CHAPITRE X
Suite du précédent, Allégorie»des deux glaives.
•Pour établir l'exclusive prééminence du pouvoir spirituel, M. de La Mennais reproduit la fameuse allégorie des deux glaives matériel et spirituel, qui, durant trois siècles, retentit dans tous les livres et sur tous les champs de bataille , pour y faire couler des flots de sang. « Le glaive matériel doit res- « ter soumis au glaive spirituel , c'est-à-dire « que l'autorité ecclésiastique doit prévaloir
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(f sur toute cause, et que le Sacerdoce chré- (c tien ne doit pas cesser de le demander jusce qu'a ce qu'il l'ait obtenu ou conquis. »
Ainsi s'exprimera-t-il dans son Avenir (\), oii il n'a plus besoin de dissimuler sa pensée.
Saint Paul nous parle aussi de tous deux. Dans son épitre aux Romains , après avoir ordonné à tous les Chrétiens la soumission aux puissances , il nous montre le Prince , ministre du Seigneur, gardien et protecteur de la société politique , arme du glaive qui lui a été donné par un conseil supérieur, pour le maintien de l'ordre public et la répression des méchans, qui seuls , ajoute-il, en doivent redouter l'exercice , nous avertissant qu'il n'y a rien a craindre pour celui qui fait le bien (2). Rien ici pour le Prêtre,
(1) Avenir, n. o,
(2) Principes non sunt timori honi operis , sed mali. Dei enim minister est tihi in homim. Si autem vialum feceris ,time; non enim sine cansa GLADiuM^ortat:vindcx inirameic]niritalumagit, (iîow,,xiii, 4. )
que le devoir de l'obéissance : Omnis anima, etc. Ailleurs, il ceint chacun des Chrétiens d'une armure spirituelle, désignant en particulier le glaive de la parole de Dieu, à l'effet de repousser les traits enflammés de l'ennemi de nos âmes , les tentations de la chair et des sens (1). Jésus-Christ ne l'entendait pas autrement, quand il disait être venu sur la terre pour y apporter non la paix, mais le glaive (2).
Désirez-vous que la puissance vous soit favorable? L'obéissance au Prince estle premier de vos devoirs, non-seulement devoir de «ecessité,v[\2i\&ài^conscience; gardez-vous del'irriter par vosmanqucmens; obéissezdonc,non par motif de crainte, elle ne fait que des esclaves; mais par un généreux sentiment, qui vous mérite son approbation(5).Voilala seule co/zquête à laquelle il vous soit permis d'aspirer.
(1) Assumite yladinm spiritiis q/iorl est verhum Dei. (Eph., vi, 10, 17.)
(2) Matth. , X, 34.
(3) Rom., XIII, 3.
T. H. il)
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Point de i'orce assez brutale pour vous refuser son estime : honum fac , et habebis laudem.
Passons du particulier au général , pour arrêter un moment nos regards sur les questions litigieuses qui surviennent quelquefois et qui intéressent la société tout entière. Nous aurions voulu laisser à l'histoire le récit de ces lamentables controverses , oïl l'une des deux puissances , et peut-être toutes les deux à la fois, franchissant leurs limites naturelles, jetaient un voile épais sur les principes , et, comme l'a dit un de nos orateurs, déplacèrent de leurs orbites les astres de qui le monde attend sa îumière. Mais l'ardeur avec laquelle M. de La Mennais nous y pousse, et les conséquences qu'il en tire, ne nous permettent pas de les passer sous silence.
JXul doute qu'il ne fasse ici allusion aux querelles élevées en divers temps entre le Sacerdoce et l'Empire ; les expressions de glaive matériel et glaive spirituel, la supré-
matie absolue de puissance réclamée si impérieusement en faveur de l'Egiise et de son Chef, pour tous les actes qui intéressent la société tant civile que religieuse, le reproche amer fait tant de fois, et toujours avec l'emportement de la haine , contre le pouvoir politique, ne dissimulent pas l'intention de l'écrivam. Nous ne reviendrons pas sur les argumens opposés à cette théorie destructive de la Constitution que l'Eglise a reçue de son divin Fondateur. Arrêtons-nous seulement à quelques réflexions.
Cette allégorie de glaive mystique donné k l'Eglise n'est pas, on lésait, de l'invention de M. de La Mennais. Quand les disciples de Jésus, la veille de sa passion, lui présentèrent deux épées, il n'y attacha pas d'autre sens que le sens littéral (i); et saint Paul , énumérant l'armure du chrétien , n'entend le glaive de la parole^ qu'aux mêmes termes qu'il dit la cuirasse de la justice et
(1) Luc , XXII, 38.
le casque du salut. Ce n'est guère qu'au XI*' siècle que les écrivains, accoutumés à l'abus du style alléiijorique , commencèrent à détourner ce mot du sens figuré , pour en faire l'expression d'un pouvoir que jusque là l'Eglise n'avait pas connu. Fleury a raLson de remarquer que GeoÔVoi de Vendôme est le premier qui en ait fait usage (1). Ce langage devint bientôt commun pour exprimer que l'un et l'autre glaive était dans les mains du Pontife; que si l'Eglise ne doit exercer par elle-même que la puissance spirituelle , elle exerce également la temporelle par la main du Prince , qui n'en est que le manda- Jaire et le justiciable; opinion que nous avons vue depuis soutenue avec opiniâtreté |)ar Bellarnsin, et qu'alors un théologien, Jean de Saiisbury , poussa jusqu'à cet excès de dire que le Prince, ayant reçu le glaive de la main de l'Eglise, elle a droit de le lui oler. Tout son siècle parlait coiniue lui; et
(1) V* dise, II. 12, Hist. ecclcs , liv. x>.x, n. '2i>
DE LA NOLVELLE HÉRÉSIE. 22î)
comme ailleurs le même théologien enseigne qu'il est non-seulement permis, mais louable tie tuer les tyrans, on était généralement persuadé qu'il n'y avait au monde qu'une seule puissance de qui relevait tout l'ordre social, à savoir l'autorité pontiKcale; théologie mise habilement en pratique par les papes Grégoire VII, Boniface Vlïl et Innocent m j et cela, d'après le principe établi par M. de La Mennais, copiste de Bellarmin , que toiU l'ordre social ayant pour fin principale le règne de la justice sur la terre, et la félicité éternelle dans l'autre vie, il s'en suit que la politique doit être tout entière sous la dépendance de la Religion; donc, que le souverain Ponlife doit avoir autorité absolue sur tous les empires de la terre (1). Cette doctrine séditieuse
(1) Quia finis ojiis est rita n U>nia,nd quainsithor- (iinantur oianes nlii fines , suhjcrta et sahordinata est mis ars politica regmâi populos ; et potest, et débet smniaus fantifex reijihus imperarc. J^oyez les écrivaiiis iiulMiuPS pnv Bcliariiiiii , Cmitror.,\>. 2'> ! . Hcl
dans son principe et dans ses conséquences, nous l'avons réfutée pleinement parles faits et par les autorités qui la condamnent (1). A cette nuée de témoignages, M. Tabbé de LaMennais oppose l'exemple du moyen-âge.
Cette époque est celle oii l'Empire romain, croulant de toutes parts sous le poids de sa propre puissance et des vengeances divines» tombé en dissolution par son luxe , par les déprédations de ses gouverneurs de provinces , par les sanglantes rivalités qui faisaient et défaisaient les empereurs , enfm par le mépris et l'indignation soulevés dans tous les cœurs, présentait une proie a tous les peuples aventuriers , a qui leur patrie ne suffisait plus. Sarrazins, Gotlis , Francs, Hérules , Vandales , Bourguignons , s'échappent des extrémités de l'Asie, ou des forets
larmlu se contente , pour les papes , d'une puissance simplement indirecte, ihid., p. 233. De sunivio Pontifice jlïh. v, cap. m, col. 1628. — M. de La Mennais , de la Religion considérée , de, chap. vi. (1) /^oyes plus haut p. 198 et suiv.
du nord de l'Europe. Tantôt unis, tantôt en guerre , toujours pins formidables après leurs défaites passagères, tous conspirent a la fois contre cette Ptome , d'où sont sortis les fers qui ont si long-temps pesé sur le monde entier. Enflammés par la soif de la Yengeance et l'espoir d'un butin facile , ils étaient venus fondre sur l'Italie avec l'impétuosité des torrens; et comme eux, ils laissent sur leur passage un limon impur, mêlé aux ruines qu'ils ont faites, apportant avec eux leurs mœurs sauvages , leurs habitudes féroces et leurs sanguinaires superstitions. Rome est tombée en leur pouvoir, avant de soupçonner même qu'elle était assiégée. Maîtres de l'Italie, les Barbares se répandent dans les Gaules, subjuguent l'Afrique, mcnaceut Constantinople, s'clablissent en Espagne, et changent U leur tour la hce du monde. Bientôt les mêmes Barbares, amollis par l'influence du climat, par le senliment de la propriété , et les iiv>
'-soie mSTOlUE
sinuations d'une Religion qui faisait entendre a leurs oreilles des accens tout nouveaux, à leurs cœurs des vertus que l'on fut toujours contraint d'admirer, iîs s'étonnent d'être devenus Chrétiens. Honneur immortel, reconnaissance sans bornes h ces Pontifes romains, qui, plus touchés des maux de leurs i'rères que de leurs dangers personnels , Éveques pour les peuples, et non pour eux seuls, enibrassaient, dans leur pastorale sollicitude, les vaincus et les vainqueurs, prodiguant à tous les secours de la plus ardente charité; consolaient les uns par leurs pieuses exhortations ou leurs propres sacrifices, conjuraient parleur aspect l'irruption dujléau de Dieu, en suspendaient les fureurs, ou les réparaient autant qu'il étaiten eux. Ceux-lh, soutinrent la majesté de l'empire lâchement trahi par ses maîtres, en lui cherchant au loin des protecteurs,etplusd'unefoisréussirent à le sauver de sa ruine. Les autres, leur unique ambition fut à' appeler lespeuples idolâtres du sein de leurs
DE LA ÎXOUVELLE IIÉIIËSIE. SÎ33
ténèbres à V admudhle lumicre de l'Evangile, (Je les attacher par les seuls liens de l'unité spirituelle au royaume, qui n'est pas de ce monde^ et d'abanflonner à la seule Providence tout le soin du gouvernement de celui-ci, à travers les révolutions qu'elle commande ou qu'elle permet; et voilà le bienfait inestimable que l'Europe d'aujourd'hui , aussi bien que l'Europe d'autrefois , doit à ces saints Papes. Du haut de la chaire apostolique, ils envoyaient, parce que c'était là leur droit et leur devoir, des Missionnaires à des contrées sauvages, pour y proclamer la loi des croyances et la loi des dci>oirs , non celle de la politique. Mais ni les monumens contemporains , ni les écrits des Papes , ni les concessions des peuples ne nous laissent entrevoir le dessein de celte heureuse confédération du pouvoir avec la lleligion, qui eut pour but de les réunir dans une même autorité. La suprématie du Siège romain s'exer- <;ait sans contestation j mais dans le cercle
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des fonctions spirituelles , déterminé par les saints canons. Notre plus ancien historien, Grégoire de Tours , exprimait la doctrine de tout son siècle , quand il disatt : « Qu'il « arrive à quelqu'un de nous de transgresser (( les règles de la justice, vous avez le droit, «c ô Prince , de le ramener a l'ordre; mais (( que ce soit vous qui soyez en faute , qui « a le droit de vous répondre? Nous parlons « h vous, et vous nous écoutez, quand il i( vous plaît; et si vous ne le voulez pas, qm <f est-ee qui vous condamnerait, si ce n'est if celui-là qui a prononcé que lui seul était « la justice (1)? » L'Evangile , que les saints Apôtres de la vérité chrétienne allaient porter jusqu'aux extrémités de la terre , ne parlait pas aux peuples d'une charte qui les soumît, directement ni indirectement, au Vicaire de Jésus-Christ dans l'ordre temporel. Si l'adoption des arts et des sciences de l'Europe devenait le fruit de leurs sueurs,
(1) Hisl. Francor. , lib. v, cap. xviii.
DE LA NOUVELLE IIÉîiÉSIE. *17i'Ô
ils en bénissaient le ciel, mais ils n'en ialsaient pas la condition de leur apostolat; heureux de conquérir les âmes a la foi de Jésus-Christ ou a l'unité de son Eglise , en les arrachant soit à la tyrannie de leurs superstitions païennes, soit aux liens de l'hérésie arienne. Les progrès de la civilisation n'allaient pas plus loin. Clovis, devenu chrétien n'avait fait que changer de croyance, ïhéodoric , environné de Savans catholiques, ne permettait pas àses sujets de l'être. Pas d'autre éducation que celle des camps. « Le mépris des Goths pour les lettres la- « tines , dit l'ahréviateur de Gibbon , était « applaudi par le Prince lui-même , qui «< déclara que tout enfant qui aurait frémi « sous la verge , frémirait aussi U l'aspect « d'une épée. Le Monarque, par cette po- « litique, perpétuait la séparation entre les « naturels et les conquérans. Les Bomains K purent exercer tranquillement les arls « pacifi([ucs , tandis que. les Barbares étaient
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(f continjîcilemenl occupés des manœuvres * guerrières el de l'exercice des armes (i).» Cassiodore fil, auprès des Pontifes romains, d'inutiles efforts pour ranimer le a^oût des lettres dans les provinces que les Barbares n'avaient pas encore envahies, mais ne cessaient pas de ravager. Les faibles lumières (|ui avaient brillé au vn<^ siècle achèvent de s'éteindre après la mort de saint Grégoire-le- Grand. Les Cassiodore, les Boëce, lesCésaire d'Arles, les Salvien , meurent sans laisser de postérité. Dans le sanctuaire , l'ignorance et l'oubli des règles, la simonie et l'incontinence deviennent les mœurs publiques. Le besoin de se défendre contre l'invasion amène les habitudes guerrières, et tous les désordres qui en sont la conséquence inévitable. Saint Grégoire s'en était plaint de son temps. '< Voyez comme l'ennemi du cf salut s'est introduit dans le troupeau, « comme il le dévore, non plus dans les
(i) Ahrégé de Gibbon , par Aiiani. t. Il, p. ]54.
DE LA IMOliVELLE HÉRÉSÏÉ. 257
(( ténèbres, mais au granil jour (1). » Après lui , ralfaiblissement <ie la discipline va toujours en croissant. Il est porté a son comble sous Grégoire Vil, qui essaie, mais inutilement, de guérir une plaie que saint Bernard, après lui, reconnaît incurable, tant elle est profonde (2) ; et dont la rigueur, poussée a l'excès, ne fit qu'aigrir le mal en abusant du remède. Celui-ci, a qui l'on ne saurait d'ailleurs refuser les éloges dus au zèle pour la Religion , à la grandeur de courage, à la force de conception qui médite de bautes réformes, jointe a la constance de résolution pour les exécuter, vraiment *«/>// par l'ardeur de sa foi et la pureté de ses mœurs, Grégoire VII, entraîné par son siècle qu'il aurait pu dominer, oublia que la séparation des deux puissances était un dogme que Jésus-Cbrist lui-même avait con-
(1) Ecce lupus dominicum grcgeni iwnjam noctr et latcnter , sed in apertn luco dilaniat ^ lib. [i , ppi.«(tola xxxiir, iiul. 10.
(2) Ifitestinn etivsannhilis est plaga Kcclesirt'.
sacréj il crut qu'elles pouvaient impunément se confondre dans les mains de son premier Tieprésentant. Mais Grégoire voulait en être le seul , et ne se contenta plus d'une suprématie partagée. Nous ne rappellerons pas ici les funestes conséquences de cette erreur: c'est assez d'en avoir parlé une fois, parce qu'il nous était indispensable de le faire. L'aveu de M. de La Mennais nous suffit : (f L'Europe , transformée en un champ de (c bataille où toutes les ambitions venaient « tour a tour se mesurer, fut long-temps « désolée par tous les fléaux de la guerre. « On réduisit en théorie le brigandage, la « perfidie, la trahison, l'assassinat (i). » Si le fait est vrai , l'accusation retombe de tout son poids sur le Pontife , puisque, dans l'opinion de M. de La Mennais , toute l'histoire du moyen-âge vient se concentrer dans lui comme dans une vaste épopée : le caractère du héros se réfléchit sur tous les
(1) De la Reli'jion considérée , etc., p. 147.
DE L\ NOtVCLI.E IIÉULSIK. 'ioD
détails de l'action. C'est lui en eflet qui en est le héros, lui qui , le premier, par ses actes et par de solennelles déclarations , consacre cette législation : Que le Pontife romain est au-dessus des Rois, au-dessus des Canons , Monarque suprême , universel , armé de l'un et de l'autre glaive , du matériel comme du spirituel , investi de la même toute-puissance que Jésus-Christ, ne formant qu'un même tribunal de qui relèvent les Princes et les peuples, à qui le monde tout entier fut donné pour empire, ayant droit de dispenser les sujets du serment de fidélité envers leurs Princes, de disposer des couronnes, de les distribuer a qui il lui plaît, de déposer les Empereurs, d'ordonner arbitrairement de la guerre et de la paix,. Faut-il prouver que telles ont été les prétentions de Grégoire VII? La chose n'est pas nécessaire, tant elle est avérée. Les preuves en sont écrites en caractères de sang à chacune des pages de son histoire:
Et voilk ce que l'on nous vanle pour le ckef-d' œuvre de la civilisation (i), pour le miracle de la politique , et pour la vraie théorie de l'art des gouvernernens. Voilà ce que M. de La Mennais admire'et préconise ; ce dont il ne cesse d'invoquer le retour par les mêmes vœux que ceux dont saint Bernard appelait ces jours de la première innocence, oîi l'Eglise, comme son divin Maître , ne savait oii reposer sa tête. 11 faut à M. de La Mennais, pour y asseoir le Vicaire de Jésus-Christ , un trône qui se compose de tous les trônes renversés, des sceptres brisés, des empires nageant dans le sang des peuples et des Rois. C'était Ta, selon lui , l'àue d'or de l'Ei^lise et du Christianisme. « Le moyen-âge eut seul la vraie idée du (f principe catholique (2). » Grégoire VII en avait conçu la magnitique pensée ; et l'héroïque projet, seid remède à tous les maux
(1) Jje la Religion considvrêc , etc. , p. 137, 3o3.
(2) Avenir, n. 393.
de la société , l'unique palladium des peuples contre le despotisme des Rois , fut au moment d'atteindre son but. Il s'était même déjà réalisé en partie (1) ; mais les passions humaines ne lui laissèrent pas le temps de parvenir à sa perfection. Les Rois et les peuples se sont ligués contre le Christ ; l'Oint du Seigîieur n'a plus présenté qu'un cadavre sans vie, dévoré parle despotisme ou l'anarchie , et retombant de tout son poids dans le tombeau de l'athéisme (2).
Cette révolution , dont le Luthérianisme avait donné le premier exemple , s'est consommée sous Louis XIV. Il faut encore ici entendre les écrivains du journal de l'^wenir: «, Le despotisme, qui , sous Louis XIV, « fut définitivement organisé dans l'Etat , « s'étendit aussi sur l'Eglise. » Une Théologie servile , détruisant l'ancienne notion du
(1) De la Religion considérée, etc., p. 44, 83, 229. Essai sur l'Endiffér., t. I, p. 54, etc.
(2) La Religion considérée , etc., p. 149, loi.
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pouvoir et de l'obéissance ( telle que le moyen-âge l'avait déterminée ) , présenta la volonté du Prince comme la source de tous les droits. Elle plaça l'arbitraire sous l'égide sacrée de la R.eligion , et n'offrit aux peuples d'autre ressource contre les plus monstrueux abus de la force qu'une résignation éternelle. Ces principes une fois posés, leurs conséquences s'organisèrent en un vaste système de servitude, et le Catholicisme fut confondu avec une Théologie bâtarde, qui l'altérait (1).
Le chef du parti s'explique encore plus clairement : t< La Religion asservie perdit « sa dignité en perdant son indépendance , (f et le Clergé français, malgré les condami< nations de Rome , recevant à genoux les « doctrines serviles que le despotisme lui K imposait insolemment , corrompit dans '< son propre sein l'esprit du Catholicisme , « et le rendit aux yeux des peuples com-
(1) Prospectus du journal de V Avenir.
<( plice du pouvoir qui avait planté sa lente <f sur les derniers débris de la liberté chré- « tienne. Trouvant la servitude près de l'au- « tel, les hommes s'effrayèrent de Dieu (1). » C'était annoncer nettement que ses principales aggressions allaient être dirigées contre les maximes gallicanes^ déjà attaquées avec tant de violence dans chacun de ses précédens écrits. Proclamées, nous dit-on, par des Prélats de cour qui, dans l'aveuglement de la passion , n'y virent qu'une insulte au Pontife romain et une flatterie pour le Monarque, elles tendaient k détruire l'ordre religieux , en le soumettant à l'ordre politique. Elles ne sont, sous ce rapport, que l'expression des Docteurs athées (2).
UAi^enir sera consacré tout entier à la poursuite des hostilités; il saura bien profiter de l'avantage d'une publication agissant à la fois sur quarante-quatre mille points
(1) Avenir, n. 1. Article signé de M. de La Mennais.
(2) La Religion considérée, eic, oh. viir, p. 294.
(lifj'érens. Donc, que la France, que l'Europe entière, que le ?noindre village, apprenne ce que c'est que la foi des vrais Catholiques : que le Gallicanisme établit h la fois l'anarchie dans la société spirituelle, et la servitude dans la société politique (1); qu'il n'est rien autre chose que le symbole de l'athéisme; qu'enfin le devoir de tout bon Catholique est de repousser de toutes ses forces , de poursuivre à outrance les doctrines de Louis XIV et de Bossuet, comme étant un schisme permanent , im protestantisme déguisé , un athéisme réel (2). Plus d'équivoques, jamais guerre déclarée ne le fut en termes plus explicites. Pas une ligne ne tombera de la plume de l'écrivain, qu'elle ne soit empreinte de ce profond sentiment de haine contre la doctrine ainsi marquée du sceau
(1) Avenir, u. 113. Déclaration présentée au saint Siège , et signée par tous les rédacteurs ; et n. 393, Déclaration signée par les mêmes.
(2) Avenir, Acte d'union, n. 393. Religion considérée, p. d55.
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de la réprobation, contre quiconque oserait encore la défendre. C'est la cause de la foi chrétienne, la cause de Dieu même. Ne vous étonnez plus des succès qu'elle a obtenus parmi nous Purifiée parla persécution, sortie de ses cendres toute jeune et toute vierge (1), la jeunesse cléricale a secoué les chaînes imposées par le despotisme ; elle s'est éveillée à la voix du Régénérateur du Sacerdoce , proclamant la vraie liberté chrétienne.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le dessein de M. de La Mennais dans la publication de ses écrits divers : c'est la haine du pouvoir dans quelques mains qu'il se trouve ; c'est la révolte organisée contre tous les principes de l'ordre social; c'est de mettre la Religion , non en rapport , mais en guerre , avec tout ordre civil et politique; c'est l'introduction aux Paroles cVun Croyant.
(1) M. Lacordaire . Considérât., p lii.