LIVRE VII. — CHAPITRE V
Par l'application du même procédé, on arrivera, pour les huitièmes, au signe suivant :
Si Ton avait des dix-huitièmes, on écrirait
Et ainsi de suite. Quand il y a des valeurs mixtes réunies dans une mesure, on les écrit en suivant toujours le même mode de groupement. Voici différents types de ces subdivisions mixtes :
et ainsi de toutes les combinaisons qui peuvent se présenter.
Si l'on veut bien se reporter à ce que nous avons dit des diminutions dans notre livre VII, chapitre u, on verra que ces procédés de groupements sont empruntés à celui de notre notation usuelle. Car on trouve dans les œuvres de Mozart, pour ne citer que lui, des divisions et subdivisions tellement claires, qu'il suffisait à Galin d'y introduire systématiquement la solution de continuité des barres, pour établir sa théorie des durées.
Quant aux points et aux zéros, ils entrent dans les signes comme des chiffres ordinaires.
Les modulations se font en chiffres à l'aide de la mutation, c'est-à-dire du changement de fonction sur une note déterminée. La mutation s'indique par un double chiffre représentant la fonction quittée et la fonction prise par la note, comme 3—5, 1—6, ou par deux petits chiffres au-dessus du grand; mais les octaves n'étant pas toujours très visibles avec les petits chiffres, on est obligé de mettre une petite flèche indiquant la direction de la voix pour la
note suivante : x-\ , m y-
Nous ne croyons pas qu'il soit utile d'insister davantage; on peut, avec ce que nous venons de dire, se représenter les principes essentiels de la notation par chiffres. Cette méthode, qui se réclame des noms de J.-J. Rousseau, de Galin, de Paris, de Chevé, est évidemment la plus importante qui ait surgi à côté du système ordinaire. Certes, ses fondateurs furent des hommes d'un rare esprit pédagogique. Leurs travaux didactiques sont remarquables, et pourraient être, avec avantage, appliqués au système de notation actuelle pour la vulgarisation de la musique. Leurs exercices d'intonation sont d'une excellente gradation; il en est de même de ceux de mesure, que, les premiers, croyons-
nous, ils ont séparés des exercices d'intonation. Mais leur système notationnel n'est pas musical, n'est pas pictural; ils ont donné une trop forte part à l'intelligence au détriment du sentiment et de l'intuition, qui sont deux facteurs principaux de la musique. D'ailleurs, Galin ne s'illusionnait pas sur l'importance de la notation par chiffres, qu'il apprécie ainsi1 : « Quant à la notation par chiffres, je crois qu'elle ne répugnerait point aux musiciens vocalistes, parce qu'en peu de jours ils la liraient aussi couramment que l'autre. Mais elle répugnerait sans doute beaucoup aux joueurs d'instruments, parce que, pour la lire suffisamment vite, ils devraient l'étudier presque aussi longtemps qu'ils ont fait la première, n crNon, quoi qu'en ait dit le célèbre Jean- Jacques, la transposition n'est point facile sur les chiffres, même de la voix: l'œil a une peine extrême à voir un chiffre dans un autre; au lieu que sur les portées, à cause de la similitude de la position des notes sous les diverses clefs, la transposition est aisée quand on s'est accoutumé à ne dénommer les barreaux que par leurs intervalles respectifs. Or j'ai fait voir, par l'expérience de ma méthode, qu'il est facile de donner l'habitude de toutes les clefs en très peu de temps, n
Ce système serait assez simple et assez clair pour les voix et les instruments solinotes, si la musique moderne n'offrait pas tant de modulations et de changements de tons; car, dans ces cas, il faut donner un caractère de tonique au chiffre affecté du dièse ou du bémol, et cela ramène au système que cette école appelle absolu; il faut renoncer au principe fondamental de Y école réformatrice, qui veut toujours le même signe pour la même fonction, ou avoir recours à ce qu'elle nomme mutations, et, pour nous, ces mutations ne sont autre chose que les muances du moyen âge. En voici la preuve :
Admettons que nous partions du ton d\tl; au bout de quelques mesures arrive une modulation en sol qui persiste pendant un certain temps; sol est donc devenu tonique. Que fait alors l'école du chiffre? Elle transforme ce sol en ut par une mutation de syllabe. Qu'après cette modulation s'en présente une autre en majeur ou en mineur, la tonique du ton majeur sera toujours dénommée ut et celle du ton mineur la. Si ce ne sont pas là des muances, qu'est-ce donc? Ces mutations font sauter la tonalité comme la raquette fait sauter le volant, sans que l'exécutant ait conscience des altitudes que lui font atteindre ces soubresauts.
Si encore la méthode Galin-Paris-Chevé appliquait son procédé de mutation à la musique écrite sur la portée, les inconvénients seraient amoindris. C'est ce qu'avait fait Rollet2 il y a un siècle. En effet, la portée a cet immense avan-
Méthode du méloplaste, p. 2 38-2 ho.
Rollet s'est systématiquement servi de ce moyen de transposition, assez généralement usité de son temps. Dans sa Méthode pour apprendre la musique (Paris, 1780), pour une leçon en mi, par exemple, il arme la clef de quatre dièses :fa, ut, sol, ré, puis, immédiatement après, il place la clef d'ut première ligne, afin qu'au lieu de chanter dans la gamme de mi, on puisse chanter dans celle d'ut,