SOS
écrivit encore une fois à Berne pour offrir un accommodemeot. Désirant éviter toute effusion de sang, le conseil de Berne envoya en effet des députés dans le camp dm rebelles; il consentit à beaucoup de concessions, inùme à payer au peuphî de la campagne 5U,G00 livres, non pour les frais de la guerre, mais à titre de Boulagement accordé à ta misère da peuple* Les représentants des révoltés signèrent la ooafention qu'ils avaient rejetée précédemment, et promirent de nau?ean soumission et fidélité ; mais tout fut rompu«à leur retour dans le camp. Comme les troupes des Confédérés approchaient, les rebelles ne voulurent pas se séparer avant que ces troupes ne fussent retournées dans leurs cantons respectifs. WerdmiiUer et Zweyer ayant réuni leurs corps d'armée, s'approchèrent de Mellingen, A la denuinde de Leuenberger, ils lui accordèrent uue nou* velle entrevue. Leuenberger avait écrit derechef au conseil de Berne pour se plaindre de rapproche de& Inmpes de la Confédération, quoique pourtant ses hor*des assiégeassent les villes de rAr^vie. If ais lorsque des cris de guerre eurent rassemblé sous ses drapeau une aimée de 30,000 hoDuues , cmyant n'avoir plus rien i craindre, il s'écria : « Que Tépée décide notre querelle! »
Cependant les attaques des révoltés contre Mellingen et Zofingen n'avaient eu aucun succès, en sorte qu'ils perdirent encore courage. Ils envoyèrent des députés au conseil de guerre fédéral pour obtenir des conditions favorables. Mais cette fois le conseil rq)ondit : Il n\ip-
Eartient pi^ aux paysans de prescrire des conditions., ivrez-noos Pacte de votre alliance, retirez-vous dans ¥06 foyers, et que vos chefs attendent la sentence de vos supérieurs. La paix n'est qu'à oétte condition. »
Dans leur épooTante^ les envoyés des révoltés ber^ nois, bâlois et soleurois prêtèrent le serment qu'on exigea d'eux. Il n'en fut pas de même des Lucernois, qui s'excusèrent sur le manque de pouvoirs nécessaires., Les bandes rebelles se trouvèrent donc par là divisées entre elles. Werdmùiler fit avancer ses troupes. Le général d'Erlaotà s'avança d'un autre cùvi par Berne et par Wa(h
§en sur Laugenthal. Chemin faisant, il dispersa une orde de 2,000 paysans. Il trouva (28 mai) devant HerzogODbuchsée un poste de six hommes armés de ballebardes ; ils lui assuréreut que les rebelles étalent entièrement dispersés. Mais lorsqu^il approcha du village avec sa suite, on lui tira plusieurs coups. Découvrant devant lui les bandes des rebelles, maîtresses du bois voisin, il les fit attaquer de trois côtés.
Là commença un combat désespéré; les révoltés, bientôt vaincns, sp retirèrent vers le village en défendant le terrain pied à pied. Tandis qu'une partie des maisons était déjà la proie des flammes, ils se défendirent dans les autres, se retranchèrent enfin derrière les murailles de réglisa, et de là se dispersèrent dans les bois.
Les armées de d^Erlach et de WerdmOller se réunirent près de Langenihal, et la révolte s^apaisa dans tonte cette
xontrée. Werdmiiller, fidèle à la paix assurée aux révoltés par le conseil de guerre de Mellingen, blâma le général bernois du massacre d'^Herzogt iibncbsée ; mais lorsque d'Erlach lui eut raconté la cause de ce malheur, il fut convenu que la Basse-Argovie seule jouirait des conditions du convenant de Mellingen ; mais que Berne traiterait d'après les droits de la guerre les communes sises au-dessus d'Arbourg.
Soudain^ dans tous les villages coupables, suecédèrent aux cris de la révolte et aux l)ravades de Taudace le silence de la mort et le repentir de la terreur. Les rebelles furent désarmés, leurs chefs mis dans les fers. Le conseil de guerre fédéral s'établit à Zofiiigen pour juger les coupables. Schvbi y fut conduit du fond de TEntlibouch et eut la tête tranchée. Leuenberger, caché dans sa propre maison, fut trahi par un voisin, son complice, et conduit dans les prisons de Berne. Il fut décapité, et sa tête, ainsi que Tacte d'alliance des rebelles, attachée à la potence. Ulrich Galli fut pendu. A Bâie, on fit mourir, comme complices de la révolte, sept vieillards à longue barbe blanche. Beaucoup d^utres encore furent eondamnés à la mort, A Texil, à des amendes* Les
m LA NATION SUISSE. tOO
bailliages libres payèrent 10,000 florins, les gens du comté de LoDzbourg 20,000, les Soleurois 30,000, et d'autres des sommes plus ou moins fortes. Quelques chefs des rebelles prirent la fuite ; Tempereur Ferdi<* nand III les mit au ban dans toute Tétendue de Tempire romain.
Les révoltés du canton deLucerne, voyant leurs intérêts séparés de ceux des autres cantons, s'étaient décidés faire une convention avec leur gouvernement. Uri, Schwvtz, Unterwalden et Ziio: se réunirent h Stanz (1 juin) corame arbitres et médiateurs entre le gouvernement et les sujets. Les rebelles de rEntlibouch refusèrent seuls de se soumettre à la sentence arbitrale, se sentant soutenus en secret par plusieurs ambitieux de Lucemequise flattaient de changer le gouTemement Mais ces citoyens forent trahis et emprisonnés, et TEnt-* libouch fut réduit à l'obéissance par le$ troupes que l'autorité y envoya. '^'^
Telle fut l'issue de cette révolte. Celui qui s'élève contre la loi périt par la loi. LonL^tenips après ces troubles, les cantons se querellrrent au sujet des frais de la guerre; Berne particulièrement avec Zurich, Soleure avec Berne. On s'arrangea dans une diète générale, oà Ton statua qu'à l'avenir chaque canton supporterait les frais des secours qull donnerait aux autres.
xlhi
Cioerre de vcUgloii* Bataille de Wlllmer^en* I^a paix»
(ne l'an tCSS à l'an 1699.)
À peine la querelle pour les frais de la guerre fut-elle terminée, qu'il s'en éleva une autre plus funeste que la première.
Elle naquit de la haine anttchrétienne des catholiques et des réformés. Au lieu d'éteindre ce feu qui semblait
allumé par l'enfer, les ecclésiastiques des deux partis ne cessaient de l'attiser par leurs discours. Les gouvernements n'avaient déjà que trop de sujets de disputes, dans les bailliages communs surtout, où chacun prétendait au
Digiiized by
premier rôle et à ia souveraineté. Chacun jugeant les autres d'après ses propres intentions, toute confiance 66 trouvait anéantie. * Voyez ; > disaient lea catholiques^' « les Bernois et les Zaricois fortifient leurs villes et s'at^ tachent la Hollande et TAngleterre : toutes ces démarches sont dirigées contre nous. • — Les réformés disaient de leur côté : Voyez, les catholiques conlirment Talliance de Charles Bon ornée , renouvellent leurs traités avec la Savoie et avec Févêque de Bâle et ilaUent le roi d'Espagne Tout cela n'est pas sans but ; ils en veulent notre religion. »
^ Six familles d'Arth, dans le canton de SchwyU, attachées au culte évangélique, furent obligées de s'enfuir (1655) , leur vie n'étant plus en sûreté dans Arth. EUee se présenlèrent avec larmes et prières devant le conseil de Zurich, le suppliant d'intercéder auprès de leur gou* » vornement pour obtenir la libre sortie de leurs biens. Le conseil de Zurich^ ému de comjiassion , écrivit à Schwytz selon le désir des suppliants. Le gou\ ernementde Schwytz refusa la demande, exigeant qu'on lui livrât les fugitifs. Les cantons réformés eu appelèrent au droit fédéral; mais le gouvernement de Schwytz répondit : t Nous n'avons à rendre compte de l'administration de notre pays qu'à Dieu et à notre conscience. «» Les. bîeos des fugitifs furent confisqués; leurs parents, évangéliqoes eussi^ jetés dans les fers, appliqués à la torture, quelques-uns m£me condamnés à mort.
Conseils, prières, médiations , tout fut mis en œuvre dans les diètes par les cantons neutres, mais tout fui infructueux. Alors Zurich prit les armes. Schwytz et les autres canlons ne furent pas moins prompts à s'armer. Les Zuricois, soutenus par Bâle, Mulhouse et Schaffhouse, se mirent en campagne avec 10,000 hommes s'approchèrent du Rhin, soumirent la Thurgovie et assiégèrent Eapperschwyl. Les troupes des catholiques avaient déjà occupé cette ville et TAlbis, ainsi que Bremgarten. Mel* linffan, Baden, et, sur les confins des cantons d'IInterwaMen et de Berne^ le col du Brunig. Les Bernois firent garder leurs frontières du côté de Fribour^^ de Soleuri»
DE LA NATION 8UI88E
tOT
et d'Unterwalden ; le resie de tours troupes marcha ioiis quarante baunièrea au secours des Zoricoia.
AoeuD ordre , aucune discipline ne régnait parmi les troupes des réformés. Ravageant , incendiant tout sur leur passage , «lies dévastèrent le couvent dè Rheinau , pillèrent des villages et des villes, emmenèrent des troupeaux entiers. Les Bernois, entre autres, étaient si peu soumis à la discii)line, qu'ils établirent leur camp dans les environs de Villmergen, sans s'inquicler de reniiemi, sans envoyer en avant des éclaireurs, sans avoir môme assez de munitions pour leur artillerie. Bien que quelques Argoviens eussent reconnu Tennemi près du village de Wohlen, et jetassent des cris d'alarme dans le camp, on n^y fit pas attention, parce que plusieurs jeunes sen
Sueurs bernois assurèrent, au retour d'une promenadè cheval, qu^il n*y avait nul danger à craindre. Cependant, plus de 4000 Lucernois étaient réellement cachés derrière un bois sur la hauteur deWohleo. Leur colonel Pfyfferles fit avancer sans retard. Du haut d'un chemin creux qui les cachait à mi corps, ils dirigèrent leur leu contre les Bernois. C'était à deux heures après midi, le 14 janvier 1656. Le trouble et l'effroi des Bernois furent tels, que les officiers purent à peine fonner les rangs. Comme les munitions de guerre manquaient, ils ne firent que deux décharges d'artillerie. Toute leur armée prit la fuite. Dix nouvelles bannières qui vinrent à leur secours furent entraînées par les fuyards. Peu»* dant le combat, le colonel Pfyffer reçut une lettre de son gouvernement qui lui ordonnait de ne pas commencer l'attaque, parce qu'on cherchait à s'accorder sans effusion de sang. Mais devinant le contenu de la lettre, il la mit dans sa poche sans la décacheter, et poursuivit les Bernois dont ses soldats firent un grand carnai^e. Ils perdirent plus de 800 hommes et il pièees d'artiUerie. Plusieurs bataillons bernois occupaient les hauteurs des deux côtés de la route; ils virent la fuite des leurs, qui se dirigeaient sur Lensbonrg ; mais ils se tinrent immobiles, parce qu'ils n'avaient pas reçu d^ordra pour agir. Les bataillons argoviens et vaudois^ au ctntnâre^ fu^
Digilized
MS
aiSToms
reat traDsportés de fureur à la tm da mamcre des Bernois ; il voalarent marcher en avant , reooiiTeler le combat , et le conseil de guerre bernois ne put arrêter ga'aTec peine lear impétuosité* Telle fut la bataille de villmergen. Les vainqueurs restèrent trois jours entiers sur le champ de bataille à célébrer leur triomphe ; après quoi ils se retirèrent ciiargés de butin. Leur victoire fut suivie d'un armistice, et, peu après, de la paix (2t) février 1ii56). Comme on ne permettait pas l'importation des denrées dans les petits cantons, et que le gouvernement de Lucerne , pas plus que celui de Berne, n'osait se fier au peuple de la campagne , toiiyours mécontent, la paix était généralement désirée. Quoique cette guerre n'eût duré que nenf semaines, elle avait déjà coûté auK Zuricois plus de 414,000 florins. Le traité de paix remit tout à peu près sur Tancien pied. On laissa aux gouvernements cantonaux pleine liberté de statuer ce que bon leur semblerait relativement aux affaires religieuses et à l'émigration d'un canton dans un autre.
La mauvaise administration militaire des cantons réformés aurait permis aux catholiques d'obtenir de plus grands avantages, si l'organisation de leurs propres troupes avait été meilleure. La paix était rétablie, mais les esprits conservaient les dkpcMsitions les plus hostiles. Elles se manifestaient en tous lieux , surtout dans les., bailliages communs. Là les peines des uns taisaient la" joie des autres; le fanatisme du peuple imitait le fanatisme des grands ; tous insultaient au christianisme au nom du christianisme. Peu s'en laliul c^ue la guerre n'éclatât de nouveau.
Un Lucernois, enroieur pour le service d'Espagne, traversa la Thurgovie par des chemins détournes avec quarante-trois recrues le jour de la Pentecôte (4664-). Au village de Lipperswjl, ils entrèrent dans l'église réformée, les sabres nus, y firent du !)ruii et y causèrent du désordre. Une femme ^ saisie d'effroi^ se sauva dans le village de Wigoldingen , jetant de grands cris et appelant au secours. Les habitants de ce village se mirent aossitM.en route, tombèrent sur les recrues, en asaom-
DE LA NATION SmSSB.
mérent cinq, en blessèrent d'autres et firent quel(pies prisonniers. Cet événement remit les armes à la main aux défenseurs de Ton et de Tautre culte. Cing cantons catholiques prirent aussitôt possession de Kaiserstuhl, Mellingen et Bremgarten. On assembla les diètes ; on négocia. Les catholiques ne pouvaient être apaisés que par du sang. Les cantons souverains de la Thurgovie condamnèrent à mort, à la pluralité des voix, deux paysans de Wigoldiiigeii (5 septembre 1605), malgré Tinlercession el les supplications touchaiiles du gouvernement de Ziiiit h. Ce mtoe gouvernement fit faire une collecte dans toutes les églises de son canton pour aider la corn- . mune de Wigoldingen à payer les frais de ce long procès.
Feu dipTè& se répandit le bruit que le roi de France allait ériger en forteresse Huningue » non loin de Bâle , mesure défensive pour la France , oSènsive contre la Suisse. Les Confédérés, inquiets, envoyèrent des déput(^s à Paris, vers le roi (1679). Leurs efforts pour arrêter la' construction furent inutiles. L'inquiétude augmenta, surtont à Bâle. Les citoyens murmurèrent contre le petit conseil, accusant beaucoup de ses membres de s'élre laissé éblouir par Tor français. Ils lui reprochaient aussi d'avoirexcédé ses pouvoirs en matière d'élection et de législation. Les tribus s'assemblèrent. Bien des abns furent découverts. On punit ou parla
Îestitution, ou par la prison, ou par de fortes amen* es, des conseillers et leurs femmes, convaincus d^avoir influencé les éle<^ions. Le conseil céda; les citoyens exaspérés avaient pris les armes. Les Confédérés envoyèrent des médiateurs pour terminer le différend à Pamiable (1691). Ledétail descontestalions, des soulèvements, des actes de violence, dépasserait les bornes de notre histoire. Le.s médiateurs fédéraux, de concert avec les délégués du conseil et de la bourgeoisie, réglèrent les droits et la compétence du grand et du petit conseil, la police, Tadministration, Torganisation ju-* diciaire, la nomination aux emplois. Satisfaits de ces nouvelles institutions, les citoyens, en majorité, juré-* renl de maintenir la paix ; mais elle Ait bientôt rompue.
{fan Fatio, un des avocats de la bourgeoisie, emprisonné pour avoir fait beaucoup de démarches hardies de son chef, en abusant du nom du peuple. Des citoyens armés, reconnaissables à des brassards blancs, s'attroupèrent de nuit, demandant la liberté du prison^ nier. On battit la générale. Les amis du gouvernement accoururent. On vit sous les armes citoyens contre citoyens. Deux partisans de Falio reçurent des coups de feu (23 septembre 1691), près de cinquante autres furent incarcérés le lendemain matin; on fit entrer dans la ville des paysans arméspoiir maintenir Tordre. Un tribunalsévëré jugea les auteurs de la révolte. Jean Fatio. Jean Mûllèr et Conrad Moysës eurent la tête tranchée (28 septembre) sur la place de Fhôtel de ville ; les autres se virent condamnés ou aux galères, ou au baiiiiissement, ou à dès amendes.
I/ahM #c Mii«-€}iill enlève «n T on^^iifcMrseate leiurs aRelcmes ll|ierté»i snlies de eet évévemient*
(De Fan i70û à Tan 1712.)
Les anciens Suisses s^affirancbirent de la domination
de toute puissance étrangère , et conservèrent cette noble indépendance, tant que l'intérêt et la vanilé ne leur firent ni courtiser ni craindre l'étranger . Mais quand la cupidité et la lâcheté placèrent la prudence au-dessus du droit ; quand on vendit son corps et son sang à des souverains belliqueux; quand îes chefs de la patrie se laissèrent lier par des chaînes d'or et par des cordons, la ruine fondit sur ce malheureux pays. Oq s^avilissait devant les étrangers çour s'enorgueillir devant ses concitoyens; on préferait son canton à la Suisse, sa famille à son canton ; on était petit dans les grandes choses, et dans les petites on affectait de la grandeur ; on recherchait les emplois par intérêt, on les mettait à Tenchère, on les dtDunait en dot; les Suisses s'appelaient un peuple libre, mais la plupart étaient des sujet^i dont la eouditioa valait à peiûe celle des SU7
DE LA lUTION SUISSE
tll
jets décrois; les sieigneurs ne dédaigoèreot la vi^ leDce ni Tastuce pour éteindre peu à peu les faibles droits gui restaient encore au peuple, et pour reculer les limites de leur propre domination.
Les habitants du Toggenbourg en particulier en firent la triste expérience. Les communes de ce pays avaient obtenu de la faveur des comtes de Toggenbourg de grandes prérogatives: elles nommaient des juges aux tribunaux supérieurs et inférieurs; elles avaient leur part des amendes et de certains revenus; elles participaient, dans des assemblées générales ou particulières, à radministration des biens publics et à l'autorité militaire. Leur bailli devait nécessairement être choisi dans leur sein.
I Le prince abbé de Saint-6all avait acheté le Toggen<* bourg des sires de Raron, héritiers des anciens comtes, pour la somme de 14,000 Ilorins. Mais il avait dû prendre l'engagement de respecter les franchises du pajs. Le peuple du Toggenbourg avait formé en 1436 une alliance avec Glaris et Schwytz, pour mettre ses droits sous leur protection ; mais .'abbé, de son côté, avait obtenu en 1469, pour ses propres droits, l'appui de ces mêmes cantons, par une alliance particulière. Comme son abbaye était alliée à la Confédération, et lui-même prbce du Saint-£mpire« il sut tirer avantage de cette double circonstance pour étendre de jour en jour sa considération et son pouvoir. Suivant que son intérêt l'exigeait, il s'élevait contre Fempereur comme membre de la Confédération, ou contre les Confédérés comme prince de l'empire et vassal du trône impérial. Celte politique lui réussit.
Il commença par révoquer en doute la liberté des Toggenbourgéois et pnr les appeler ses serfs (1510), afin de les accoutumer insensiblement à cette idée. A la fin il attaqua sans détour leurs libertés, ce qui amena de fréquentes contestations, débattues devant les deux cantons protecteurs. Ceux*cilui étaient favorables. Il obtint d^abord (1539) qu'on en appelât à lui des jugements de tous les tribunaux du pays; puis (1540) il s'arrogea le
Digiiized by
UISIOIRE
droit exclusif d'élire les juges et de garder les biens confisqués aux crimiiuls; celui de faire choix d'un bailli étranger et d'administrer sans restriction les biens des églises et des cures ; la propriété de la chasse et de la
1)êche ; la prérogative de nonamer les pasteurs de toutes es églises (1543), les greffiers et les huissiers (1555); le privilège d'accorder le droit de bourgeoisie (1 596). Enfin ri interdit an peuple et les assemblées générales et ton* tes les antres ; radministration militaire même passa tout entière dans les mains deTabbé (1654). Alors il put gouverner au gré de son caprice, il consentait à des recrutements forcés pour le service étranger ; il donnait tous les emplois à ses créatures, voyait avec indifférence que les magistrats et les couvents attirassent à eux, à force de ruse et d'intrigues, les meilleurs fonds de terre, ou que lesameudes publiques s'élevassent à des sommes énormes.
A la fin, Pun de ses abbés, Léodegar, se cnit maître absolu dn Toggenbonrg, et voulut imposer à ses sujets des charges nouvelles. Une députation du peuple essaya des représentations. Pour tonte réponse, Pabbé condamna les députés à une amende de 1540 écus d'empire, à une rétractation publique, et prononça contre eux l'interdiction civile.
Les Toggenbourgeois opprimés portèrent plainte auprès des cantons de Schwytzet de Claris (1701). Les Glaronnnis, ainsi qiK^ lescilovensde Schwytz, furent touchés de la misère de ce peuple écrasé, quoique les Toggenbourgeois fussent réformés, t Fussent-ils turcs ou païens, > s'écrièrent-ils dans leur assemblée générale, • ce sont nos alliés etnousdevonsleurfaire rendre justice. ^L'abbé, irrité de cette opposition, porta plainte à son tour auprès de tous les cantons, invoquant le droit fédéral. — De nouvelles diètes s'assemblèrent d'année en année. Zurich et Lucerne, qui avaiei L aussi fait une alliance défensive avec Tabbé, prirent part à cette querelle funeste Leur religion en butte à tant d'attaques avait fait beaucoup d'amis aux Toggenbourgeois, etTabbé s'éfait fait beaucoup d'ennemiâ^ parce qu'il venait de former uue alliance
défensive avec TAutriche, et qu'il considérait le comté de Toggenbourg comme un fief de l'empereur et de l'Empire. Plus la Querelle durait, plus elle s'embrouillait: C'est Fordina^re. A la fin , Tancienne haine religieuse y mêla encore ses poisons.
si Voyant que Zurich et Berne soutenaient les Toggen- ' ^bourgeois et les encourageaient à persévérer dans leurs réclamations, Schwytz inclina pour l'abbé de Saint-Gall (1703) : € Les nouveaux droits de l'abbé, dirent les dé-
[)utés de ce canton, ses actes et ses seings passent avant es droits surannés du peuple, et aucun nouveau culte ne doit s'établir dans le Toggenbourg sans le consentement préalable de Schwytz et de Claris. » Ces prétentions n'intimidèrent j[)oint Zurich ni Berne, et les Togffenhourgeoîs maintinrent leurs anciens droits. L'am-* oassadeur impérial apporta une lettre de la part de son maître , qui s'arrogeait Iç droit de connaître de ce différend» yu que le comté de Toggenbourg était incontestablement un ancien tief de l'empire. Mais Zurich et Berne répondirent : « Le Toggenbourg est renfermé dans les limites de la Confédération, et l'abbé de Saint- Gall nous a reconnus pour arbitres depuis plusieurs années. » — Les ambassadeurs de Hollande, de Prusse et d'Angleterre encourageaient les Bernois et les Zuricois à résister à l'empereur.
Gomme cette querelle s'étendait de plus en plus et que la discorde et les assassinats troublaient le Toggen-* bourg, parce que l'abbé de Saint-Gall y semait à des^ sein la division entre les réformés et les catholiques, ua Zuricois respectable par sa sagesse (son nom était NalH holz) essaya par ses conseils de rétablir Tordre et la paix. Ses efforts furent infructueux. L'abbé défendit opiniâtrément tous les titres de sa puissance menacée. Mais les Toggenbourgeois méprisèrent cette puissance et, au au lieu d'obéir à Tabbé, chassèrent de tous les châteaux • ses gouverneurs, ses délégués, ses soldats. L'abbé fit occuper par des troupes les ponts, les routes, les sentiers du ci-devant territoire de Saint-Gall. Les Toggeobour^ Ifeois prirent les armes. L^avoyer Durler de Lucerne,
Oigitized
âxni zélé du prélat, invitât les cantons catholiques à ré*
f)rimer ces rebelles. L^avoyer Willadtng de Berne invita es cantons réformés à courir aux armes sans délai pour défendre, contre les catholiques, les droits du peuple toggenbourgeois et la sûreté de l'Eglise réformée.
Voyant que Zurich et Berne étaient pour eux, et que 3,000 Zuricois, commandés par un magistrat nommé Bodmer, veniiicnt à leur secours, les Toggenbourgeois déclarèrent la guerre à Tabbé pour la défense de leurs droits (12 avril 1712). Nabholz, jusqu'à ce jour leur ami et leur conseiller, devint leur chef, fit sonner le tocsin et les défendit aussi vigoureusement avec Tépée quMl Pavait fait avec la plume. Les couvents et les châteaux de Tabbé furent occupés; mais celui-ci fit entrer dans les murs de Wyl seize bataillons d'infanterie. Pendant ce temps les troupes zuricoises pillèrent et saccagèrent sans retenue le pays de Saint-Gall.
Lucerne, Uri, Schwytz, Uoterwalden etZug prirent les armes, couvrirent leurs frontières, marchèrent contre le Toggenbourg et s'emparèrent dn comté doBadcri. Le nonce du pai eleur donna ^26,000 écus du trésor papal, et, dans les églises de Rome, on adressa pour eux des prières à tous les saints. Les prêtres distribuèrent aux soldats des balles bénites et des amulettes)
Les Bernois tirèrent 10,000 couronnes de leur trésor pour mettre 15,000 hommes en campagne. Ils placèrent des troupes sur toutes leurs frontières, dans le comté de Lenzbourg, du côté de Baden et dans les bailliages libres. Un corps d'armée bernois, protégé par douze bouches à feu, passa TAar dans l'endroit appelé Stille, et joignit l'armée zuricoise près deWurenlingen. Celleci, pendant ce temps, s'était rendue maîtresse de toute la Thurgovie. Ainsi partout il n'y eut que guerre et cris de guerre. Les Valaisaus même étaient déjà eu marche pour secourir les cantons catholiques.
Glaris, Soleure et l'évôque de Constance gardèrent la neutralité an milieu de la confusion générale. Bâle et Fribourg gémirent de cette guerre civile et exhortèrent encore une fois les deux partis à se réconcilier : il tCé.
tait plus temps. L'abbé de Saiiit-rinll uni loiis ses joyaux en sûreté à Lindau; lui-même se rendit à Kor^chacb et demanda du secours à la ville de Saint-Gall et au\ cantons d'Appenzel et de Glaris, mais il n'en reçut d'autre assurance que celle de leur neutralité. L'empj^rettr, qui se trouvait alors à Presbourg en Hongrie, ordonna au cercle de Souabe de soutenir Tabbé de Saint*Gall.
CSmvre du Taf(i;;enbourg^. Neconde bataille 4e Wiilmergen. Paix d'Aras*
(DeTan 17IS âran 1718)«
Un corps de lu^UOU Bernois et Zuricois s'était avancé sous les murs de Wjl pour y assiéger les troupes de rabbé. Nabholz les joignit avec 2000 Toggenbourgeoîs^ et après lui un autre corps d'armée de la Thurgovie. La Tille fut bombardée ; les campagnes et les villages ravagés. Cependant la garnison de Tabbé se défendit vaillamment sous le major Felber et fit plus d'une sortie qui coûta du sang à l'ennemi. Mais lorsque les Thurgoviens se turout séparés des autres assiégeants qui leur témoigiiaient du mépris, Felber étendu ses ravages jusqu'à Braunau et Summeri. Ses geus exerçaient de telles cruautés qu'ils assommèrent deux homnies sans déiense et mutilèrent une femme en lui coupant les pieds et les mains. Saisie d'borreurj toute la Thurgovie poussa des cris de vengeance. Des hordes levées en masse et enflammées de rage s'avancèrent de Weinfelden. On y vo jait des femmes et des jeunes gens de douze ans. Elles usèrentde repréi^illes contre les catholiques.
Nabholz dit aux généraux bernois et zuricois : t Faisons une incur^iu;i Uaus les anciciis ElaU de Tabbé, patrie d un i^rand iiombre de défenseurs de Wyl; quand ils verront de loin leurs villages en llammes, ils se sépareront des autres et la ville se trouvera affaiblie. » Il entra donc avec 1000 hommes dans les anciens Etats de l'abbc. A l'aspect de ce grand embrasement^ ceux des assié^gés dont les demeures étaient en feu sortirent promptement
ii6 msTèiRfi
de la ville pour aller les défendre. Agitée par la discorde et par la terreur, la ville se rendit le 22 mai. Les soldats de Tabbé se dispersèrent, vomissant des imprécations contre Felber lear chef. Celni-ci, en danger de perdre la vie, fut réduit & implorer la protection des vainqueurs pour pouvoir s'enfuir jusqu'à Bernhardszell. Mais le peuple furieux Ty poursuivit, l'arracha de la demeure du pasteur, le mit sur un mauvais cheval et le ( ojiduisit, au milieu des cris et des outrages, jusqu'au pont de la SiLter. Là il fut tué de quatre coups de fusil ; le peuple coupa " son cadavre eu pièces avec des couteaux, et le jeta dans la rivière (24 mai).
Sur ces entrefaites le vaillant Nabholz avait pénétré
Elus avant dans les anciens Etats de l'abbé de Saint-Gall. es habitants de Gossau se rendirent à lui après avoir assassiné dans leur fureur le général des troupes de leur contrée* Deux jours auparavant ils avaient chassé mille Toggenbourgeois envoyés contre eux pour mettre tout à feu et à sang; ceux-ci, dans leur luile, étranglèrentdans une étable le prêtre catholique de Niederglatt. Les bannières de Zurich et de Berne traversèrent victorieuses louLe la Thurgovie jusqu'à Saint-Gatl, et laissèrent une garnison dans l'abbaye de cette ville et à Rorschach. L'abbé, plein d'efîroi, s'était enfui auparavantà Augsbourg avec tous ses effets précieux.
Fiers de leurs succès, les Toggenbourgeois condamnèrent à mort ceux des sujets de l'abbé qui les avaient trahis ; ils rejetèrent entièrement la dommation de leur prince ecclésiastique , annulèrent leur alliance avec Schwytz et Claris, et proposèrent aux habitants du pays de Gaster ' , de Gams et d'autres lieux de former avec eux une république semblable à celle dos libres cantons de la Suisse. Ils tracèrent le plan d une constitution qu'ils soumirentà la dièle helvétique assemblée à Aarau ; mais leur projet déplut aux seigneurs de Zurich et de Berne, qui aimaient mieux avoirdans leToggenbourgdes sujets
3ue des Confédérés. Nabholz môme, ce défenseur zélé es intéréte des Toggenbourgeois, refi)isa d'appuyer leur
. t Au nord de la Linth, v\iU\ lacs de Zorich et de Walienâtadt^
M U NATION Stlt8ft˫
demàndé, qaoiqalb lui oMaseot te wbhêêm OMsitM» râbles poar qa'il embrassât leor cause.
Cependant 2000 Bemoîjt avaient passé TAar près de
Slille et s'étaient joints à 3000 Zuricois commandés parle colonelJean-Gaspard Werdinuller. Réunis, ils passèrent lemonlHasenbergpour somiioltre entièrement le comté deBaden, chassèrent les bondes éparses des cantons catholiques et s'avancèrent jusqu'auprès de la ville (le Mellingen. Du côté opposé il arriva, du comté de Lenzbourg, 70(K) Bernois. Les garnisons catholiques s'enfuirent à Baden. Mellingen fut pris sans coup férir. Tonsles lieux habilés.du comté de Baden rendirent hommage aux vainqueurs» de mémegne la ville de Bremgarten, puis Tannée vtotoneûse se dirigea sur Baden pour en assiéger ia lorleresse. La garnison se rendit le 31 mai ; elle eut la vie sauve, ainsi que son chef, Crivelli d*Uri, mais elle dut abandonner son artillerie.
Ces succès et l'hommage que le Rheinthal fut contraint de rendre à Zurich et A Heriie turent pour les cantons catholiques une nouvelle source de discorde, dedésordre et 4'aoimosité. Les uns voulaient la paix , les autres la guerre. Les ambassadeurs d'Autriche et de France leur proioftettaient du secours; le pape leur envoyait de l'argent. Fribouif et Soleure, le Valais et tout ce qui était catholique dans lesbailtiages communs courut aux armes. Sur-le-champ ceux des cantons réformés qui n^avaient pris aucune part à la querelle menacèrent de s'armer aussi ; tous les réformés de bailliages communs se préparaient à soutenir Zurich et Berne. Près de 150,000 bnisses se trouvaient sous les armes, prêts à verser le sang les uns des autres ; jamais la Confédération n'avait mis sur pied des forces aussi considérables pour repousser un ennemi étranger. La France et rAutriche firent marcher des troupes vers les fontièresde la Suisse» mais elles furent tenues en respect par des troupes an*glaîses, hollandaises et prussiennes.
Tandis que les députés de la Confédération, assemblés à Aarau, négociaient une paix., le bailli Ackermann, d'Uuierwaiden ^ à la tête de 5000 hommes , s approcha
Digilized
ttfflTOlU
•do poDi de Sins où les Bernois ('raient campës ; 300 hommes de leurs troupes s'étaient retranches dans le cimetière de. Sins ; 700, près da village d'Auw. Us furent surpris et purent à peine se sauver; un grand nombre de Bernois perdirent la vie. Le GoIonelllonnier,deYaud, qui avec 2(X) hommes se défendit vaillamment, d'abord dans le cimetière, ensuite dans Téglise, fut à la fin codtraintdese rendre. Ils eussent été massacrés impiiovablement par les soldats d'Unterwahlen, de Schwytz et do Zug, siAckermann, blessé lui-même, n'eût pas résiste à leur rage sanguinaire avec une généreuse intrépidité ^30 juillet). D'un autre côté, les troupes de Schwytz s'étaient avancées jusqu'à Hiitten etBellenchanz non loin 4u lac de Zurich (22 juillet). Mais elles y rencontrèrent le vaiUaDt capitaine Werdmiîller. Elles se battirent pendant sept henres , perdirent SOO hommes et reculèrent enfui devant les Zuricois On trouva sur les morts des billets bénits dans lesquels étaienldeschiffres, des croix, des i^ro messes d'une victoire certaine.
L'aniiée catholique coniplait plus de 50,000 hommes. j^iio traversa la contrée par Muri jusqu'à Villmergen, où se trouvaient 8000 Bernois. Tout près du lieu déjà témoin d'une défaite sanglante des Bernois vaincus par les cantons catholiques (U janvier 1656) 5 la terre allait être une seconde fois rougie du sang suisse versé par des .Suisses, C'était le 25 juillet 1712. Les tonnerres de l'artiilerie donnèrent le signal du carnage ; le combat dura quatre heures. Au bout de ce temps les Bernois répandirent la terreur cl le désordre dans les rangsdes ennemis, puisqu'il faut donner ce nom à leurs frères. Ils rompirent leurs lignes et les mirent en fuite. Plus die 2000 catholiques mordirent la poussière.
Animés par co sncc*^. lesToggenhourgeoisconquireiit Uznach et le pays de Gaster ; la ville de Uapperschwyl se rendit aux Zuricoi», les vainqueurs pénétrèrent de tous côtés dans les terrés des catholiques. Ceux-ci effrayés demandèrent la paix.
Les cantons deLucerne et d'Uri avaient déjà signé It pix à la diète d'Aarau (18 juillet); mais les paysans lucernois excités par le nonce du pape, par les curés et
t)Ê U MÀtlON sDiâstt.
les fiioînes, ne vovlaol pas la paix, avaient marché
d -abord vers Lucerne pour forcer le gouvernement à faire
la guerre, ensuite vers Villinergen, {)our combattre les Bernois. Là ils avaient trouvé leur perte. Même après cette balaille^âOOO hummesde Willisaii s'étaient soulevés contre le gouvernement ; mais les troupes bernoises les rangèrent bientôt à leur devoir ; ils payèrent des frais de guerre considérables Les soldats bernois étaient devenus les meilleurs de la Confédération, pour Thabillement , la discipline , le maniement et la qualité de leurs armes*
Enfin la paix générale fut conclue à la diète d^Aaran, (9 et 11 août 1712) au grand avantage des vainqueurs.
LescauLonscatholiques non-seulement cédèrent à Zurich et à Berne leurs droits sur Baden, Rapperschwyi et les bailliages libres inférieurs, mais encore associèrent ces cantoiis déjà .si puissants à leur autorité sur laThurgovie et sur le Rheinthal : dès ce moment les deux religions allèrent de pair dans ce dernier pays. Claris fut constamment associé aux droits de Zurich et Berne.
Mais Tabbé de Saint- Gall, Léodegar, aussi opinifttre qoe malbeorenx, ne voulut pas accepter la paix et resta finjs de sa pairie jusqu'à sa mort* Pendant ce temps les Zuricois et les Bernois^ occupërentson pays. Mais lorsque le nouvel abbé Joseph (1718) eut accepté et signé la paix à Rorschacli , on lui rendit ses Etats , les Toggenbourgeois rentrèrent sous sa domination, mais avec des droits et des franchises plus considérables qu'auparavant et placés sous la protection de Zurich et de Berne Le pape et son nonce persistèrent seuls à rejeter la paix d'Aarau, et la déclarèrent nulle et invalide. Les Suisses réconciliés n'y firent aucune attention^ et lorsque le peuple de quelqœsbaiUiages lucemois, excités par desecclésiastiques , se souleva de nouveau contre le gouvernement, celui-ci fit venir une garnison de rEntliboucb, demanda au pape qu'il imposât aux couvents une taxe pour le paiement desfraisde la guerre, et qu'il rappelai le nonce Caraccioli, regardé comme l'auteur de tout le mal. Les cantons catholiques ressentirent longtemps les suites
(unîtes de cette guerre^ qui leur avait occasionné des
Digilized
uisxoiiii!;
dépenses considérables. Le gonvemement de Schwytîi
leva un impôt de cinq écussur chaque ménage. Lucerne eutbesoinde mo^ensde rigueur pour faire payer les frais de cette guerre. Uri, réduit à la môme nécessité, ne put apaiser ses sujets de la Levantine qu'en leur accordant de grandes franchises (1713 , et dès lors il les appela « chers et fidèles compatriotes. »
État «leA SuImmc» au cammencemeiit du siéele. Querelle de Thomas ^la^iiNner* IjC roi de Pru««e dewient prince de ^>uehàtel.
(I)«ran t7Ulàrant7U0
Depuis la bataille fratricide deVillmergen, les Confédérrs n'eurent aucune guerre ni étrangère ni civile pendant l'espace de qnalre-vingt-six ans. Toutelois cette période ne fut marquée ni par le bonheur , ni par le repos, ni par la gloire; mais elle s'écoula au milieu des débats et de différends des caotons entre eux et des
SOQvemeiAe^ts avec leurs sujets. A peu près de dix en ixans se montrèrent sur la seëne politiqae de nou? elles intrigues, de nouyelles conspirations» de noiiTelle& révoltes, jusqu'à ce que Tédiflce ruiné de l'ancienne Confédération sY'croula au premier choc que lui donna la main hostile de la France.
Les Suisses tirent leurs premières guerres pour se défeîîdre contre les oppresseurs de leurs droits et de leur liberté. Une gloire immortelle parmi les nations de la terre récompensa leur courage. Ensuite les villes et les cantons devenus libres entreprirent d'autres guerrespour augmenter leur territoire et le nombre de leurs sujets, et pour étendre les limites étroites de leur domination. Une gloire équivoque et les germes de la discorde fii«> rent le prix de leurs vues ambitieuses. Après cela les dissensions religieuses, jointes à l'envie, à rambilion, à l'esprit de parti, mirent aux Suisses les armes à la main, non plus contre des ennemis communs, mais contre eux-^lémes. Quel fut le prix de tant de baines ? Ils souilr
DB LA NATION SUISSE. tti
lèrent la gloire héritée de leurs aïeux et se poussèrent les uns les aulres sur les bords d'an abîme. En&n veodirent lears enfants pour des guerres qui ne les regardaient pas , et achetèrent , au prix du sang de leurs braves, en faveur des fils des nobles, des soldes considérables, des pensions annuelles, des chaînes d^or, des conluns, des titres, récompenses que les monarques doîintMit à leurs serviteurs. Un orgueil despotique, un luxe dévastnteur envahirent les maisons des grands ; des mœurs ('iraiigères, des vices étrangers envahirent les cabanes du peuple; la Suisse devint le théâtre des intrigues immorales des ambassadeurs, et les gouvernemenls des cantons ambitionnèrent un pouvoir illimité sur leurs sujets. Alors en vit les Corifédérés moins unis entre eux qa^avec des souverains éloignés ; alors ils s'intordirent nJdproquement de s^ëtablir les uns chee les autres, et défendirent de canton à canton Tachât et la vente des choses les plus nécessaires à la vie. Leurs diètes ne furent plus qu'une vaine cérémonie où la pompe remplaçait la cordialité : leurs actions, ténébreuses contredisaient leurs brillants discours.
En vain de sages amis de la patrie exhortaient A arnolioreretà consolider le pacte de la Confédération, avant qu'elle ne vint à se dissoudre ; en vain» dans une diète même, quelques cantons évangéliques proposèrent une nouvelle constitution fédérale : Tégotsaie de la plupart des autres la fit rejeter. La proposition faite par un Genevois, Sarasin, de créer une autorité fédérale suprême, dont le pouvoir aurait donné à la Confédération plus d'unité et d'ensemble, fut accueillie avec dérision.
En revanche, les lial)itants d'Uri. de Sch\v]ytz etd'Unterwalden s'assemblèrent en grande pompe le 24 Juin 1713 sur le Griittli, où, quatre cents ans auparavant, leurs pères avaient fait le serment d'être libres. Ils y renouvelèrent, par un serment solennel, leurs alliances primitives ; mais eu le prêtant ils n^avaient dans le cœur que le triste souvenir de Villmergen et la baine des cankxns puissants. Deux ans plus tard (9 mai 1715), lescan* tous catholiques signèrent à Soleure un traité d'amitié
avec la France, dont la roi était alors reniiemi le plus acharné des protestants. Cette alliance particulière effraya les cantons évangéliques et leur inspira de la défiance. On soupçonnait que le traité renfermait des articles secrets, en vertu desquels des puissances étrangères seraioiU appelées en Suisse; les petits cantons rendus plus forts aux dépens des autres ; Genève et le Pays de Vaiid restitués au duc de Savoie, et le comté de Kvbourg à l'empereur. Pour riionneur de la Suisse, Pévenement ne justifia point ce«i sonpcons, mais les soupçons eux-mêmes attestaient i'animosité et la déiiance réciproque des Confédérés.
On les voyait toujours prêts à combattre, non contre des puissances étrangères, pour protéger la gloire et le bonheur de la Suisi^e, mais contre leurâ propres frères, pour défendre les prérogatives d^on canton ou les intérêts d'un souverain. Les uns étaient attachés à TAutriche, les autres à la France, un petit nombre seulement à la Suisse. Par là les ambassadeurs rusés des cours étrangères obtinrent une influence croissante dans les affaires de h Sni--e. La honto fui le partage des Confédérés, le malheur, celui de mainte famille. L^exempie suivant le prouvera.
Un jeune homme des Grisons, occupé de ses études à Genève, tit une partie de plaisir en Savoie. L'ambassadeur français le fit saisir par trahison (1 710) etenfermer dans une forteresse, parce que son père, Thomas Hass^ ner, membre du conseil de Coire, tenait le parti de PAutriche. Celui-ci, sur la nouvelle de l'arrestation de son fils innocent, demanda inutilement justice et assistance. Poussé à bout, i! arma des orens. saisit le frère de Merveilleux, chargé d alïaires de la France à Coire, et le tint enfermé par représailles. On fit un accommodement ^ le conseiller rendit son prisonnier et demanda pardon à l'ambassadeur français à Soleure. Mais n'obtenant pas la liberté de son Tils, il médita une nouvelle vengeance. Un jour le vieux Massoer dressa des embû^ ches au duc de Tend6me. grand prieur de France, qmi passait par le pays de dargans, le fit prisonnier et le
conduisit à Feldkirch vers les Autrichiens. Le gouvernement des Grisons adressa des prières à la France eià* l'Autriche pour obteoir la liberté des captife ; mais ce fut sans iiiccës. Les ambassadeors étrangers eoveoiinè^' rent au contraire la querelle. Par suite de cette dis* corde, Tambassadeur anglais, partisan des Auirtohiens, fut assassiné aux bains de Pfèffers. La ligue des Dix-Ju-*. ridictions prit parti pour Tiiomas Massner, et la majorité des tribus de Coire le nomma bailli de Maienfeld ; les cantons suisses, au contraire, le déclarèrent hors la loi et mirent sa tête à prix; enfin, une sentence du tribunal criminel d'Ilanz (17 août 1711) le déclara déchu de ses droits de citoyen, ordonna la confiscation de ses biens, le condamna à une mort ignominiéuse et offriit mille ducats de récompense à celui qui le livrerait
Pour prévenir de plus grands maux, Thomas Massner avait déjà auparavant obtenu la liberté du duc de Vendôme et s^était retiré à Vienne, pour y vivre sous la pro* tection de l'empereur. Il resta longtemps dans cet exil, tandis que sou malheureux fils languissait dans une forteresse française, et que sa femme gémissait dans une sorte de veuvage au sein des montagnes. Hais la douleur de l'absence et les affections de son cœur le rappelèrent dans sa patrie. Il s'apercevait d'ailleurs que son crédit auprès de l'empereur diminuait chaque jouf , Car la faveur du peuple et des monarques est comme la vapeur légère qu'emporte le moindre vent.
Arrivé dans sa patrie, la sentence d'Ilanai et le ban des Confédéré» pesaient encore sur sa tète* Il erra dans les Alpes du pays de Glaris. Mais il y fut trahi et l'ambassadeur français le fit poursuivre. Un jour qu'il vou-, lait échapper à ses persécuteurs et qu'il se trouvait déjà sur la rive droite du Rhin et sur le territoire de l'Autriche, sa voilure versa; Massner mourut des suites de cette chute.
En 1714 la paix fut conclue à Baden entre la France et l'Autriche. Parmi les plénipotentiaires de l'empereur était un neveu 46 Thomas Massner. A force à», démar-cbes et de pourparlers, il ob^t 1» Ubefté de sou çou*
sîn. Celni-cf, en renlraut daus sn patrie après une cap- ■ tivité de plusieurs ariiit'es. fut reçu par ses compatriotes | comme un martyr triomphant, avec toutes les marques de l'allégresse publique, et dédommagé de ses souffrances par des hoDoeurs et des dignités.
La politique mesqaine, lâche ou intéressée des Confédérés, dn miliea desqueb rantique loyaaté et le bon accord avaient disparu, leur fit commettre des fautes graves * ou même irréparables. C'est ainsi qu'au mépris des traités Louis XIV put s'emparer paisiblement de la Franche- Comté et de Strasbourg, anciens alliés des Suisses et placés sous leur protection spéciale : mais Louis XIV • avait des milliers de Suisses à son service, de Ter et d'habiles ambassadeurs. C'est ainsi que les Neuchàtelois, ces vieux et lidèles alliés du Corps helvétique, passèrent smis la dcMoioatioD de ta Prusse, sans que les Confédérés eussent rien tenté de sérieux pour faire du comté de NoBchâtel un des plas beaux cantons de la Suisse.
Marie de Nemours^ dernière princesse de la maison d'Orléans-Longueville, mourut le 16 juin <707. Une foule de prétendants accoururent pour faire valoir leurs . droits à la souveraitieté de Neuchâtel etValangin. Les trois états du pays discutèrent longuement les titres plus . ou moins fondés de ces j)rinces étrangers, entre autres ceux du prince de Conti et de Frédf^ric T»^^ roi de Prusse. Ce dernier remporta entin : les états lui adjugèrent solennellement la souveraineté du pays le i novembre 1707, en réservant les libertés du peuple et les alliances et oombourgecnsies avec la Confédération. Le roi de ^ France, d*abord irrité, reconnut le nouveau prince de Neuchâtel etValangin en 4713, dans le ' traité d^Utrecht.
(neran 17i4àran (740.)
On a dit et'souvent répété que la guerre est le plus {^and 4es m9m* M^is ^insi ne pensèrent point Içs an-
DE LA IfATION SUISSE. 225
cieiis héros de la Confédération qui honorèrent le nom des Suisses devant Dien et devant les hommes : ils marchaient an combat pour ta défense de lenrs droits sa-*
crés, parce qu'ils connaissaient quelque chose de mieux qu une vie molle et une lâche sécurité ; le plus grand des maux, disaient-ils, c'est l'esclavage sous le sceptre de l orgueil et de l'injustice.
Ainsi, |jerid;mt la paix qui dura depuis la dernière bataille de Villmergen jusqu'à Tarrivée des armées Iranaises, la Suisse eut à souffrir plus de calamités que ans tout^ ses guerres* contre l'Autriobe et la Bourgo^
Îne. Car pendant les quatre-vingt-six années de rejjos, orant lesquelles se rouillèrent les épées des Winkelried, des Pontana^ des Waldmann, des Hallwyll, des d'Erlach, la rouille de l'égoïsme et de Torgueil tongea aussi les tables sur lesquelles était gravée la loyale alliance des anciens Suisses, et la Conlédération se décomposa comme un cadavre en pourriture. Les (ils dégénérés d<'corèrent pompeusement ce cadavre des armoiries de leurs aïeux . afin que Ton ne s lipernU pas que l'esprit qui ranimait autrefois Tavait jd) indonné.
On ne fit plus rien de grand. La grandeur consistait, aux yeux de presque tout le monde , dans les richesses et non dans les vertus, dans la domination sur des su-» jets et non dans le titre de citoyens libres. Les uns ache» talent des bailliages à l^nchère. pour y vendre la justiee et l'injustice comme une marchandise ordinaire. D'autres mendiaient dans les cours des pensions, des cordons, des titres. Ceux ci, au lieu de mériter par des services la reconnaissance de la patrie, briofuaierît la mair) des tilles de conseilla rs, et avec eilt' des em[)lois dans la magistrature. Ceux-là poursuivaient d'autres avantages; un petit nombre, une gloire pure. Dans les pays sujets, le peuple n*avait guère d'autre droit que ce* lui de partager avec son bétail les travaux de la campagne. Il restait plongé dans Tignoranoe, car les gouvernements étaient assez aveugles pour craindre que le ^ peuple ne fût éetairé. Les villes dominatrices et les cantons souverains minaient sans relâclie les iibertés des
Digiiized by
HISTQIRB
sujets; et les familles nobles, les libertés des bourgeois. De temps en temps ceuidoot les droits étaient aUaqaés se réveillaient de leur sommeil, s'armaient de coura|[e, reconquéraient leurs droits ou prévenaient du moins par leurs menaces de nouveaux empiétements. Mais toutes ces petites querelles ne méritent pas Tatteiition ^ de la postérité : à peine excitèrent-elles dans le temps la curiosité de ceux des Confédérés qu elles ne regardaient pas.
A Zurich, où la bourgeoisie avait conservé de tout temps un esprit de liberté , une léirère dispute concernant des corps de métiers lil n tormer inopinémeut plusieurs abus qui s'étaient introduits dans le système du gouvernement. Deux parcheminiers accusèrent un mégissier d'empiéter sur les prérogatives de leur corporation (octobre i71S). Cette dispute individuelle devint btentAt celle des deux corps de métiers , puis l'affaire de toute la bourgeoisie. On examina de nouveau les ordonnances et les prérogatives des corporations industrielles; on corrigea ce qui paraissait défectueux; on détermina plus rigoureusement la compétence législative de la bourgeoisie; on perfectionna selon li^s besoins du temps le> statuts de Tancien pacte constitutionnel; enlin on réunit tous ces changements utiles en une loi fondamentale appelée libeUBf et tous les citoyens la sanc^ tionnërent par un serment (17 décembre 1713).
Antérieurement déjà, après de longues altercations, la bourgeoisie de la ville de Schaffhouse avait obtenu lee mêmes avantages par rétablissement d^une loi fondamentale qu^on appela instrummt de ré formation (1689). Car à Schaffhouse le petit conseil avait iiiscnsiblemcnt usurpé uii immense pouvoir par une bonté insinuante et par une ruse adroite que favorisait l'insouciance des communautés, ensuite par des coups d'autorité. Les droits de la bourgeoisie avaient été violés; les biens de l'Etat, administrés arbitrairement et à ravaniage des familles dominantes.
Mais la réforme des abus et de l'arbitraire au dedans des mura de Schaffbouse ne les abolit pas entièremeiit
Dfi LA MATIQM SUISSE.
daos les campagnes, où les droits du peuple demeu^ rèrent dans Toubli.De là vint que, lorsque le gouvernemeai établit à son profit ud cabaret à Wilcbiogen , les habitdDts de ce bourg lui refusèrent obéissance (1717) ; puis lorsque le gouverDement, reconnaissant son tort» fit fermer le cabaret, les citoyens de Wilchmgen exposèrent beaucoup d'autres griefs nuii moins joadés. Des puissances étrangères ne négligèrent pas cette occasion de se mêler d iiiie dispute domestique : les prétextes ne leur manquaient jamais. Le goiivernemeiii de Scliaiïhouse eut beau envoyer des troupes et promettre un examen ioàpartial de tous les griefs , les bourgeois de Wilchiogen refusèrent de lui rendre hommage , parce que la cour de Vienne avait Qatté leurs députés d^enpérances séduisantes. Mais plus tard (1126) Us furent r^ Toyés de Vienne parce que TAutriche craignait une guerre avec la France pour un sujet plus important, et qu'elle voulait s'assurer la bienveillance de la Goidcdération. Un grand numiire des rebelles eurent leurs biens confisqués, d'autres furent |»unis par l'exil. Fatigués de se plaindre, ils consentirent, au bout de plusieurs jannées, à rendre au gouvernen^at Tbominage qu'ilsJui avaient refusé (1729).
L'arbitraire produit toujours des désastres» et daup toute guerre d'un gouvernement contre les citoyens» la victoire est funeste, la gloire impure* C'est ce qq^prouva dans le même temps révéque de Bflle.
La domination de ce seigneur embrassait le beau pays compris entre le lac de Bienne eL la ville de Bâle, ces riches vallées du Jura où brUliiiit des châteaux, des villages, des cités; dans ses Etats se trouvaient les villes de Bienne, de Neuvevilie, de Porrentruy, de Délémont, de Samte-Ursanne et de Laiifïon; TErguel on val de Samt-lmier, les Franches-Montagnes et les se^neories d'£scb, da Birseck et de Zwingen.
Lorsque Jean-Conrad de Rheinacb» devenu princeévêque (1705), reçut Thommage de ses sujets, le bs^e* ret du pays» Wisard, fit» au nom du peuple > la r^sorve de ses oroîts et du patronat de Berne. fL'éî^KiU^ m yw-
Digilized
' nfêTOIBE
lui entendre parler d'aucune réserve, exigea le serment d^iine obéissance illimitée , et dépouilla le banneret de ses honneurs et de ses emplois. Les habitants dn val de Moutier ne pensaient pas de même. Le banneret s'adres-
sant à la ville de Berne lui rappela son ancien patronat, et implora son secours. Comme l'évéque persistait dans ses prétentions au pouvoir abj^ohi. et qu'il continuait à faire des innovations et à exercer des vexations de toute espèce contre les rebelle^, les Bernois envoyèrent quelques mille hommes pour ia défeiise de leurs protégés , et rétablirent le banneret dans sa dignité et le pays dans tes droits. L'évéque en fut courroucé ; il en appela ;nix sautons catholiques , qui espérèrent terminer ce différend avec l'aide de la France ; mais les Bernoiscomptaient sur le secours des cantons réformés et de TAngieterre. Sentant qu'il ne pouvait pas l'emporter, l'évéque fit avec les Bernois, à Nidau, un accommodement à l'amiable (30 mars 1706) , et reconnut les droits des habitants du val de Moiitipr: mais ce fut à contre-cœur, car il leur suscita chicane sur chicane, principalement au sujet du culte réformé. Berne reprit aussitôt les armes (1711). La seule menace fut une victoire.
L'évéque confirma de nouveau les droits du val do Moutier dans une conférence tenue à Aarberg; il fut même contraint dç souscrire à une condition onéreuse et humiliante : calait de payer une amende de 90^000 écus, si trots mois après la seconde et la troisième sommation des Bernois, il n'avait pas répondu d'une manière satisfaisante aux griefs que ses sujets lui présenteraient; la prévôté de Moutier servit d hypothèque pour l'exécution de cette clause. Malgré les foudres que le pape Clément XI lança contre un traité qui, selon ses expressions, donnait tant d'avantages à des hérétiques, la convention fut respectée.
Dans la suite, les évêques de Bâle cherchèrent à plusieurs reprises à étendre leur droit de souveraineté par des oouii^ d^autorité ou par des décisions arbitraires, mais ils n'eurent pas plus de succès. Le conseil de Bienne (1711) ayant banni du pays un citoyen de cette ville, ia
famille du condamné porta plainte à Févéque. Celui-ci prétendit, contre toute justice, forcer le conseil à révoquer la sentence et à pay^ les firais du procès. I) destitua de sa pleine autorité le bourgmestre et cinq conseillers, tous opposés à ses prétentions despotiques; il leur infligea des amendes, les mit au bon, prononça la peine de mort contre le boiirîzniestre fugitif (171 cassa mt'^me à la lin le couseil entier, lierne, unie depuis loiigtcnips avec Bieiuie par une alliance défensive, n'établit la paix et lit rendre a la ville outragée sa liberté et ses droits légitimes.
Ij^évéqnf» traita avec la même dureté la ville de Porrentruy. Ëlle possédait des privilèges importants et des franchises que lui avaient accordés d^anciens empereurs et des seigneurs, et que de tout temps les évéques avaient
confirmés. Mais lorsque le seigneur Sigismond de Rheinach fut monté sur le siège épiscopcil, il empiéta de diverses manières sur les droits de la ville. Mal inspiré par les conseils du seigneur de Hamschwag, il n'écoutait aucune plainte et traitait de rei^elles les état-^ provinciaux et leurs députés. Appuyés sur la consciencr <le leur bon droit, les citoyens de Porrentruy se soulevèrent. L'évéque api)ela contre eux le secours des cantons catholiques ; mais les députés de ces cantons, après un mûr examen, répondirent au prince-évéque en hommes loyaux (1 734) : • Pour que les prérogatives du souverain subsistent, il faut que les droits des sujets soient respectés » Cette querelle dura sept années entières : les cœurs des sujets se Ici nièrent à leur prince. Celui-ci, courroucé contre les Suisses, fit veinr dans ses États des troupes françaises (1741), remit ses sujets <nii> le joug du despotisme, disi)n>a, au gré de son caprice, de leurs biens , de leur honneur, de leur vie : courbés sous le joug, les sujets se turent ; mais ils attendaient Theure de la vengeance. A la fin elle sonna.
tSO HISTOIRS
XLVUI
(De l'an I7t4 à Tan 1740.)
A peu près à la même époque , le petit district de Werdenberg fut le théâtre de scènes affligeantes. Depuis
151 7, que Claris avait acheté ce comté, il fut gouverné en paix par des baillis qui se renouvelaient tous les trois * ans. Les habi i a 1 1 u du | »:i \ > de Werdenberg avaien l d'abord vu de mauvais leil leur incorporatiou dans la Guulédération helvétique , parce qu'elle leur ôtait à jamais l'espoir de racheter ou d'obtenir leur liberté. Déjà en 1525 il y avait eu un soulèvement général contre les nouveaux maîtres ; mais il fut promptement apaisé et suivi d'une tranquillité que rien ne troubla. Les 4000 habitants des trois paroisses possédaient dans les Alpes du Togge a* bourgdes pâturages d^un grand rapport, et dans la vallée, des champs et des vergers fertiles; ils jouissaient d'ail* leurs de certains droits et de certaines franchises. Ils coii>ervaient comme un trésor sacré les lettres d'octroi en vertu desquelles leur bailli ne devait ni se mêler de leurs alTaires communales, ni retirer aucun avantage des forêts et des ]u"fturages communs. Le? baillis, au lieu de respecter toujours ces franchises, finirent par s'arroger radministration des biens communaux, des bois et des pâturages ; augmentèrent la dlme des montagnes^ con* vertie en argent ; exercèrent une autorité arbitraure au sujet du droit de meilleur cateL de la nomination aux emplois et d'autres droils encore. Le peuplelésé invoquait ses prérogatives reconnues et sanctionnées.
Un jour que les quinze paroisses du pa>s de Glaris étaient réunies en assemblée générale en présence des premiers magistrats du canton (1705), quelques personnes diriMit que les lettres d'octroi avaient été accordées par le conseil sans la participation des paroisses , qu'ainsi elles étaient invalides et désavantageuses à la chose publique. L'assemblée ordonna sur-le-champ. qu'on demandât ces lettres pour les examiner.
DB LA MATIOil SUISSE.
Werdenberg ne remit qu'à regret au bailli Gaspard Trumpi ce dépôt de se& libertés » qu'on préleodait examiner et qu'on ne lui rendit jamais. Comme ce comlé faisait des plaintes amëres, mais toutefois respectueuses^ contre ce vol politique , un triple conseil assemblé à
. Glâris promit que Ton réunirait , dans un acte fonda^ mental qui serait remis aux citoyens de Werdenberg, la reconnaissance de tous les droits douL leur pays avait été en possession depuis les temps les plus reculés. Mais ceux-ci, pleins de défiance réclamèrent, comme leur proj)i iété , les lettres originales. Après quinze ans de plaintes inutiles, ils refusèrent au nouveau bailli Thommage accoutumé (1719). On leur promit de leur restituer
. les lettres d'octroi s^ilsreodaient hommage à leur nouveau magistrat ; le landammann de Claris dit môme au peuple assemblé dans l'église deGrabs : < Vieillard» j'ai déjà un med dans la tc^nbe et je touk que Tautre y descende a cette heure même si Ton ne vous tient pas parole. » Mais la confiaiice du peuple, souvent déçue, ne fut point rclablie par cette promesse.
- Etonné de tant de résista iice, le gouvernement de Claris recourut à Zurich, chef- lieu de la Confédération, et aux Conléderés assemblés en diète à Frauenfeld. Le comté de Werdenberg fit de môme ; mais on renvoya les députés de ce comté san§ les entendre, avec ordre au peuple de se soumettre à son gouvernement et de rendre l'hommage requis. Il obéit (juillet 1720), mais sans se désister de son droit. Le (gouvernement engagea les députés de Werdenberg à venir à Glaris pour examiner les documents et pour entrer en négociation au sujet des lettres d'octroi, leur prumettauL un saui-couduit sur son huimeur et avec serment. A peine furent-ils arrivés, qu'on leur lit de fortes menaces parce qu'ils ne voulaient pas renoncer à leurs prétentions; on les jeta dans un cacliot, où l'un des plus fermes d'entre eux mourut de mort subite. Les citoyens de Werdenberg en furent d'autant plus afiligés, qu'ils virent bien qu'au tribunal des Confédérés les droits des sujets et les droits du gou* veroemeat n'étaient pas pesés dans» la mépe balance.
Quarante hommes des trois paroisses Qrent ensemble le serment de sacrifier leurs biens et leur vie plutôt que d'abandonner lesdroits de leur pays. L'agitation se répandit de proche en proche; le peuple devint fier et menaçant; le bailli, dans son château, «emblait un prisonnier plutôt qu'un maître. Il y fit entrer, au milieu d une nuit obscure, une garnison de soixante-quinze Gld rennais.
A cette nouvelle, le peuple sonrta les cloches d'alarme, sortit des communes par bandos armées, courut çà et là tumultueuseiiiprit et voulut marcher contre le châ- . teau; maisce> bandes n'avaient ni ordre ni discipline, ni chefs expérimentés. Dès qu'elles se virent accueillies par le feu de l'artillerie du château, elles furent épouvantées et prirent la fuile (^i octobre 1721). Cinq jours après parut à la téte de SOOO hommes le génélral glaronnais, Bartholomée ParavicinL II fut suivi de députés du canton directeur.
' Voyant leurs affaires désespérées, persuadés plutôt par l'aspect des forces du gouviu iiement que par l'éloquence des députés de Zurich, les révoltés, couverts de contusion, portèrent leurs armes au château, et les y déposèrent. Cependant, le gouverfientent de Claris, exhorté par les Zuricois et par les Bernois à traiter avec douceur un peuple malheureux et égaré, retira ses troupes le jour même de la reddition des armes, et les fit rétrograder ce jour-là jusqu'à Atzmoos, malgré la pluie etPouragan.
C^est rordinaire d'un peuple ignoraift de ne songer ni au passé ni à l'avenir, et d'être aussi insolent après
le danger que lAcheen sa présence. Aucun des accusés ne coni{)arn( au cluUeau pour reiidre compte de sa cunduile, coinme ils s'y étaient engagés. Chacun fit derechef le héros. Le peuple tint de nouveau une assemblée générale, où il jura de détendre ses droit^s avec union et constance. On con^^troisit sans retard un pont sur le Rhin, aûn d'avoir une retraite dans la dernière extrémité.
Les troupes glaronnaises entrèrent p<mr la seconde
Digilized by GoOgI<
DE LA MTMm 8U18S1E
foi» dans le pays révolté ; aussitôt les hordtes rebelles, mais sans armes, s'cnfoireot au delà da Rhin, se per>' snada&t <pie Texil et la çaovrelé valaient mieux gn^one , pallie où leurs droits étaient foulés aux pieds* Mais on était en hiver ; Jes vapssements des enfants à demi, morts de froid et les cris lamentables des femmes brisèrent le cœur des hommes. Ils envoyèrent donc au château de Werdenberg demander grâce, et, prépan^s à tout souffrir, ils ré'tournèrent. an bout de quelques jours, . dans leurs demeures abandonnées. Un petit nombre seulement préféra un exil volontaire à la condition de serfs, à laquelle les auties se soumirent par serment (31 décembre 1721).
Le gouvernement de Claris prononça sur le crime des révoltés. Les noms de ceux ipA avaient porté la parole pour le peuple, ftirent attachés la potence. La révolte fuL punie par des amendes et des confiscations, dont la valeur surpassait 10,000 florins, par des flétrissures et des bannissements; mais personne ne fut condamné à mort.
Claris arjeantit tous les titres des libertés de Werdenberg. Mais quelques années plus tard, les bergers de la Lintb » poussés par une résolution généreuse, déli-< vrérent les sujets de ce canton d'un grand nombre de leurs anciens maux, en restreignant avec prudence le pouvoir des baillis,^ et rendirent enfin aussi aux habi-^ tantsde Werdenberg leursdroits et leur existence eivfle. Ils n'eurent jamais lieu de se repentir de leur modération.
Wnwmmm des partis et fronMcs 1iM« le pmjm de SEb||* PttieMUMe et tafertane dm Umdumittii Sehmnaeber»
(DeTan 17Uà ran 1740.)
Au mome^at où la paix rentra dans le ^ays de Glaris, les excès des partis la firent foir du pavs de Zug.
Au sein des Alpes, près d an lac charmant, se trouve la |)etite ville de lu^y dont la situation sur un terrain
peu solide, n'est pas sans danger; déjà deux fois (i435 et 1594) celle rive, déchirée avec un fracas horrible, disparut sous les flots avec ses maisons et ses jardins. Le" petit district dépendant de la ville , ancieunemeut aehe^(1350 à 4484) de plusieurs chevaliers et de plasieurs couvents, an moyen des économies du trésor municipal, avait été administré i»r des baillis. Le seul bailliage de Hunenberg , ^ui avait lui-ménue acheté sa liberté (1414), s^était soumis volontairement à la souveraineté de Zug, sous la réserve de ses droits. Daiis la ville môme, les droils de tous les citoyens étaient ét^aux. Cependant, quelques familles nobles très-anciennes, soit comme héritières d une grand^ fortune ou d'un grand nom, soit par leur mérite, soit par Tinfluence de leur parti, se trouvaient presque toujours en possession des premières charges. Elles causèrent sou- ' vent les phis grands désordres, tantôt semant la division parmi les citoyens, tantôt se persécutant 1^ unes les autres, tantôt vendant aux puissances étrangères et leurs services personnels et les services de leur patrie.
Les communes d'Egeri, de Menzingen et de Baar, libres sous l'empire de leurs propres constitutions et de leurs lois, indépendantes de la ville, formaient avec celleci tout le canton. Le landammann, chef de la république, était choisi tour à tour dans les quatre communautés. Les petites prérogatives dont la ville jouissait et quelquefois abusait, ne servaient qu'à entretenir la haine et la ialousie de la campagne. Il ne s^écoulait jamais un siècle sans des querelles tumultueuses, parfois «an- < glantes. Une fois même (1702)Egeri, Menzingen et Baar furent sur le point de rompre leur alliance avec Zug et de former un canton séparé ; mais les autres Confédérés les en empêchèrent.
Parmi les familles les plus riches du pays, on distinguait celle des Zurlauben, barons de Thuni et Gestellenbourg. Depuis deux cents ans ils étaient presque U>^jours en possession des premières dignités de l'Etat, ainsi que sous la dépendance des rois de France» qui
. DE tk MATIOH suisse. S8S
leur abdiidoniiaient la distribution des penfdons stipulées, des pensions gratuites, et le soin de leur acheter des partisans et des suffrages. Ils a?aient obtenu du conseil de la ville et do conseil commanal le priTiiége tuciraiiif de vendre le sel da gouvernement, dont ils faisaient venir chaque année sin cents tonneaux de la Haute- Bourgogne. Les adversaires des Zurlauben passaient pour adversaires de la France^ et par conséquent pour amis de rAulriche.
Au nombre de ce^ derniers était Antoine Schumacher, homme d'esprit, mais violent, et faisant le commerce du sel de Hall*. Réuni aux autres antagonistes du landammann Fidélis Zurlauben, il commença par blâmer la qualité du sel bourguignon; ensuite il ré* pandit des sotipçons sur la fidélité de Tadministraiion de cette ferme; enfin il éleva des plaintes contre la distribution partiale des pensions et des^ gratifications accordées par la France. Les communes de Baar et de Menzingen, appuyant ses plaintes, s'écrièrent : « L'argent de la France doit être distribué par portions égales entre tous les citoyens. Chacun de nous, le plus petit comme le phis grand, est un allié du roi. • Ce discours ayant été rapporté au landammann Fidélis, il fit distribuer parmi le peuple des pensions et des présents, et dresser dansles auberges des tables ou-vertes, afin de se faire des amis et des partisans contre les Rudes : c'est le surnom que Ton donnait à ses en-* nemis. —
Mais peu de temps après (1728), Josias Schiker de Baar, enm^mi de Zurlauben et l'un des Rudes, devenu landanâmann du canton, fit décréter la distribution égale des pensions stipulées et gratuites que la France payait annuellement. Comme cette jinissance s'y opposa, la colère des Rudes alla jusqu'à persécuter tous les favoris du roi de France, que Fon surnommait les Doux. Ils furent maltraités; leurs places, données à dos partisans de FAutricbe. Le landammann Fidélis, accusé de malversation dans la distribution des emplois ecclésiastiques
t Petite ttUe da T^rol mr rian.
336 HldTOtRE
et civils, et d'une usure excessive, fut condamné à restituer le gain mal acquis . et, comme il s'était enfui à Lucerne, on confisqua ses biens, et on le bannit pour cent et un an. Il ne revit plus sa patrie. D'autres personnes du parti des Doux, ayant çris la fuilex^omme loi, furent condamnées à la méooie peine. Les landammanos Weber et Christophe Andermatt partagèrent leur sort,
Î>onr avoir signé, i Soleure, au nom do canton de Zug 1715), un traité d^alliance avec la France, lequel renfermait, disait- on, comme condition secrète, le partage de la Suisse.
Deux ans nprès (173t), rassemblée générale ayant conféré ia dignité de landammann à Antoine Scliumaclier, l'alliance avec le roi de France fut rompue. Un seul homme, le conseiller Béat-Gaspard Utiger, eut le courage de représenter au peuple les dangers de cette démarche ; mais il fut obligé de quitter le pays à Tinstant même pour échapper à la mort.
Le landammann Schmniacber fit nommer par le peuple un noQvean conseil, investi des plus grands pouvoirs et composé de neuf de ses partisans, tous dévouée à sa volonté. Alors commença une nouvelle persécution contre les amis de la France. Les prisons furent encombrées : quiconque échappait au Irr cfait jh jidu en effigie, et son nom affiché à la potence. Toute pilié accordée aux bannis, tout blfime de lu conduite despotiqne des Rudes était i>uni par l'exposition au carcan ou par la contrainte ignoiniuieuse de porter pendant une année entière un bonnet rouge tricote, ohiet de la risée publique. Schumacher chercha même à détacher de la France iMy SchwjtE et Unterwalden. Le motif de sa conduite fut peut-être nntention loyale de soustraire m patrie A riniluence de Targent et des intrigues de Fétranger, peut-être rms>i Tespoir que la France consentirait à la n'partitioïî égale des sommes qu'elle envojv.it, et qu ainsi le crédit des Zurlauben serait ruiné.
Ce régime de violences commises dans de bonnes intentions avait duré déjà deux ans. Cependant un ^rrand nombre d'entre les Rudes, voyant leurs .espérances dé-
LA tikmn bUlSâE
eues, s-âdoucirent, soupirèrent après le repos, et regrettèrent leurs vieux amis exilés. Surpris et irrité de cette circonstance, Schnmncher eut recours à des mesures extraordinaires et terribles pour empêcher toute communication entre les gens du pays et les exilés, etpour prévenir toute révolte contre son despotisme. Lescommanes furent forcées de mettre sur pied de» troupes ; Baar et Men* zingen» d'établir des gardes particnlières ; des capitaines forent envoyés dans tons les bailliages. Les portes de la • ville de Zug, réparées, s'ouvraient tard, se fermaient de bonne heure. — Ces mesures excitèrent l'ctonnemciiL du peuple, qui ne voyait point d'ennemi, et Ténormité des frais qu'elles occasionnaient le lit murmurer.
A l'expiration du pouvoir de Schumacher, aucune de ses promesses ne se trouvant rialisée, le^rédit du parti des Doux augmenta considérablement parmi le peuple sous le landammann saivant, Jean-Pierre Staub. Ce magistrat lui-même embrassa leur parti, et suivit le toi^ rent. En peu de temps ils se trouvèrent les plus fortsi Schumacher rendit ses comptes plusieurâ mois après être sorti de charge; convamcu d'avoir en mains des sommes considérables sans Tordre et à l insu du gouvernement, il fut expulsé du conseil et mi^ aux fers avec ses amis et ses créatures.
Dès que le bi uil s'en répandit dans le canton, les liudes furent partout destitués; de tous côtés s'élevèrent plaintes sur plaintes contre les terreurs de leur domination ; les bannis, rappelés de leur triste exil, furent accueillis avec des ianues de joia. Antoine Schumacher, victime de la vengeance plus eocore que de la justice, fut conduit sous la potence (9 marsiT35) où étaient suspendus les noms et les èflSgies des bannis. Le bourreau les enleva. Le laiidaminann humilié les poita sur ses épaules jusqu'à Thôtel de ville: il ne demanda que la vie. A la suite de dix accusaiions graves, h s juges ie condamnèrent à un bannissement perpétuel du sol de la Suisse et à trois ans de galères. Mais le peuple demandait son sangi De peur d'un soulèvement, on le condui* sit avant le point du Jour vers le lac, les mains et les
HlSTOItUt
pieds chargés de fer. Sa Olie, suspendue à aèn cou, versait les larmes d^ori étemel adiea. La foule garda un
nionie silence. Entoure d'une garde formidable, il moiila sur la barque, prèle à remiiorler pour toujours loin d'une terre où il no vosait que des pleurs, n'entarvdail que des malédiclions. La faveur populaire est une vile courtisane; les joies de ses amants se changent bientôt en douleurs. Sept semaines après son départ, la mort vint TalTranchir, dans les prisons de Jurin, du malhear de subir le supplice des galères.
Mais les ancteus vices ne furent pas exilés avec sa personne : les dissensions et le mécontentement subsisté? rent bien des aouées après lut. Zug renouvela son al» liance avec la France, et celle-ci envoya de nouveau des gratifications secrèies à ses adhérents. Dès que le peuple s'en aperçut (1704), un nouvel orage éclata : ceux qui avaient reçu les gratifications furent condanuiés 4 les verser dans la caisse de l'Etat, et punis tMi outre par de fortes amendes et par le bannissement. Les C40nfédé rés ne prévinrent qu'avec peine un nouveau soulèvement, en obtenant de la France, par leur médiation (1768), que le peuple recevrait comme précédemment du sel de Bourgogne, ou un dédommagement en argent» qui, ainsi que les pensions stipulées avec la Confédération, serait partagé entre tous les citoyens de la ville et de la campagne.
fiMPelle dem Muêmm et des Dmk émn» le» Mii«des
(De Tan 17i4 àl'an 1740.)
Combien un pays est à plaindre quand les magistrats^ oubliant qu'ils sont les serviteurs de TËtat, veulent que le bien public serve à leurs intérêts ; quand les seuls
mobiles de leur administration sont Tégoïsme, la vengeance et forgueil ! Ce principe des malheurs de Zug faillit être la cause d une guerre civile dans le canton d'AppeiœU.
D£ U NAttON suisse.
Depuis me les douze Rhodes ou districts du pays ' d^AppeDzelt se furent séparées^ pour cause de religion, en sorte i|ue les Rhodes intérieures, au pied des hautes
Alpes, suivaient le culte catholique, et les Rhodes extérieures, sur ic.s deux rives de la Sitter, le culte réformé; ces deux petits Etats formaient un seul canton, quoique sépar(^s par leurs nia urs et leurs lois autant que par leur croyance religimise.
Le bourg d'Appenzell, ancieiinemeiit chef-iieu de tout le pays, Tétait demeuré des Rhodes intérieures. Les Rhodes extérieures, divisées en deux parties inégales par la Sitter, se disputèrent longtemps, soit pour la détermination d^un cheMteu, soit pour la nomination des autorités. Le peuf\e devaiU la Siiier étaitplus nombreux que le peuple derrière la Sitter : celui-ci n'en était que plus jaloux de ses droits. A la fin. chacune des deux parjties nomma fes propres aulorilés; Trogen devint le cheT-lieu du pays devant la Sitter; Hérisau, celui de l'autre partie. Mais, au lieu de mettre fin à la querelle, cette séparation Fenvenima.
La famille de Zellweger, enrichie par le commerce et les fabriques, jouissait d'une grande considération à Trogen. A Hérisau florissait la famille des Wetter. Un membre de cette dernière maison avait obtenu la di*
g»'ité de landammann; la même année, la ville de Saintr sdl eut un nouveau démêlé avec les Appenzellois au sujet d'un droit de péage (1732). Les Saint-Gallois demandèrent que le différend fût soumis à l'arbitrage de deux cantons de la Confédération, conformément à l'article 83 du traité de paix de Rorschach, conclu *aprè$ la guerre du Toggenbourg.
Le landammann Wetter ne voulut point entendre cet arrafjgement. « La paixdeRorscbacb, » dit- il, < n'est pas obligatoire pour notre peuple , puisqu'elle n'a été confirmée par aucune de nos communes, mais signée, à leur insu et sans autorisation , par quelques chefs du pays. S'ils vivaient encore , il faudrait les punir pour avoir Irabi la liberté et la justice, et accordé à la ville de Saintpall le pouvoir d'augmenter seb ^éa^es ù sa gui^e. $
Il ne restait d^aitres magistrats d^Appeiisetl, témôiiis du traité de Rorschach, qoe les parents de la famille de Zellweger, A Trogen. Le landammann Wetter les* ha%i*
sait à cause de leurs richesses el de la considération dunl , ils jouissaient : il accusa les signataires d'avoir agi par i intérêt et (l'a voir eu des intelligences secrètes avec Saint-. Gall, au déinuient de leur propre pays.
Les Zellweger répondirent : « Les cliels du pays devant et derrière la S n ier n'oT»t-ils pas été présents à la conclusion du traité de Uorschach ? Les chefs et les magistrats de toutes les Rhodes ne root-iU pas accepté? N'a-t-on pas appliqué déjà et mis à exécution ce même article dansun démêlé semblable avec les Saint-Gallois en i 790? Qoi vous le fait rejeter maintenant » si ce n^est votre mauvaise foi? >
Mais le peuple derrière la Sitter n'écouta point ces raisons: il ajouta foi aux discours de Wetter, et lU de sanglants raproches aux Zellweger et à leurs amis. Un Jour que les chefs de toutes les lihodes se trouvaieijt réunis à Hérisau, des paysans ameutés, qu'on appelait aussi les Rudes, assaillirent la maison du conseil el pénétrèrent jusque dans la salle. Grossiers et rudes, en effet, ils nfiailraitèrent les membres du conseil qui respectaient le iraitt' de paix de Korschach, surnommés, à cause de cela, les Dùux^ et poussèrent les ZellM^eger vers la fenêtre pour les précipiter dans la rue, où les attendaient la rage et la barbarie du peuple. La tranquillité ne se rétablit (jue lorsque chacun des consetllers eut crié à haute voix , par la fendre : « Le gouvernement a manqué en ne soumettant pas aux communes le traité de paix de Uorschach! »
* Les paroisses devant la Sitter ayant appris le mauvais traitemeîit qu ou avait fait éprouver à leurs magistrats, voulurent se lever en masse pour les venger; mais les Zellweger et d'antres gens de bien les en détournèrent, et les engagèrent à attendre paisiblement rassemblée générale qui allait avoir lieu.
Lorsque les gens des Rhodes devant la Sitter vinrent pour rassemblée générale à Teufen (iO novembi^ iT3A)^
DK La HAtMii €mMt.
Ul inioWfeilMM daa lUtodei derrièra U Sitter mmïïh kléB en phiA gcand miabre qu'à rordioaipre avtoar da si^e du landamiiwii , 46coré da vieUles épée;». Ceiix-^ ei lemporlèreni tout ffêr letiFB cm .par li^r mérité ;
desUiuèrortl les principaux «lagktjraiK d«i perti des Douil, et Ak'olartwiil iniioceyU tous ceux «ue leurs ^t4«^g^f^ GWàtre la paix de Rof^chach avaie^jt lait punir
Dès ce jour on ne vil plus dans tout le pays <\ue haine, exaspération, pers^^culions et violences^ entre les Rudes et tes Doux , entre les partisans des Welter et ceux des
Confédérés. Tandis q^e «ceux-ci resta&efU dans rjrréao-* liiaîoii à la diète de Fjrâuenfeld (janvier 17^^), le jpeufula se porta à de lels wèè de fureur» qu'oa «en yint anx mains, et que les fannues H les enfants s'wfiUreai àsm$ le Rheînthal Une dépttaiiOD de la diète se rendit en iMUe à ilémau pour rétamir la paix, Sscher^ préfet de Zu^ rich, président de la députaiion, ayant apaisé le conseil par de sages disc/ours, et assuré que les Coofédérés n'avâknt jamais eu rintention d'imposer à des membres de la Confédération des couventio'is qui pouvaient leur déplaire, on annonça des députés de dix paroisses, envoyés pour parler à ceux de la diète. Mais leur nombre était ie\ que la .place du marché d'Hérisau ne pouvait lesrcontenir: U y -en avait de qiiaUce à cinq mille. Ils ne firent ealeuare que ois et menaces. « Quoi ? » direut-ils aux députés , c veoeE-vous pour soutenir la révolte des Doux et pour imposer i un peuple indépendant une con- * ventioi) qu'il »n'a pu iCMiseutie? Sommes-nous si^els ou sommesHDOos encore fibres. »
Les pourparlers durèrent jusque fort avant dans la nuit. Les dopulés de la diète lurent obligés de se rendre, par une soirée d'hiver très-rigoureuse, à la lumière de torchées et de lanternes (19 février 1733), dans une plaine près d'Hérisau , et de donner au peuple l'assurance, par écrit, qu'on no le ferait jamais adhérer de force ^u traité de paix de Rorschach. Le jour suivant, de nouvelles bordes arrivèrent à Hérisau , et exigèretut des médiateurs qu'Us exhortassent le parti rebelle à se
tilSTOIRE
soumettre au décret de l'aj^semblée générale. Les dëpn-' tés (le 7Airich et de Berne dirent : « Nos cantons sont les auteurs et les garants de rariicle qu oii attaque dans le traité de paix, comment pourrions-nous agir contre ceux qui veulent rester fidèles à ce traité? Ce peuple i mutine ne nous forcera jamais à parler contre notre de- Toir. 1 Mais les autres déjputés, eti proie à lâ plus grande anxiété, étaient d'avis qu^il fallait apaiser la multitude. La députation témoigna donc par écrit que les Doux devaient se soumettre au décret de l'assemblée générale.
C'était là tout ce que les Rudes avaient demandé : après ce triomphe ils se dispersèrent. La conduite des Appenzellois , le traitement qu'avaient éprouvé les députés de la Confédération , indignèrent les cantons médiateurs, surtout Zurich et Berne; mais les plaies encore récentes de la guerre du Toggenbourg ne permirent pas de menacer à main armée les coupables. On se contenta d'entrer à ce sujet dans de nouveaux pourparlers aux diètes de Fravenfeld et d'Âarau ; elles restèrent sans résultat , parce qu^etles n'étaient pas souteliuès par la force, et ne servirent qu^i encourager le parti vaincu dans sa résistance au parti vainqueur.
Enfin l'irritation de l'un et de rauiro éclata dans le bourg de Gais : on en vint aux mains; on demanda du • secours aux bourgs et aux villages voisins. Les armes dont on se servit fuient des massues et des bâtons. Les Rndes triomphèrent encore cette fois, et pillèrent les granges et les caves de leurs adversaires. Les vaincus, respirant la vengeance , se rassemblèrent en armes , le
S* lur suivant, à Trogen et à Speicher; les bataillons des udes étaient réunis sous leurs bannières à Teufen, soutenus par de ^artillerie. Le sang allait couler; mais le gouvernement d'Appenzell parvint à séparer les furieux et à maintenir la paix par sa*fermeté et sa prudence, appuyé d'ailleurs et encouragé par les médiateurs suisses assemblés à Saint-Gall.
Les Doux avaient eu le temps et Toccasion de se convaincre qu'ils élaiofit de beaucoup plus faibles que leurs ennemis ; aussi abaudonnèrent-ils leur cause par déses*
poir. L^asseiàblée générale réunie à Hundwvt cohfitmà ce que rassemblée générale de Tannée précédente avait décidé à Tenfen. Les chefs da parti malhenreux forent privés de leurs honneurs et de leurs emplois, et expièrent par des amendes énormes Tespérance quils avaient fondée sur rassistance des cantons et des diètes. ' Au milieu de ces orages obscurs se détache comme un rayon lumineux l'épisode tragique du major Davel (1723). Cet homme hc^roïque, étrange et profondément religieux, illustré par sou conrage et son humanité dans les armée?; de Marlborough, du prince Eugène et dans la guerre de Yillmergen, rêvait depuis longtemps, dans sa maison de Cully. rafTranchissementde son pays de la domination bernoise. L'abaissement moral de ses conci* loyens toudiait encore plus son cœur chrétien que leur abaissement politique, t L¥go!sme des villes et Hgnorance du peuple, Timpiété et la corruption générale, la soif de l'or et des procès, telles sont, se disait-il à luimême, les causes de tous nos maux. Nous vouloiis être libres; le peuple doit cesser d'être sujet d'une ville • étrangère par son origine, sa langue et ses mœurs. Des magistrats intègres el nu cli i pé savant et pieux doivent inspirer au peuple le^ sentiments de la vertu. > Tous les actes du gouvernement bernois ne faisaient que confirmer le noble Davel dans ses convictions. Non content d'avoir dépouillé le Pays de Vaud de ses libertés politiques, le sénat bernois tyrannisait les consciences et hu^ ibiiiait le clergé et l^cadémie de Lausanne , par Tobli'* ' gation de jurer le* formulaire, sorte de profession de foi connue sous le nom de Comensiis, et imposée par Berne ■ au clergé el à l'académie. L'occasion, d'ailleurs, paraissait favorable. L'administration bernoise mécontentait tous les pays sujets, et sa puissance excitait la jalousie de tous les cantons protesta [it^ el catholiques. Enthousiasmé pour son desseui et comme poussé , dit-il, par une force supérieure, Davel se décida à frapper le coup décisif qui devait faire du Pays de Vaud un canton indépendant. Il profita du moment où tous les baillis du Pays de Vaud étaient à Berne pour les élections du grand
conseil. Mais bien r^^soîu A ne faire le malheur de personne el à n'exposer d'aulre tète que la sienne, dans celle entrepriïie pc'rHItuse, le généreux major conspire seul, sans confidents ni complices, el fixe ie M mars . pour rexécoUon de sm projet La veille de c« jour, fei- ' gnant d'avoir reçu des ordres de Leurs Exœtlenoes, il coovoque à CullyvComme pour me revue , les hommes de son èaldilloD, puis il entre datis ia viUe de Lausanne, tambour battant, et range ses boauttes es bataille mir la terrasse de la cathédrale , remplie aussitôt d'une foule de peuple. Inquiète el surprise à la fois d^ce qui arrive. Davfcl alors se rend au conseil de ville, assemblé à l'extraordinaire, et lui fait part de ses idées, [ oiir soulever le Pays de Vaud et en faire un quaiorzièine canton de la Confédération suisse. Bien loin de f>nrlager les vues de Taudacieux militaire, les memlires du conseil eurent beaucoup de peine à dissimuler rétonnemenl el l'horreur que leur inspirait ce plan de rébellion aussi inat*tendu quMnouï. Toutefois, 4ans la crainte d'irriter ce chef déterminé et te troupe quHl commandait et «que roo croyait d'acoordavec lai, on eut Tak ^'entrer dans ses vues, liais f>eodaut qu'on circonvient le major, en riavitant à souper, <m a soin de knger ses officiers et sotts-officiers hors de la ville, on arme la bourgeoisie > on fait venir en toute hâte les milices des environs et on expédie ufi courrier à Berne, pour averlir Leurs Excel- j lences. Puis, lorsque toutes les mr >(ires sont prises pour ! la sûreté de la ville, et tons les principaux »^oarliers occupés par la troupe iidéle, on arrête Davel, au niou)eiJt on, en grand uniforme, il se disposait à montrer à cheval pour aller soulever la ville de Moudon, oomifie ^ croyaU ravoir fait de celle de Laiiâaafie. Etomné d'^bonl et orenaut son arrestation pour on laarlefiteadu , il ne I tarde pas à lire la vérité sur le visage de^seux qui Penvi^ ' ronnaient Alors il remet -soià étpée avec calme à Pott^ cier qui Parrèiait , en disant ; « ie vois hten que .je vais être la victime de celte affaire. Mais n'iœporlÇi il en revieièdra quelque avantage à ma patrie.
A la aouve4i€ des év^eiaents de Lausann^^ l^gouv^
DE Lk NATION SUI86E.
nemeiil cie Bf^rne, croyaîii à une insurrection gf^nérale, avait fait partir en toute hâte les baillis et le commandant militaire du Pays de Vaud. Mais il fui bientôt rassuré par les protestations de dévouement qui arrivaient de tovtes parts et les marques d'indignation qu'on donnait contre Vattmtai aHeux de Davel. Comme on na pouvait croire cependant one le major fût sans compila ce, on le mit à la torture à plnsienrs reprises et même avec tant de cruauté que les ongles lui sautèrent des pouces qu'on rcrasail entre deux étaux. L'un des juges lui avant demandé» sil soutirait : « Oui. Mon^iieur. lui répondil-il avec sérénité; mais je suis [tersuadé que vous souffrez autant que moi. » Puis, s'exaltantà la pensée du bien qu'il avait voulu faire à son pays : t Jour heureux, dit- il, je suis dans les fers pour la gloire de Dieu et de ma patrie. »
Datel fut jugé non par les tribunaux de Berne» mais par tes {uropriétaires de maisons de la rue de Bourg, à Lausanne, qui avaient conservé depuis des siècles le droit de haute justice dans la cité. Sur trente et un citoyens qui composaient ce jury, trente votèrent pour la mort de Davel, motivant leur sentence sur ce que Davel avait trahi son sermeul et abusé de la confiance de Leurs Excellences en se servant contre elles des troupes qu'il avait sous ses ordres. Le jugement, confirmé à Berne le 21 avril, fut exécuté à Vidy, près Lausanne, le 24.
Les derniers instants du iwàjov furent ceux d'un sage et d'un chrétien. Sur Téchataud, il exhorta le peuple à la vertu, de la manière la plus toucbatite, et, serrant la main aux ecclésiastiques qui i'entouraiant et fondaient en larmes, U s'assit avec le plus grand calme sur la chaise fatale, d'où sa tête roula quelques minutes après. i^Les rebelles punis, Berne récompensa magnifique* ment tous ceux qui avaient contribué à la répression de la révolte, à commencer par le bourgmestre de Crousaz et son tils le major, ùowi un ancêtre avait déjà éventé la conjuration du parti savoyard deux siècles auparavant. On destitua, au contraire, le ministre de Saussure, qui
aviuA s^U a\fâ44 ivaj^ d'étop d§ A^vôI û^s^ i aUacuUQ9
UiSTQlRË
qu'il avait prononcée, avant l'exécution, sur Téchafaud. La leçon toutefois ne fut pas perdue pour le gouvernement de Berne. Comme Davel Pavait prévu, son coup hardi tourna à l'avantage de sa patrie. Une partie des abus cessèrent, et « ce qui les fit cesser, dit Thistorien anglais Gibbon, fut le courage de Davel, enthousiaste, ii est vrai, mais enthousiaste pour le bien public. » Au reste, le plus grand avantage que retira le Pays de Vaud de rexemple de dévouement donné par cet homme uni-
Îue, n'est ças dans les réformes admmistratîves* Qui sait ans combien d^imes honnêtes, mais engourdis par le bien-être matériel et la mollesse, ie sang de ce juste aura réveillé l'idéal du patriotisme et de la vertu? Pour la beauté morale et la prof ideur du sentiment chrétieii qui anima toute sa viu, Davel n'a qu'un rival dans notre histoire, c'e^t Nicolas de Flue. Son hi roiVnie patriotique et les voix intérieures auxquelles il disait avoir obéi, l'ont fait aussi comparer avec raison à la libéra-^ 4rice de la France, à Jeanne d'Arc.
Conjnratlon de Henzi £\ Keriie.
(De l'an i74M à Tan 1748.)
Berne courut bientôt un danger plus grand peut-être. Anciennement le souverain pouvoir était entre les mains de tous les citoyens, en vertu d'une loi fondamentale octroyée par le duc Bertbold de Zaehringen (1218). La commune nommait chaque année ses magistrats, les choisissant d*ordinaire parmi la noblesse qui s'était établie dans la ville, et que la ricbesse, le loisir et Tinstroction rendaient plas capables que la bourgeoisie de gouverner un Etat avec dignité. Mais comme la noblesse était peu à peu devenue hautaine et ambitieuse de posséder seule le pouvoir, la bourgeoisie, assemblée dans l'église des prédicateurs (réglise française), mit sa liberté sous la sauvegarde d'une loi constiliitionnelle (1384) qui devait la proléger contre tous les abus. On statua qu'à l'avenir mz^ citoyens et quatre baunerets éliraient aih
DE LA NATION SUiSSE
miellement (comme cela sx'tait pratiqué dès 1:294) les deux cents membres du grand couseil parmi les arti- $aos; on croyait plus facile de trouver vingt hommes io* corraptibles que de soustraire la foule à Tiaflueuce des intrigues et de Tor des familles riches. Cependaot la commune se réserva le pouvoir législatif sur toutes les matières graves, et le droit de faire la guerre et la paix. La campagne était consultée dans les affaires Ifuportantes : cet ancien usage subsista plus tard encore.
Mais insensiblement les banuereLs Lout-puissarits ne nommaient plus au grand conseil que leurs parents et leurs amis; iiiseusiblement ces familles parvinrent à se perpétuer dans leurs charges; le grand conseil, de concert avec les bannerets et les seize, se renouvela luimême ; peu à peu les assemblées de la bourgeoisie furent convoquées plus rarement; enfin oo ne les convo*
S|ua plus du tout. £q i531, on adopta pour la première ois une loi sans le consentement de la bourgeoisie ; et, en 1536» lorsqu^OD résolut de faire la guerre $ la Savoie, la cemmune rot consultée pour la dernière fois. La sou^ veraine puissance devint héréditaire dans les familles qui sicgcaicnl au grand conseil. Tous les bourgeois conservèrent leurs droits à l'autorité suprême; mais le nombre des familles qui la possédaient et qui partageaient entre elles la magistrature et hauts emplois^ était assez limité.
Tout pouvoir illégitime, quelque sagesse qu'il déploie, ne âit jamais oublier la tache de son origine et tremble toujours en se la rappelant. L'antique privilège accordé par Bertholdet la loi constitutionnelle de la bourgeoisie subsistaient encore, conservés dans des capsules ^ d-or : les fàmilles régnantes n^osaient pas les révoquer, de de peur de rappeler à la commune les libertés perdues, dont le souvenir était conservé toutefois dans la devise des armoiries de la ville.
Plus d'une fois les citoyens murmurèrent contre Tautorité héréditaire de quelques-uns d'entre eux. Les documents et les sceaux encore sijU)sist^nls serv^ent dç
HiStOfKE
prétextes a(fx méconlerrt?^ et leur rtonn^^ient l^appareuce du bon droit. Maiî? le pouvoir imposa-it silence à ces voix trop libres. En 1710, plii^ieurs citoyen*; adressèrefit ao grand conseil un mémoire pour demandai le rétablissement de l'ancienne constitution; une conjuration était prête; les (érs et Texil répandirent aux mécontent». En 1744, viàgt-citmtré citoyens de la- vitle présenMfeot une requête Itespectoeuse, pour tpfi Psft énlr tes membiies da grand confit ne flissent pftis mmtoés arbftrafrMient et par fareur, maïs tirés au sort er^lre tous les citoyens eligible.s; les pétitionnaires furent imnis comme rebelles ; les uns par des arrêts domestiques, les autres par le bannissement.
De ce nombre était le capitaine Samuel Henzi, homme d'un cnractère élevé et d'une instruction peu ordinaire. Des lettres de ^râce abrégèrent le temps de son exil qu'il atâit pàssé à iHeacbâitel. De retour à Berne, trouvant ses affaires rtrioées, se voyant lui-même exda de tous les ' émpbts lucratifs, il fiit rempli d'amertume et ne p«ft Mfiténir sa douleur dams son âme.
Dsfis le mémc^ teiUps vivaîeni 9 Berne des hommes iU'^ dépefidlants par leur forttine, distinguée part* tour droiture, et qui appartenaieni à des familles respectables de la bourgeoisie, tels que les Fneter, les Wernler, les Kùpfer, les Bondely, les Lerber, les Knechl, lej^Herbort, les Wyss et d'autres. Ces hommes de bien déploraient efi siUmce la violation des droits de la Commune, et gémissaient du despotisme de familles hijustement puissantes, dont la tyrannie héréditaire opprimait les liberté» légitimes du peuple et condamnait la plainte comme m crtme. Henzi se réunit h eux ainsi que le géomélré Mi** ehel Dueret, qui vivait à Berne, ajant lu tille pour ar^ rfîts, â causé dé ta part iptU dvait prise aux (roubtes dé 6éAè¥e, sa {yàtrfé. Les plaintes cdmUuUes sur tes vio^ lences du gouvernement ou sur là dnreié et lë hautettT de quelques-uns de ses membres, échauffèrent les esprits de ces hommes, et au milieu des conversations où fés abtis introduits dans la république se retracèrefft à leur âme aveç une force et une vivacité mmvftUe^
conçureiil des desseins audacieux. On ignore qui d'entre eux eut la premièrp idée d'une nouvelle conspiralion. Toutefois le ca|)itanie ilenzi, à qui sa disgrâce récente fit embrasser avec chaleur un projet grand et hardi, devint bientôt par ses lumières et par son éloqueoce l'âme de toute Teotreprise.
Les conjurés se visitaient pendant la nuit, formaient des plans pour le rétablissement de Tancien ordre de choses conforme aux lettres d'octroi et à la loi constitutionnelle, et s'engagèrent à la fidélité et au silence par les plus terribles serments. Henzi voulait qu'on joignit la modération à Ténergie; c'était aussi 1 avis de Daniel Fueter, orfèvre. Tous ceux qui se recommandaient par la supériorité de leur> lumières et par la pureté de leurs intentions pensaient de morne; leur unique but était ^abolition des abus existants La force ne devait être employée qu'à la dernière extrémité, pour repousser la force. Mais le cercle des conjurés s'étant agrandi, il y entra des gens dont les moeurs étaient déréglées, l'am* bition fougueuse, les affaires ruinées : dès lors la modération fut plus difficile. C'est ce que prouva un écrit qu'ils composèrent secrètement pour justifier leur entreprise, et dans lequel la main de la haine peignit des couleurs les plus sombres toutes les fautes des familles dominantes. « Il faut, disaient-ils. reconquérir lo fleu-, ron de la liberté, Fépée, et non la plume à la main. »
L'exécution du plan des conjurés avait été fixée au 13 juillet 17^9: l'arsenal devait être pris d'assaut; la liberté proclamée , la commune assemblée, un nouveau gouvernement installé ; le grand conseil dissous, et par là les familles régnantes dépouillées de leur pouvoir.
Le goîîvernement, ne soupçonnant rien de ce qui se préparait} continuait à gouverner la république avec sagesse et avec dignité.
Déjà le nombre des conjurés s'élevait à soixante. Ge-
Eodant Henzi, qui était dévoué à cette cause avant que I conspirateurs ambitieux et sanguinaires lui eussent révélé leurs desseins impurs, les abhorra après qu'ils Ty purent initié. Il vit, et avec lui be^^uçuup d'hommes de
HiaTOOds
bif'fi engagés dans la môme entreprise, qifnn grand nombre des conjurés cachaient sous le masque du patriotisme les intentions les plus perverses. Henzi s'éloigna d^enx, prévoyant que leur nombre, leur imprudence et leur manque d^accord allaient les trahir. Il se disposait à fuir. Mais avant gu'tl pùt échapper, il fut saisi dans une partie de plaisir et traîné en prison avec le lieutenant Emmanuel Fueter, et un négociant, Samuel-Nicolas Wernier. Les autres s'enfuirent pleins d'effroi et apprirent, loin de leur patrie, les projets sanguinaires que leurs complices avaient avoués au milieu des terreurs de la prison et de la torture. L'assassinat des personnages les jilus considérables, Tincendie de la ville, le pillage du trésor public lurent les desseins confessés par les conspirateurs ou du moins répandus parmi le public. Peu d'entre eux se sentaient capables de pareils forfaiU.
Lorsque la conspiration eut été découverte, Henzi parut le plus coupable de tous, vu qu'il avait répondu par de l'ingratitude à la grâce que le gouvernement lui avait faite d^abréger le temps de son exil. Les trois que nous avons nommés furent condamnés ft mort ; Fueter et Wernier demandèrent grâce ; Henzi dédaignait trop une vie déshonorée, pour désirer d'en reculer le terme.
Le 10 juillet 1749, Henzi, le cœur brisé, mais libre de toute crainte, se sépara de sa femme et de ses enfanis : il vil tomber la téte de ses deux complices sous répée du bourreau, pnis il lui présenta la sienne avec • sang-froid. Il sut douuer à sa mort plus de dignité qu'à sa vie.
Tous les autres conjurés furent bannis de la Suisse. Près de passer le Rbin avec ses deux jeunes fils, l'épouse de Henzi tourna encore une fois vers sa patrie ses yeux où se peignait le désespoir, et s'écria en s'adressaot au peuple assemblé : c St ie savais que ces enfants ne dussent pas venger un jour le sang de leur père, quelque chers qu'ils me soient, ces flots les engloutiraient à l'instant. I
Mais les fils, parvenus à l'âge vu li, se montrèrent mi^
mésde sentiments plus nobles que leur mère I/un d'eux, gouverneur des pages au service du stathouder des Pays - Bas, lia va soa malheur par des bienfaits, eu rendant des , services à des citoyens de sa ville natale.
Ces f^vëncuients ne laissèrent pas d'avoir une heureuse influence sur la ville de Berne. On parla dès lors avac moins de retenue des vices du gouvernement. Pla*» sieurs membres du conseil, dignes de la gloire de leurs ancêtres, pressënmt la réforme des amift. Plus tard (1780) OD réîoqoa mâme la seoleDce prononcée contre tous les coupables, et l'on proclama le rappel des ban^ nis.
KévoiCe dans la vallée levantine»
(De Fan 1150 â l'an t7»5.)
Au sein des vallées sauvages qui s rtendent sur une longueur de onze iieues, depuis les sommets du Saint- Goihard couverts de neiges éternelles jusqu^au torrent da Blegno, vivait, sur les deux rives du Tessin» un peuple content du pea que lui produisaient ses troupeaM et ses pâturages, ses forêts sur les flancs de la montagne, ses chevaux de transport sur la roule du Saint*6otbard. Les anciens droits avec lesquels la vallée Levantine avait passé de la maison des Yisconti sous la domination d'Urisubsistaienl encore dans toute leur étendue. Uri ne retirait de ce pays que des revenus médiocres, produit du péage et d'un léger impôt.
En revanche, le gouvernement d'Uri crut ne devoir ni solde ni autre paiement aux troupes cle la Levantine, obligées démarcher sous les bannières de ce canton à la guerre du Toggenbourg. t Car, » disait-il, « nous avons protégé vos ^droits presque gratuitement depuis deux siècles et demi ; comment osez-vous demander une solde à vos maîtres ? * Le peuple de la Levantine répondit: t D^anciennes conventions vous obligeât à protéger nos personnes et nos droits : aucune coovention ne pous ordonne d^aUer à la guerre pour vous,
HISTûiHË
à nos frais* » Uii continoa de retaser la solde ; le peuple injustement traité chassa son bailli et s^empara du
péage. Des députés des cinq autres cantons catholiques s'assemblèrent à AUorf et proiioucèrent que la solde était due.
Ainsi la paix fut rétablie et aucune rancune ne resta dans les cœurs. Uri, qui avait reconnu son tort, aimait la justice.
Mais il se trouvait dans la vallée Levantine des hommes injustes envers leurs propres concitoyens, surtout envers les orphelins et les veuves dont ils administraient les biens. Des plaintes furent portées devant le gouvernement d'IIri, qni ordonna qne les comptes des tutelles fussent rendus conformément aux anciennes lois* Cet ordre effraya beaucoup d^hommeç ricbes de la vallée* c C'est une innovation I t dirent-ils,' • Uri essaie de nouveau d'ïittenter à notre liberté. » Ils parcoururent les villages, où ils avaient beaucoup de débiteurs, et soulevèrent le peuple. « Soyons unis, disaient-ils, nous serons bien en état de nous mesurer avec Uri. »> On était au commencement de l'année 1755; toute la campagne était encore couverte de neige, et le paysan inoccupé pouvait disposer librement de son loisir. On tint des assemblées dans les villages ; on forma toutes sortes de résolutions. Chacun avait Tambition de surpasser les autres en courage On emprisonna le bailli Gamma et le receveur du péage, et Ton chargea le tribunal de la vallée déjuger les crimes graves.
Lorsque le gouvernement d'Uri apprit ces désordres, il somma le peuple mutiné de rentrer dans Tobéissance. Deux habitants de la Levantine comparureiU devant l'assemblée générale, Wéla et Bull, qui parlèrent en maîtres et non en sujeLs, soutenus qu'ils étaient par 2000 hommes armés qui attendaient au delà du Saint-Gothard l'issue de leur mission.
Aussitôt le cor d'Uri retentit le long des rives de la Reuss. Au milieu de la pluie et de l'orage, près de 1000 hommes montèrent les flancs du Saint-Gothard avec su pièces de canon» et parurent tout à coup au haut de
DE LA NATION SmSSE.
la montagne près des sources du Tessin. Les gardes des rebelles prirent ia fuUe et jetèrent Tépouvante dans toute la vallée.
Les ehefe de la révolte, le capitaine du pays, Orso ; Foroo, banneret de la vallée ; Sartori, membre da cou* seil, et d'autroB de leurs confidents se réunirent en cod-» seil de guerre. Ils décidèrent quMl fallait attirer les troupes dTri dans la vallée jusqu'au pied du haut Pla^ tifer, où le Tessin précipite ses ondes avec fracas au travers d'une gorge étroite, et où une poignée de soldats peut arrêter une armée entière à rentrée du chemin taillé dans le roc; que Tennerai une lois arrêté dans cet endroit, leurs troupes nombreuses, cachées jusqu à ce Djoment, sortiraient par toutes les gorges des val* lées latérales, cerneraient Tarmée d Uri et 1 anéanti* raient.
Tandis que les vallées inférieures commençaient à re* verdir, le mauvais temps augmentait encore les masses de neiges sous lesquelles le Saint>Gdthard était enseveli. Les troupes d'Un furent arrêtées par là dans la vallée d'Ursereo. Sur ces entrefaites, Zurich, Lucerne, Schwytz, Zug et Dnterwalden, à qui le gouvernement dTri avait demandé du secours, firent passer leurs troupes par le lac des Quatre Cantons. Celles du Valais, de Berne et de Glaris occupèrent les frontières de la vallée réiraclaire.
Enfin les bataillons d'Uri, renforcés par 8000 hommes d'Unterwalden, passèrent leSt-Gothard le 21 maid755. Les rebelles qui n'attendaient que la faible armée d'Uri, voyant les bannières des autres Confédérés, leur pays entièrement cerné, perdirent tout courage. Ils jetèrent leurs anues , s'enfuirent dans l^m villages , un bon nombre dans les forêts.
Les bataillons d'Uri et d^Unterwalden avancèrent avec circonspection de poste en poste , jusqu^au dernier village sur les rives duBlegno, laissant sur leurs derrières des gardes à chaque défilé. Tout fut soumis et désarmé ; les Confédérés, avertis de ne pas avancer ; la discipline maintenue ; les auteurs de la révolte saisis les uns après
t54 BUTOiRB
les mtm ; Oibo, le oommandant général du pa;f&, traîné hors d^im couveDt de capocios^ asile qaUl avait cm in^ violable.
Puis commença le jugemeot de toute la peuplade, spectacle imposant et terrible, tel que la Suisse u eu avait pas vu depuis longtemps.
Près de Faïdo . uù la route du Saiut-liolliard entre dans une petite vallée entourée de montagnes brisées, est une vaste plaine où le peuple avait coutume de s'assembler pour ses délibérations. Il y fut convoqué de tous les villages. Près de 3000 hommes y comparurentiejour du jugemeiit (2 juin), attendant avec angoisse leur sen^teDce. Les soldats de la Confédération cernèrent les coupables. Dans toute rassemblée régnait le silence de la mort , rendu plus terrible encore par les tonnerres monotones d^une énorme cascade.
Tout étant prêt, la sentence fut prononcée et reçut son exécution. Le peuple perdit tous les droits hérités de ses ancêtres, ses liunneurs ctsesgaï aijties. Il futcon*daniiié eu outreà assister, la tête découverte et à genoux, au su[ [ilice de ses chefs et à jurer obéissance à Uri.
Entourés d'un cercle de baïonnrUes , plusieurs mille Toix prêtèrent \n serment terrible qui anéantissait leurs libertés héréditaires et punissait dans la personne des coupables leur postérité innocente. Puis, à un signal donné, la multitude tremblante et pâle se mit à genoux^ se découvrit , et vit tomber sous le fer du bourreau les auteursde la révolte, lebanneretFomo, le commandant Orso , dont les têtes sanglantes furent clouées à la po* tence, et le conseiller Sartori.
Après cette solennité horrible, le peuple entier, Tâme en proie à une terreur profonde , retourna dans ses cabanes, et le lendemain Tarmée vengeresse des Confédérés repassa le Saint-Gotiiard. Huit des révoltés, plus coupables ({ue le reste , marchèrent erichalnés devant les bannières, et la sentence de mort ue lut exécutée sur eux que dans la vallée d'Uri.