CHAPITRE V
Delcamp exprimait les dièses par les mêmes figures de notes que nous donnons plus haut, affectées d'une queue à droite se dirigeant vers le haut, et les hémols par une queue à gauche dirigée vers le bas. Il n'admettait que cinq dièses, qu'il nommait di, ri, fi, zi, li, et cinq bémols, appelés re, me, ze, le, se.
Quant aux durées, elles étaient représentées par des chiffres arabes écrits au-dessous des notes; celle valant une ronde par 32, une blanche par 16, une noire par 8, une croche par A, une double croche par 2, une triple croche par 1. Il se tait, et pour cause, sur la quadruple croche.
Le temps était représenté par 8 dans les mesures simples, et par 12 dans les mesures composées; les trois temps par 2 k, les quatre temps par 32; la moitié du temps par h , le quart par 2 et le huitième par 1 . Le silence était représenté par un chiffre barré, ainsi : -6-.
Voici un exemple de cette bizarre notation, avec sa traduction en notation habituelle :
fa
-4 — tr
Ct ■ Sj-
m r r-ri u rntjï r/i^P^r
Est-il besoin de dire que ce système inqualifiable est descendu dans la tombe en même temps que son auteur?
Nous nous contenterons de mentionner le système universel de notation d'un M. William Striby, contenu dans une méthode de piano qu'il publia à Paris en 1857. Ce système consiste à ajouter une sixième ligne aux cinq de la portée en usage, et à épaissir la quatrième, sur laquelle le réformateur place deux clefs: l'une pour les dessus, l'autre pour la basse, ainsi :
Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La.
Si. Ut.
Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si. etc.
Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si. Ut. Ré. Mi. Fa. Sol. La. Si. etc.
On voit que le but de ce système est de supprimer les clefs, et de réduire les notes de toutes les portées à une même dénomination; de faire, en un mot, une gamme universelle, les mêmes notes de la portée supérieure et de la portée inférieure étant toujours à une distance de deux octaves.
Ce système n'a pas même vécu ce que vivent les roses.
Ce n'est pas seulement en France et en Allemagne que la réforme musicale fut prêchée; les autres pays de l'Europe ne sont pas demeurés en arrière. Vers 1812, une dame anglaise, miss Glover, entreprit de remplacer par des lettres la notation usuelle, et donna le nom de Tonic-sol-fa à son système.
Partant de l'unité de mode, miss Glover représente les sept fonctions de la gamme majeure par les sept lettres d, r, m, f, s, l, t, initiales des syllabes de solmisation do, ré, mi, fa, sol, la, si. Les octaves supérieure et inférieure se distinguent à l'aide d'une virgule que l'on place à droite des lettres, en bas pour les notes graves, en haut pour les aiguës, ainsi :
Grave.
Médium.
Aigu.
Les dièses se représentent par l'addition d'un e à la lettre, et les bémols par l'addition d'un a.
Dièses : de, re, me, Je, se, le, le. Bémols : da, ra, ma, fa, sa, la, ta.
Le ton absolu dans lequel on doit chanter s'indique au commencement par une des lettres de l'ancien alphabet : ut, G; ré, D; mi, E;/a, F; sol, G; la, A; si, B; que l'on fait suivre d'un # ou d'un b s'il y a lieu. Quant aux changements de ton, on les indique par une double lettre; à gauche, une petite lettre désigne la fonction de la note dans l'ancien ton, et à droite une grande lettre désigne sa fonction dans le nouveau ton. Exemple :
sd'
db
sm
Les mesures sont séparées par une barre ( | ) et les temps par deux points (:); les mesures à quatre temps sont coupées en deux par une barre un peu plus courte. Les prolongations sont représentées par de petits traits horizontaux (-) et le silence par un espace vide. Les temps se divisent en moitiés à l'aide d'un point (•), les moitiés se subdivisent en quarts par une virgule (•>); quant aux huitièmes, on se contente d'écrire les signes des deux huitièmes formant un même quart. Le système ne permet pas d'écrire au delà des huitièmes, et cela seul suffirait pour le condamner. Disons encore que les mutations existent aussi dans ce système de notation, comme on s'en rendra compte par l'exemple suivant :
Clef E b
ClefBb
ÉÉ