MORT DE HENRI
Lions, pour se livrer au plaisir de la chasse, Henri tomba subitement malade d'une indigestion de lamproies ' ; et comme son mal fit des progrès rapides , il ne put se dissimuler sa position désespérée. En conséquence, il fit appeler l'archevêque de Rouen , Hugues; et ayant confessé ses péchés, il pardonna chrétiennement à ses ennemis , et consentit à restituer à ceux qu'il avait bannis ou qui s'étaient soustraits à sa vengeance , les terres qu'il leur avait confisquées. Il n'avait plus de grâce à faire à son frère Robert, qui était mort l'année précédente au château de Cardiff , à l'âge de soixante-dix ans et dans la vingt-huitième année de sa captivité. '
Robert de Glocester était auprès de son père mourant; Henri le chargea de distribuer 60,000 li-> vres , prises dans son trésor à Falaise , aux chevaliers et aux domestiques de sa maison ; ou , selon la lettre de l'archevêque de Rouen , qui lui donna la
' « Comedit carnes murenarum.... contra consilium medicorum suorum. » Math. Westmonast. Flor. histor. , ad ann. 1135. — « De quadam miirena comedens œgrotavit. » Simeon Dunelm. contin. a Johan. Hagustald. , ad ann. 1135.
' « Nimis eum absorbuit tristitia, unde xnortuus est. » Matb\. Westmon. , ad ann. 1134.
SON CARACTÈRK. l\'l^
dernière absolution , le roi ordonna qu'on payât tout ce qu'il devait , et qu'on distribuât le reste aux pauvres : ordre qui ne paraît pas avoir reçu son exécution. '
Ayant fait jurer fidélité par ses vassaux à sa fille Mathilde et à son petit-fils, il ne douta pas qu'ils ne reconnussent Mathilde pour leur reine quand il serait mort : aussi , se contentant de dire à son fils naturel qu'il laissait ses États à sa fille , il ne s'occupa plus que du salut de son âme, jusqu'au i**" décembre, jour de sa mort.
Henri était un roi supérieur à ses frères; il avait l'esprit éclairé et le goût des lettres. La Normandie lui fut redevable du rétablissement de l'ordre, qu'elle n'avait guère connu sous Ro^ bert Courtelieuse ; et si malgré ses ordres sévères et ses prompts châtimens plusieurs nobles firent encore la guerre à la couronne, au moins il montra de l'énergie à réprimer les troubles ". Il
' « Utinam sic fecissenl qui thesauros cjiis tcacbant et tencnt ! » Epist. Hugonis ad papam , dans la part. 2 de Bcssin Concilia Mot tomag. provinc.
" «Wobilcs plerosque proptcr eoruin perfidiamdcpressit; ignobiles vero multos... amplis honoribus sublimavit. «Ricard. U.igustald. prior, dans le recueil de Twysden, col. 309.
/\l[\ EFFETS DE SON RÈGNE.
abaissa l'orgueil de plusieurs grands vassaux , éleva en puissance des sujets humbles et fidèles, et délivra le peuple normand de leur oppression. Le plus redoutable d'entre eux , Robert de Belléme, expia dans la prison de Henri le crime d'avoir prolongé par ses cruautés les malheurs de sa patrie ; la punition fut si complète qu'on ignore même le lieu et la date de la mort de cet homme affreux.
Les flatteurs du roi prétendaient qu'il était ce lion de justice prédit dans les prophéties de Merlin, qui avaient alors un grand crédit. En effet, ce n'était pas de sa volonté qu'il faisait dépendre la punition des coupables ; il les déférait à la cour royale : aussi, sous son règne, apprit-ôn à respecter les ministres de la justice et à se soumettre aux lois. Peut-être la cour jugeait-elle quelquefois sous son influence j cependant il fallait lui savoir gré de s'en rapporter à une assemblée de juges de la punition de ceux qui s'étaient insurgés contre sa personne. En favorisant la chevalerie, il répandit dans la noblesse les principes de l'honneur, de la gloire, de la galanterie ; il fut le premier à donner dans Rouen , sa capitale , des fêtes brillantes qui ne se ressentissent pas de la barba-