SIEGE DU CHA^TEAU DE BRIONNE
avait été arrêté dans sa fuite par un paysan; il se débarrassa de lui en lui abandonnant ses armes, puis, errant à pied, il passa la Seine et se sauva dans son manoir. '
Ce combat, qui anéantit encore une fois les espérances du prétendant, fut livré dans la plaine auprès de Bourgçheroulde ' . Plusieurs nobles qui possédaient des châteaux-forts étaient sur le point de se joindre aux ligueurs et de reconnaître Guillaume Cliton ; mais la défaite que venait d'essuyer ce parti les engagea à rester fidèles au roi. En vain Morin du Pin , sénéchal du comte de Meulan , essaya encore de rallier les partisans du prétendant. Le château-fort de Vatteville , qui en dernier lieu avait été le quartier-général des ligueurs, se rendit au roi, et fut rasé. Brionne fit encore de la résistance; le roi vint l'assiéger, brûla le bourg, et construisit deux châtelets pour contenir la garnison du donjon ^ . Cette grosse tour carrée, érigée sur la côte de Calleville, a existé jusqu'au xvi" siècle.
Après les fêtes de Pâques , Henri fit instruire
' Jbid. Selon Robert du Mont ( AppeniL ad Sigebert. ) , le combat eut lieu dans une valle'e auprès de la route de Vatteville. ^ Simeon Dunelmens. De Gestis rcg. angl.
4o6 PUNITIONS INFLIGÉES
à Rouen, devant ses juges, le procès des rebelles qui étaient tombés en son pouvoir. Cependant ce ne fut pas d'abord sur les principaux que s'exerça sa vengeance : trois simples chevaliers, Geoffroy de Tourville, Odoard du Pin et Luc de la Barre , furent condamnés à avoir les yeux arrachés; ce dernier n'avait jamais fait hommage au roi , et il n'était allé à la guerre que parce que le service d'un des barons auquel il était attaché lui en faisait un devoir. Le comte de Flandre , qui assista au jugement probablemient pour quelques aïeux qu'il possédait en Normandie, en fit la remarque; mais Luc de la Barre paraissait au roi bien plus coupable encore que les autres , à cause de ses chansons satiriques : aussi l'intercession du comte de Flandre ne put le soustraire à la punition cruelle que le roi avait résolu de lui infliger. Quand les bourreaux saisirent ce chevalier pour l'aveugler, il aima mieux se fendre la tête contre les murs que d'être la victime de la cruauté du roi. '
Galeran, comte de Meulan , fut obligé de céder au roi, Beaumont et les autres places qui n'étaient
■ Orderic Vital, lib. 12.