VI DISCOURS
if Après trois siècles d'hérésie et près d'un K siècle d'incrédulité , la société changea « de nature, el cela nécessairement. . . Qu'est- «r elle aujourd'hui en France? quel genre de « gouvernement a remplacé la monarchie « chrétienne? La prétendue Reforme du sei- «f zième siècle avait ébranlé le système po- « lilique : partout où elle s'établit, on vit « naître aussitôt le despotisme ou l'anar-
« chie La révolution française (de 1790)
« n'avait été qu'une application rigoureuse- « ment exacte des dernières conséquences « du Protestantisme qui enfanta la philoso- « phie du dix-huitième siècle. Chacun dès- « lors ne dépendant plus que de soi-même, f< dut jouir d'une pleine souveraineté , dut « être so:i maître , son roi , son dieu. Tous « les liens qui unissent les hommes entre « eux et avec leur auteur étant ainsi brisés, « il ne resta plus j our roi g on que l'a- «< théisme, et que l'anarchie pour société. f Les affreuses proscriptions qui ensanglan-
PRÉLlMtNAinE, VII
« tèrent la France a cette époque de crime, t< révélèrent tout ce qu'il y avait au fond tf des doctrines philosophiques. Le meurtre « s'arrêta ; mais les doctrines restèrent , elles « n'ont pas un moment cessé de régner ; tf elles deviennent chaque joar une espèce « de symhole national, consacré parles insli- K tutions publiques , et révéré de ceux f< mêmes qui l'avaient combattu (i). »
Une accusation aussi grave, qui frappait non-seulemeut l'époque qu'eîlesignaîe, mais embrassait toute la période qui l'a suivie , méritait, certes, dit l'auteur, d'être examinée de près , et devait servir a résoudre bien des questions (2). Elle avait de quoi étonner au moins parla singularité du contraste avec tout ce qui se passait alors autour de nous.
La France , rentrée paisiblement en pos-
(1) La Religion consmréc dms ses rapports avec l'ordre civil et politique , 1 aoI. in-8®. Paris, 1826, p. 19, 48, 49.
<2) Ibid.,]K 49.
vm DISCOLnS
session de sa foi antique , sous les trois règnes qu« nous avons vus , sa vieille constitution rajeunie par le bienfait d'une liberté légale; sa religion , naguère poursuivie de cachots en cachots , retrempée dans le sang de ses martyrs , se produisant au grand jour pour bénir et pardonner ; son Eglise remplaçant par des vertus dignes des temps apostoliques , des prérogatives mondaines qui ne furent jamais sa véritable richesse , et faisant retentir incessamment sous les voûtes de nos temples l'hymne de l'unité catholique : qu'y avait-il la qui ressemblât au schisme et à l'athéisme?
Pour motiver de pareilles accusations , il fallait insinuer d'abord , puis déclarer ouvertement que la plaie dont la société chrétienne était travaillée , toujours également Aive et profonde , ne cessait de dévorer lentement ses entrailles , et la menait a une dissolution inévitale et prochaine ; '< qu'à « l'agitation, à la fièvre dont le siècle pré-
PRÉUmNAIRE. IX
tf cèdent avait été travaillé , succédait une « léthargique indifférence. Plus de conlenu tions , plus de querelles : on dirait une « parfaite paix : paix lugubre , paix déso- K lante , paix mille fois plus destructive que « la guerre qui l'a précédée : c'était le calme « et le silence de la mort (1). »
Le reproche ne s'adresse pas seulement h la Réforme protestante, ni a l'incrédulité philosophique, qui, du moins alors, n'avaient rien de redoutable; il s'étend à toutes les classes de la société, sans excepter même le sanctuaire dégénéré^ corrompu ( ne cesserat-on de nous dire ) par les doctrines du schisme et de l'athéisme, à la suite desquels marcha toujours l'indifférence, lèpre contagieuse, sommeil volontaire de l'àme, engourdissement universel des facultés morales, privation absolue d'idées sur ce qu'il importe le plus h Ihomme de connaître.
(i) Essai sur VIndiff., introd., p. 24, 25.
X DISCOIRS
De tout temps, les Propriétés Je raneienne et de h\ nouvelle Ei^lise, nos saints Docteurs et les Prédicateurs de communions diverses ont tonné conire les désordres pul)Ucs et privés, répandus au sein de la société; leur zèle n'épargna jamais la liédeur et l'indolence dans le service de la religion. S'exprimaient-ils avec Tet eniporlement, et portaient-ils si loin les conséquences du mal qu'ils déploraient, ciit-il été mieux prouvé?
Quoi qu'il en soit, l'œuvre de la Restauration n'était rien moins que complète j à peine étaif-elle ébauchée. Au milieu du léthargique engourdissement ou l'Europe entière était plongée, on venait lui apprendre que la régénération du Catholicisme était nécessaire ; qu'elle était invoquée par tous les vœux comme par tous les besoins; qu'une sainte ligue s'était organisée depuis quinze ans pour lui rendre, sous une forme nouvelle et avec des progrès nouveaux, la force et la vie qui l'avaient abandonné, et rame-