CHAPITRE VII
La raison a la certitude infaillible de son existence. Extravagance du doute universel. Axiome de Descartes : JE PENSE , DONC JE SUIS. Sophisme de M. de La Mennais.
De toutes les vérités, celle qui se présente la première a la pensée de l'homme est celle de sa propre existence (1). Peut-on croire que M. de La Mennais parlât sérieusement quand il a dit que pour la raison de
(1) Fénélon, Tr aitè de l'Existence de Dieu, i^. 286 et suiv. chap., intitulé Quatre premières vérités certaines .
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l'homme tout était douteux, jusqu'à son existence; et que, pour en être assuré, il fallait d'autre témoignage que celui de son être tout entier qui le lui atteste ? C'est là pourtant ce qu'il répète à chaque page, c'est là tout l'esprit de son système; et il faut après lui devenir sceptique pour ne pas tomber dans le scepticisme. Etrange logique que celle qui dirait : Prenez du poison pour éviter d'être empoisonné ! Mais que peut rechercher ou découvrir celui qui n'existe pas? Dès-lors qu'on veut penser, raisonner, croire, douter même, peut-on, sans une contradiction qui va jusqu'à Tabsurde, se demander si l'on existe réellement ? C'est là un fait si généralement Arai que l'on est forcé de le supposer! même pour le nier : aussi personne n'est-il assez fou pour le nier sérieusement. Je sens invinciblement que j'existe; et comme il est impossible de sentir ce qui n'est pas, il faut donc indubitablement que mon existence soit réelle ,
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puisque sentir n'est autre chose qu'être ou exister. Cette vérité produit en moi une conviction si parfaite qu'il m'est impossible d'en souhaiter ou mêine d'en concevoir une phis grande 5 et dès- lors je ne saurais craindre d'être trompé. D'ailleurs, s'est-on avisé jamais de chercher un critérium de vérité pour celui qui n'existerait pas? Ainsi donc, ou j'existe , et je \eux partir de là comme d'un point incontestable; ou je n'existe pas, et alors je n'ai besoin d'aucun moyen pour arriver à la certitude. Il n'y a pas de miheuj car vouloir en douter, ce serait nécessairement supposer et affirmer même que l'on n'existe pas(i).
Moi , pyrrhonien , je n'affirme ni ne nie
(1) Voyez M. Boyer, Examen du Syst. de M. de La Mennais , p. 79. «Tant que l'homme restera «homme, quelque forcené qu'il puisse être , sera-t-il «jamais assez fou pour se croire une chimère ? Non. « La nature lui défend cet excès de délire ; et il doute « si peu de son existence qu'il craint à tout moment « de la perdre, et qu'il fait tous ses efforts pour la «conserver, n M. Recevetu". [Observât. jQic.^. 53.)
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mon existence j tout ce que j'en prononce se réduit à un peut-être. Mais vous l'avez du moins ce peut-être : or, si vous n'existez pas, qu'êtes-vous? Rienj et le rien peut-il douter ? car douter , c'est être quelque chose.
Peut-être que ma vie et mon être» tout entier ne sont autre chose qu'un songe et un rêve de la nuit. Donc vous vivez et vous êtes; car le néant ne peut ni rêver ni raconter des songes (i). Vous aure^ de la joie
(1) M. Boyer, JE^/FCfweïi du Syst. philos, de M. de La M&nnais,^. 79. (1 vol. in-So, Paris, 1834. ) M. Gerbe t entreprit la défense du système de M. de La Mennais dans xin ouvrag-e publié sous le titre Des Doctrines philosophiques sur la, certitude, semé d'erreurs graves victorieusement réfutées par M. Rozaven , 1 vol. in-S", Avignon, 18-33. Il y convient que quiconque douterait s'il existe, s'il y a d'autres hommes , s'il est en rapport avec eux, s'il y a un langage, serait déclaré fou. « Et c'était là, nous dit un autre de ses disciples, la conséquence où M. de La Mennais voulait amener ses lecteurs. « (M. Lacordaire , Considér., p. 149. ) La solution donnée par lui-même à son problème a fait voir de quel coté était la folie.
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OU de la souffrance : les confondrez -vous l'une avec l'antre ? Vous avez faim ou soif : direz-vous de ce mets que vous savourez , de ce ruisseau où votre soif vient de s'étancher, qu'ils n'étaient que fantastiques? Un précipice vient tout a coup s'ouvrir sous mes pas durant la route oîi je marche ; mettrai-je un bandeau sur mes yeux , au risque de m'y précipiter? Vous persisterez à me répondre que vous doutez encore que tout soit douteux. « Non , vous dira Bayle lui- « même , vous ne pensez pas ce que vous di- « tes; votre doute ne va pas jusqu'à l'anéan- « tissement de votre raison. Ce doute même, c< s'il est sincère , est pour vous un axiome , (( un fait palpable qui ne me laisse plus contre « vous d'autre argument que de dire que l'on i( ne raisonne pas contre un cerveau dérangé « et en délire. »
Poussons plus avant avec M. de La Mennais.
« Le premier qui a dit: Je suis j a prononcé
K le plus impénétrable mystère du symbole (c des intelligences humaines. Que sais-je si « je ne suis pas un fantôme , une chimère , (( si mon existence elle-même n'est pas une (f illusion? Pour la mettre a couvert des i< surprises de mon ignorance , il aurait fallu K commencer par me faire connaître Dieu, (( principe unique de toutes les existences. K Hors de cette cause essentielle , primor- K diale de tout ce qui est, ma propre existe tence n'est plus que problématique. Tout (f ce que ma raison m'en découvre, c'est c( que je suis un être contingent, venu dans « le monde pour n'y paraître qu'un mo- « ment, et dont on pouvait bien se passer. « Or, de l'idée d'un être contingent, on ne « déduira jamais son existence actuelle ; et « tous les êtres finis ne pourraient , séparés « de la cause première qui les a faits, ac- «f quérir la certitude rationnelle de leur « existence. Demandez-le aux philosophes « et aux théologiens réunis ensemble, les
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« preuves données jusqu'ici , tant du Chris- « tianisme en général que du dogme parties culicr de l'existence de Dieu, que soutes elles? Toutes insuffisantes, incomplètes, « parce quelles portent toutes ( celle du « consentement des liommes excepté ) sur « un principe faux. Donc la supposition ar- « bitraire de mon existence, philosophie. « absurde, niaise, destructive de toute vé- « rite , et dont la solution Tient aboutir au « chaos du scepticisme (1). »
Ici l'attaque de M. de La Mennais se dirige spécialement contre Descartes, et porte la discussion sur un autre point de vue, qui toutefois ne s'écarte pas du premier.
Descartes a placé son critérium de vérité dans l'évidence. L'évidfence a fait luire a ses yeux cette proposition : Je pense ^ donc je suis; car pourrais-je penser si je n'existais pas? Un pas de plus, et c'en est assez
(']) Défense de l' Essai , p, loO , 163 et siiiv.
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pour arriver a la démonstration : donc Dieu existe. Ce pas, il l'a fait, et le fondement est inébranlable. C'était là le point d'Arcliimède ; il le saisit , et tonte l'école applaudit. Vainement on se récriera après lui comme de son vivant : k Oser se vanter « d'avoir enfin découvert la seule preuve « de l'existence de Dieu , la seule voie qui (( mène k Dieu, c'est en quelque sorte aecu- (( ser d'athéisme le genre humain tout en- « tier (1). » Le même philosophe de qui nou'fe Cïîîpruntons cette objection, résolue par Descar tes lui-même, n*ten dira pas moins, et des milliers de voix répéteront avec lui : K Ce grand homme, on peut le dire, a régé- « néré en quelqite manière l'esprit humain, « lorsqu'il l'a averti de revenir siir tous lés i( jugemens portés dès Fenfanee, lorsqu'il lui « a ordonné de résister aux m ouvemensirré-
(1) M. de La Romiguièrc , Leçons de Philos., t, I, p. 279. (Paris, 1833.)
« fléchis de l'habitude et aux ilhisions des (f sensj lorsqu'il nous a appris à soumettre les (f préjugés a la raison, a nous méfier de la rai- « son elle-même (1). >> Oui, sans doute, avec la mesure convenable ; car il est bien loin de récuser indéfiniment le témoignage de la raison, et de la dépouiller de son caractère de certitude, quand ii a pour base l'évidence. Il est étrange que M. de La Mennais, qui lui doit son principe, dont il abuse, ne s'en serve que pour déprécier l'auteur. Serait-ce que la gloire du grand* homme offusquerait son génie? Descartes règne dans l'école ; il y a détrôné Aristote. Pourquoi n'aspirerait-il pas a l'honneur d'y régner à son tour ? et il faut commencer par abattre le piédestal.
Cette philosophie est niaise^ dangereuse^ autant quelle est absurde.
(1) M. de La Romiguière, Leçons de Philos, t. I, p. 2oG. La mémoire de Descarces a été veug'ée avec éclat par M. Boyer, p. 28J etsuiv.
Un moment, téméraire censeur! j'allais dire : orgueilleux Zoïle ! l'accusation ne s'arrête pas à Descartes seul ; elle retombe directement sur deux de nos plus illustres Saints ; sur l'Eglise , qui a sanctionné leur doctrine par son suffrage ; sur une foule innombrable de Catholiques, qui rendent gloire à Dieu de cette preuve nouvelle ajoutée surabondamment k toutes les démonstrations de son existence. Le fameux axiome de Descartes : Je pense ^ donc je suisy pouvait n'être qu'une réminiscence. « De toutes les rencontres que M. Descartes a pu faire avec les anciens, dit Baillet dans sa Vie, il [n'y en a point qui l'ait surpris plus agréablement que celle de saint Augustin , qui, en matière de philosopliie, est regardé comme le chef des académiciens du Christianisme. 11 fut redevable a un de ses amis de la remarque qui en fut faite pour la première fois en 1640 (i); et nôtre philosophe
(1) LiY. viii, chap. X, "%' part., p. 535.
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l'en remercia dans les termes les plus modestes, en convenant lui-même de sa conformité (1). Elle résulte en effet des passages suivans de saint Augustin (2) : *e Nous sommes et nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et notre connaissance; je suis très-certain
par moi-même que je suis , que je connais et que j'aime mon être. Je n'appréhende point ici les argumens des académiciens, ni qu'ils me disent : Mais si vous vous trompiez? Car si je me trompe, je suis, puisque l'on ne peut se tromper si l'on n'est. Puis donc que je suis, moi qui me trompe, comment puis-je me tromper a croire que je suis, vu qu'il est certain que je suis, si je me trompe? Ainsi, puisque je serais toujours moi qui serais trompé , quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que
(1) Lettres, t. II, p. 563.
(2) De Civit. Del , lib. xr, cap. xxvi (traduct. de Lombert), t. II, p. ■'•OS et suiv.
je ne puis me tromper lorsque je crois que je suis, etc. » Par cette argumentation , le saint évêque entre de plain-pied dans la preuve, non pas seulement de l'existence de Dieu, mais de la Trinité, qui en compose la mystérieuse essence, dont l'image se trouve réfléchie dans nos âmes (1 ).
Il poursuit le même raisonnement dans un autre de ses livres.
Saint Anselme a soutenu la même opinion, renouvelée par Descartes 5 et Leibnitz, qui la rappelle, est bien loin de flétrir cette doctrine des qualifications d'absurde, niaise, retombant de tout son poids dans l'athéisme (2). M. de La Mennais n'ignorait pas sans doute que cette belle théorie avait pour auteur le grand évêque d'Hippone.
11 ose la braver; qui plus est, il a cru, nous
(1) De Trinitate , lib. x, cap. x. Fénelon développe éloqnemment ces paroles dans son beau chav pitre du Doute universel. ( Exist. de Dieu, p. 269 etsuiv.)
(2) Pensées de Leihn., par M. Emen% t. I, p. H'2.
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dit son intime confident, M. l'abbé Lacordajre , découvrir dans cette doctrine un veninfuneslc et caché {\). lia dit que ce n'était pas à révidence, mais au genre humain, h décider la question; c'est-a-dire qu'il a préféré l'autorité du genre humain , autorité toute humaine, a l'autorité divine conférée par Jésus-Christ a l'Eglise catholique.
Quoi qu'il en sôit, car nous n'examinons pas encore ici la question , Descartes s'en applaudissait (2) . « Il était si content, dit Baillet, de l'évidence de la démonstration qu'il croyait avoir trouvée , qu'il ne faisait point difficulté de la préférer a toutes celles des vérités géométriques, son principal titre à la gloire de génie inventeur. » Parlant de ce procédé si éminemment philosophique , il disait : « C'est une chose qui de soi est si (f simple et si naturelle a inférer de ce qu'on *c cloute^ qu'elle aurait pu tomber sous la
(1) Considér,, etc. pag. 152.
(2) Fie,]y. 506.
(( plume de qui que ce soit. » A-t-il par là répudié les autres preuves que l'on tire du monde physique , ces preuves sensibles , en quelque sorte matérielles, dont saint Paul se sert avec tant d'avantage contre les épicuriens? Nullement 5 il repousse l'objection comme une calomnie dont il s'indigne, tant dans ses Lettres que dans ses Méditations (1 ). Seulement il se borne a cette preuve, parce qu'elle est la première de toutes et la plus immédiate qui se présente a l'esprit du philosophe qui procède avec ordre , et que l'homme même privé de la vue n'en a pas besoin pour y croire. Descartes veut prouver l'être d'un Dieu par la vérité de nos facultés , et la vérité de nos facultés par l'être d'un Dieu. De cet argument : Je pense^ donc je suis ^ dont chacun de nous porte la conscience au-dedans de soi , le philosophe français déduira par une filiation immédiate sa démonstration de Texistence de Dieu et
(1) Voyezses £e^^re-s, t. II, p. 563.
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de la spiritualité de l'âme , clef de la métaphysique, pivot de toute la théologie, prisme lumineux ajouté aux anciemies preuves de la religion. Arnaud y voit un rempart invincible contre l'irréligion et le libertinage ; Bossuet empreint ces hautes spéculations du double sceau de sa puissante dialectique et de sa sublime éloquence (i ) ; Fénelon y répand le charme de sa puissante onction ; Duguet , dans ses Principes de lafoiy sait y découvrir des aperçus nouveaux, et convertir le doute même sur la divinité en une démonstration triomphante de son existence (2). Attaqué du vivant même de Des-
(1) Introd. à îa Philos.^ chap. iv.
(2) Duguet, Principes de la Foi , t. I, p. /iS. « Je « ne puis concevoir l'idée de Dieu que je ne le con^ « çoive corame un être infiniment parfait; et je ne « puis le concevoir ainsi, quejene comprenne dans « son idée l'existence actuelle , parce qu'elle est de « toutes les perfections la première et la plus essen- « tielle. Or, c'est un principe infaillible du raison- «nement, qu'on doit assurer d'une chose tout ce a qu'on découvre dans son idée : nous n'avons point
cartes par la mauvaise foi , il avait fini paF triompher de la prévention et du sophisme. « Pour ne rien dire que de clair, » répétait le siècle entier de Bossuet , « il n'y a rien que K nous concevions plus distinctement que « notre pensée même , ni de proposition « qui nous puisse être plus claire que celle- « là : Je pense, donc je suis. Or, nous ne « pourrions avoir aucune certitude de cette « proposition , si nous ne concevions dis- « tinctement ce que c'est qu'w/i êù^e, et ce « que c'est que penser; et il ne nous faut « point demander que nous expliquions ces « tei'mes, parce qu'ils sont du nombre de u ceux qui sont si bien entendus par tout le w monde, qu'on les obscurcirait en les vou-
« d'^autre rcg:le pour raisonnerjuste. Il est donc aussi « cerf ain que Dieu existe nécessairemeirt , qu'il est <* certain querexistence actuelle est nécessairement « comprise dans Fidée d'un être infiniment parw fiait, T etc. » Tout ce qui suit n'est pas moins solide et concluant.
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K lant expliquer (1). » De ce point de départ, l'intelligence, développée parla méditation , remonte au premier Etre , qui est la source de son être , et qui produit en elle le sentiment de son existence et le type de toute vérité. De là donc la croyance nécessaii^e d'un Etre supérieur et la certitude de nos conceptions, dont il devient lui-même le garant infaillible. Entraînés invinciblement par le sentiment de notre être borné vers une cause infinie qui soit le principe de tout ce que nous sommes , nous partons nécessairement de nous-mêmes, parce que nous sommes en nous , et qu'à moins de n'exister pas, c'est-à-dire, de n'être qu'un cadavre ou une brute insensible, il nous est impossible d'ignorer que nous existons. Estilbesoin, pour en avoir l'infaillible certitude, de remonter jusqu'à la première des causes, qui est Dieu , pour avoir la certitude de ma
(1) Logique de Port-Royal , chap. i, p. 12, édit. Paris, 1762.
propre existence ? d'attacher immédiatement l'effet a la cause , la conséquence au principe , d'embrasser toute la chaîne des êtres pour envisager a leur sommet celui sans lequel on sait bien que pas un seul autre n'existerait, moins encore pour s'assimiler à lui , comme on nous accuse d'en avoir la prétention ? Non ; notre raison bornée ne le permet pas ; mais toute bornée qu'elle est, elle saisit cet anneau de la chaîne ; elle s'y reconnaît, heureuse de s'y tenir suspendue j elle ne s'en sépare point, elle ne dit point : Je suis celui qui est, qui a en soi le principe et la nécessité d'être : elle dit simplement avec Descartes : Je pense, je porte en moi le rayon de la divine intelligence qui m'a créé a son image j donc ye suis, et la vie qui m'a été donnée à moi, être contingent, qui n'étais pas hier et qui ne ^erai plus demain, je ne l'ai reçue que par émanation de cette plénitude de vie , dont seul il est la source, et qui n'appartient qu'à l'Etre
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seul nécessaire et immortel. Que M. de La Memiais se récrie : Olcz Dieu de l'univers, et l'univers n'est plus qu'une grande illusion, et comme une vague manifestation d'un doute infini ; je réponds : L'idée de l'existence de Dieu, loin de s'isoler de l'idée de la mienne propre , s'y enchaîne indissalublement. Mettre la première en problème, c'est également dire que si Dieu n'existait pas y rien n'existerait: blasphème impie, extravagant aux yeux de Descartes, qui le re^pousse de toute la puissance de sa raison contre les athées j comme aussi jeter des doutes sur ma propre existence : criminelle absurdité que le même philosophe n'a cessé de repousser contre les sceptiques. Loin donc d'entrer pour cela dans une défiance universelle , c'est précisément ce qui nous fait conclure avet une pleine assurance qu'U. doit donc nécessairement exister. Ne pouvant , encore une fois , nier notre existence sans exister déjà, tout ce qui est nécessaire
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pour en rendre raison , loin de nous ramener au doute , acquiert par la même une certitude inébranlable au doute.
Aussi tous les défenseurs de la vérité cbrétienne que l'Esprit de Dieu a suscités dans tous les âges pour le soutien ou l'ornement de son Eglise , n'avaient-ils songé jamais a chercher hors de ce cercle les caractères de l'infaillible certitude. Ils ne disputaient pas a la raison ses inaliénables prérogatives j mais la voyant dans son origine et dans sa source , ils prenaient dans ses propres élémens les règles de conduite fondées sur les vérités éternelles qu'ils proposaient aux peuples. Ils n'en dissimulaient pas les faiblesses ni les honteux égaremens , tant s'en faut. Us ne songent pas a la désespérer ; non, assurément ; ils ne veulent que l'amener à la reconnaissance de ses imperfections et a l'aveu qu'il y a par-dessus elle une Ptaison plus haute a qui elle doit son être et de qui elle attend son perfectionnement,
alors qiie ne voyant plus les choses a demi, comme par un îiïiroir et en énigme^ elle les embrassera telles qu'elles sont, et dans leur plénitude. Ils ne rejetaient pas la force du consentement général des peuples, témoin ce qu'en ont dit les Origène , les Chrysostôme, les Augustin, les TertuUien , mais pour déplorer les monstrueuses erreurs qu'ils y avaient mêlées , non pour s'en prévaloir contre l'excellence des autres témoignages. Mais non , savant Origène, profond Augustin , éloquent Chrysostôme , sublime Bossuet ! vous tous prophètes et apôtres de l'alliance que Dieu a daigné contracter avec les hommes pour leur apprendre toute vérité^ non , vous n'avez fait que balbutier; flétris désormais du nom de Cartésiens y vous ne soupçonniez pas les premiers élémens de la philosophie ; vos preuves sont insujffisantes , incomplètes; Celse, Porphyre et Juhen l'apostat avaient eu raison de les juger telles : car voici qu'un
prêtre du dix-neuvième siècle , se qualifiant l'avocat du Christianii^me, ose prononcer qu'elles ne sont rien moins que décisives , qu'elles ne forment , après tout , qu'une philosophie niaise , absurde , dangereuse , et qu'elles retomhent de tout leur poids dans le scepticisme!