‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · Ô24 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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patrimoine d'infaillibilité en faveur de ce même genre hmnain , initié , nous dit-on , a tous les mystères de la future Révélation ! Qui croire, de l'Esprit saint ou de M. de La Mennais ? Les mêmes Ecritures nous disent bien que notre premier Père, au moment de sa naissance , fut mis en possession d'un grand nombre de vérités qu'il rendit communes aux familles patriarcales ; et de là les arts et les sciences répandues dans la société humaine ; de la ces vastes souvenirs si profondément empreints dans la mémoire des hommes comme sur la surface du globe et dans les entrailles de la terre , pour attester a jamais la vérité de l'historien qui nous les raconte. Mais ces lumières primitives , vous les allez Aoir bientôt s'effacer et disparaître dans la nuit épaisse qui d'un pôle à l'autre s'appesantit sur le genre humain. Quelques éclairs échappés de la nue ne font pas le jour; et c'est encorel'Esprit saint qui nous apprend que foufe chair aidait cor-

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lonipu sa voie (1) , et que l'image de Dieu était devenue, dans le genre humain, si méconnaissable , que son divin Auteur se repent de l'avoir fait, et se résout de le renouveler par un déluge. Le genre humain en devient-il meilleur ? Non. Ses iniquités passées se reproduisent sous des formes plus monstrueuses qu'auparavant , quand Dieu voulut se faire un peuple a part , dépositaire plus fidèle que le genre humain de la foi antique partout oubliée , portion bien faible arrachée a la corruption universelle , et toujours prête elle-même à y retomber.

Abraham paraît. Le saint patriarche ne dut pas assurément à l'autorité de la raison universelle et du commun consentement la fol par laquelle il fut justiféy puisqu'il lui fallut une vocation particulière pour en faire \q père des crofans(^. Quelle était encore la situation du genre humain au

(1) Gen., VI, 12.

(2) jRom., IV, 3, 11.

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temps de Moïse, des Prophètes et de toute la législation mosaïque? Une nuit profonde, où toutes les opinions erraient h l'aventure, où tous les peuples étaient égarés dans leurs voies; troupeaux sans pasteurs, comme parle Isaïe (1). Qu'était le peuple juif eA proportion de tout le reste du monde ? Un faible point perdu dans l'immensité du globe, retraçant a chaque instant l'image de cette arche conservatrice de la race humaine au milieu des eaux du déluge qui l'avaient envahie tout entière. Aussi le reconnaissait-il lui-même. Le seul lieu du monde où Dieu soit connu , c'est la Judée ; et pas une autre contrée n'a reçu du ciel un aussi précieux bienfait (2). Partout ailleurs qu'a Jérusalem , dans un si petit coin du monde , la plus délirante idolâtrie régna durant une longue suite de siècles, v. non-

(1) Isaïe, LUI, 6.

(2) Notus in Judω Deus ps. Lxxv, 2. Non

fecit talitcr omni iiationi, ps. CXLVII, 20.

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« seulement , dit l'Apôtre , parmi les iia- (f tiens en proie à l'impiété et à l'injustice ^ c< mais parmi les Sages eux-mêmes égarés « dans leurs vains raisonnemenSj, coupables « et sans excuse de retenir la vérité cap- « li.'e ('!). » L'histoire de l'immanité, à chacune de ses époques, ne fournit que trop de preuves à cette humiliante accusation. Quels monumens l'érudition de M. de La Mennais opposait-elle à l'innombrable multitude de témoignages qui la confirment ? Lui-mêmfe est obligé d'en convenir. C'est même sur ce fait incontestable qu'il établit son système contre l'aveuglement de la raison, qui , abandonnée à elle-même, s'est plongée tout entière dans un océan d'erreurs , où la Religion et la morale avaient fait avant Jésus-Christ un si déplorable naufrage 3 mais pour nous faire croire qu'elles s'étaient sauvées dans la raison générale comme dans une arche à l'abri des

(l) iîow.,i, 18. £/>/^.,iv, 17.

tempêtes, c'cst-h-dire, que , bien que chacune des raisons particulières fût sans Dieu et sans loij le genre humain croyait a Dieu et professait un Christianisme anticipé; c'est-a-dire , que tous les membres du corps individuellement étaient infectés de la corruption de la mort, et que cependant le corps était plein de vie. Conçoive qui pourra cette théorie. C'est là pourtant tout l'Evangile de M. deLaMennais. Nulle équivoque dans son langage : (f La vérité chrétienne K ne naissait pas avec la Révélation évan- 1^ gélique ; elle croissait. Jésus-Christ , ve- K nant au monde , y trouvait toutes les « vérités établies (i). La raison, manifestée « par le témoignage du genre humain, supi< pléait le Christianisme , avant qu'il n'eût «c paru sur la terre (2). Jésus-Christ, le Verbe K de Dieu , uni a l'intelligence, h l'esprit, h

(1) Essai, p. 289.

(2) T. II, Préf., p. xciv.

DE LA ^OlJVELLE llËllÉSIE. 529

« la vérité , avait , dès l'origine de la société « humaine , apporté dans notre nature le K fondement de la perpétuité de sa relief gion (1). » Donc, ce n'est pas Jésus-Christ qui a ouvert au monde les portes du salut , reconcilié le ciel avec la terre , fléchi en faveur de l'humanité le courroux de Dieu son père , écarté par son sang l'Ange préposé k la garde du paradis pour en défendre l'entrée h la race d'Adam ; et son Apôtre s'est trompé, quand il a dit que c'était la le seul nom dans qui il fût possible que les hommes fussent sauvés (2). Non; la docde M. de La Mennais est plus rassurante. Ecoutons ses disciples , qui nous en donnent la clef : « Il suffisait, pour être sauvé, de f< reconnaître la croyance des premières « vérités , et tout au moins de l'existence « d'un Dieu créateur du ciel et de la terre.

(1) Essai, p. 489.

(2) Nec enîm aliud nomen est suh cœlo datum hominibus in quo oportoat nos salvos fieri, Act,, iv, 2.

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<f Parce que cette reconnaissance a toujours tf été regardée par les théologiens catlio- « iiques comme indispensable au salut, il <f fiiut bien croire qu'il existait avant le V Christianisme un moyen perpétuel et uni- K versel d'en acquérir la foi infaillible (i). » Or ce moyen, quel était-il? La raison générale du genre humain.

Encore l'efficacité de ce moyen ne serat-eile pas bornée aux temps qui ont précédé la venue du Sauveur. Elle s'étend à ceux qui l'ont suivie j car le moyen perpétuel et universel d'acquérir une foi infaillible , Fauteur le déclare expressément dislinct (le l'autorité de l'Eglise; donc, dans la pensée^ de l'auteur, môme depuis l'institution de l'Eglise , « la foi divine serait im- « possible sans cette autorité infaillible , (( essentiellement distincte de l'Eglise (2) j » et il est visible que le genre humain est ici

(i) M. Gerbet, Boct. philos., p. 3G.

(2) M. Lacordaire, Considcr., p. 42, 43.

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le principe de la foi et du salut. Ecoutons un. autre disciple, l'Elisée sur qui particulièrement s'est reposé l'esprit de son maître : « Sans doute , nous dit celui-là , la yérité cf est ce h quoi adhère la raison humaine j (( mais ce à qrtoi elle adhère partout et tou- « jours; ce sur quoi elle n'a varié en aucun « lieu ni en aucun temps ; l'universalité et « la perpétuité , voilà le caractère distinctif « du vrai. Or, où est l'universalité, sinon « dans les croyances de tous les peuples? K OÙ est la perpétuité, sinon dans lesr (( croyances de toiis les siècles? où sont tous « les Siècles et tous les peuples, sinon dans (. le genre humain? Le genre humain est « donc le dépositaire de la vérité ; il en est « l'oracle infaillihle (1). » Et qu'on ne dise pas queM. Lacordaire désapprouve ultérieurement le système du Maître, jusqu'à le qualifier de protestantisme, nj exposer en termes aussi ménagés qu'il le fait en cet endroit,

(1) M. Rozaven , En-amen , j). 131 .

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n'est-ce pas en faire l'apologie plutôt que la censure? Ce qu'il blâme, c'est la trop grande extension que M. de La Mennais lui a donnée ; mais il la rend plausible par une sorte d'affectation a l'autoriser par la mauvaise application des témoignages dont il la fortifie (1). Nul doute que V universalité et la perpétuité ne soient le caractère distinctif du vrai; et certes nous sommes fondés a les revendiquer en faveur de noire Eglise catholique. JNos Docteurs chrétiens de tous les temps n'ont pas manqué de faire valoir pour elle cette preuve, qui la distingue si éminemment de tout ce qui est hurnain.

Lisez entre autres un des plus beaux discours de Massillon, qui la développe avec éclat (2). Et qu'est-ce que l'admirable discours de Bossuet sur l'histoire universelle? qu'est-ce

(1) ConsicUr., p. 00 et 174. Nous y répondrons au cliapitrc vi.

(2) Carême , t. 1. Scrm,, Sur la Vérité do la Religion.

que le livre de la cité de Dieu de saint Augustin? que la savante démonstration de cette vérité. Jamais homme de sens ne songera à l'appliquer au genre humain , bien que le genre liiiinaiii se compose de tous les siècles et de tous les peuples. Mais nous avons encore d'autres titres de gloire a compter pour notre Eglise. On les connaît; ils sont indiqués dans tous les livres. Eh bien ! que les partisans de l'infaillibilité du genre humain osent ici établir leur parallèle entre l'Eglise et le genre humain ! Les mettre de pair l'une avec l'autre est déjà une absurdité. L'Eglise catholique a pour elle une évidence de faits solennels , irrécusables , a la portée de tous, tandis que l'autorité du genre humain n'a rien qui la constitue qu'une autorité récente , arbitraire et combattue (i). L'Eglise a pour elle la parole de son divin Maître ; de sa bouche sacrée est sortie la promesse que les portes de l'enfer ne

{\) M. Lacorclaire, Conndêrat., p. J5S.

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prévaudront jamais contre elle : les portes de l'enfer l'ont assaillie et se sont brisées. Qu'elle nous parle de son infaillibilité, certes elle en a le droit ; mais le genre liuiixain, où sont ses litrés.de créance? Je demande quel est son organe , personne ne répond; quel est son chef, ses ministres , ses miracles , ses sacremens; tout est muet 3 seulement on nous dit « que son autorité cf est un fait aussi bien que l'autorité de «l'Eglise. — pu nïoins faat-il le prouver. « -ST— Non , nous ne le prouvons pas. — Mais V si vous ne le prouvez pas, comment donc « l'établissez-voiis ? — Notre réponse est « bien simple : nous l'établissons comme « fait, qu'il faut admettre sans preuves , sous ^ ^eine d'être sceptique ou insensé {\ ). » D(e bonne foi, si nous n'ayions k alléguer dans la cause de notre Eglise que de pareils raisonaemens y H:iyi^:lj?ng- temps que les porte* de l'enfer agiraient prévalu contre

DE L'\ NOtTVELLE nKUÉSÏE. 7iTÀ^

elle , et réduit en poudre la colonne de la vérité.

On s'efforce de les réunir par une connexion intime qui, en les rapprochant, laisserait a l'Ëglise son incontestable supériorité : V. L'Eglise avant Jésus -Christ, « raison générale , manifestée par le té- « moignage du genre humain. » Par-là, l'autorité et l'infaillibilité de l'Eglise se communiquaient au genre humain. Autre contradiction , monstrueuse alliance que l'Apôtre foudroyait par ces paroles : « Quelle w transaction peut-il y avoir entre Jésus- K Christ et Bélial{\^l » Dans cette Eglise amalgamée de la sorte avec les temps d'avant Jésus-Chrir^t , placez k côté d'elle une autorité autre que la sienne 5 mêirie en la déclarant supérieure^,* vous la dégradez. Comment une autorité quelle .qu'elle soit , pourrait-elle être plus grande qu'une autre autorité infaillible ^^ l'infaillibilité étant le

(1) Quœcnirrcrifi'> ChristiadBeUal ^li, Cor. vrj?-.

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