DISPOSITIONS
Voyant que le roi ne pensait point aux chefs anglais et normands qu'il avait fait enfermei^, les clercs-médecins et les Courtisans l'en firent souvenir, en lui demandant ses ordres. Guillaume convint d'avoir détenu injustement Morcar, le chef ani^lo-saxon ; mais, ajouta-t-il, (f il a fallu le détenir dans la crainte qu'il ne tramât des complots. J'en ai mis rarement d'autres en prison ; quelques uns doivent ce sort à leur opiniâtreté. » Pour trouver miséricorde auprès de son juge suprême , il consentit à ce qu'on ouvrît leurs prisons. Dans ce om^bre était Wulnoth , le frère du roi Harold, qui lors de la bataille d'Hastings était encore enfant , et qui depuis ce temps expiait dans la captivité la proche parenté du roi détrôné '. On demanda au roi s'il ne faisait pas grâce à son frère Eudes , l'évéque. Je m'étonne , répondit-il , que l'on demande la grâce de ce méchant homme, l'oppresseur du peuple, et le dévastateur des monastères. On insista; Guillaume répliqua que l'on s'en repentirait, parce que cet homme porterait encore le trouble par-
' « Quem a pueritia tenuerat. in custodia. » Florent. Wigorn. Chron-, ad ann. 1087.
l60 1087. MORT DE GUILLAUME,
tout. Cependant il permit enfin qu'on le relâchât j| mais à l'égard de Roger, qui s'était montré, dans la prison même, plein d'animosité contre le roi, Guillaume mourant ne voulut pas qu'on le remît en liberté.'
Les forces du roi baissèrent de plus en plus ; cependant la nuit du 9 au 10 septem.bre avait été très calme : le matin, ayant entendu sonner à la cathédrale, il leva ses mains etsesyeux, et se recommanda à l'intercession de la sainte Vierge ; puis il rendit inopinément le dernier soupir, au grand étonnem.ent des médecins-clercs, qui s'enfuirent aussi-» tôt.'
Quand sa mort fut connue à Rouen, la frayeur saisit les habitans > dans l'incertitude de ce qui allait arriver, et probablement dans la crainte d'une anarchie totale, chacun courut mettre en sûreté ce qu'il avait de précieux. Le prieuré de Saint-Gervais offrit bientôt l'aspect d'un abandon complet. Les deux fils de Guillaume avaient couru' h leur héritage, sans s'embarrasser de leur père
» Orjler. Vital, 7.
» Ibid. — Wace , Roman ilç Roii.
DÉPART DE GUILLAUME- LE-ROUX. l6l
mourant. Guillaume-le-Roux apprit la nouvelle de sa mort au moment où il allait s'embarquer au port de Wissantpour l'Angleterre; elle n'eut d'autre effet sur lui que de faire hâter son départ. Henri s'en était allé avec son trésor; aucun parent n'avait fermé les jeux de ce despote qui avait fait verser tant de larmes et de sang; les courtisans avaient disparu aussi; les serviteurs se sauvaient avec les hardes, les armes et les autres effets de leur maître défunt', dont le corps gisait abandonné, sans que personne ordonnât des obsèques. Ce qui a provoqué les réflexions suivantes de la part du clerc qui a écrit la relation de la mort de Guillaume : « Qu'est-ce donc que la grandeur dans ce monde? Comme elle est vaine et fugitive! Semblable aux gouttes de la pluie , elle disparaît après n'avoir brillé qu'un moment. Voyez ce puissant monarque qui naguère avait cent mille cavaliers autom" de lui pour sa défense, et qui était redouté de tant de nations; voilà son corps couché sur
' « Cernite, precor, omnes, qualisest mundana fides 1 Unusquisque quod potuit de apparatu regio ut milvus râpait , et confestim cum praeda sua aufugit. » Fragment, de Gulielmo. — Order. Vital, lib. 1. — Roman de Rou, n.