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CSiiMiM ém la détmêvmme yrogPc «»l y de la CwÊÊéêé» ratlaa. lia So«léié ■•IwétIqM.
(De Tan 1755 à l'an 1761.)
La Suisse possédait à Tépoque où noas sommes parvenus plusieurs hommes recommandables par leurs rerlus
et leur:> lumières, eL qu'allliÊreaieiil proloiidomeiit les désordres dont ils enteiidaicnL parler et ragitation dout Ils étaieiit témoins. Ils y voyaient les signes précurseurs de la ruine totale et prochanie de leur patrie.
Le v(^ntabie amour de la patrie n'habite qu'au séjour de la véritable liberté. Aussi voyait-on plus de patriotisme dans les villes capitales que dans les campagnes , dans les cantons forestiers, que dans les bailliages. Les cito« yens des villes souveraines, jaloux de leurs prérogatives, ne permettaient foère qu^nn sujet s'élevât à côté d'eux par ses lumières ou par ses richesses. On refusait au paysan tous les moyens de se distinguer dans la carrière de la politique, de la science, de la guerre ou de l'église. Dans plus d'un endroit , le commerce m<^me et les arts mécaiiiques lui étaient interdits. Se croyant né pour la chariiie et pour la servitude , il voyaii dans le citadin son seigneur , son général , son juge et sou prôtre. Les sujets des rois jouissaient de droits plus étendus que les sujets des Suisses. Les villes capitales ne voyaient qu'avec un mécontentement secret de petites villes devenir florissantes par leur industrie et par ie hou état de leurs écoles.
C'est pour cela que disparut du sein du peuple cet amour sacré qui offre avec joie à la patrie le sacrifice des plus chères affections; la place laissée vide dans les cœurs fut remplie par Tégoïsme. L^obéissance régnait ; mais c^était Tobéissance de Pesclave et non de Phomme libre; la crainte et non la conviction en était le principe. Plein de détiance contre les seigneurs elles villes, le peuple s'opposait opiniâtrément à toutes les innovations salutaires. Car Thomme du peuple était élevé daM
les ténèbres de rigiiorance. On avait adoplé pour maxime qu'un peuple aveugle est plus facile à conduire qu'un peuple clairvoyant. Mais Tavengle frappe aussi
f)lus facilement son guide, quand un conseiller perfide oi met l'épée à la main et lui dit de frapper. C'est à qjuoi ne songeait pas Timprudente politique.
Les goavernements se contentaient de remplir leurs fonctions en économes fidèles. Les premiers magistrats comme les derniers recevaient des traitements modiques, souvent même mesquins ; ils faisaient leur fortune au service étranger ou dans les bailliages. L'ordre régnait dans radministralion publique, et, malgré l'imperfection (les lois, raiiiour de la justice régnail dans les tribunaux ; le pouvoir respectait sagement les droits du dernierdes cito\ens. Grâce f« l^'eouornie publique, lesim-
f)ôts n'étaient jamais onéreux. Dans les villes principaes, surtout chez les réformés, à côté de l'aisance on voyait fleurir les sciences et les beaux-arts. Zurich et Genève se distinguaient par Tillustration de leurs savants et de leurs artistes. Mais l'esprit étroit et mercantile de Bâle fit tomber son antique et célèbre université ; elle finit par avoir plus de professeurs oue de disciples^ et devint une maison de retraite pour les premiers au lieu d^être un foyer de lumières pour les seconds.
Dans les capitales catholiques de la Suisse, le clergé, toujours opposé au libre examen de la raison, empêcha la science de s'élever à toute sa dignité. Ce besoin de lumières, qui agrandit et honore l'âme, devint, sous l'iniluence de l'esprit monacal, une curiosité sans but, et la pensée fat étouffée sous le poids d'au savoir inutile.
tait ni de science, ni d'éducation ; la liberté y tenait Lieu de tout. Là» le paysan, habitant sa propre cabane, nourri par ses troupeaux, élisant lui-même ses magistrats, soumis à la seule loi quUI avait consentie, était Thomme le plus libre de la terre. Grossier, il est vrai, et supersti* tieux, il se laissait guider par des prêtres et par des familles opulentes; mais s'il avait des guides, il n'avait point de maîtres. '
Dans les contrées
lées de bergers, on ne s'inquié-
DE Lk NATKMI :SUI88I
Dans plusieurs cantons» lesgDmTernements mériMent bien de la chose pubtiqve. Berne bAtiasail des ptlMs, censifaisail ém grandes nmtes, aouraBatt des trésors par son économie* Ziirich eneoorafeail kr commerce, les
sciences ei 1 agriculture. Lucerne luttait glorieusement contre le nonce et la cour de Rome (de 1725 à 1748), qui pii tendaient soumettre à l autorité ecdésiastiqae les droits tenaporels du gouvernement, . La Suisse eniière présentait aux yeux de l'ëtranf^^er Taspect d'un paradis terreHre habité par des mortels heureux et paisibles ; mais on voyait la belle verdure des plaineS) non les rocbera inhospttabers; la majesté des Alpes» et non les ravages des avalanchi s. On admi^ rait la pompe des diètee» sans apercefœr lear discorde; les images de Gmllamne Tell, sems découvrir fat servi- Iode dans les chaumières; Tinstnictton répandwdans les vitks, sans observer la barbarie qui régnait dans les campagnes. Partout de beaux noms et de grands mots; i)artout des vues étroites et des actions mesquines.
On appelait la lâcheté amour de !a paix, et modération la conscience de cette faiblesse que l'idée d une entreprise courageuse fait trembler. On allait briguer daris les cours des pensions, des litres, des chaînes d'or, désordres^ et l'on vantait rindépendance delajpatne. On bénissait le bonheur et la tranquillité de la Sniase, lm*sqtte aux siècles des gfderres etriles et r^igieuses eut succédé le siècie des consoirations et des révoltes.
Due poUlique animfe de Tesprit des petites villes, ue powant s'entourer de Péclatde la vertu, crojait se don* ner de la dignité en s'enlourant de l'obscurité du mystère. La liberté de la presse semblait une abomination, et la publicité des jngenients. la ruine des Etats. A peine soixante ans après l établissement de la première imprimerie en Suisse, la censure officielle des livres était iîitroduite à Zurich et dans d'autres villes. Les journaux étaient condamnés au silence sur toutes les affaires du
SajSi On savait ce que faisait le grand Turc et le grand [ogoK ou ignorait ce que faisaient Zurich, Berne et {Schaffiiouse. Ainsi fut anéanti l'esprit pabUo et 4IVlip
lui le seul lien de la GonfédératioUt
BBTOUUC
De peur que cet esprit ne pût renaître, on nourrissait entre les petites peuplades de la Suisse la baiue qui leur avait été léguée avec le souveuir de leurs anciennes ([uerres et de leurs dias^sioos. Fribourg célébrait la joMiiée fratricide de ViUmerg^ comme une fête sacrée. Au sein des mêmes montagnes, TindifTérence et Jes soupçons séparaient les vallées voisines. On ne se combattait plus avec le fer, parce qu'on craignait les armées étrangères; mais avec la ianpue et avec la plume. On s'interdisait réciproquement rimpoi lation des denrées les plus nécessaires. Des soldats et des gendarmes étaient placés aux frontières pour empêcher qu'on introduisit d'un coin de terre dans un autre, des firuits» des légumes, des œufs, de la volaille, du poisson.
€ Nul canton ne formera allianee avec une puissance étrangère sans l'autorisation des autres cantons, t Telle était la défense exprimée dans Fancien acte d^alliance delà Confédération. Toutefois les cantons s'alliaient ouvertement avec la France, avec TAutriche, avec l'Espagne, avec Venise, sans demander ni conseils, ni permission. — « iSul ne peut être reconnu comme juge s*il achète son emploi. » Tel était un autre article de l'alliance perpétuelle. Toutefois la vente des emplois se faisait publiquement, dans les cantons forestiers comme dans les autres.
Voilà rétatoù se trouvait Ja Confédération, état de dissolution plus ou moins apparente. Ici, quelques villages, quelques petites villes se tardaient de leurs droits insignifiants et opposaient avec roideur à de meilleures lois leurs privilèges mal interprétés; là, des villes ambitionnaient une plus grande autorité sur les campagnes; les anciennes familles prétendaient avoir le pas sur les familles plus nouvelles; celles qui siégeaient dans le gouvernement demandaient qu'une loi perpétuât leur autorité. Ce n'étaient partout que disputes pour des riens, que vanité fondée sur des choses de néant, que prétentions et calculs de l'égoïsme. On voyait les Suisses moins unis entre eux qu'avec les autres nations, et il leur était flx^ fdcile de.cboisir à tour gré un^ demeure dyns (e$
quatre parties du monde que de transporter leur domi^ cile d'uD canton oa même d'un village dans un autre. Un Suisse qui avait passé le& frontières du coin de terre où le. fixait son droit de bourgeoisie n'était paa moins étranger au milieu de la Suisse qu^un RussOj CU un lu^ ^ dieu, ou un Persan.
Tandis que les monarchies perfectionnaient leur organisation ei accroissaient leurs forces, la Suisse ne faisait rien pour améliorer ses constitutions et pour fortifier le lien social. Tandis que la France et l'Autriche s'élevaient à une puissance colossale et amélioraient leur système militaire, les Suisses laissaient leurs armes se rouiller. Fiers des victoires de leurs ancêtres, ils n'apprenaient pas à en remporter de nouvelles au jour du danger. Les seuls moyens de défense qui restaient encore dataient de la guerre de trente ans ; rien nVait été changé dans le système militaire depuis près d'un siècle. Ou ne songeait point aux provisions de guerre nécessaires pour mettre une armée sur pied ; il n'y avait . d'uniformité ni dans les armes, ni dans leur maniement. Berne, Zurich, Lucerne avaienl des institutions supérieures à celles des autres cantons, quoique bien imparfaites ; mais ce que les villes possédaient de forces militaires semblait calculé plutôt pour dompter des sujets rebelles que pour repousser des ennemis étrangers.
Cet état de leur patrie aOligeait profondément tous les citoyens d'un sens et d'un cœur droits. Quelques-nus des plus généreux se réunireataux bains de Schinznach, sur TAar; tels que Iselin de Bflle et Hirzel de Zurich^ tous deux secrétaires d'Etat ; Gessuer, le chantre de la Mort d*Abel ^ ; deux Béroldingen d'Uri, le docteur Zimmermann deBrougg, et le colonel Frey de Bûle : c'était le 3 mai 1761. Dès lors la société s'accrut rapidement. On passait trois jours ensemble : on s'entretenait de la patrie, on lisait des mémoires sur des questions d'intérêt public ; parfois un poète national li.sait ou récitait des vers patriotiques. Ces réunions, partagées entre les épancbements de Tamitié et les préoccupations du bien
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{Hibltc, mêlaient toujours ragréftbie à TatHe. Elles eurent lien annnelleffieni, d^abord à Sehinznach, puis â OIten, enfin i Aaran. A chaque réanton, une collecte
se faisait pour les pauvres et les malheureux des^ environs; les collecteurs élaienl d'ordinaire deu\ ecch^iastiques, l'un catholique et l'autre rï^formë, image de to- Idraîice et d'union rare en Suisst^ h Tépoque dont nous parlons, et trop rarenieul imitée de nos jours.
La société helvétique ranima encore une fois la flamme noble et pure de l'antique patriotisme. Mais les gouvernements jetaient des regards soupçonneux sur cette association et ne ta toléraient qu'à regret ; ils avaient peur des lumières qu'elle pouvait répandre; ils craignaient IMnlluenoe politique et morale de ces hommes sages et instruits qui s'occupaient de la patrie et de sou bien-être.
TvMJhlcMi NcvclUWcI* Querelle des pwU« dmnm la ville de loveerne. IfTalre du Mandaunnw Sntert dan» rAppensell Intérievr.
(Deran 1760 à l'an 1784)
Un gouverneur royal et un conseil d'Etat adminiîvtraient au nom du roi de Prusse, alors Frédéric H, la principauté de Neuchâlel et Valangin; mais ils devaient respecter les nombreuses franchises et les privriéfes de toutes sortes des bourgeoisies, car le prince avait dû jurer, à rimitation des anciens seigneurs, de gowémer saiiï^ porter atteinte à ces droits. De tout temps les NeuchcUelois, prompts à défendre leurs libertés ou à en acquérir de nouvelles, avaient en des démêU»s avec leurs princes; mais rarement ces querelU s eurent la violence de celles qui se produisirent sons le règne de Frédérie H. Ce prince avait affermé les revenus qu'il retirait de sa principauté, prétendant avoir le droit de les administrer comme bon lui semblait. Mais ainsi ne l'eatendaient pas le peuple et ses magistrats. Les revenus» jusqu'alors, avaient été administrée an on ne pou*
wH, diraient-ils» dérfl|[er aux us et coutumes. Le roi B'écoutft ni les bomiBBOîsies, ni le conseil d'fitat, qui avaient fait des reniontrances, et la terne (ut renouvelé
eu 4766. La querelle s^envenima, grâce aux paroles hau*
laines des commissaires que Frédéric envoya pour Taire exécuter ses ordres. Le roi fit porter plainte par son chargé d'affaires Gaudul auprès du canton de Berne, institué arbitre par l acté d'alliance; la décision de Berne fut j)resque dans tous les points à Tavantage du roi, ce qui devait être : les seigneurs oligarques ne pouvaient qu'approuver le prince et donner tort au peuple. Exaspéré, ie peuple de Neucbàiei poursuivit Gaudot lorsqu'il revint, et assaillit même sa maison (25 avril 1768). £a vain le gouvernmeut envoja des .broupes pour apaiser le tumuUe. Gaudot et son neveu , voyait le péril qu'ils couraient et voulant eftayer le })euple, commirent Vimprudence de tirer sur la muJtitiide. Un cbarpenlier tomha mort. Sur-le-champ la l'oule furieuse pénétra dans la maison, et Gaudot lut tué de trois coups de feu.
Après de longues délibérations, Btrrie. Lucerne, vSoleure et Fribourg, sollicita s [uir les envoyés du roi et par le conseil municipal de iSeuchàtel, y envoyèrent une garnison, dans l intérêt de la sûreté publique. Alors commencèrent de longues enquêtes et des pourparlers interminables. Les plénipotentiaires du roi crurent avoir trouvé Toccasion de s'arroger un pouvoir arbitraire pour tenir à Tavenir ce pays en respect et sous le joug de la terreur; toutefois tes Confédérée ne se prêtèrent pas à servir d'instruments à une ambition étrangère. Le nanneretOsterwald parla énergiquementet avec courage contre les prétentions des courtisans étrangers et en faveur des lois et des droits de sa patrie. Enlin le dilïérend fut termiiie et le jugement prononcé : la vilU) de Nenchâtel dut livrer ses armes, suppoi ter seule les frais, d< duinmager la famille de Gaudot et faire amende honorable dans la .personne du conseil municipal devant les plénipotentiaires du roi. Les meurtriers de Gaudot. turent jugés par contumace et exécutés en eHîgie, juû^ la .garnison retowma dans ses fojfers,
Frédérie le Grand, il faut le reconnaître, sé D&ontrd plus généreux que certains gouvernements suisses qui s'étaient trouvés dans des circonstances analognes ; il maintint ses droits en ce qui concernait l'administration de ses revenus, mais il confirma les franchises des corps et communautés, et les augmenta même à certains égards. Au siècle du grand Frédéric, les monarques pouvaient donner des ieçoùs aux seigneurs des républiques helvétiques.
Vers la même époque la ville de Lucernc fiil le théâtre de discordes et de troubles encore plus attligeants. Là, comme dans d'autres villes de la Suisse, des familles patriciennes et nobles s'étaient depuis longtemps emparées du pouvoir, devenu héréditaire dans leurs mains, et avaient réduit presque à rien la part de la bourgeoisie dans les affaires publiques. Hainf magistral, placé à la téte d'une administration, non pour son talent ou ses vertus, mais le plus souvent par la faveur d'une famille influente, se croyait en droit de vivre aux dépens de l'Etat, sans faire grandxhose pour l'Etat. La démoralisation faisait de tels progrès que les infidélités dans Tadministration des niens publics n'étaient pas chose inouïe. Des magistrats disparaissaient emportant des sommes dont ils étaient dépositaires ; d'autres s'enrichissaient aux dépens du grenier public et de l'arsenal ; on avait même vu le trésor public volé avec effraction.
Antérieurement déjà, un des premiers magistrats, LéodegarMeyer» a jant soustrait une partie des deniers publics pour suffire aux dépenses d^un luxe effréné,
expia sa malversation par l'exil. Peu après lui, Jost-Nicolas-Joachim Schumacher, trésorier de l'Etat, dissipa en prodigalités 32,000 florins appartenaiil au trésor: il fut banni }iour le reste de^es jours du territoire de la Confédération (1762). L'exemple du père n'empêcha pas îe fîls, Placide Schumacher, de se livrer à tous les désordres. Il dépensa d'abord sa fortune, puis s^endetta, administra infidèlement, comme préfet, la seigneurie de Heidegg ; entra au service d'Autricbe, déserta, va-»
gàbonda siirlê territoire de sa fille natale et dane les
environs, s'attaeba aux mécontents, et se fit aimer (m
considérer de celle sorte de gens par ses discours téméraires. Bien qu'il n'y eût pas trace de sédition, le soupçonneux gouverncnfent s'effraya; la conscience de ses torts et de son admini^fraîion arbitrnire le refjdaiL défiant à IVgard du peuple. Schuniacln r fut incarcéré avec quelques mauvais sujets de sa société, et accusé de menées séditieuses ; cependant il avait simplement rédigé un mémoire pour exposer les griefs des mécontents, suivant on mode légal et dès longtemps usité. On raccQsa du crime de hante trahison ; il fat condamné à mort sans preuve et décapité en 1764 ; on voulait terri-** fier la bourgeoisie de la ville et le peuple des caiApa-* pagnes. Plusieurs de ses compagnons, qu'on fit passer pour ses complices, furent bannis.
IMusieurs années après, les juges de Schumacher, reconnaissant qu'une peur mal fondée leur avait fait commettre .un assassinat juridique, rejetèrent la faute les uns sur les autres. Le conseiller Valentin Meyer, juge instructeur dans ce procès, avait le plus contribué, disait-on alors, à la sévérité de la sentence. La famille de la victime l'inculpa d^abord timidement, puis avec "plus de hardiesse. On rappela qu'il était fils de Léodegard Meyer, autrefois banni; on en intéra que le res* sentiment et la vengeance ravalent guidé dans cette ^ affaire. Ceux-là même qui avaient été ses collègues dans rinstruction et dans le jugement, et qui avaient signé avec lui les pièces, le renièrent lâchement. Alors s*éleva triomphalement contre lui le général Pf^lïer, chef du parti français, ennemi personnel de Meyer, qui avait souvent parlé coîitre Tintluence fatale de la France. Tous ceux a qui ses talents et ses conriaissances inspiraient de la crainte ou de l'envie devinrent ses accusateurs. Penseuréclairé, on hii attribua un écrit imprimé à Zurich sous ce litre : Ne mait-Upa» avantageux am ^ canttm mîbùliqueB de supprimer ou de res* ireindre les ordres religieux? Cette accusation fit pas.sèr dans les rangs de ses adversaires les couvents^ le clergé^
Mi
le nonce. Une réfutation plafeante ée œt écrit» CMito de qvelfiieslrails de satire contre les mmwe^, et quil af ait iw comfidefitieileiieitt dans «n OAnote d^ania, fut brAlée à Lvceme par la anaUi du boarreûa avec mie so^ tennitri rbibtei, ao de aen cenidents ayant trahi le nom de rauleur.
Il iren [allait pas davaiilai^e pour le laire condani^ ner. La victime était désignée, il ne s'agissait plos que de la trouver coupable, Puur atteindre ce but, on foula aux ^^eds la foi publique, on viola le secret des lettres; on inve^^tit la maison de Meyer et ou visita ses papiers. Malgré ces vioiecoes, ou ne d('K:ouvrit pas ^ miêiim culpabilité. On se décida donc à laire amétcor MeyerdaoB sa maiaon de campagne, qu'il babiiait sans peur, parce que sa coAscienoe ne tnii^epuocbaitMcmi délit. Il demeura qaara«ie^oîs jours en pneon isaiis 6tre eniendu. Eu vain lé %al et cmragcux avoy^ Keller, le sage patriote Félix Balthaéar et d'autres juagistrats impartiaux prirent sa défense dans le conseil En vain il adressa, hii. un mémoire justiticalif à cette autorité ; le coiJM'ii résolut de .ue pas même en prendre coruiaissance. En vain I honoéte Casimir Kruss conseilla de s'en tenir à des mo^^ens decanciliâtiou et d(^ paix. Meyer lut coiidamné à quinze ans de bannissement ; en revanche, on accorda leiir^râce à tous ceux qui subissaient encore la peine doT'exiioa des galères cotQaie complices de Placide Schumacher (1770). Alor^ «eulement les familles diviâées»enpactis firent teipaîK entne elles : elles attri* buatent les maux de r£taty non au riëgne de rinjuaticei mais i rapplicatioo rigoureuse qu'on avait faite des lois à des membres du gouvernement, à des familles patriciennes; des ménagements mutuels et une alliance étroite leur, paraissaient le seul moyen d'empêcher que les pn^rogatives de la noblesse ne passassent dans les mai[i> de ia bourgeoisie.
Feu après ces événements, la tin sanglaïUe de Joseph- Antoine Suter, landanimanu des Uhodes intérieures d'Appenéîell, lit voir que les droits et la liberté du citoyen Be-sontpas mieux ^(acaniis sou& la domination d^
DB hk NATION SUI8S£
mocratique de tout un peuple, que sous la domination aristocratique d'un petit nombre de familles nobles ou citadines, lorsque la justice et l'esprit de modération ont fait place à Tintrigue, h Tégoïsme et à la vengeaoGe.
Sator, aubergiste à GonteD, était un homme de pea d'iostroetion , mais de beaucoup d'esprit et d'enjoué* ment, charitable eoyers les pauvres, bienveillant envers tout le monde. Ces qualités Pavaient fait nommer bailli du Rheinthal, même à Pexctueion du landammann Jean- Jacques Geiger. Celui-ci avait ambitionné cette charge lucrative , parce qu'elle lui offrait l'occasion de se dédommager de tous les sacrifices qu'il avait faits jusqu'alors à son ambition. Deux ans après, les neuf Rhodes réunies élevèrent le jovial Sulerà la dignité de landammann m charge, et lui donnèrent ainsi une seconde fois la préférence sur son rival Geiger.
Cette nominalion irrita l'envie de Geiger et de plusieurs autres qui se croyaient des hommes marquants. Ils se liguèrent secrètement contre Suter. Plusieurs riches devinrent aussi ses ennemis > parce qu'il s'était élevé avec force contre une loi injuste qui, dan^les faillites, donnait aux créanciers du pays la préférence sur les créanciers du dehors, t Cette loi, » disait Suter, « est injuste, et nous enlève la confiance des pays étrangers, qiii n'enverront plus d'argent dans le nôtre. » — « Mais les riches répondaient en accusant Suter de favoriser les étrangers au dépens de sa patrie.
Sans s'inquiéter de ces propos, Suter travaillait de tous ses moyens au bonheur du pays. Il acquit à son canton, de la commune d'Oberried, dans le Rheinthal, le droit de retrait sur l'un des plus beaux pâturages du ' haut Sentis, au cas qu'il fût à vendre. Les Appenzellois, pressés par un besoin d'argent , avaient vendu ce pâturage à la commune d'Obemed. Le bruit s'étant répandu que des portions coi&sidérables de cette montagne avaient été hypothéquées à des étrangers, le landammann Suter persuada sur-le-champ au conseil du pays de faire estimer la montagne , d'assigner l'argent nécessaire et de prendre possession de ces pâturages.
HiSTOlRË
Ed cela son zèle remporta trop loin. La commune d'Oberried adressa avec raison à la diète des plaintes
contre les Rhodes intérieures; le gouvernement appenzellois, se rei-t tilaiil de sa démanche précipitée, se rétracta. Cependant Suter, opiniàlre et devenu fier dans les honneurs, ne voulut pas céder, mais soutenir le procès à ses Irais. De retour chez lui, après avoir perdu sa cause devant la diète (4 775), il eut honte d'avouer la vérité. Mais lorsque le bruit se répandit que le canton d'Appenzell avait été condamné aux frais, et que ses fonds de terre dans le Rheintbal serviraient d'hypothèques jusqu'à rentier paiement, malgré la déclaration de Suter que tous les frais restaient à sa ch^irge, les ennemis du landammann jetèrent les hauts cris. Son collègue Geiger et le conseil du pays accusèrent Suter d'avoir trompé le gouvernement par (U s mensonges, déshonoré et couvert de honte les Rhodes intérieures aux yeux de toute la Coiiiédération ! Sans l'entendre , le conseil enleva au cliel du canton le sceau de l'Etat, le pri\ a de ses honneurs et de ses charges, et le déclara à jamais indigne d'exercer un emploi.
Mais Suter ne se soumit pas à cette sentence : « Mes ennemis,» dit-il, « n'ont pas le droit de me condamner; que rassemblée générale soit juge entre eux et moi. >
Avant que rassemblée générale pût être convoquée, on répandit parmi le peuple toutes sortes de bruits sur le compte de Suter. Les capucins, soulevés contre lui, allaient de maison en maison, parlant de ses péchés secrets, de ses cnmes, v.i prèchanl la liaine. Le jour de l'assemblée venu, il s'éleva pamn le peuple des cris pour et contre Taccusé. On Tarracha de force du siège da landammann , malgré une forte opposition qui proclamait son innocence.
Pendant que cet homme, abattu et abandonné, faisait un pèlerinage vers l'image vénérée de Notre-Dame-des- Ermites, le conseil l'exila pour le reste de ses jours du ^1 de la Confédération ^ conmie ennemi de la religion, de la liberté et de la paix; son nom fut attaché à la potence; ses propriétés furent vendues à vil prix pour
M LA NATION SdlSàË.
pa\er les frais du procès et toutes ses doUes; ses amis , expu!>ts du conseil; sa femme, coïKlaiiince à ne plus le considei er comme sou mari , sous peiue de perdre lous ses droits civils. Personne n'apprit les raisoris d'une punition si sévère. La sentence du tribuijal ne lut pas m£me motivée; elle n'indiquait que des fautes légères ^ mais mentionnait mystérieusement des crimes que Ton ne voulait pas désigner, afin d'éviter le scandale. Il resta incertain si le voile du secret cachait une transgression du condamné ou l'iniquité des juges.
Le vieillard exilé, objet d^nne vive commisération, se retira dans la ville de Constance. Quelques années s'étant écoulées, il demanda la révision impartiale de sa condamnation et un sauf-conduiL Soixante-dix Appeuzell()j> se r(Miiiir( lit de leur chef pour raccompagner et loi servir de sauvegarde. La demande de Suler lut rejet* e; quatre des plus résolus des soixaï)te-dix hommes furent condamnés à mort et conduits au lieu du supplice ; on leur accorda la vie, après qu'ils eurent été fustigés par le bourreau.
Alors commença un règne de silence et de terreur. L'exilé resta à Constance. De temps en temps il allait dans les Rhodes extérieures visiter d'anciens amis. Après nne année révolue, l'un des adhérents de Su ter, Baptiste Rœs, qui avait été dégradé par la justice, rentra dans sa patrie. Saisi et interrogé, il déclara que le vieuà Suier enrôlait des soldats dans les Rhodes extérieures, [luur surprendre le bourg d'Appenzell et soulever le peuple, au nom de la liberté, contre le parti de Geiîier. Il invoqua même le témoignage d'hommes respectables; mais ceux-ci l'accusèrent de mensonge.
Néanmoins on ajoutait foi à ses inculpations. Le peu-
I' )le fut excité contre le malheureux par les calomnies es plus odieuses; puis on tâcha de se saisir de la personne du coupable. On y parvint par une ruse barbare. Sa propre fille, mariée dans Appenzell^ servit d'instrument pour le perdre. Trompant sa piété filiale , sous le masque de l'amitié, on lui persuada d'écrire à son père qu'il se rendit à Tauberge de la Couronne , à Waid^
filSîOtllË
commune des Rhodes extérieures, où il apprendrait des nouvelles agréables et importantes.
iNe pouvant soupçonner un piège, le vieillard suivit la voix de sa fille iroaipée. On rattira , sous différents prétextes, à Oberegi?, village des Uliudes intérieures. JA il fut saisi, lié, conduit à Appenzell sur un traîneau découvert (9 lévrier 1784). L'hiver déployait toute sa rigueur. Tandis que les gardiens se restauraieol daos l'aubense d'Alstaetten, ie vieillard était eo prières sur le traîneau ; le veot da nord agitait ses cheveax blancs, et en faisait tomber la neige dont ils étaient couverts.
Il renouvela devant le tribunal criminel le serment de son innocence. Mis à la torture trois fois daos un seul jour, il ne put avouer aucun crime. Néanmoins sa mort fut prononcée. Vingt juges refusèrent d'adhérer à ce jugement, et protestèrent solennellement contre la sentence dans le protocole du tribunal. Cependant la sentence reçut son exécution le mérne jour (9 mars 1784). Le vieux 8nler apprit sa condamnaiion avec le calme de l'innocence; avec ie calme de rinnocence il marcha au lieu du supplice. Là sa téie tomba.
Agitation et trouilles popniiolreo émmm le eanion 41e • IMIiOWg.
(Deraiii781àran 1790.)
Tandis que la tiaiiie des partis produi-.iU uiie fermentation dans le pays d'Appenzell, une lermentation plus dangereuse se manitestait dans le canton de Fribourg. Depuis longtemps déjà, le mécontentement régnait dans les villes et dans les communes rurales.
Anciennement, les avoyers et quelques autres magistrats avaient administré les affaires de la ville et de la campagne environnante qui en dépendait, et qu'on nomme encore aujourd'hui rancien district. Les questions importantes étaient décidées par le penple. Celuici s'étant considérablement accru, ie pouvoir souverain
fut coillié à un choix (I hoininos sages, réunis sous le nom de grand ronscil. Ce coil-i il composait d'abord de citoyens de la ville et de la campagne, représentafits d'un peuple libre ; puis uniquement de nobles et de patricieus ; à la fin, des seuls fils de certaines familles, commn h Berne, comme à Lncerne*
Il s'était formé entre le grand et le petit conseil, ou le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, une autorité intermédiaire : le Conseil des soixanle. De celui-ci sor* tit (1553) une nouvelle autorité, investie d'un très-grand pouvoir : la Chambre secrète, qui avait le droit de nommer aux emplois et d'en exclure. Longtemps on ch( usii dans les quatre sections ou bannières de la ville un nombre égal de citoyens pour ie conseil des soixanle ou le grand conseil ; mais ensnite on ne prit plus que les fils d'un petit nombre de familles, qu'on appelait les familles secrètes ; enlin (1684) on exclut tous les autres citoyens du droit de jamais faire partie des familles se^ crêtes.
Plus tard, le gouvernement mécontenta le peuple des campagnes par la suppression d'un couvent de la Gruyère, et rabolition de certaines processions et fêtes
religieuses. D'ailleurs Tinconduite de certains membres de Tautorité causait du scaiidale. De là des murmiires. Trois jiartis ^e tonnèrent contre le gouvi^iuimcnt : les paysans, les bourgeois du cbef-lieu et les familles nobles qui n'appartenaient pas à la caste priviléj/iée et omnipotente des familles secrètes et qui désiraient y être admi.ses.
Les paysans les premiers se levèrent.
Au bourg de la Tour-de-Trême vivait un homme instruit et de quelque éloquence, Pierre-Nicolas Chenaux. Son caractère droit et ferme Pavait fait chérir du peuple . Lui et ses amis, Jean-Pierre Raccaud et Pavocat Castella, de Gruyères, trouvaient qu'à moins d'être soutenue par un mouvement vigoureux du peuple, toute demande présentée au gouvernement serait mutile. Ils envoyèrent des émissaires de confiance dans toutes les vallées; elles se montrèreul disposées à les souteuir. Chenaux s^
hascirda à se rondre à Fribourg (2 mai 1781) pour exposer nu conseil tous les griefs du peuple. Giiiquanle (ui soixante liomiiies armf's lui servaient d'escorte. Mais le conseil, déjà instruit de ces mouvemenls populaires, avait fprmé les portes de la ville, renforcé la garnison, armé la bourgeoisie. Cependant les cris de la révolte retentissaient de village en village; toutes les cloches sonnaient Talarme. Voyant que le mouvement se propageait, Chenaux s'enhardit; il organisa les paysans, leur donna des chefs et leur inspira du courage. Castella adressa encore une fois une pétition au conseil de Fribourg, pour quMl voulût bien écouter les plaintes du peuple ou soumettre la décision de ce ditTérend à des cantons arbitres. Cette démarche n'avant obtenu aucun résultat, Chenaux se porta sur Fribourg, vers la chapelle de Saint-Jaques (A mai), avec plus de 2000 paysarîs. Il s'avança près de la ville à la t^'te d'un corps de GOU à 800 hommes ; les autres marchaient vers la porte de Bourguillon; 500 étaient campés dans le bois de Schœtfenberg, sur la rive droite de la Sarine. Beaucoup d'autres citoyens armés arrivaient des parties les plus éloignées du canton.
La garnison de la ville en sortit avec une grande pompe militaire. A côté des drapeaux de Fribourg flo^ tait la bannière de Berne; car cette ville, sur ta demande de Fribourg, lui avait envoyé sur-le-champ un secours de 300 dragons, qui se trouvaient à Berne à l'école militaire. Le colonel Froideville, militaire expérimenté, était à la t(Hede ces troupes. Il parla aux rebelles avec humanité, exigea qu'ils posassent les armes, promit l'oubli du passé et assura i\\\c tous les griefs seraient examinés par le gouvernement et par les cantons médiateurs. C'était tout ce que les paysans demandaient. Ils étaient prêts à poser les armes, après avoir recala parole d'honneur de Froideville; mais lorsqu'il exigea qu'on lui livrât les chefs de la sédition, les paysans s'y refusèrent. Pendant les négociations, leurs bataillons furent cernés et les pièces crartillerie avancées. A cet aspect, les rebelles effrayés abandonnèrent leurs
armes. Tons ceux qui le purent, prirent la foite et ré*pandirent ainsi la terrear dans les derniers bataillons,
qui se dispersèrent aussi.
Parmi les fuyards était Chenaux. L'un de ses gens, Henri Rossier, l'assassina en traître, irrite par le mauvais succès de Tenlreprise, ou dans l'espoir de gac^ner la faveur du parti triomphant. Le cadavre de Chenaux, livré à Texécutenr de la haute justice, fut coupé en pièces, et sa t^te, plantée au bout d'une pique, tut exposée sur la tour de la porte de Romont. Castella et Raccaud, condamnés à être écartelés, parvinrent à s'échapper. D'autres chefs furent punis dans leur honneur, dans leurs corps et dans leurs biens.
Cependant Berne, Soleure et Lucerne avaient fait partir pour Fribourg de nouvelles troupes et des députés médiateurs. Mais le gouvernement de Fribourg fit publier que, par un effet de cette bonté qui lui était naturelle, il daignerait écouter les griefs des communes ; cependant il n'accorda à tout le canton que trois jours pour exposer par écrit et présenter ses griefs. Malgré un terme si court n malgré la multitude clos troupes dont la ville fourmillait, un grand nombre de députés des communes arrivèrent en hâte à la ville.
L'examen des griefs traîna de mois en mois sans qu^on arrivât à une conclusion. Se voyant trompé dans son attente, le peuple des campagnes pleura Tbomme généreux, mort victime de son patriotisme.. Chaque jour la tombe de Chenaux était entourée de gens en prières. Des troupes de pèlerins s'y rendaient avec des chants rehgiciix, des croix et des drapeaux. En vain le gouvernement y fit placer des sentinelles avec des fusils chargés : en vain l'évéque condamna les pèleriiiages vers les cendres de Chenaux. Rien ne put arrêter la dévotion reconnaissante du peuple.
La bourgeoisie de la ville ainsi que les vingt-quatre paroisses de l'ancien district avaient espéré faire valoir avec plus de succès, au milieu de ces circonstances, leurs droits contre les familles dominantes. La bourgeoisie deman^it seulement quç Taccès aux archives de TEtat
nSTOiRB
lui fût ouvert : là se trouvaient les chartes des années 1404 et 1553 qui garantissaient aux simples bourgeois et aux habitants la participation aux électioDS et à la législation constHntiODiielle. Mais le gouvernement répondit: «Les ordonnances de vos corps de métiers et de Yos confréries suflSsent pour vous faire connaître vos droits. » Ainsi repoussés, les bourgeois de la ville et le peuple des campagnes n'attendirent de justice que des cantons médiateurs. La diclaraLion de ces cantons fut en faveur des iamilles nobles et de la constitution aristocratique.
Quelle fut la consternation de la bourgeoisie lorsqu'elle entenditproclamer cette déclaration du haut de la chaire (27 juillet 1782) 1 Le soir du môme jour, les quatre bannières de la ville se rassemblèrent devant la maison de l'avoyer Gady. Rey, avocat; Guisolan, notaire; Ignace Girard négociant, parlèrent au nom de la bourgeoisie. LV Yoyer écouta leurs discours avec une approbation appa-» rente et avec calme.
Peu de jours après, Rey fut exilé avec sa famille pour • uarante ans, Guisolan pour vingt, Girard pour dix. Le Is même de Tune des familles régnantes, Emmanuel de Maillardoz, fut condauiiK' à un bannissement de six ans pour avoir dit dan^ une assemblée de bannière : « qu'il était juste que Ton rendît aux bourgeois leurs anciens droits. » Beaucoup d'autres subin ni le même sort.
Cependant le gouvernement allégea les ciiarges les plus onéreuses du peuple des campagnes, et augmenta de seize le nombre des familles secrètes, mais ces grâces tardives ne désarmèrent qu'à demi le ressentiment du peuple.
Troubles dan» l'évécké de Udlc. dans le Pajs de Ifuuà et dans les ^irlaeiie*
(De Van l79(i à Tan 1794.)
Peu d'années après ces événements, il s'éleva dans te yoiâinage de la Suisse m orage qui menaça les pays et
DE Lk NATION SlilS&E.
les trAn^s de loiite l'Europe En France, la mauvaise économie des rois avait extrêmement accru la masse de la dette publique, et par conséquent la misère du peupie. Malgré rénormité des contributions et de% impôts, il manqaait cbaque année 140 millions de livres pour payer les inléréts de la dette publique et pour subvenir aux besoins du royaume. Les riches couvents, les nobles et les princes réfugient de contribuer pour leur part aux dépenses nationales, et le peuple, épuisé, était réduit aux abois. A la cour du roi et des princes, dans les châteaux de la lioblease, dans les aljbayes opulentes et dans les grandes villes, on ne voyait que fêtes, magnificence, plaisirs ; dans les cabanes des labourtMirs régnait la plus profonde mi^^^re. L'empiro de la loi était remplacé par celui de l'arbitraire; le règne de la religion, par la moquerie et Tîncrédulité parmi les grands, par la superstitioq et Tignorance parmi le peuple. Cet état de choses plongea la France dans un abtme de maux.
Une fois que la cour dissipatrice ne put plus fournir à ses dépenses, ni le peuple payer ses impôts, Tédiflce du gouvernement s'écroula. Les états généraux, assemblés par le roi pour lui donner conseil et secours, abolirent les préro|?atives de la noblesse et du clergé'». Le peuple de Pans rasa le château fort appelé la Bastille, lequel .servait de prison d'Elat. Partout les châteaux des seigneurs devinrent la proie des flammes. On convertit en biens nationaux les biens du clergé, dont la valeur s'élevait à trois mille millions de livres. Effrayés, les
|)rinces, les nobles, les prêtres abandonnèrent en hâte eur patrie. Plusieurs vinrent en Suisse» plusieurs allèrent implorer le secours des rois étrangers. Les rois alarmèrent et firent des menaces ; les Français saisirent rénée et s'écrièrent : t Noos sommes maîtres chez nous ! »
Ces événements divisèrent les opinions du monde entier. Partent les gonveniants et les privilégiés accusaient les Français\rinjustice; partout ceux qui avaient à se plaindre de leurs gouvernements ou de leurs souveraïub appiaudisaaieot au courage du peuple français.
C'est ce qui arriva entre autres alors dans l'évéché de Râle, où le prince-évêque, Joseph de Roggenbach, voulut emp<^cher les communes de s'assembler conformément à If'iirs iois. Ses sujets persistant à maintenir leurs di )[ts, l'évèque appela les canloiis à son secours : niriis ceux-ci se montrant peu disposés à prendre part à ses démêlés, il supplia l'empereur (1791) de faire occuper ses Etats par des troupes. Les Confédérés s'opposèrent d'abord au passage des bataillons autrichiens sur le sol helvétique; néanmoins ils y conseotirent à la fin. On ne
f>révit pas les conséquences de cette démarche, quoique e conseiller aulique Rengger, chargé de porter la parole au nom des états géhéraux de l'évéché, eût déclaré que le traité de l'évêché avec la France (conclu en 1780) autorisait les états à faire venir des trduijes françaises en nombre ép^al à celui de la garnison autrichienne". Cependant révèque avait repris tout son pouvoir. Rengger fut ohW^r de fuir, d'autres qui pensaient cnnune lui furent condamnas sans miséricorde au carcan et à une pri^n perpétuelle.
L'année suivante (avril 1792) éclata subitement la guerre entre la France et l Autriche. Des troupes françaises entrèrent dans révôcbé de Bâie et en chassèrent les garnisons autrichiennes. L'évêque, épouyanté, s^enfuit à Bienne, d'où il fut obligé de s'enfuir de nouveau* Personne ne le secourut. Mieux eût valu ne pas irriter son peuple.
Les Français respectèrent prudeniment TErguel et le val de Moutier, parce que ces deux pays avaient depuis des siècles une alliance défensive avec Berne et Bienne. Mais ils occupèrent le Porentruy rt h's parties de l'évéché qui touchaient de plus près à l'empire. Le conseiller aulique Rengger rentra dans sa patrie. Il mit tout le pays en mouvement par le moyen de son parti. Les employés épiscopaux furent chassés, les revenus du prince confisqués. Lorsque le roi de France Louis XVI eut été détrôné par son peuple et le royaume converti en république, Rengger planta aussi Tarbre de la liberté. Les députés des communes s'assemblèrent autour de ce si-
DB LA NiTIOlf SUISSE.
gne dr la liborté nouvelle de leur pays, et abjurèrent à jamais toute soumission à Tévùque, toute alliance avec Temperear et Tempire. Ils érigèreot leur petit pays en république qu'ils baptisèrent du oom de Raoracie.
Hais il s'éleva de grands désordres. Chacun prétendit commander, personne ne voulut obéir. Les partis se perséctttër^t. Bien des gens demandaient la réunion de leur pays à la France. Rengger et ses adhérents, voyant qu'ils ne pouvaiiiit se soutenir plus longtemps, abandonnèrent l'existence de leur républiciue de Iruis mois : le 7 mars 1793, l'assemblée du peuple de Fcvêché ôp lîàlp (iécréla >on incorporation 5 la France, qui eut lieu imniédiatenu m après. L'Erguel et le val de Moutier demeurèrent intacts et indépendants, en considération de leur alliance avec Berne.
Les Suisses eussent volontiers protesté contre ce déT membrement; mais dans le sentiment de leur faiblesse» sans union entré eux, pleins de défiance envers leurs siqets, les cantons nWrent rien dire. C^est pourquoi ils ne se permirent aucune observation lorsque Tévôché de Bâle fut détaché de la Suisse; ils se contentèrent aussi de consoler Tévêque et de le combler de politesses lor^qu il se présenta devant la diète helvétique à Frauenfeld pour réclamer la neutralité suisse. Le peuple de Paris ayant assailh le palais de son roi, et, après un combat sanglant, égorgé les gardes suisses qui le défendaient (10 août 179:2), les Confédérés hasardèrent à peinp de s'en plaindre*
Des guerres, des révoltes, des combals, des victoiresi remplirent de leur bruit le monde entier. Les Français promirent du secours et donnèrent le nom de frères à tous les peuples assez généreux pour reconquérir leur liberté. Us firent tomber la tête de leur roi Louis XVI. Leurs armes victorieuses traversèrent la Savoie, les Pays- Bas et passèrent le Rhin. L'orage envclo|)[)ait de toutes parts et menaçait de plus en plus le pijupie qui iiabiUit au sein des Alpes.
Cependant les gouvernements de la Confédération ne prenaient aucune mesure pour éloigner 1^ (i^g^r.; ils
176 HTSTOIKE
se croyaient en sûreté derrière le bouclier de TioDO^ cence et le rempart de la neutralité* Ils n^avaient point d^armes et ne faisaient point de préparatifs ; ils n^vaient
point de force et ne fortifiaient pas les liens de la Con- , fédtiaUoïi. Chaque canton s'occupait timidement et en silence de son propre (langti . peu inquiet du danger commun. Fribourg, Berne et Soleure s'unirent- toutefois pour une défense mutuelle, mais c'^^tait contre îe mécoiitentenK lit de leurs sujets et non contre ies armes de leurs ennemis.
Déjà depuis Tannée i782, Berne était en différend avec le Pays de Vaud au sujet de contributions pour la réparation des grandes routes qui conduisent à la ca-
Sitale. La ville de Horges avait tiré de ses archives des I ocuments (1790) pour prouver que le Pays de Yaud entier était exempté de tonte contribmlion. D^antres communes rappelèrent d'autres droits que les Bernois avaient laissé tomber dans Toubli pendant le cours de plus de deux siècles. Des écrits de toute espèce réveillèrent le peuple. A Lausamie, à Vevey, à Rolle, ailleurs, • des jeunes gens pleins de feu buvaient dans des assemblées bruyantes au succès des armes de la France «'mancipée. Quoique Tordre public ne fût troublé nulle part, le gouvernement de Berne crut devoir arrêter cet élan par des mesures sévères, et couunander le silence par la terreur. Il envoya des plénipotentiaires soutenus par la force armée. Des coupables, si Ton vent les appeler ainsi, et peut-être aussi des innocents forent incarcérés ;
8 Insieurs prirent la fuite. Les Yaudois se turent, la rage ans le cœur. Les fugitifs respiraient la vengeance ; par leurs lettres, par des brochures, ils soulevaient les esprits de leurs concitoyens contre la domination bernoise.
User à propos de clémence et de sévérité, ne pas montrer de la bauiour au faîte de la puissance, de la lâcheté dans les circonstances désespérées est l'art le plus difficile pour les dépositaires du pouvoir. Cet art fut souvent négligé dans la république des Grisons, où les anciens partis se querellaient encore, moins pour la
• perte que pour Tabns de la liberté. Les familles les pins nobles de cette contrée, pandi lesquelles brillait an premier rang la maison des seigneurs de Salis, étaient depuis longlemps en possession des emplois les plus lucratifs el des revenus du pays. Elles alfermait iit a vil prix les péages des Grisons, seul revenu de l'Etat ; elles occupaient les places de capitaines et de colonels dans les troupes grisonnes au service étranger, et les magistratures de la Valteline, que les communes des Grisons mettaient à renchèrc tous les deux ans et qui enrichissaient toujours les acbetenrs, parce qu'ils vendaient la justice dans cette province.
Mais d'autres familles distinguées et respectables : les Tscbamer, les Bawier, les Plant^ s'unirent pour disputer aux de Salis la possession exclusive de si grands avantages ; ils firent monter à l'enchère le prix de la ferme des péages de i 6,000 à 1)0,000 florins (1787) ; ils demandèrent que les promotions des officiers au service de France ne fussent plus arbitraires, mais déterminées par l'ancienneté des services. Les su j(ns de la Valtelme, géiinssaiit sous une oppression tvrannique, élevèrent en même Innips des plaintes cniilre l'injustice et la vénalité des magistrats et contre la violation de leurs libertés béréditaires et légitimes. Ces griefs allumèrent entre les deux partis une haine irréconciliable ; ils s^accusèrent réciproquement devant le peuple.
Tout ce qui arrivait de mal» ils se le reprochaient Tun à Tautre. Un ambassadeur français, Sémonville, traversant la Valteline pour se rendre à Venise, fut enlevé et livré aux Autrichiens (4793); on attribua ce crime au parti des Salis. Il y eut peu de temps après une disette de blé dans les Grisons; on accusa le parti des Planta de vendre le blé aux Français, et le peuple, travaillé par des menées secrètes, se souleva contre eux (4794).
'Les trois ligues députèrent à Coire trente-deux hommes qui se constituèrent en assemblée des états géiiéraux, pour examiner les griefs des deux partis. Les Planta se justifièrent^ dirigèrent habilement l'indigna-tmn publique contre leurs adversaires, et deiQw4^rent
aiSTOiu
leur punition et la réfonne des abns. Un tribunal impartial condamna plusieurs des accusés à des amendes et à des restitutions, d'autres à Texil.
Lvn
Parti» A Clenèvei excès*
(Jusqu'à l'an 1797.)
Cependant l'orage de la guerre avait ébranlé la moitié du monde, et le sang bumain arrosé la terre et teint les flots de la mer. Les rois avaient juré la perte de la France, et la France, la perte des rois. La Confédération, encore intacte au milieu des puissances belligérantes, avait placé un cordon aux frontières, plutôt pour marquer les limites de son territoire que pour le défendre. Mais les vrais amis de la patrie appréhendaient l'avenir: car jamais l'union des membres de la Confé(it^ralion et raccord entre les gouvernements et la nation n'avaient été plus nécessaires, ni plus rares.
Un esprit de mf^'conlenlement agitait Genève déjà depuis un siècle; les bourgeois voyaient de mauvais œii. l'ambition de quelques familles nobles. A plus d'une re^ prise, la tille fut témoin de scènes tumultueuses et sanglantes. Lorstjue la bourgeoisie, mécontente, se plaignit
i)our la première fois en 1707, qu'un petit uoiû^re de amilles étaient constamment en possession des premiers emplois, que le Conseil aimait mieux gouverner arbitrairement que de perfectionner les lois, et que, dans les affaires importantes, il ne consultait plus la commune, le conseil réclani;! d'aliord rinlervention de la Confédération, puis une garnison de Bernois et deZuricois, et, protégé par des armes étr^niri^res, il dégrada, bannit, fit pendre ou fusiller les principaux défenseurs des droits du peuple.
Le sang répandu effraya mais aigrit la bourgeoisie, et augmenta tellement l'insolente fierté du conseil qu'il n'^eut pas honte d'attaquer les bases de la république, et que, de sa pleine autorité, il créa de nouveaux mipôts pour fortifier davantage la ville. Michel Ducrest, menum
du gniDâ conseil , parla contre ces mesares ; la boargeoisie entière unit sa voix à celle de ce citoy e n généreux. Le conseil le condamna à une prison perpétuelle (1730),
et les Bernois, protecteurs de Genève, se firent les exécuteurs de cette sentence, et enfermèrent Micliel Ducrest dans la forteresse (FArbourg. Il y eut après cela plusieurs soulèvements encore; Zurich et Rerne s'interposèrent chaque lois entre ie gouvenieuieitl et la nation , mais ils ne parvinrent pas à r(Hal»lir la paix. L'animositè des partis s'accroissait de jour en jour. On alla jusqu'à se battre et à s'assassiner dans les rues (1737). Â la fin •pourtant le repos sembla rétabli , après que les dépotés de France, de Berne et de Zurich (1738) eurent restreint par un édit les prétentions du petit conseil et de la noblesse , et pris des m'esures sages qui obtinrent Pappro* bation du conseil et de la bourgeoi<(ie.
Mais une nouvelle haine éclata (1762) lorsque le conseil lit déchirer par la main du bourreau deux ouvrages de rillustre [)hiiosoj»he de Genève. Jean-Jacques Rousseau. Une partie des bourgeois s'éleva contre cette nir^ure. T)e lA deux nouveaux partis; l'un, celui des Représenlants, prétendait que le conseil devait recevoir toute plainte dirigée contre lui et la transmettre à l'assemblée générale des citoyens qui devait en connaître ; l'autre parti, ce 1 u i des NéyatifSy soutenait, au cou traire, que rassemblée des citoyens n^avait aucune juridiciion sur le petit cod« . seil. Ce sujet de dispute en fit naître cent autres, et les désordres et les attroupements ne cessèrent qu'à une nouvelle intervention de Berne , de Fribourg et de la France. Pour se soustraire à toute inlluence étrangère, le conseil et la bourgeoisie s'accordèrent promptement (1768) ; le ^gouvernement concéda aux bourgeois la nomination de la moitié des nouveaux membres, à chaque renouvellement du grand conseil, et, entre autres privilèges, celui de révoquer annuellement quatre membres du petit conseil qui perdraient par cela même pour toujours leur droit d'éligibilité. On accorda aussi j)lus de liberté dans l'exercice de leur industrie aux Natifs, dont les familles étaient établies ^ Genève .depuis Ipng-
HISTOniK
temps et qui, dans tontes les occauons^ avaient prouvé leur attachement anx bourgeois; on permit même au
Îonvemement d'octroyer chaque année à qaelqaes-uns es Natifs le droit de boorgeoisie.
Nais le gouvernement ne tint pas ses promesses an sujet des Natifs, et ceux-ci s'insurgèrent. La majorité des citoyens marcha contre eux et les battit, lluil des principaux Natifs furent exilés. Les partis s'apaisèrent et Geîiève eut quelques années de repos. Mais la révision des luLs, décidée en 1768, remit aux prises les trois partis qui divisaient Genève. î es Natifs au nombre de • lOfHl s'emparèrent de l'iiotel de ville et des postes importants, tuant ou blessant les Négatifs qui faisaient résistance. Les Représentants s'armèrent à leur tour, arrêtèrent la fureur des Natifs, puis d'accord avec eux changèrent en grande partie le gouvernement et donnèrent à douze de leurs chefs des pouvoirs extraordinaires pour gouverner à côté des syndics. Plusieurs membres de l'ancien gouvernement prirent la fuite. Mais la France et Berne déclarèrent qu'elles ne souffriraient pas qu'un gouvernement fût destitué par des rebelles. On fit partager au roi de Sardaigno les mêmes sentiments. Des troupes irançaises. savoyardes et bernoises s'avnnrrrent donc en mrmi' temps contre la ville (mai 17^^). Zurich seul ne prit aucune part à cette mesure. Genève, rempli de dissensions, ouvrit bientôt ses portes.
La France, soutenue par Berne, fit la loi; Tancien gouvernement fut réintéf^ré dans tous ses pouvoirs ; le parti des Négatifs devint victorieux, et la bourgeoisie perdit en grande partie les droits dont elle avait juui jusqu'alors. On exigea que l'assemblée générale des bourgeois adoptât la nouvelle organisation, mais à peine cinq cents citoyens eurent-ils le droit de suffrage; tous ceux qui avaient pris une part active à la (h ruière révolution furent exclus de l'assemblée. Sur les cinq cents votants, cent treize refusèrent de donner leur voix pour l'anéantissement de la liberté genevoise.
Protéfpi par fieroe , par la Sardaigne et par la France,
le gouvernement fWfendit les réunions qui ne seraient pas pul)liqiies , les exercices militaires des bourgeois, les livres et les broctuires sur les derniers événements, et }i(irta la garnison h 1200 hommes, dont il confia le commandement à des oiîiciers étrangers. Tel fut le joug accablant sous lequel les Genevois furent contraints de plier leurs têtes. Beaucoup de citoyens émigrërent» le cœur enflammé de vengeance contre leurs oppresseurs. - Dès ce moment le mécontentement et la haine habitèrent dans les murs de Génère.
Une domination injuste ne saurait prospérer longtemps : ni les baïonnettes , ni les condamnations de livres ne détruisent dans les cœurs Famour si naturel de la liberté. Au mois de janvier 178 J, le gouvernement haussa le prix du pain, tandis que toutes sortes de maux pesaient déjà sur la ville: sur-le-champ le peuple donîja l'cs>or à sa fureur loDgtemps comprimée. Les bourgeois s'armèrent aussi bien qu'ils purent contre la garnison mercenaire, se servirent, au lieu de canons, de pompes à incendie et d'eau bouillante, et mirent en« fuite les satellites de la tyrannie. Le gouremement épouvanté rétablit le prix du pain, promit dé corriger la constitu-* tion, de diminuer la garnison, de rendre les armes aux citoyens, d'abolir les impôts onéreux, et d^accorder le ' droit de bourgeoisie aux familles d'habitants établies à Genève depuis quatre générations. Toutes ces promesses reçurent leur exécution. On obtint de Berne et de Zurich le renouvellement de leur ancienne alliance avec Genève ; la joie rentra dans tous les cœun> et brilla sur tous les visages.
Le gouvernement s'unit d'autant plus volontiers et plus intimement avec le peuple qu'il ne pouvait attendre aucun secours de la France , où la nation s'était soulevée contre le roi. D'ailleurs les paysans et les Natifs commençaient à s'agiter et à demander Tégalité des droits. Il ^ eut plus d'une fois des voies de fait; mais la bourgeoisie tint constamment le parti du gouvernement. Cependant la fermentation augmentait. Quelques Gene* vois cmij^rés ou bannis qui s'étaient établis ^n Francei
cherchaient, pour se venger de Genève, à opérer sa réunion avec la république française. Le résident français
à Geiièvc. Soulavie, aiiiiiK' du même désir, se fit un parti et encouragea sous main les paysans et les Natifs, exclus du droit de bourgeoisie, à renverser le gouvernement et la constitution, leur disant que le règiie de l'égalité des droits ("'tait venu. D'ailU^urs Tinduslrie était morte, le peuple n'avait pas d'ouvrage, et on lui promettait le pillage des riches.
L'armée française, qui voulait pénétrer en Savoie et en Italie (septembre 179^) approchait de Genève, an moment de ces troubles. Genève, dans sa terreur, implora , en vertu de son alliance, te secours de Berne et de Zurich. Ces deux villes y envoyèrent des troupes, qu'elles retirèrent aussitôt, parce que l'armée s'éloigna et que le gouvernement Irançais faisait des menaces. A peine les troupes étrangères eurent-elles quitté les frontières, que les iullJilanl^ non bourgeois et les gens de la campagne s'armèrent et s'emparèrent tout à coup de l'arsenal (décembre 1792). Un grand nombre de bourgeois mécontents firent cause commune avec eux. Dans une assemblée générale, à laquelle les autres bourgeois furent contraints d'assister^ on déposa le grand et le petit conseil, et on les remplaça par un comité de salot public, par un comité d'administration, et par une convention nationale , investie du pouvoir législatif. Ainsi rordre établi est renversé ; les crieurs et Tes tapageurs sont les maîtres; le nom d'aristocrate rend odieux quiconque ne partage pas leur démence : plus de lois, plus de justice; la fureur règne. Tout comme en France le peuple avide de sang et de pillage eut longtemps le dessus, ainsi, daris la malheureuse ville de Genève, il devient le maître et ne connaît plus de bornes dans ses excès. Le repos et la sûreté disparaissent.
Pour anéantir les soi-disant aristocrates , le parti des révolutionnaires, excité par les émissaires des jacobins de Paris et soutenu par les troupes françaises qui environnaient Genève, ainsi que par le ministre français qui résidait dans ses murs, s'empara, dans une nuit d'été
DE LA NATION SmSSB. 283
(\p 18 . juillet 1794), de rrirtillerie, et par ce movrn de loule la ville; il jeta dans les piisons plus de six cents citoyens des plus respectal)lps . des magistrats, des savants; quelques-uns furent assassinés ouvertement, d'autres clandestinement. Un tribunal révolutionDaire fat institQé pour juger d'autres prévenus; il en con-damna à mort près de quarante , au bannissement prés de cent, et ordonna la confiscation des biens des uns et des autres. Il y eut beaucoup d^autres condamnations encore : fers à perpétuité, prison temporaire, exil, mauvais traitements, tout fut à l'ordre du jour. Ces assassinats, ces exécutions, ce pillage durèrent deux ans, avec quelques intermittences; pendant ce temps, les nouveaux maîtres dissipèrent la plus grande partie de la fortiHN l Ëtatet des particuliers dont on avait couûs* que les biens.
Lorsqu'en France le peuple fut revenu à des sentiments plus humains et le gouvernement républicain à des principes de modération , tous les partis se déclarèrent fatigués des horreurs de Tanarchie. On se rallia aux hommes de cœur amis de Tordre. Alors le règne du désordre cessa. Les exilés revinrent. On rétablit la cou* stitution de 1182, d'après laquelle les anciens et les nouveaux bourgeois, les anciens et les nouveaux habitants, ainsi que les campagnaKis nés sur le sol genevois, jouissaient de l'égalité des droits. Cela arriva vers la fin de 179(>. La paix et la réconciliation furent proclaiiK f^s (Mici)ro une lois. Genève retrouva le repos après de longs orages ; mais ce fut pour peu de temps.
Lvm
MouTements dans l*anelcii pays de S^aint-Gall. Sa* irease ém l'aliM Mda. Tiwblca muw lea Ibordadvlac de Zurich^
(Jusqu à l'an 1797.)
Cependant la guerre toujours plus ardente des souverains contre le peuple français s'approchait de plus en plus de la Suisse. Du haut des Al^es , on entendait iç
tonnerre des canons en Italie, en Sowabe, snr les bords du Rhin. Mais los croiivernenH ut^ de la Confpdf^rntioo semblaient ne f :i> appréhender le danger qui toujours menace les faibles placés entre des voisins paissants qui luttent ensemble.
Les étendards de la France flottaient victorieux en Savoie, dans les Pays-Bas, en Lorraine, en Hollande, sur le sol de TAllemagne. Partout où ils paraissaient, on voyait fiiir souverains, princes, comtes, gentilshommes ; car ces étendards étaient pour tous les peuples le signal de leur liberté. Les gouvernements de la Suisse purent à peine contenir la haine et le dédain que leur inspiraient les vainqueurs. Dans leur s(^curitf^ orgueilleuse, ils riK'prisaient même Tniritalion croissante de leurs sujets, qu'endammait Pespiiance de la liberté.
Dans les anciens Etats de l'abbf^ de Saint-Oall. le peuple se souleva contre la domination de l'abbaye. Il ne supportait plus de se voir privé de ses droits, accablé de contributions extraordinaires, décharges toujours nouvelles, de listes civiles et des corvées de la servitude la plus honteuse ; tandis que Tabbaye, de jour en jour plus riche, agrandissait constamment ses domaines, et que les ecclésiastiques et les fonctionnai* res dépendants de Fabbaye ne contribuaient point aux impôts.
Cinq communes, prenant courage, délibérèrent ensemble quels justes griefs elles présenteraient à l'abbé. Peu après, tout le bailliage d'Oberberg se joignit à elles. La muîlilude de ceux qui, fi tort ou avec raison, faisaient des plaintes, s'accrut chaque jour; en sorte que le nombre des griefs s'éleva jusqu'à soixante. Les communes s'assemblèrent, choisirent un comité et tinrent conseil à Gossau, au mois de mars 1195. A leur téte se trouvait un homme de talent, éloquent et courageux , Jean Kiinzii : il conduisit tout avec prudence. Les commu* nés signèrent toutes Pécrit où les griefs étaient exposés, et le présentèrent à Pabbé.
L'abbé Béda, prince aussi bon que sage, connaissait d'autant mieux la misère ile ce pauvre peuple, cju U eUit
U£ LA lUTION SUISSE. ÎLtë
lui-même le fils d un sujet de l'abhciye, d'un pâjîjan du village de Haiienwyl, dans la Tliurguvie. Il aurait volontiers soulage ses maliieureux compatriotes, mais de tous les ecclésiastiques de l'abbaye, deux seulement partageaient ses seatimeûts et ses idées. Les autres, s'éle* vaut contre le peuple, disaient : < C'est là ce vertige de liberté qvA travaille la France. Si le peuple ne veaipas rentrer dans le silence et dans le devoir, les gouvernements confédérés, qui nous ont sisouvent assistés contre nos sujets, nous prêteront encore notre secours, i Ils s'opposèrent donc aux vues saj^es de Béda, dont ils troublèrent lellemeat les jours cju il prit déjà de buiiiie heure (en 1788) la résoluimii d'abdiquer sa dignité. Mais le pape Pie VI ne conM uUt pas alors à son abdication ; dans une lettre sévère du 13 août 1788, il ordonna, au chapitre de se tenir iranquiiU\ Les chanouies entamèrent des négociations qu ils tramèrent en longueur à dessein, pour fatiguer le peuple.
Le prince-abbé, qui découvrit leur astuce, dit aux moines : « Le temps où nous vivons ne permet pas aux gouvernements de lutter contre les peuples: il faut que les uns et les autres s'unissent pour attendre le jour du danger commun ; si donc vous repoussez nos sujets, je me jette seul dans leurs bras, t
C'est ce qu'il lit. 11 accorda au peuple des privilèges impuiiants (novembre 17U5): le droit d'élire le conseil du pays et le conseil de y iierre; de se réunir eu assemblée générale, de nommer les autorilts municipales et de racheter les charges qui pesaient sur lui. Il abolit la servitude, ordonna que les ecclésiastiques et les loue- «tionnaires publics payassent des impôts, et défendit aux couvents d'acbeter des terres. — Tant de prudence unie à tant d'bumanité répandit la joie dans tout le pays et fit bénir le nom du sage Béda. Les moines accédèrent peu de temps après au traité conclu entre leprince et le peuple ; mais ce ne lut qu'en apparence. Telle était leur perlidie que, presque à la même heure où ils signèrent leur adhésion, ils dressèrent et signèrent un acte secret (2U janvier il\è^), par lequel ils s'enga*
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geaieul à défendre leurs droits contre leurs sujets rebelles: c'est ainsi qu'ils les appelaient. l*ar là ils crurent annuler légitimement leurs promesses publirfîips, et pouvou' reprendre dans un temps plus opportun ce qu'ils avaient été contraints de céder dans les circonstances présentes. Les cantons protecteurs de Tabbaye désapprouvèrent aussi, dans le secret de lears pensées, la douceur du pieux prince envers ses sujets. Néanmoins , ne pouvant s'opposer aux concessions qu'il avait faites, ils finirent par les ratifier (août i 797).
Pendant que ces choses se passaient, des mouvements semblables avaient lieu parmi les habitants des deux rives du lac de Zurich, impatients de faire revivre leurs anciens droits.
Zurich avait toujours gouverné avec justice et avec prudence les communes soumises à la ville, et, tout en les tenant dans une dépendance respectueuse , avait rendu le canton florissantpar la sagesse deson administration. Les sujets n'avaient que rarement à se plaindre d'actes barbares ou violents, ou de la vénalité de magistrats avares. Depuis que deux citoyens vertueux de la ville, Jean-Gaspard Lavater et Henri Fiissli, eurent intenté publiquement une accusation à Félix Grebel, bailli de Gruningen, coupable d^njustice (1762), et Teurent obligé de quitter honteusement sa patrie, personne n'osa plus marcher sur les traces de cet odieux magistrat.
Mais un autre sujet de douleur affligeait ce pays et surtout les contrées des bords du lac : c'était les privilèges des corps de métiers et le droit exclusif de la ville de faire le comnu i ce; car les paysans ne pouvaient exercer dans les villages que les métiers les plus indispensables, faire d'autre commerce que celui du vin et du blé ; les fabricants de toile de coton, si nombreux dans les campagnes du canton de Zurich, étaient obligés d'acheter le coton brut à la ville, et de ne le vendre qu'à la ville après l'avoir fabriqué. Les toiles quMs fabriquaient même pour leur usage, ils de-* valent les vendre aux bourgeois de la ville de qui ils les
D£ hk NATION SUISSE. ÎB1
rachetaient blanchios et iniprimées. Le paysan était exclu de tous les emplois ecclésiastiques et civils, réservés pour les seuls tils de citadins. Le iiis du campagnard, condamné éterneilemeDt an labourage, à la culture de la Tigne ou au métier de gagne-denier dans les magasins ou les fabriques de la capitale, ne pouTait jamais sortir de la poussière.
Mais lorsque la liberté triomphante du peuple français eut aboli la différence entre les nobles et les roturiers, tiiLre les villes et les campagnes, beaucoup irhabitanls des rives du lac de Zurich, enflammés d'en- Ihousia.-me par cet exemple, s'écrièrent d5ns leurs assemblées : «Pourquoi n'en esl-il pas de mî^me parmi nous? On nous appelle Suisses libres, et nous sommes les vils sujets d'une citéî La servitude désbonorante alïlige nos contrées î » De pareils discours échaulîérent les esprits. Quelques hommes du village de Sta&(a propagèrent leurs idées sur les droits éternels du peuple, sur les services que les paysans rendaient à la ville, et ils prétendaient que Zurich devait enfin la liberté a ses sujets. On composa, pour le présenter au gouvernement, un mémoire où Von réclamait pour les habitants des cajujingnes le droit d'aspirer aux emjilois aussi bien que les ciiadins, la liberté générale du commerce et de ^indu^lne, la faculté de racheter les impôts fonciers, ainsi que d'autres droits encore (179i). Mais de pareilles exigL'iiccs ne pouvaient ôtro satisfaites que par Pabolition des maîtrises et des corps de métiers, ainsi que de rancienne constitution de la capitale, analogue aux constitutions des villes impériales^ et qu'on jurait chaque année d'observer fidèlement.
Ce mémoire^ envoyé de commune en commune, fut reçu et signé partout avec acclamation. La ville ne tarda pas à l'apprendre; aussitôt les promoteurs les plus actifs de cette mesure furent mis en prison et punis avec la dernière rigueur comme aub'urs d'une rébellion; quelques-uns furent exilés de la Suisse, d'autres coudamnés ù de fortes amendes et à Finterdiction civile (13 janvier 1795).
HISTOIBE
La punition de tant de mécontents en augmenta le nombre. Cependant quelques raeiabre^ du conseil de Zurich leur déclarèrent, pour les apaiser, que, s'ils pouvaient appuver leur demande sur des documents et des actes, ils trouveraient en eux des soutiens.
C'vM i)ourquoi, dans l'assemblée annuelle de la commune de St^iita (mai 1T05), quatre vieillards^ des plus avancés en âge, se levèrent et dirent : « Nos pères nous ont appris (]ue les archives de la commune renferment des actes signés et scellés qui assurent au peuple des franchises qu'on a laissé perdre dans le cours des siècles, il faut Ift chercher et les examiner. » — La défense que le bailli et le secrétaire baillival firent de parler de documents pareils ne fut capable ni d'intimider ni d'arrêter le peuple. On trouva dans un moulin la convenuon perpétuelle faite en présence des Confédérés, arbitres entre la ville de Zurich et la campagne, l'an 1489, le jour du l'exécuUon du bourgmestre Waldmann. — Ce traité, qu'aucun acte subséquent n'avait annulé, et que les Confédérés avaient pris solenueiiemeut sous leur garantie, établissait la liberté générale de l'industrie et du commerce. On trouva de plus un acte lait après les malheurs de la guerre de Cappel (153:2), en faveur de la campagne, par le bourgmestre, par le conseil et par les deax*cents de la ville de Zanch. Cet acte confirmait aux paysans toutes leurs franclûses précédentes et leur accordait même la participation au goa?ernement.
Munies de ces actes, les communes de Stœfa, de Kiissnacht, de Horgen, de Thalwyl, d'Erlibach et autres députèrent ver^ leurs baillis et leurs premiers magistrats pour demander respectueusement : t si ces actes avaient été annulés par les ordonnances postérieures, ou s'ils conservaient encore force de loi. > Les députés furent renvoyés sans réponse; le gouvernement ne voulut nier ni afiOrmer la validité de ces actes, vu que Tun et Tautre deces partis lui paraissaientégalement dangereux* Toute cette affaire fut traitée comme une sédition, et ses auteors^ cités à la ville pour rendre compte de leur conduite.
DE u MttM smsôË.
Ceux qui farent cités ne comparurent peiot Pour excuser cette désobéissance, les communes , et surtout Slsîfa , déclarèrent qu'elles A^ftTaient coi>fié à personne le droit âe justifier im de négocier m leur noÊt ; ({«'elles priaient le gouvememem 4e trrite^ avec eUes^iéaiefe de ces Intérêts puMles. Une telle réâstanoe «xoita le courroux de la ville. Elle arma; toute communicaiioii avec Staefa lui interrompue. Beaucoup de gens originaires de celte localité furent renvoyés de Zurich. iJn dimanche matin (5 juillet 1795), peiidaul que le peuple de Stgpia était assemblé dans l'église , 2500 hommes de troupes zuricoises , munies de pièces d'artillerie, eutrèrent dans'le village paisible.
Le gouvernement fit publier la déclaration suivante: «Vos actes et vos privilèges sont nuls et annulés; car Tan, donné dans uo temps où l'autorité légale était sus^ pendue, ne fut consenti par les sept cantons protecteurs que pour prévenir dé p\m grands maux; rautre notait valable que pour les circonstances du moment, et son effet a cessé avec elles. Aussi ne trouve-t-on nulle part que les dispositifs de ces actes aient été exécutés ou que leur non-exécution ait donné lieu à une plainte quelconque dans le cours de trois siècles. »
Telle fut la déclaration de Zurich. Les sept cantons, témoins et garants étoniels de Pacte ainsi anéanti , implorés par les communes lésées, gardc^rent le silence. Glaris seul, tidèle à rengagement de ses ancêtres, exhorta Zurich à s'appuyer plutôt sur la justice que sur la force.
Les habitants de St»fa, désarmés^ environnés de baïonnettes, jurèrent solennellement de renoncer à leurs titres. Tous ceux qui, dans ce village et ailleurs, s^étaient montrés actifs pour les intérêts des communes , furent comlamnés, les uns à une prison perpétuelle, d'autres à une captivité de dix, de vingt ans, d'autres à une détention dans une maisoi» de correction, d'autres au liannissement, d'autres à être battus de verges, d'autres ewûn à des amendes énormes. La commune de Slœfa, après avoir support!' plusieurs mois la chargt' d'une garnison militaire^ dut payer eucore 78,OUU llonos de fraiâ. L'un
HlSTûiB£
de ses magistrats et de ses cilu>eiis les plus âgés et les plus respectables, le l)Oursicr Bodmer, dont les cheveux avaient blanchi dans la carrière de In vertu, fut conduit à Zurich sur Téchafaud, et le bourreau passa au-dessus de sa tête le glaive de la justice, en signe qu'il avait mérité la mort. Son crime était d'avoir insisté le premier sur la recherche des documents. Puis il fut ramené en prison, où il devait rester jusqu'à la ûn de ses jours.
Dès lors le silence de la terreur régna dans toutes les campagnes , et l'espoir de la vengeance dans tons les cœurs.
Le contre-coup de la révolution française devait naturellement se faire sentir aussi dans le pays de Neuchâtel, et surtout paiini ia population des Montagnes, placée sur rexlK'iae Irontière. Des cris d'indf'{>endîmce et de libei Le furent poussés ; on planta des arbres de liberté. De 17^4 à 1794, relTervescence fut à son comble et les rixes fréquentes entre les royalistes et les républicains. Un affreux malheur apaisa quelque peu les passions politiques : dans la nuit du 4 au 5 mai 1794, le village de la Chaux-de-FondSy qui comptait déjà plus de 3&00 âmes, devint la proie des flammes ; soiûnte-deux maisons sur quatre-vingt-neuf furent consumées. On attribua d^abord ce sinistre aux haines politiques. Une enquête eut lieu; elle établit que l'incendie ne devait avoir eu d'autre cause que ia négligence.
nn de randeiine C^nfédénitloii* Eotrée d«B Français
en Sniaae*
(De ran 1797 à raa t798.)
Beaucoup de Suisses avaient été bannis de leur patrie à différentes époques pour avoir défendu avec trop d^audace, par leurs discours ou par leurs actions, les droits
et la liberté de leurs concitoyens. Plusieurs d'entre eux \ s'adressèrent aux chefs de la république française, et leur dirent, le cœur enflammé par la vengeance : « Les gouvernements des treize cantons de la Suisse nous on\
DE lâ nation suisse.
exilés de noire liatrie; ils sont vos enneinis comme les nôtres, car ils soûl les ennemis de la liberté. Se croyant de pi'lil> monarques, ils aiment mienx avoir des sujets que des concito\eiis, et soni lu's s( ci élément avec les monarques contre vous. Aidez au peuple suisse A reconquérir la liberté ; il vous appelle, il vous attend à bras ouverts. Des hommes libres sont les alliés les plas fidèles d^UD peuple libre, i
De pareils discours plurent aux chefs du gouvernemeut français : ils voyaient dans la Suisse ud excellent rempart pour la France et un chemin toujours ouvert pour entrer en Italie et en Allemagne. D^aiMeurs les trésors que possédaient plusieurs villes de la Suisse excitaient leur envie. Ils cherchèrent donc à se trouver en collision avec les gouvernements confédérés; mais ceuxci, se tenant sur leurs gardes, évitèrent avec soin toute offense; reconnurent la constitution française, renvoyèrent de leur pays les princes, les gentilshommes, les ecclésiastiques émigrés qui avaient cherché et croyaient avoir trouvé un asile inviolable dans les vallées de rUelvétie.
Bientôt après , le grand général Napoléon Bonaparte passa par la Suisse occidentale et par la Savoie pour aller combattre en Italie la puissance de ^empereur. Ce
monarque, l'empire germanique et l'Angleterre luttaient
seuls contre la France depuis que les rois d'Espagne et de Prusse avaient iail la paix avec elle. En peu de mois et dans |)1 u^ieurs batailles, Bonaparte écrasa la puissance de l'Aulnche (1707). battit et effraya l'Italie d'une extrémité à Tautre . s'empara de la Lombardie entière et força l'emperiiur à faire la paix. Il érigea la Lombardie en république indépendante, sous le nom de AépubUque cisalpine.
Excités et encouragés par la liberté nouvelle de leurs Yoisins, les habitants des vallées de la Valteline» de Chiavenne et de Bormio aimaient mieux être citoyens libres de la république cisalpine que sujets malheureux de la république des Grisons : car leurs plaintes et leurs griefs avaient été rarement écoutés par leurs maîtres. Avant
d'aoeéder aux vqbdx de ce peuple , BoD«Mrt6 dit nmt Grisons : t Si voas accordée a rm fiujeu laliboité et Té-
galité des droits, ils resteront vos concitoyens. Je vous laisse le temps de la réflexion; prenez une résolution, puis envoyez-niui des dt pulés à Milan. *
Mais les partis, dan^ les Grisons, ne pnrent ni s'entendre ni arrivera un résultat; beaucoup de gens criaient : « Que les habitants de la Valteline restent nos sujets ou se séparent à jamais de nous t » — Le terme fixé s'étant éeo«rié ^ns qu'il arrivât aucune réponse, Bonaparte, plein d'impatience et de colère, réunit à la république cisalpine la Valteline, Chiavenne et Bormio (32 octobre i 797). Les biens que les Grisons possédaient dans ce pays forent anssîifAt confisqués et dissipés. Par )à, plusiears familles riches des Gnsons se troofèrent réduites à la misère.
Quatre semaines plus tard l'évéché de Bâle fut incorporé à la France de la mt^me manière. La consternation se répaïKlii i»ariiii les Suisses. Mais de pins iirands malheurs encore les menaçaient; car dans le canton de Bàle le peuple de la campagne murmurait contre la ville; dans l'Argovie, plusieurs villes s'agitaient et réclamaient de fierne leurs anoleiis privilèges ; le Pays de Vaud redemandait avec plus d'énergie et de tamulte qoe jamais les libertés que Berne lui avait enlevées. Le bruit se répandait aussi qu'une année française appnichait des frontières de la Suisse pour protéger les Yaudois. Ceux* ci avaient imploré la médiation de la France en vertu d^anciens traités. Mais Popinion générale attribuait aux Français r intention de renverser les gouvmiements confédérés et de se rendre maîtres de la Suisse.
Berne et Fribourg se hâtèrent de mettre des tron[)es sur pied, pour subjuguer par la terreur et réduire au silence le Pays de Vaud et TArgovie. Une diète fut convoquée précipitamment dans Aarau. On y parla beaucoup, on n'y décida rien ; les gouvernements se déliaient les uns des autres et n'osaient pas se confier à leurs su|ets« Ce malheur était grand , mais il ne datait pas de la ?eîUe. Pressentant laruineprootiainedeiaGoniMlération,
les députés reooiivelèrent Tantique sermeni d^alliancê (25 janvier 1 798), mais sans !a confiance et sans renthoiF*
siasme de leurs h(^roïques aïeux. A peine le serment fut -il prononcé qu'un envoyé de Baie arriva en toute hâte : Six cents paysans, • dit-il « sont entrés dans notre ville; les châteaux des haillis soîit en flammes, tous les sujets sont déclarés hbres. » A ces mots , une terreur subite glaça les députés : ils se séparèrent à l'heure même en tremblant.
Il y eut une grande agitation dans toute la Suisse, quand on vit la crainte et la faiblesse des gouvernements et leur opposition constante aox vœux du peuple. Des comités chargés des intérêts des campagnes furent formés dans le canton de Schaffhouse, dans le Rheinthal» dans le Toggenbourg, dans laBfarche, à Wesen^àUznach. Au delà des Alpes, lesbailliages italiens plantèrent Tarbre de la liberté sur les bords du Tessin. La Confédération entière se trouva bientôt dans un état de troubles et de dis>olaUon. Les gouvernements cantonaux, énervés, défiants, divisés, chacun tout entier à ses propres intérêts, agissaient sans accord et sans patriotisme. Il n'y avait pas plus d'union entre les peuples des diverses contrées, divisés d'opinions et de vœux. Les uns, ignorants et grossiers . ne comprenant point le mouvement du siècle , voulaient que Tancien ordre de choses fût conservé. D'autres plus éclairés et accoutumés à plus d^aisance demandaient Tégalité des droits entre la ville et la campagne. D'autres se bornaient à réclamer le» franchises qui leur appartenaient en vertu des conventions écrites. Un grand nornljre pensait qu'on ne pouvait rien obtenir sans le secours de la France ; mais la majorité du peuple abhorrait Tinterveiition armée d'une puissance étrangère dans les affaires de sa patrie.
Cep^Midaiit une armée considérable de Français approchait. Elle entra sur le territoire de la Confédération sous les généraux Brune et Schauenbourg , et le Pays de Yaud se déclara indépendant do Berne sous la protection des armes françaises. Les gouvernements de la Suisse comprirent alors qu'ils ne devaient plus songer
à maintenir leur ancienne domination : ceux deLucerne
et de Schaffhouse proclainèrentla liberté de leurs sujets et s'unirent avec eux. Celui de Zurich ôta les fers aux prisouiiiers de Stsefaet promit de fairr» dans la constitution des changements avantageux au peuple. Mille leux de joie brillèrent le lofig du lac, dans les vallées et sur les collines, lorsque le vénérable Bodiner, sorti des prisons de Zurich avec ses compagnons d'infortune, rentra libre dans ses foyers. Jamais Suisse ne reçut de son yi- Tant, dans sa patrie, un hommage public aussi solennel que le vieillard Bodmer. Fribourg reconnut aussi que rheure était T^nue où allait régner cette liberté pour laquelle le sang de Chenaux avait coulé. Le grand conseil de Berne reçut au nombre de ses membres cinquantedeux représentants de la campagne, et engagea le peuple à s'unir à lui dans le danger commun.
Ces réformes, cesrévoiutionsfnreud'ouvragede quatre semaines; mais elles se firent trop lard. Berne, Fribourg et Soleure opposèrent leurs troupes à Tarmée française qui s'avançait. Le courage ne manquait pas ; mais Tunité et la concorde, mais la discipline et Thabitude de manier les armes , voilà ce qui manquait. De faibles secours arrivèrent de Glaris , de Lucerne , des cantoos forestiers et de quelques autres ; mais à la première nouvelle d^un revers, ces troupes, craignant pour leurs foyers, seretirërent avant même d^avoir aperçu Tennemi. Alors les Suisses et leurs gouvernements déplorèrent leurs erreurs, regrettèrent d'avoir laissé se rouiller leurs armes, d'avoir désappris Part de la guerre, et cru pendant la paix que sa durée serait éternelle. Argent, orgueil, magnificence, prières, chapelets , rien ne servit pour sauver la pairie. Le ciel ne coniliat qu'avec ceux qui savent combattre et mourir pour ia justice ; il rejette les lâches qui se renferment dans une orgueilleuse sécurité.
Dès le premier jour de la guerre (2 mars 4798) , les troupes légères des ennemis prirent Fribourg et Soleure, et le quatrième jour (5 mars) elles entrèrent dans Berne môme. £n vain les Bernois 0rent sous leur colonel
Grafïenried nne résistance victorieuse près de Neueneck; en vain ils livrèrent un combat sanglant au Grauholz. Voyant que tout était perdu, les paysans armés se dispersèrent ; poussés par le désespoir , ils crièrent à la trabison et assassinèrent plusieurs de leurs officiers.
L'heure de l'infortune de tous les Suisses avait sonné. Néanmoins le danger même et les malheurs ne purent plus les unir. Chaque canton , quelque petit qu'il fût, négociait pour son compte , armait pour son compte , et ne songeait point aux autres. Aussi tous périrent. Ceux des gouvernements qui n'avaient pas encore voulu reconnaître la liberté de leurs sujets ne tardèrent pas plus longtemps ; ils la proclamèrent avec pusillanimité, avec l'agitation du désespoir , avec pompe. Trop tard : les bataillons français occupaient déjà tout le pays situé entre le Jura et les Alpes.
La France prenant le ton de l'autorité, fit la déclaration suivante : « La Confédération a cessé d'exister. La Suisse entière formera une république une et indivisible sous un gouvernement central. t!elui-ci, avec les représentants du peuple réunis en corps législatif, siégera dans la ville d'Aarau. Tous les Suisses, citadins ou paysans, seront égaux en droits et devant la loi. Les citoyens réunis en assemblées primaires nommeront les administrateurs , les juges, les magistrats et les représentants de la nation. Le gouvernement nommera, pour rex(!xution des lois dans les divers cantons» des préfets et d'autres autorités. »
La Suisse fut divisée en dix-neuf cantons , à peu près égaux. L'ancien territoire de Berne forma quatre cantons, Vaud, Oberland, Berne et TArgovie. Ën revanche, plusieurs petits cantons furent réunis en un seul ; ainsi Uri, Schwytz, Unterwalden et Zug composèrent le canton des Waldsta?tten ; une partie du pays de Saint-Gall, l'Appenzell, le Rheinthal reçurent en commun la dénomination de canton du Sentis. Claris, réuni à quelques districts voi.sins, reçut le nom de canton de la Linth ; Fribourg, agrandi par l'annexion de Payerne et d'Aven-
ches, fornaa le canton de Sarine-et*Broye. iles pays au-
HISTUIHE
trfCcda sujets de la CmlédératioD, tels que Baden, la
Thurgavie, Lagano et BelUnzona, formèrent de nouveaux caiitoiis ; le Valais fut uni de môme à la Suisse; les Grisons furent seulement invites à accéder à ralliance; Geiiève an contraire, el Mulhouse, détachés de la Goûfédération et incorporés à la France.
C'est ainsi que les vainqueurs étrangers disposèrent de la Suisse , qui dès lors fut appelée République hekéfigiM. Ils imposèrent des contributions énormes aux anciennes villes capitales ; emmenèrent les tonnes d'or que les villes de Beroe, de Zurich et d'autres avaient accumulées dans leurs trésors durant leur domination^ an lieu de les emplover au bonheur de leurs sujets et au bien général de la Confédération. Ils conduisirent en France , comme otages , pour le paiement de ces contributions exorbitantes et pour le maintien de la tranquillité publique, des membres des aiicieiis gouver- nements ou des kaniUes nobles.
Mais les Gers montagnards, du Bas-Unterwalden, do Schwytz et de Claris, jaloux de leur liberté antique et héréditaire, s'écrièrent d'un commun accord : « Nos pères ont acquis dans le combat et avec leur sang le trésor de leur indépendance ; eh bien 1 ne le perdons que dans les combats et avec notre sang I » Un premier combat ent lieu à WoUerau ; il fut sanglant et infiructuenx, et les Glaronnais rentrèrent dans leurs foyers. Postés & leurs frontières, près de la Schindellegi et sur les rochers de TEtzel, en vue des bataillons ennemie, les Schwytzois jurèrent avec leur général Mois Reding le serment d'être fidèles à leur paUic jusi[u à la mort. Ensuite ils se battirent victorieusement à la Schindellegi et à Saint-lost, tandis que le curé de INolre-Dainedes-Ermiles, Marianus ilerzog , qui commandait ses ouaiiiessur le mont Etzel, prenait tàcliement la fuite. Mais Aloïs Eeding rassembla ses troupes^ près de Rothen^ thimn,. mu loin du champ de bataille de Morgartea. lÀ se livra un combat long et sanglant. Les bergers comr battirent dignes de leurs ancêtres et victorieux comme
ew» Trois* lois l^s batailtooa françai» renouvelèrent» It^
DE LA HAfK» SUiS6S
combat, trois fois ils furent battus et enfin repoufis^^s jnsqu'A Ëgori dans le pays de Zupf. CViait le ± mai. Les ennemis lais^^Arent pins 'de ^UOO hommes sur le champ de bataille consacré par la victoire. Le jour suivant, les SuiftSds des Waldstatteo se couvrirent encore de gloire dans un combat livré près d'Arth. Mais la victoire coûtait à ces béros lear sang et leurs forces. Ils capitulé* rent, et, la mort dans Tâme, accédèrent à la RépMiqae
Ainsi finit Tancienne Confédération. Elle avait subsisté 490 ans ; 74 jours suffirent pour la dissoudre. Edifice déjà ruineux, elle tomba sans avoir mérité une chute si honteuse. Sa luUe contre une puissance qui envahit le raondi^ fut >eiiiblable aux derniers cHVirU {Vuw vieillard mourant qui, d'une main glacée, sai^Nil encore son fer, non pour protég( r le faible reste de sa vie, mais pour descendre dans la tombe avec tout son hotineur.
La Suisse a reçu en 1798 une de ces terribles leçons que la Providence a souvent données aux peuples pour les ramener à la concorde, à la justice et aux vertus qui rendent les nations florissantes et heureuses. Réfléchis, fila de THelvétie, sur les causes ûe ces tristes évéae^ neals, «t deviens sage A Téeole de Texpérienca
Cattffédéraltaii.
(Ueran 1798 à Tau 1803.)
L^ancien ordre de choses avant été changé volontairement ou aboli par la force dans toute la contrée comprise entre les Alpes et le Jura, les citoyens les plus
éclairés dirent : t De grands maux nous ont frappés, mais faisons-les servir au bien de notre patrie. Tant que nous avons formé un grand nombre de petits Etats, la division de notre territoire nous a divisés d'intérêts et de sentiments; chaque canton a été faible pour sa défense, pauvre ponr des institutions utiles, opposé aux grandes vues du bien public; Tégoïsme rétrécissant les
esprit*^, tout nous conduisait à )a discorde qui nous a conduits à notre perte. Oiip le peuple suisse ne l'orme donc plus qu'une famille unique donl tous les membres aient les mêmes droits: qu'une force unique capable de maintenir la liberté au dedans , de repousser Fennemi au dehors, aûn que nous occupions encore une fois ud rang bonorable parmi les nalious de la terre. »
Mais la multitude, aveugle et sans instruction, ne comprenait point ces discours et ne regrettait que la perte de ses anciens usages. Elle avait désiré la liberté et l'indépendance, mais non la réunion des différentes parties de la Suisse en un seul tout : elle eût vu. au contraire, avec plaisir que chaque petit district, ou môme chaque vallée, formât un petit canton indépeniLmi. gouverfié par lui-même, organisé à sa guise, seulement uni aux autres par le lien d'une confédération.
Tous les événements subséquents augmentèrent les regrets du peuple, sa haine pour le nouvel ordre de choses et son désir de voir naître uîie confédération divisée en un grand nombre de cantons. Le gouvernement central, établi à Aarau sous le nom de directoire exécutif, sans crédit, sans considération, étranger à lui* même et au peuple, dépendait de ses protecteurs français qui s'appliquaient a lui ravir toute dignité. Au sein du sénat et du grand conseil, composés de députés de tous les cantons, luttaient ensemble les opinions de tous les ]iarlis, les idées du peuple et celles de l'école. Dans les diverses contrées de la Suis-^e. les mêmes partis se combattaient encore, et souvent les arni^s à la main. Un amalgame d'institutions et tl(î loisancioimos et nouvelles faisait naître les contradictions les plus funestes. Tandis que TËtat était souvent privé des ressources les plus nécessaires, que les employés et les ecclésiastiques ne recevaient pas leurs pensions, les commissaires, les généraux, les soldats de la France vivaient aux dépens de la Suisse dans une opulence- honteuse et envoyaient en France des sommes énormes, fruits de leurs rapines.
Le peuple, mécontent, murmurait contre tout ce qui se faisait, et son mécontentement était alimente par les
anciens magistrats et emj^oyés qui avaient perdu leurs places» par les moines qui appréhendaient rabolition de tous les monastères, par les ecclésiastiques que Ton ne payait plus et par les né|[ociants et les artisans qui ne jouissaient plus de Tautonté des corps de métiers ni des prérogatives des cités. Toutes ces classes d'hommes parcouraieut les villes et les campagnes, présentaient au peuple comme gage d'un meilleur avenir la guerre qui allait éclater entre la France et l'Autriche, et lui prouvaient la nécessité de soutenir l'empereur pour chasser les Français.
Aussi, lorsque toutes les peuplades de la Suisse furent invitées à prêter serment à la nouvelle constitution (juillet 1798), il y eut des soulèvements et des révoltes dans le Rheinthal, dans TOberland, dans le pays d'Appenzell et dans plusieurs autres contrées. Us turent étouffés par la fiolence, dans le Bas-Unterwalden d'une manière plus terrible qu'ailleurs. Là, un capucin, Paul Styger, et quelques autres ecclésiastiques avaient excité le peuple à la révolte, en lui persuadant que la constitution apportée par les Français était Touvrage du diable. Le peuple s'arma pour résister à Tarmée de Schauenbourg qui s'avançait. Pendant trois jours une poignée de pâtres livrèrent des combats sanglants près du lac, au pied des montagnes, à un corps d'armée considérable. Trois à quatre mille Français furent tués avant que les autres pussent pénétrer dans Tintérieur de cette contrée. Mais alors leur vengeance ne connut point de bornes ; Stanz* stadt, Ennenmoos et Stanz devinrent la proie des flammes : hommes^ femmes, enfants, prêtres, tout ce qui ne put pas s^enfnir fut massacré. Près de quatre cents personnes furent ainsi égorgées au milieu des plus horribles abominations (9 septembre 1798). Immédiatement après ces malheurs, le gouveriiement , qui venait de transporter son siège à Lucerne, parce que la ville d'Aarau se trouvait trop petite (4 octobre), décréta un impôt et une conscription pour le service militaire : de là de nouveaux désordres dans les cantons de Berne, de Lucerne et ailleurs. Beaucoup de jeunes gens s'enfuirent
dans d'autres pays pour dp pas servir dans les milices helvétiques ou daas les i 8,000 hommes que la Suisse devait fournir à la France.
Enfin Teno^ereur d'Autriche déclara la guerre à la satioD fnn^ise* Déjà ud eorps d'Autriphieos dvaient oecupé les ârisoDS <i9 ectobre), d'o^ Ton bannU Ums eeuK qui avaient demnié la réu&ioa de ea pays avec THelvétie. Les Français ayant reçu un grand échec près de Stockacli en Souabe (21 mars 1799), les forces autrichiennes s'étaot avancées dans Pintéheur de la Suisse et livrant des bataille< presque tons les jours, le gouveriiemenl helvétique, ellrayé de l'approche de rennemi, ne se crut plus en sùrelt'^ à Lucerne ; il transporta son siège à Berne (31 mai) ; alors tous les partis se ranimèrent et s'agitèrent avec une Qouvelle fureur. Des Suisses s'entretuaieat combattant spus les di^peaw de TAutriche et sous ceux de la France. Il y eut de tottlas parts des soulèvements et des 3éditiofls . tantôt à <saiiae la con^ipfîoa« titntût par le désir de fa^ vonser les armes de rAatriche : ainsi à Flawyl et Hostnang dans le cantOR du Sentis, à Menzingen et Rlieinach dans TArgovie, à Russwyl dans le cautou de Lucerne, à Moral et dans d'autres parties du canton de Fribourg; à Schwytz, où Ton assassinait les Français ou les forçait de fuir; à Lugano, à Uri, dans le Valais, à Arl)erg et dans d'autres contrées encore. Français et Autrichiens se battaient dans les vallées, sur les rochers des Alpes, au bord des lacs, au-dessus des nuages ; les champs de b«|idiUe se toucbaieni. Hommes et chevaux
|)assèreut des cols et des sommités visités jusqu'alors par es seuls chasseurs de chawiis- Tour A tow le« Allemands et les Français prirent, pjsidirent., reprirent les Grisons 4»t les montagnes qui environnent les sources du Bhin. Les drapeaux de Tarchiduc d'Autriche s'avancèrent victorieux jusqu'à la ville de Zurich , de ïè^, vers la gauche, jusqu'au Saint-Gothard ; vers la droite, Jusqu ^u Rhin (juin) ; leurs trqup^s furent grossies par des hordes ruades et asiatiques. Depuis les jours Romaiiis. des AUemanui et des Bourguignons, la <$uis^ u-a^aHpa^iébi frappée d'une calamité pareille.
Plusieurs anciens magistrats, dépouillés de leurs dignités, comptaient les re[)rendr0. Ils l'essayèrent çà et là sous la protection des armes de TAutrichè. Le nouvel abbé de Saint-Gall, Pancrace Forster, vint rétablir dans ses Etats une servitude plus dure (lu'elle ne Tavait jamais été, fit arracher an [x uph^ jiar des dragons autrichiens les lettres de franchises qui lui avaient été oo* troyéea, ouvrit de force les archives du pays et en enleva faHis les documents. Mais il sentit bientôt où conduit la force sans la jasiice. Les filles de Zurich et de Schaffhovse s'aperçurent aussi 9«e le peuple oe voulait plus se courber sous le joug qu'il avait poité si longtemps.
Le général français Masséna ayant remporté la victoire dans la terrible bataille de Zurich C^S septembre), où fut détruite la puissante armée russe que Souwarow avait amenée d'Italie par-dessus les Alpes, la constitution helvétique fut rétablie daos toute la Suisse, même dans les Grisons (juillet 1800).
Cependant les chefs du gouvernement central iMahlià Berne comprirent que cet état de choses ne pouvait ni subsister» ni protéger la Suisse; ils songèrent donc à perfectionner le système du gouvernement. Mais leurs opittioBB étaient constamment diviiéesw Plus occupés des personnes que des intérêts publics, les partis se renrer^ saient les uns les autres; aucun d'eux ne se soutint longtemps ; aucun d'eux n'eut le temps de sauver la patrie.
D'abord le sénat et le grand conseil cassèrent le directoire exécutif (7 janvier 1800), établirent une nouvelle constitution et un nouveau gouvernement sous le nom de commission executive. Sept mois après, la commission exécutive destitua par ur» coup d "autorité le sénat et le grand conseil (7 août 1800), convoqua un nouveau conseil de législation, et le gouvernement prit le nom de conseil d'exécution. Au bout d'une année, une diète helvétique générale s'assembla à Berne (7 septem*bre 1801) pour donner à la Suisse une meilleure coasti«tution ; mate la diète ne pouvant ni s'entendre, m en venir à un résultai, fut dissoute d'aulartté par um partie du conseil légisiatif tt du conseil d'exécution, qui
troduîsirenl une nouvelle constitution avec un sénat et un polit conseil (28 octobre 1801). Le vainqueur de Rothcnthurm, Aluïs Reding, dont le nom était cher au peuple helvétique, fut mis à la tête du petit conseil en qualité de premier landammann de la Suisse ; mais comme il ne jouissait de la confiance ni du gouvernement français, ni des Suisses qui haïssaient Tancien ordre de choses, le sénat cassa le petit conseil et congédia Aloïs Rediag (17 avril 4802). Des notables, appelés de tous les cantons, furent chargés de faire un Donvean projet de eonstitation, qui fot adopté. Le gouvernement se composa d'un sénat et d'un directoire exécutif, à la téte duquel on plaça, comme landammann delà Suisse, Dolder, politique souple et adroit.
Le peuple suisse demeurait spectateur indifférent de ces changements, de ces bouleversements continuels des pouvoirs, qui ébranlaient les lois et l'autorité au lieu dr les ailermir. Il gémissait des troubles que chaque jour voyait renaître, des impôts et des contributions dont on rnrcablait, des vexations que lui faisaieîit éprouver les troupes françaises ; on. n'entendait parler que d'émeutes et d'agitations. Le Valais surtout était épuisé sous la domination arbitraire des généraux et des soldats français, auxquels il était en proie. Pour conserver une route par les Alpes en Italie, la France voulait détacher le Valais de la république helvétique.
Un seul vœu animait invariablement tous les peuples de la Suisse : que chaque canton libre et s'organisant à sa guise, ne fût uni aux autres que par le lien d une nouvelle confédération indépendante du gouvernement français, atîranchie et du joug des troupes étrangères et du joug de Tancienne sujétion.
La pai^ ayant été conclue à Amiens entre la France et les autres puissances belligérantes, conformément au traité de paix, les garnisons françaises de la Suisse retournèrent dans leur pays (août 1802). Aussitôt l'esprit de parti et l'esprit cantonal se réveillèrent avec une nouvelle force. Le Valais forma une république à part; Uri, Schwytz et Unterwalden s'armèrent contre le gouverne-
DE Lk NATION SUISSE.
ment helvétique. La ville de Zurich s'en sépara de même. Bâle Schaffhouse suivirent cet exemple. L'Argovie levée en masse marcha sur Rt^ne. Privé de secours et sans défense, le gouvernement helvétique s'enfuit à Lausanne, tandis qu'une diète s'assemblait à Schwylz (septembre i803) pour rétablir Tancienne Confédération. Chassées de Tintérieur de la Suisse, les faibles troupes helvétiques, soldées par le gouveroemeut, les suivirent dans le Pays de Vaud. Partout les partis couraient aux armes ; les campagnes s^armaient pour défendre leurs liberté» contre les prétentions des villes; les Vaudois s arniaieut pour protéger Tunité el la liberté de THelvétie. Une guerre civile générale était sur le point d¥clater;le sang coulait déjà. Alors le chel puissant de la nation française, Napoléon Bonaparte, tourna ses roç^ards vers la Suisse. Il ordonna la paix. A la nouvelle apparition de ses drapeaux redoutables (21 octobre), tous les partis posèrent les armes et le prièrent d'être leur médiateur : les Suisses ne se confiaient plus aux Suisses.
Napoléoii Banaparie donne mmx. ShUm» Taeie de
médUiaon.
(De ran 18Û3àranl813.)
Il manda vers lui à Paris des députés de tous les parlis et de tons les cantons; après les avoir entendus, -après avoir bien snisi Tesprit des diverses poupladcs de rilelvétie. sa |);irol(^ puissant*^ mit fin à leurs débats; sans égard pour les intérêts des castes et des personnes, il n'euten vue que Tintérôt de la chose publique. Il n'écouta ni les vœux des familles aristocratiques qui redemandaient la domination et des sujets, ni les partisans d'une république indivisible soumise à un gouvernement unique et au même code de lois ; mais il écouta la voix de la grande majorité du peuple qui réclamait l'indépendance de chaque canton et désirait que les campagnes et les villes jouissent des mêmes droits et de
UISTOIES
la même liberl*'. Sous le voile d'une crrande affection pour la Suisse. Napoléon Donaparte ne consulta que son adroite politique. « Le pi ii{)le sera satisfait. » peiisa-t-il, t et la Suisse, divis('*e en parties indépendantes, toujours « en dissensions, toujours faible, demeurera aous ma dé- « pendanca et ma direction.»
Il intervint donc dans les affaires des Suisses eC leur donoa Tacte de médiatioo (19 février i803), désormais loi feodamentale de toute la ConfédëratioD. Ghaqae tsanton y reçut sa consCitation partîcmliëre. La Confédé* ration se composa de dix-neuf cantons : aux treize anciens il ajouta ceux des Grisons (y compris Rhaezuns et Tarasp, mais non la Valteline), d'Argovie(avec Baden et le Frickthal), de Vaud, de Saint-Gall, de Thurgovie et du Tessin (les anciens bailliages italiens» Les dispositions fondamentales de la nouvelle conslilution étaient les suivantes : Les villes et les familles n'auront plus de prérogatives; les cantons plus de sujets; tous les Suis-
brement leur industrie et s'établiront où bon leur semblera, dans toute Tétendue du territoire suisse. Les intérêts communs de la Confédération seront discutés dans une diète annuelle , assemblée alternativement
dans les villes de Fribourg, de Berne, de Soleure, de Bâle, de Zurich et de Lucerne. Le chef du canton directeur, landammaiiii delà Suisse, miia la direction des
aîTaires générales du pavs, et communiquera avec les anilia^sadeurs des puissances éirangères. Chaque canton se régira lui-même et aura son gouveruemeiii et ses lois.
Les dix-neufcantonss'étant constitués conformément à cette loi fondamentale, et le gouvernement helvétique, de retour de Lausanne à Berne, s'étant dissoua, Bonaparte retira ses troupes.
Fresque t(»us les peuples de la Suisse organisèrent paisiblement leur administration intérieure, eC se soumirent au nouvel ordre de choses. Dans le seul canton de Zurich, plusieurs communes refus^ent de prêter le sermeiit requis, burloul daus les districts de liorgeu et de
ses, citadins
droits, exerceront li-
DE lA NÀTHm SUISSE
Meilen ; elles se plaignirent du rachat des diioes, du cens et d'autres impositions, rendu fort onéreux, préten* daient-elles. Sans éconter aucune représentation amicale, elles maltraitèrent des magistrats innocents, mi* rent le feu au chftteau de Waedenschwyl (24 mars 1804)^ et coururent aux armes. Les longs désordres des années précf'derilc.-. avaient fait naUi e l'habitude de se faire justice soi-même, au mépris de toutes les lois. Mais des troupes, venues en hâte des cantons voisins et jointes aux Zuricois demeurés fidèles, étoutïèrent la rébellion après quelques combats. Le chef de la révolte, Jean-Jaques Willi, cordonnier de Horgen, et ses principaux complices furent punis de mort; d'autres mis aux fers ; quarante-deux communes coupables, condamnées k payer, pour les frais de la guerre, une somme de plus de 200,000 florins.
Pour le bonheur de la Suisse, Ton éteignit cette étincelle avant qu^elIe n'allumftt un incendie général. Sur tous les points du sol helvétique, les partis étaient encore en présence, et un grand liombre de citoyens esrpéraienl s'élever surlesdéljris de la nouvelle organisation. Les amis de l'unité helvétique murmuraient contre le démembrement de la république indivisible. Les couvents murmuraient parce que leur exisleiice leur paraissait incertaine, et Pancrace, abbé de raucien monastère de Saiut*Gall, appelait publiquement les SaiatrGallois vassaux rebelles de Tempire. Dans plusieurs endroits , les campagnes murmura ieat pour nVoir pas obtea» des assemblées générales comme les petits cantons. Les patriciens et les familles urbairnés murammienl de la perte de leurs privilèges et de leurs sujets.
Néanmoins la majorité du peuple suisse voulant La paix et le repos, s'attacha fermement à la nouvelle liberté. Le mécontentement de quelques-uns fut éloutîé parles vœux delà généralité; d'ailleurs tous tremblaient devant la volonté du puissant médiateur, qui faisait trembler même les rois. Car la puissance de Napoléon s'accrut à> tel point qu'il pUiça aui; sa tâte* U coucoum
HISTOIRB
impériale (i804), et avec son épée frappa de terreur la moitié du monde.
Telle fat la cause de la tranquillité de la Suisse, qui Tit dès lors une lon^e suite d'années paisibles et heureuses. Les révolutions et les guerres civiles avaient réveillé les forces endormies des Suisses. On put remarquer chez eux une activité qu'on n'avait jamais vue au|)aravaîit. M«M<s enseiublc par les orages poliuques, ils avaient n[)iu'isà se connaître et n'étaient plus étrangers les nus aux autres. Les (wénements qui arrivaient dans un canton inspiraieiit de rintéret à tous. Des écrits de toute espèce, des brochures, des journaux, au- ! trefois étouffés par des gouvernements ombrageux, instruisirent le peuple de ce qu'il lui importait de savoir, attirèrent son attention sur les intérêts généraux, entre* tinrent et propagèrent un esprit public auparavant inconnu. Des Suisses de tous les cantons formèrent ensemble des sociétés pour Tavancement d'idées et d'institutions utiles, pour les progrès des sciences et des arts, pour l'entretien de Tunion et du patriotisme. Le canal de la Linlh restera un monument éternel de cet esprit vraiment patrioiique qui. h cette époijur. ^fi manifesta pour la première lois. Des Suisses de tous les cantons réunirent, par des contributions volontaires, un million de francs pour dessécher les rives du lac de Wallenstadt, à l'entrée de la vallée de Glaris. L'amour qui avait commencé d'unir tous les Confédérés ne se manifesta
Sas moins généreusement lorsque la montagne du ossberg, au-dessus de Goldau, dans le canton de Schwytz, minée par des pluies d'automne fort abondantes, s'écroula subitement avec un fracas horrible, vers le soir du 2 septembre 1806. Goldnu, Lowerz, de nombreuses cabanes pastorales furent enterrées sous les décombres de la montaî^ne ; des centaines de personnes y trouvèrent leur tombeau.
Le peuple libre en tous lieux, affranchi d'une tutelle tyrannique qui avait prolongé sa minorité morale, s'appliqua derechef avec ardeur et avec plaisir au trafic, au commerce, à l'agriculture, aux soins du l>étail ;
ni eoips de métiers, ni lois prohibitives o'arrétaient
rindustrie, ne gênaient les communications de canton à canton. La part qu(3 tous It^s citoyens prenaient aux intérêts pul)lics força les goavernenients à être paternels et justes, à rélurnier les lois défectueuses, à favoriser lesinslihitions utiles. Le peuple voulul vire, libre ; mais sans lumières et sans force, il n'y a de liberté pour aucun peuple. Les écoles furent donc multipliées et perfectionnées ; l'homme éclairé trouve seul un avis salutaire dans le danger. On établit aussi dans toute la Suisse une nouvelle organisation militaire» afin qu'à chaque heure on pût envoyer aux frontières une armée bien exercée. La Suisse vit projeter et exécuter plus de choses utiles dans Tespace de dix ans, qu'auparavant dans le cours d'un siècle.
Le puissant médiateur dti la Confédération helvétique, Napoléon, qui renversait des trônes, démemhrait des empires, distribuait des couronnes, comme s'il eût été le maître du monde, ménageait la Suisse et la traitait avec amitié. Néanmoins ses guerres continuelles entravaient le commerce de toute l'Knrope, et rendaient bien onéreux pour les Suisses le traité en vertu duquel ils lui fournissaient, comme autrefois au roi de France, 16.000 hommes de troupes qu'ils devaient maintenir incessamment au complet. Les jeunes gens redoutaient de s^enrdler, parce qu'il périssait un nombre infini d'hommes, loin ae leur pays, dans les batailles innombrables que livrait Napoléon. Plusieurs villes trouvaient mauvais d'ailleurs qu'il fût permis aux Français de s'établir librement en Suisse, coaiiue il était permis aux Suisses de s'établir en France. Chacun se consolait par l'espérance d'un meilleur avenir, mais personne n'osait résister à Kapoiéon.
A la fin, lorsqu'il eut pénétré avec une année immense jusqu'au fond de la Russie, et qu'il vit avec orgueil à ses pieds ce vaste empire, la Providence frappa un de ces grands coups destinés à apprendre aux puissances de la terre quil est une autre puissance qu'elles doivont révérer et craindre. Le froid excessif de quel<»
UiSIOIlUS
qnes nuits d%i ver Tainqnit dans des déserts neigeux des armées invaincuesdSi^). Le terrible guerrier s'enfiivant saisi de terreur pour la première fois, les rois et les peuples (le l'Europe jurèrent ensemble la perte de i'opressenr que Dieu avait frappé. Dès qu'il eut rassem- \ô de nouvelles forces, il marcha contre ses erinemis ; mais, animés par le ressentiment, ils le battirent dans les plaines de Leipzig : la bataille dura trois jours (47, 18, i 9 octobre 1813). Il repassa le Rhin ;les vainqueurs le suivirent de près.
Gomme tes armées alliées des rois et des empereurs s^approcbaientdu Rhin et des frontières de la Suisse, les Coniédérés, se rappelant leurs deroirs envers le média- ■ teur, mais aussi l'oppression et la souffrance des peuples longtemps courbés sous son joug, résolurent, dans une diète assemblée à Zurich, de conserver la neutralité au milieu de la guerre générale. En conséquence de cette résolution, ils placèrent un cordon de troupes sur las frontières, le long du Rhin.
WàCn huis^es annulent Tacte de méillaiiou de Napoléon et ne di^lHenl. I^eii puissanee» étrangères mettent ftn A leur dfiwlslon et fondent une nouvelle CMffèdéniilM àm ^n^Udeux cantem.
(DeTau 18i4àran 1815.)
Les victoires des monarques alliés ayant ébranlé le
trône de Napoléon, les plus sages d'entre les Confédérés dirent :« L'instant est venu de relever l'indépendance et l'honneur de la Suisse. Que notre jeunesse combatte et triomphe ou meure aux frontières de notre territoire, pour en déteiidre l'inviolabilité, tandis que nos députés, assemblés à Zurich, fonderont, sur de nouvelles bases, l'édifice de la Confédération, ouvrage d'une sagesse patriotique et résultat des besoins du siècle. Âlors, mais seulement alors» nous anéantirons l'acte de médiation, monumeut de notre discorde et de notre faibiesse pré*cédeute, t
Ainsi pensaient les sages. Mais plusieurs familles nobles des vilies autrefois souveraines formaient de tout autres vieux. Elles désiraient voir lesarm(^es étrangères en Suisse, pour rétablir sous leur protection ol sous Tempirede la terreur la Confédération des treize cantons, leur puissance personnelle et la servitude générale; en uo mot Fétat de choses dont l'année t79H avait ?ala fin sanglante.
Oo parlait d'intrigues et de oégociaiiofts secrètes qui avaient eu lieu à Waldstioat entre quelques Soisses ti les généraux étrangers. Puis, toaià coup, inopinément, la déclaration solennelle de la neutralité suisse à peine publiée par la diète, les troupes des frontières animées du courage le plus pur, prêtes à verser leur sang pour rhonneur et l uidépendance de leur patrie, reçoivent l'ordre do se retirer. Les bataillons aulrichiens, serrés et nombreux, passent le Kbin au son d une musique éclatante (2i décembre 1813), et, pour marcher contre la France, traversent Bâle, TArgovie, Soleure, Berne el d'autres contrées Le peuple les voit avec étonnemeni, avec indignation. Les trouf^s suisses sont retenues dans réioignement; la honte, la douleur et la colère dans l'ftme. Des fièvres et des contagions mortelles mar-* queni le passage des bataillons étrangers. Plusieurs matsons, peu auparavant heureuses, demeurent désertes el désolées.
La ville do Berne, à Taspect des nombreuses cohortes aiiemaudes, fut la première qui abolit i acte de médiation, ouvrage de Napoléon. Elle déclara en même temps qu'elle reprenait possession de son ancieMiru' donnnalioa et de ses anciens droits dans toute leur étendue. Surpris, croyant cette déclaration un ordre du vainqueur dont il voyait les drapeaux, le peuple se tut dans une attente inquiète. Soleure et Fribourg imitèrent l'exiemple de Berne; Lucerne fit de môme peu de teoips après. A Zurich, la diète annula dans son entier Tacte de médiation en vertu duquel elle se trouvait assemblée , et posa les bases d'une nouvelle alliance des dix-neuf cantons (29 décembre).
UISIOIRÊ
Ce n'étail point ce que demandaient les ci-devant dominateurs; ils voulaient le rétablissement des treize cantons. Les montagnards des cantons forestiers lurent excités à la révolte. On avait sommé les cantons de Vaud et d'Argovie de retournf^r sous la dumination bernoise (24 décembre), mais le Pajs de Vaud et FArgovie s'y refusèrent opiDiâtrément.
Des dissensions intérieures menaçaient la Confédération desa dissolution prochaine, tandis que les souverdins i alliés entraient à Pans^ reléguaient dans Tile d'Elbe Na-
Soléon Yaincu, et rétablissaient Louis XVIII, comme roi ' e France, sur le trône de ses pères. La diète noavellement formée à Zurich de députés des dix-nenf cantons (13 avril 1814-) était le dei liici' cl iailjle lien qui empêchait la Coniédération de se dissoudre. Partout de la déliance,
[)artout de Tanimosité ; des cris s'élèvent qui demandent e démembrement des parties de la Suisse devenues indéptMnlantes depuis seize ans, et l'anéanti-sen^eiii de leur liberté. Zug redemande à TArgovie une partie dos anciens bailliages libres ; Uri , au canton du Tessin , la Levantine; Claris, au canton de Saint-Gall, la seigneurie de Sargans; le ci-devant prince-abbé Pancrace, ses beaux domaines et ses droits en Tburgovie et dans le pays de Saint-Gall; Schwvtz et Glaris réunis, les districts d'Uznach, de Gaster, de Wesen, et un dédommagement pour d'anciens droits de toute espèce; Unterwalden, Uri, Schwytz réunis, un dcdomniagement semblable pour des droits qu'ils possédaient en Ai govie, eu Tburgovie, dauà le pays de Saint-Gali et sur les bords du Tessin.
D'autres faisaient d'autres réclamations. Dans les Grisons, un parti demandait que la Rhétie lût détachée de la Confédération helvétique ; un autre passa la montagne avec quelques centaines de soldats pour reconquérir Gbiavenne et la Vaiteline (4 mai), mais 3000 Autricbiens déjouèrent cette entreprise.
Au milieu de ces orages. Zurich, B&le et Schaffbouse se distinguèrent par leur impartialité loyale ; Yaud et Ar^ovie, par l'enthousiasme et l'énergie de leurs peuples^
BE LA NATION SUi8S£
Ç'B montrèrent loris ot diîrnes de leur liberté. Dans les villes et dans les campagnes de Baie, de Zurich, de Soleure, des amis de la liberté étaient pnHs à suivre les drapeaux de l'Argovie. Dans ce dernier cantou, ainsi
3 ne dans le canton de Vaad, 12,000 hommes n'attenaient pour marcher que le premier signal; mais Berne évita une guerre ouverte. Son gouvernement ofibrit même an canton de Yaud de reconnaître son indépendance à de certaines conditions. Le canton de Yaud rejeta cette proposition (24 juillet); celui d'Argovie arma d'une manière plus menaçante. Dans l'Oberiand aussi éclata une fermenlation dangereuse (août).
Dans la plupart des cantons, les soupçons et la jalousie des partis s'étaient ranimés avec plus "de force, surtout depuis qu'on s'(''tait occupé des droits futurs du ponjile et des limites futures du pouvoir des gouvernements. On parlait d'émeutes , de conspirations, d'arrestations, de bannissements, qui avaient eu lieu à Lucerne, à Fribourg, à Soleure. Cette dernière ville appela des troupes bernoises pour la protéger contre son peuple* Des bataillons de Confédérés j^assèrent en hâte lesnantes Alpes et se rendirent sur les nves du Tessin pour prévenir une guerre civile (septembre); d'autres troupes entrèrent dans le canton de Sêiint-Gall pour mettre fin A une révolte et à une dangereuse auaichie. Ici, Fiilibc l'ancrace continuait à soulever ses partisans; SchwvLz, d'un autre côté, excitait des mouvements pour reprendre Sargans et U/n.ich; d'autres communes demandaient rétablissement des landsgemeinden ou assemblées généTales.
Tandis que la Suisse était ainsi livrée à des agitations croissantes» que le sang coulait en plusieurs endroits et que des arrestations nombreuses remplissaient les prisons des villes, les ministres de presque tous les grands Etats de PEurope étaient réunis à Vienne pour établir sur des bases justes et solides la paix future du monde.
Les vainqueurs de la France avaient déjà antérieurement accordé à la républi(pie de Genève la permission d'accéder comme canton indépendant à la Confédération helvétique^ il eu fut de même du Valais el de la priuci-
3 II iii&Tomft
pant(^ Neochâtel, qui avait passé en 1 80G sous la dominntioiuiela France pour retourner Cii 1814 sotsis celle dH roi lie (*russe. Le it seplombre, la diète, à la deniande de ces trois cantons, les admit dans Palliance helvétique. Mais les rois et les ministres assemblés à Vienne ToyaiH les querelles conUDoelles des Suisses, dont le temps ao^ mentait tes haines au lien de les affaiblir, se chargèrent du rôle de médiateiurS) pour terminer à jamais ces différends, qui paraissaient interminables. Des dépatés de la Goimdération se rendirent donc à Vienne , cooime il en élait allé à Paris onze ans auparavant.
Après un lon^ cxaiiHMi de leurs dissensions et de leurs griefs, la déclaralioii lif s jniissances alliées et leur décision arbitrale fut enlin prononcée le 20 mars i815* Les souverains reconnureiit et Tacte d'alliance qne la majora/' des cantons suisses avait adopté le 8 >ri)tambre 1814 et l'intégrité des dix- neuf cantons subsistants, et l'accession de Genève, de Neuchâtel et du Valais, qui portait le nombre des cantons à vingt^deax* On assigna au canton de Vaud la vallée des Dappes, que la France lui avait enlevée ; au canton de Berne, à titre de dédommagement, Bienne et Tévéché de Bflla, à l^esicepiioD ée
Suelqaes portions qni furent incorpoiées aa canton de âle et de Neuchâtel ; au canton d'Uri, la moitié du revenu annuel des péages dans la Levantine; à Tabbé Pancrace et à ses employés, une pension de 8(XKj florins; aux canioiis d'Uri, de Schwytz, d'Unterwaldeu, de Zug, de Glans et aux Rhodes intérieures d'Appenzell , pour les dédommager de leurs anciens droits, un demi-niillion de francs à payer par les eau tons d'Argovie^ de Vaud et de Saint-GalL
De sages résolutions terminèrent aussi pour toujours une foule de différends » entre autres ce qui concernait l'amortissement de la dette helvétique , ^ni s'élevait à
Elus de 3,500,000 francs, et les indemnités dues aux ernois qui avaient eu des droits seigneuriaux dans le canton de Vaud. Les seuls griefs de la république des Grisons ne furent point écoutés; car on ne lui rendit ni Cbiaveûue, ni la Valteliue, nlBurmiu, devenus propriété
DE tA NATION StlSSE. 3l3
autrichienne; on n^accorda pas même un dédommage^ ment ani particuliers dont les biens et les propriétés
légitimes dans la Valteline avaient été confisqués dans une révolte ri aliénés injustement.
Lorsque la diète helvétique eut adopté (27 mai) cette déciaialiuii signée par les niiiiistres d'Autricbe, d'Espagne, de France, d Augielerre, de Portugal, de Prusse, de Russie et de Suède, ces mêmes puissances reconnurent solennellement et garantirent la neutralité et l'inyiolabilité de la Suisse dans toutes les guerres à venir des souverains.
C'est ainsi que l'intervention généreuse des monar-
2ues alliés mit fin aux dissensions de la Suisse : ainsi a té fondée, dans Fenceinte des Alpes et du Jura» la Confédération des vingt-deux cantons.
Lxin
([>€ l'au 1815 à l'an 1829.)
Au sein des hautes Alpes, les peuplades des petits cantons, sans instraction et sans industrie, enfennées dans
uii cercle étroiL de besoins et de ressources, indifférentes à leurs propres intérêts et plus encore aux intérêts de leurs voisins, reprirent les vieilles et constantes habitudes transmises par leurs pères. Elles faisaient paître tranquillement leurs troupeaux sur ies montagnes ; elles levaient annuellement la main dans les landsgemeinden pour l'élection des fonctionnaires publics et pour Tadoption des lois, abandonnant le reste au bon plaisir des magistrats et des ecclésiastiques, leurs uialtres et seigneurs.
De tout autres besoins étaient nés dans les cantons situés entre le pied des Alpes et le Jura, séjour du commerce, de la richesse, de l'industrie et de la science.
Beaucoup de citoyens regrettèrent les droits dont la trahison, l'astuce ou les terreurs du pouvoir avaient, en tout ou en partie, dépouillé le peuple, au profit des vilioô ou de lamiiies privilégiées. Ou &ubii des instituûonâ
politiques non revêtues de la sanction du peuple, imposées on penple par sesiirrmiers fonctionnaires. De peur de tomber de mal en pis, on garda le silence. On craignit d'irriter par la momdre opposition les monarques dont les armes, victorieuses de Tempire français et fortes de lear Sainte-AUiaDceS faisaient ta loi à rEurope. Ce que persoDoe n'eut le courage de réclamer à titre de droit, chacun l'attendait de la sagesse ou de la bienveillance des autorités récemment instituées. Mais les hommes du pouvoir nMcoutërent que les promesses de Fayenir et la voix de Tambition : ils venaient de se garantir les prérogatives gouvernementales par une assurance mutuelle, rédigée en forme de pacte fédéral.
Ce pacte sanclionuait solennellement la coexistence de vingt-deux cantons souverains et de cinquante-neuf couvents d'hommes et de femmes. Le texte du pacte, élastique et vague, fut un instrument commode pour corroborer le cantonalisme. En dépit du principe positivement énoncé qu'il n'y avait en Suisse plus de pays sujets, le fléau de la sujétion reparut presque partout, quoicpie avec des formes adoucies* Avec lui reparurent tous les mayx qui avaient ruiné Tancienne Confédération. Les diètes présentèrent de nouveau le spectacle d^une vaine pompe et de disputes infructueuses. Les députés y arrivaient porteurs d'instructions inconciliables et d^opiniàtres réserves. L'école militaire de Thoune, décrétée en 4818, est le seul monument d'un esprit fédéral qui brilla encore une fois dans ces premières années, puis s'éleignit. On disputa et Ton négocia souvent etloriguement au sujet de l'unilé monétaire, de la liberté du commerce, du libre établissemient des Suisses dans toutes les contrées de leur patrie suisse, et de beaucoup d'autres institutions désirables : mais on ne put arriver à aucun ré^dtat. Les péages intérieurs, si funestes au pays, furent maintenus; des milliers i'heimUUom, déshon*neur de la Confédération, restèrent sans patrie.
Autant les chefs des vingt-deux petites républiques se conlrecarraieiil opiniâtrémenL quand il s'agissait de sa-
* Htm dWbé par les sottwûaa à leui ligne.
t>£ LA NATION SUtâà£.
crîfices ponr le bien général de la nation, autant ils se monlraiont dociîefi aux invitations des cours étrangères, quand ils entrevoyaient un avantage pour eux ou pour leors familles. On louait des bataillons mercenaires aux cabinets de France (1816), des Pays-Bas (1818), et de Naples (1829), afin de défendre les trônes contre les peuples; mais on refusait un asile aux malheureux persécutés dans leur patrie ou exilés pour des délits politiques. Le saint-père ayant rompu de son autorité l'antique lien qui unissait à Péfêché de Constance une grande partie de la Suisse catholique (1815), on perdit quatorze années en essais inutiles pour fonder un nouvel évêché national. Toule espérance de s'entendre s'évanouit. Alors laligués de ces négociations sans fin, quelques cantons s'incorporèrent au diocèse de Coire; d'autres à révêché de Bâle, dont le siège fut fixé dans la ville deSoleure (1828).
Lorsque les fondateurs couronnés de la Sainte-Alliance demandèrent qu'on mît un frein à la liberté de la presse, les gouvernements se hâtèrent avec une condescendance irréfléchie d'accomplir ce vœu selon leur cœur. Pour cette fois ils n'eurent pas de peine à s'entendre (1 823). Des lois et des ordonnances interrompirent et paralysèrent bientôt rechange public des idées. On établit, sous le nom de censeurs, des juges de la pensée, institués pour décider quelles vérités on cacherait au peuple, de quelles erreurs il serait permis de le repaître. La publu ii/'. école du public, et la circulation des journaux lurent trappes d'énormes droits, comme des objets de luxe. Valais et Fribourg ouvrirent aux jésuites nonseulement leur pays, mais aussi les écoles de leur jeunesse. L'autorité ecclésiastique leva de nouveau la tête à côté du pouvoir séculier, prête à le défendre on à le braver*
One trame de mensonges, ourdie par une vagabonde,
Clara Wendel, et sa bande, au sujet de Favoyer Keller, de Lucerne, qui avait péri dans les flots de la Reuss (1816), occupa plusieurs années l'attention de la Suisse, et dévoila la mauvaise adiiuuistraiion de la justice dans «
divers cantons ; tons ne profitèrent pas de ces révélations pour corriger leurs instituiions judiciaires. Des années pluvieuses a^aiiL .micné la disette et la cherté des vivres, les mauvais aliments piuduisirent des maladies : une multitude de maiiieureux mouraient de l'aim (1817). Les gouvernements aggravèrent le mal en élevant des barrières de canton à canton et en défendant l'exportaliou des produits du sol. Déchirement, contradiction, discorde, voilà la Suisse de ce temps. La Confédération n'existait pas : il n'y avait plus que des cantons liés par des concordats oa divisés par des représailles.
A la téte de ces petites républiqueson voyait pourtant^ au nombre des magistrats, des hommes généreux, intelligents, dévoués à la patrie et à la liberté. Mais ils avaient beau répandre les semences du bien, elles étaient étouffées par rivraie que le paclc icdcrai et le^ cunstituliuus vicieuses des cantons avaient multipliée.
Le pouvoir démesuré que ce pacte avait donné aux cantons, aux dépens de la force fédérale, était tombé entre les mains d'un petit nombre de gouvernants. La conscience de leur autorité illimitée leur inspira insensiblement l'orgueil de la domination : l irresponsabilité fit naître Tarbitraire : la longue durée ou la perpétuité des charges ramena le régime des faveurs. Les tribu* naux du pays et la soi-disant représentation nationale dans les grandU conseils se laissaient influencer par la prépondérance du pouvoir exécutif. Les vieilles aristocraties se retrouvèrent sur pied couvertes seulement d*oripoaux démocratiques. Cette fausse dorure tomba bientôt. L'étalage des titres, la morgue gouvernementale firent sentir plus vivement aux citoyens de beaucoup de cantons le poids des inipuis, des obligations militaires, des corvées; Tinégale répartition des charges publiques; les ménagements partiaux en faveur du riche, au détriment du citoyen obscur ; la négligence dans Tadministration des biens de l'Etat. Ailleurs on déplorait plutôt Vimpudeur du népotisme, les droits politiques devenus le monopole d^une faction, les abus d^autorité des fonctionnaires^ la tendance aristocratique et oppressive du
ouvernement, son opposition à une solide instruction
u peiipl<\
Les petites républiques, marchant dans diverses directions, se séparèrent de plus en plus. Mais le peuple resta uni de cœur et de pensée, unanime à désirer le termede roppression de la Suisse et de son impuissance. Cet esprit se manifestait dans toutes les associations çhilan*thropiqnes et scientifiques qui réunissaient des citoyens de presque tous les cantons. Il vivait dans cette Société suisse d'utilité publique, suspecte aux gouvernements parce qu'elle se dévouait aux intérêts du peuple. Il (éclatait dans les réunions annuelles de la jeunesse studieuse de la Suisse h Zoflngen (depuis dans celle des
jeunes hommes qui, depuis 1822, sous le nom Sonpté de Sempacfi , s'assemblaient chaque année sur un des glorieux champs de bataille de la patrie; dans les tirs fédéraux des carabiniers, mais surtout au sein de la So dété helvétique, vive comme aux jours mémorables de sa fondation. Les feuilles publioues, persécutées, com-
{brimées, défendues, parlèrent plus hardiment et furent ues parla nation avec plus d'avidité. Au sein des grands conseils eux-mêmes des voix courageuses se firent entendre, isolées d'abord, puis plus nombreuses, demandant que le pouvoir des gouvernements lùL renfermé dans des bornes légales.
Toute la force des chefs d'une république réside dans la confiance des citoyens : ils n'ont pas d'autres baïonnettes pour défendre leur autorité que les baïonnettes du peuple. Les Suisses avaient supporté pendant quinze ans les funestes conséquences de Tannée 1815. Ce fiil d'abord sur les rives du Tessin que le peuple et ses intrépides organes, poussés à bout par la dilapidation des deniers publics et par la vénalité des magistrats, récla^ mërent et entreprirent la réforme de Ta constitution (1829). Cédant à la nécessité, le grand conseil du canton de Vaud (mai 1830), et bientôt celui de Lucerne, consentirent à une réforme semblable. Le grand conseil de Zurich espérait encore écarter les principaux griefs en élargissant ses portes et en abandonnant quelques
318 HISTÛIBË
prérogatives. Mais ces concessions incomplètes ou insignifiantes ne balisfirent pas les populations, el dans un grand nombre de cantons le peuple ae tarda pas à exiger des réformes plus sérieuses.
Iteifle cantoBs rentrent en iiiNMiesalon de lenr lllierté* Troniilee Sehwyts* ék, NevehAtel et * BAle.
(De l'au lëau a l'an 183i.)
La majorité des peuplades de la Suisse serait volontiers entrée dans la carrière des améliorations. Mais les gouvernements trouvaient douce la jouissance du pouvoir sous la protection de la Sainte-Alliance. Ils se crurent plus forts de la force étrangère que de 1 amour et de rapprobaiioii de citoyens libres.
Tout à coup survint un événement inattendu. Un membre de Talliance appelée sainte, Charles X, roi de France, viola le serment royal qu'il avait prêté à la nation. Après trois journées de sanglants combats dans les rues et sur les places de Paris (27, ^ et 29 juillet 1830), il dut abandoDoer le rojaume de ses pères et partir pour rexil. A cet exemple, la Belgique et bientôt la Pologne se soulevèrent contre leurs princes. Des agitations tra» vaillèrent l'Italie et TAllemagne. La force de la Sainte- Alliance fut brisée.
AUrancbis de la crainte des puissances étrangères, le peuple suisse osa reconquérir les droits dont il déplorait depuis longtemps la perte. Pendant l'automne, des citoyens se réunirent, d'abord en peiit nombre, puis plus nombreux et même par milliers, dans les cantons d'Argovie, de Thurgovie, de Bâle, de Zurich, de Saint- Gall, de Yaud, de Lncerne, de Fribourg, de Berne, de Solenre, de Schaffbonse, même dans le pavs de Schwytz et dans Rhodes extérieures d'Appenzell. Ils adressèrent des pétitions respectueuses aux autorités, et demandèrent que leurs constitutions fassent modifiées dans un sens plus libéral.
Leâ gouvernements furent épouvantés ; ils portèrent
DE LA NATION 6U1S8S. StO
leurs regards inquiets sur les cours souveraines, mais ils n'y virent aucun appui pour eux. Ils C(^(lèreut de gré ou de force : ropinion démocratique était générale et parlait haut. Les coucessions furent faites, ici avec um bieaveillaDta sagesse, là am: bé^talion, avec circoa* apection, avec timidité. Les astucieuses leoleurs firent naître le soupçon; la résistance ameuta le peuple ; on le vit se porter en foule à Frauenfeld, à Saint*GaU, i Lausanne et à Fribourg; il se forma même en masses armées dans les cantons d'Ârgovie et de Schaffhouse. Au milieu de ces soulèvements révolutionnaires, les propriétés, les personnes et les magistratures furent respectées. Le sang ne coula point; nul excès ne souilla la régénération de la liberté suisse.
Bientôt, dans plusieurs cantons, les assemblées constituantes élues par le peuple, et dans queUjues autres les grands conseils» travaill^ent à satisfaire aux vou^ du pays.
Cependant à Berne, alors directoire fédéral, la noblesse de la Yille hésitait encore à sacrifier des préroga* tives révolutionnairement conquises, seize années aupa^ ravant) sous la protection de Tétranger et à Taide de ses
artifices. Le gouvernement bernois attendait encore son salut ou de la désunion des cantons, ou d'une guerre entre les puissances, ou de leur intervention dans les affaires de la Suisse, ou de quelque miracle du hasard : telle est Thabitude de l'obstination réduite aux abois. En elïet, des lroui)cs autrichiennes s'accumulaient alors le long de la frontière suissCi dans le Vorarlberg, dans le Tyrol et en Italie.
Dans rintérêt de la paix intérieure, de la sûreté ex^ térieure et peut-être de sa propre défense, le direcU^ira convoqua une diète à Berne, mis celle-ci reconnut aux cantons le droit de se constituer. Elle prit des mesures pour une levée de 60 à 70.000 honunes en cas de guerre. Elle décida d'adresser aux puissances étrangères une déclaration de neutralité pour toutes leurs guerres éventuelles. Tels furent les décrets de la diète. Ils électrisè-
rent la naùon ; armes et soldais fureut prêts sans re*
lard; Grisons seul fournit 10,000 hommes : le nombre fixé par le décret fut dépassé par les citoyens. Des volontaires, déjà exemptés du service, demandèrent à former des corps francs. Les cabinets étrangers donnèrent aux Confédérés des assurances de paix et d'amitié. Alors la caste nobiliaire de Berne comprit que la fin de son règne était venue. La bourgeoisie de la ville elle-même rerasa de recevoir dans ses murs des troupes mercenaires diriffëes contre le peuple. Le patriciat se soumit à rinévitable destinée, conservant du moins alors les apparences de la grandeur d'âme. Impérieusement réclamée par le pays, une assemblée constituante se forma.
Aux hommes habitués depuis longues années à la domination ou à la servilité, ou qui, honorant peut-être dans le secret de leur cœur la dignité d'un peuple libre, en avaient indignement trahi îa cause, il ne restait d'autre consolation que de décrier avec une rage ellrénée, mais impuissante, le réveil du peuple. Ils soulagèrent leurs cœurs par des railleries et des insultes : tavernes, églises, salles de conseil, brochures, journaux, partout ite érigèrent leurs tribunes. De véhéments censeurs des précédents gouvernements en devinrent les plus chauds apologistes. Si Dieu eût exaucé les vœux de leur démence, la guerre civile eût noyé la Confédération dans des flots de sang. Hais les peuplades de la Suisse con- • servèrent un calme plein de dignité, et demeurèrent inébranlables dans leur résolution.
Au commencement de l'été de 1831, les constitutions libérales de la plupart des cantons, acceptées par le peuple, étaient entrées en vigueur. Avec des besoins différents, le même amour de la patrie les avait toutes * fondées sur les mêmes principes : la souveraineté résidant dans l'universalité du peuple ; l'égalité des droits et des devoirs politiques ; la séparation des pouvoirs lé*gislatif, exécutif et judiciaire; la durée moins longue des fonctions; la garantie de la propriété ; la liberté de la presse ; la publicité des séances de la représentation nationale, etc.
Zurich, Berne, IiUcerne, Frit)Qurj|;, Soleure, SchaS-
DS LU KiATlOM SUISSE
hoiise, Saint-Gall. Argovie, Thurgovie, Te^^sin et Vaud fixèrent sur ces bases les droits du peuple et le? attributions des autorités; ils suivirent une marche légale, et ne renversèrent point intempestivement l^ordre établi. Les gouT^rnements et les fbuctiooiiaires publics, les
Srands conseils et les tribunaux exercèrent leur autorité 'après les anciennes constitutions Jusqu'au jour où les nouToUes furent également aiécutoires.
Les choses se passèrent moins paisiblement dans le caiH ton de Schwytz. Les chefs dMne peuplade autrefois sou-» veraiiie du reste du pays, les chefs du district intérieur, seule partie de la république qu'on appelai [\mcien pays libf^e de Schwytz, refusaient l'épralité des droits aux habitants des districts extérieurs. Et ]iourtant on la leur avait solennellement ])roinise aux jours di s périls et des combats, ppuavantia chute de la vieille Confédération (1798). Depuis 4815, on avait insensiblement ressuscité avec adresse les prérogatives surannées de l'ancien pajfs; on promit, il est vrai, de corriger la constitution, mais on ne tint pas sa promesse. Même* au dedans 4es limites étroites de ce vieux pays, il n^y avait pas égalité de droits et de charges pour tous les citoyens : ceux qu^on désignait sous le nom de « nouveaux habitants • (nme Landlente) ne jouissaient pas de toutes les prérogatives des autres, bien que leurs fanulles fussent domiciliées dans la contrée depuis des siècles. Supplications des citoyens lésés dans leurs droits, négociations, rnefiaces, bons offices de la Coritcdcration , tout lut inutile De . guerre lasse, les districts extérieurs, la Marche, Kifisiedeln, Kttsnaebt et Pfœffikon se décidèrent à former. * avec le consentement de la diète, une république a part, sous une constitution particulière (6 mai 4832). Ce petit canton se divisa donc en deux Etats, non sans ani-mosité, mais du moins sanô effusion de sang.
Pourtant le sang coula sur deux points du sol helvé** tique : à Neuchàtel et à Bâie.
Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, avait fait sonder (dès le commencement de Tannée 1831) les vœux du peuple neuchàtelois par un piénipolenliâire , et aUégé
an
HiiTOIRS
une partie des charges contre lesquelles s'élevaient les griefs des coiniimnes. Personne n'avait demandé que le pays tiii soiisir.lir h son sceptre. Peu après le retour da plénipotentiaire aujirrs de son roi, des voix se firent entendre pour demander que la principauté devint uua répoblique semblable aux cantons de la Suisse. Beaaeouç de gens trouvaient ce but digne de tous les sacrifices, mais ils ne voulaient pas y marcher par la voie de la révolte. Cependant quelques eentaines dliommes, commandés par le lieutenant Bourquin , se rassemblèrent en armes, surprirent le château de NenchâteK et s'en emparèrent (12 septembre 1831). Ils en furent éloignés parles troupes fédérales, dont le i^ouverneraent, dans sa détresse , avait demandé Tassislance (27 septembre); car la constihition du canton de Neu~ châlel était garantie par le pacte tédéral, et ne pouvait pas être /abrogée jiar la violence, sans le conseil icmenl du prince et de la ni;^|orit<' des citoyens. Le cli;Ueau ayant été restitué au gouvernement, et Tamnistie promisa aux auteurs de la rébellion , les troupes fédérales ren^* trèrent dans leurs foyers.
Cependant le mauvais succès ne déooui^gea pas les néconfents. Quoique en uwins grand nombre, ils voulurent tenter un second coup demain (H décembre), mais ils furent mis en déroute par les troupes du gouvernement, après plusieurs combats où le sang coula. Ceux qui avaient sauvé leur vie par la fuite furent bannis. Bon ïiouibre de prisonniers de guerre expièrent leur entreprise daiis les cachots , ou par de grosses amendes ; d'autres furent traînés, contre le droit ries gens, dans des forteresses étrangères, d'autres subirent d'autres pu- ■ nitions Des innocents môme^ sur de simples soupçons, furent abandonnés aux mauvais traitements des persécuteurs. La justice d'un gouvernement sage fut rem* placée par la vengeance du parti victorieux.
Dans le même temps , le canton de Bflle devint le théâtre d'une discorde civile encore plus funeste. La pluralité des communes du pays avaient adressé au gouvernement des pétitions pour la restitution de droits
DE LA NATiON SUISS£.
3U€ la ville leur avait autrefois garantis ; à cet effet, elles emaiidaienlla convocation d'une assembloc cofistiluante nommée par le peuple. Cette demande blessa la viîle ; l'aigreur croissante des campagnards irrita son orgueil : les préventions s'envenimèrent. Le grand conseil, principaiemeat composé de oitadiDs^ projeta, de soq aatorité, 006 coostilQtion, dans laquelle la ville conservait quelques-uns des privilèges dont elle avait joui depuis 1815. Là-dessus , plusieurs ' conseillers campa^ards»
1)récédemment déjà exposés à des injures , quittèrent a salle des séances législatives. En vain avaient-ils réclamé Tégalilé des droits politiques et des char-
Ses, solennellement garanties en 1798. Un manque e loyauté du parti dominant entraîne presque toujours le parti subjugué dans la voie de la vengeance ou des représailles. L'indignation et la rébellion de la campagne, les dédains et les menaces de la villn
Srovoquèrent les deux partis à s'armer. Des arbres e liberté furent plantés dans les villages. Un gouvernement provisoire de la campagne s'établit à Liestal. Le gouvernement cantonal, plein de colère, fit sortir des troupes du cbef-Ueu ; il y eut {plusieurs jours de suite de petites rencontres (milieu de janvier 1831) ; les rebellea furent dispersés; les arbres de liberté abattus; les autorités révolutionnaires cbassées. Les prisonniers de guerre, liés de corde» conime de vils criminels, traversèrent les rues de Baie, en butte à des outrages. Sous l'ascendant de la première terreur, la nouvelle constitution fut présentée aux communes; l'acceptation fut votée au scrutin; puis le gouvernement procéda au jugement des prisonniers et des fugitifs. Les autres Confédérés l'invitèrent vainement à user de modération et à prononcer une amnistie générale. Vainement se firent entendre des milliers de voix suppliantes de la campagne humiliée. Bâie, pleine de morgue dans le sentiment de son droit rigoureux ou de la victoire, oublia que l'épée de la justice ne guérit pas les blessures faites par la discorde.
L'oj[)iniaira dureté de Bâle envers les b^biiaute de la
HISTOIRK
campagne, coupables seulement d'avoir voulu recouvrer d'anciens droits, à l'égal de beaucoup de Confédérés, alluma une violente haine contre cette cité parmi le peuple d'autres cantons, tout bouillant encore de la première effervescence de la liberté. Déjà, dans les cantons d'Argovie» de Berne, de Soleure, de Zurich, de Thurgovie et d'Appenzell, brillaient des armes prêtes à défendre la campagne et à la venger. La ville éleva en hâte de nouvelles fortifications, et renforça la garnison
{>ar l'enrôlement de soldats raercenaires/Les dédains, es insultes aui?mcntèrent avec le sentiment de îa sécurité. Pour défendre son droit, on se livra à des injustices. On provoquait, on mortifiait, on outrageait les gens de la campagne venus à la ville pour des achats ou pour Texercice de leur industrie; le secret des postes n'était plus respecté ; sur de simples soupçons, on maltraitait étrangers et citoyens dans les maisons et dans les rues. Poussée à bout, la campagne prit l'attitude de la résistance ouverte. Dans chaque village, il y eut uu parti pour la ville et un parti pour la campagne. Par* tout régnaient insubordination et des trouDles.
Afin de rétablir l'ordre et de soumettre les rebelles, les troupes de la ville se mirent en marche de nouveau le 21 août 4831, avec des pièces d'artillerie, et se dirigèrent sur Liestal, centre du soulèvement. Mais du haut des montagnes et du fond des vallées, le tocsin fit accourir un peuple animé par la vengeance et parla liberté ; méprisant les blessures et la mort, il repoussa les hordes exercées dansles armes jusqu'aux portes de la ville qui les soldait; le combat fut long et opiniâtre. Cette action sanglante rompit les derniers liens entre la ville et la campagne.
Un cri d'indignation retentit dans la Suisse presque
entière. La diète, pour rétablir et maintenir la paix, fit occuper le canton par des troupes fédérales. La majorité des Etats confédérés retira la garantie illimitée accordée à une constitution maintenant souillée du sang des citoyens et maudite par une grande partie du pays. Bâle, irritée par ce retrait et par sa défaite^ accusa
les Confédérés d'inlKltlité à leurs devoirs et à leurs serments; elle rejeta même du sein de sa répultlique quarante-cinq communes rebelle?^ (Î2 f(^vnpr \ 83:2), en àô\\\t des sérieuses protestations que le directoire fit, au nom de lâ Confédération, contre cette démarche sans exemple. Après le départ de presque toutes les troupes fédérales, Bâle envoya de nouveau mystérieusement des soldats merceoaifes dans la campagne, sous prétexte de
Srotéger les communes fidèles, peut*étre dans Tespoir e venger sa défaite près de Liestal. Par un détour, et passant sur un territoire étranger, contrairement au principe de la neulralilc de la Suisse, la horde salariée arriva nuitamment h Gelterkinden (6 avril 1832). Soudain elle se vit eniourée de toutes les terreurs d'une levée en masse; le bruit des armes, le carnage, Fincendie Fassaillirent. Après une résistance inutilement courageuse, les soldats de la ville s'enfuirent une seconde fois, mais dispersés, mais maltraités, mais laissant un grand nombre des leurs couchés sur la pous* sière. La nouvelle de cette tentative clandestine ralluma la colère des cantons voisins. La défaite des mercenaires put seule calmer ce courroux. La diète intervint une seconde fois. Cependant Bâle attristée, mais non humiliée par son double échec, se retrancha fièrement derrière ses remparts et ses murailles. Elle ferma ses portes aux troupes fédérales venues dans Tintérôt de la paix. Elle repoussa aussi la médiation delà diète, qui envoya des commissaires à Zofingen pour concilier les partis divisés. A la lin, la suprême autorité fédérale, réunie A Lncerne, reconnaissant rintlexible opiniâtreté de la bourgeoisie bâloise, prononça la séparation du canton en deux demi-cantons, Bâle-Ville et Bftle- Campagne. A la première division devaient appartenir la ville même de Bâle et 46 communes dispersées dans la campagne, mais qui avaient conservé de rattachement pour la cité. Bflle-Gampagne , composé de 52 communes, fut reçu avec sa constitution particulière, daiis Talliance de la Confédération, et mis au bénéfice de la garaiitie fédérale. On enjoignit aux deu^ partis
UISTOIRË
de respecter la paix^ puis les troupes d'occupation se retirèrent.
l4i ligue de SaMen. — Cinq cents Mkmttls pteèirait
de Franee en fitatiMie.
(Anoée IStS.)
Tant de revers attisèrent le ressentiment de la riche cité frontière, loin de l'éteindre. Elle semblait ne. recaler devant aucun parti, même le plus désespéré ; on la crot capable de se détacher de la Suisse, ou de travailler à la dissolution de la Confédération. D'un autre côté, les cantons, timidement prudents, hésitaient à exécuter avec énergie les arrêtés de la diète, parce qu'ils craignaient la rupture du lien fédéral, la guerre civile et l'intervention armée des pui?<sances. Cesdeiix causes relevèrent le courage des ennemis de !a lilK ilé du peuple, f^t leur firent concevoir de'^ espérances audacieuses. Ardents qu'ils étaient à propager leurs sentinients, les chaires et les écoles, les brochures etl^j» pamphlets, les journaux et les caricatures, le confessionnal et le cabaret leur fournirent des moyens d'attaquer les nouvel les institutions démocratiques. Dans les rangs opposés, les défenseurs de la liberté du peuple combattirent avec le même acharnement et les mômes armes ; ils fondèrent de plus des associations défensives, ci ori^aniM'aent des assemblées populaires. La discorde et 1 animosité étaient si grandes qu'on ne respectait plus aucun nom. Les [iltis vieilles amitiés furent rompues, et même les liens du sang se reiàclièrent.
Au pied des Alpes ou dans leurs vallons, les anciens cantons démocratiques demeurèrent spectateurs impasr siblesde cette désunion, ou bien, dociles à leurs supé« rieurs ecclésiastiques ou civils. Us penchèrent pour la cause de Bàle, des patriciens et des autres adversaires de régalité politique. Plusieurs se laissèrent même enr traîner à refuser la garantie fédérale aux nouvelles cobt atitutioDs. Cette conduite, gratuitemeathostile, blessa la
plupart des antres eantons. Sept d'entre ceux-ci se coalisèrent, par Forgane de leurs députés à la diète du printemps de 1832, Zurich, Berne, Lucenie, Soleure, Saint-Gall. Argovieet Thurgovie. Ils formèrent un concordat pour garantir mutuellement à leurs constitutions lilicrales luie sûreté que les autres refusaient de leur accorder, dette association, qui embrassait la majorité de la population totale de la Suisse et protégeait ses droits, déjoua les adversaires» mais o'aQéaatit pas leurs mauvais dessins.
A Berne, les chefs exaltés du patriciat formèrent se-^ crètement des dépôts d'armes, entassèrent dans des Ûeux cachés ^,000 cartouches, et enrôlèrent clandestinement des soldats, la plupart revenus du service de France, gens sans aveu et sans pain, disposés à vendre leurs bras au plus offrant. La cojispiration devait éclater h la première occa>ioii lavorable, le massacre et l incendie lui servir d'auxiliaires. Elle fut trahie par Timprudence ou Tivresse de quelques individus de la soldatesque achetée (août 183^2). Plusieurs chefs prirent la fuite, quelques complices furent mis en arrestation. Sur cela, le gouvernement répartit dans les principales communes des armes et de Tartillerie pour la défense de leur liberté et de leur sûreté, — Cet événement ouvrit les yeux à tout le peuple sur les projets de vengeance et d^ambition de ses anciens maîtres. L'aristocratie bernoise, jadis respectable , depuis longtemps corrompue par régûisme, venait d'imprimer à son impuissance le sceau de la honle.
Sur ces entrefaites, le gouvernement et la bourgeoisie de Bàle conçurent un projet non moins hostile, mais
fdus grand. Ils formèrent une alliance plus intime avec es chefs des cantons d'Uri, Schwytz, Unterwalden, Neuchâtel et Valais. Ceux-ci, de même que Bâle, avaient solennellement protesté contre le concordat des sept cantons, et avaient fait leurs réserves. Lorsque, dans une grande partie de la Confédération, uneopinion déjà ancienne, réclama plus vivement contre les Tices du pacte fédéral) si contraire aux principes fondamentaux qui
régissent la plupart des cantons, si peu en harmonie avec les besoins d'un Etat fédératif, Bâie invita ses amis politiques à une conférence dans le but de prendre des mesures en commun. Tous à Texceptlun du Valais, retenu par des discordes intérieures, parurent un jour fixé (14 novembre iSd'i) à Sarnen, chef-lieu d'Unterwaldenl6*Haut. Us résolurent, à l'unanimité, de s'attacher invariablement au pacte de 1815; de ne reconnaître comme Etats confédérés ni Bàle-Campagne, ni Sctiwytz extérieure ; de ne point envoyer de députés à une diète où ces Etats seraient représentés.
Lors donc qu'au mois de mars 4833 la suprême autorité fédérale fut assemblée à Zurich, pour délibérer sur un projet de pacte élaboré par une commission fédérale à Lucerne, ancun de< députés de la ligue de Sarnen n'y vint. Ht'unis à Schwytz coninie membres d'une confédération au petit pied, ils appelrront la diète une assemblée illégale, et déclarèrent que Baie-Ville etiNruchâtel, les cantons d'Uri et d'Unterwalden, ainsi que l'ancien pays de Schwytz, quoique simple minorité, ne se soumettraient point aux décisions de la majorité.
Cette audace, destructive du pacte sous prétexte d'en observer fidèlement la lettre, indigna les députés cantonaux réunis à Zurich ; mais ils ne purent prendre une résolution énergique pour faire rentrer les réfractaires dans le devoir, non que leur attention fût toute absorbée p?ir la révision du pacte ou parles événements du jour, mais parce que des instructions spéciales ou le manque d'instructions leur liaient la langue et les bras. * Cependant un événement grave venait d'arriver. Les armes puissantes de la Russie étaient parvenues à domp* • ter une insurrection formidable de la Pologne. Des milliers de Polonais héroïques, mais malheureux, quittèrent leur pétrie rentrée sous le joug et couverte de cadavres . et de ruines ; fuyant la vengeance de la Russie, ils er-* raient fugitifs de pays en pays, cherchant un asile. Les habitants de la Suisse, touchés d'admiration et de pitié, prirent soin de ces braves qui traversaient leurs villages et leurs villes se rendant en France, où un asile leur
était ouvert. Âu bout d'un certain temps, lliospitalitë flrainçaise ne réalisant pas toutes les espérances quMts avaient osé concevoir, beaucoup de Polonais mécontents se rendirent en Belgique, d'autres sons les drapeaux de don Pedro, qui disputait, les armes à la main, à son firère don Miguel, la couronne du Portugal. Environ cinq cents passèrent inopinément, au commencement d'avril 1833, la frontière française, s'établirent dans le canton de Berne, et réclamèrent rhospitalité suisse. Les autres Etats leur fermèrent rentrée de leur territoire; la France, le retour. Les Polonais en appelèrent en vain à la générosité helvétique; Berne somma en vain ses confédérés de ne pas lui laisser toute la charge d'une hospitalité si dispendieuse. La plupart des Etats, contents d'avoir échappé an sort de Berne, refusèrent de tendre une main secourable à ce coétat. Quelques-uns s'excusèrent sur leur pauvreté ; d'autres craignaient une augmentation du nombre de leurs heimatnloses ; d'autres encore considéraient ces étrangers, survenus tout à coup, comme des auxiliaires de la conspiration allemande qui, dans le môme temps, éclata à Francforl-sur-le- Mein ; d'autres enfin soupeoïinèrent Berne môme d'avoir appelé cette troupe pour s'en servir contre les patriciens alors remuants, ou contre les cantons voisins opposés aux réformes politiques de la Suisse.
Raptnre de la paix du pa^ ». La diète rétablit la Uran-
quilIUé.
(Année 1833).
La révision du projet de pacte par la diète était terminée. Le nouveau projet fut soumis aux cantons pour qu'ils en prononçassent l'acceptation ou le rejet. A l'époque ordinaire (1" juillet) la diète ouvrit sa session annuelle avec la solennité d'usage. A la môme époque s'assemblèrent, dans le bourg de Schwytz, les plénipotentiaires de lâ ligue de Snrnen. La réconciliation de tous les Confédérés et leur franche concorde eussent été
HISTOIBB
. nécessaires pour foncier un nouveau pacte ; en aucun temps 00 ne fui plus divisé Cependant, à la demande des Grisons, les Confédérés tendirent la main , une fois encore , aux États dissidents pour tenter de réconcilier Pancien pays de Schwytz et les districts extérieurs, ainsi que la ville el la^campagite de Bàle. Le jour fut pris (5 août). Tous les États [vromirent d'envoyer des députés, même les Sarniens ; mais ceux-ci cachaient leur jeu.
En effet, lorsque le peuple du canton de Lucerne, effrayé et Iroiilili' par les clameurs du parti radical et ♦ par celles du parti prélre, eut rejeté le projet de pacte (7 juillet) , les adversaires du nouvel ordre de choses, relevèrent orgueilleusement la téte. Aux yeux de ses anciens conducteurs , le peuple semblait aussi facile à mener qu'autrefois. De ia de nouvelles espérances, de nouveaux plans pour le rétablissement de Tancienne domination. Plus de réconciliation, plus d'acconunodément I II fallait renverser Tédidce de la liberté ; un choc vigoureux devait suffire. Des courriers se croisaient en tous sens. Schwytz armait ea secret; Bâle, avec une activité redoublée.
Tout à coup, dans la nuit du 30 au 31 juillet, au bruit du tocsin, 600 hommes de Schwytz sortirent en armes et avec de rartillorie, et surprirent Kusnacht, village des districts extérieurs, sur le lac des Quatre- Gantons. Us firent des prisonniers, et, en dépit de la sommation confédérale de Lucerne, menacèrent de pour- , suivra leur expédition. Mais, sans retard, 1000 hommes de Lucerne volèrent en armes i la frontière, et arré-
' tèrent les progrès du mal. La diète apprit à Zurich (l^^ août) Faudacieuse violation de la paix. Sa patience était à bout. Elle ordonna une levée de 20 bataillons sous les ordres de chefs expérimentés ; elle leur associa des plénipotentiaires, etfit investir Schwytz. En même temps elle révoqua ia médiation ordonnue, et dans une proclamation au peuple elle se prononça énergiqucmeut sur Tatlentat commis. Un cri de colère s'éleva de toutes parts contre Schwjt^. Les bataillons fédéraux accou-* rureiit av^c joie pour exécuter les prdr^ de la diète.
DE hk HATiaK SUISSE.
Trois jours après la première nouTelle , on en reçut une seconde toute semblable. Les Bâlois avaient fait une sortie hostile contre la campagne. La garnison et
des bourgeois , 1,600 hommes, accompagnés de douze canons, s'étaient dirigés nuitamment (3 août) sur Muttenz. Ils avaient incendiée Prattelen , et massacré des gens sans défense. Après phisieiirs < <carmouches, ils marchaient sur Liestal. La terreur les attendait près de la colline boisée de l'Oehrli, non loin d(^ Kreiikendorf. En petit nombre, mais animés d'un courage digne des combats que la Suisse livra pour sa liberté, les habitants de la campagne se trouvèrent Id, et flrent voler la mort et répouvante dans les rangs des Bâlois. Les troupes de la ville ^ mises en désordre , chancelèrent ; bientôt la déroute fut complète , et les fuyards se dispersèrent à travers les bois. Ne respirant que vengeance» les cam-pai^nards les poursuivirent , ne demandant, ne faisant pas grâce. Plus de trois cents des assaillants mordirent la poussière ou furent blessés. L'orgueil de Bâle était abattu. Le deuil et l'etTroi remplissaient la ville.
La difMe s'assembla le soir de cette journée sanglante, informée de la rupture de la paix, mais non de l'issue du combat; elle ordonna Toccupation de la ville et de la campagne de Bâle par 10,000 hommes. Le 4 août, les bataillons fédéraux entrèrent dans Schwytz ; le 10, dans les murs de Bâle. La ligue de Sarnen fut dissoute; iujoDCtion fut faite aux États dissidents de remplir leur devoir fédéral en envoyant des députés à la diète. Neuchâtel seul hésita; 10,000 hommes allaient marcher vers ses frontières j le gouvernement de cet Élal s'empressa d'obéir. » •
Ces mesures énergiques rétablirent la paix en Suisse. Les4roupes s'iionorèrent par leur discipiuie; la nation entière, par son enthousiasme pour la liberté et par son respect pour Tordre. L'aristocratie mutine des villes et des familles, avec son cortège ecclésiastique et laïque, se tint coite, épouvantée par la volonté populaire, qui se manifestait avec une énerve à laquelle le vieux régime ne s'attendait pas.
Les ministres de Russie, d'Autriche, de Prusse, de Bavière et de Sardaigne se rendirent en hâte à Zurich (7 août) pour intercéder en faveur de Baie. D'un autre côt(^, les plus véh(^mentes des associations politiques demandaient que les auteurs et les principaux instruments de la rupture de la paix fussent traduits devant des conseils de guerre, dégradés, punis de mort. Mais l'autorité fédérale résista avec une sage fermeté aux sollicitations des deux partis extrêmes. La justice et la modération honorent et sauvent les républiques comme les monarchies. On parvint à réunir sous une constitution commune (19 septembre) le district intérieur de Schw^tz et les districts extérieurs; BAle, avec quelques villages delà rive droite du Rhin, fuL séparée de toute la campapfne (17 août); un tribunal arbitral, sir^i^eant dans la ville d'Aarau, fut chargé de la répartitiuu des biens de l'Etat entre les deux administrations en lesquelles le canton unique est divisé, comme ceux d'Appenzelî et d'Unterwalden. La part des frais de Toccupation militaire fut fixée pour les deux cantons occupés ainsi que pour la Confédération. Les troupes fédérales remerciées et congédiées, la session de la diète fut close (16 octobre).
Yoilà comment, à cette époque, les Suisses sauvèrent et conservèrent la paix du pays par leur énergie militaire et par leur magnanimité. Sous la protection de la loi, la tranquillité se rétablit dans tous les cantons. Mais la liberté d'un peuple ne doit reposer que les yeux ouverts, son sommeil serait la mort.
"I^entatlve des réfii^^iés contre la Savoie. RéelamatioBs des puUiMunees il ce sujet. Eanbarras auaeltéa an canton de Berne et rupture des eommanlen** îàowu» diplomatiques* Révision dn pacte*
(Année 1834.)
Sortie heureusement de ses troubles intérieurs en 1883, la Suisse se vit jeter cette année dans de nouvelles
BË tk NATION dUlâdE.
ComplicatioDS. Parmi les réfagiés qui avaient été généreasemebt accueillis dans le canton de Berne, il s'en trouvait un assez grand nombre qui étaient décidés à
Î rendre part à toute entreprise aventureuse, de nature accélérer le réveil des peuples et à leur offrir par là des chances de rentrer dans leur patrie. Chez des hommes aiiisi disposés, la séduction était facile. Plusieurs projets furent conçus; on s'arrêta à une expédition en Savoie, dont les pupuialiuiis avaient été sondées par les chefs du mouvement, appartenant au comité central de la Jeune Italie, Il s'agissait donc de Tenvahir les armes à la mam, d'y former un champ d'asile, où les exilés de tous les pays devaient se rallier ; et, si le succès courounaît les premières tentatives, de pénétrer au cœur de ritalie en faisant un appel à l'insurrection. Ce projet était grand, mais les principaux éléments de succès lui manquaient. Arrivés dans le canton de Vaud par groupes isolés, les réfugiés, appartenant presque tous à Témigration polonaise, parviennent, non sans peine, et protégés par la nuit, jusqu'à Carouge, lieu destiné à leur ralliement. Là vient les joibdi e tardivement le chef qu'ils avaient choisi, le général Ramurino, qui avait déjà combattu pour la cause de la Pologne. Sous ses ordres, la colonne, forte au plus de 300 hommes, mal armés pour la plupart, franchit la frontière le ^ lévrier et vient bivouaquer au petit village de Bossey. Le lendemain, eiie longe la montagne, arrive à Ânnemasse, détruit en passant quelques bureaux de douane, el y arbore le drapeau de la Jeune Italie, tandis que quelques détachements se portent dans la conunuue de Villagrand. Le 3, au matin, la troupe était impatiente de poursuivre sa marche, lorsqu'elle apprit que llamorino avait ordonné son Ucenciement, soit que les difficultés de Tentreprise eussent acquis à ses yeux un nouveau degré d'évidence, depuis qu'il s'était vu privé du concours d'une colonne considérable de réfugiés arrêtés à Coppet par les autorités vaudoises, soit que, ainsi que l'insinuèrent ses compagnons d'armes, la trahison jouât dans cette allaire un rôle encore enveloppé de mystère* Quoi qu'il en soit,
HISTOlKE
on peut concevoir le désesnoir de cette troupe abandon* née par son chef sur le sol ennemi. Marcher en avant
devenait une chose impossible, se retirer sur Genève élail la seule ressource qui lui restât. Elle y iul reçue avec tous les égards qu'on doit au malheur, combines avec les précautions qu'exigeait la prudence; la plupart ceux qui la composaient furent reconduits dans le canton de Berne, qui, moins égoïste que ses voisins, ne crut pas devoir leur fermer son territoire.
Ainsi se termina cette déplorable expédition, qui eût été bientôt oubliée si elle n'avait pas attiré sur la Suisse les foudres de la Sainte-Alliance* Partout on accusait, sinon sa complicité, du moins sa tolérance : c'était sous ses jeux qu'on avait prêché la croisade et préparé le complot, c'était là enfin qne de nombreux proscrits allemands, italiens et polonais travaillaient sourdement à renverser les trônes et à répandre pai (oui le trouble et l'anarchie sous le manlLau de la liluTté. Les rcinu/jtrancesdijilomatiques ne tardèrent dune pas à pleuvoir sur la Suis.>5e; elles la trouvèrent divisée d'opinion entre ûv^ exigences basées sur le droit international et le sentiment de son indépendance qui lui semblait froii»sé par cette intervention.
La Sardaigne arriva naturellement une des premières et mit dans ses représentations une vivacité qu'expliqoait l'agression tentée contre son territoire. Après avoir remercie le Vorort pour les mesures qu'il avait recommandées aussitôt qu'il avait été secondé par les gouvernements des cantons limitrophes, le ministre sarde ajoutait: ^ Toutes ces dispositions n'uni pu empêcher que « le territoire de S. M. n'ait été violé de la manière « la plus scandaleuse; que son écusson n'ait été brisé; « que ses employés n'aient été insultés, maltraités; « que les armes d'un de ses postes de douanes n'aient « été enlevées; qu'une caisse publique n'ait été pillée; « qu'une bande de révolutionnaires armés n'ait osé proc clamer un soi-disant gouvernement insurrectionnel • provisoire, et publier des proclamations pour appeler < les sujets de S. M. à la révolte. Le Vorort savait corn-
«r niPiU on avait préludé h Fattaque par de ténébreuses « machinations, daiis quels lieux et par quels moyens « on avait fait sur le territoire suisse des dépôts d'ar- « mes, des associations, des recrutements pour l'inva- « sion projetée, sans que la snrveîlÎRnre des autorités « ait prévenu à temps ou ait pu réprimer ces désordres. »
Bref, le ministre déclarait que « l'état de» choses n of- < frait plus la garantie que toute puissance a le droit € d'exiger de ses voisins, et que c'était contre Focca- « sion même crni avait fait naître le danger, que le goa- 4 yemement an roi, dans ses pins légitimes intérêts» c comme dans l'intérêt général, devait demander d'êlre « rassuré pour toujours. — Il avait reçu, en conséquen- « ce, l'ordre de réclamer avec instance et de la manière « la plus positive l'intervention du Directoire fédéral, « pour que les réfugiés politiques qui se trouvaient en- « core dans les cantons limitrophes des Etats-Sardes € fussent contrai ni> de s'en éloigner avant q\f\h eus- ¥ sent mûri les nouveaux projets dont ils se vantaient; « pour que ces cantons, forts d'une triste expérience t qui avait éclairé maintenant la raison publique, n'adc missent plus à Tavenir dans leur sein aucun de ces f hommes gui se proclament eux-mêmes les ennemis « irréconciliables de tout ordre établi ; pour que des co^ « mités semblables & celui qui sMtait intitulé comité « (rfionnmr, destinés à rassembler, à coordonner des « éléments révoluUoniiaiies, ne fussent pins tolérés en « Suisse. Il devait enfin prier le Directoire de vou- « loir bien recommander ton (es les précautions, toutes « les mesun'> (jue l'inexécution des dispositioris déjà € prises ou que les circonstances qui surviendraient t pouvaient nécessiter, afin de rendre désormais imf possible le retour des désordres dont on venait d'être « témoin, et de Tattentat inouï qui avait été commis en i pleine paix contre la souverameté du roi de Sardai«* c gne et le repos de ses fidèles sujets. »
L'Autriche^ le grand-duché de Bade^ la Bavière, le Wurtemberg, la Confédération gernlanique, Naples, la Prusse el enliu la Russie, après des récriminations analo-
HtdTOtRË
gues, sur la tolérance que les réfugiés avaient rencon-trée de la part des autorités subalternes, dans les préparatifs de leur expédition, afiBchèrent les mêmes exigences que la Sardaigue. La Russie, que Ton n^était pas médiocrement étonné de voir intervenir dans une affaire qiii la toucliait si peu, insista en outre, de la manière la plus Ibruielle, « sur la dis^uluUuii des onnités depro- « pagande révolutionnaire qui, sous diiïéreiils noms et « prétextes, mais tous dans le même but hostile envers « Tordre et les droits établis on Europe, s'étaient torc més en Suisse et contmuaieut leur œuvre avec autant f d'audace que d'impunité. *
Le Directoire fédéral répondit qu'avant que ces diverses notes lui fussent parvenues, u avait déclaré indi- ([nes de Thospitalité suisse tous ceux des réfugiés politiques qui avaient participé à l'expédition de Savoie, et que, dès le i8 février, il avait invité les cantons de Vaud et de Genève à éloigner ces réfugiés du territoire helvétique. En adoptant de pareilles mesures, le Vorort était parti (lu principe qu'à côté du droit inhérent à tout Elal indépendant de recevoir dans son sein des rélugiés étrangers, droit que la Suisse libre avait toujours su maintenir et auquel elle ne permettrait pa^ qu li fût jamais porté la plus légère atteinte, se trouvait l'obligation d'empôcher les rélugiés qui abusent de l'hospitalité qu'on leur accorde pour jeter le trouble dans d'autres Etats, de renouveler de pareilles tentatives. Quant à l'expédition des réfugiés contre la Savoie, les diverses mesures prises, tant par le Vorort que par les gouvernements limitrophes de ce pays, prouvaient que les autorités suisses avaient la ferme volonté d^observer tous les principes du droit des gens sur lesquels repose la bonne intelligence entre les Etals libres ci iiidcpendaats. Si, malgré ces dispositions, rexpéditioii des réfugiés n'avait pas été prévenue, on devait aisément comprendre que tout gouvernement pouvait être facilement exposé à un sort semblable. Dans les dernières années, des Etats puissants n'étaient pas toujours parvenus à empéciier di9^ entreprises analogues organisées sur leur territoire
par des réfugiés qu'ils avaient accueillis. Enfin, le Vororl repoussait toute conséquence que Ton prétendrait tirer de l'év<^nement, pour porter atleiiile mx droits d'un Etal iudépendant et à la iégisiatiou spéciale de la Suisse.
Le gouveroementde Berne qui avait accueilli les Polonais avec une vive sympathie^ et qui jusqu'alors s'était montré le moins disposé à les renvoyer de son territoire, finit par reconnaître que la prolongation de leur séjour dans le canton, après rexpédition contre la Savoie, n^offrait ni au Vorôrt, ni à la république bernoise, les garanties nécessaires pour la IranquUlité intérieure du pajs et pour l'inviolabilité suisse, et leur adressa, le 21 avril, une sommation d'accepter les conditions que le ffonvcrneiiirnt français mettait à leur réadinission en I raoce.
Cependant la réponse du Vorort n'ayant point satisfait les puissances, des notes pins impérieuses, plus exi-
f^eanles encore que les premières, lui furent remises de eur part : aux réclamations succédèrent les réquisitions ; aux plaintes, les menaces. Par une note du 21 avril, le ministre de Sardaigne demanda : 1^ la mise en jugement et la punition de tous les individus nés et domiciliés en Suisse, qui avaient pris part à ^invasion à main armée du territoire de S. M. le roi de Sardaigne, et au pillage des propriétés publiques et particulières ; 2** l'expulsion du territoire suisse de tous les Italiens, Polonais et Allemands qui avaient participé directement ou indirectement à Taltaque contre la Savoie, ou dont la conduite constamment hostile et l'état de conspiration permanente avaient assez prouvé l'incorrigible perversité.
Dans le cas où la Suisse n'aurait pas fait droit plein et entier à ces demandes avant la fin de mai, il était déclaré que le roi de Sardaigne se verrait dans la nécessité d'ordonner l'application d'un certain nombre de mesures de précaution et de restriction, qui changeraient tout à fait la nature et le caractère des rapports entre ses provinces frontières et la Suisse. Le ministre autrichien fit, sous la même date, une déclaration semblable. Cet ulti-
HISTOIRK
matum fût ensuite appuyé par la Rûfssie, et en attendant ' la réalisation com|)lète des menaces qui étaient faites à i la Suisse, une sorte de blocus fut organisé contre elle à Test et au nord. On voulait Tobliger de céder à cette coalition de tant de puissances, en la blessant dans ses in- ^ téréts commerciaux, et en entravant ses relations industrielles au dehors.
Le Yororl, aprte avoir renouvelé ses protestations contre tout empiétement sur les droits de la Suisse indépendante, annonça le 17 mai, aux minisires signataires des dernières notes, que tous les cantons avaient conseiiU à l'expulsion des étrangers qui avaient pris une part active au mouvement contre la Savoie. Quant • à la poursuite devant les tribunaux des citoyens suisses qui auraient coopéré aux événements de la Savoie, le Vorort n'avait point appris qu'il y en eût dans ce cas.
Le Vorort saisissait ensuite l'occasion que lui offrait le voyage du roi de Sardaigne en Savoie, dans les premiers jours de juin, pour témoigner de son empressement à rétablir entre les deux pajs les rapports de bouDe aimitié et de bon voisinage, line députation suisse se rendit auprès du roi, qui Taccueillit de la manière la plus favorable; les assurances les plus bienveillantes, Tes plus amicales furent échangées entre lui et les députés.
D'après cette démarche, qui fut vivemeui désapprouvée par une partie delà nation, on devait croire TafTaire des réfugiés terminée. Cependant de nouvelles noies furent adressées le 20 juin par plusieurs puissances, notes dans lesquelles on déclarait les réponses du Vorort insuffisantes , et où Ton réclamait une satisfaction prompte et complète comme pouvant seul arrêter Telfet des mesures de sûreté annoncées, préparées partout, et qui étaient sur le point d'être mises à exécution. Cette satisfaction consistait, suivant la note de TAutricbe, dans Pexpulsion de ceux qui avaient pris part à Pexpédition de Savoie, dans Téloignement des réfugiés qui concouraieni noLoiicnrent, d'une manière directe ou indirecte, à troubler la tranquillité des Etats, et dans Tassurance
D£ LA NATION SUiSâË.
donnée par la Contédéralion, que des précautions seraient pri<ies contre toute tentative semblable à Tattentat (in mois de février. L'accoiii[)îissement de ces conditions était le seul moyen d'assurer la continuation des rapports d'amitié, qui, une fois rompus, seraient difficilement rétablis.
Les opposants aux préteptions affichées par les puissances, soutenaient qu'en droit des gens, on devait négocier, non sur des principes, mais sur des réclamations déterminées. Néanmoins le Directoire, dans le but de préseirer la Soisse de Hnterdit commercial dont elle était menacée, crut devoir déclarer, par sa réponse du 24 juin, qu'il éLail convaincu qu'à l'avenir la Suisse renverrait de son territoire et n'y laisserait plus rentrer tout réfuté qui abuserait de l'asile accordé, pour troubler la tranquillité des iiulres P^tats, qu'il inviterait de nouveau les gouverneniefit? cantonaux A agir en conformité de cette règle de droit international à l'égard des réfugiés qai se trouvaient actuellement en Suisse, ou qui pourraient s'y rendre.
Les puissances se tinrent enfin pour satisfaites et leurs mesures coërcitives furent abandonnées; mais la Conduite du Yorort sembla à beaucoup de Suisse^ avoir passé les limites des concessions raisonnables, et l'on dut s'attendre à voir ce long démêlé diplomatique devenir Tobjel d'un dibat sérieux dans la procliaiue session de la Diète, que devait signaler la première application du principe de la publicité des séances de l'Assemblée fédérale.
L'adversaire le plus redoutable de la conduite du Yorort lut le représentant de Lucerne (M. Casimir Pfyffer), à qui son Etat avait donné des instructions précises de désapprobation. 11 s^étonna d'abord de ce que la France^ où une même tentative contre la Savoie avait eu lien, n'avait pas reçu de notes à cet égard. Il reprocha ensuite au Vorort d'avoir répondu avec beaucoup de hftte à la veille de Touverture delà Diète; d'avoir, contrairement an langage tenu prccédenunent, reconnu que la Suisse avait des torts, et d'avoir ainsi fait bon marclié de
Phonneur el de riiid('pendance nationale. Le député de Lucerne pensait que la Diète devait prendre une antre position à réirard de l'étranger, et transmettre aux puissances une déclaration pour la cooservatiou de sa dignité et de sa liberté.
Cette proposition, vivement appuyée par les cantons ^ de Berne, de Saint-Gall, d'Argovie, de Thurgovie et de Bâle-Campagne, fat repoussée par la majorité des Etats. Plusieurs cantoûs, telsqu^Uri, Schwytz, Uoterwalden, Valais, Tessin, Grisons, Neuchâtel, Bâle-Ville, donnèrent au contraire leur approbation pleine et entière à la conduite du Vorort. D'autres s'exprimèrent dans le même sens, mais en manifestant la peine qu'ils avaient ressentie de la teneur des notes et surtout de certaines prétentions des puissances : de ce nombre furent Claris, Fribourg, Soieure, Schalfliouse, Appeuzell, Vaud et Genève. Quant au renvoi des réfugiés qui avaient pris part à Texpédition de Savoie, toutes les dé-
fmtations l'approuvèrent. Elles reconnurent toutes aussi a sainteté du droit d'asile et firent des réserves expresses à cet égard.
Le résultat g;éDéral n'ayant pas répondu à Tatteute des cantons qu'avaient vivement blessés les prétentions des puissances, les députatioris de Berne et de Lucerne firent insérer au protocole une protestation par laquelle elles réservaient formellement aux autorités du pays le droit qui leur appartenait de juger les cas où un étranger se serait rendu indigne du droit d'asile, en repoussant toute prétention contraire, c La Diète, ajoutaient ces députa- • lions, n'ayant pas daigné défendre l'honneur el la difl gnité de la Confédération contre les expressions humic Uantes et les exigences renfermées dans les notes des f cabinets^ Berne et Lucerne entendent qu'au moins c leur honneur et leur dignité soient à couvert. » Cette protestation donna lieu à de vifs débats, qui ne firent que mettre en évidence la divergence d^opinions qui exisLaU au sujet de l'extension à donner à rapprobalion pure el simple de la conduite du Vorort.
Après cette affaire, la Diète eut à s'occuper de rim-
portante qaestion de la révision du pacte. Le rejet par le peuple lucernois du projet d'acte fédéral de 1832,
modifié en 1833, avait donné le coup de raorlau travail Rossi. Cependant la naajorité des députations avaient fait connaître, dans la séaiice de la Diète du 10 octobre 1833, la volonté décidée de leurs commettants de rester fidèles au principe de révision adopté Tannée précédente, et elles avaient chargé le Directoire de provoquer de la part des Etats des résolutions ultérieures à l'égard de la révision, en les invitant à se prononcer sur Tun des quatre modes suivants : 1« une nouvelle délibération en Diète, fondée sur les instructions cantonales ; 3^ une conférence de députés des gouvernements, chargés de rédiger sans instructions, sous réserve de ta ratification des cantons; 3^ une assemblée constituante fédérale, nommée par le peuple proportionnellement à la population et chargée de rédiger une constitution fédérale, sous réserve de l'acceptation par la majorité des citoyens suisses; i ' une révision partielle et successive du pacU\ acheniim'e parla Diète. Les réponses des cantons furent de telle nature que le Vorort de Zurich pensa que la révision partielle était ce qui convenait le mieux. A cet effet, il transmit aux cantons divers projets sur des points spéciaux. Dans la séance de la Dièté du 4 août» les députés exposèrent leurs instructions sur la convenance, le mode etPétendue delà révision. Ceux de Berne, Bâie-Campagne, Thurgovie, Zurich et Argovie (ces deux derniers en seconde ligne), se prononcèrent seuls pour la révision par une constituante fédérale. La révision par une conférence ne fut votée que par Schafîhouse, Genève et Thurgovie. Treize voix se réunirent pour décider rétablissement d'une commission dans laquelle chacune des vingt-deux députations serait représentée par un de ses membres, et qui serait chargée de présenter à la Diète des propositions bien mûries sur les moyens de développer et d'expliquer l^rrété du 17 juillet 1832. Quelques Ëtats refusèrent de prendre part aux délibérations de cette commission. La discus** * sioQ 3ar le rapport qu'elle présenta eut lieu le 3 septem-
nsToim
bre. Plusieurs députattons se plaignirent vivemenl de ce
que, non-seulement, ou n'avait fait faire aucao progrès à Taffaire de la révision, mais encore de ce que le rapport était plutôt propre a détruire les espérances qu'on avait conçues è cet égard, et à faire croire que la nation
suisse n'avait pas la force nécessaire pour arriver à un état nicilleur, ou que les autorités manquaient de la volonté et du courage qu'exigeait cette entreprise. Le rapport ne présenlail, en pfTet, aucufie proposition complète et satisfaisante, mais seulemeîii des discussions sur des points détachés. De toutes parts on sentit qu'au point où en était l'affaire et vu les instructions des cantons , la Dièle ordinaire de 1834 n'avait plus vocation à continuer la révision. Loceme en tira la conclusion que, vu rimpuissance constatée de la Diète, la révision ne pouvait avoir lieu que par une assemblée constituante nommée par le peuple. Quand on ep vint à la votation» quatorze Etats et un demi arrêtèrent que le rapport de la commis^lûa serait pris ad référendum et communiqué aux cantons.
En outre, deux tentatives de révision partielle furent proposées par le canton des Grisons. Il demanda d'abord que la direction des alïaires lédérales, an lieu d'être conliée auxgouvernem^ nts des trois caiilons de Zurich, Berne et Lucerne, fût remise à un Conseil fédéral, nommé par la Diète. Cette proposition n'eut pour elle que trois voix. Il demanda ensuite que la Di^te décidât a quelle autorité de canton directeur est dévolue la direction des affaires fédérales. Quinze Etat^ prirent cette proposition ad instruendum.
Le grand conseil du canton de Saint^Gall, voyant Kmpossibilité de la révision du pacte par la Diète, se décida pour une constituante suisse, et il adressa, le 22 novembre 18^i4, une circulaire à tous les cantons, pour les eugager à adopter ce mode de révision, en manifestant le désir que la convocation de la constituante, élue d'après la base de la population, eût lieu dès que
la n^ajofité absolue des Etat» (dou^e), for^aut fu vi/tm
temps la majorité du peuple suisse, aurait déclaré vouloir y prendre part.
La Diët^ eut encore à examiner, dans sa session de 1834, un certain nombre de questions qui, toutes, ne furent pas résolues. Ainsi on ne put pas s^entendre sur rimportaote question du système monétaire, sur celles du transit et de Tuniformité des péages. En revanche, elle avait arrêté la puljlicilode ses séances, un concordat en faveuf des lieimathloses, un autre pour le libre établissement de^ Suisses dans divers cantons, un autre enfui sur runilormité des priiLls et mesures. Elle avait arrêté de plus certaines mesures concernant la défense militaire de la Confédération. Ce qu'elle avait fait de mieux, c'est de rejeter les principes déplorables des Etats sarniens, et de repousser la séparation de Neu* cbâtel delà Suisse.
Cependant la qjierelle diplomatique qui avait brouiflé les puissances étrangères et la Confédération, s'était ra* Dimée non moins opiniâtrément entre quelques-unes de ces mômes puissances et le canton de Berne, à roccasion d'une réunion d'ouvriers allemands qui avait eu lieu vers la fin de juillet, dans une auberge du Steinholzli, près de Berne. Une note du ministre d'Autriche fut adressée au gouvernement bernois pour demander : 1" s'il était vrai que ces ouvriers se fussent permis, dans des discours publics, des attaques contre les personnes et les gouvernements des souverains allemands, qu'ils eussent rejeté les drapeaux et les couleurs de ces souverains et arboré à leur place Tétendard delà république allemande ; 2<» si, dans le cas oji ces faits se seraient passés de la sorte, le gouvernement du canton de Berne avait pris des mesures pour donner aux Etats allemands la garantie que, sur son territoire, leurs sujets étaient à rabi 1 de séductions patentes aui les porteraient à des actions séditieuses, et quelles étaient ces mesures.
Le gouvernement bernois, s'étant convaincu par les rapports de sa police que cette réunion n'avait nullement onert le caractère d'une conjuration ou d'une association hostile au repos des Etats voisins, répondit qu'il n'avait
aucun motif dinterreDir au sujet de manifestations in-
dividoelles d^opinions sur le territoire de la république, goil par des chants, soit en arborant des drapeaux, tant qu'elles ne violeraient pas les lois du pays et qu'elles ne menaceraient pas iraraédiatemenl la tranquillité des Etals étrangers. En Diète, Berne avait fait une déclaration analogue el avait noblement défendu le droit d'asile.
Ces explications amenèrent contre Berne l'emploi de mesures analogues à celles auxquelles les puissances avaient eu recours contre la Confédération. Le ministre d'Autrictie commença par sommer publiquement tous les compagnons ouvriers autrichiens, fiiés ou en tournée dans le canton de Berne» d^évacuer ce canton dans respace de huit jours. Une sommation du même genre fut faite ensuite par les ministres de Prusse et de Bavière et par le gouvernement du grand-duché de Bade à leurs sujets respectifs. On n'en resta point là, et ces puissances, par des notes ultérieures adressées au Vororl, annoncèrent que dorénavant elles cesseraient toute communication avec Berne. Ce canton ne se laissa point intimider; cependant, le Conseil exécutif crut devoir adresser aux chargés d'affaires suisses à Paris et à Vienne un mémorandum où, sans déroger aux principes que la députation de Berne avait cherché à faire prévaloir à la Diète, il protestait de son intention de maintenir la bonne intelligence avec les Etats voisins. On acquit plus tard la conviction que cette démarche avait été inspirée par l'ambassadeur de France qui, jusqu'alors, dans les embarras suscités à la Confédéré) tion par les cabinets de la Sainte-Alliance, avait paru garder une neutralité bienveillante pour la Suisse. C'est en effet de cette époque que date le revirement ostensible du gouvernement français dans ses rapports avec la Suisse. Nous le verrons plus tard faire cause commune avec les cours du Nord,
3u'il dépassa même à certains égards dans ses exigences, ttoi qu il en soit, le mémorandum bernois fut généralement trouvé d'une faiblesse qui contrastait d'une manière fâcheuse avec les documents précédemment ém^-r fiés de la même seurper
La fiD de eette année fui signalée par la fondation de Tuniversité bernoise, qui, suivant le discoars d^inaugu-
ration du président du département de l'éducation, ne devait pas seulement (Hre profitable à la science, mais était destinée à servir de foyer et d'asile aux idées libérales.
LXVIU
Etat den relafionf» eiLtérieiiref^ t\ ra^fii^'iiic'nf de Rerne comme Vorort. Canduite du nouveau Directoire et véeoncilIvtioD avec les npulnuee** Xlarebe de la Dléie» miTérmd entve le eanloa de ilAle-Campa|;ne et la France* Troables dane rArgavle* \
(Année 1835 )
Le canloii de Berne, en prenaiil la direction des affaires de la Coulédération, vit se renouveler contre lui touîes le» diflicultés diplomaliques que la Suisse avait eu à surmonter Tannée pn'ccdenle. La cause première de l'animadversion à laquelle ce canton «eviten butte était ailleurs que dans son motif apparent. La Diète avait donné son approbation à la réponse adressée par le Vorort de Zurich à la cour d'Autricbe, le 24 juin ; réponse
Ju'on pouvait interpréter comme une vague adhésion aux octrines des cours étrangères sur Je droit d'asile. Cependant, quoique la m^orité des Etats se fussent pro-noncés pour approuver la réponse de Zurich^ quelquesuns des plus grands et des plus importants avaient fait insérer au protocole des réserves formelles. C'était quelque temps après qu'avait eu lieu le banquet d'ouvriers allemands dont le niiîiistre autrichien s'autorisa pour réclamer du canton do Berne l'application des principes posrsdans la ro[)Ofise du Vorort zuricois. La résistance de Berne acquérait uii fiouveau degré de gravité, du moaient où ce canton était devenu Vorort, et il importait aux puissances de s'assurer s'il persisterait dans la ligne de conduite qu'il avait suivie comme canton, ou s'il sanctionnerait les principes reconnus par la Diète. Tel fut l'objet d'une note adressée^ dès le 1^' janvier
HisroiEfc:
4835, par le ministre d^Antriche, au nouveau Directoire. < C^est dans cette décision seule, disait-il, dans son ac-
€ complissement entier et commun à tons les Etats de t la ConftMb'ralioM, qne l'Autriche, ainsi (lue le^. autres € puissances vui>ines, peut trouver la base des relalions « amicales et non interrompues qu'elle serait disposée « à entretenir avec la Suisse, (.es puissances doivent « avoir la ferme assurance que la Confédération et le Vor- € ort s'appliqueront sérieusement à tenir la parole don- « née de ne point tolérer davantage sur ie territoire c suisse aucune excitation hostile» aucune offense contre c elles ; d'expulser sans ménagement de la Suisse, et « non pas seulement de tel ou^tel canton, ceux des étranc gers et réfugiés qui se livrent à de tels actes. » M. de Borabelles protestait d'ailleurs qu'en demandant ces garanties, il ne voulait m \u ^vlcr atteinte à riiunueur de la Confédération, ni y faire naître de l'agitation.
Des notes semblables de la Bavière, de Bade, de Wurtemberg, de la Sardaigne, de la Russie et de la Prusse furent transmises au Directoire, de sorte que la moitié de TEuropn paraissait liguée contre le canton directeur.
Le Vorort répondit à ces diverses notes, qu'en vertu des instructions que lui avait laissé la Diète au sujet de la direction des affaires fédérales, son premier devoir, quant aux relations extérieures, était de maintenir et de protéger énergiquement rhonneur, la dignité et Tindé* pendance de la Confédération suisse, ainsi qu'il convenait à un Etat libre et neutre, comme aussi de veiller aux rapports de bonne intelligence et d'amitié entre la Confédération et les Etats élraiigers, en remplissant fidèlement les obligations qui d('coulent du droit des gens. A chaque occasion, le Directoire se ferait une loi invariable de suivre ces instructions et de s<^ conformer scrupuleusement aux proscriptions du pacte fédéral. Il terminait en manifestant l'espoir que cette déclaration franche des principes qui lui serviraient constamment de règle, devait satisfaire la juste attente des Etats voisins.
Beaucoup de gens en Suisse accusèrent cette réponse
de mollesse et de tiédeur. Des hommes en communauté
d'opinions politiques avec ceux qui l'avaient adoptée, auraient voulu qu'on réponrIUj que le Vorort, comme simple pouvoir exécutif, n'avait pas mission de donner des déclaralions àl'elTet d'interpréter ou de rectifler les décisions de la Diète; qu'il avait reçu iiour ifistructions de la suprême autorité fédérale dedélendn niergiquement rhonneur et l'indépendance du pays; que, trouvant les notes des puissances attentatoire à cette indépendance, il ne pouvait que les repousser. D'autres, au contraire, louaient le nouveau Directoire fédéral d'avoir sagement répudié les doctrines alarmantes qu'il avait professées comme autorité cantonale, sous rinfluence d'un sentie ment de rivalité héréditaire contre Zurich.
Cependant ceUe réponse ne contenta nullement les puissances. Non-seulement elles persistèrent à ne point renouer avec Berne, mais outre la défense faite aux ouvriers allemands de se rendre en Suisse, et l'ordre donné à ceux (]iii s V trouvaient déjà de quitter le pays dans le délai d'un mois, des précautions militaires furent prises. Le commerce à la frontière éprouvait des entraves sans cesse renaissantes; les communications devenaient difficiles. Des mesures prohibitives repoussaient aux frontières badoises tous les produits du sol suisse et même les marchandises en transit. Les passeports suisses étaient entièrement méconnus et les légations étrangères n^accordaient leur ma que sous la responsabilité des gouvernements.
L'état des choses resta tel jusqu'au moment où la léfratinn autrichienne annonça otriciellement au Vorort le décès de Tempereur P'rançois et l'avènement de son successeur. La lettre de notiHcation fut envoyée par la poste au Vorort. qui, la trouvant conçue en termes trèsobligeants et très-amicaux, y répondit sur le même ton, et, après avoir désapprouvé et déploré l'affaire du banquet des ouvriers allemands, manifesta le désir que ta bonne harmonie qui avait présidé antérieurement aux relations entre Berne et TAutriche fût rétablie. Des ou- Tertures semblables furent faites aux gouvernements de
HisTome
Bavière, de Bade et de Wurtemberg, qui dès lors déclarèrent qoe les divisions devaient être considérées comme finies, et que les relations diplomatiques avec Berne ne rencontreraient plus d'obstacles. La négociation traîna un peu plus en longueur avec l'Autriche , à cause de quelques formalités d*éUqueUe, négligées peut-être à dessein, de part et d'autre; mais enfin celte difliculté fut levée. M. de Bombellcs se rendit à Berne le 22 juin, pour obtenir une audience du président du Directoire, et le canton de Berne, aussi bien que la Confédération, furent désormais dans les rapports ordinaires avec tous les Etats, à l'exception de certaines entraves que l'esprit de défiance laissa subsister, tels que Tinterdit dont les cabinets de la Sainte-Alliance avaientfrappé lesuniversités de Zurich et de Berne.
En annonçant ce résultat à la Diète, M. Pavoyer de Tavel signala comme un des indices les plus satisfaisants de l'époque, Fesprit de progrès et d'amélioration qui s^était maiiifesté dans la plupart des cantons. Il insista sur la nécessité urgente de refondre les institutions fédérales de quelques diÛicuUés que celle œuvre lût entourée.
La session de la T)\v\v lui signalée par plusieurs améliorations partielles, dont la première fut radoptioa d'un nouveau règlement tendant à faciliter la marche des délibérations. Il fut entre autres décidé : que les cantons seraient liés par les votes de leurs députations, lors même que ces votes ne seraient pas conformes aux instructions ; et que la présence de douze députés suffirait pour constituer la Diète et valider une délibération.
Une seule séance fut consacrée à la question de la révision du pacte. La nécessité , Topportunité et l'utilité de cette révision lurent de nouveau reconnues, soutenues, proclamées avec beaucoup d'insistance et de force par la majorité des cantons: Berne, Zurich, Lucerne, Glans, Fribourg, Soleure, Schaffhouse, Sainl- Gail, Grisons. Argovie, Thnrgovie, Vaud, Genève et Bâle-Campagne. La plupart des autres Etats se prononcèrent contre toute révision et en contestèrent la
nécessité et Topportanité. Les partisans d^n nouveau pacte se divisèrent sur le mode de révision. Berne, Zurich, Lucerne, Sa!nt-Gan,Thurgovie, Bâle-Campagrie,
et Argovie (ce dernier en seconde ligne) se prononcèrent décidément pour la constituante, que repoussèrent tous les autres Etats, mais sans qu'il pût se former de majorité pour laire prononcer laconlinualiou de la révisioa par la Diète.
Un projet de nouvelle organisation militaire, qui contenait des améliorations d'une haute importance, occupa également la Diète pendant huit séances, mais sans que rien de déiinitif pût être décidé.
La position anormale de Neuchâtel, principauté monarchique dans une fédération républicaine, avait donné naissance depuis quatre ans à une foule de difficultés, dont la Diète avait eu à s'^occuper. Cette année encore elle confirma la décision prise un an auparavant et d'après laquelle Neuchatel était invité à se servir dans ses rapports fédéraux du titre de canton et notj de celui de principauté.
La session de la Diète venait à peine d'être close, que l'attention de la Confédération dut se porter sur un conflit qui s'éleva entre Bâle-Carapagne et la France. Deux Israélites français , appuyés d'une autorisation qu'ils croyaient suffisante, avaient acheté sur le solde ce canton un domaine où ils avaient l'intention de s'établir, lorsque le grand conseil, s'étayant d'une loi qui repoussait les Juifs de son territoire , mais oubliant que les traités delà Suisse avec la France n^admettaient aucune exception, crut pouvoir annuler cette vente et contester aux acquéreurs, les frères Wahl, leur libre établissement. Ceux-ci se plaignirent à leur gouvernement ; mais les représentatiuiis de Pambassadeur n'ayant î»as été écoutées, il en résulta des mesures fort préjudiciables à Bàle-Camp3[^ne. Tontes iescommunications de ce canton avec ses voisins cessèrent; ses habitants ne purent pénétrer en France; ceux même qui y avaient des pro-*
Eriétés n'osèrent plus cultiver leurs domaines. Les égalisations, les passeports, tous les actes enfin émanée
des autorités de Liestal étaient repoussés des bureaux de l'ambassade. On exila de la France les ressortissants de Bâie-Campagne qui y avaient fixé leur séjour, transplanté leur commerce ou leur industrie. Cet état de choses durait encore à la fin 1835.
Sauf ce ^ave incident, les relations extérieures de la Confédération ne subirent aucun changement. A la vérité divers Etals liiiiitrophes et d'autres puissances du Nord avaient laissé subsister, à l'égard de la Suisse, certaines mesures restrictives; mais il lui aurait été dilTlcile de faire entendre ses réclamations à ce sujet, uisque ces mesures atteignaient des pays tels que la rance et la Belgique , en ce qu'il était interdit aux ouvriers allemands d'y voyager sans une permission spéciale.
Quant aux affaires intérieures, elles furent menacées, dans les dernières années, d*une fâcheuse complicatioa pour une caûse religieuse en apparence. Un décret du Çrand conseil d'Argovie venait d'ordonner aux ecclésiastiques de jurer fidélité et obéissance à la constitution et aux lois du canlon. Aussitôt la portion ultramontaine du clergé s'était soulevée contre cette mesure , en déclarant qu'elle violentait sa conscience. La popuialion des bailliages libres fut travaillée dans ce sens ; on annon (ait hautement que les, habitants de ces districts accompagneraient en armes et bannières déployées leurs curés à Àarau, on parlait de surprendre cette capitale et de renverser le gouvernement ; en un mot, on pouvait croire à un plan concerté contre le nouvel ordre de choses entre Toligarchie déchue et les prêtres mécontents des réformes ecclésiastiques. Le conseil exécutif se hâta de mettre des troupes sur pied , et le Directoire de prendre toutes les pri^cautlons militaires propres à ctoulTerce mouvement . D'un autre côté, pour lever tout scrupule el dissiper loule inquiétude, le grand conseil d'Argovie rendit , vers la fin de novembre , un nouveau décret interprétatif du premier, en décidant que la disposition législative concernaiit Tassermontation du clergé ne tendait point à porter la moindre
atteinte à la religion catholique, ni aux droits canoniques que la coiistitiilioii avait ga^a^lU^. Les circonstances paraissaient si graves , que le Directoire avait agité la question de savoir s'il n'^ avait pas lieu de convoquer une Diète extraordinaire ; néanmoins . irrâce aux mesures vigoureuses prises par le gouvernement argovien, qui fit occuper militairement les contrées les plus agitées, celte fermentation s'apaisa promptemeat et la prestaUoo dtt serment eut lieu sans autre obstacle.
Rapports» reli@:ienx. Troubles dans le Jura bernois par suite de Tadliésion aux artieles de la Conférenée de Uaden. IVotc de la France au »iujet des ré« fàgiés« AffiAlre de Tespiom CJonsell. VloeM heraiéti* ^uem CoBclusioii da différend entre la Franee et lIAle-Campagne.
(ADnée 1836.)
A peine les troubles religieux du canton d'Argovie venaient-ils d'être apaisés que des mouvements de la
même nature se manifestaient dans la partie catholique du canton de Bt i ne formaiil le ci-devaiU ('vêclié de Bûle.
La pensée de régler les rapports entre l'autorité civile et le clergé, ra{t[)ui ts souvent compromis par suite des ambiUi ii^f^s prétentions de ce dernier, avait donné naissance à une conférence qui s'ouvrit à Baden, le 20 janvier l(S3i, entre des délégués deLncerne, de Berne, de Saint-Gall, de Thurgovie, d'Argovie, de Soleure et de Bâie-Campagne, pour s'occuper de la réforme des institutions épiscopales et de la fixation des droits de l'Etat en matière ecclésiastique. L'objet principal, soumis d'abord aux délibérations de la conférence, fut rétablissement d'un siège métropolitain suisse et par conséquent la subordination des évôchés immédiats actuels à un évôque métropolitain, ainsi que cela existait avant la séparation arbitraire de Constance. Si Ton ne pouvait obtenir cet évéché nali nial, que la cour de Rome avait |uv)misprécédemuienl , ces Etats devaient avoir le droit d'entrer en arrangement à leur gré , avec un autre arcbevéclié
étranger. La conférence s^attacha ensuite à fixer los
rapports de TÉi^Mi^e avec TElat Pour prévenir , d'un cùlt', les diiîicuités qui [iuavaient naître du manque de précision dans la délimitatiun des rapports entre i'Etat et rÉalise, et de Tautre, pour garantir convenablement les droits deJ'Etat et favoriser le plus possible la pros- ' péi'iir' de rÉglise, les d(''putés tombèrent d'accord sur 1 adoption de quatorze points, qui étaient eo vigueur, déjà depuis longtemps, dans tous les pays qui environ'^ Dent la Suisse, et qui furent adoptés par les grands conseils de la plupart des cantons désintéressés.
Quelques hommes d'Etat de la Suisse , pensant qull était imprudent de faire surgir Télément religieux au milieu des questions politiques qui divisaient encore les esprits, ne virent pas de hon œil une déniai ciie dont l'initiative ajipartient aux hommes d'Elalde Lucerne et de Sainl-Gall, et ils se prononcèrent pour rajoui neiuf^nt de toute réforme d'ujs les affaires ecclésiastiques. Le clergé, de son côl(% surtout dans les régions supérieures accueillit avec un m contentemeni prononcé les résolutions de Badeo. Son antipathie alla mémo jusqu'à se traduire, sur certains points de la Suisse, en révolte ouverte contre les gouvernements. Partout on cherchait à dénaturer le but et Tesprit des améliorations arrêtées par la conférence, partout on mettait en œuvre tout ce que le fanatisme a de puissance, Pintrigue de ressources, rignorance de crédulité. Des émissaires parcouraient la Thurgovic, préchant une sainte croisade. ASaint-Gall, le provincial des capucins dél'endait aux religieux do son ordre de connaître les résolutions de liadcn ri de leur obéir. Dans le canton de Lucerne , les pupulaùons de TEntlibnch montraient des dispositions peu rassurant(»s. Des projets de réaction politique semblaient même se mêler à l'agitation religieuse ; on parlait du rétablissement de la ligue de Sarnen et de plans subversifs de la tranquillité. La nonciature ourdissait adroitement des intrigues et faisait servir sa position élevée à accroître des influences dangereuses au repos public. Ce qui se passa en Argo vie à la fin de 1835 n'était, selon ropinion
générale, qu'un épisode du grand drame réactionnaire qui devait se dérouler dans toute la Confédération.
' Le grand conseil de Berne, lent à se prononcer sur les actes de la conférence de Baden, venait à peine de leur donner son assentiment en février 1830 , que le Jura, travaillé depuis longtemps par une feuille, organe de rassociation cdtholique, fut en proie à une vive fenneotatioQ. Les premiers troubles éclatèrent à Porrentroy, et ils ne tardèrent pas à s'étendre aux villages environnants. Les femmes, excitées par le clergé , y prirent la part la plus active. Elles firent ane procession et plantèrent un arbre de liberté religieuse et catholique. Les cris à bas le gouvcrnemenl! mort aux huguenots ! retentirent dans les communes runiles. On placarda des appels à la rébellion, on lacera les prociamatiuns dn gcunernement, on méconnut l'autorilé. Les députés qui avaient volé pour l'adoption des articles de Baden, se virent en butte à des outrages sans cesse renaissants.
' Informé de ces désordres, qu'il avait vainement essayé d'arrêter à leur origine par une proclamation sur les véritables intentions du Grand Conseil, le gouvernement de Berne envoya sur les lieux deux commissaires i)our calmer les esprits ; mais leurs efforts ayant été inutiles, le Grand Conseil décréta l'occupation militaire du pays, et rarrivée de trois nouveaux commissaires, investis de
Eouvoirsétendus et soutenus par la présence de quelques alaillons, fit tout rentrer dans l'ordre en peu de temps. Les chefs des ])( rturhateurs, parmi lesquels se trouvaient des prêtres intluents, prirent la fuite ou se tinrent prudemment à l'écart. Les arbres dits de fidélité et de liberté religieuse furent successivement abattus dans toutes les communes où ils avaient été plantés comme des emblèmes de rébellion , et la saine partie de la po-
Sulation ne tarda pas à reconnaître qu'elle avait été la upe de quelques ambitieux, qui n'avaient fait intervenir des appréhensions religieuses que par couvrir de dangereux projets.
Ensuite se renouvelèrent pour la Suisse tous les embarras et les désagréments qu'elle avait éprouvés les 4ea^ ^^ûées prépéqentes, à propos réiugiéâ pqli^
tiques. Jusqu'en 1836, le cabinet des Toileries était resté étranger , du moins en apparence , aax menaces directes ou indirectes qui avaient été adressées à la Diète par les cours de la Sainte- Alliance ; le roi Louis- Philippe avait, au contraire, toujours protesté de son affection pour un peuple chez lequel lui aussi avait trouvé des protecteurs et des amis lorsque , dans sa jeunesse, il avait liii fuir sa patrie et demander à la Suisse un asile qui lui tlait refusé partout ailleurs. Aussi, ce fut avec confiance que le Directoire fédéral ^^'adressa au gouvernement français, le 25 jnin, pour lui demander de pouvoir faire passer par la Franco, pour les diriger sur l'Angleterre, quelques-uns des réiugiés expulsés en 1834 pour leur participation à l'invasion delà Savoie, les^ uels étaient rentrés en Suisse, et d'antres qn'on accusait e préparer une expédition contre le grand-duché de Bade. La réponse ne se fit pas attendre ; le gouvernement français accordait le passage qui luiétait demandé ; mais la note par laquelle Tambassadear faisait connaître les intentions de sa cour, renfermait des conseils donnés dans une forme impérieuse ; elle faisait la critique de l'organisation des cantons sous le rapport de la police des étrangers, et laissait entrevoir que, si la Diète ne se conformait pas à ce qui lui était demandé, la Fra!)ce et les autres puissances pourraient prendre des mesures fâcheuses pour la Suisse. L'attitude nouvelle de la France à régard de la Confédération avait essentiellement pour but de contribuer à seconder certaine combinaison matrimoniale en faveur du duc d'Orléans, pour la r^ussitp de laquelle il était nécessaire que le gouvernement firamçais favorisât les exigences de rAutriche. Quoi quMl en soit, le ton de la note blessa an plus haut degré le sentiment de dignité nationale. La Diolo rcpunilil le 29 août, en repoussant avec force les allégations du cabinet fraiiçais, et montra par des faits qu'il n'appartenait ças à la France de reprocher à la Suisse son organisation administrative ; que c'était à Paris qu'avaient été conçus les projets exécutés en Suisse ou déjoués par la police
^il^se ^ qu^e c'était de Paris partaient^ les ordre.i^
pources milices secrètes de conspirateurs, i Si la Suisse, t ajoutai! la note, réprîmn les étrangers qui se sont reu* i dus coupables par des faits constates, sa police ne desi cendra jamais dans les consciences pour y surprendre • des intentions, et les tribunaux ne puniront jamais des « espérances. Elle ne saurait non plus admettre la prét tention que d'autres qu'elle-même s'arrogent le aroil « de faire justice des réfugiés en Suisse, et démettre un € terme à la tolérance qu'elle exerce. La Diète repousf serait do la manière la pins énergique une telle vioi lation de la souveraineté fe d( raie, forte du droit d'un i Etat souverain et indépendant, ainsi que de Tappui de c la nation entière. »
Pendant que la Diète faisait cette réponse, un incident nouveau vint compliquer la situation réciproque des deux pays. Le 19 juillet, c'est-à-dire le lendemain du jour oft la note avait été remise par Tambassadeur au président de la Diète, il en avait adressé au Vorort une seconde, dans laquelle il demandait l'expulsion d'un nommé Conseil, qu'il regardait comme un complice de Fieschi et un homme très-dangereux. Conseil fut arrêté leiO août à Nidau; il résulta de la procédure instruite à son occasion que cet homme, espion aux gages de la police française , avait été envoyé en Suisse pour surveiller les réfnt^iés, gagner l^nr confiance et découvrir leurs secrets. Arrivé le iOjuillet à Berne avec un passeport sous le nom de Cheii, il s'était d'abord mis en rap-
I)ort avec des réfugiés, jouant auprès d'eux non^seulement e rôle d'espion , mais encore celui d'agent provocateur. Se voyant mauiété par la police, Conseil s^etait rendu à Besançon , ou il avait obtenu du préfet un nouveau passeport sous un autre nom. Revenu à Berne, et se vo}anL soiipi onné par ceux auprès desquels il devait remplir sa iiiission , il se présenta A rambas:5a(lo française, et cet hommes qui avait étr ilf'';ioncé par M, le duc (ie Montebello, reçut un troisième passeport sous le nom de F. Herrnnnn , de l'argent et l'ordre de quitter Berne et de se rendre dans d'autres villes de la Suisse, pour y continuer soa. triste rOle à Têtard des éti:an|ers*
Quand ces faits furent connus, ilsexcitèrenlun^grande indignation. Le commission liouimée par la Di('Le pour examiner cette affaire, s'éleva avec force contre la conduite de l'anibas a Jeur et du chargé d'affaires qui avait délivré le passeport ; elle concluait en demandant que la Diète informât le gouvernement français de tout ce qui s'était passé. En outre, de nombreuses assemblées
Eopulaires , où dominait le sentiment de la nationalité lessée, eurent lieu sur différents points de la Suisse, et firent parvenir à la Diète des adresses pour l^encourager à résister aux prétentions de la diplomatie.
Le texte du rapport de la commission, et quelques-uns des discours prononcés à cette occasion dans le sein de la Diète ayant paru offensants au gouvernement français, l'ambassadeur remit , le 27 septembre , une nouvelle note, dans laquelle son gouvernement se plaignait avec amertume de ce qui s'était passé ; il sem])Iait croire que l'anarchie régnait dans le pays, et qu'il n'était plus possible de conserver des rapports internationaux avec la Suisse ; il demandait une satisfaction éclatante^ et jusqu'à ce qu'elle eût été donnée, toutes les relations entre les deux pays devaient ^tre interrompues.
Peu après cette note commença le fameux blocus dont M. de Montebello avait menacé le président de la Diète, M. TavoyerTsliarner. dunt raUilude, durant cette crise, fut loin de répondre à l'attente nationale. 11 n'était plus permis à aucun Suisse de pénétrer sur le sol français. Celte mesure, qui blessait autant les intérêts de nos voisins que ceux de la Co nié dération, excita beaucoup de mécontentement en Franre.
La Diète, réunie extraordmaircment, après de longs débats qui eurent lieu à huis clos, remit, le 6 novembre à l'ambassadeur une note dans laquelle elle déclarait qu'en désirant que les faits révélés par la procédure instruite contre Conseil , dont l'arrestation n'avait été effectuée qu^à la demande de la France , fussent portés à la connaissance du gouvernement français , elle n'avait eu nullement Tin tention d'offenser ce gouvernement, et que, ne VQiilait pas recevçif unecotag^unicaiioii qï-.
D£ U MAtlÛN SUISSE
ficieile des faits qui avaient acquis tant de publicité, la Diète lie donnerait pas suite à sa décision. Répondant ensuite à la partie de la note relative à Tétat intérieur de la Suisse, la Diète ajoutait: « La DOtede M. le duc
• de Montebello, du 27 septembre, renferme de graves
• erreurs sur la situation delà Confédération suisse La t Diète pourrait repousser par des faits ces allégations ; € elle trouverait des preuves dans la constitution sociale « des cantons, ainsi que dans leur état matériel et moral. « Mais elle iracceptera pas le débat ; les cantons helvé^ € tiquei^ ne sauraiml reconnaître à aucun Etal étranger « le droit de contrôler la marche de leurs gouvernementSy c ni dHntervenir directement ou indirectement dam les « délibératiom des conseils de la Confédération. »
Après les menaces qui avaient été faites à la Confédération, on doutait que celte réponse fût favorablement accueillie à Paris ; mais il en fut autrement : plusieurs voix avalent impronvé en France les mesures impoli'*tiques dirigées contre la Suisse. Le gouvernement fran-* çais se tint pour satisfait, et le blocus cessa immédiatement.
Quant au différend qui s'était élevé Tannée précédente entre la France et le canton de Bâle-Campagne, il s'était
en quoique sorte elTacé devaiiL la gravité des nouveaux embarras diplomatiques qm avaient assailli la Suisse, et s'était enfin apaisé à petit bruit, grâce à une indemnité assez forte que le landrath de Bâle-Campagne avait consenti , non sans peine, à accorder aux frères Wahl, et dont le Directoire fédéral fit en partie Tavance.
Du reste, les travaux de la Diète avaient eu principalement pour objet l'organisation de rarm('^e fédérale , les communications intérieures et Tuniformité des poids et mesures, pour laquelle un concordat reçut Tadhésion de plusieurs cantons. Quant à la quesUon de la révision du pacte , elle donna lieu â des votes A peu près sem* blablesà ceux de l'année précédente. Une décision fut enfin prise dans le but d'éloigner du territoire suisse les étrangers qni avait compromis, par des faits constatés, la âûretc iutérieure ou la neutralité de la Suisse et les
UlSTOIRfe
rapports ioternationaux , en laissant les canloDà Côû^ naître des cas et se concerter avec le Directoire pour
rexécution. Cette mesure, qui empruiiia dis circonstances une a|)parence de persécution, eut pour résultat l'expulsion d un assez grand nombre de réfugiés polonais, allemands et italiens.
fi«p|pii««i#a d*liM aMoetaiieii polltt^ne ûmmm le cm*
la eoMatvttos CUari». Tmvmx de la Diète.
(Année 1837.)
L^année 1837 fat exempte de toute difficulté diplomatiqae. A rintérieur» les événements remarquables sont peu nombreux. Une association qae Taristocratie bernoise déchue avait formée dans le but évident de préparer les voies à une réaction, fut frappée de dissolulion, le 8 mars, par le Grand Conseil, qui déclara cette société illégale et dangereuse pour l'Etat. Les partisans du droit absolu d'asso'cialion. à quelque camp [ oiilique qu'ils appartinssent, ne virent pas de bon œil une mesure qui leur paraissaitconslituer un antécédent dont l'application pouvait plus tard frapper tes amis de la liberté eux-mêmes. Les mécontents essayèrent alors d'agir directement sur les masses, en provoquant des assemblées populaires, dans lesquelles ils prêchèrent à
f)eu près ouvertement Tinsurreclion. C^est ce qui donna ieu auhe petite expédition militaire sur Brienz wNler, dans laquelle les principaux meneurs furent arrêtés sans effusion de safig.
L'époque de la révision de quelques constitutions cantonales se passa sans donner lieu a aucun ificident remarquable, excepté dans le canton de Giaris, où l'élément religieux fut également exploili' [)0ur entraver les améliorations nécessaires. Les sept huitièmes de la po-
Sulation de ce canton étaient protestants, le dernier uilième se composait de catholiques. Un traité conclu en 1683 entre les deux confessions avait principalement
Oe LA NAtlON SUISSE.
pout objet de faire disparaître ces privilèges et d'établir une entière égalité de droits civils et politiqaes entre tons les citoyens. Ces changements, et snrtont Tobligation imposée au clergé du culte catholique de prêter
serment à la constitution, avaieui allumé les passions,
Î)rovoquë une scission ouverte entre les deux conessions. C'est surfont dans le cooseil catholique de Naefels que roppusiuoii était devenue la plus intraitable. Lorsque la nouvelle conslitution de Claris fut présentée à la Diète, la question de !n izarantie rencontra d'opiniâtres adversaires, surtout parmi les députés des cantons primitifs, qui firent valoir les prétendus dangers que cotrait la religion catholique par la mise en vigueur de cette constitution, dont la garantie obtint néanmoins les suffrages de la majorité des Etats. Le clergé catholique glaronnais, qui avait refusé de prêter serment^ finit plus tard par se soumettre
Du reste, la session de la Diète se passa paisiblement. L'avoyer de Lucerne qui la présidait laissa percer, dans son discours d'ouverture, des regrets de ce que, depuis qu'on s'occupaitde la révision du pacte, Von n'était arrivé à aucun résultat; il conjura les députés de vouer toute leur sollicitude à cette question importante, et de ne pas laisser se prolonger Tétat d'incertitude de la Confédération sur ceque devaient être à l'avenir ses institutions fédérales. Malgré rappel chaleureux de son président, la Diète se traîna dans rornière des années précédentès: les mêmes opinions se firent jour sans qux>n parvint à se mettre d accord sur fe point essentiel, le mode de révision. L'assemblée fédérale continua cependant à s'occuper de Torganisation militaire, et elle adopta, à Tusage de l'arniée fédérale, un coile de procédure pénale en harmonie avec les principes de la jurisprudence et les progrès de la civilisation. Elle parvint en outre à vider une question qui s'était traînée durant trois sessions sans obtenir de résultat, en adoptant une proposition de Vaud, qui tendait à interdire à tout militaire au service de la Confédération déporter des signes ou décorations rappelant des souvenirs de guerre civile intérieure.
UlSTOiRË
Cette proposition était dirigée contre la médaille dite
de fidélité, accordée par le roi de l^russe à ceux de ses sujets neuchâtelois qui, en 1831, avaient ou contribué à la défaite de la troupe de Bourquin, ou simplement ailiché des senlauents monarciuques.
TroubIc<$ dans le canton de ISchwrtz. Différend avec la France au s^Jei du prince Lanis-Napoi^on*
(Année 18SB.)
Les embarras et les complications contre lesquels avaient eu à lutter durant les années 1833, 1834, i835 et 1836, les Vororts de Zurich et de Berne, ne paraissaient pas devoir aUcindre le Directoire luceriiois, investi depuis 1837 de radministratioii des aOaires fédérales, quand deux incidents inattendus, occasionnés l'un par des troubles survenus dans un des cantons primitifs, l'autre se rattachant à nos relations extérieures, vinrent aussi meilre à l'épreuve le Vorort de Lucerne.
Malgré les changements qui s'étaient opérés dans le canton de Schwytz à la suite des événements de 1833» les idées de souveraineté et de suprématie du vieux
f)ays sur les districts extérieurs n^avaient rien perdu de eur force aux yeux des anciens dominateurs. La constitution en vigueur depuis quatre ans avait été la source de difficultés et de querelles sans cesse renaissantes; elle avait été exploitée par quelques familles privilégiées qui avaient trouvé moyen il lmi éluder les principales dispositions. Aussi la diète avait-elle été saisie chaque année de plaintes qu elle n'avait jamais eu le courage d'approfondir, à plus forte raison d'y faire droit. La scission qui existait entre l'ancien pays et les districts dits extérieurs avait repris toute sa force, lorsque, à Toccasion de la lands^emeinde, tenue à Rothentharm le 6 mai, et où il s'agissait pour les partis de mesurer leursr forces, elle dégénéra en lulle ouverte. Les opérations préliminaires paraissant devoir donner la victoire
De LA NATtôN suiââfc. 3di
aux Klâuenmeenner * sur les Horninaenrier, ceux-ci as^ saillirent leurs adversaires à grands coups da gourdios, et il s'ensuivit une môloe sanglante, qui ne permit pasde cantinner les opérations. Le Vororl s'empressa d'envoyer sur les lieux deux commissaires chargés de faire des enquêtes sur la véritable source de ces troubles; ils avaient la mission de s^adresser au peuple, attendu que le gouvernement sclnvytzois ne paraissait offrir au Direcloire aucune garantie d iniparlialilé, ëlaiil luimême j)artie dans la lulte qui avait lieu. La tâche des comali^^ai^es fédéraux, quoique entravée de mille ma nières par rnutorité canloiialo, eut pour résultat de, mettre au jour les criants abus inlrinlnit^ au bénéfice de l'ancien pays. Une reconstiUilion devenait indispensable. C'est à quoi visait le Vorort, qui pensait par il prévenir une séparation. Cependant le gouvernement de Schwytz, contre les ordres de cette autorité, convo qna Mur le 17 juin une nouvelle landsgemeinde» é laquelle ne se trouvèrent que ses créatures. D'autres ac* tes en opposition directe avec la volonté du Directoire engagèrent celui-ci à ordonner des mesures militaires qui furent paralysées par l'attitude diplomatique de Zurich. Enliii la diète tut saisie de cette affaire, et elle se borna à ordonner qu'une nouvelle landsgemeinde aurait lieu sous la surveillance de nombreux représentants fédéraux. Cette réunion populaire, qui comptait plus de neuf mille assÎFîtants, vit la victoire se prononcer en faveur des Hommaenner à une très-faible inajonié. Toutefois la crise qui avait eu lieu ne fut pas inutile, en ce qu'elle rendit l'ancien pays plus circonspect et donna lieu au redressement de quelques griefs. Une amnistie termina cette lutte.
La session de la Diète était déjà bien avancée, quand an éTénemeat d'une plus haute gravité vint faire diversion à tous ces débats intérieurs et coufirmer les ru-< meurs qui circulaient sourdement.
• c'est aiu^i qu'on désignait les libéraux, { ar opposition aux JSornmœnner. Cette distinction provenait primitivement de l'inégalité qui existait dans le droit de pacage pour les bètes à cordes entre le^ habitautâ de 1 ancien pays et les citoyens des nouyeaux distriets«
Depuis 1817, le caeton de ThurgoTie avait donné asHe^ à une femme, moins inléressaote par le trône qa^elîe avait oeeupé, que par ses brillantes qualités et ses dou-^ ces vertus. La reine Hortense partageait son temps entre les soins que réclamait l'éducaLiou de ses enfants et des actes de bienfaisance qui la faisaient chérir dans toute la contrée. Le seul fils qui lui fût resté avait suivi, en 1836, les cours d'instruction de l'école militaire fédérale de Tiioune. où il s'était fait de nombreux amis et avait eu roccasion de montrer une aptitude remarquable pour Fart militaire. Le grand nom qu'il portait
firut lui imposer des devoirs, d'autant plus impérieux, ses yeux, qu'il voyait la France descendre de plus en plus de la position que lui avait faite son oncle, l'empe-* reur Napoléon. C'est ce qui donna lieu, en octobre 1837, à Fentreprise de Strasbourg sur laquelle nous n'avons pas à nous expliquer. Après cette affaire, le prince Louis- Napoléon, transporté en Amérique, ne tarda pas à revenir en Europe; et en cela, il ne manqua point à ses engagements, car il n'en avait pris aucun. Apprenant à Londres que sa mère était très-malade à Arenenberg, il n'Iiésita pas à s'y rendre en traversant rAllcmagne.
Après la mort de la réuni Hortense, il continua à résider dans le canton de Thurgovie. Le ministère français , voyant ce séjour de fort mauvais œil , réclama de la Diète, dans une note remise par M. le duc de Montebelle , te aoàt , rexpuisîon du jeune prince , en représentant Arenenberg comme un centre d'intrigues et de conspiration.
Lorsque le président de la Diète donna connaissance i cette assembléede la note française, il fit observer que si la Diùle n'avait pas été réunie, le Vorort pour toute réponse, se serait borné à renvoyer la demaïuie au canton de Tburgovie, qui avait accordé la naturalisation à Louis-Napoléon. C'était en eflet la seule marche qu'il y eût à suivre.
La Diète montra d'abord quelque hésitation , parce qu'il lui importait de savoir comment le gouvernemeni de Tburgovie envisagerait les démarches de l'ambas-*
sadeur. Or, ce gouverfiement s'éleva avec force contre les prétentions de la France , ou plutôt contre la dynastie qui y régnait, et il demanda que la Diète fit respecter la qualité de citoyen suisse que possédait le prince Napoléon.
Les débats en Diète furent longs et compliqués. Des opinions diverses furent émises par les fractions de la commission chargée d'examiner cette grave affaire. Les députés de Genève et de Vaud, MM. Rigaud et Monnard, furent dans celte conmiission les seuls membres qui comprirent tout ce qu'exigeaient l'indépendance et la dignité de la ConfédéraLion. en proposant de repousser formellement la demande de la France.
Cependant , le? lenteurs de la Diète inquiétaient le gouvernement Irançais, qui aux demandes tit succéder les menaces, et aux menaces les effets.
Pendant que les députés étaient venus chercher des instructions définitives auprès de leurs grands conseils respectifs» et que la décision patriotique prise par Berne, âpres une lutte parlementaire orageuse y tranchait la question dans le sens de rhonneurnational, des troupes françaises furent dirigées sur les frontières de la Suisse. Un ordre du jour insolent fui adressé par le général Aymar aux troupes sous ses ordres; il leur aiHionçait entre autres qu'elles étaient destinées à châtier de tur-^ bulefUs voisins.
Aussitôt que ces démonstrations furent coiniiies dans les cantons de Genève et de Vaud , qui paraissaient les
f)lusexposi\s, tout prit spontanément un aspect guerrier; es contingents furent mis sur pied , les réserves s'exer* cèrent et partagèrent avec les jeunes soldats les fatigues du service. En peu de jours , ces deux cantons eurent sous les armes 25,000 hommes ^ la place de Genève fut armée, les frontières furent garnies de troupes; en sorte
3ue, lorsque les premiers bataillons français arrtvèri^nt ans le pays de Ge\, au lieu de trouver de Tautre côté de la frontière des habitants effrayés et prêts à demander grâce, ainsi qu'où s'en était probablernenl llalté à Paris, le géuéral Aymar apprit quïi avait devant lui des
câlùyeus suisses armés pour la di'fensr de leur pajs et pr^ts A se mesurer avec toute armée envahissante.
La guerre n'était pas déclarée , mais d'un moment à raulre Tambassadeur français pouvait quiUor la Suisse et les hostilités commencer, d'autant plus que la majorilé des députés n^avaient pas rapporté à la Diète des instructioDs favorables à la demande de la France. Ce fat alors que le prince Loms*Napoléon , par une noble et généreuse détermination , qui fut la meillenre réponse à ses détracteurs, écrivit au président de cette assemblée qu il ne voulait pas être une cause de rupture cuire deux nations Jusque-là amies, et qu'il demandait des passeports pour se retirer en Artgleterre.
La résolution du jeune prince empêcha la querelle de s'envenimer davantage. Le départ de Louis-Na[)oléon fut suivi de l'envoi d'une note adressée à la France par la Confédération, et d'une réponse par laquelle le gouvernement français, dont les prétentions n'avaient point reçu le genre de satisfaction au'il avait réclamé, puisque Fexpulsion du prince avait été refusée, n^en accepta pas moins avec empressement la position nouvelle que lui créait Téloignement de son généreux adversaire ; il déclara , en conséquence , que le corps d'observation foruié sur la frontière allait se dissoudre, ce qui entraîna pareilieinent le licenciement des troupes suisses.
Il n'est pas inutile de faire observer ici combien la ligne de conduite que suivirent, au premier indice des démonstrations de iai^Yance, les gouvernements de Vaud et de Genève , si bien secondés d'ailleurs par les populations, facilita à la Diètela tâche qu'elle avait à remplir. Les nouveaux venus dans l'alliance mon Irèreut ce qu'on pouvait attendre d'eux dans des conjonctures critiques, et firent rejaillir sur la Confédération entière la considération que leur valut leur noble et énergique attitude.
Un autre différend qui, pour ne se rattacher qa^à des rapports de canton à canton, n^en donna pas moins lien à des mesures acerbes, fut soumis à la Diète. Le gouvernement de Saint-Gall s'étant décidé à séculariser le j couvent de Plseffers, le cantou des Grisons , qui croyait |
avoir des prétentions fonderas sur les biens de ce couvent situés sur son territoire , mit ces biens sous séquestre, au lieu de recourir à la marche prescrite par le pacte. Le gouvernement saint-gallois poussa les choses plus loin ; sous pn ie\te de représailles, il imposa le séquestre à toutes les [)ropriét(^s errisonnes sises sur son territoire. La Diète blâma les deux Etats et les astreignit à révoquer leurs mesures, ce qui donna ioipHcitemeot gain de cause au canton de St^GalL
LXXU
Tronblee» et sciHiiiou dans le Valala. Contre-révolution èk 2Karleli« RenTersemeni du gouvernciiienl tes- •Inoi».
(Année 1839.)
La Suisse venait à peine d'échapper aux dangers qui avaient menacé son indépendance, que de nouveaux mouvements, qu'il était dn reste facile de prévoir, com- ' promirent la tranquillité publique successivement dans trois cantons.
La constitution qui régissait le Valais depuis 1815 se ressentaitde Tépoque où elle fat établie. Le Haut-Yalais,
aui ne pouvait oublier son ancienne suprématie sur le as -Valais, à laquelle il avait dû renoncer depuis 1798, parvint à se faire la part du Uqn danslareconslitalion qui suivit la chute de Pacte de médiation. D^ailleurs ce canton était resté complètement en arrière de ses voisins dans toutes les bi anches de l'administration, et aucun progrès marquant n'avait signalé la période de 1815 à
Dans les années 1831, 183^ et 1833, des réclamations s'élevèrent dans le Bas- Valais contre les vices de la constitution de 1815. Quelques améliorations partielles ou insignifiantes en forent le résultat, et la plus essentielle, celle qui avait pour objet de faire disparaître Tinégalité choquante qui existait dans la représentation nationale entre les dizains orientaux et les dizains occidentaux» ne parât nvoir qœlcpie chance de succès qu'à la fin de
HISTOiEE
1838 9 lorscfne la majorité de la Diète cantonale décida
la révision de la constitution de 1815 , et qu'une commission de d'Mégués des dizains tut co-ivoquée dans ce but. Toutes les parties du pavs envoyèrent des représentants f{ celle réiiiiion ; mais la minorilé. composée des députés du Haut-Valais et de quelques fractiu/is du centre, s'étant retirée, parce (ju'elle n'avait pu faire prévaloir ses privilèges, la majorité n'en crut pas moins devoir remplir sa tâche, en préparant an projet qui servit de base à la constitution qa élabora, à la fin de janvieri839^ une assembléeconstituante, et qui fat acceptée par la majorité des citoyens*
L'opiniâtreté des dizains supérieurs à repousser toute transaction , et d'un autre côté la persistance avec laquelle leBas-Valais maintint l'œuvre de la réforme une fois commencée, l arurent au Vorort de nature à nécessiter une semi-int« rvention fédérale. Des commissaires dél^'LHiés j)ar cette autorité tentèrent vainement d'amener ie Haut-Valais à une ligne de conduite plus raisonnal)l( La capitale du canton s'étant prononcée pour la cause du mouvenieiit, Tancien gouvernement se vit dans la nécessité de se retirer à Sierre, tandis que celui qui fut institué par la constitution du 30 janvier resta à Sion; de sorte que, lorsque la Diète fut saisie de cette affaire, dans la session ordinaire de cette annéé^ il existait de fait deux gouvernements dans le Valais : Tun, le gouvernement du privilège, à la téte d^une population de 33,000 âmes; l'autre, celui de l'égalité, à la téte d'une population de 4^,000 âmes.
Au lieu de garantir la constitution du 30 janvier, le Vorort de Zurich proposa et la Diète ordonna, le il juillet, la reconstitution du Valais et décida, entre autres, que « la constilutiori rail considérée comme ac- < ceplée et qu'on pourrait invoquer en sa faveur les
• droits résultants du pacte fédérai, dès que la majorité
• des citoyens qui prendraient part à la votation se set rait déclarée pour l'acceptation. » Le Bas-Valais montra la plus grande déférence pour Tautorité fédérale en 00 sonniettan^ à son iqrrété, lie Saut-ValtiiS; au çour
DE LA NATrON SUISSE*
traire, persista à ne vouloir nommer aucun député pour rassemblée con^^ti tuante. La constitution qui sortit 4e cette assemblée fut acceptée par Timmense majorité des citoyens votants, et nonobstant une prétendue votation ordonnée par Tancien gouvernement, le 18 août, en faveur de la charte de 4815, elle avait droit à la garantie fédérale» elles iioiivcaux députés, élus en vertu de cette constitution, devaient être admis à la Diète. Mais sur ces entrefaites, le canton Vorort devint lui-môme le théâtre d'une insurrection dont les conséquences rejaillirent sur laConfédéraUoa entière et en particulier sur le Valais.
Au mois de janvier 1839, le conseil de l'éducation de Zurich avait appelé à la chaire de théologie dogmatique le docteur Strauss» lequel, dans un livre devenu célèbre^ avait énoncé les doctrines les plus hétérodoxes sur la divinité de Jésus-Christ. Cette nomination fut accueillie par une vive réprobation, qui ne fit que s'accrot* tre tous les jours, au point qu'eHe dût être révoquée quatremois plus tard sur les demandes de iO,000 pétitionnaires. Mais cette mesure n'était pas sutlisantepour ceuxauxquels ce mouvement religieux offrait des chances de renverser le régime de 1831 ; ils surent exploiter les circonstances.pt faire en sorte que l'explosion survenue lors de la nomination du professeur allemand acquît une portée favorable h leurs vues politiques. Dans ce but, ils firent valoir habilementlescausesde mécontentement contre l'ordre de choses existant. Le système de poursuites juridiques qui mettait en quelque sorte une partie de la population à la merci de Pautre, le despotisme des avocats, les dépenses considérables pour les routes, qui avaient créé des charges très-fortes pour le canton., les vexations des percepteurs de l'impôt, la multiplication des auberges, et la direction imprimée à l'enseignement, tous ces griefs , quoique rachetés par un grand nombre d'améliorations essentielles, devinrent, entre les mains des meneurs, autant d'armes puissantes dont ils se servirent pour augmenter l'agitation et arriver à leurs fins.