NOTATION BLANCHE
Dès les premières années du xivc siècle, la notation blanche commence à se montrer, et à sa suite arrivent toutes les innovations séméiographiques qui concourront à la naissance de notre notation. On serait presque en droit de l'appeler aussi notation française, car les principaux auteurs qui en ont parlé et les compositeurs illustres qui l'ont adoptée et propagée, furent des Français ou des Gallo-Belges.
Jean de Mûris ou de Meurs, né en Normandie [Normannus, comme il se qualifie), fut docteur et professeur en Sorbonne à Paris, et vécut, à ce que l'on croit, de t3oo à 1370. C'est, à juste titre, le plus célèbre musicographe du xivc siècle. Son Speculwn musicœ, dont la Bibliothèque nationale possède deux superbes manuscrits1, les seuls connus, est le plus considérable de ses ouvrages, qui se composent de deux livres de musica pralica , d'un livre sur la musique spéculative, d un petit traité de la musique mesurée, et d'un autre du contrepoint et du chant sur le livre, intitulé Ars discanlus. Dans le dernier chapitre du Spéculum musicœ, il disserte sur la musique figurée, sur son système et sur le déchant. Il y parle de la manière adoptée par certains musiciens d'écrire à Xencre rouge les notes dont ils voulaient modifier la valeur, mais il ajoute rc qu'elle n'était en usage que pour les élégies et les rondeaux'2 t. Marchetto de Padoue l'avait déjà dit avant lui, mais Guillaume de Machault est le premier compositeur du xive siècle chez lequel on rencontre le mélange de notes noires avec des notes rouges (yiotulœ rubrœ), lesquelles marquaient X imperfection. 11 le dit positivement dans l'introduction de sa messe à quatre voix3, que l'on croit avoir été chantée, en i36/i, au sacre de Charles V, dit le Sage: crLes noires sont parfaites, les rouges sont imparfaites4. r> Ce qui revient à dire que les notes imparfaites perdaient le tiers de leur valeur.
On conçoit sans peine que l'obligation où étaient les compositeurs et les copistes de se servir de deux encres différentes, devait rendre l'écriture musicale fort incommode, et l'on dut chercher à s'atïranchir d'une si gênante sujétion. De là vient que, pour n'employer qu'une seule sorte d'encre, on remplaça les notes noires ou pleines par des notes blanches ou vides {nolulœ vacuœ, albœ,
' N°5 7027 et 7207.
! a Nolulœ rubrœ aliquando ponuntur in elegiis et rondellis, hue et illuc ut ad invicem possint cum aliquis perfeclionibus computari.^
3 Manuscrit n° s5, fonds La Vallière de la Bibliothèque nationale. ' rrNigrœ sunt perfectœ, rubrœ sunt imperlectœ. »