‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 229 sur 255 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

GeoflFroy Plantagenet fait son entrée à Rouen. — Soumission des Normands. — Il rebâtit le donjon et le pont du chef-lieu. — Enthousiasme pour les croisades. — Confrérie pour les chai'rois des maçons auprès des cathédrales. — Henri, fils de Geoffroy, est fêté en Normandie comme successeur futur de son père. — Désunion entre Geoffroy et le roi de Fi-ance. — Celui-ci pénètre dans la Normandie. — Mort de Geoffroy; serment exigé de son fils Heniù. — Barons et prélats de Normandie assemblés à Lisieux par le prince. — Il épouse Eléonore , femme répudiée par Louis. — Nouvelle ligue formée par le roi de France en faveur du fils d'Etienne de Blois. — Invasion de la Normandie. — Henri rétablit la paix et s'embarque pour l'Angleterre. — Ses succès. — ^Les évêques d'Angleterre refusent de prêter serment au fils d'Etienne. — Les barons le reconnaissent pour leur roi futur. — Mort d'Eustache , fils d'Etienne. — Convention conclue entre Etienne et Henri. — Les droits de celui-ci sont reconnus solennellement — Henri repasse en Normandie. — Il fait la paix avec le roi de France. — Mort d'Etienne. — Henri s'embarque pour prendre la couronne d'Angleterre.

Pendant que le trône étaitdisputé en Angleterre par deux partis acharnés l'un contre l'autre, et que l'on voyait des Normands combattre contre des Normands , des Anglais contre des Anglais , des auxiliaires ilamands contre leurs compa-

l\']Cy GEOFFROY SOUMET

triotes OU contre des Bretons, Geoiîroy Plantagenet , comte d'Anjou et mari de Mathilde , continuait de soumettre les villes et châteaux normands à sa propre autorité , profitant de la perplexité dans laquelle les événemens d'Angleterre jetaient le duché de Normandie. 11 aurait volontiers envahi aussi l'Angleterre, et s'y serait fait proclamer roi ; mais sentant son impuissance, et le peu de recommandation que lui donnait sa qualité d'Angevin % il se contenta de soumettre les Normands. A la vérité, beaucoup de barons, d'évéques, de villes en Normandie étaient bien disposés pour Etienne; on haïssait d'ailleurs le régime angevin , que l'on jugeait d'après le mal fait par les soldats angevins aux Normands. Cependant la cause d'Etienne paraissait perdue ; il semblait inutile et dangereux de prolonger la lutte; le comte de Mortagne, qui avait du ressentiment contre Etienne, pour n'avoir pas employé son autorité à faire rendre la liberté à Richer de l'Aigle, neveu du comte, que les Talvas avaient enlevé et em-

' « nia publica fama quae Andegavensibus hœret , quoil sint pairissirai et siiperbi , multum ci ad acquireiidum regniim nocuit. » Anonymi Chron. ah initio miindi , etc., dans le tom. xii des Historiens de France.

prisoiiné , le comte de Mortagne rassembla dans la ville beaucoup de barons et de prélats , et dans cette assemblée il fut convenu, pour échapper au joug angevin , d'offrir le duché à Thibaut , comte de Champagne et de Blois, et frère de Geoffroy. Il avait auparavant voulu régner en Normandie, quand Etienne se fit roi d'Angleterre. On devait croire qu'il saisirait avec empressement l'occasion qui se présentait d'agrandir son pouvoir ; mais il refusa cette fois , et engagea les barons à reconnaître pour duc son frère Geoffroy, qui, s'appuyant déjà sur la victoire de Mathilde comme sur un titre légitime, demandait qu'on lui fît hommage ' . Etienne avait voulu donner la Normandie à son fils FiUstache', mais ce jeune homme n'avait qu'un faible parti, et tombait nécessairement avec son père.

Ne voyant plus aucun moyen de recouvrer l'indépendance de leur pays, les Normands se résignèrent à leur sort. Il n'y eut point de soumission unanime et spontanée; mais les barons , les évêques , les villes et bourgs traitèrent les uns après les autres avec l'Angevin , et se soumirent à son

' Robert, de Monte ^ppeiui. ad Sii^ehert. , ad aiin. 1144.

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autorité , dans la triste persuasion que l'indépendance du duché était reculée pour long-temps.

Quelques places fortes tinrent encore. Rouen surtout n'avait pas encore renoncé à la foi jurée à Etienne. Mais en 1 144 Greoffroy rassembla une armée considérable sur la rive gauche de la Seine, passa ce fleuve, à Vernon, et parut à la Sainte-Trinité-du-Mont, sur la hauteur, devant Rouen. La bourgeoisie, jugeant toute résistance inutile, se présenta le lendemain dans son camp, disposée à lui faire hommage, comme au duc de Normandie. Geoffroy fit en effet le jour suivant son entrée dans la capitale, après avoir prom^is sans doute, suivant l'usage , de respecter les privilèges et coutumes de la ville. Cependant les gens du comte de Varenne, qui tenaient le donjon pour le roi Etienne, refusèrent de lui ouvrir les portes du fort. En conséquence, Geoffroy fut obligé d'y mettre le siège. Des machines furent construites pour battre les murs en brèche ou pour inquiéter les assiégés. Geoffroy avait dans son camp les principaux barons normands, ainsi que les comtes de Meulan et du Perche.

Le donjon, bien placé sur le bord de la Seine, n'était pas facile à attaquer : aussi les royaux firent

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