DE ROCHESTER
part forcé était un gain pour le royaume ; mais quand Eudes ajouta la demande que les assiégés ne fussent pas condamnés à entendre, au moment de leur sortie de la place , les sons triomphans des trompettes guerrières, le roi rejeta cette prière avec une nouvelle indignation. Ce fut donc en présence des Anglo-Saxons et au bruit des instrumens de guerre du camp royal, que l'évéque Eudes et ses complices défilèrent afin de s'embarquer pour le continent. Quelle vive satisfaction pour les Anglo-Saxons de voir passer ce prélat hautain qui avait été leur plus impitoyable oppresseur, abandonner l'Angleterre en coupable fugitif! u Le voilà, cet indigne prélat qui a fait périr des milliers d'Anglais , s'écrièrent-ils, ce fourbe, ce tyran ; ah ! pourquoi ne l'étrangle-t-on pas sur la place ^ ' » Tels furent les cris de malédiction qu'Eudes emporta en quittant pour toujours l'Angleterre.
Tous ceux qui avaient pris part à sa révolte perdirent les terres et les dignités qu'ils avaient possédées dans le royaume , et ils rentrè-
' « Torques , torques afferte , et traditorem episcopum cum suis complicibus patibulis suspendite ! » Orderic Vital , lib. 8.
igO RELACHEMENT DES MOEURS
rent dans la Nomiandie comme ils en étaient sortis en 1 066 lors de la conquête , si ce n'est qu'ils revenaient chargés de crimes , et accablés des malédictions du peuple rendu m^alheureux par leur tyrannie. Ceux-là au moins avaient reçu un châtiment éclatant, ce qui pourtant ne corrigea pas plus le fougueux évêque de Bajeux que la prison qu'il avait subie par ordre de Guillaume.
Ne pouvant plus remuer l'Angleterre, il continua sa carrière turbulente en Normandie, où le règne déplorable de son autre neveu Robert Courteheuse ne lui fournit que trop d'occasions d'intervenir dans les affaires publiques. Son expulsion de l'Angleterre ne lui fit rien perdre de l'ascendant qu'il avait eu sur ce duc insouciant; Robert dut au contraire lui tenir compte de ce que ce prélat avait souffert en résistant au frère qui , bien que puîné , avait pris la couronne d'Angleterre au préjudice de l'aîné.
11 semblait que la mort de Guillaume-le-Conquérant eût relâché tous les liens de la société en Normandie , et jamais on n'avait mieux apprécié ses grandes qualités que depuis qu'il n'était plus. En vain le faible invoquait la justice, en vain l'évêque excommuniait l'usurpateur, en vain le