LIVRE [II. — CHAPITRE I
aux siècles qui virent le royaume lombard, et est analogue à l'écriture que l'on a appelée latino-lombarde, t
Doin Joseph Pothier confirme en quelque sorte cette opinion1. L'Allemagne, selon lui, fut le pays privilégié du caractère gothique, qui y subsiste encore aujourd'hui; les neumes y furent écrits avec plus de rigueur, plus de logique et de ténacité que partout ailleurs, selon tous les principes de ce genre d'écriture. En France et en Italie, les livres du moyen âge sont aussi écrits en lettres gothiques, mais généralement avec plus de souplesse et de liberté; et en ce qui concerne les neumes, nous devons remarquer une différence dans la manière dont la plume est posée pour les tracer. En France et en Italie, comme en Allemagne, la plume a le bec élargi; mais en Allemagne, le bec de la plume a sa largeur posée obliquement, tandis qu'en France et en Italie, il demeure dans la position verticale, ce qui donne de l'épaisseur aux traits horizontaux et un délié assez lin aux traits verticaux.
Au xme siècle, les répons, offertoires et communions furent simplifiés dans le chant, et leurs longs passages, vocalises sur une seule syllabe, considérablement raccourcis. Il s'ensuivit qu'une partie notable des neumes précédents disparut de la notation, et on les oublia. Donner leur interprétation et leur traduction en notes modernes n'est point chose facile. Th. Nisard et l'abbé Raillard, qui ont longuement étudié cette question, prétendent que l'interprétation des neumes tr ne présente aucune difficulté r ; mais nous devons dire que, selon nous au moins, ces auteurs ne nous en ont pas facilité la tâche, comme ils paraissent le croire. Th. Nisard, nous ne savons pourquoi, n'a pas achevé le travail qu'il avait commencé sur ce sujet2, et le traité de l'abbé Raillard3 est trop peu clair pour une étude aussi compliquée. L'explication musicale la plus satisfaisante que nous ayons trouvée sur cette matière est celle de Fétis4, que nous avons cru devoir adopter en partie.
Après avoir cité le point et la virgule, Fétis dit que deux signes de cette notation sont les indicateurs des mouvements de voix formés de deux sons, l'un ascendant et l'autre descendant. Le premier est le podatus et le second le clivis, que nous connaissons déjà. Le podatus, nommé aussi pes (pied), est une ligature de deux notes ascendantes indiquant un mouvement de voix vers un point plus élevé, comme :
Le clivis (pour inclinis), appelé aussi jlcjca, est l'inverse du podatus. Son nom
1 Les mélodies grégoriennes selon la tradition , p. 52.
! Etudes sur les anciennes notations de l'Europe, dans la Revue archéologique, l. 1\, i85-j.
Explication des neumes, ou anciens signes de notation musicale. Paris (sans date). 4 Histoire générale de la musique, t. IV, p. aafl et suie.
vient du grec xlivw et incliner, descendre*, et jlexa a la même signification. De là le terme inflexion (de voix). On le note ainsi :
Le porrectus , Yoriscus, Yancus et le loreuhis sont des neumes de trois notes en un seul signe. La signification du porreclus est celle de trois notes ascendantes, comme :
ou
ou
Lïoriscus en est l'inverse. Exemple
•UPP
OU
La première de ces trois successions de Yoriscus est plus particulièrement celle de Yancus.
Le lorculus se présente sous plusieurs aspects dont les significations sont différentes. On le traduit par
ÉËÉÉ
ou
ou
ou
Le scandicus et le climacus sont des signes de mouvements diatoniques ascendants et descendants. Leur effet est celui-ci:
HÉ
ru
Sramlicus.
Climacus.
Le strophicus représente quatre notes liées sur une seule syllabe. Exemple
Les mouvements de voix du trigonicus peuvent se traduire de la manière suivante :
ou
ou
ÉÉP
Uepiphonus, le cephalicus, le quilisma, Yancus et les deux pressus étaient les signes d'ornement de la notation neumatique.