‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 179 sur 255 · FUITE DE LOUIS-LE-GROS · texte numérisé non relu

FUITE DE LOUIS-LE-GROS

Du reste le combat avait ressemblé plutôt à un brillant tournoi qu'à une mêlée sanglante : aussi n'y eut-il que trois hommes tués. Voyant les siens mis en déroute ou pris par l'ennemi , Louis-le- Gros prit la fuite , en se jetant dans les bois. Un historien raconte qu'un Anglais voulut arrêter son cheval, en le saisissant par la bride, et en criant : Le roi est pris ! mais que Louis en le renversant mort par un coup d'épée, répliqua de sang-froid : Ne sais-tu pas qu'on ne prend pas le roi au jeu d'échecs? '

C'est probablement une anecdote inventée dans la suite pour rehausser la gloire de Louis. Il était trop troublé par la défaite de son armée pour pouvoir plaisanter en ce moment; d'ailleurs il avait laissé son cheval, et ne devait guère être connaissable. Il pria un homme de la forêt de le ramener à Andeli , et il trembla de peur de tomber entre les mains des ennemis. Ce Normand eut bien du regret d'avoir servi de guide, quand il apprit que c'était le roi de France qu'il avait sauvé. *

■ Voyez Vëly, Histoire de France, tom. m, à l'ann. 1119. » Orcleric Vital, lib. 12.

Ravages sur les bords X)e l'eure. 36^

Les Français furent ramenés par les vainqueurs jusqu'à Andeli; Robert de Courcy, jeune chevalier, les ayant poursuivis avec trop d'ardeur, fut pris par la garnison d' Andeli , qui ne reçut pas d'autre prisonnier de guerre. '

Il y eut après cette joute des actes de courtoisie qui annonçaient déjà l'époque de la chevalerie. Henri garda comme trophée le drapeau de Louis; mais il renvoya dans Andeli le coursier richement caparaçonné du roi de France , et Guillaume Adelin fit également parvenir à son cousin, le prétendant, le cheval qu'il avait perdu la veille, ainsi que des présens '. Ces attentions ne changèrent pourtant rien aux dispositions des Français , et après avoir reçu des renforts , Louis-le- Gros, sur l'avis d' Amaury de Montfort , passa la Seine et l'Eure , pour ravager le pays , et essayer de s'emparer de Breteuil et d'Ivry. Les contrées arrosées par l'Eure furent cruellement traitées; les gens des églises de Noyon et de Laon qui suivaient leurs évéques rivalisaient avec les gens des seigneurs laïques pour ajouter aux calamités des

Order. Vital, lib. 12.

Ibid.

SyO RETRAITE DES FRANÇAIS

Normands. Breteuil fut attaqué vivement; maïs Raoul le Breton, qui défendait la place pour le roi d'Angleterre, repoussa l'attaque, et comme en ce moment Henri envoya un renfort au secours des assiégés, et en avant de l'armée qu'il conduisait lui-même, les Français furent forcés de se retirer. Raoul le Breton se battit presque toute la journée; assailli par un Flamand qui avait déjà vaincu plusieurs chevaliers normands , il le renversa et le blessa mortellement. Une troupe de chevaliers de l'armée de Louis-le-Gros se porta ensuite contre le château de Tillières sur l'Arve; mais le châtelain, informé de leur projet, leur tendit des embûches, et en prit plusieurs, entre autres Guillaume de Chaumont, gendre du roi, à qui il en coûta ensuite 200 marcs d'argent pour se rançonner. '

Quant aux Français qui avaient été faits prisonniers dans le combat de Brenraule, Henri rendit la liberté à plusieurs d'entre eux ; les autres furent répartis dans les prisons des châteauxforts. Osmond de Chaumont, qui s'était rendu coupable de plusieurs actes de brigandage sur la

• Ordcr. Vital, lib. 12.

frontière de Normandie, fut enchaîné comme un criminel , et jeté dans les cachots du château d'Arqués.

Louis-le-Gros se retira de la Normandie avec ses troupes en se portant sur Chartres, où il voulut punir le comte Thibaut de sa défection ; mais il se laissa fléchir par les habitans, qui vinrent au devant de lui , précédés du clergé, qui , en procession, portait la tunique delà sainte Vierge, comme on faisait toujours à Chartres dans les grands dangers.

Un événement particulier auquel la Normandie n'était pas étrangère, occupa Louis-le-Gros dans la même année. Un concile général, au sujet des besoins de l'église, avait été annoncé pour le mois d'octobre ; il devait avoir lieu à Reims ; le pape Calixte vint pour le présider en personne. Les évêques de Normandie avaient été invités^ comme ceux des autres contrées, à y assister. Henri ne pouvait ignorer qu'il y serait débattu aussi des affaires civiles. Le roi de France, maître à Reims, avait un grand avantage sur lui dans ce concile: aussi, en permettant aux évéques normands de se rendre au concile , leur défendit-il d'entrer dans des discussions civiles, étant toujom^s disposé.

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