‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 78 sur 147 · LIVRE Y. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE Y. — CHAPITRE I

principal objet de la musique mesurée. Elle exigeait, par conséquent, un autre système notationnel que les neumes.

Avec F rançon de Cologne, on voit se produire la notation noire ou carrée, dont l'origine ne peut être fixée avec certitude, mais qui doit avoir vu le jour beaucoup plus tôt que le xie siècle. L'écriture de cette musique reçut différents noms : on l'appela mesurée, par opposition à la musique plane, unie, qui garde toujours la même mesure dans les sons; on la nomma aussi mesurable, carrée, proportionnelle , figurée , d'après le point de vue sous lequel on la considérait. S'il s'agissait de rappeler les cr inextricables proportions1 sur lesquelles les différentes mesures musicales étaient alors fondées*, on la disait proportionnelle ; s'occupait-on de la mesure en elle-même, c'était alors la musique ou la notation mesurable ou mesurée; voulait-on exprimer la figure même des notes, on l'appelaity^wrec, car les caractères que nous nommons notes étaient t\its figures au xnc siècle. crLa figure, dit Jean de Mûris'2, est la représentation de la voix réglée dans l'un des modes, r, C'est de cette musique que traite Francon dans son Ars cantus mensurabilis 3.

Des écrivains mal informés ont attribué à Francon l'invention de cette musique; mais celui-ci n'a jamais eu la moindre prétention à cet égard; il mentionne, au contraire, les auteurs qui ont parlé avant lui de la musique mesurée, ce qui prouve que la chose n'était pas nouvelle de son temps, ce Nous nous proposons, dit-il dans son prologue, de traiter en abrégé de cette musique mesurable, ne nous refusant pas d'intercaler ce que d'autres ont dit de bon, ni d'éditer et de corriger leurs erreurs, et si quelque chose de nouveau a été inventé par nous, nous le soutiendrons et le prouverons par de bonnes raisons. r>

C'est en définitive à l'époque de Francon, c'est-à-dire au xie siècle, qu'il faut faire remonter la première apparition de la musique mesurée et de la notation noire, si l'on veut leur donner une date précise. Cette période se divise en ars antiqua et en ars nova. Les règles de Xars antiqua sont expliquées dans Y Ars cantus mensurabilis et dans les traités de musique de Walter Odington, d'Aristote4, de Jean de Garlande, de Jérôme de Moravie et de quelques autres. Celles de Y ars nova se voient dans les écrits de Marchelto de Padoue, de Philippe de Vitry, de Tunsted, etc. Nous parlerons plus loin de ces auteurs.

Il est donc manifeste que, dès le xnc siècle, la notation dite carrée commença de supplanter la notation neumatique, complètement disparue à la fin du

' Th. Nisard, Revue de musique ancienne et moderne, i'° année. Paris, i856. 3 rr Figura est repraesenlatio vocis in aliquo modorum ordinatœ.»

3 Manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris vii° 7360, ancien fonds.

4 Pseudonyme d'un habile didacticien du xnc siècle, dont on n'est pas parvenu à découvrir l'identité. Son traité intitulé : Musica quadrata seu mensuruta, se trouve à la Bibliothèque nationale, n° 1 1 3G , supplément latin.

xive siècle1. Le point fut traduit de deux manières : par une note carrée et par une note en forme de losange. La note carrée à queue ( ^) exprima la longue; la note carrée sans queue ( ■) exprima la brève, et la note losange (♦) h semibrève. Il y eut aussi plus tard la longue double (duplex longa), qui valait deux

longues ("H), ma*s q^ mt Peu empl°yée.

La note carrée (nota quadriquarta, quadrata) est un simple dérivé des neumes. Celte transformation s'est opérée peu à peu, successivement, et non comme une nouveauté subite ou particulière. Cela confirme le précepte : Natura non facit saltum. C'est ce que constate Walter Odington2, quand il dit: «Morosa longa vocatur, quœ prius virga dicitur nota, scilicet quadrata cum tractu a parte dextra, sic ("|). Velox vero vocatur brevis, quae prius dicitur punclus, figura scilicet quadrata, sic (■)•" A l'origine, au moins pour le plain-chant, ces deux signes n'eurent point de valeur rythmique différente.

Voici un exemple de cette notation en brèves et en semi-brèves; c'est la reproduction d'une chanson du sire de Coucy (1 19*2) :

Quant li Pios - si - gnol

jolis

chante

seur

la

flor

d'É - té

que naist

la Rose et le

Lys et

la

rousé

et

vert pré ; plains de x ■ ♦ -

ri

bon - ne vo - lounlé

cbanterai ♦ ♦ -

confins

a - mis

mais disant

suis

es - bahis

que

j,;ii

si

très

haut pensé

qu'à paines est accompli

lis

ser- vices dont. j'ai— e

gré.

TRADUCTION

^irfirf/ir:cjirirrji

fe

gj <ffl~

" ■BhSBoaoïmi

1 Tevo, Musico lestore. Dell' invenzionc délie figure musicali. Venise, 1706.

2 De speculatione musicœ, VI. Dans Coussemaker, Scriplores de musica mc.Ui cevi, h vol. Paris, 1866-1876; revision et continuation des Scriplores de Gerbert, t. I, p. 20.

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