GEOFFROY PLANTAGENET
Des soucis plus graves vinrent au roi d'un côté où il ne les aurait pas attendus. En se donnant un gendre aussi jeune que le fils du comte Foul- ,ques d'Anjou , il avait dû compter sur la soumission de cet adolescent qu'il avait armé chevalier. Cependant il y eut peu d'affection entre des époux aussi mal assortis pour l'âge : la fille hautaine du roi estima peu son jeune mari , et Geoffroy, de son côté, la renvoya une fois ignominieusement de l'Anjou à Rouen, comme une femme répudiée. ' Il ne montra pas plus de déférence pour son royal beau-père. Il réclama avec beaucoup d'instance , les uns disent la Normandie entière, d'autres iquelques terres et châteaux que Henri lui avait promis lors du mariage. C'étaient peut-être les biens qui avaient servi de dot à la soeur de Geoffroy, et que le roi avait refusé de rendre après la mort de son fils Guillaume.
Henri répondit comme avait fait son père en pareille circonstance, qu'il ne se dépouillerait pas de son vivant. En conséquence Geoffroy prit les
' a Nunciatur régi (îliam suam a marito repudiatam , abjectamqiic sine honore, paucis admodiim comitibus rediisse Rotomagum.» Sinieon Dwielniens, , ad ann. 1129.
VEUT s'emparer DE LA NORMANDIE. II 35. ^11
armes en 1 135, et fit une irruption en Normandie. Plusieurs seigneurs , les Talvas surtout, n'attendaient que ses succès pour se déclarer en faveur du gendre , et un instant on put croire qu'une nouvelle ligue allait se former contre Henri. Mais revenu en Normandie, il sut en dissiper les élémens par la promptitude de ses démarches. Les Angevins se retirèrent; Geoffroy se vengea par la destruction de Beaumont-le-Vicomte, qui appartenait alors à un autre gendre du roi , nommé Roscelin.
Dans sa première colère, Henri saisit les terres des Talvas, et il eut l'idée d'enlever à Geoffroy sa femme, et de la ramener en Angleterre; mais il ne put exécuter ce projet violent '. Peut-être par un pressentiment de sa mort prochaine , voulaitil établir sa fille reine à Londres, et tenir l'Angevin éloigné. Elle avait eu, en iiSaet ii33, deux fils; Henri avait fait reconnaître le premier pour successeur de Mathilde par les barons d'Angleterre et de Normandie. '
A la fin de novembre de l'année [ i35, étant à Saint-Denis-le-Thibout , auprès de la forêt de
■ Orderic Vital , lib. 12.
' Guill. de Malmsbiiry Hislor. reg. Angl.