CHAPITRE PREMIER
NOTATION NEUMATIQUE.
Neuma, dans la basse latinité, signifie émission de voix, ce qui porte à croire que le signe musical ainsi dénommé représentait un groupe de sons qui devait se chanter d'une seule respiration. Jean Hotby, musicien anglais du xivc siècle1, dit que n- le neume est un ensemble formé d'autant de notes que la voix peut facilement produire de sons d'un seul souffle, n Les neumes étaient donc une manière abrégée de représenter les sons musicaux, en un mot, une séméiographie cursive, ou plutôt une sténographie. Guido d'Arezzo, dans le prologue rythmique de son antiphonaire [regulœ rylhmicœ), le confirme par ces vers :
Causa vero breviandi neuraœ soient fieri, Quœ si curiose fiant, habentur pro litteris, etc.
Ce sont des caractères hiéroglyphiques que l'on rencontre dans une foule de manuscrits, à partir du vinc jusqu'au xme siècle. Par leurs positions, ils devaient rendre sensible au chanteur le degré du son, et, par leurs formes, lui indiquer le mouvement vers le grave ou vers l'aigu. Depuis le vme siècle jusqu'à la fin du xuc, les neumes ont été la notation exclusive de toute l'Europe, aussi bien pour la musique profane que pour les chants de l'Eglise. Nous avons le regret de ne pas penser comme M. Gevaert (loc. cit.), ni comme le P. Anselme Schubiger'2, que, rt contrairement à l'écriture neumatique essentiellement vocale et ecclésiastique, la notation alphabétique ait été imaginée pour la musique profane et instrumentale -n. Par contre, nous abondons dans le sens du Rév. P. dom Joseph Pothier, bénédictin de l'abbaye de Solesmes3, qui dit que «la notation alphabétique est proprement et exclusivement didactique. •>■> Elle n'a pas été créée pour remplacer les neumes, pas plus que les neumes n'ont été inventés pour lui être substitués ; ce sont deux manières différentes de traduire les sons musicaux, qui ont existé simultanément, cha-
' Il est amplement question de cet auteur au livre V, chap. n.
Spicilcgicn, 1876. Le P. Schubiger manque dans la Biographie universelle des musiciens , de Fétis. 1 Les mélodies grégoriennes d'après la tradition. Tournay, 1880, in-b".
cune avec son caractère propre et son but spécial ; elles ont pu utilement se compléter l'une par l'autre. La méthode de notation par les sept ou quinze premières lettres de l'alphabet est une véritable notation chiffrée, principalement propre aux ouvrages didactiques. Et de fait, nous ne voyons pas que l'on en ait fait usage autrement que dans les écoles et pour les écoles.
Les neumes, au moins pendant deux ou trois siècles, ont servi aux deux oenres de musique, et nous l'affirmons avec d'autant plus de certitude qu'il existe encore des chansons de cette époque notées en neumes, ainsi que nous le ferons voir plus loin. Les neumes se sont implantés en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, et il est facile de voir qu'ils proviennent tous de la même source. Pendant leur existence de cinq siècles, ils se sont modifiés, et ont, comme toute chose en ce monde, subi des transformations successives.
L'élément principal, celui qui sert de base à tout le système des anciens neumes musicaux, est le point. Un autre élément, presque aussi essentiel, Y accent, lui fut ajouté : l'aigu pour marquer l'élévation de la voix, ou Xarsis, et le grave pour en marquer l'abaissement, ou thésis. Le circonflexe, accent composite, formé du grave et de l'aigu, en devint le complément naturel; mais c'est le point qui fut l'élément générateur par excellence de la notation, la note, en un mot. De lui a été formé le mot contrepoint, simple contraction de punctum contra punctam. Bref, c'est le prototype des notes dont nous nous servons actuellement. Le chapitre xiv de la Musica disciplina, d'Aurélien de Iîéomé1, est d'une haute importance pour démontrer que les accents ont été les générateurs des neumes. Dans l'introduction de ce chapitre, où il traite de la manière d'interpréter le chant du Gloria patri, il ne se sert que des expressions d'accent grave, aigu et circonflexe (gravis et acutus accentus et circumjlcxio) .
La définition du point a été nettement exprimée dans un manuscrit du xic siècle, cité par Th. Nisard2, où l'on trouve ces mots : cr Que sont les neumes ? Les neumes sont des points. Combien de points font un neume? Deux, ou trois, ou cinq, etc.3. n N'omettons pas une remarque essentielle: c'est que, chez les auteurs médiévistes, neume a une double signification. Comme signe de notation, ce mot a été le plus souvent employé au masculin pluriel; s'il devait signifier la récapitulation du ton des antiennes, ou I'euaoue, on le mettait au féminin singulier.
Les neumes musicaux, dont la signification individuelle paraît être connue, mais non la signification relative entre eux, sont formés de signes représentant des sons isolés, et par conséquent simples, et de signes représentant des groupes
Voir ce nom au livre III, chap. ni.
dotations du moyen âge, dans la Revue archéologique , (/ année, p. 379.
Quid est neoma? Neomu sunt puncti. — Quanti puncli facinnl imam neomamf Duo vel très, quiwjite, etc.