LIVRE VII. — CHAPITRE V. 17S
Le premier en date est celui du P. Souhaitty', franciscain de Paris, qui h fit connaître en 1677. Mais ce religieux n'avait en vue que le plaio-chant, et même il avoue qu'il n'était « qu'un médiocre musicien v. II représentait les sons de la gamme, ut, ré, mi,Ja, sol, la, si, par les chiffres 1, 3, 3, li, 5, 6, 7. Pour lui , l'étendue des voix et des instruments ne dépassait pas quatre octaves. 11 exprimait la première par des chiffres suivis d'une virgule, la deuxième par des chiffres simples, la troisième par des chiffres suivis d'un point, et la quatrième par les mêmes chiffres suivis d'un point et virgule. Comme il ne s'intéressait qu'au plain-chant, il ne se préoccupa ni des dièses ni des bémols accidentels; pour exprimer la valeur des notes, il plaça sous les chiffres les lettres a, b, c, d, e,f, g, h. Quant aux décompositions de mesures, il n'en parla pas.
Au siècle dernier, J.-J. Rousseau reprit le système du P. Souhaitty, qu'il développa dans sa Disêertation mr la musique moderne, publiée à Paris en 1 768. Il proposait aussi de substituer aux noms des sept notes de la gamme les chiffres .1, a, 3, 6, 5, 6, 7; mais, par la nécessité où il était de les modiBer pour distinguer les octaves, il se produisait une telle multiplicité de dièses, de bémols accidentels, de changements dans les durées, etc., qu'il était forcé d'employer un plus grand nombre de signes que dans la notation ordinaire. Du reste, Rousseau finit par reconnaître les défauts de son système après avoir discuté avec Rameau. Il l'avoue dans ses Confessions: <r J'eus lieu, dit-il, de remarquer en cette occasion combien, même avec un esprit borné, la connaissance unique mais profonde de la chose est préférable, pour en bien juger, à toutes les lumières que donne la culture des sciences, lorsqu'on n'y a pas joint l'étude particulière de celle dont il s'agit, d II n'est pas un réformateur qui, pour appuyer ses critiques, n'ait eu recours à J.-J. Rousseau. Ils citent, de son Dictionnaire de musique, les articles sur les clef», modes, tonalités, etc., mais pas un n'a fait mention de ce passage des Confessions, qui culbute de fond en comble tout ce qu'il avait avancé.
En 179a, Rohieder, prédicateur à Friediand (Poméranie), écrivit un ouvrage^ dans lequel il présentait une nouvelle disposition pour le clavier du piano, où les touches blanches et noires étaient rangées alternativement sur un même niveau, dans toute son étendue. 11 proposait également une nou-
' D'après M. Douen [Clément Marot al le Ptautier huguenot, L II, p. 366 et 367), le P. Souhaitty ne serait pas le premier qui ait peusë à substituer des chilTres aux notes de musique. M. Douen affirme que celte Dotation fut réalisée d'abord daas les premiers recueils de chants prolestanls. ffCelIe découverte, dit-il, applicable seulement à la musique vocale, est due à un savant grammairien français, mort en i56i, Pierre Davontès, ou Antetignanut, ami intime de Caivrn. Le P. Souhaitty. J.-J. Rousseau et Pierre Galin n'ont fait que reprendre, peut-être sans le savoir, un système pratiqua dans l'église réforme depuis 1660. n
' Erlekhtenmg det Kiamertpitlen vermôge etner neven Einrichtmg der Klmtalw md eineg neuen JVolnuyK«m«. Kœnigsberg, 1799.
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velle notation appropriée à ce clavier. Cette idée, qui 6t un certain bruit au moment ofi sou auteur la lança dans le public, fut reprise trente-sept ans plus tard par Charles Lemme, facteur de pianos à Paris. Mais, comme le dit fort justement Fétis', cet innovateur ne s'était pas aperçu de l'iaconvénient qui résulte pour l'œil de celte régularité de disposition, qui empêche l'exécutant de discerner tes notes au milieu de toutes ces touches qui ne sont point distinguées par groupes, ce qui change complètement le doigté du piano ordinaire. Cette nouvelle disposition du clavier obligea Lemme à modifier considérablement le système de la musique destinée au piano. Il y conservait la différence des rondes, blanches, noires, etc., pour les valeurs des sons; mais ayant supprimé les dièses, bémols et bécarres, il ne voulut indiquer les notes que par les touches blanches et noires. Il se servit pour cela de blanches un peu plus grosses que tes blanches ordinaires, et de noires également plus fortes que les autres noires; en sorte que telle note dont ta valeur ne devait être que celle d'une noire était souvent représentée par une blanche, distinguée seulement par la dimension, tandis qu'une blanche t'était par une noire. Nous n'avons pas besoin de dire que ce système n'avait aucune chance d'être adopté; il le fut si peu, que sou insuccès causa la ruine et la mort de son auteur. Malgré son excentricité, qui saute aux yeux, ce système a été repris de nos jours en Allemagne par des musiciens qui s'intitulent néoclavialurùtes. Toutefois il n'a pas encore assez d'importance pour que nous fassions plus que de le signaler.
Dans les premières années du xviu' siècle, l'abbé DemoU de la Salle proposa de supprimer la portée et de ne faire usage que d'un seul caractère de notes, qui, par sa position verticale, horizontale, ou inclinée en divers sens, indiquait le degré d'élévation du son^. Un peu plus tard, un autre ecclésiastique, l'abbé Lacassagne, voulut réduire* toutes les clefe à une seule, c'est-àdire à la clef de sol deuxième ligne. A la même époque aussi, Delusse, professeur de flûte à Paris, fit paraître une lettre' dans laquelle il proposait de substituer aux syllabes ut, ré, mi, fa, $ol, îa, si, les voyetles a, e, i, o, u, ou, eu, et d'employer ces voyelles au lieu des notes ordinaires pour écrire le chant. Aucune de ces innovations ne fut adoptée.
En i8i3, Natorp, docteur en théologie à Essen (Westpbalie) , publia un écrit ^ dans lequel il réduisait la notation actuelle à l'emploi de chiffres pour la désignation des degrés de la gamme, en les disposant sur une ligne, en dessus ou en dessous, et les diversifiant d'une certaine manière par des grau-
' BiograpIUe tmivtrteUt des nutâeietu, s' ^t-, (. V.
' Remarque* sur la Bumiire d'écrire la mutique. Paris, 1736.
' Traité général des élémenls du chaM. Paris, 1766.
* Lettre sur une nouvelle dénominaiiim des sept degrés de la gamme. Paris, 1766.
' Aniàlung zur Untemetsimg im Singenfir Lehrer der Volkssekukn. Potsdam, i8i3.
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