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n'étaient pas les plus forts, prirent le parti de rire de cet événement, et le roi lui-même, trop faible pour pouvoir s'irriter, partagea leur hilarité et consentit à tout.
Charles retourna ensuite dans ses domaines , et Rollon revint à Rouen , où il se fit instruire et baptiser par l'archevêque Francon , avant de s'unir à Gisèle. Le plus grand nombre des Normands embrassèrent le christianisme à l'exemple de leur duc. D'après la coutume liturgique de ces siècles, les néophytes portaient, toute une semaine, une robe blanche, symbole de la pureté indispensable pour recevoir le baptême : Rollon se conforma à cette cérémonie avec autant d'exactitude que de véritable piété. Chacun des jours de cette retraite fut signalé par un don de ce prince à quelque église , dont il s'était fait désigner les principales par le prélat, son catéchiste.
« Avant de partager ma terre aux seigneurs de mon armée, avait dit Rollon, je veux donner à Dieu, à la sainte Vierge et aux saints que vous m'avez nommés, afin de mériter leur protection. »
Récapitulons en quelques mots les avantages du traité de Sainl-Clair-sur-Epte pour la France.
Nous disons les avantages, et ce n'est pas sans dessein, comme on le verra tout à l'heure. La Neustrie était presque déserte , et il y a tout lieu de croire que de longtemps les Français n'auraient pas voulu habiter une contrée devenue un point de débarquement habituel pour les pirates, et, par conséquent, exposé à des ravages continuels. En la peuplant de Normands, dont le clergé catholique se chargeait d'adoucir peu à peu les mœurs et de fléchir le caractère allier , on faisait de celte contrée un rempart contre de nouvelles incursions des peuples du Nord, et la France était désormais bien gardée sur un point où avait régné jusqu'alors le danger le plus imminent. Sous ce rapport surtout , le traité de Saint- - Clair, loin d'être désavantageux et nuisible à la France (comme le prétendent Vély et d'autres historiens modernes), était un bienfait et une sûreté pour ce vaste royaume.
Conformément à ses desseins, Rollon partagea les terres de son domaine entre tous ses compagnons; mais il les leur octroya seulement à titre de bénéfices, c'est-à-dire qu'il ne leur en laissa que l'usufruit, selon l'usage des bénéfices militaires sous les Mérovingiens et les Carlovingiens.
Ce fut à partir de ce temps -là que la Neustrie se nomma Normandie ou pays des Noimiands.
Quand Rollon eut achevé d'établir ses compagnons dans leur nouvelle patrie, il s'occupa d'assurer leur avenir par la promulgation de lois fermes et sages. Le gouvernement qu'il fonda n'était pas un régime militairement despotique, mais à la fois guerrier et aristocratique. Les lieutenants de Rollon formaient seuls son conseil ordinaire : le peuple et le clergé n'y avaient aucun représentant. Ce fut cette assemblée qui arrêta et sanctionna les lois données par le nouveau duc. Rollon conserva les droits et coutumes qui étaient en vigueur parmi les Francs en vertu des lois saliques et ripuaires ; il fit réviser ces droits divers, y ajouta des ordonnances, d après les avis d'hommes sages et experts, et institua VEcîliquier pour servir de cour de justice supérieure, s'attribuant ainsi le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, et ne laissant aux barons ou seigneurs que le droit de juger les différends de peu d'importance.
Les lois de Rollon sur la police étaient aussi sages que sévères : elles bannissaient du duché tous ceux (lui tentaient de troubler l'ordre et la
sûreté générale. Celles sur le vol étaient si rigoureuses , que personne n'osait lever de terre ce qu'il trouvait, dans la crainte d'être soupçonné de l'avoir dérobé. Une loi de Rollon punissait de la potence le receleur aussi bien que le voleur.
On cite à ce sujet un Irait remarquable, et qui prouve combien Rollon s'était fait craindre des malfaiteurs. Etant un jour à la chasse dans la forêt depuis appelée de son nom Roumare, il suspendit un de ses bracelets aux branches d'un chêne à l'ombre duquel il s'était reposé; oublié, peut-être à dessein, ce bracelet y resta trois ans, personne n'ayant osé y porter la main.
Les Normands dans leur reconnaissance ont fait honneur à Rollon de la célèbre clameur de haro. Le /iwo existait bien avant ce législateur, mais sous d'autres noms, chez les Francs comme chez les Anglo- Saxons : c'est le système de police des peuples barbares régis par Je pouvoir absolu. L'origine véritable du cri de haro est encore si peu connue, que nous croyons devoir en donner le sens exact; c'est par là que nous terminerons de courts détails relatifs aux lois promulguées par Rollon.
Longtemps avant l'organisation d'une police ré-
gulière, les chefs de barbares rendaient chaque individu responsable des méfaits commis dans la région qu'il habitait. Ils obligeaient les villages et les communes à poursuivre, de leur propre mouvement, les voleurs et les assassins, en un mot, tous les perturbateurs de Tordre général, sous peine d'encourir la sévérité des lois. Or, pour que personne ne pût ^'excuser de n'avoir pas été instruit de la violation du repos public, celui qui était attaqué devait faire entendre un cri de détresse. Ce cri était hue chez les Anglo-Saxons, et haro chez les Normands. On a conjecturé que celte dernière clameur était un appel fait au nom de Rou ou Rollon : c'est une erreur ; haro est un terme Scandinave, ou bien il était déjà usité chez les Francs. Les peines les plus sévères atteignaient aussi bien ceux qui poussaient ce cri sans motif, que ceux qui n'accouraient pas pour faire cesser l'offense dont il était le signe. Si Rollon n'a pas introduit cette loi importante en Normandie, il l'y a du moins ressuseitée, et la remise en vigueur de celte ordonnance lui a valu la reconnaissance de ses sujets comme les éloges de rhistoire.
Rollon gouverna ses Etats avec fermeté et
justice, et l'on vit un ancien pirate, transformé par le christianisme et la pratique des vertus qu'il inspire, se faire respecter de tous et écarter de ses sujets tout élément de désordre.
Sentant que sa dernière heure allait sonner, Rollon , accablé de vieillesse et cédant aux fatigues de quarante années de guerres, désigna, en présence de ses comtes, barons et seigneurs, son fils Guillaume Longue-Epée pour lui succéder. Il vécut encore cinq ans après son abdication, et mourut en 927, plein de jours et de gloire, emportant avec lui le renom d'un grand guerrier, et, ce qui est encore plus beau, d'un grand justicier.
Guillaume Longue-Epée succéda aux vertus comme au trône de son père. C'était un bel homme, sur le visage duquel se reflélait la plus grande douceur. Sa voix annonçait la franchise et la loyauté de son caractère : simple dans ses goûts et sévère dans ses mœurs, tout en lui promettait à ses sujets un heureux avenir. Mais, à peine monté sur le trône, il eut des guerres sanglantes à soutenir contre les Bretons, qu'il sut vaincre et ranger à leur devoir en les forçant de lui rendre hommage et d'acquitter les tributs
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qu'ils lui devaient en vertu de la donation faite par Charles le Simple à Rollon et à ses successeurs (928).
Après ses exploits victorieux contre les Bretons, Guillaume épousa la fille d'Hébert, comte de Senlis (929). Au bout d'une année de paix, Rioulf, comte de Cotentin, seigneur d'un caractère jaloux, et de plus mécontent de ne pas faire partie du conseil de Guillaume, employa tous les moyens imaginables pour soulever la noblesse normande contre son chef. Il demanda avec hauteur la cession pleine et entière de toute la basse Normandie : sur le refus de Guillaume, Rioulf prit les armes et osa attaquer son suzerain jusque dans sa capitale. Mais le bon droit était du côté du duc : il triompha de ses ennemis, qu'il tailla en pièces. La guerre des mécontents de Normandie ne fut qu'un orage passager, quoique violent. Guillaume goûta quelques années les douceurs de la paix: pendant cet intervalle, à l'exemple de son père, il fit des règlements utiles et salutaires pour maintenir la justice et le bon ordre dans ses États.
Ogine, femme de Charles le Simple, dans la révolution terrible qui renversa son époux du
trône et le priva de la liberté, s'était réfugiée chez son frère Adelstan, roi d'Angleterre, avec son fils Louis dit à^Oulre-mer. Adelstan fit solliciter Guillaume de s'employer à faire remonter Louis sur le trône de France. Guillaume y consentit, et contribua puissamment à vaincre ou à contenir les oppresseurs, et à réintégrer Louis dans l'héritage de ses pères. Il était dans la destinée de Guillaume de rétablir les princes dépossédés, ou d'affermir ceux qui chancelaient sur leurs trônes : vers 941 , il fit rentrer dans le devoir le Danois Swen, qui avait usurpé la couronne de son pays sur son propre frère Aigrold.
Guillaume se llattait qu'une longue paix serait le fruit de tant de travaux, de guerres et de négociations, lorsqu'un événement imprévu vint renverser ses espérances.
Herluin, comte de Monlreuil, dépouillé de ses États par Arnould, comte de Flandre, eut recours au duc de Normandie. Guillaume, après avoir infructueusement tenté les voies de la médiation auprès d' Arnould, dut marcher contre l'usurpateur. Au bout de sept jours, grâce à la bravoure et au bon droit de son protecteur, Herluin rentra en possession de ses Etats; mais dès lors Arnould
devint l'implacable ennemi de Guillaume. Sa haine s'irrita d'autant plus qu'il ne pouvait l'assouvir à force ouverte. Il feignit un vif repentir de son usurpation, et attira Guillaume à une conférence dans une île de la Somme, près de Pecquigny. L'entrevue se passa d'abord fort bien entre les deux princes, accompagnés chacun de quelques chevaliers. A peine ceux de Normandie étaient-ils rembarques, que le comte de Flandre fît prier le duc de vouloir bien revenir donner un mot d'explication sur quelques articles. Guillaume, confiant et loyal, fait virer de bord, et remet pied à terre, sans escorte et sans défense. Mais, au moment où il saute sur le rivage, un assassin lui brise la tète d'un coup d'aviron et disparaît à l'instant. Ainsi périt (945), par la plus noire perfidie, ce prince magnanime. Sa mort fut un deuil général, non-seulement en Normandie, mais encore dans toute l'Europe. Il avait à peine quarante-deux ans; son règne n'en avait duré que dix-sept.
Ilerluin, dont Guillaume avait si valeureusement pris la défense contre le eomte de Flandre, et pour lequel il avait péri si misérablement, épia le meurtrier de Guillaume, parvint à le tuer, et
envoya ses mains à Rouen, afin de prouver aux Normands que, s'il avait involontairement causé la mort de leur duc, il l'avait du moins vengée.
Richard, fils de Guillaume, n'avait que dix ans quand il fut reconnu par les Bretons et par les Normands. On lui donna un conseil de régence, composé de Bernard le Danois, vicomte de Rouen, de Raoul de la Roche-Tesson, d'Anslec de Briquebec, et d'Osmont de Cent-Villes: ce dernier fut spécialement choisi pour faire l'éducation du jeune duc.
La minorité de Richard fut d'abord troublée par Arnould, justement inquiet de l'assassinat de Guillaume, commis par ses ordres. Pour prévenir la punition de son crime, il conseilla à Louis d'Outremer de faire rentrer la Normandie sous sa domination , et promit de l'aider de toutes ses forces dans cette entreprise. Le roi de France, oubliant ce qu'il devait au père de Richard, suivit cet odieux conseil. Il se rendit d'abord à Rouen, avec la perfide intention d'enlever le jeune duc à ses sujets, en colorant cet attentat du prétexte de le faire élever à sa cour avec les enfants des seigneurs français. On n'apprit pas sans inquié-
tude les dispositions de Louis : le peuple s'émut de sa démarche , et réclama son jeune duc. Mais , bientôt séduits par les apparences et par les paroles flatteuses du roi de France, les Normands oublièrent leurs premières craintes , et le noble enfant fut laissé aux mains de Louis , qui remmena d'abord à Laon. La haine que le roi de France portait aux Normands ne put pas se dissimuler longtemps; elle se manifesta trop ouvertement pour qu'on pût en douter : il échappa à Louis des injures grossières et des menaces envers le jeune prince, qu'il alla jusqu'à menacer, un jour, de lui faire brûler les jarrets , afin de le faire déclarer incapable de régner et de commander les armées.
Richard , conseillé par Yves , comte d'Alençon , feint une maladie grave, observe une abstinence austère, inspire à ses surveillants assez de confiance pour qu'on lui laisse plus de liberté, et Osmont, son précepteur, prompt à saisir l'instant favorable, parvient à le soustraire au péril le plus imminent; il le fait transporter, caché dans une botte de foin, jusqu'au château de Coucy, qui appartenait au conUe de Senlis, oncle maternel du jeune duc de Normandie.
Louis d'Outre -mer, voyant que la ruse ne lui avait pas réussi , prend la résolution d'en venir à la force ouverte. Il entre, à la tète de ses troupes, dans le pays de Caux, pendant que Hugues le Grand, son allié, envahit leBessin. La Normandie, attaquée des deux côtés, se vit au moment de rentrer sous ses premiers souverains; mais la politique de Bernard le Danois la sauva. Ce seigneur parvint à semer la mésintelligence enlre le roi de France et Hugues, en persuadant à chacun d'eux séparément qu'il n'était pas de l'intérêt de l'un d'augmenter la puissance de l'autre. Hugues évacue la Normandie , et se relire dans ses domaines avec l'intention Lien arrêtée d'aider le jeune Richard à reprendre ses États et de se venger du roi, qui, d'après les conseils du comte d'Harcourt , le chicanait sur le partage des conquêtes et des dépouilles faites ou à faire sur Richard. Le comte d'Harcourt se servit de la même ruse pour délivrer son pays de l'iHfluence non moins fatale du roi de France. Enfin , pour mettre le comble aux disgrâces de Louis d'Outremer, Aigrold , roi de Danemark, qui se souvenait des services que le père de Richard lui avait jadis rendus , arriva en Normandie à l'appel du comte
d'Harcourt avec vingt -deux gros bâtiments : les habitants dn Cotentin et des environs vinrent en foule se joindre à leurs anciens compatriotes. Aigrold alors envoya sommer le roi de France de restituer la Normandie au duc Richard. Pendant que les deux princes confèrent ensemble à ce sujet, une rixe s'engage entre les Français, les Normands et les Danois; elle dégénère bientôt en un combat sanglant; et Louis, voyant que son parti a le dessous , tremble déjà pour sa liberté. Le combat se poursuit; les Français sont mis en fuite, et Louis est fait prisonnier; mais, à la faveur du désordre où la poursuite des fuyards plonge les Danois, Louis s'échappe. On le reprend, puis on le relâche encore ; enfln il ne peut plus recouvrer sa liberté, dont les Normands du reste lui adoucissent la perte. Cette victoire et la capture inattendue du roi de France donnèrent à la Normandie une paix bien vivement désirée. Louis ne redevint libre qu'en cédant la ville de Laon îi Hugues le Grand , et en reconnaissant le droit de Richard à la souveraineté de la Normandie et à la suzeraineté de la Bretagne. Après la conclusion de ce traité, le roi de Danemark rentra dans ses Etats chargé
des riches présents qu'il avait reçus de la reconnaissance des Normands (946).
Hugues le Grand, qui n'avait pas perdu à la guerre de Normandie, méditait de plus grands desseins : il crut que rien ne serait plus propre à* les seconder que l'alliance de Richard. Les membres du conseil de régence de ce jeune prince consentirent avec empressement à une alliance aussi avantageuse (948). Richard ava.it alors environ quatorze ans;-Emme, lille de Hugues, n'en comptait guère que sept : on fiança dès lors ces deux enfants. Comme on devait le prévoir, l'alliance de Richard et de Hugues réveilla les inquiétudes du comte de Flandre, qui craignait toujours que le fils de sa victime ne lui demandât compte du sang versé. Ces soupçons cimentèrent une étroite union entre Louis d'Oulre-mer et Arnould, à laquelle prirent part Othon , roi de Germanie, nouvellement reconnu empereur, et Conrad, roi de Rourgogne. Mais toutes les expéditions des armées réunies de l'empereur d'Allemagne et des rois de France et de Rourgogne (en tout cent quatre -vingt mille hommes) se réduisirent à piller ou brûler quelques misérables villages. Leur seule conquête un peu importante avait été la
prise de Reims. Ce fut alors qii'Arnould persuada aux trois monarques d'aller assiéger Rouen, les assurant d'un prompt succès.
Richard, averti à temps du péril qui menace sa capitale, s'apprête à une vigoureuse défense. C'est en vain que l'armée formidable des alliés du roi de France veut emporter Rouen , dont le siège fut levé bientôt, à la grande honte des Français et de leurs confédérés (949) , et à la gloire des Normands, qui', réduits à leurs seules ressources , avaient triomphé des efforts de quatre grandes armées réunies. Louis d'Outre -mer ne survécut que peu d'années aux revers qu'il avait éprouvés en Normandie : il mourut à Reims, d'une chute de cheval, en 954. Hugues, son rival, le suivit de près dans la tombe (956); à ses derniers moments il nomma Richard tuteur de ses enfants.
Lolhaire, fils et successeur de Louis d'Outremer, hérita de sa haine contre les Normands. Thibaut, comte de Chartres, se ligua avec le roi de France; Arnould, l'ennemi juré de la Normandie, et Geoffroi, comte d'Anjou, entrèrent dans cette confédération; il s'agissait de prendre et de déposséder Richard.
Deux fois la ruse la plus perfide est vainement mise en jeu contre Richard : sa loyauté excessive l'eût perdu, si la sagacité de ses fidèles conseillers n'eût veillé sur lui et ne l'eût arraché à plus d'un guet-apens. Enfin, outré de tant de duplicité de la part de ses ennemis, Richard, à la tète de son armée, s'avance jusqu'à la rivière d'Epte; là il range ses troupes en bataille pour couper le passage à Lothaire et à Thibaut. Ceuxci, furieux d'avoir vu leurs trames déjouées, voulurent tenter par la force ce qu'ils avaient inutilement entrepris par la ruse. Les Français, leur roi en tête, se jettent en foule dans la rivière et attaquent avec impétuosité les Normands, postés sur l'autre bord. Ceux-ci se défendent avec une égale intrépidité. Lothaire et Richard, au plus fort de la mêlée, se couvrent de gloire par leurs prouesses. Enfin la cause de la justice l'emporte, et Lothaire est forcé de faire sonner la retraite (961).
Mais, au bout de quelques années (968), le roi de France, cédant aux conseils du comte de Chartres et d'Arnould II , fils et successeur d'Arnould, résolut de venger l'affront qu'il avait essuyé sur les bords de l'Epte. Richard met en
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déroute les troupes françaises, délivre Rouen, et, avec l'aide d'un renfort mandé de Danemark, chasse Lothaire et l'oblige de renoncer à ses injustes prétentions. Enfm, lassés également de cette guerre cruelle , les deux partis se firent des propositions de paix. Lothaire, pour sa part, hâta le traité avec toute la diligence possible.
Richard, depuis les exploits glorieux qui lui avaient enfin procuré la paix (972), jouit d'un repos constant jusqu'au terme de ses jours. La sagesse de son administration lui concilia l'amour et la vénération des Normands, autant que l'éclat de ses triomphes lui avait valu leur estime, leur admiration, et le surnom de Saïis-Peut\ Sa dévotion fit toujours briller en lui les vrais principes de l'humilité et de la charité chrétiennes. Il avait fait creuser son tombeau dans le cimetière de l'abbaye de Fécamp, sous la gouttière de l'église, et tous les vendredis, jusqu'à sa mort, il le faisait remplir de blé, qu'on distribuait ensuite aux pauvres. Veuf sans enfants d'Emmc , il s'était remarié à Gonnor, fille d'un chevalier danois : il en eut Richard II, son successeur, et plusieurs autres enfants.
Il mourut en î)96, âgé d'environ soixante-
deux ans : il en avait régné près de cinquantequatre.
La première année du règne de Richard II fut signalée par la guerre civile, que la tyrannie exercée par quelques seigneurs et nobles normands sur leurs vassaux et sur le peuple avait allumée. Cette guerre finie, des troubles étrangers vinrent entraver la tranquillité de la Normandie.
Ethelred, roi d'Angleterre, qui avait épousé la sœur aînée du duc Richard, piqué de quelques représentations un peu fortes que son beau-frère lui fit adresser au sujet de la manière tyranniquc dont il gouvernait ses Etats , lui voua une haine implacable; elle engendra bientôt une guerre cruelle, dans laquelle Ethelred fut l'agresseur. Une puissante armée anglaise se porta sur les côtes de la basse Normandie, avec ordre de mettre tout à feu et à sang, de se saisir du duc et de le faire prisonnier. Mais la bravoure des troupes de Richard trompa les odieux projets d'Ethelred: ses soldats furent taillés en pièces, et ce qui échappa à la mort repassa en toute hâte en Angleterre. Cette bataille fut suivie de la paix, qui se fit par la médiation du pape Jean XVI.
Peu de temps après, l'Angleterre fut le théâtre
de la plus sanglante et de la plus terrible révolution dont TEurope eût été témoin depuis les proscriptions de l'ancienne Rome. Vers 1015, Ethelred , abusant de la sécurité des Danois établis dans ses États, les fit tous massacrer en an seul jour. Il eut la cruauté de faire enterrer des femmes danoises jusqu'à la ceinture, et de les abandonner, en cet état, à la voracité de dogues aiïamés. Ce crime atroce attira chez lui les armées de Suénon, roi de Danemark, de Lacman, roi de Suède, et d'Olaùs, roi de Norwége : l'Angleterre se voyait à deux doigts de sa perte, lorsqu'un événement imprévu la sauva. Richard avait pour ennemi son beau-frère Eudes, comte de Chartres, qui, veuf de Mahaud, sœur du duc de Normandie , refusait de rendre la dot de cette princesse, morte sans laisser d'enfants. Richard eut recours aux rois du Nord, qui ravageaient alors l'Angleterre : ceux-ci répondirent avec zèle à l'appel de Richard , et en le sauvant sauvèrent aussi Ethelred, contre lequel ils avaient d'abord réuni leurs efforts.
Après un règne trop court pour le bonheur des Normands, Richard termina sa carrière en 4026, regrette de ses sujetî>, estimé de ses voisins, et
emportant avec lui dans la tombe le glorieux surnom de Bon,
Richard III, son fils, s'était déjà acquis une réputation belliqueuse par ses exploits contre les ennemis de son père. Il porta sur le trône des qualités qui promettaient beaucoup pour sa gloire et pour le bonheur de son peuple; il n'eut pas le temps de les développer. Robert , son frère, jaloux de sa puissance, leva contre lui l'étendard de la révolte; mais Richard éteignit bientôt le feu de la guerre civile, et força Robert à se contenter de ce que son père lui avait laissé (1027). Un an après cet accommodement, Richard fut saisi d'une maladie violente dont il mourut en peu de temps (1028) : comme il ne laissait pas d'enfants, Robert I" du nom, son frère, lui succéda. Il reçut le surnom de Magnifique, à cause de ses libéralités, et celui de Diable, à cause de sa manière de faire la guerre.
Robert se montra , à l'exemple de ses prédécesseurs, le protecteur des princes opprimés. Il rétablit, après mille prouesses, son beau -frère Raudouin IV, comte de Flandre, qui avait été détrôné par son propre fils. Cette expédition, non moins glorieuse dans sa cause que dans ses résul-
tatSj attira sur lui les regards de toute TEurope (1050). Henri I", roi de France, ne dut aussi la conservation de sa couronne qu'au dévouement et à la valeur du duc de Normandie, qui déjoua les intrigues de Constance, sa marâtre (1051). En reconnaissance de ce SQr^^ce signalé, Henri I donna à Richard les villes de Chaumont, de Pon toise et de Gisors, avec presque tout le Vexin français.
Robert recueillit et protégea , contre l'usurpation de Canut P% Alfred et Edouard, les fils d'Ethelred II et d'Emme, ses neveux (1055). Grâce à son aide, ces deux jeunes princes rentrèrent en possession d'une partie de l'héritage de leurs pères.
Ce fut en 1027 que naquit du mariage secret de Robert avec Arlotte, filte d'un pelletier de Falaise, Guillaume surnommé le Conquch-ant. Il ne paraît pas que Robert ait fait d'abord grande attention à son futur héritier; mais, lorsque Guillaume eut un an, il fut apporté ù son père, qui l'embrassa et lui fit donner dans son palais une éducation digne de sa haute naissance et de l'avenir qui lui était réservé. La nalurc avait doué Guillaume de qualités supérieures pour le rang
élevé qu'il était destiné à occuper, et ses rares talents furent encore développés par une forte instruction. A l'âge de huit ans, il lisait et expliquait les Commentaires de César.
Robert, qui n'avait point d'autre héritier que Guillaume, désirant lui assurer la couronne ducale avant de partir pour la terre sainte , où depuis longtemps il voulait faire un pèlerinage, convoqua les pairs de Normandie et les requit de jurer foi et hommage à son fils. Quand le petit prince, alors âgé de sept ans, fut amené dans la noble assemblée, le duc le prit dans ses bras et le présenta à tous en leur disant : « Il est petit, mais il grandira. » Alain, duc de Bretagne, fut ensuite nommé tuteur de Guillaume, et Robert, après ces dispositions et d'autres, partit pour le voyage dont il ne devait jamais revenir.
Il mourut à Nicée, en Bithynie, sur la fin de juin 1055. Ce prince réunissait toutes les grandes qualités qui caractérisent les héros : il était brave, libéral et juste. On lui reproche cependant d'avoir parfois outré ces heureux dons du Cîel, et surtout de s'être trop facilement laissé entraîner à la colère.