‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 33 sur 147 · LIVRE II. — CHAPITRE II. Al · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II. Al

péremptoire pour soutenir que les neumes n'étaient ni connus ni en usage en Europe avant cette époque"? Oserait-on affirmer que l'on ne retrouvera plus de documents datant des premiers siècles de notre ère, qui pourraient renverser l'opinion que nous discutons? Poser la question, c'est la résoudre.

Sous les empereurs romains, le peuple cultiva beaucoup la musique. Ne sait-on pas que Néron se faisait gloire de son talent musical et qu'il recherchait avidement les applaudissements de la foule? L'installation à Byzance du siège de l'empire, après le triomphe définitif du christianisme et l'anéantissement du paganisme, attira dans cette ville de nombreux savants grecs et romains, lesquels peuvent fort bien y avoir fait connaître les signes neumatiques, la nota romana, qui fut adoptée en principe par les églises orientales pour la notation de leurs chants liturgiques. Aucun document, il est vrai, ne vient appuyer ce que nous avançons ici ; mais ceux qui ont soutenu le contraire n'en ont pas davantage à invoquer; comme nous, ils raisonnent par voie d'induction, et leurs hypothèses n'ont pas de bases plus solides que les nôtres. A quoi bon, d'ailleurs, chercher des origines que rien ne justifie ni n'explique? La notation d'un système de musique ne doit-elle pas être en rapport d'origine avec ce système? Est-il raisonnable de supposer qu'un système musical d'origine occidentale a pu être lié à un système de notation d'origine orientale ou septentrionale ? Nous ne le pensons pas.

Nous pouvons maintenant aborder l'étude de cette notation, qui a donné tant de tablature (sans jeu de mots) à ceux qui s'en sont occupés, et dont la compréhension n'est pas plus facile aujourd'hui qu'autrefois.

crLa traduction des neumes en notation moderne, 11 dit Coussemaker, oiïïe crdes difficultés telles, qu'on aura toujours la plus grande peine à les résoudre d'une manière complètement satisfaisante L. d

■ Langue mystérieuse,^ dit à son tour Fétis2, ce objet d'effroi pour tous ceux ni ont essayé de se livrer à son étude. n

ce Très inférieure, dit-il encore3, aux notations des églises grecque, arménienne et abyssinienne, dans lesquelles le ton de l'antienne ou de l'hymne est toujours indiqué par un signe, et dont les caractères acquièrent, par ce moyen, des significations déterminées, la notation neumatique ne peut, par aucun moyen qui lui appartienne, faire connaître au chantre le point de départ ou la tonique, d'où doit dépendre la signification de toutes les figures de neumes. Si, du moins, les signes étaient toujours rangés avec ordre à des degrés proportionnels aux divers intervalles compris dans la gamme, on aurait pu, par de certaines considérations de relations tonales, deviner le mode, et dès lors

Hucbald, moine de Saint- Arnaud, et ses traités de musique. Douai, 18/11 , in-8". Résumé philosophique de l'histoire de la musique, dans le premier volume de la Biographie universelle des musiciens, 1" édition, p. 1 65. Hist. géner. de la mus., t. IV, p. 20G.

la lecture du chant fût devenue possible ; mais le travail des copistes était fait souvent avec négligence, car, dans la plupart des manuscrits, les hauteurs relatives des signes manquent de précision et les formes ne sont rien moins que correctes, n

C'est à cet illustre musicologue, c'est à Fétis que revient l'honneur d'avoir ravivé et remis au jour, il y a plus d'un demi-siècle, l'importante question des notations anciennes, si intéressantes pour l'histoire de la musique. S'il ne l'a pas résolue au gré de tous, il a, du moins, donné le branle au mouvement fécond qui a produit les travaux de MM. Kiesewetter, Danjou, INisard, Goussemaker, Raillard, Tardif, etc., que nous mettrons à contribution pour expliquer, si faire se peut, ce que fut cette notation.

Page 1