‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 105 sur 255 · GUILLAUME-LE- ROUX · texte numérisé non relu

GUILLAUME-LE- ROUX

Hélie de la Flèche fut donc comte du Maine, et cette acquisition faite par Guillaume-le-Conquérant fut perdue pour la Normandie, sans que Robert fît aucun effort pour la retenir sous sa domination. Il avait rendu le Cotentin à son frère, qu'il avait rerais en liberté. Ce qui lui restait d'états était donc peu considérable, relativement à ce qu'avait possédé Guillaume.

Les Normands voyaient chaque jour la situation de leur pays empirer sous l'inepte souverain que le sort leur avait donné. Les barons d'Angleterre qui avaient conservé des aïeux en Normandie, étaient entraînés malgré eux dans des guerres féodales, puisque tout noble qui se sentait supérieur en force à ses voisins en abusait pour envahir les biens d' autrui , et s'enrichir aux dépens des faibles. Le clergé gémissait de ne pouvoir obtenir justice contre les envahisseurs des biens de l'église. Barons et prélats engagèrent le roi Guillaume-le-Roux à prendre en pitié le triste état de la Normandie , et à venir y rétablir l'ordre et la justice. Ce n'est pas que Guillaumele-Roux ne laissât lui-même commettre impunément beaucoup d'actes oppressifs de la part de ses grands vassaux ; mais il les opprimait à son tom^

VETIT SECOURIR LES NORMANDS. 2tl

ne ménageait pas davantage le clergé ' , et exerçait une grande sévérité envers les brigands et les voleurs ; la paix et la tranquillité régnaient dans le royaume.

Il tint conseil à York avec les barons et les évéques , et dans cette réunion il fut résolu quMl ferait une expédition en Normandie, pour venir au secours de sa nation, si mal gouvernée par son frère Robert. Afin de faciliter cette entreprise , les barons, qui avaient conservé des aïeux en Normandie, devaient mettre leurs châteaux dans ce pays en bon état de défense, et les tenir prêts à recevoir les gens du roi. Des secours en argent leur furent promis à cet effet. ""

Plusieurs barons passèrent bientôt après sur le continent, et disposèrent, sur leurs terres, les choses pour assurer le triomphe au parti royal. Etienne d'Aumale, fils du comte Eudes de Champagne, fortifia son château sur la Bresle ; Girard de Gournay en fit autant pour les places qu'il pos-

' a Rex Gulihelmus graviter tam regnum quam clerum variis opprimit exactiouibus, et exagltat servitutibus, pro quibus multorum oppressorum incurrit maledictionem. » Math. Westmonast. Flor. Histor. , lib. 2 , ad ann. 1092.

* Order. Vital, lib. 8.

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sédait. Beaucoup d'autres entrèrent dans le parti qui voulait réunir la Normandie à la couronne d'Angleterre; de ce nombre étaient le comte d'Eu, Gautier G if Fard, Raoul de Mortemer, etc. On lem' fournissait des fonds pom- acheter des armes et enrôler des soldats.

Loin de répondre à ces préparatifs contre sa souveraineté, Robert Courteheuse ne fit même pas cesser les guerres entre ses vassaux. A la vérité, en s'afFaiblissant entre eux , ils devenaient moins dangereux pour le gouvernement du duc ; cependant ils désolaient le peuple, et entretenaient l'anarchie dans un pays qui avait droit d'attendre de son souverain qu'il fît régner la paix et la justice. L'un de ces barons turbulens, Amauri de Montfort, périt d'un coup de lance, en faisant une irruption sur les terres de Guillaume de Breteuil. Ce dernier possédait le château d'Ivrj, bâti auprès d'une grande forêt sur la frontière de France, et dominant le cours de l'Eure, qui, en cet endroit, forme plusieurs îles. Guillaume de Breteuil ayant condamné, dans sa cour de justice, un de ses vavasseurs, pour avoir fait violence à une femme auprès de Pacj, le frère du condamné, Ascelin GoëJ, résolut de tirer vengeance de son

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