LIVRE VIL — CHAPITRE I
Cependant Glaréan (loc. cit.) nous apprend que, de son temps, les musiciens préféraient les lignes supplémentaires à la transposition résultant du changement de clefs1. Au xvinc siècle, l'écriture actuelle n'était pas plus fixée en Allemagne qu'ailleurs, car Ch.-Ph.-Em. Bach employait encore la clef d'u/ à la main droite.
L'exposition du système général que nous venons de donner nous permet de comprendre comment les artistes du siècle dernier lisaient indifféremment, et avec la même facilité, à toutes les clefs. C'est qu'ils possédaient la véritable clef du système; c'est qu'ils rapportaient tout à cette unité de système, ou plutôt à la note centrale : Yul sur la sixième ligne. Nos portées disjointes ayant rompu cette unité, le lecteur manque d'un point de repère qui puisse le fixer à chaque instant sur la position absolue que les notes occupent dans le système.
Combien y a-t-il aujourd'hui de musiciens qui sachent que, en réalité, la musique s'écrit sur onze lignes? Combien y en a-t-il qui sachent que nous n'avons qu'une clef effective : la clef <¥ul sixième ligne, les autres n'étant, pour ainsi dire, que supplémentaires? Combien y en a-t-il qui, en lisant à une clef (Yut quelconque, la rapportent instantanément à Yut du milieu du clavier, autrement dit, à Yut de la sixième ligne?
C'est précisément parce qu'ils ont ignoré ce système, qu'une foule de réformateurs, dont nous nous occupons plus loin, sont venus offrir leurs palliatifs, leurs remèdes empiriques. Nous devons insister sur ce fait : que les véritables artistes ont toujours été contraires à ces innovations injustifiées, comme si, instinctivement, ils avaient pressenti la clarté qui devait rayonner tôt ou tard sur un système en apparence compliqué et incohérent.
1 fMalunt enim vel subjicere interne, vel ailjicere superne lineam, quani transpositionem facere.»
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