‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 70 sur 255 · INVASION DES DANOIS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

INVASION DES DANOIS EN ANGLETERRE

dirent une partie de leurs bagages, et furent obligés de se retirer. Guillaume fit la paix avec Alain, qui de son ennemi devint son gendre, en épousant Constance ; et comme Alain partit quelque temps après avec plusieurs seigneurs pour la croisade en Palestine, la Normandie eut la paix assurée du côté de la Bretagne pour plusieurs années.

D'autres soucis occupèrent le Conquérant. Informé du projet de Canut, roi de Danemark, qui depuis quelque temps tenait son armée rassemblée sur le rivage de ses îles pour faire une expédition en Angleterre, et délivrer les Anglo- Saxons du joug normand , Guillaume crut devoir faire de grands préparatifs pour repousser une agression qui pouvait menacer son trône. Il leva donc autant de troupes normandes, françaises et bretonnes qu'il lui fut possible , et s'embarqua avec elles pour l'Angleterre ' . On fut presque effrayé eu le voyant arriver avec cette grande armée, que l'on craignait ne pouvoir nourrir °. Des

■ Order. Vital, liv. 7. — Annal. Waverley.f ad ann. 1085. — Florent. Wigorn. Chi'on.

^ « Mirum videbatur quomodo terra ista eos pascere poterat. » Annal. Waveti.

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ordres furent adressés aux comtes, vicomtes, évéques et abbés, pour qu'ils eussent à pourvoir à l'entretien des soldats étrangers *. La première opération de Guillaume fut de dévaster toute la côte de l'est où devaient débarquer les Danois , et d'en faire un désert. Cette cruelle résolution anéantit des villes et des villages florissans, et causa le malheur d'une population nombreuse, d'origine Scandinave, et obligée de chercher sa subsistance dans d'autres parties de l'Angleterre. Ces ravages furent en pure perte , et ne pesèrent que sur l'Angleterre^ car le roi Canut ayant été tué pendant une sédition qui avait éclaté dans son camp , ses troupes se dispersèrent , et l'expédition n'eut point lieu : aussi Guillaume , sur cette nouvelle , licencia les troupes qu'il avait amenées. Cependant la misère se fit cruellement sentir en Angleterre : des épidémies attaquaient les habitans , et la faim achevait de les faire mourir. Tandis que la population indigène languissait, les Normands voyaient avec indifférence ces maux, et ne songeaient qu'à entasser des ri-

Florent. Wigorn. Chron. ad ann 1086.

I086.''— ACHÈVEMENT DU GRAND TERRIER. l4S

çhesses '. Une soif inaltérable de l'or s'était emparée des conquérans; Guillaume donnait l'exem-^ pie de l'avidité; l'oppression n'avait pas encore été aussi dure, aussi odieuse qu'elle le fut vingt 9ns après la conquête. Les vassaux normands euxmêmes ne furent pas exemptés des vexations , car Guillaume avait imposé des tributs sur leurs terres j ils s'en dédommagèrent sur leurs gens , pour la plupart Anglo-Saxons d'origine.

Au mois d'août 1086 le grand livre des pro-priétés et des redevances d'Angleterre fut enfin achevé et mis sous les yeux du roi et de sa cour à Salisburj, où se rendirent, au mois d'août, tous ceux qui, en Angleterre, relevaient du roi, et lui devaient hommage lige , et le service personnel '. Le grand rôle contenait leurs possessions, leurs obligations, leurs droits; il énumérait tout ce que la conquête avait donné aux Normands, tout ce qu'elle avait laissé aux habitans; il rappe-^lait l'état du pays du temps du roi Edouard , qui était pour les conquérans le point de départ pour

' « Rex autem el penc omnes capitales liomines raldc et iiimium cupiditate auii et argenli repletieriint, ncc curabant quQmotlo illud acquirerent. » Annal. ïi^aveil, , ad atin. 1087.

» Ibul.

l4^ DÉTAILS

exiger des redevances et des services usités; livre curieux et important , qui mieux que tous les récits fait connaître l'état de l'Angleterre à cette époque , et constate les spoliations et les oppressions exercées non seulement par les Normands , mais aussi par leurs devanciers , les Anglo- Saxons ; car ceux-ci avaient donné l'exemple de toutes les injustices que les Normands exercèrent dans la suite sur eux, comme si la justice divine se servait des uns pour punir les autres.

Un seul passage de ce livre de recensement fera voir quelles étaient les anciennes et les nouvelles vexations , les exigences des nouveaux maîtres et des anciens. Cepajssage concerne la ville de Hereford. Cette ville, est-il dit dans le grand rôle, contenait du temps du roi Edouard cent trois hommes demeurant, soit en dedans, soit en dehors des murs. Maintenant la ville est du domaine du roi; les bourgeois anglais qui s'y trouvent conservent leurs anciennes coutumes ; quant aux bourgeois français, ils peuvent acquitter par douze deniers toutes les amendes, excepté pour les crimes. Toute masure entière, en dedans de la ville , payait annuellement sept deniers et une obole ; elle donnait de plus quatre deniers pour

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