‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 112 sur 147 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

renforça également les bois, les cuivres et la percussion. En même temps, la gravure de la musique devint d'une extrême facilité, et l'on put imprimer les partitions les plus compliquées dans toutes leurs parties. Désormais, il n'était plus besoin de tablatures, et l'on y renonça si bien, qu'aujourd'hui, pour les comprendre et les interpréter, il faut les étudier sérieusement et même longuement.

Le P. Mersenne cite plusieurs virtuoses de son temps qui employaient ces tablatures pour les instruments à cordes, notamment Ainbroise Colomna, qui en a publié une de son invention, en 1627, à Milan. Le seigneur Louis usait également des tablatures italienne et française, mais il se servait de préférence de chiffres, et non de lettres, pour ses chansons, ce que l'on peut voir, dit Mersenne, dans son livre imprimé chezBallard, en 1G26.

Dans le Dictionnaire des sciences et des arts1, de Lunier, nous avons remarqué que le mot tablature était encore employé, au commencement du xixc siècle, pour le doigté de plusieurs instruments à cordes pincées. Voici les paroles de l'auteur :

a Le mot tablature se dit encore aujourd'hui d'une certaine manière de noter par lettres qu'on emploie pour les instruments à cordes qui se touchent avec les doigts.

ff Comme les instruments pour lesquels on employait la tablature sont, la plupart, hors d'usage, et que pour ceux dont on joue encore on trouve la note ordinaire plus commode, la tablature est presque entièrement abandonnée; on ne s'en sert plus que pour les premières leçons des écoliers, n

Les facteurs de pianos ont conservé l'usage d'une sorte de tablature par les lettres de l'alphabet pour indiquer les séries de notes, mais c'est plutôt un moyen mécanique, pour l'accordeur, de se reconnaître dans le classement de chaque octave, qu'une notation musicale.

Ici s'arrête la période purement historique de la notation musicale, car, avec le xvur" siècle, nous voguons en pleine séméiographie moderne, dont l'étude n'est plus à faire puisqu'on la trouve dans toutes les méthodes. Nous nous bornerons donc à exposer, dans le livre suivant, certains aperçus que nous croyons nouveaux et que nous ne sachions pas avoir été donnés par aucun didacticien.

Afin de compléter notre démonstration des tablatures pour les instruments polycordes pinces, nous donnons un exemple tiré du Lute-book (livre de luth) de William Ballet2, luthiste anglais de l'époque de la reine Elisabeth (1 586) , avec sa traduction en notation moderne. C'est une chanson anglaise intitulée faeen sleevcs, mentionnée par Shakespeare dans plusieurs de ses pièces. On

' T. III, p. A09, col. 2. Paris, 1806.

' Cf. W. Chappell, Popular Music of tltc olden Time, t. II, pi. III. Londres, 1859.

remarquera que les signes placés au-dessus de la portée indiquent les valeurs de notes; quant aux barres de mesure, elles sont placées plutôt pour guider l'œil que pour partager également l'air. Le temps marqué au-dessus des lignes est le seul guide sûr pour barrer en mesure moderne. Il en est de même pour toute la musique de luth du xvie siècle.

MUSIQUE DE LUTH AU TEMPS DE LA REINE ELISABETH, TIRÉE DU LUTE-BOOK DE WILLIAM BALLET.

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