‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 134 sur 147 · LIVRE VII. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE V

tage que le lecteur, tout en donnant le nom d'ut à chaque nouvelle tonique, ne perd pas de vue son point de départ. Il sait continuellement y rattacher la tonalité dans laquelle il passe; il connaît sa hauteur par rapport au clavier; bref, il voit, il sait d'où il vient, où il est, où il va; tandis qu'avec les mutations appliquées au chiffre, il est lancé dans l'inconnu sans point d'appui ni point de repère; il ressemble à l'aéronaute cramponné aux cordages de son aérostat, balancé dans l'espace, sans orientation aucune. Encore, avec le baromètre, l'aéronaute peut-il au moins savoir à quelle hauteur il se trouve; avec le système du chiffre appliqué aux modulations, le lecteur n'a même pas cette ressource. Ajoutons encore qu'avec les chiffres, l'unité harmonique des différentes parties fait défaut en ce qu'elle échappe à l'œil, qui ne peut suivre que la marche d'une de ces parties. C'est aussi ce que l'on peut reprocher à la méthode d'harmonie de Chevé, dans laquelle la succession des accords est uniquement régie par les mouvements obliques, contraires, parallèles, etc., que les parties font entre elles sans que le dessin en soit visible, et non par les lois d'attraction et de résolution qui gouvernent l'enchaînement de nos accords.

A notre avis, la méthode Galin-Paris-Chevé, qui ne doit pas avoir la prétention de se substituer à notre système notationnel, peut cependant lui apporter un utile appoint pour la vulgarisation de la musique. Enseignée dans les classes élémentaires, elle produirait de grands résultats, et faciliterait l'initiation des enfants à notre système d'une manière aussi rationnelle que fructueuse.

Un disciple, un adepte de Galin, auquel celui-ci confia quelquefois la direction de ses cours, Edouard Jue, tenta de son côté, vers 182/1, une réforme dans la notation musicale. Ancien élève du Conservatoire, où il étudia de 1808 à 1811, il n'eut point de peine à comprendre le désavantage de la notation par les chiffres; il modifia donc le système de Galin, dont il conserva le méloplaste pour la transposition , mais y appliqua une notation de son invention , à laquelle il donna le nom de monogammique , parce que, dit-il, elle réduit toutes les gammes à une seule1. Acceptant la portée avec presque tous nos carac-

ce qui permet d'éviter l'emploi d'aucun dièse et de conserver les monosyllabes de la gamme d'ut en chantant dans tous les tons. — Nous avons eu sous les yeux un recueil de psaumes du culte protestant, du xvne siècle, ayant appartenu au pasteur Montandon, dans lequel ce système de transposition se trouve déjà usité. Nous ferons remarquer, en outre, que dans les recueils de chants adoptés dans les écoles des cantons protestants de la Suisse, cette notation transpositive s'est conservée. Ainsi, un chant en ré (clef de sol deuxième ligne) porte, immédiatement après l'armature des deux dièses, une clef d'ut quatrième ligne, sans aucun signe d'altération, pour indiquer qu'on doit chanter en ut, tout en restant dans le ton de ré, c'est-à-dire que l'on nommera ut le ré du diapason, et (pie l'on procédera de même pour les autres notes.

1 La musique apprise sans maître, in-8°, 2P édit. Paris, 1 838.

tères séméiographiques, Jue se contentait de remplacer les notes par des signes dune forme particulière, dont voici la reproduction :

Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si. Ut. Ré. etc.

ce Noms des notes, dit-il dans son introduction, propriétés hiérarchiques des sons, clefs diverses, modulations, accords, tout est écrit comme avec des couleurs dans la forme individuelle de nos signes; avantage bien remarquable que n'a offert aucun autre système jusqu'à ce jour. « Mais il ajoute plus loin qu'il faut toujours en revenir à la notation actuelle, et ce n'est que pour y arriver plus facilement qu'il a donné une forme particulière à ses signes de notes. A quoi bon alors perdre du temps à apprendre ce qui devra être oublié, et donner un double travail aux élèves? Pourquoi présenter comme vrai aujourd'hui ce qu'il faudra réduire demain à l'état de fiction?

Malgré cette vérité qui saute aux yeux, les cours de musique de Jue furent très fréquentés pendant une vingtaine d'années, et lui firent gagner, dit-on, beaucoup d'argent. Il se rendit plus tard à Londres pour y proposer son système d'enseignement, mais il n'y obtint point de succès.

Qui connaît aujourd'hui le ?néloplaste monogammique?

Disons toutefois que Jue, qui avait pressenti le système de la portée undécacordale, n'a pas compris la haute importance de la sixième ligne, ou ligne intermédiaire des deux tronçons.

Il y a quelque vingt ans, un musicien, nommé Maurice Delcamp1, enseignait à Paris une méthode de musique inventée par lui, et dans laquelle les sept notes de la gamme étaient représentées par les figures suivantes, qu'il nommait do, ré, mi, ca, bol, la, si :

Do. Ré. Mi. Ca. Roi. La. Si.

Empruntant le système de portée du colonel Treuille de Beaulieu, que d'autres attribuent à Gh. Fourier, l'inventeur du phalanstère, il place ces notes sur une portée de trois lignes. Dans ce système , on conservait les mêmes noms aux notes se trouvant toujours sur la même espèce de ligne. Exemple :

Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si.

Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si.

Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si.

N'est pas dans la Biographie universelle des musiciens de Félis.

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