MATHILDE SE SAUVE DE WINCHESTER
mens de détresse, car la princesse hautaine était déjà réduite à subsister d'expédiens. On lui conseilla de se jeter en toute hâte dans Winchester, dont le donjon était gardé par ses partisans. C'est ce qu'elle fit. L'évêque sortit d'une porte quand elle entra par une autre. Elle se laissa assiéger dans le château-fort de cette place , que l'évêque incendia pour réduire plus tôt le parti de l'ex-impératrice; mais il ne put en venir à bout, et ne fit que le malheur de la ville. '
Au moment où il parut renoncer au siège du château-fort en retirant ses troupes, Mathilde et ses partisans, étant sortis sans défiance dans la ville, furent surpris par les gens de l'évêque, et la prétendue reine d'Angleterre fut obligée de fuir à travers les champs , attachée sur un cheval , ou portée sur une litière. Elle se jeta dans le châteaufort de Devizes; mais craignant l'investissementde cette place, elle s'enfuit à Glocester, dont les habitans étaient dévoués à son frère Robert. Tout le parti était en déroute, n'ajant plus de chef, et
' « Nec hoc solum pontiflcis irœ potuit sufficere , quin insuper ob terrorem sive horrorem illis incuticndum , immisso igné, urbem totam comburere , furore cogente, dccrevit. «Florent. Wigorn.^ continuât., ad ann. 1141.
ROBERT DE GLOCESTER F/VIT PRISONNIER. ^']à
voyant que celle qui devait régner sur l'Angleterre avait l'esprit égaré par la frayeur. Les Flamands qui combattaient toujours , sous Guillaume d'Ypres, pour Etienne, surprirent en route Robert de Glocester, qui s'acheminait avec ses gens d'armes. Obligé de se battre contre ces étrangers, il fut vaincu, fait prisonnier, et conduit devant la reine, femme d'Etienne ' . C'était, après Matliilde, la prise la plus importante que les royaux pussent faire, car l'influence de Robert avait contribué, plus que toute autre circonstance, à créer une armée et un parti en Angleterre à sa soeur Mathilde.
Enfin sans lui Mathilde était perdue ; elle se hâta donc de négocier avec la femme d'Etienne. Il fut convenu que Robert serait échangé contre le roi prisonnier; ce qui eut lieu en effet. Etienne fut donc mis en liberté , et put remonter sur le trône; mais ce n'était plus le trône d'autrefois; une partie de l'Angleterre persistait à vouloir reconnaître Mathilde pour reine, ou du moins à ne plus vouloir d'Etienne pour roi, puisqu'il s'était montré incapable de maintenir ou de rétablir la
' (resta Slaphani reg. , lib. 1.
474 l'A. GUERRE RECOMMENCE.
tranquillité dans le royaume. Etienne proposa de réintégrer Robert de Glocester dans ses dignités et biens, pourvu qu'il se soumît à l'autorité royale. Ces offres furent rejetées avec dédain; les deux partis reprirent les armes , et la guerre civile continua de désoler l'Angleterre , malheureuse et par ses rois, et par ceux qui prétendaient à la couronne. '
' o Unde faclum est, ut ab invicem impacificali discederent , per totum annum , deinceps omne regnura cum patria rapinis pauperum, caedibus hominum , violationibus ecclesiarum crudeliter...» C'est par cette phrase non acbeve'e que finit le continuateur de la Chronique de Florent Wigorn .