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MESURE

De même que dans la musique moderne nous mettons la formule de la mesure en tête d'un morceau, de même les anciens mettaient en tête : rythme à 18 temps, à 12 temps, à 10 temps, etc.; seulement, au lieu d'employer le mot mesure, ils se servaient du terme rythme, car, sous l'empire romain, rythme était devenu synonyme de mesure, même pour la mesure simple. Là ou nous mettons des barres de mesure, les Grecs mettaient des points et des doubles points comme signes de temps fort sur la syllabe qui correspondait au commencement d'une mesure1.

Ce que nous appelons aujourd'hui mesure n'était indiqué, dans la musique du moyen âge, par aucun signe particulier : on calculait la valeur des notes par des temps répétés d'après les figures qui les représentaient. La brève, nommée aussi temps, était en quelque sorte la mesure moyenne. Ainsi, la musique des psaumes de Clément Marot, composée par Guillaume Franck (Strasbourg, i5/i5), ne contient point de barres de mesure. Plusieurs sont marqués en tête d'un § ; les notes sont groupées par rythmes séparés par un silence2.

Après qu'on eut imaginé de diviser les phrases musicales en fragments d'égale durée, séparés par des barres verticales et pouvant contenir plus ou moins d'une semi-brève, on appliqua le nom de mesure à la durée déterminée par les signes renfermés entre deux barres. D'abord on ne les plaça qu'après un certain nombre pair de mesures, tel que quatre ou huit, mais bientôt après on les posa de deux en deux, et l'on finit par en mettre à la fin de chaque mesure, qu'elle fût binaire, ternaire ou quaternaire.

Dans l'ancienne musique mesurée, où le rythme n'était démontré que par la valeur des notes, il s'élevait parfois des cas douteux, car cette valeur n'était pas constante à cause de l'ordre dans lequel des notes plus longues ou plus courtes se suivaient. Pour éviter ces cas douteux, on introduisit ce signe : +J, appelé punctum divisionis, qui avait pour effet de séparer les périodes rythmiques sans affecter la valeur des notes, et qui répondait précisément à la barre moderne, dont il fut le précurseur.

L'emploi de la barre date du commencement du xvic siècle, et paraît avoir eu plutôt pour objet principal de faciliter la lecture des compositions écrites en partition, en conservant les différentes portées exactement les unes sous les autres, que de marquer les divisions rythmiques. L'un des exemples les plus anciens de l'usage de la barre de mesure se trouve dans la Musica instrumentons d'Agricola (1629), où les exemples sont écrits sur une seule portée de

Cf. Westpbal, Elemente des musikalischen Rhythmus, p. 90. Iena, 1872.

Cf. Clément Marot et le psautier huguenot, 2 vol. in 8° publiés par M. Douen. Paris, 1879.

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