‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 198 sur 255 · HENRI PARDONNE AUX PARTISANS DU COMTE · texte numérisé non relu

HENRI PARDONNE AUX PARTISANS DU COMTE

La mort du prétendant délivra le roi d'Angleterre d'un grand souci , moins à cause de la personne de cet adversaire que parce que son nom servait de mot d'ordre à tous les mécontens en Normandie. Henri fut assez sage pour pardonner aux Normands qui s'étaient attachés à la fortune du prétendant, ou qui avaient soutenu ses prétentions. Ce fut un fils naturel d'Odon, évéque de Bajeux , qui apporta au roi la nouvelle de la mort de son neveu , en lui présentant une lettre que celui-ci avait fait écrire sur son lit de mort, pour demander pardon à son oncle du mal qu'il lui avait fait '. Cette humble démarche ne fléchit pourtant pas la rigueur de Henri envers Robert Courteheuse, père du prétendant. Celui-ci survécut six ans à la mort de son fils, et vit, en quittant le monde, expirer sa postérité, ainsi que le successeur naturel de Henri son frère et maître.

La mort du prétendant avait fait cesser les hostilités entre les rois de France et d'Angleterre; cependant il n'y eut pas de paix complète, et chacun des deux souverains continua de protéger et même de soutenir les vassaux de son adversaire

4l6 LA FAMILLE GARLANDE.

poursuivis pour le délit de désobéissance et de révolte. Ces conflits étaient inévitables à cause du grand nombre de vassaux qui possédaient à la fois des terres en France et en Normandie, ou qui avaient des relations de parenté dans les deux pays.

C'est ainsi que Henri soutint l'insurrection de la famille Garlande contre Louis-le-Gros, qui poursuivait le chancelier du royaume, Etienne Garlande, pour avoir transmis à son neveu Amaury de Montfort, comte d'Evreux et par conséquent vassal de Henri , sans l'autorisation de son maître le roi Louis, la dignité de sénéchal de la cour de France. On se rappellera qu' Amaury de Montfort avait naguère porté les armes contre Henri ; mais son grief était oublié , et le roi d'Angleterre ne balança pas de soutenir son vassal normand contre le roi de France. Cependant cette querelle finit, comme tant d'autres de ce genre , par la lassitude des partis. Louis-Ie-Gros se réconcilia avec les Garlande et les Montfort, après avoir pris aux premiers le château de Livry.

Henri eut aussi quelques démêlés avec le haut clergé de Normandie. Les évéques de ce duché , comme d'autres contrées, prétendaient tenir dans

POUVOIR DE l'archevêque DE ROUEN. 1\1J

l'assujettissement les abbés des monastères , exigeant d'eux une profession de foi et hommage, un cens annuel, sous le titre de droit synodal, puis le droit de loger avec leur suite dans les monastères, et par conséquent d'y être défrayés, enfin le droit de célébrer dans les églises abbatiales le service divin , et d'y tenir des assemblées ou conventions ' . L'archevêque de Rouen surtout paraissait aux abbés , tenir despotiquement à ces exigences : c'était presque un souverain dans son diocèse. L'église de Rouen possédait la ville d'Andeli, avec les environs, ainsi que l'octroi dans le port de la Seine devant la ville; elle réclamait Gisors; sa juridiction s'étendait sur tout le Vexin , à l'exception des châteaux royaux ; elle avait des biens épars en Norm.andie, en Picardie , en Angleterre. '

Pour se soustraire aux vexations de l'archevêque Hugues , les abbés réclamèrent la protection du roi, qui était retourné en Angleterre. Comme le pape Innocent II séjournait en France , heureux

' Bessin Concil. Rntomag. prouinc. , pars 2*, p. 26. • Confirmatio jurium et prœdiorum eccles, Rotomag. Voy. Bessin, Ibid., p. 23.

4j8 HENRI ÉCRIT AU PAPE

d'y avoir trouvé un asile contre les poursuites de son compétiteur Anaclet, en Italie, Henri lui écrivit pour l'engager à réprimer les prétentions insolites de l'archevêque de Rouen '. u Je supplie votre paternité, écrivit-il, d'interposer la main de la correction dans ce qui se fait contre l'honneur, la dignité et les coutumes de mon royaume et de mon duché, afin que les innovations qu'on veut établir ne me forcent pas de me détacher de vous et de votre service ; car je ne peux tenir ce pays sans y jouir des droits accoutumés; d'ailleurs mes barons et mes gens, sans le secours desquels je ne puis exister, ne me permettraient pas de tenir le pays dans une semblable ignominie ' ; déjà ils me blâment vivement, et me font des reproches outrageans, de ce que je suis assez débonnaire pour me laisser enlever la dignité et les droits de mon pouvoir qui auparavant étaient restés intacts. Les barons de ma terre ne souffriraient pas que l'archevêque y demeurât en paix , si vous et

' Epistoln Hem ici régis. Voyez Bessin Concil. Rotomag.provinc, pars 2", p. 24.

' « Nec uUo modo a baronibus et hominibus meis, sine quorum «onsilio et auxilio esse non possum, in hujusmodi vilitale et ignominia ■ tcrram amplius tcnerc permiltar. » Jbid.

CONTRE LES PRÉTENTIONS DE l"ÉGLISE. /[l^

lui-même vous ne cherchiez un remède à ce qui a été fait. Pourquoi pendant mon dernier séjour à Rouen, l'archevêque ne s'est-il pas expliqué? j'aurais volontiers acquiescé à ce qu'exige la religion , et qui n'est pas contraire à ma dignité. Vous me trouverez toujours prêt à vous obéir dans tout ce qui regarde Dieu, la sainte église romaine et la dignité de votre personne; mais de mon côté je demande que vous conserviez intacts les droits et honneurs qui me sont dus , et dont j'ai toujours joui. »

Pressé entre un roi dont il fallait ménager l'appui, et les prérogatives des ecclésiastiques, qui étaient tous pour le pape. Innocent II se tira de son embarras avec l'adresse familière alors à la cour de Rome. Il répondit à Henri qu'il engagerait l'archevêque de Rouen à renoncer à ses prétentions à l'égard des abbés, espérant que de son côté le roi honorerait toujours l'église , et aurait pour les serviteurs de Dieu la déférence convenable. Et il écrivit à l'archevêque Hugues de céder cette fois au roi, qui avait promis de respecter aussi les droits de l'église de Rouen. '

' Voyez Bessin Concil. Rotomag. profinc. , pars 2, p. 25.

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