre.

Il régnait alors dans plnsieurs cantons de la Snisse nn grand mécontentement parmi le peuple de la campagne, qui, dans plus d'une vallée, lUait encore serf, ou portait du moins toutes les charges de la servitude. En voyant la liberté et la souveraiiieti'' du peuple de Schwytz, I d'Uri et d'Unterwalden, de ce peuple soumis aux seules lois qu'il s'était données, aux seuls impôts qu'il avait votés, les sujets des villes déplorèrent leur esclavage, regardant comme une injustice qu'ils fussent obligés de payer des contributions et des impôts auxquels ils n'avalent point consenti, et de porter le joug de lois souvent peu assorties à leurs besoins. Mais d'autres causes encore irritaient leur douleur : souvent ils se voyaient contraints d'obéir en tout à des baillis impérieux, à des gouverneurs avides; les fautes l(vs plus légères étaient punies par la prison, par des coups, par de mauvais Irai- * tements; les amendes arbitraires et les sergents les réduisaient à la mendicité. Au lieu de soulager leur misère, les piailliez contre les nobles gouverneurs aggra- \ valent leur sort, parce que ces petits tyrans avaient des parents dans les conseils et dans les tribunaux. Les sous**

baillis, les greffiers et jusqa^anx huissiers, Ums croyaient

qu'en qualité de bourgeois de la ville ils avaient le droit de vexer impunérneni les paysans. Cependant, comme le mal n'était pas le même en tout lieu, et qu'il y avait aussi des baillis justes et iiumaias, tout resta longtemps

tranquille.

Mais lorsqu'au mois d''août 105^ le gouvernement de . Berne, pour mettre de Tordre dans le monnayage, 4é* teoAii dians son canton la petite monnaie des autres ean* tons, et réduisit de moitié la valeur de son propre bilkm, eette mesare prodoisit «d mécontentement gén^l parmi le peuple ; car cetai qui croyait posséder dix balz n'en possédait que cinq; le pauvre souffrit surtout de cette diminution. Les paysans s'allroupèrent dans les villages, et chacun joignit à la plainte géniraie quelque

f)lainte particulière, Tune contre le bailli, Tautre contre 'huissier, celui-ci contre le prix du sel, celui-là contre le prix de la poudre; ici Ton se plaignait de rimpût mis sur l'exportation du blé, de la tyrannie des corps de métiers; là, des corvées de la servitude, de Tattemte portée à d'anciens droits. Plus on parlait, plus les têtes sM* chauffaient.

A Luceme, le goaTemament diminva de même la valeur de son bîllon. Les commîmes de rEotlibuch envoyèrent aussitôt à la ville des dépntéspour demander

qu'on laissât à la monnaie son ancienne valeur, ou qu'on reçût en paiement, au lieu d'argent, les jiroduits du sol. Mais ils furentsi mal reçus, qu'ils s'en retournèrent chez eux pleins de tristesse. Le peuple en l'ut tellement irrité qu'il chassa ignominieusement tous les soriients qui lui forent envoyés par Fautorité ou par les créanciers. Là-* dessus Tavoyer Dalliker, accompagné de membres émioents da gouvernement et du clergé, se rendit dans TEntlibuch (février 1653), pour faire entendre raison aux anciens des conmiuDes. Mais de tons les villages sortirent des paysans armés de lancesetde massues, en tête un drapeau blanc, puis trois jeunes gens avec le cor des Alpes : derrière eux trois chefs, et derrière ceuxci trois hommes dans Taucien costume suisse^ repré-»

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tentant les trois héros dn GrBtli; enân le corps d'armée fort de iiOO hommes. La troupe arrive dans cet ordre au village où se trouvaient les députés de la ville. Alors s'élevèrent un tumulte et des cris contre la diminution delà valeur du billon, contre le péage de Wolbausen, contre Tintér^t exorbitant de l'argent . contre les amendes imposées par les baillis, etc.; ni injures, ni menaces ne furent épargnées. Ne pouvant rien obtenir de la foule ^voltée. les députés rouillèrent à la ville. CependlUpk paysans formaient des rassemblements^ plaçai^AKs vedettes, visitaient les voyageurs, exhor-* taient letrf^oisins, les sujets de Berne, è faire cause commune avec eux, et les dix bailliages de cette contrée formèrent à Wolliausen une alliance qu'ils sanctioiiiièrent par un serment. ' ■

Voyant que cette affaire prenait une tournure si sérieuse, les six cMîitons catholiques envoyèrent des dé-

[mih comme médiateur?. Ceux-ci s'étant réunis à Wilisau avec les députés des dix communes, qui leur fté^ sentèrent par écrit viogt-sept griefs contre leur gouver^ nement, les paysans renouvelèrent leur scène tumolt^ tueuse, se saisirent des médiateurs, les gardèrent à vue, oecupirent les principaux passages qui conduisaient à la ville, et menacèrent Lucerne. Hais sur-le-champ 400 hommes des petits cantons y vinrent en garnison pour défendre la ville, Zurich et Berne mirent aussi des troupes sur pied. A la nouvelle de ces armements, les paysans de rEntlibuch perdirent courage, rendirent la liberté au\ prisonfiier^^ et implorèrent leur médiation. Les députés v consentirent, et prononcèrent une sentence arbitrale pleine d'équité (i9 mars) : « Le gouvernement conservera la souveraineté,» dirent*ils, < et les sujets leurs droits ; Tavoyer de Witlisau sera choisi parmi les bourgeois de cette ville ; rEntlibuch n'en appellera aux tribunaux de Lucerne que pour les affaires de plus de cent florins ; Talliance des dix bailliages conclue à Wolhausen est annulée; toute assemblée semblable est défendue sous des peines sévères, mais aucun dédommagemeut ne pourra être exigé pom^ les frai3 occasiuuuéâ par la présente querelle.»

DE LA SATION SUISSB.

Conmieon croyaUque toutétaitfini,rorageéclaladanft leoaulonde Berne et s'étendit depuis Thouoe jusqu'à Brougg Carlorsqu'onvoiilutfaire marcher les paysans d# cette contrée contre les paysans du canton de laicerne, ils s'écrièrent d^un commun accord : « Non, nous ne marcheroijs pas contre nos frères, nous avons autant de sujets de plainte qu'eux. » Le bruit, les cris, le désordre, passaient toute mesure dans les villages. Les villes de Thoune,d'Arbourg, de Zoflngen, d'Aarau, de Brougg et de Lenzbourg demeurèrent seules tranquilles ; dans les campagnes aussi, les ecclésiastiques restèrent fidèles au gouvernement.

Berne implora le secours de la Confédération pour apaiser cette révolte. Schaffbouse, Bâle et Mulhouse lui envoyèrent des troupes sans tarder. Zurich et Lncer0ç conseillèrent de tenter un accommodement; le gouverne* ment de Berne s'y montra disposé ; mais avant que les partis pussent tomber d'accord, les troupes schaflliou-* sorses entrèrent dans le canton de Berne près de Brougg, les troupes de Belle or de Mulhouse près d'Aarau. Ces dispositions aigrii^ent les habitants de l'Argovie ; le signal d'une levée en masse fut donné dans tout le comté de Lenzbourg (18 mars 1653). Sur cela , les Scliaffhousois sortirent d'Aarau et se retirèrent sur la rive gauche de TAar, dans les bailliages de Biberstein et de Schenkenberg. Mais ici le peuple se souleva aussi^ et ce mouvement se propagea dans une grande partie du canton de Soleure, en sorte que les troupes de Bâle et de Mulhouse furent également forcées de regagner leurs foyers. A Erlisbach elles passèrent eulre deux haie^ de paysans suleurois et argovieus qui avaient pris les armes.

Alors le tumulte augmenta d'une manière effrayante* Les paysans tinrent des assemblées générales àLangenthal;ils assiégèrent les châteaux des baillis, envoyèrent des députés au gouvernement de Berne, et, désirant obtenir des secours étrangers, ils s'adressèrent même en secretàTambassadeur français, La B^irde, .Cette démar: che fuit la cause de leur perte; l'ambassadeur français ré*

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téla leur dessein, et la plupart des gens de bien abandonnèrent une cause en faveur de laquelle on avait de-

maiidé des secours étrangers contre la pairie.

Sur ces entrefaites, six canioiis protestants envoyèrent des députés à Berne pour terminer à l'amiable par leur intervention la querelle entre le gouvernement et les sujets. Les communes y envoyèrent aussi leurs dépotés, et il fut décidé : que le commerce du sel continuerait d'api^artenir au gouvernement, mais que les citoyens auraient le droit de Tacheter où bon leur semblerait; que Pimpôtmis sar rexnortatîon du blé et Tobligation d'entrer dans une trinu cesseraient ; que le billon Testerait au taux fixé dernièrement, mais que les capitaux et les intérêts seraient payés au taux de l'argent tel qu'il était en 1013; que les capitaux placés sur des hypothèques suffisantes et à de bons Intérêts ne pourraient être réclamés avant six ans; que le salaire des huissiers de la justice serait diminué. — Toutes les difficultés étant aplanies par cet ari)itrage si équitable, les députés des communes demandèrent pardon à genoux au Conseil de Berne, et tout parut terminé.

Dans le canton de Lucerne cependant, les habitants de la campagne firent entendre de nouvelles plaintes : ils prétendirent quHls ne pouvaient pas voir un crime dans leur alliance de Wolhausen, comme le disait la sentence des arbitres. Ils envoyèrent des dépulés aux sujets desautres cantons: 'Cessons, dirent-ils, d'êtreles esclaves « des villes ; soyons libres comme nos frères des petits « cantons. » Le peuple de l'Argovie et de l'Emmenthal les approuva, et se répandit en invectives contre ses propres députés qui s'étaient couverts de honte en s'a-

f[enouillant devant le Conseil de Berne et en acceptant e traité proposé. Beaucoup de paysans des cantons de Soleure et de Bile se soulevèrent également pour faire cause commune avec les Lucernois, les Argoviens et les habitants de l'Emmenthal. Ils tinrent une assemblée générale à Sumiswald (13 avril 4653), et nommèrent un paysan de Schœnholz, Nicolas Leuenberger, premier magistrat et chef des Confédérés des quatre cantons

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de Lucerne, de Berne, de Soleore et de Bàle« Us firent des lois et stataèreot que le peuple devait respecter les droits du gouverDement et le gouvernement les droits du peuple ; que les sujets jie devaient point prendre les armes contre leurs magistrats; mais que, si les magistrats envoyaient des troupes contre cux^ on les repousserait par la force. Ils adressèrent aux sujets de tous les cantons des inviLalious par écrit pour qu'ils se rendissent à une assennbiée générale à IIutwyljOÙFon traiterait des droits et de la liberté de tous, afin (fue tous les Suisses devinssent libres. Ces prétentions alarmèrent les grandes villes»

^Comme anciennement les comtes et les seigneurs s'étaient affranchis de la puissance impériale et avaient acquis sur leur territoire une domination héréditaire; plus tard, les grandes villes de la Suisse, favorisées par la fortune et par les circonstances, s'étaient affranchies de la puissance des comtes et des seigneurs, soit par leur or, soit par leurs armes: ainsi les habitants des campagnes, jusqu'à ce jour sujets des villes, voulurent s'affranchir et devenir les égaux dos bourgeois leurs maîtres. Mais ils calculèrent mal leur entreprise.

£n effet, ces bordes soulevées et tumultueuses n'entreprirent la grande oeuvre de leur affranchissement ni avec la loyau^ pieuse et Tunion ferme des anciens libérateurs des Waldstaetten, ni avec la prudence et la force réfléchie qu'avaient autrefois employées les villes. C'étaient des gens grossiers, ignorants, sans expérience des ailaires civiles, élevés dans de mauvaises écoles, se défiant les uns des autres, de feu pour leurs intérêts personnels, de glace pour les intérêts de la patrie. Ils prêtaient Poreille plutôt aux cris des perturbateurs qu'aux conseils des sages : tous voulaient commander, tous refusaient d'obéir. Aussi les vit-on en peu de temps en proie à la discorde et prêts à tous les excès. Traitant en ennemis et avec barbarie les adversaires de leurs opi* nions, ils mutilaient les uns et menaçaient les autres du fer et de la flamme.

Cependant les villes mettaient des troupps sur pied

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pour dompter les rebelles, tandis qu'îles négociaient ayec eux pour gagner du temps. Berne et la diète de Baden osèrent de pins de franchise. On fixait des entrevues, on avait des conférences awc les représentants

des révoltés; mais le tumulte, la discorde, les contradictions perpétuelles de ces hordes sans volonté ferme et sans raison, ne permirent pas d'arriver à un résultat.

Après beaucoup de tentatives inutilef?, Zurich, cheflieu de la Confédération, ordonna levée géfiérale (11 mai 1653). Berne rassembla les troupes du Pays de Yand, restées étirangères, par la difi^érence de leur langage, à la cause des sujets allemands ; le commandement en chef de ces troupes Ait confié à Sigismond d'Ëflacb. n eut sons ses orares prte de iO,000 hommes. Environ 5,000 vinrent des cantons catholiqnes sons le& ordres du colouel Zweyer; le gén/Tal zuricois Werdmùller commaïKÎait le reste des troupes de la Confédération, au nombre de 8,000 hommes. Les habitants des petits cantons prirent parti pour les villes, et, quoique jaloux de leur liberté, ils aidèrent à combattre des sujets qui demandaient à être libres : c'est qu^ils avaient eux-mêmes des sujets. Les soldats qu'ils envoyèrent for< mirent la garnison de Luceme*

Mais les rebelles ne furent pas moins prompts à pren* dre les armes. Ils occupèrent le défilé de O&mminen du cAté du Pays de Vaud, et ceux de Windisch et de Mellingen du côté de Zurich. Ils donnèrent Tassaut aux villes d'Arbourg, d'Aarau, de ZoPiniren et de Lenzbourg, mais sans succès : ils n'avaient ni artillerie, ni assez d*autres armes, ni discipline, ni cbefs expérimentés, parce que jusqu'alors les places d'olliciers avaient toujours été données à des citadins.

Voyant qu'on leur opposait une sérieuse résistance, Leuenberger, premier magistrat des paysans révoltés, et d'atttres chefs, tels que Scbybi et Ulrich Galli» cherché^ rent à sauver leur périlleuse entreprise soit en payant d^audace, soit par de nouvelles négociations. LeueiH berger, campé à une lieue de Berne, près d'Ostermundingea, où ses soldais se Uvraieul au vol et au brigandage.

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