RETRAITE DE GUILLAUME
Manceaux s'étaient réfugiés après avoir vu brûler leurs maisons. Guillaume donna ces maisons aux soldats qui avaient si bien défendu le donjon du Mans. '
Le projet de soumettre tout le Maine n'en avait pas moins échoué que celui de se rendre maître de tout le Vexin; le père de Guillaume-le- Roux avait été plus heureux dans ses conquêtes. Cependant le roi eut bientôt conçu d'autres espérances d'agrandissement. Guillaume, duc de Poitiers, son allié, étant sur le point de partir à la tête d'une troupe de croisés pour la Palestine , désirait lui engager ses états comme le duc de Normandie lui avait engagé son duché. Ces états s'étendaient jusqu'auprès des Pyrénées. Le roi d'Angleterre serait devenu maître de presque tout l'ouest de la France , com^me ses successeurs le devinrent dans la suite. Cette proposition fut acceptée par le roi , et comme il avait repassé en Angleterre , son projet était de partir avec une ilotte nombreuse, et de prendre possession du Poitou et de l'Aquitaine, quand un accident mit
' OrdericViUl, lib. 10.
2'j6 IIOO. LE ROI PÉRIT
tout à coup fin à ses desseins ambitieux et à son règne.
Il tint une cour brillante dans la nouvelle salle de Westminster. Le 2 août de la même année 1 1 00 , étant à Winchester, il se préparait à la chasse dans la Forêt Neuve. On lui présenta six flèches nouvelles; il en donna deux à Gautier Tjrel, châtelain de Poix en Picardie et de Pontoise, qui devaitl'accompagner h la chasse, et qui avait toute sa confiance. On raconta dans la suite que, la veille, le roi, confiant ses projets au courtisan, lui avait dit qu'à Noël prochain il espérait tenir sa cour à Poitiers, et qu'il voulait même soumettre aux Anglais la Bourgogne et la France. Dès lors le gentilhomme picard médita le projet d'empêcher le l'oi de mettre sa patrie sous le joug anglais. '
Au moment de partir pour la chasse , le roi reçut avis de l'abbé du couvent de Shrewsbuiy,
« De ma le moit pussent moriv Li Bourgoinon et li François , Si souzquct soient as Englois '.
Li rois par gab li avoit dit ; E cil come fel le requit En son queor tint la félonie. »
Cfironif/. <le GeoHT. Gaimar.