‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 33 sur 51 · J286 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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La raison de Dieu , sa parole , c'est son infaillibilité. Glorieux privilège dont il est jaloux (i) , et qu'il n'a voulu partager avec personne ; car son Eglise elle-même n'est infaillible que parce qu'elle estl'Esprit même de Dieu, parlant par son organe, enseignant par sa parole (2). Donner k la raison générale cette attribution, c'est l'enlever a Dieu ; c'est oublier qu'il y a éternellement entre Dieu et l'homme tout l'abîme de l'infini. Dans la nuit sombre du paganisme , cette vérité s'était fait jour auprès de quelques Sages a qui leur raison l'avait apprise. Mettez

(1) Gloriam ineam alteri non dabo..,. Ego solus , et non est aliiis prœter me.

(2) « Je crois toutes les vérités révélées , et parmi « elles, l'autorité de FEglise ; parce que Dieu , au- « teur de la Révélation , est la vérité , et ne peut pas « plus nous tromper que se tromper lui-même. Cette o vérité essentielle de la parole divine fait la certi- « tude de ma foi. Je ne crois T autorité de l'Eglise « que sur ce px'iucipe; car je ne crois l'Eglise infail* « lible , que parce que Dieu a révélé son infaillibi- « lité, .) (M. Rozaven, Examen, p. 212. )

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d'un côté tous les hommes ensemble j de l'autre , Dieu seul ; et demandez a Homère , demandez à tous nos prophètes éclairés par une sagesse bien supérieure, où penchera la balance, et qui l'emportera ? Quelle pitié qu'il faille rappeler à des prêtres ce que la sagesse humaine n'ignore point : qu'il n'y eut jamais de comparaison légitime entre la raison de l'homme et la raison de Dieu.

Telle est pourtant l'ambiguité de leur langage , qu'a les entendre on serait en droit de soupçonner qu'il aflfectent , par une singulière contradiction , de confondre l'essence incommunicable avec la raison du genre humain , l'autorité des hommes avec l'autorité de Dieu. Cette observation n'a point échappé a la sagacité du profond théologien qui les a combattus avec tant de vigueur : <( La raison générale, dit M. Boyer, le té- « moignage universel, le consentement ccm- « mun, voila le premier critérium de la « vérité; ce mot est comme une sorte de re-

« frain dans les écrits de M. de La Mennais. « D'autre part , il ne cesse de nous dire que « Dieu est la première vérité et la première f( raison des choses, et que s'enquérir avant K lui de quelque vérité , c'est chercher un t< efîet sans cause , une conséquence sans « principes. Y a-t-il donc deux premiers « principes de la vérité ? Dieu et le genre K humain , Dieu et sa parole , le genre hut( main et la raison générale (1 ) ? »

M. de La Meunais essaie de jeter un pont sur l'ahîme qu'il s'est creusé a lui-même.

Encore un pas , et le système s'éclaircit , et la pensée de M. de La Meunais enfante une révélation de plus. Quelle révélation , grand Dieu ! « Le seul système social au- K jourd'hui possible est celui qui ne serait

V fondé que sur la raison humaine , sans nul

V RAPPORT avec Dieu(^). » Et voilà la régénération promise au monde par la nouvelle

(1) E.Ta-inen ,Tp. %3^.

(2) Avenir, 29 mnombre 1830,

école ! quell'on nous dise si l'école philosophique du xviii^ siècle porta jamais le délire de ses criminelles espérances jusqu'à prétendre ôter Dieu de la société humaine !

Que M. de La Mennais , après avoir jeté dans le public son programme de la raison générale , se fut borné à des rêveries philosophiques où il est permis cl chacun d'errer^ il n'avait d'autre risque k courir que d'être un mauvais logicien. Dans l'impuissance de bien saisir les caractères de quelque chose qui n'existe pas , et n'est qu'une abstraction san^réalité , il pouvait impunément multiplier les définitions, commie l'aveugle qui tâtonne dans les ténèbres. On lui pardonnait de nommer cette raison générale , raison de la société , raison de la civilisation , la civilisation elle-même; mais qu'était-elle ayant qu'il y eût des sociétés? qu'était-ellc dans les sociétés même oii il n'y avait pas de civilisation? Ouvrez Polybe, Thucydide, Platon; interrogez et les historiens et les

2r>li HKTOtRE

philosophes anciens et modernes. Tous s'accordent h dire que les premières sociétés ne Im'ent (pie de sauvages agrégations, comme les voyageurs en ont découvert dans le Nouveau-Monde, puisqu'on nomme ceux qui en furent les législateurs. Qu'il se replie sur les mots de commun consentement , de sens commun , par lesquels il essaie de déterminer enfin la notion de la raisoQ du genre humain; nouvelles énigmes. On ne cessera de lui demander quelle affinité existe entre les mots raison et consentement, entre ce dernier et ce que Ton appelle sens commun; le mot consentement indiquant une adhésion a des idées étrangères que l'on ne peut pas avoir soi-même ; celui de sens commun supposant nécessairement la perception intime, unifori> -:. invariable, de notions que l'on ne se donne pas , et auxquelles on ne peut se refuser , qui s'offrent d'elles-mêmes a tous les esprits, même les plus grossiers, et que chaque homme pos-

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scdc , comme cliaque animal possède son instinct ; toutefois avec cette difî'érence si bien sentie par Buiïon , qu'il y a plus loin de l'instinct du plus subtil des animaux U la raison de l'bommc le plus grossier , que de celle-ci au génie des Archimède et des Newton. On sera en droit de lui demander encore si le commun consentement, identique au sens commun , est le sceau de la vérité j pourquoi, dans les sociétés humaines , tant de manières diJQféreMes de voir et de sentir ; autant de vérités différentes et opposées qu'il y a de communs consentemens? Etait-il possible à M. de La Mennais de se le dissimuler? Non; il en convient. La religion seule n'est-elle pas la matière des controverses les plus disparates? La diversité des cultes prouve, selon M, de La Mennais , la nécessité Je l'examen ( donc l'exercice de la raison individuelle ) , pour s'assurer laquelle est la véritable. En supposant que l'on veuille ou que l'on puisse

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se livrer à cet examen , passer en revue les religions diverses dans lesquelles se partagent les nombreuses populations de l'Europe , de l'Asie , de l'Afrique et du Nouveau- Monde, quel en sera le résultat unique? L'indispensable nécessité de conclure qu'il y a autant de communs consentemens qu'il y a de sectes et de religions , de nations et de peuplades disséminées sur la vaste surface du globe j autant de communs consentemens qui se heurtent, se combattent et se réprouvent mutuellement.

Mais l'auteur nous a fait bientôt sortir du cercle des questions de la philosophie, pour nous transporter dans la région de la théologie. Nous l'avons entendu mêler a la masse confuse , indigeste de ses définitions arbitraires celle qui fait de le raison générale la raison de Dieu : « La liaison générale « 7i'est que la raison de Dieu même. ;) Nous avons dû commencer par l'examen de cette étrange proposition 5 les suivantes n'en sont

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que les corollaires. « Ija raison générale (f n'est que l'expression du Verbe de Dieu, « unie "a l'intelligence , a l'esprit, ala vérité, « déposée au sein de la société humaine , « conservée a travers les âges, soutenue par '< une tradition constante , perpétuelle. :» Eclairé par sa lumière , le genre humain fut une Eglise visible, enseignante , « pour- (f vue >i , nous dit toute l'école Lamennaisienne , « des caractères d'unité j de perpé- « tuité, d'universalité que nous assignons à (c notre Eglise catholique, en un mot, in- R faillible comme elle. » C'est Fa ce qu'ils appelleront la doctrine à' autorité résidente dans le genre humain.

Tel est l'excès où les a portés leur système de dépréciation de raison humaine.

Sur le simple énoncé de ces propositions , on âe demande k quelle Religion appartiennent ceux qui les professent. Piecherchons avec eux sur quel fondement ils les appuient.

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