LIVRE V. — CHAPITRE II. III
cavatœ, denigratœ). On appela aussi les noies noires notes colorées (notulœ coloraiœ). En outre, la musique mesurable faisant chaque jour de nouveaux progrès, et ses exigences croissant en proportion de l'importance qu'elle prenait, il fallut multiplier les figures de notes et écrire en notation blanche les signes musicaux qui, jusque-là, avaient été représentés en notation noire, afin qu'il fut possible de distinguer les nouvelles combinaisons de notes d'un mouvement plus vif, lesquelles furent représentées par des figures noires.
11 n'est pas sans intérêt de faire remarquer (pie cette innovation dans la musique mesurée coïncidait avec l'invention de l'imprimerie, et cette circonstance nous porte a croire que l'admirable découverte de Gutenberg n'a pas été sans exercer d'influence sur la transformation qui s'opéra dans l'écriture musicale. Ce fut dès lors également que s'établit l'expression de plain-chanl (canins pîanus) , pour caractériser le chant ecclésiastique1 et le distinguer du chant figuré, mesuré, subalterne, selon l'expression de Francon de Cologne. A la vérité, on continua d'écrire le plain-chant avec les signes et les valeurs de notes qu'indiquaient ces signes, mais on ne tint aucun compte des diverses valeurs de notes qu'ils représentaient, ce Voilà pourquoi, dit Danjou'2, on adopta le mot planus pour caractériser le chant d'église, bien qu'il fût écrit avec les mêmes signes qu'employait la musique figurée. •»
C'est donc vers le milieu du xvc siècle que l'on voit s'implanter la notation carrée blanche, dont les premiers pères furent Guillaume Dufay et Egide Binchois, chefs de file de la brillante pléiade des musiciens franco-belges du moyen âge, illustres progéniteurs de la splendide école italienne avec ses innombrables chefs-d'œuvre. Il convient aussi d'adjoindre à ces deux grands musiciens l'Ecossais Jean Dunstaple.
L'influence de Dufay et de Binchois sur les perfectionnements de la notation musicale ne saurait être mise en doute; elle est attestée par Tinctoris, Adam de Fulde, Spataro, Gaffori, tous écrivains didactiques qui vécurent à peu près à la même époque que ces deux hommes distingués. Nous en trouvons encore une preuve dans un fragment de poème français, Le Champion des dames, écrit vers i 63c) par Martin Lefranc, où on lit ces vers :
Mais oneques jour ne déchantèrent
En mélodie de tels choix
(Ce que m'ont dit ceux qui les hantèrent),
Que Guillaume Dufay et Binchois.
Car ils ont nouvelle pratique
De faire frisque concordance
En haute et basse musique,
En Feinte, en pause et en muances, etc.
Voyez ce que nous disons à ce sujet au livre III, fin du chapitre Ier, p. 58. Cf. Revue de la musique religieuse, p. 7 G. Paris, 18 '18.
Ces vers ne démontrent-ils pas avec la dernière évidence la haute renommée dont ces éminents artistes jouirent chez leurs contemporains, et l'opinion générale qui avait cours sur les améliorations introduites par eux dans la musique?
La doctrine pour régler la valeur de la brève et de sa pause fut absolument la même que celle de la notation noire ; mais la plique disparut pour faire place au point, dont nous allons parler. Donnons d'abord le tableau des valeurs de notes et de silences de la notation blanche.
Maxime.
valant 2 longues. .
U brèves. .
8 semi-brèves.
6 minimes
32 demi-minimes.
64 fusas
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Voici, comme exemple de notation blanche, un canon à deux voix, à l'unisson, du mode éolien, par Jacques Obrecht ou Hobrecht, célèbre compositeur gallobelge du xve siècle, contemporain de Dufay, ou son successeur immédiat :