‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 98 sur 147 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

dix lignes, les autres parties étant placées les unes au-dessus des autres, sur la même portée, avec des barres tirées verticalement1. En général, on n'employa d'abord cette barre que pour la partie fondamentale, mais, dans la première moitié du xvuc siècle, l'usage se répandit de s'en servir pour toutes les voix'2.

Ce n'est guère que dans la seconde moitié du xvu° siècle (vers 1GG0) que l'on eut l'idée de tirer ces barres de mesure en mesure, pour faciliter la lecture de la musique et la division des temps. Elles sont employées déjà par Prœtorius, comme nous le confirme l'exemple cité précédemment. Jusque-là, ou avait rapporté toute la durée à celle de la semi-brève, adoptée pour unité de temps à la place de la brève, qui avait joui longtemps de cette prérogative. L'emploi de ces barres de mesure dut nécessairement contrarier celui des signes de longue durée, comme la maxime, la longue et la brève, qui, dans la plupart des cas, dépassaient les limites imposées à la mesure. Ou les laissa donc petit à petit de côté.

ce II faut faire remarquer au lecteur, dit Saint-Lambert (/oc. cit.), que les notes sont séparées, avec de petites barres, par petites portions égales qu'on appelle mesures. Ce n'est pas à dire pour cela que chaque mesure d'une pièce contienne un nombre égal de notes, mais c'est à dire que les notes d'une mesure, prises toutes ensemble, sont égales en valeur aux notes d'une autre mesure prises aussi ensemble, comme un écu est égal à deux pièces de 3o sols ou quatre pièces de i5 sols. Or, le signe qu'on met au commencement d'une pièce marque ces trois choses : combien il doit y avoir de notes dans chaque mesure, à combien de temps elle doit se battre, à quel mouvement, c'est-àdire quelle vitesse ou quelle gravité il faut donner à la pièce, n

Dans la musique moderne, l'usage des barres de mesure est devenu universel. 11 y a cependant des cas où l'irrégularité voulue du rythme exige que l'on s'en prive pendant un temps plus ou moins long. On en trouvera des exemples dans certains passages appelés cadences, qu'il faut bien se garder de confondre avec la cadence harmonique, passages qui se produisent habituellement vers la fin d'un morceau, et qui permettent au virtuose de donner un libre essor à toute la variété de son exécution et de montrer la puissance de ses moyens. Cependant, même dans ce genre de musique non barrée, il faut que la valeur des notes soit approximativement sinon absolument conservée; aussi, quand on étudie ces passages, est-il bon de les diviser par des barres imaginaires, qui ne sont pas nécessairement toutes de même grandeur, mais à l'aide desquelles la signification musicale devient plus facilement intelligible.

Nous reviendrons plus longuement sur la mesure elle-même dans notre

1 Cf. G. Grove, Dictionary of munie and musicians, t. [, p. 1 36. Londres, 1879. ' Cf. Koch, Musikalisches Lexicon, t. II, p. 1^7/4. Heidelberg, 1816. — Cf. aussi Westphal, Allgemeine Théorie der musikalischen Rhythmih, p. /10.

livre VII, chapitre 11. Nous dirons seulement ici que toute espèce de mesure porte en elle son mode d'exécution, de manière que plus la valeur des notes composant une mesure est petite, plus une composition sera exécutée avec douceur, et vice versa, plus la valeur en est grande, plus l'exécution sera énergique. En somme donc, les différentes espèces de mesures offrent au compositeur un excellent moyen pour caractériser sa composition. Il devient par là très important de choisir la mesure la plus convenable. Les anciens maîtres étaient si rigoureux sur ce point, que parfois ils écrivaient même en mesure a 16, 16, etc.

On modifia aussi la forme des notes pour pouvoir les écrire avec plus de rapidité. Le losange et le carré exigeant trop de temps pour être tracés, on choisit la forme ronde comme plus cursive, et l'on désigna les figures de notes par les noms généraux de ronde, blanche, noire, croche, double, triple et quadruple croche, qu'elles ont conservés.

Il en fut de même pour les valeurs de silence. On rejeta les pauses de quatre et de deux mesures, pour ne conserver que celle dune mesure et ses divisions, que l'on appela pause, demi-pause, soupir, demi-soupir, quart de soupir, demi-quart ou huitième de soupir, etc. Renonçant également aux prolations, ainsi qu'aux signes de perfection et d'imperfection, qui n'avaient plus de raison d'être, on dut penser à faire connaître du premier coup d'œil, par un procédé facile et expéditif, la composition de la mesure et sa qualité, en prenant la ronde de quatre temps pour unité de mesure, et la noire pour unité de temps. On y parvint au moyen d'un système aussi clair qu'ingénieux que nous expliquons dans notre livre Vil, chapitre u.

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