‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 158 sur 255 · OI2 .CAEN MISE A CONTRIBUTION · texte numérisé non relu

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mantlie. Le roi ordonna ensuite à ses troupes de couper pareillement leurs cheveux '. Pendant que Henri s'assura des bonnes dispositions du roi de France et du comte du Maine, et répandit l'argent pour augmenter le nombre de ses partisans % son frère Robert, ne pouvant se dissimuler que cette fois il y allait de son existence comme duc régnant, fit quelques préparatifs de défense, autant que le permettait son trésor obéré, et, pour première mesure, il fit taxer arbitrairement les principaux bourgeois de Caen, l'un à loo livres, l'autre à 60 , un troisième à 40 , afin de fournir aux frais des nouvelles fortifications qu'on voulait faire. Ces impositions, exigées militairement, mécontentèrent vivement la bourgeoisie de la ville. Beaucoup d'habitans cachèrent' leur argent dans les abbayes, et se firent passer pour pauvres. Quand on apprit au duc que les impositions rentraient difficilement , il répondit avec son insouciance habituelle : t( Laissons aller les choses. » Il avait

' Order. Vital , lib. 11.

.' « Omnesautem pêne Wormannprum majores in aurum et argeiirtum régis (quod ipse de Anglia illuc portaverat) cucurrerunt, eique castra , munitasque civitates et urbes tradiderunt. » Florent, Wigorn. Chronic, ad ann. 1106.

SIÈGE DE BAYEliX. , 3l3

chargé Gonthier de Lauiiay, neveu de Hugues de Nouant, châtelain de Rouen, de la défense de Ba jeux , la première place que le parti royal devait rencontrer en se portant vers la Seine inférieure.

L'armée de Henri ne tarda pas en effet d'investir la ville. Le châtelain Gonthier alla à la rencontre du roi, et lui rendit un chevalier de son parti, Robert Fitz-Aimon , qu'il avait fait prisonnier dans l'église de Siqueville, et que le peuple avait voulu pendre en criant : (( La hart au traître ! ' » Ce chevalier, possédant de grands fiefs dans le comté de Glocester, aurait pu payer une forte rançon ; du reste , le châtelain refusa de rendre la place, en conséquence le siège commença.

D'après la tradition , un chevalier allemand nommé Brun, qui se trouvait dans l'armée du roi, et qui se faisait remarquer par sa belle armure et par sa forte taille , se présenta à cheval devant la place , et provoqua au combat un des chevaliers assiégés. Robert d'Argouges, dont le château ,

» La hart, la hart al traïtor Ki a guerpi son droit seignor. »

Wacc, Roman de Rouj tom. ii , v. 16208-9.

3f4 UUEL ENTRE DEUX CHEVALIERS.

maintenant délabré était situé au village de ce nom , dans les environs de Bajeux , accepta le défi; les deux champions entrèrent en lice : Brun porta un coup de lance violent à son adversaire ; cependant celui-ci le para de son bouclier, et, à son tour, il désarçonna Brun, qui tomba à la renverse, et expira sur-le-champ. Sa mort fut pleurée par les siens. Wace nous a conservé leurs plaintes dans des vers qu'on dirait extraits de quelque vieille romance sur ce sujet : '

Brun , clan Brun , dan Brun , gentil her,

Mult avoQ por tci à plorer j

Jamaiz en nos païz n'iron ,

Quant mener ne t'i poerion.

Ki osera à tes amis

Dire ke tu seies ocis ?

Nos (léassion por tel morir,

Maiz tu ne peuz par nos garir, etc.

Ces deux héros ont reçu par la tradition populaire du moyen âge quelque chose de fabuleux. De Brun on a fait un géant, et de son vainqueur un chevalier protégé par une fée qui consentit à devenir sa femme sous la condition de ne jamais parler de la mort; elle aurait continué de le favo-

' Wace, Romande Rou, tom. ii. Vers 16148 et suiv.

VICTOIRE DU CHEVALIER d'aRGOUGES. 3i5

riser si , dans un moment d'impatience au sujet de la longue durée de sa toilette, il pe se fût écrié : « Belle dame, seriez bonne à aller chercher la mort , car vous êtes bien longue en vos besoignes. )) Ce qui fit disparaître la fée; mais elle parut depuis lors, dit le peuple, la nuit auprès du manoir d'Argouges , et poussa quelquefois le cri de « la mort, la mort! » ' *^

Brun fut enterré , à ce que l'on croit, dans l'église Saint-Georges, et Ton prétend qu'on y a trouvé dans les siècles suivans des os d'une longueur extraordinaire. Le roi, dans la suite, conserva du ressentiment contre Robert d'Argouges, de l'avoir privé d'un brave chevalier, et le vainqueur, mal vu par le souverain, préféra s'exiler volontairement et chercher fortune dans la Fouille.' Sa victoire ne servit point aux Bajeusains : Hélie de la Flèche, comte du Maine , vint avec se& gens grossir l'armée des assiégeans, dans laquelle Henri attira aussi beaucoup de Bretons et d'An-

' Pluquet, Contes popidaires , etc., de Vnrrond. de Bayeux , î« édit. , p. 1 et stiiv.

» i< Od son herneii en Puille ala ,

A. conoissanz k'il aveit là. »

Roman de Aou , loin II, v. 16166-7.

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