‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 69 sur 255 · GUERRE DU MAINE. I · texte numérisé non relu

GUERRE DU MAINE. I

voulurent jamais se soumettre à ces Normands , que leurs ancêtres avaient jadis vu arriver dans le pays comme aventuriers et pirates : aussi saisirent-ils toutes les occasions qui se présentèrent pour secouer le joug de fer que Guillaume faisait peser sur eux. Le vicomte Hubert, seigneur de Beaumont et de Fresnay, n'avait pas oublié la prise de ses châteaux dans la dernière guerre; il attendait le moment de la vengeance. Il eut de nouvelles querelles avec le duc de Normandie , et cette fois il vint établir son quartier-général au fort de Sainte-Susanne, situé sur une roche escarpée. Là il pouvait braver le conquérant de l'Angleterre , et inquiéter les Normands dans le Maine. On accom^ut de tous côtés à son fort pour guer-r royer avec lui contre les troupes normandes, et il fut bientôt assez redoutable pour engager Guillaume, qui était revenu sur le continent, à marcher contre Sainte-Susanne avec les Normands et les vassaux qui lui étaient restés fidèles dans le Maine. '

Mais cette fois l'impétuosité de ses mouvemens, qui lui avait été si utile dans d'autres guerres , fut

' Orderic Vital, lili. 7.

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infructueuse : le rocher de Sainte-Susanne brava sa colère et ses forces. Obligé de retourner en Normandie, il ordonna la construction d'un camp fortifié dans une vallée voisine , et laissa le commandement des troupes au comte de Bretagne , Alain Fergent, qui dans la suite devint d'abord son ennemi, et finit par être son gendre. Le camp fut établi , et devint le séjour des plaisirs et des orgies. Hubert profita des désordres de ce camp pour attaquer fréquemment les assiégeans, et leur tuer leurs meilleurs guerriers , ou pour leur enlever leurs cavaliers les plus riches, dont la rançon lui valait ensuite, ainsi qu'à ses compagnons, des sommes considérables. Les chefs du fort s'enrichirent par ces rançons pendant les trois ans que dura le siège. Dans une des rencontres entre les assiégeans et lesManceaux, un enfant caché dans un buisson tira une flèche sur le baron normand Richard de l'Aigle , et le blessa mortellement. Aussitôt les compagnons de Richard s'emparèrent de l'enfant , afin de le massacrer. Le guerrier, pénétré de sentimens chrétiens, demanda pour l'amour de Dieu qu'on laissât partir le coupable. 11 confessa ses péchés h ses compagnons, et mourut pendant qu'on le portait à la ville. On

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l'enterra dans un monastère fondé par son père '; car presque chaque famille baroniale avait un monastère qui lui devait l'existence, et qui lui servait de lieu de sépulture.

Le comte d'Evreux fut fait prisonnier par Hubert ; Guillaume de Varenne et Gilbert de l'Aigle tentèrent une nouvelle attaque contre le fort; mais ils ne remportèrent, selon l'expression d'Orderic Vital, que des blessures de cette tentative. Tout le camp^ las d'un siège de trois ans, qui avait coûté beaucoup de sang et d'argent, fut d'avis enfin qu'il fallait négocier avec l'intrépide Hubert. Il se montra disposé à faire la paix. H avait résisté pendant trois ans aux forces du Conquérant; il avait acquis une grande réputation, et de plus il s'était enrichi; que pouvait-il désirer de plus? on lui donna des sûretés pour qu'il pût se rendre auprès du roi en Angleterre. Guillaume l'accueillit bien , et lui confirma la possession de ses biens, sans rien exiger de lui. =•

Le roi était occupé alors en Angleterre d'affaires plus importantes ou plus intéressantes pour lui .

Orderic Vital, lib. 7.

Jbid.

l42 ' 1084- SIEGE DE DOL.

A Noël 1084, il avait tenu cour plénière à Glocester ; à Pâques il célébra les fêtes à Winchester, et pour la Pentecôte il revint à Londres , et y donna de nouvelles fêtes , à l'occasion de la prise d'armes de son jeune fils Henri. En même temps il reçut les hommages solennels et le serment de fidélité de tous ceux qui avaient reçu de lui des fiefs dans le royaume ' . Il avait , depuis deux ans, ordonné que l'on dressât l'inventaire de toutes les terres , des revenus et des droits et charges affectés à toutes les propriétés. Ce grand terrier continuait d'être l'occupation d'une commission d'enquête ; mais il fallait encore deux ans pour qu'on pût achever un travail aussi considérable.

Le roi repassa ensuite en Normandie. Il paraît qu'il fut obligé de faire une nouvelle guerre au comte Alain Fergent, qui lui refusait l'hommage de ses terres de Bretagne. Il l'assiégea de nouveau dans la ville de Dol "; mais ce siège ne fut pas plus heureux que le premier : les Normands per-

' Annal. Waverley. , ad ann. 1084. — « Milites illorum sibi fidelitatem contra onines homines jurare coegit. » Flor. Wigorn. Chronic, , ad ann. 1086.

' Orderic Vital ne parle que d'un seul siège ; mais il parait qu'il y en eut deux. Voy. Daru, Histoire de Btvtagne, tom. i , p. 312.

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