POÉSIE DES TROUVÈRES
c'est toujours quand Henri veut perdre les gens qu'il fait leur éloge. » Cependant, tout en le peignant comme un tyran , l'archidiacre ne peut s'empêcher de louer la haute prudence et les conceptions vastes et hardies de ce prince. '
Le règne de Henri l""" donna naissance à cette littérature poétique et romanesque que nous verrons se développer avec tant d'éclat sous les règnes suivans, particulièrement sous celui de Henri H. A l'exemple du roi, Mathilde, sa première femme, aimait la poésie, et rassemblait à sa cour les poètes; ils accouraient en foule avec leurs chants et leurs vers , se disputant l'honneur de charmer les oreilles de la reine '. Alix de Louvain, sa seconde femme, trouva les poètes en faveur quand elle vint en Angleterre, et elle fit ses délices de leurs productions. Le poète Gairaar nous apprend qu'elle fit écrire un livre en vers notés sur les événemens du règne de son mari ' . Henri encouragea, comme
' a Regera sapientîa magnum dixi, consilio profundum. etc. » Ibid.
' « Turmatim hue acîventabaat scolastici cum cantibus, tum versibus famosi , felicemque putabant qui carminis novitate aures mulceret dominas. » Guill. de Malmsbury Histor. , p. 164.
^ « Elle en fist fere un livre grant.
Le primer vers noter par cbant.
4^8 TROUVÈHES
ces deux i-eines, les efforts des poètes, et les riche* barons attirèrent comme la cour du roi les poètes dans leurs châteaux , pour être divertis par les récits des trouvères : aussi la poésie chercha-t-elle d'abord à plaire aux grands. C'était pour eux, comme dit Wace, chanoine de Bajeux ', que les livres étaient composés et que les poètes exerçaient leur imagination ; car seuls ils pouvaient encourager et récompenser le talent. Ce fut une dame, désignée seulement par Gaimar sous le nom de
Dame distance la gentil ,
qui fit composer par ce poète l'histoire des rois d'Angleterre, d'après les chroniques anglaises,
Bien dit Davit è bien trovat , E la chançon liien asemblal.
Chroniq. de G. Gaimar.
Jeo parout à la riche gent Ki unt les rentes et le argent Kar pur eux sont 11 livre fait , E bon dit fait , e bien retrait. »
Ms. de la Bibl. Roy., cite' par Sli. Turner. Âl suverain è al meillur Escrif , translat , truis et rimei.
Benoistde Sainte-More, Ms. de Ja Bibl. Harl, cite
IMir Sharon Turner, Histoiy of England
- from the Norman conquest- Paît. Il , cLap. 4^-
ANGLO-NORMÀNDS. 4^9
françaises et galloises, qu'elle s'était plue à rassembler'. Gaimar avait de l'imagination; il resta poète, tout en s'acquittant pour sa dame gentille des fonctions d'historien. Sa Chronique est remplie de scènes peintes d'un vif coloris.
Toutes les compositions, rares d'abord, devinrent peu à peu le bien commun de la nation ; plusiem^s passèrent en Normandie ; d'autres ne paraissent guère avoir été connues hors de l'Angleterre, et on n'en a trouvé dans la suite les manuscrits que dans cette île.
Les poésies anglo-normandes préparèrent une nouvelle ère de la littérature; cependant la langue anglaise, bannie des châteaux , resta en usage dans les villes et les campagnes, et Henri était quelquefois obligé de faire traduire ses ordres dans l'idiome du peuple. '
< « Il pui'chaça maint esamplaire ,
Livres engleis è par graraaire £ en romanz è en latin , Âinz k'en pust traire à la fin.
Si sa dame ne li aidast , Ji à nul jor n'el achevast. »
Chroniq. de Geoff. Gaimar.
' Voy. l'ordre donné aux officiers royaux à Londres , en faveur de gens de l'e'glise de Cautorbéry, rapporté par IVîath. Parker, dt Antiquil. Britann. ecclcs. , p. 118.